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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 06/11/17--09:51: CANTIQUE PAÏEN
  • Vanille le parfum de tes hanches sur le drap fauve
    Les ors et les caresses adamantines et le vertige
    Tout en haut de tes collines où des alphabets mauves
    Disent des marées muettes où le ressac se fige
    Je resterai longtemps comme un récif sur tes seins
    Comme un géant qui découvre émerveillé et gourd
    Le peuple égayé de ta peau – Frisson sur un parchemin
    La graphie délicate et inspiré de ce puits qui sourd
    Je vais sur ta peau inscrire des runes et des symboles
    Ce vieil amour indolent – Gardien d’un cantique païen
    Où le vent tient pour secret la parole crue qui s’envole
    La gravité légère des caresses – Visages de nos mains
    .

    © PATRICK CHEMIN

    Le 11 juin 2017

     

     

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    laetitia-casta-mep-c-dominique-issermann

    Photographie Dominique Isserman

     


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  • 06/11/17--11:55: POESIES 1943-1970...Extrait
  • Déjà brûlant, le soleil neuf chauffe
    les crépis, la poussière – et gaine
    les plantes d’ardent et tranquille
    éblouissement. Elles s’éveillent
    dans la lumière qui supprimant le vert
    leur donne une autre forme dans la violente
    clarté, dans le tiède silence
    qui précède la vieille touffeur – et cette
    lumière qui les vêt semble être
    leur existence même, une vie identique
    à la vie humaine, mais combien plus heureuse
    dans sa fraîche extase de soleil.

    J’attends que parlent les plantes – prises
    par le profond sourire qui s’exhale
    de la terre pensive jusqu’au soleil pensif –
    moi, qui ne sais pas parler, étouffé
    à peine éveillé, par tant de clarté
    et les sens empreints de l’or qui est vie
    humaine chez les arbres. Or, fraîcheur,
    qui emplissent ma chair de joie.

    Et tout cela, de la sensuelle
    douceur, n’est qu’une ombre.

     

     

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    PIER PAOLO PASOLINI

     

     

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    pasolini

     


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    Àécouter les esprits chagrins, tout serait insignifiant, l’amour une erreur réciproque, la noblesse une imposture, la volupté un fastidieux moment de charcuterie, l’avenir du passé en pire. Selon eux, l’existence devrait débuter avec ressentiment et se terminer dans les regrets. Rien ne leur paraît plus incommodant que l’illuminé qui affirme aimer la vie, qui affirme la vie même. « Pour qui se prend-il celui-là ? » Tandis que le démoralisé délayant les inconvénients d’être né sera perçu comme un être émouvant de sensibilité et emportera leurs suffrages.
    Mon sentiment de royauté intime est entièrement liéà celui d’être un clandestin dans l’époque. Je n’ai aucun reproche à formuler contre l’univers. Au contraire, mes félicitations vont à ses records de nuance. J’entends les Oui qui montent de ses couleurs. Je ne m’en prends qu’à ceux qui tiennent à faire de lui le cachot où ils sont passés maîtres. Qu’ils souffrent donc, ceux qui ne souffrent pas qu’on ne souffre pas.

    J’écoute les anciens qui dérogent à la règle des passions tristes, au mot-d’ordre-des-choses que le contemporain distille dans les mentalités. Ils indiquent un chemin de traverse que la jeunesse croit condamné sans opposer de résistance. Pour ce qui est de l’apologie de la vie que je commence ici, ces « alliés substantiels » comme les appelle Char seront donc, par ordre d’apparition : Pound, Rimbaud, Melville, Protée, Novalis, Giordano Bruno, Prince, Nietzsche, Dante, Vivaldi, James Bowman, Miles Davis, Chico Buarque, Purcell, Rubens, Joubert, Walt Whitman, Baudelaire, Matisse, Ovide, Spinoza, Einstein, Bacon, Hölderlin, Henry Corbin, Lucrèce, Hésiode, Apesteguy, Milton, Shakespeare, Vinci, Géricault, Gauguin, Freud, Picasso, Borges, Confucius, Éros, Descartes.
    Les génies ne rassasient pas, ils accroissent à la fois notre appétit et notre capacitéà nous nourrir.

     

     

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    MATTHIEU TERENCE

     

     

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    Fatat Bahmad3,

    Oeuvre Fatat Bahmad

     

     

     


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  • 06/11/17--15:14: CHANTS NOUVEAUX
  • Le soir a dit : Je suis altéré d’ombre !
    La lune a dit : Moi, d’étoiles brillantes.
    La source cristalline veut des lèvres
    Et des soupirs le vent.

