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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 07/26/17--01:24: L’ABRICOT
  • La couleur abricot, qui d'abord nous contacte, après s'être massée en abondance heureuse et bouclée dans la forme du fruit, s'y trouve par miracle en tout point de la pulpe aussi fort que la saveur soutenue.



    Si ce n'est donc jamais qu'une chose petite, ronde, sous la portée presque sans pédoncule, durant au tympanon pendant plusieurs mesures dans la gamme des orangés,
    Toutefois, il s'agit d'une note insistante, majeure.
    Mais cette lune, dans son halo, ne s'entend qu'à mots couverts, à feu doux, et comme sous l'effet de la pédale de feutre.
    Ses rayons les plus vifs sont dardés vers son centre. Son rinforzando lui est intérieur.



    Nulle autre division n'y est d'ailleurs préparée, qu'en deux : c'est un cul d'ange à la renverse, ou d'enfant-jésus sur la nappe,
    Et le bran vénitien qui s'amasse en son centre, s'y montre sous le doigt dans la fente ébauché.



    On voit déjà par là ce qui, l'éloignant de l'orange, le rapprocherait de l'amande verte, par exemple.
    Mais le feutre dont je parlais ne dissimule ici aucun bâti de bois blanc, aucune déception, aucun leurre : aucun échafaudage pour le studio.
    Non. Sous un tégument des plus fins : moins qu'une peau de pêche : une buée, un rien de matité duveteuse – et qui n'a nul besoin d'être ôté, car ce n'est que le simple retournement par pudeur de la dernière tunique – nous mordons ici en pleine réalité, accueillante et fraîche.



    Pour les dimensions, une sorte de prune en somme, mais d'une tout autre farine et qui, loin de se fondre en liquide bientôt, tournerait plutôt à la confiture.
    Oui, il en est comme de deux cuillerées de confiture accolées.



    Et voici donc la palourde des vergers, par quoi nous est confiée aussitôt, au lieu de l'humeur de la mer, celle de la terre ferme et de l'espace des oiseaux, dans une région d'ailleurs favorisée par le soleil.
    Son climat, moins marmoréen, moins glacial que celui de la poire, rappellerait plutôt celui de la tuile ronde, méditerranéenne ou chinoise.



    Voici, n'en doutons pas, un fruit pour la main droite, fait pour être portéà la bouche aussitôt.
    On n'en ferait qu'une bouchée, n'était ce noyau fort dur et relativement importun qu'il y a, si bien qu'on en fait plutôt deux, et au maximum quatre.



    C'est alors, en effet, qu'il vient à nos lèvres, ce noyau, d'un merveilleux blond auburn très foncé.
    Comme un soleil vu sous l'éclipse à travers un verre fumé, il jette feux et flammes.
    Oui, souvent adorné encore d'oripeaux de pulpe, un vrai soleil more-de-Venise, d'un caractère fort renfermé, sombre et jaloux,
    Pource qu'il porte avec colère – contre les risques d'avorter – et fronçant un sourcil dur voudrait enfouir au sol la responsabilité entière de l'arbre, qui fleurit rose au printemps.

     

     

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    FRANCIS PONGE

    Extrait de " Pièces "

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    Emanuele Dascanio

    Oeuvre Emanuele Dascanio


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  • 07/26/17--02:04: DISSOUDRE
  • Regarde les tes pierres grises et sales
    Tu dis qu’en les retournant on y trouve
    Des grenades tranchées des rouges qui ruissellent
    Et l’or des fous qui pleure le long de la blessure
    Vive
    Regarde ce que tu vois et que personne
    Ne veut voir et remets les pierres en place
    Garde pour toi les cris le feulement et l’herbe
    Couchée sous les deux corps qui s’enlacent
    La trace de l’étreinte et le goût sombre du baiser
    Toutes les Eurydice dans les bras de Maman Perséphone
    Concierge de l’Enfer qui fait cuire ses poireaux
    Le monde qui a l’odeur des vieux escaliers cirés
    La crasse qui te colle et tes pieds attachés
    Regarde
    Comme tu pleures sur des cailloux
    Parce que tu as cru voir une lueur venue
    D’étoiles mortes

     

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    ALEXO XENIDIS

     

     

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    Yoshitaka Amano2

    Oeuvre Yoshitaka Amano


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    Ce jour-là, je ne me doutais pas que mon appétit pour la vie changerait à l’effet d’autant de brutalité.
    L’heure n’est donc pas à la réthorique, ni à la figure stylistique, vous me pardonnerez.

