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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/21/17--10:08: JORGE LUIS BORGES...Extrait
  • "Après quelque temps,
    Tu apprendras la différence entre tendre la main et secourir une âme.
    Et tu apprendras que aimer ne signifie pas s’appuyer, et que compagnie ne signifie pas toujours sécurité.
    Tu commenceras à apprendre que les baisers ne sont pas des contrats, ni des cadeaux, ni des promesses…
    Tu commenceras à accepter tes échecs la tête haute, comme un adulte, et non avec la tristesse d’un enfant.
    Et tu apprendras à construire aujourd’hui tes chemins, parce que le terrain de demain est incertain, et ne garantit pas la réalisation des projets, et que le futur a l’habitude de ne pas tenir ses promesses.
    Après un certain temps,
    Tu apprendras que le soleil brûle si tu t’y exposes trop.
    Tu accepteras le fait que même les meilleurs peuvent te blesser parfois, et que tu auras à leur pardonner.
    Tu apprendras que parler peut alléger les douleurs de l’âme.
    Tu apprendras qu’il faut beaucoup d’années pour bâtir la confiance, et à peine quelques secondes pour la détruire, et que, toi aussi, tu pourrais faire des choses dont tu te repentiras le reste de ta vie.
    Tu apprendras que les vraies amitiés continuent à grandir malgré la séparation. Et que ce qui compte, ce n’est pas ce que tu possèdes, mais qui compte dans ta vie.
    Et que les bons amis sont la famille qu’il nous est permis de choisir.
    Tu apprendras que nous n’avons pas à changer d’amis, si nous acceptons que nos amis changent et évoluent.
    Tu expérimenteras que tu peux passer de bons moments avec ton meilleur ami en faisant n’importe quoi, ou en ne rien faisant, seulement pour le plaisir de jouir de sa compagnie.
    Tu découvriras que souvent nous prenons à la légère les personnes qui nous importent le plus ; et pour cela nous devons toujours dire à ces personnes que nous les aimons, car nous ne savons jamais si c’est la dernière fois que nous les voyons…
    Tu apprendras que les circonstances, et l’ambiance qui nous entoure, ont une influence sur nous, mais que nous sommes les uniques responsables de ce que nous faisons.
    Tu commenceras à comprendre que nous ne devons pas nous comparer aux autres, sauf si nous désirons les imiter pour nous améliorer.
    Tu découvriras qu’il te faut beaucoup de temps pour être enfin la personne que tu désires être, et que le temps est court…
    Tu apprendras que si tu ne contrôles pas tes actes, eux te contrôleront.
    Et qu’être souple ne signifie pas être mou ou ne pas avoir de personnalité : car peu importe à quel point une situation est délicate ou complexe, il y a toujours deux manières de l’aborder.
    Tu apprendras que les héros sont des personnes qui ont fait ce qu’il était nécessaire de faire, en assumant les conséquences.
    Tu apprendras que la patience requiert une longue pratique.
    Tu découvriras que parfois, la personne dont tu crois qu’elle te piétinera si tu tombes, est l’une des rares qui t’aidera à te relever.
    Mûrir dépend davantage de ce que t’apprennent tes expériences que des années que tu as vécues.
    Tu apprendras que tu tiens beaucoup plus de tes parents que tu veux bien le croire.
    Tu apprendras qu’il ne faut jamais dire à un enfant que ses rêves sont des bêtises, car peu de choses sont aussi humiliantes ; et ce serait une tragédie s’il te croyait, car cela lui enlèverait l’espérance!
    Tu apprendras que, lorsque tu sens de la colère et de la rage en toi, tu en as le droit, mais cela ne te donne pas le droit d’être cruel.
    Tu découvriras que, simplement parce que telle personne ne t’aime pas comme tu le désires, cela ne signifie pas qu’elle ne t’aime pas autant qu’elle en est capable : car il y a des personnes qui nous aiment, mais qui ne savent pas comment nous le prouver…
    Il ne suffit pas toujours d’être pardonné par les autres, parfois tu auras à apprendre à te pardonner à toi-même…
    Tu apprendras que, avec la même sévérité que tu juges les autres, toi aussi tu seras jugé et parfois condamné…
    Tu apprendras que, peu importe que tu aies le cœur brisé, le monde ne s’arrête pas de tourner.
    Tu apprendras que le temps ne peut revenir en arrière. Tu dois cultiver ton propre jardin et décorer ton âme, au lieu d’attendre que les autres te portent des fleurs…
    Alors, et alors seulement, tu sauras ce que tu peux réellement endurer ; que tu es fort, et que tu pourrais aller bien plus loin que tu le pensais quand tu t’imaginais ne plus pouvoir avancer !
    C’est que réellement, la vie n’a de valeur que si tu as la valeur de l’affronter !"