    Mais moi, j’ai soif de parfums et de rires,
    J’ai soif de chants nouveaux
    Sans lunes et sans lys
    Et sans amours défuntes,

    Soif d’un chant matinal qui troublerait
    Les eaux dormantes
    De l’avenir, emplissant d’espérance
    Leurs ondes et leurs fanges.

    Il serait lumineux et pacifié,
    Plein de riches pensées,
    Virginal dans sa mélancolie,
    Son angoisse et ses rêves.

    Exempt de pesanteur, il peuplerait
    De rires le silence.
    (Tel un essaim de colombes aveugles
    Lâché dans le mystère.)

    Ce chant toucherait à l’âme des choses,
    A l’âme des rafales,
    Pour se résoudre enfin dans la joie
    Du coeur immémorial.

     

     

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    FEDERICO GARCIA LORCA

     

     

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    garcia lorca2


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  • 06/12/17--00:18: LE TEXTE NATAL
  • Ne désespère pas
    d’enfin trouver la métaphore
    de ce qui apparaît sans naître
    et n’ose vraiment apparaître :

    vie de plume,
    vie de vent,
    vie soufflée,
    vie rêvée,
    en filigrane
    ou murmurée

    et quand la séquence s’efface
    dans les brumes d’et caetera,
    fatigué de ces tropes
    qui le tirent vers le Sensible,

    retourne vers son lieu,
    texte flou, texte trouble,
    son texte d’origine,
    traduit de ce qui pourrait être
    une langue ou un idiolecte
    d’un âge présymbolique,

    linéaire B d’une enfance
    qui cherche vainement
    son sens
    dans les yeux éteints
    d’un aveugle
    ne sachant déchiffrer
    que l’alphabet de l’ombre

    et, venu de son microcosme
    de poussière et d’angoisse,
    le sporadique appel
    des choses,
    un instant sauvées
    du silence
    et par le silence reprises.

     

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    RAYMOND FARINA
    (Extrait de Fantaisies, 2005)

     

     

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    vladimir kush

    Oeuvre Vladimir Kush


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  • 06/12/17--00:25: BLEU SEULEMENT
  • A la lisière seulement ce vent qui bruisse
    Une basse à laquelle s’accommode le temps
    Une illusion de soleil et de verdure
    Derrière laquelle vont tous nos maux

    Le bleu seulement le bleu
    Une promesse de repos une étamine
    Sur le grand lit des désespoirs
    Sur le patchwork des espérances

    Une veille parcimonieuse et altérée
    De vains rêves que nous faisons
    Et qui s’étiolent ainsi que des soleils levants
    Que la lumière écartèle et tue

    Le bleu seulement le bleu
    Offrande des silences
    Ceux que nous avons sertis
    Des pierres que nous avons reçues

    Cette lapidation des coeurs
    A laquelle chaque jour nous allons
    Comme si nous acceptions de voir
    La tuerie lente de ce que nous sommes

    Le bleu seulement le bleu
    Une nervure de nénuphar
    Une nébuleuse de vents
    Une sirène éperdument aux portes du rêve et des évents

    A chaque station solitaire
    Savoir le prix savoir le temps
    Et n'emporter rien que la vastitude
    Des désenchantements

    Le bleu le bleu seulement
    Une intercade une cantate au mal d'aimer au mal vivre
    Cette frange importune des plages claires
    Ou court toujours les enfances violines

    O l'inutile le superflu le perdu
    O le laminage des prodiges
    La navigation pour le gouffre et la mort
    L'inutile oui et quelque part le salutaire

    Le bleu le bleu seulement
    Un chant d'orient rien qu'impossible
    Mais tellement au vent qui bruisse mêlé
    Un bleu intempestif à la nuance des aubiers .

     

    .

     

    YAMILE GHEBALOU HARAOUI

     

     

    .

     

     

    bleu


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  • 06/12/17--03:33: A JERUSALEM
  • À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur

    des vieux remparts,

    je marche d’un temps vers un autre

    sans un souvenir

    qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent

    l’histoire du sacré… Ils montent aux cieux

    et reviennent moins abattus et moins tristes,

    car l’amour

    et la paix sont saints et ils viendront à la ville.