    Il était à peu près quatorze heures quand mon collaborateur posa ses bagages dans ma modeste demeure, empruntée pour mes congés.
    Nous ne manquions pas de travail, mais avec le soleil pour gouvernail, nous fumes guidés -contre notre volonté, c’est évident- au restaurant de la plage pour y déjeuner, avec la résolution d’ensuite échanger nos idées à propos des dossiers engagés.

    Repus, il fallait encore digérer…
    Les deux garçons qui nous accompagnaient, mon homme et son jeune camarade de gaité, consentirent à m’encadrer pour une promenade au bord de la Méditerranée.
    Le vent soufflait avec autant de violence que celle que les vagues puisaient pour s’abattre sur nos pieds.
    Pierre, téméraire, voulait absolument nous emmener braver le danger, « pour s’amuser » argumentait-il…
    Deux sauveteurs des mers désamorcèrent notre vaillance.
    Le drapeau rouge venait d’être hissé.
    L’un était mat, l’autre était plus clair, mais leur stature était identique : rien qui bouge, envergure solide et athlétique, pectoraux moulés, posture assurée.

    Je me rappelle avoir songé avec insolence que leur allure un peu potiche leur donnait l’air de deux braconniers en quête d’une biche.
    Combien allais-je regretter, quelques courts instants plus tard, cette affiche que je venais de leur coller arbitrairement au coin du nez!

    Notre fougueux camarade de jeu s’entêta.
    Il nous proposa de nous éloigner un peu de ceux-ci et de défier l’interdit.
    Face à notre résistance, il irait seul finalement!
    Mais après quelques mouvements de bras face à la force d’inertie du courant, l’impertinent- éprouvé- se découragea.

    C’est à ce moment-là que tout bascula…
    Nos regards en direction des remous, nous distinguions des enfants en train de sauter les vagues!
    « Ils sont fous! »

    Les voici aliénés, pris au piège de cet élément étranger qui les assiège.
    En une fraction de seconde, leur visage prit un virage : plus de sourires, une panique profonde et pragmatique qui paraissait les endolorir…

    Je hèle le secouriste le plus proche!
    Il est déjà harnaché,il entre en piste, prêt à en découdre, laissant sa vie en garantie, sans jamais se résoudre à abandonner.

    Non moins de dix guerriers de la police nationale et municipale se joignent à la laborieuse et dangereuse mission!
    Mieux qu’une vocation, une véritable abnégation…

    Un premier petit garçon est ramené après cinq minutes de lutte acharnée.
    Lui n’avait pas encore été tout à fait emporté…
    J’identifie qu’il reste cinq autres échoués.

    D’où vient ce bruit?
    Les sanglots inoubliables d’une jeune fille sur le sable…

    La jeune fille, telle une brindille, gracieuse et merveilleuse, doit être âgée de quinze années.
    Elle est trempée, elle a froid, mais elle ne le sait pas. Non, à cet instant, elle ne le sent pas!
    Son petit-frère ou sa petite-soeur doivent être parmi les enfants en difficulté…

    Un deuxième garçon est repêché, non sans peine!
    Il accoste aux bras d’un puissant policier! Et pourtant…
    Tous deux s’effondrent sur le sol…de concert!
    Il n’y a rien à répondre à la mer, elle est souveraine et elle est devenue complètement folle…

    Le ballet des secouristes se poursuit, nos héros persistent! Ils sont désormais plus de vingt à se relayer dans l’eau.
    Les hommes à quai se mettent à aider, ils tirent sur le fil déroulé…

    Moi, je n’ai d’yeux que pour elle…
    Sa douleur me transperce le coeur…
    Il me suggère de ne pas la laisser, d’aller la réconforter.
    Elle n’est pas seule, ses cousines sont avec elles.
    J’hésite…
    Il insiste…
    Alors je cours vers elle et en un élan, je la serre fort, je la berce de tout mon corps, mes bras font deux fois le tour.