     

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    JORGE LUIS BORGES

     

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    Raoul-Dufy-Pink-

    Oeuvre Raoul Dufy


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  • 02/22/17--00:49: L'EMERAUDE PROMISE
  • On naît à chaque seconde de l’enfant que nous avons été, du miracle du temps qui ne nous efface, du chant qui s’ouvre comme une écluse délivrée, des eaux descendues d’une vieille mémoire, des mots enfin possible pour nommer le sens de ce que nous croyions dérives et qui n’avait en somme que la forme du chemin. Car il y a une parole pour chaque chose de ce monde, pour chaque acte de nos corps au milieu des fleurs qui poussent et des arbres qui tombent. On naît à chaque heure parce que la mort ne sera jamais que l’affaire des vivants qui s’inquiètent de partir dans les bagages du hasard, avec la peur de ces lendemains d’aventure où naviguent des marins inconnus rêvant d’îles à découvrir. Oui, vieillir est un richesse inespérée. C’était donc peut-être cela l’émeraude promise de l’âge.

     

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    BRUNO RUIZ

    2017

    https://brunoruiz.wordpress.com 

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    bruno

     

     


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  • 02/23/17--12:33: UTOPIE
  • Juste un instant se prendre
    Pour la France écouter ce que racontent mes prétendants
    L’un dit Au pain sec, je vais
    Te remettre au pas, ma jolie, au pas des bottes et pas question
    De tricher sur le montant des commissions,
    Le deuxième, bien pommadé, réunit ses copains
    Pour qu’ils me prennent à trois, quel courage,
    La troisième déclare qu’elle chassera tous mes amis
    Et qu’on restera seules à la maison à haïr le reste du monde
    Le quatrième, envoyé par mon ex-mari, me promet comme lui
    De belles choses qu’il n’a pas l’intention de faire,
    Et je passe sur le troupeau des fous qui veulent
    M’envoyer sur Mars ou la messe tous les matins…
    J’attends celui qui voudrait
    Avant de me voler ma parole
    M’écouter
    Et me promettre
    La liberté

     

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    ALEXO XENIDIS

     

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    timbre_marianne_manara2

    Oeuvre Milo Manara

     

     

     


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    Pendant qu’il est encore temps,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,
    pendant qu’il est encore temps ma rose,
    Pendant que mon coeur est encore sur sa branche.
    Me voici, par une de ces nuits de mai,
    t’appuyant contre un mur du quai Voltaire,
    il me faut t’embrasser sur la bouche.
    Et puis, tournant vers Notre-Dame nos visages,
    il nous faut contempler la rosace.
    Soudain tu devras
    te serrer contre moi ma rose,
    de peur, de surprise, de joie,
    et tu devras pleurer silencieusement.
    Les étoiles bruineront,
    très fines, se mêlant aux lignes de la pluie.
    Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,

    pendant qu’il est encore temps ma rose,
    pendant que mon coeur est encore sur sa branche.
    En cette nuit de mai sur les quais il nous faut aller,
    sous les saules, ma rose,
    sous les saules pleureurs trempés.
    Je dois te dire les deux plus beaux mots de Paris,
    les plus beaux, ceux qui ne mentent pas.
    Puis, en sifflotant,

    il me faut crever de bonheur,
    et nous devons croire aux hommes.
    Là-haut les immeubles de pierre
    s’alignent sans coins ni recoins
    et leurs murs en clair de lune
    et leur fenêtres bien droites dorment debout,

    et sur l’autre rive, le Louvre,
    sous le feu des projecteurs,
    illumine pour nous notre palais de cristal…
    Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,

    pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    pendant que mon cœur est encore sur sa branche.
    En cette nuit de mai, sur le quai devant les dépôts

    nous devons nous asseoir sur les bidons rouges.
    Le canal en face pénètre dans l’obscurité.
    Une péniche passe,
    Saluons la, ma rose,
    Saluons la péniche à la cabine jaune,
    S’en va-t-elle vers la Belgique ou la Hollande?
    A la porte de là cabine
    une femme au tablier blanc
    sourit avec douceur.
    pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,
    pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    Peuple de Paris, peuple de Paris
    ne laisse pas détruire Paris.