    Je descends une pente, marmonnant :

    Comment les conteurs ne s’accordent-ils pas

    sur les paroles de la lumière dans une pierre ?

    Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?

    Je marche dans mon sommeil.

    Yeux grands ouverts dans mon songe,

    je ne vois personne derrière moi. Personne devant.

    Toute cette lumière m’appartient. Je marche.

    Je m’allège, vole

    et me transfigure.

    Les mots poussent comme l’herbe

    dans la bouche prophétique

    d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."

    Je marche comme si j’étais un autre que moi.

    Ma plaie est une rose

    blanche, évangélique. Mes mains

    sont pareilles à deux colombes

    sur la croix qui tournoient dans le ciel

    et portent la terre.

    Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.

    Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?

    Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.

    Mais je me dis :

    Seul le prophète Muhammad

    parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"

    Après ? Une soldate me crie soudain :

    Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?

    Je dis : Tu m’as tué… mais, comme toi,

    j'ai oublié de mourir.

     

     

    .

     

     

    MAHMOUD DARWICH

    In « Ne t'excuse pas »

    Actes Sud / Sindbad, 2006

    Taduction Palestine Elias Sanbar

     

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    jerusa10,

     


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  • 06/13/17--02:24: ANDRE LAUDE...Extrait
  • ...
    Le paysage de l’enfance morte s’étend devant nos yeux
    En pure perte nous cherchons le visage du père, le visage de la mère
    Cette solitude n’a pas de nom,
    Rien qu’un immense désert ossifié.
    Nous avions vécu, par instants miraculeux, d’herbes folles,
    de fruits sauvages, acides
    Puis vînt le temps de la grande famine
    Alors nous entrâmes dans les villes avec l’allure superbe
    de ces lions
    aux ongles coupés
    aux crocs limés.
    Tout meurt sous les paupières des rêveurs obstinés,
    Y compris la mort.
    ...
    .
    ANDRE LAUDE
    .

    laude

    laude


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  • 06/13/17--11:02: POUR MILA...
  • Pour ma petite Mila qui fête ses 13 ans aujourd'hui

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    Comme il s'atténue vite
    Le bruit sourd qui cogne
    À la porte du cœur,
    Dès que la vie nous hèle,
    Dès que l'espace est là,
    Fruit ouvert tout entier,
    Ce printemps de feuillages,
    De balançoires et de ramiers,
    Ce feu d'enfances éblouies,
    Cet orchestre habité,

    Comme il devient ténu
    Le tic-tac du temps,
    Et comme on rejoint vite
    Cette passion gourmande
    Et cette rage de vivre,
    Nougaro au piano,
    Les trompettes du vent
    Et les tam-tam maudits,

    Mais rien n'arrête en fait
    Le glissement des heures,
    Nulle musique ailée,
    Nul chant pour s'étourdir,
    Nul saxo aux sanglots,
    Nulle émotion tenace,

    Seule cette connivence,
    Cette étreinte éprouvée
    Avec l'envers des choses
    Ou plutôt leur jeunesse,
    Leur éclat sans couture,
    Leur surgissement sans dû,

    Et cette célébration qui dilate l’esprit
    À l'auberge du fleuve,
    Et cette gratitude de se savoir aimé,
    Dans ce qui reste à vivre
    Et ce qui a été.

     

     

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    JEAN LAVOUE

     

     

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    Deedra Ludwig,

    Oeuvre Deedra Ludwig

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • 06/15/17--11:23: LAMBEAUX
  • Lorsque nos mots se gercent
    Que nos rêves se plombent
    Que nos yeux s'emmurent
    La Poésie
    A l'envers des talus
    Ramifie le sens
    Élargit le secret
    Entraîne dans un souffle
    les poussières du jour
    les maillons nocturnes
    merveilles et détresses
    Vers un autre littoral.

     

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    ANDREE CHEDID

    Poèmes pour un texte (1970-1991)

     

     

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    CHAPELLE 2

     

     

     

     

     

     


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    Ici se décourage, ou quelque chose comme ça. L'inconséquence de l'espèce, ses papiers gras, ses souillures, ses mensonges, ses illusions, ses cacophonies, ses hue et à dia, épuisent. Dans les arbres souffreteux, des oiseaux claquent du bec, ils survivent. Sur les branches noires du peu, la saison triste est un mouroir. Une mauvaiseté infléchit les endurances, martèle à petits coups d’ongles jusqu’à la plaie. Pourtant, la prévalence du moindre cède toujours devant le rire d'un enfant soufflant sur les akènes des fleurs de pissenlits.

