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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 06/02/17--12:08: LES OBSCURCIS...Extrait
  • Elle s'invente un jardin
        Y met un arbre avec son ombre d'origine
        ses oiseaux polyglottes
        ses feuilles en papier d' Arménie
       des fruits mâles des fruits femelles
       qui se battent comme des chiffonniers
       se réconcilient sur l'oreiller
      et cette fleur riche d'une aile qui fait son miel dans la couche du
      bourdon

     

     

    .

     

     

    VENUS KHOURY - GHATA

     

     

    .

    VENUS

    Photographie Delbay

     

     

     

     

     


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  • 06/02/17--09:19: JUDITH CHAVANNE
  • Pourtant, il y a de la douceur,
    la façon comme un sourire en avril
    que le prunus et le cerisier ont d’éclore ;

    à des carrefours, la marche suspendue
    le temps qu’on hésite, et le corps
    qui prend avec grâce une pause inconnue ;

    le rythme plus lent sur lequel se prononce
    une amie, comme pour nous laisser le temps
    de nous installer dans une parole partagée ;

    et cette place qu’on s’accorde aussi
    en aimant en secret, destinant des pensées
    que l’on sait pouvoir être reçues.

    Il ne suffit pas que l’âme soit effleurée
    mais on peut sans doute aller, sans frémir,
    avec l’air, la voix, les corps, l’absence même
    et la nature inventive pour alliés.

     

     

    .

     

     

    JUDITH CHAVANNE

     

     

    .

     

     

    judith

     


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  • 06/02/17--09:37: AU PAIN, LA JOIE...
  • On a si souvent touché du bout seulement des lèvres

    au pain, la joie ;

    une audace de moineaux,

    comme à terre il en est dans le soleil

    qui piétinent pour des miettes.

    Rien que l’on savoure,

    qui demeure au fond de soi, se dissout,

    résout les murs de la grotte : le cœur

    peu à peu transparent que la saveur de la joie emporte ;

    plein champ alors sur la clarté du ciel.

    Rien comme cela.

    Mais les oiseaux, eux, sont bientôt enlevés par le vol.

     

     

    .

     

     

    JUDITH CHAVANNE

     

     

    .

    MESANGE2


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    Je t'ai tutoyée, tout de suite.
    Depuis notre brève rencontre, il y a trois semaines au musée des Beaux-Arts de Besançon, je ne te quitte plus.

     

     

    On ne devine qu'un fragment de ton épaule, dépassant d'un carré d'étoffe. Tu sembles si pudique, si jeune encore. Cependant ton visage, bien que détourné, s'offre sans réserve. Donnéà son intériorité. Et le peintre à son tour a voulu rendre ce miracle de transparence.

     

     

    Je te rencontre quatre siècles plus tard.

     

    M'aideras-tu à comprendre le passage vertigineux des ans ?
    L'insaisissable présent ? Le passé qui m'envahit de toute sa fraîcheur ? La noria du désir sans cesse renaissant ?
    Tes joues colorées semblent prêtes à tressaillir, ta bouche entrouverte prête à parler. Non, plutôt à crier. Ou à laisser échapper un râle.

     

    Tu suffoques ?
    On dirait que tu peines à respirer.
    On dirait qu'un poids t'oppresse, t'écrase, te broie la poitrine.

     

    Ou bien est-ce le plaisir qui t'affole ?

     

    La jouissance de ta chair soigneusement dissimulée par le peintre ?
    Une tempête dans ton corps secret, une violence de perdition, une ultime poussée de l'homme en toi, jeune vierge allongée sur le ventre, la tête enfouie dans le creux de l'épaule, les yeux clos ?

     

    Je te regarde, inquiète.
    Je tourne autour de toi.
    Et soudain, je vois.
    La brisure.
    Je peux en tracer la ligne, là, au niveau de l'aile du nez, là, au milieu de la joue, là, à la naissance de l'oreille.
    En haut, vers le front : calme, sérénité. En bas, vers la bouche : le sceau fatal de l'ambivalence...