     

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    NAZIM HIKMET

     

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    toile-noir-et-blanc-d-un-baiser

    Photographie ?

     


    ....
    Henüz vakit varken, gülüm
    Paris yanıp yıkılmadan,
    henüz vakit varken, gülüm,
    yüreğim dalındayken henüz,
    ben bir gece, şu Mayıs gecelerinden biri
    Volter rıhtımında dayayıp seni duvara
    öpmeliyim ağzından
    sonra dönüp yüzümüzü Notrdam'a
    çiçeğini seyretmeliyiz onun,
    birden bana sarılmalısın, gülüm,
    korkudan, hayretten, sevinçten
    ve de sessiz sessiz ağlamalısın,
    yıldızlar da çiselemeli,
    incecikten bir yağmurla karışarak.
    Henüz vakit varken, gülüm,
    Paris yanıp yıkılmadan,
    henüz vakit varken, gülüm,
    yüreğim dalındayken henüz,
    şu Mayıs gecesi rıhtımdan geçmeliyiz
    söğütlerin altından, gülüm,
    ıslak salkım söğütlerin.
    Paris'in en güzel bir çift sözünü söylemeliyim sana,
    en güzel, en yalansız,
    sonra da ıslıkla bir şey çalarak
    gebermeliyim bahtiyarlıktan
    ve insanlara inanmalıyız.
    Yukarda taştan evler,
    girintisiz, çıkıntısız,
    birbirine bitişik
    ve duvarları ayışığından
    ve dimdik pencereleri ayakta uyukluyor
    ve karşı yakada Luvur
    aydınlanmış ışıklarla
    aydınlanmış bizim için
    billur sarayımız...

    Henüz vakit varken, gülüm,
    Paris yanıp yıkılmadan,
    henüz vakit varken, gülüm,
    yüreğim dalındayken henüz,
    şu Mayıs gecesi rıhtımda, depolarda
    kırmızı varillere oturmalıyız.
    Karşıda karanlığa giren kanal.
    Bir şat geçiyor,
    selamlıyalım gülüm,
    geçen sarı kamaralı şatı selamlıyalım.
    Belçika'ya mı yolu, Hollanda'ya mı?
    Kamaranın kapısında ak önlüklü bir kadın
    tatlı tatlı gülümsüyor.

    Henüz vakit varken, gülüm,
    Paris yanıp yıkılmadan,
    henüz vakit varken, gülüm...
    Parisliler, Parisliler,
    Paris yanıp yıkılmasın...

     

    .

     

    NAZIM HIKMET

     


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    Il suffit qu'un matin
    un brin d'herbe se mette
    à frémir qu'une rose s'émeuve
    de ses plis
    qu'un tournesol
    de nuit
    rayonne pour personne
    pour qu'on ne sache plus
    si le temps est un arc-en-ciel
    entre deux rives
    ou une harpe
    entre nos doigts

     

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    GILLES BAUDRY

     

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    rose

     

     


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  • 02/24/17--05:49: MARC CHAGALL...Extrait
  • Seul est mien
    Le pays qui se trouve dans mon âme
    J'y entre sans passeport
    Comme chez moi
    Il voit ma tristesse
    Et ma solitude
    Il m'endort
    Et me couvre d'une pierre parfumée

    ...


    Je marche sur un pont céleste
    Les années transparentes comme les nuages, flottent autour de moi.
    Je suis seulement un vêtement clair sans corps
    Je vois une danse de bras et de jambes
    J'entends l'écho des siècles et des millénaires
    Comme quelqu'un qui m'embrasse
    Il me parle de la vie vécue

    ...