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    ILE ENIGER

    http://insula.over-blog.net/

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    akenes

     

     

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  • 06/15/17--13:29: MA VALISE
  • À mon ami, Aziz Farès

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    J'ai dans ma valise des souvenirs
    Une broche kabyle de ma mère
    Le henné qui fleurait sa main
    Et le souak de ses lèvres embaumées

    J'ai aussi une pierre muette
    Des ruelles discrètes de la Casbah
    Criblées des traces de mes rires
    Et de mes chroniques d'enfant

    J'ai dans ma valise des larmes
    De la pluie qui tombe sur Alger
    Et celles des justes râlants
    Sur la hampe d'un drapeau brûlé

    Dans le dessous de ma valise
    S’étend l’injuste addition de l’exil
    Que je règle de mes pleurs d’apatride
    À l’émotivité déchue

    Au fond de ma valise roulent encore
    Les sarcasmes des galopins militaires
    Et les prêches funestes et lugubres
    Des exégètes furieux et méchants.

    Je garde donc ma valise fermée.

     

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    DJAFFAR BENMESBAH

     

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    wasma al agha

    Oeuvre Wasma Al Agha

     

     


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  • 06/15/17--15:26: HYMNE A LA NUIT...Extrait
  • "Un jour que je laissais couler des larmes amères, que mon espérance, décomposée, s’anéantissait en douleur et que je me tenais solitaire près du tertre aride qui dérobait en son étroite et sombre dimension la Figure de ma vie - solitaire comme nul solitaire encore ne le fut, étreint par une angoisse indicible - sans force, n’étant plus qu’une pensée de détresse. - Comme je cherchais une aide des yeux, que je ne pouvais ni avancer ni reculer, et que je m’agrippais avec un regret infini à la vie fuyante qui s’éteignait : - alors m’arriva des lointains bleutés - des hauteurs de mon bonheur passé, un frisson crépusculaire - et d’un seul coup se rompit le lien, le cordon natal - la chaîne de la Lumière. Disparut la splendeur terrestre et mon deuil avec elle - la nostalgie s’épancha en un monde nouveau, insondable - toi, ferveur de la Nuit, sommeil céleste, tu vins sur moi - le paysage s’éleva doucement dans les airs ; au-dessus du paysage planait mon esprit libéré, renaissant."
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    NOVALIS

     

     

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    odilon redon2

    Oeuvre Odilon Redon

     


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    « Vous avez eu de nombreuses et grandes tristesses qui sont passées. Et vous dites que même le fait qu’elles aient passé vous a été pénible et fut débilitant. Mais demandez-vous, je vous en prie, si ces grandes tristesses ne vous ont pas traversé plutôt qu’elles n’ont passé ? Si bien des choses en vous ne se sont pas transformées, si vous-même quelque part, en quelque endroit de votre être, vous n’avez pas changé tandis que vous étiez triste ? Seules sont dangereuses et mauvaises ces tristesses que l’on porte avec soi parmi les gens afin de couvrir leur propos. Telles des maladies, traitées superficiellement et de manière aberrante, elles ne font que reculer pour faire d’autant plus irruption après une courte rémission ; et elles s’accumulent en vous, constituent une forme de vie non vécue, méprisée, gâchée, une forme de vie dont on peut mourir.
    S’il  nous était possible de voir au-delà des limites où s’étend notre savoir, et encore un peu plus loin au-delà des contreforts de nos intuitions, peut-être alors supporterions-nus nos tristesses avec plus de confiance que nos joies. Elles sont, en effet, ces instants où quelque chose de nouveau a pénétré en nous, quelque chose d’inconnu ; nos sentiments font silence alors, obéissant à une gêne effarouchée, tout en nous se rétracte, le silence se fait, et ce qui est nouveau, que personne ne connaît, se tient là, au centre, et se tait.
    Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté qui est entrée en nous ; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui nous est habituel nous est ravi ; nous sommes, en effet, au cœur d’une transition où nous ne savons pas nous fixer. C’est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère : ce qui est nouveau en nous, l’adjuvant de ce que nous étions, est allé jusqu’à notre cœur, a pénétré en son lieu le plus intime, mais n’y est pas non plus resté : il a déjà passé dans le sang. Et nous ne savons pas ce que c’était. Il serait facile de nous persuader qu’il ne s’est rien passé ; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré. Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans doute jamais, et pourtant bien des signes témoignent du fait que c’est ainsi peut-être que l’avenir pénètre en nous pour s’y modifier longtemps avant qu’il n’arrive lui-même. Voilà pourquoi il est si important d’être solitaire et attentif lorsqu’on est triste : l’instant apparemment immobile où, semble-t-il, rien ne se passe, cet instant où l’avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie que cet autre moment arbitraire et patent où l’avenir nous arrive pour ainsi dire de l’extérieur. (…)
    L’avenir est fixe, cher monsieur Kappus, mais c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace infini. »