     

     

    Tu es ma soeur en déchirure, tu es celle qui jamais n'atteint l'unité, tu es prise dans les rets du désir à griffes de lion, à griffes de feu, à griffes d'enfer, griffes d'amour, tu es dans le tourment d'amour, tu aimes désespérément, tu sais déjà que c'est perdu, que rien n'a le temps d'avoir lieu, tu sais que la mort jalouse reprend le moindre bien, tu es sans possession, tu es vulnérable sous ton châle dérisoire, tu es dépouillée par les roulements de l'Histoire, les soldats se sont éloignés mais le bruit de leurs bottes ne cesse de retentir, le Christ est mort et ressuscité mais sa croix ne cesse de t'écraser, tes enfants à naître sont déjà dans la fosse...

     

    Et pourtant.

     

    Le prodige est là.

     

    Le fil de vie, rouge ainsi que tes joues rehaussées de sanguine.

     

    Le fil que je saisis aujourd'hui, à travers le battement des jours des années des siècles, la pulsation de la lumière, le rythme des nuits des saisons des lunes, à travers le ciel étoilééclairant Besançon, une nuit de décembre, par temps de doute et de fragilité où tu es venue jusqu'à moi, avec ton message de petite éternité, de modeste lueur.

     

     

    Qu'est-ce que la mort ?
    Qu'est-ce que le temps ?

     

    Qu'est-ce qu'un homme muni d'un crayon, d'un pinceau ?

     

    Qu'est-ce qu'une infime surface nommée " Pierre noire, sanguine et pastel ", capable de réchauffer, de dispenser naissance et renaissance aux créatures de passage -- qu'elles reposent sur un panneau de bois, une toile de lin, ou qu'elles dérivent lentement parmi les allées silencieuses d'un musée de province.

     

    .

     

     

    FRANCOISE ASCAL

     

     

    .

    federico-barocci2

    Oeuvre Federico Barocci


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  • 06/02/17--12:31: NOCTURNE
  • Je suis effrayé
    Par les feuilles mortes
    Et j'ai peur des prés
    Baignés de rosée.
    Je vais m'endormir.
    Si tu ne m'éveilles,
    Tu trouveras à tes côtés mon coeur glacé.

     

    Qu'est-ce qui résonne
    Au loin?
    L'amour.
    Le vent sur les vitres,
    Mon amour!

     

    J'ai mis à ton cou
    Des gemmes d'aurore.
    Pourquoi me laisser
    Parmi ce chemin?
    Si tu vas au loin,
    L'oiseau va pleurer
    Et la verte vigne
    Restera sans vin.

     

    Qu'est-ce qui résonne
    Au loin?
    L'amour. Le vent sur les vitres.
    Mon amour!

     

    Tu ne sauras point,
    Mon beau sphinx de neige,
    Avec quelle ardeur
    Je t'aurais chéri
    Au petit matin,
    Lorsqu'il pleut si fort
    Que sur l'arbre sec
    se défait le nid!

     

    Qu'est-ce qui résonne
    Au loin?
    L'amour. Le vent sur les vitres.
    Mon amour!

     

     

    .

     

     

    FEDERICO GARCIA LORCA

    1919

     

     

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    heart


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  • 06/03/17--08:46: LE CERCLE DE L'AURORE
  • Je ne suis pas ce Je majuscule et sans âge, je ne suis pas ce Je apposé dans la marge. Je suis Vous qui passez, compagnons de mirages, multiples de moi-même à l'ombre des noyers.

    Il m'en aura fallu du temps pour délasser les grandes mains de l'aube que le couchant fermente et du temps pour aimer par-delà la tourmente, chaque coeur, chaque ride, chaque larme versée.

    Je sais que le dernier souffle aura le parfum du premier, rassemblant à rebours les fragrances éludées de nos intermittences et je nous sais unis par la même cadence, la même convergence, la même humanité.

    Quand un enfant s'envole, quand un homme se perd, quand une femme meurt sous les coups de son frère, quand les linceuls d'hiver ensanglantent les blés, c'est la terre tout entière qui compte ses absents et qui pardonne au ciel son silence funeste. C'est la terre tout entière qui pleure sous sa veste, recouvrant d'un revers de glaise les gisants.

    Il m'en aura fallu du temps pour délivrer l'azur de ses nasses fatales, de ses vents sanguinaires, de ses capes meurtries, ses famines d'osiers, ses faillites de cendre, ses bombes, ses prisons, ses potences dressées.

    Il m'en aura fallu du temps pour Nous aimer, il m'en aura fallu, il m'en faudra encore pour aimer par-delà le cercle de l'aurore.