    Je peins comme endormi en rêve
    Quand la forêt se charge des neiges
    Mon tableau semble un autre monde
    Moi seul, depuis tant d'années!, je reste ici
    J'attends qu'un miracle apparaisse
    me réchauffe, chasse ma peur
    J'attends que de tous les côtés tu viennes à moi
    Alors je m'envolerai
    Je monterai avec toi sur l'échelle de Jacob
    Au-dessus des nuages, ma fiancée blanche

     

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    MARC CHAGALL

     

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    CHAGALL2

    Oeuvre Marc Chagall


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    Jamais le monde n’a été aussi fort. Le terrorisme tel qu’on le connaît historiquement ne réussit qu’à renforcer le système qu’il prétend attaquer, bien que certains de ses membres aient pu avoir des têtes d’anges. Jamais la négation de l’âme n’a été aussi forte et tranquille. L’esprit n’est plus même nié, c’est plus sournois qu’une négation. Nous sommes comme des prisonniers dont le corps seul aurait le droit de sortir.

    L’âme va rester vingt-quatre heures sur vingt- quatre en prison : le reste, le clinquant, c’est seulement cela qui est libre. Cette société ne croit plus qu’à elle-même, c’est-à-dire à rien. C’est donc une lutte infernale de chacun contre tous, car s’il n’y a qu’un seul monde autant y être le premier : il y a presque une logique là-dedans. C’est le meurtre légal, accepté. Aujourd’hui, il n’y a plus d’obstacles. On est dans une sorte de progression négative dont on ne voit pas le terme et qui est comme d’avancer dans une nuit vide de tout. On a déclenché quelque chose qui est sans pitié, comme un fou qui aurait libéré sa folie. Il faudra que tout soit atteint pour qu’on commence à réfléchir. Le nihilisme porte un coup de boutoir à ce qui nous nourrit, et ce sont toutes les nourritures qui sont atteintes : on nous fait manger de mauvais mots, on nous fait avaler de terribles sourires. Il faudrait tout passer au jet, même les mots, même les religions

    La religion est devenue une nourriture fade, qui ne nourrit plus personne, et quand elle parle du cœur, c’est sans talent, parce qu’elle ne croit plus à ce mot. Seule la poésie garde un ferment actif de révolte. Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent : ils nous apportent aussi un premier secours.

     

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    CHRISTIAN BOBIN

     

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    J Bluewater2,

     


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  • 02/24/17--06:29: YEHUDI MENUHIN
  • A toi, que je ne connais pas et ne puis connaître,
    A toi, à qui je suis lié par l'amour, la crainte, la foi, l'espérance,
    A toi, l'unique et la multitude… j'adresse cette prière :

    Conduis-moi vers le meilleur de moi-même
    Aide-moi à devenir une personne à qui la plupart des choses, des créatures et des plantes vivantes accordent leur confiance ;
    Fais que je respecte toujours le mystère et le caractère de chaque forme de vie,
    à la fois dans son unicité et dans sa pluralité,
    car la vie engendre la vie

    Aide-moi à ne jamais renoncer à l'exercice vital,
    celui qui consiste à protéger tous ceux qui respirent, et l'air que nous devons respirer,
    tous ceux qui ont soif, et l'eau qui désaltère,
    tous ceux qui ont faim, et la nourriture qui rassasie,
    tous ceux qui souffrent, et le réconfort, la compassion et le secours dont ils auraient besoin…

    Aide-moi à accepter et à me préparer pour affronter la difficulté, la douleur et l'imprévu,
    à me soucier des sourds, des aveugles, des paralytiques, des malades, des affligés, des estropiés,
    qui ont si remarquablement contribuéà notre héritage et à notre civilisation.

    Aide-moi à accepter Ta dernière volonté avec résignation et avec une dose de curiosité ;
    aide-moi à faire le meilleur usage de l'adversité et de l'abnégation.

    Aide-moi àêtre la digne sentinelle du corps que tu m'as confié,
    je ne puis disposer d'aucune vie, pas même de la mienne,
    car elle est comme un objet d'art, confié provisoirement à ma garde,
    pour être rendu au cycle terrestre, dans le meilleur état possible,
    afin que d'autres vies puissent se perpétuer

    Pour tout cela, que ta volonté soit faite.