     

     

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    RAINER MARIA RILKE

     

     

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    rilke

     


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    Donne-moi la flûte et chante
    Car le chant est le secret de l’existence
    Et le sanglot de la flûte survivra
    Quand aura péri, l’existence

    As-tu comme moi fait de la forêt ta demeure et déserté les palais
    Suivi les rivières et escaladé les rochers
    T’es-tu purifié de parfum et imprégné de lumière
    As-tu bu le nectar de l’aube dans des coupes sans corps

    Donne-moi la flûte et chante
    Car le chant est le secret de l’existence
    Et le sanglot de la flûte survivra
    Quand aura péri, l’existence

    T’es-tu comme moi posé le soir dans les bras de la vigne,
    caressé par des grappes en or,
    T’es-tu la nuit couché sur l’herbe et couvert du ciel,
    Oubliant le passé et ignorant le futur

    Donne-moi la flûte et chante
    Car le chant est l’essence des roses
    Et le sanglot de la flûte survivra
    Quand aura disparu, la flamme de l’existence

    Donne-moi la flûte et chante
    Et oublie mal et remède
    Car les hommes sont des lignes, mais écrites avec de l’eau.

     

     

    .

     

     

    FAYROUZ

     

     

    .

     

     

     

     

     

     

    Bahram Dabiri Tutt'Art@ (65),

    Oeuvre Bahram Dabiri

    https://bahramdabiri.com/

     


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  • 06/16/17--01:54: MEDITATION
  • Merci Umar...
    .
    .
    L'être n'est pas en quête de vérité mais d'une consolation. Il croit désirer la vérité mais, inscrit dans la subjectivité de sa chair, il ne peut y accéder. Ce n'est pas pour autant que la vérité absolue n'existe pas, que tout relève d'une opinion, mais qu'on ne peut la cerner. Sinon sous une forme mystique, dans la plénitude de la lumière du divin, mais le partage de l'ineffable, s'il existe seulement, est impossible. La consolation est cette ivresse qui nous permet d'oublier notre destin commun, la fragilité de nos vies, la certitude de la mort et nos âmes assaillies par toutes les tragédies possibles. Il nous arrive d'envier les autres, nous imaginons des vies plus complètes, plus cohérentes mais tous les humains, quels qu'ils soient, font face à la même absence. Et cette consolation est tout sauf rationnelle, elle se pare des manifestes de la raison mais elle est avant tout une émotion, - vive, excessive, comme une plaie qu'on ne peut refermer -, s'accrocher à quelque chose, qu'importe ce qu'elle est, qu'elle nous donne le sentiment d'appartenir, le sentiment du sens, qu'elle nous dise que la vie mérite d'être vécue alors que tout conspire à nous détruire. L'être a besoin de racines et sa méprise est sans doute de croire que celles qu'il choisit sont les racines exclusives du sens alors qu’elles sont la consolation à l'absence de sens. Est-ce à dire que toutes les consolations se valent ? Pas nécessairement. Certaines consolations sont généreuses et emplies de compassion, d'autres le sont moins, d'autres encore génèrent la haine et la violence. Il s’agit de choisir donc. Oublier les fanatismes de la certitude. Etre humble face à nos impasses. Choisir ce qui rend l'humain plus humain. Ainsi se consoler de la mort. Et savoir que cette consolation est peut-être l’unique sens possible à notre existence.
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    UMAR TIMOL
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    Bahram Dabiri

    Oeuvre Bahram Dabiri


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  • 06/16/17--04:11: JE COURS LES MAINS VIDES
  • J’ai l’intention de toucher à la larme des fleurs, à l’épaisseur du moindre souffle empoté comme une confiture de muguet. Certains creusent, d’autres amassent la terre du trou. La terre, notre terre est à chacun. Je glisse sur le dos du monde et mon corps avance tout seul. L’enfance que je n’ai pas eue se cache dans le foulard de son anniversaire. Je tiens la vie comme une culbute, comme une dégringolade du vertige que le chaos embrassait. Je porte en moi l’immense récipient de la foudre et des feuilles mouillées. Dans le parfum du sommeil, des arbres secoués par le vent inventent une seconde pluie plus fine. Je suis un migrateur inflexible, l’âge s’agite dans l’instable équilibre d’un chapeau de paille retourné. Je jubile et toute adversité s’envole. J’aime le verbe, il me donne à voir l’invisible. Je suis l’ami de ma chair pensante. 