     

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    SYLVIE MEHEUT

     

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    yahne le toumelin

    Oeuvre Yahne Le Toumelin

     


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  • 06/03/17--12:26: OCCITANIE...Extrait
  • Chaque fois
    je me hisse hors des fers
    jusqu'à ton front

    pour le meilleur
    et pour le pire
    je lie mes lèvres à tes lèvres
    dans un espace de chaleur animale

    chaque matin
    j'apprends pas ta bouche
    les nouvelles fraīches de la vie

    et puis je descends
    dans la rue où respirent les hommes
    soleils inachevés

    je me frotte à leurs rides muettes
    à leurs paumes ronces et roses
    à leurs joies d'enfants à leurs cruautés énigmatiques

    Tu es dans mon ombre
    tu brûles dans mon regard
    tu sépares la paille et le grain

    je leur montre le chemin
    d'ailes et d'étoiles possible
    cent fois je répète la flamme la flamme
    Pour eux et pour nous je veux tous les règnes.

     

    .



    ANDRE LAUDE
    @ Tous droits réservés  

     

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    thami2,

    Oeuvre Thami Benkirane

    https://benkiranet.aminus3.com/


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    Une demeure se construit
    une autre s'use
    les livres tombent en poussière
    tout se mélange dans le discours
    du bavard négligent
    temps-sable coule
    fêtes vendanges anniversaires
    le silence épaissit la lumière
    ciel amplifié
    temps nul qui tisonne sa braise
    dans la pupille du veilleur
    il est toujours possible
    de chiffrer le désastre
    ou l'échange
    arithmétique chaque langue
    tas de pierres
    et tas de mots chaque temple
    ignorons à jamais
    ce qui entrave car le vent souffle
    éternel sur l'aride désir
    de signification

     

    .

     

     

    ROLAND BOYEZ

    " Autour de l'oeil "éditions Encres vives

    .

    patrimonio2

    Patrimoniu - Haute Corse


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  • 06/04/17--03:06: ALLEZ-Y
  • Je ne veux plus parler des corps alignés par terre
    Dans leurs sacs
    Ni du troupeau serré dans les barrières qui rue
    Et vous comptez
    Un égorgé ici et quatre vingt ailleurs brûlés Mille
    au fond de la mer
    Et il y aurait à Londres des Français dans le lot
    C’est plus grave
    Que si c’était des Polonais ou des Inuits ou des Espagnols
    Et les barrières
    Autour des bœufs et des poules élevés en batterie
    Se resserrent
    Les sabots les cornes les becs les ergots se barbouillent
    D’innommable rouge
    On évalue selon la statistique qu’à eux seuls ils élimineront
    Sans apport extérieur
    Trente pour cent du bétail superflu et que seuls les plus forts
    Survivront
    Qu’on choisira pour être préposés à resserrer un peu plus les barrières
    Autour du cheptel affolé

    Je ne veux plus parler parce que
    J’ai honte

     

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    ALEXO XENIDIS

     

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    tristesse


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    Tu disais : mort, silence, solitude :
    comme amour, vie. Mots
    de nos images passagères.
    Et le vent s’est levé léger chaque matin
    et le temps couleur de pluie et de fer
    a passé sur les pierres,
    sur notre bourdonnement reclus de maudits.
    La vérité est encore loin.
    Et dis-moi, homme brisé sur la croix,
    et toi, dont les mains sont grosses de sang,
    que vais-je répondre à ceux qui demandent ?
    Aujourd’hui, aujourd’hui : avant qu’un autre silence
    nous pénètre les yeux, avant qu’un autre vent
    se lève, qu’une rouille nouvelle fleurisse.

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    SALVATORE QUASIMODO

    Traduction  Valérie Brantôme

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    Tejo Verstappen3,

    Oeuvre Tejo Verstappen

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      


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    Nous sommes tellement conditionnés à croire que sans la maîtrise c'est le laisser aller, qu'il est alors impossible de voir que le laisser aller est directement liéà la quête de maîtrise. L'état de conflit interne de l'humanité ne cesse de s'auto-alimenter, en chacun de nous.

    Cela semble inextricable et cela l'est pour le penseur séparé de son objet.

    Penser à partir de conclusions n’est tout simplement pas penser.