     

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    YEHUDI MENUHIN

     

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  • 02/24/17--06:52: GENÈSE DE MES MAINS
  • Je voudrais t’offrir un collier d’escarboucles : quelques gouttes d’aiguail sur un fil de la vierge ; une rose trémière au jardin des douceurs ; des glèbes déchaumées sans foison de poussière. Je voudrais extirper notre ciel du néant, sauver de désaveu le fruit ouvert violine dans l’ombre du figuier – brève beauté, à jamais décisive – en dehors des mirements pudibonds et tartuffes.

    Tu sais d’un goût très sûr que, floraison tardive, la reinette d’Amboulne est succulente variété de garde ; pomme monde, haut parfum sur claie de bois. Les années lèguent leurs senteurs ainsi qu’une surprise, nous laissant étonnés de n’être pas plus loin de ce à quoi l’on croyait ne plus croire. Tels ces moments anciens, consumés de rancœurs, qui m’ont octroyé d’exister par ta joie, quand bien même longs et lourds comme relents d’égout lors de brunes purulentes.

    Mais je ne sais me souvenir où tu commences : l’instant où m’est venu désir de ce griffon, griffon de ce désir, quand tu as fait vibrer ta branche de coudrier au pays de l’autan, parmi mes saisons cahotées.

    Lorsque tu m’as choyé du luxe de tes hanches et de ta toison d’or, des saveurs de tes sèves avec l’air du printemps, un coq a pu réamorcer l’aurore. Sont apparues pivoines rouge sang, pommes d’automne inattendues. Et le cœur rouge a vu tendres cailles des blés perdrix danser la danse de la pluie en plein cœur de février à l’heure des étoiles.

    Nous avons consenti au temps et au jouir, ton ventre nu comme la nuit.

     

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    FRANCOIS LAUR

     

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    FRANCOIS

     

     


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  • 02/24/17--07:05: LA NUIT VEILLE...Extrait
  • « L’arme la plus efficace c’est la poésie, parce qu’elle est l’enfant surnaturel du verbe et naturellement l’avocate de l’âme insurgée. La poésie est le seul langage encore assez vivant, encore assez armé¸ assez près du mystère aussi de la parole, pour emporter d’assaut les forteresses de l’inertie et crever le béton du mensonge. Laissez parler en vous la langue qui libère. Relevez le grand I de l’Imagination : c’est le bâton magique de la vraie lucidité. Il ne se passe rien en dehors, tout se passe en dedans. Les poètes ne font pas la poésie, ils n’en sont pas les auteurs, car ils sont une oreille avant d’être une bouche et ce sont eux, au contraire, qui sont faits par la poésie. »

     

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    ARMEL GUERNE

     

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    bocklin-arnold

    Oeuvre Arnold Böcklin

     

     


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  • 02/26/17--03:49: PAROLE D'OMBRE
  • Il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet. Une parole d'effacement qui est parole de tendresse. Peut-être pourrions-nous aussi parler de bonté. Lavis d'ombre sans que soit raturée cette lumineuse coulée qui la contient. Mais plus proche de notre dénuement. Je crois à cette parole d'ombre. Elle n'est pas jeu de lumière ou de solitude mais ce que nous pouvons comprendre d'un dialogue qui se fait, qui se défait en nous. A chaque instant. Car nous ne pouvons comprendre que l'ombre. La brisure de l'éclat.

    Affamés de soleil, de cette lumière violente qui nous pousserait hors des limites (les prétentions ont été bien réduites!), nous sommes pourtant ce versant d'ombre, c'est notre pente. Je crois à cette parole d'ombre. Ma main glisse sur la table, devient multitude de touches impossibles à décrire. Pousse la parole à l'impuissance. Ombre de l'ombre! Simplement posée là, et quel murmure de sang et d'ombre, quelle certitude de fardeau un instant déposé! Je crois à cette légèreté quand c'est l'ombre qui m'y conduit. Passagère, passante, c'est le voile pudique sur la suffisance, la vulgarité. Elle vient ruiner le cri. Elle ouvrira demain mon regard à la lumière, et je consentirais peut-être à l'entendre, elle aussi, sans déchirement. C'est la seule leçon, la discrétion de cette ombre qui s'éloigne.

     

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    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

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    lumiere ombre


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  • 02/26/17--04:13: L'AUBE IGNOREE
  • La lune, avec son beau gréement d'étoiles rares,
    Aborde au port qu'un banc de nacres barre,
    Mais l'homme ingrat aux beautés de la nuit,
    Leurré de rêve ou travaillé d'ennui,
    Roule à l'abri de ses volets avares.