    Néanmoins. 

    Un cri oublié se perpétue dans la trame commune. Des hommes et des oiseaux brisent les chaînes du ciel, le transpercent dans la pesanteur de l’instant qui n’a pas encore bu aux étoiles. L’heure est un aigle immense flottant sur les reflets de nos ajournements. J’ai reportéà demain la tristesse d’être venu au monde et la joie de dire : ici, c’est maintenant. Je cours les mains vides, je cloque comme un pâté de souffrance dans un silence inaccompli. Je ne verrai jamais la flambée de nuages s’éteindre dans la mousse de l’extrême incandescence. Ancré dans les eaux de la nuit, le bonheur est un souffle dont je ne peux m’emparer. Tout comme le vent s’habitue aux dédales de l’air, je me suis accoutumé aux tempêtes qui broussent mon sang. Je renonce à l’humidité qui rouille la clairvoyance de mon esprit. Les doigts moites de condescendance, j’écris mon corps avec le fer du grillage qui m’entoure.

     

     

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    BRUNO ODILE

     

     

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    IGOR MORSKI 5,

    Oeuvre Igor Morski


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  • 06/16/17--10:53: LA LUMIERE DU MONDE
  • Jamais le monde n’a été aussi fort. Le terrorisme tel qu’on le connaît historiquement ne réussit qu’à renforcer le système qu’il prétend attaquer, bien que certains de ses membres aient pu avoir des têtes d’anges. Jamais la négation de l’âme n’a été aussi forte et tranquille. L’esprit n’est plus même nié, c’est plus sournois qu’une négation. Nous sommes comme des prisonniers dont le corps seul aurait le droit de sortir.

    L’âme va rester vingt-quatre heures sur vingt- quatre en prison : le reste, le clinquant, c’est seulement cela qui est libre. Cette société ne croit plus qu’à elle-même, c’est-à-dire à rien. C’est donc une lutte infernale de chacun contre tous, car s’il n’y a qu’un seul monde autant y être le premier : il y a presque une logique là-dedans. C’est le meurtre légal, accepté. Aujourd’hui, il n’y a plus d’obstacles. On est dans une sorte de progression négative dont on ne voit pas le terme et qui est comme d’avancer dans une nuit vide de tout. On a déclenché quelque chose qui est sans pitié, comme un fou qui aurait libéré sa folie. Il faudra que tout soit atteint pour qu’on commence à réfléchir. Le nihilisme porte un coup de boutoir à ce qui nous nourrit, et ce sont toutes les nourritures qui sont atteintes : on nous fait manger de mauvais mots, on nous fait avaler de terribles sourires. Il faudrait tout passer au jet, même les mots, même les religions (…)

    La religion est devenue une nourriture fade, qui ne nourrit plus personne, et quand elle parle du cœur, c’est sans talent, parce qu’elle ne croit plus à ce mot. Seule la poésie garde un ferment actif de révolte. Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent : ils nous apportent aussi un premier secours.

     

     

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    CHRISTIAN BOBIN

     

     

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    igor morski2,

    Oeuvre Igor Morski

     

     

     


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  • 06/16/17--11:41: JE NE SUIS PAS VIEILLE
  • Je ne suis pas vieille, dit-elle
    Je suis rare.
    Je suis l'ovation debout
    À la fin de la pièce.

    Je suis la rétrospective
    De ma vie en tant qu'oeuvre d'art
    Je suis les heures
    Reliées comme des points
    Dans l'ordre juste.
    Je suis la plénitude
    D'exister.

    Tu crois que j'attends de mourir...
    Mais en fait j'attends d'être trouvée
    Je suis un trésor.
    Je suis une carte.
    Et ces rides sont
    Les empreintes de mon voyage
    Tu peux me poser n'importe quelle question ...

     

     

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    WENDY HUNTINGTON

     

     

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    raoul ubac2

    Oeuvre Raoul Ubac


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