    Contrôler le désir, c’est le rétrécir et être égocentrique. Le discipliner, c’est élever un mur de résistance qui finit toujours par être abattu, à moins, naturellement, que vous deveniez névrosé et ne vous attachiez à une seule forme de désir. Sublimer le désir est un acte de volonté, mais la volonté est essentiellement la concentration du désir, et lorsqu’une forme de désir en domine une autre, vous êtes à nouveau plongé dans les vielles structures de la lutte et du conflit.

    Savoir et informations éclairent peut être le fait mais ne sont pas le fait. Seul le contact direct qui est total est la connaissance du fait.

    Mourir à tout ce que vous avez appris, c’est cela apprendre. Cette mort n’est pas un acte final : c’est mourir au moment qui passe, d’un instant à un autre.

    La souffrance ne peut se comparer. La compassion entraîne l’apitoiement sur soi même et le malheur n’est pas loin. L’adversité doit être appréhendée directement.

     

     

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    JIDDU KRISHNAMURTI

     

     

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    alphonse-osbert-

    Oeuvre Alphonse Osbert

     


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  • 06/07/17--09:32: NUAGES ET PIERRES...Extrait
  • Merci à Marie-Paule et Raymond Farina

    Rien, sous le ciel, n’est plus proche de la littérature que l’eau. Elle part soudain tout droit ou soudain change de cours. Elle couvre et découvre le ciel ; en un instant, une sombre nuée s’étend à l’infini.
    ...
    Ténue, c’est un voile de soie ; en tourbillon, c’est l’œil d’un tigre ; en cascade c’et un rayon céleste ; dressée, c’et un mont de jade ; déployée, c’est un dragon ; éparpillée, c’est la brume ; inspirée c’est le vent ; irritée, c’est le tonnerre. Rapide ou lente, nonchalante ou brusque, elle jaillit sous dix-mille formes. Voilà pourquoi ce qu’il y a de plus prodigieux, de plus changeant sous le ciel, c’est l’eau. Né dans une région aquatique, j’ai été habituéà l’eau dès l’enfance, je me crois toujours près de l’eau .

    ...

    L’eau déploie devant moi toutes ses fantastiques métamorphoses. Elle se ramasse dans une gorge, se cabre dans des vagues, chante dans une source, se dilate dans une mer, se déchaîne dans une cascade, se recueille dans un étang. Tout ce qui est souple et sinueux, est eau. Toute littérature, pour moi, est eau .

     

     

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    YUAN HONG-DAO

    1568-1610

    Traduction Martine Vallette-Hémery

     

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    zaowuki-drouot2,

    Oeuvre Zao Wou-Ki

     

     

     

     


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  • 06/07/17--11:26: PETIT INVENTAIRE
  • Afin de tous vous remercier pour votre fidélité durant les dix années de l'existence de ce blog de poésies du monde, j'ai choisi ce joli cheminement poétique tout en délicatesse de Sylvie Méheut
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    La roselière
    La santoline
    Le quartz éolien de l’errance
    La note bleue qui s'illumine
    Entre l’azur et l’espérance
    L’allée couverte de Nohant
    Le guéridon sous la verrière
    Sur la villa des Églantiers
    La chrysalide de la mer
    Le front fiévreux de la Durance
    Mézières
    La Sorgue
    Et la Puisaye
    La timonerie de la chance
    L'aigrette enlunée des étais
    La luxuriance des venelles
    Sous les lanternes de la nuit
    Le Rhin
    La Loire
    Et la Moselle
    Les clématites d’organdi
    Et les nacelles qui se penchent
    Aux toits des quatre Périgord
    Le vin
    La joie
    L’arborescence
    Le crépitement de l’aurore
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    SYLVIE MEHEUT
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    CHANTAL COLLEU DUMOND,

    Photographie Chantal Colleu-Dumond


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  • 06/08/17--00:32: LA FENÊTRE OUVERTE
  • à LR
    .
    Dehors
    Battements d’ailes et friselis des feuillages
    Dedans
    Un merle ponctue la voix sereine
    Monde d’ascensions, d’espoirs et de larmes
    Modelé par un christ-oiseau
    Souffert par l’enfant volé envolé
    Le fils de l’homme et le fils de l’autre
    Raviver la parole et l’image
    Pétrir l’écho et le reflet en pâte de lumière
    Qu’ainsi la présence froisse l’air
    Présence
    Légère et fidèle comme les printemps
    Souveraine comme cette fillette sous un pommier
    Bravant jadis la guerre dans son abri de fleurs
    Aux confins du cœur
    Sur une crête du temps
    Fleurit continûment l’arbre bienveillant
    Elle y retrouve ses voyageurs ineffables
    Dilater le présent
    C’était un jour ensoleillé, n’est-ce pas ?
    .
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    .
    GHYSLAINE LELOUP
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    .
    .
    .

    ghyslaine2


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  • 06/08/17--01:01: J'OUBLIE
  • J'oublie Gaza

    la Tchétchénie

    Guantanamo.