     

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    LANZA DEL VASTO

     

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    BERNARD LIEGEOIS

    Photographie Bernard Liégeois

     


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    « Partout, l’âme du monde renouvelée dans l’inspiration du poète a une individualité profonde. La rafale est sauvage et pure. Elle meurt et renaît. Et le poète suit la vie même du souffle cosmique. Dans le vent d’Ouest il respire une âme océanique, une âme vierge de toute atteinte terrestre. Et la vie est si grande que l’automne lui-même a un avenir. »

     

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    GASTON BACHELARD

     

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    OISEAU

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps,
    Enfant dolente aux jambes trop longues, aux mains si faibles
    Karomama, fille de Thèbes,
    Qui buvais du blé rouge et mangeais du blé blanc
    Comme les justes, dans le soir des tamaris.
    Petite reine Karomama du temps jadis.

    Mes pensées sont à toi, reine Karomama
    Dont le nom oublié chante comme un chœur de plaintes
    Dans le demi-rire et le demi-sanglot de ma voix;
    Car il est ridicule et triste d’aimer la reine Karomama
    Qui vécut environnée d’étranges figures peintes
    Dans un palais ouvert, tellement autrefois,
    Petite reine Karomama.

    Que faisais-tu de tes matins perdus, Dame Karomama ?
    Vers la raideur de quelque dieu chétif à tête d’animal
    Tu allongeais gravement tes bras maigres et maladroits
    Tandis que des feux doux couraient sur le fleuve matinal.
    O Karomama aux yeux las, aux longs pieds alignés,
    Aux cheveux torturés, morte du berceau des années...
    Ma pauvre, pauvre reine Karomama.

    Et de tes journées, qu'en faisais-tu, prêtresse savante ?
    Tu taquinais sans doute tes petites servantes
    Dociles comme les couleuvres, mais comme elles indolentes;
    Tu comptais les bijoux, tu rêvais de fils de rois
    Sinistres et parfumés, arrivant de très loin,
    De par delà les mers couleur de toujours et de loin,
    Pour dire: «Salut à la glorieuse Karomama.»

    Et les soirs d’éternel été tu chantais sous les sycomores
    Sacrés, Karomama, fleur bleue des lunes consumées;
    Tu chantais la vieille histoire des pauvres morts
    Qui se nourrissaient en cachette de choses prohibées
    Et tu sentais monter dans les grands soupirs tes seins bas
    D’enfant noire et ton âme chancelait d’effroi.
    Les soirs d’éternel été, n’est-ce pas, Karomama ?

    — Un jour (a-t-elle vraiment existé, Karomama ?),
    On entoura ton corps de jaunes bandelettes,
    On l’enferma dans un cercueil grotesque et doux en bois de cèdre.
    La saison du silence effeuilla la fleur de ta voix.
    Les scribes confièrent ton nom aux papyrus
    Et c’est si triste et c’est si vieux et c’est si perdu...
    C’est comme l’infini des eaux dans la nuit et dans le froid.

    Tu sais sans doute, ô légendaire Karomama !
    Que mon âme est vieille comme le chant de la mer
    Et solitaire comme un sphinx dans le désert,
    Mon âme malade de jamais et d’autrefois.
    Et tu sais mieux encor, princesse initiée,
    Que la destinée a gravé un signe étrange dans mon coeur,
    Symbole de joie idéale et de réels malheurs.

    Oui, tu sais tout cela, lointaine Karomama,
    Malgré tes airs d’enfant que sut éterniser
    L’auteur de ta statue polie par les baisers
    Des siècles étrangers qui languirent loin de toi.
    Je te sens près de moi, j’entends ton long sourire
    Chuchoter dans la nuit : «Frère, il ne faut pas rire.»
    — Mes pensées sont à toi, reine Karomama.

     

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    OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ MILOSZ

     

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    reine karomama

     

    Reine Karomama

     


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  • 02/26/17--09:39: L'EXTASE...Extrait
  • Là où comme sur un lit un oreiller,
    Une rive en crue invitait les violettes
    A reposer leurs testes,
    Nous nous assîmes, l'un à l'autre tout entiers.

    C’était ferme ciment que celui de nos mains,
    Baume adhérent qui d’elles prenait source,
    Et, en nouant leurs rayons, nos regards
    Tissaient nos yeux sur un double cordon.

    Or enlacer ainsi nos mains était encore
    Le seul moyen de ne faire plus qu’un,
    Et les images dans nos yeux le seul moyen
    De faire route l’un vers l’autre.

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    JOHN DONNE

    (1572-1631)

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    Francesco_Primaticcio

    Oeuvre Francesco Primaticcio


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  • 02/26/17--10:02: CHANSON / SONG
  • Va attraper une étoile filante,
    Fais qu'une racine de mandragore enfante,
    Dis-moi où sont les jours d'antan passés,
    Ou qui fit fourcher des Diables les piés,
    Enseigne-moi à ouïr chanter Sirènes,
    Me prémunir des piqûres de la haine,
    Et m'apprends
    Quel vent
    Sert à pousser esprit honnête en avant.

    Si tu es né pour des paysages impossibles,
    Voir des choses invisibles,
    Chevauche mil et une nuit, chevauche le Temps,
    Jusqu'à ce que l'âge sur toi neige des cheveux blancs,
    Toi, tu me diras, quand tu seras rentré,
    Toutes les merveilles étranges qu'auras rencontrées,
    Et jureras que nulle part
    Ne vit la chose rare
    D'une femme honnête, et belle aussi.

    Si tu en trouves une, préviens moi; je gage
    Que serait doux tel pèlerinage;
    Et puis non, je n'irais point,
    Même si par aventure, nous pussions nous voir non loin,
    Bien que, lorsque tu l'as vue, elle parut sincère être
    Au moins jusqu'au moment ou tu écrivis ta lettre
    Déjà elle, je crois,
    Sera
    Infidèle, le temps que je vienne, à deux ou trois.

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    JOHN DONNE

    (1572-1631)
      Traduction Gilles de Seze

     

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    Goe, and catche a falling starre,
    Get with child a mandrake roote,
    Tell me, where all past years are,
    Or who cleft the Divels foot,
    Teach me to heare Mermaides singing,
    Or to keep off envies stinging,
    And finde
    What winde
    Serves to advance an honest minde.

    If thou beest borne to strange sights,
    Things invisible to see,
    Ride ten thousand daies and nights,
    Till age snow white haires on thee,
    Thou, when thou retorn'st,wilt tell mee
    All strange wonders that befell thee,
    And sweare
    No where
    Lives a woman true, and faire.

    If thou findst one, let mee know,
    Such a Pilgrinage were sweet;
    Yet doe not, I would not goe,
    Though at next doore wee might meet,
    Though shee were true, when you met her,
    And last, till you write your letter,
    Yet shee
    Will bee
    False, ere I come, to two, or three.

     

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    JOHN DONNE


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  • 02/27/17--11:10: CENDRES...Extrait
  • Tout un peuple défunt secouait son linceul;
    Tu seras dans ton lit de schiste
    Au pied du figuier tordu.
    Ils viendront par le Val de Mort
    Montant lentement la colline
    Le cimetière est à main gauche,
    Tu ne t'en souviendras déjà plus.
    Quand je cherche ma voix, j'entends vos lèvres closes
    Votre terrible voix d'au-delà de la nuit...
    Qui portera vos voix vivantes dans mes chants ?
    Voix de la mort, pétrie du silence éternel
    De mes absents plus présents d'être morts
    En moi créés, en moi vêtus de rayons noirs
    Tu roules dans ton flot les fruits purs de la nuit
    Je n'ai rien su donner de mes secrets espoirs.
    J'ai si longtemps gémi dans le corps d'une femme
    J'ai si longtemps cherché l'oubli de ma présence.
    Visages en douleur à l'orée de ma nuit, c'est vous qui revivez, tourbillons des jours noirs que j'avais cru défunts?
    Vos pleurs pour qui sont-ils? Et vos rires cruels?
    Et l'homme qui voulait tuer le souvenir s'abîme dans la nuit des espaces stellaires.
    Je sais que tu viens de là-bas, de très loin
    Là où l'homme n'a point de part.
    Et que brûlent enfin mes souillures
    Et mes vaines craintes.
    Et les neiges des hautes cimes désirées
    Sont loin, bien loin
    Au fond du souvenir qui s'éveille,
    Et meurt.
    Tu abandonneras les musiques de ton enfance
    Ta mère, qui le soir, t'endormait de ses chants.
    Une étoile sanglote au fond de ma mémoire.
    Complainte grise et froide,
    Maîtresse déjà, tes cheveux impalpables comme la vie
    Couvriront mon front moite,
    Et tes longs doigts d’algue incolore
    Errants par mon corps effondré
    Épuiseront leurs efforts à chercher
    Ma jeunesse perdue.
    Ô solitude, demain déjà je serai tien
    Dans le crépuscule de ma chambre étroite
    Où danse vainement la douce clarté de la lune.
    Et les chansons des garçons neufs
    Criant leur vie à pleins poumons
    Au vent du large ?
    Et la belle fille qui passe,
    Aux fortes jambes mues en cadence,
    Épouse du soleil et du violent désir des hommes ?
    Depuis des siècles et des siècles
    Nous tournons autour des étoiles
    Mais nous ne les voyons plus.
    Mais toute parole est un germe mort
    Si dans un coeur elle ne s'incarne.