    J'oublie les écoles incendiées et les enfants brûlés vifs

    les parents aux yeux éteints

    - d'où toute lumière a soudain disparu.

    J'oublie les enfants bourrés de résidus chimiques

    ceux qui à chaque instant frappent à la frontière

    d'une vie inconnue. Mais personne ne leur ouvre.

    J'oublie le fanatisme des matches de football

    l'éternelle bousculade les braillements des spectateurs qui veulent leur mamelle.

    J'oublie ceux qui luttent pour davantage de vacances

    davantage de temps sans les autres.

    J'oublie qu'une cuite est déjà un petit séjour

    à la clinique de désintoxication (aussi nommée la Cale sèche).

    J'oublie les milliers d'antennes de télé plantées partout

    espèce d'extincteurs qui crachent des images de rêve

    jusqu'à ce que les rêves explosent dans toutes les têtes.

     

     

    J'ai déjà mentionné les politiciens

    mais j'oubliais de dire qu'ils font partie de la bêtise

    du cynisme

    de l'étroitesse d'esprit

    de l'hypocrisie

    du calcul glacé

    de ce qui mène directement au pouvoir.

    Les terroristes aussi je les ai mentionnés

    mais j'oubliais de dire qu'ils font partie de la bêtise

    du cynisme

    de l'étroitesse d'esprit

    de l'hypocrisie

    du calcul glacé

    de ce qui mène directement au martyre.

     

    La langue aussi je l'ai oubliée au milieu de tout ça

    et la jouissance retorse que l'on éprouve à retourner ses mots et ses idées. Retourner. Retourner

    si bien que pour finir rien n'est ce qu'il paraît être.

    Rien : toujours déguisé autrement.

    J'oublie que la langue n'est plus fiable

    cette langue retouchée et archi-pelotée

    une langue pleine de coupures, d'ajouts et de recollages.

    Une langue qui ne sait plus que citer le mensonge.

     

    J'oublie que la guerre des religions ne finit jamais

    parce qu'on n'en finit pas de se battre pour la vérité.

    J'oublie que tous ceux qui croient ont vu la lumière

    trouvé la vérité.

    J'oublie qu'ils sont toujours sur la bonne voie.

    Tous les autres ont trouvé le mensonge

    et doivent avancer à tâtons dans une obscuritééternelle

    prendre la route qui mène directement au vide

    à l'inanité

    à l'insanité.

    Comme si la seule manière d'éviter le vide

    était de s'enrôler dans la guerre.

     

     

    J'oublie les services secrets et leurs officiers

    attachés au secret.

    J'oublie les centrales nucléaires

    photographiées par un lointain satellite.

    J'oublie que le premier secret

    dévoile en secret le deuxième.

    J'oublie les nationalistes furieux

    pour lesquels la nation n'est qu'une famille contrefaite

    malheur à qui n'en est pas membre :

    il faudra le chasser avant potron-minet

    à l'aide du balai, de la poële et de torchons mouillés s'il le faut.

     

     

    J'oublie tout ce qu'une haine peut renfermer de détresse

    même si la détresse ne renferme aucune haine.

    La détresse est toujours toute seule : privée de compassion

    privée d'avenir aimé

    privée de sens aimé.

    J'oublie les femmes obligées de vivre toute une vie voilées

    parce que les hommes tremblent de peur devant leur propre lubricité.

    Pas de corps aimé. Pas de caresses.

    J'oublie le suicide par internet

    les fonds de spéculation

    les empires médiatiques.

    J'oublie les procès intentés aux dictateurs affaiblis

    pour qui l'enfance de l'art est de simuler la folie.

    J'oublie les images glacées des réclames montrant le chemin qui mène tout droit au bonheur

    - Oh, le bonheur !

     

    J'oublie combien le monde est merveilleux.