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    JEAN AMROUCHE

     

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    JEAN AMROUCHE

    Jean El Mouhoub Amrouche


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  • 02/27/17--11:23: HOMMAGE A LA VIE
  • C’est beau d’avoir élu
    Domicile vivant
    Et de loger le temps
    Dans un coeur continu,
    Et d’avoir vu ses mains
    Se poser sur le monde
    Comme sur une pomme
    Dans un petit jardin,
    D’avoir aimé la terre,
    La lune et le soleil,
    Comme des familiers
    Qui n’ont pas leurs pareils,
    Et d’avoir confié
    Le monde à sa mémoire
    Comme un clair cavalier
    A sa monture noire,
    D’avoir donné visage
    À ces mots : femme, enfants,
    Et servi de rivage
    À d’errants continents,
    Et d’avoir atteint l’âme
    À petits coups de rame
    Pour ne l’effaroucher
    D’une brusque approchée.
    C’est beau d’avoir connu
    L’ombre sous le feuillage
    Et d’avoir senti l’âge
    Ramper sur le corps nu,
    Accompagné la peine
    Du sang noir dans nos veines
    Et doré son silence
    De l’étoile Patience,
    Et d’avoir tous ces mots
    Qui bougent dans la tête,
    De choisir les moins beaux
    Pour leur faire un peu fête,
    D’avoir senti la vie
    Hâtive et mal aimée,
    De l’avoir enfermée
    Dans cette poésie.

     

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    JULES SUPERVIELLE

     

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    SUPERVIELLE


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  • 02/27/17--11:48: PARULAS PER QUESTA TERRA II
  • Certes, j’en ai parlé, de la terre.
    J’en ai parlé, j’en parlerai.
    La terre, pour moi, tout d’abord, c’était cette terre-ci,
    ma terre, la terre de mon pays.

    La terre que je labourais,
    dont je tirais le rocher, le pré où je gardais les vaches,
    entre les haies qui montent haut:
    le hêtre et le noisetier, le cormier et le châtaignier.
    Le sentier où je passais, que je frottais encore un peu.
    L’herbe que j’ai fanée, le foin que j’ai fauché.
    C’était le ciel de ce pays,
    les collines à perte de vue entre la brume et les nuages.

    Ma maison.
    La maison de la terre, de pierre, de bois;
    le seuil de la maison et la souche entre les landiers.
    Le feu, la fontaine et l’air,
    tout ce qu’il faut pour vivre, ce que j’ai à l’entour de moi.
    Mais la terre au-delà c’est bien la même terre,
    ce que porte la terre, ce que produit la mer,
    et le même soleil et les soleils d’ailleurs, nuées d’étoiles,
    fumée de poussière.

    Dans les profondeurs du ciel de tous les cieux,
    quelle que tu sois, poussière,
    je te chante, la terre, ma terre,
    ce qui est en haut, ce qui est en bas,
    dans l’apparence comme dans l’être,
    je te chanterai toi, l’homme vivant,
    dans le secret de l’étincelle et dans le cœur de Dieu.

     

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    MARCELLE  DELPASTRE

     

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    delpastre


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