    Pardon si j'ai dit

    autre chose.

     

     

    .

     

     

    NIELS FRANK

    Traduit du danois par Monique Christiansen

     

     

    .

     

     

     

    dali5,

    Salvador Dali

     


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  • 06/11/17--06:15: ALGEBRE
  • Il faut donner un nom

    A l’inconnue, pour la mêler à l’équation
    Dire
    X, chère, voulez vous bien
    Venir symboliser ce que je ne sais pas ?
    X ma tendre X, ma fière, ma croix qui barre le chemin
    A l’intuition, X jument poulinière sous qui naissent
    Ceux que l’on ne veut pas, j’y ai échappé de peu
    X, film interdit, les enfants y verraient des chairs
    S’emboiter dans des ahanements de bêtes fatiguées,
    X sans bruit le corps croisant l’autre le clouant
    A la pesanteur, X des siestes de chaleur, X
    Ma multiplication en majuscule
    Ixe écrite en toutes lettres échappée
    Belle, et sauve, de la mathématique et de ses obsessions
    A tomber juste
    X ma variable
    Tracer la courbe de tes poings
    La trajectoire du coup
    De grâce

     

    .

     

     

    ALEXO XENIDIS

     

     

    .

     

     

    graffiti-alphabet,,

     

     

     

     


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  • 06/11/17--07:18: SI LA MUSIQUE DOIT MOURIR
  •  Si la musique doit mourir

    Si l’amour est l’œuvre de Satan

    Si ton corps est ta prison

    Si le fouet est ce que tu sais donner

    Si ton cœur est ta barbe

    Si ta vérité est un voile

    Si ton refrain est une balle

     

    Comment peux-tu aimer le soleil dans ta tanière ?

     

     

    Si ta terre est un champ de mine

    Si ton mûrier est une potence

    Si ta porte est un barrage

    Si ton lit est une tranchée

    Si ta maison est un cercueil

    Si ton fleuve coule de sang

    Si ta neige est un cimetière

     

    Comment peux-tu aimer l’eau dans la rivière ?

     

     

    Si tes montagnes courbent l’échine

    Humiliées Sans hauteur

    Leur dos pour les injustes citadelles

    Leurs boyaux éventrés pour endurcir la pierre

    Si ta vallée n’est pas pour nourrir ton rêve

    Comme une rose dans le zéphyr

    Si ton argile est pétrie de deuils

     

    Comment peux-tu habiter la lumière ?

     

     

    Si ton cheval est esclave de tes oeillères

    Méprise la course des flûtes dans les airs

    Si ta vallée vomit ses saphirs

    Aux seigneurs de la guerre

    Si les tresses des femmes sont des cordes

    Si ton stade est un abattoir

    Si ta nuit est une tombe pour les étoiles

     

    Comment peux-tu promettre la lune ?

     

     

    Si ton visage est sans visage

    Si ton sabre est ton bourreau

    Si toute la pluie ne peut laver ton index

    Si ton désir est un bois mort

    Si ton feu est cendre

    Si ta flamme est fumée

    Si ta passion est grenades et canons

     

    Comment peux-tu séduire la colombe à ta fenêtre ?

     

     

    Si ta source est un mirage

    Si ton habit est ton linceul

    Si la mort est ton mausolée

    Si ton coran est un turban

    Si ta prière est une guerre

    Si ton paradis est enfer

    Si ton âme est ta sombre geôlière

     

    Comment peux-tu aimer le printemps ?

     

     

    .

     

     

    TAHAR BEKRI

     

     

    .

    BEKRI


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  • 06/11/17--09:50: ARTAUD
  • Artaud je vois autour de toi
    Adamov Henri Thomas
    le fragile Prevel aussi
    et je te vois rôder toi-même
    autour de ce déchirement de toi

    mais tu n’approches qu’en silence
    comme le tzigane qui offre
    aux derniers clients du dimanche
    un violon hérissé de cordes cassées

    Artaud Antonin chien fidèle
    des bars où tourne le soleil et son train
    dans la laque rougie et profonde des verres
    miraculeux animal légendaire
    avaleur de sabres derviche malin

    immortel dans la ménagerie de ton corps
    l’écho des cordes cassées dure encore

     

     

    .

     

     

    JEAN-CLAUDE PIROTTE

     

     

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    C

    Oeuvre C. Novel

     

     

     


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