    A cet instant, son âme affligée, déchirée, retentit en un cri : « Maman »…

    J’enlace son épaule gauche de mon épaule gauche :
    « C’est ta maman qui est là-bas? »
    « Je ne voulais pas la perdre, j’ai déjà perdu un proche.. »
    « Calme-toi, tu ne la perds pas! »
    Alors, sans grimaces, avec tant de dignité, elle m’assura… :
    « C’est ma maman, elle est morte. »
    Elle le savait, elle le sentait, elle la sentait et je n’ai pas accepté de la croire.
    Sans doute ai-je voulu y sursoir.
    Je lui promettais encore ce que jamais je ne pus tenir…
    « Elle ne va pas mourrir tu m’entends, elle va s’en sortir, ils vont la sauver je te le promets. »

    J’ai vu qu’un instant elle me crut…
    Combien je m’en suis voulue…
    J’ignorais que je mentais…
    Elle, elle le savait…
    Elle, elle le savait…

    Les héros de la mer, à terre, changent de stratégie.
    Ils se décalent, tirent bientôt à quarante sur le fil et le relâchent quand la vague fait opposition.
    Ils ne vont plus contre le courant, ils jouent avec lui.
    Quelle sordide ironie!

    Les silhouettes se dessinent enfin, il y avait bien une jeune femme pour accompagner les trois enfants restants, mais elle a perdu connaissance.
    Le dernier héros l’a allongée sur une planche pour mieux la ramener.

    Je considère sa fille qui tourne le dos à la débâcle.
    Ne me demandez pas pourquoi, je lui tapote le bras comme on encouragerait un cheval sur le point de sauter un obstacle.
    Ma gaucherie, mon impéritie, mon impotence n’ont d’égale que mon impuissance…
    Je suis absolument désemparée…
    Mais que dire alors de cette petite poupée!

    Je dois refaire face, pour elle…

    Les vagues les ensevelissent puis les libèrent par à-coups de cinq longues secondes; voici alors ce qu’ils subissent depuis trente minutes…
    Un dernier effort et enfin les enfants s’écroulent à terre.

    Anne Dufourmantelle, sur la planche, attendra d’être sauvée… à jamais!
    Pendant plus d’une heure, sauveteurs, policiers et pompiers se relaieront tour à tour pour lui administrer les premiers secours, mais en vain…

    Je me suis éloignée de sa fille, de son bébé, sans ne plus jamais oser retourner à ses côtés.
    J’étais tellement désolée!
    Je suis tellement désolée!

    Si tu savais, petite poupée, combien j’aurais aimé avoir raison!
    Comment tu vas vivre avec ça maintenant?
    Si Dieu existe, alors il est o’dieux!
    Aucun plan de Dieu ne mérite que l’on n’ôte la vie de ta maman qui a tant apportéà la société.

    Je ne pense qu’à toi depuis ce 21 juillet dernier.
    Je t’ai observée : tu es digne, intelligente, grande et courageuse!
    Tu vas vivre, tu dois vivre!
    Tu vas vivre dans la ligne de ce que ta maman était, une héroïne, une vraie…
    Celle qui te recommanda de rentrer te sécher pendant qu’elle partait sauver de la noyade ces enfants qui n’étaient pas les siens.

    Je ne serai pas là tout à l’heure, j’ai beaucoup tergiversé, mais je ne suis qu’une inconnue, aujourd’hui tu as besoin de ta famille et de tes amis.

    Mais si un jour, petite poupée, aujourd’hui, demain ou dans quelques années, tu me lis et que tu as besoin de mes bras, je serai toujours là pour toi et cette promesse-ci, je la tiendrai au péril de ma vie.

    L’inconnue du plus triste instant de ta vie.

     

     

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    CHARLOTTE TICOT

    http://www.charlotte-ticot.fr/le-premier-jour-du-reste-de-sa-vie

     

     

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    ANNE2

    Anne Dufourmantelle


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    Ayons le courage de dire une première vérité: il n'y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l'occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd'hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien. En lieu et place de la recherche de la paix, il n'y a plus que l'engrenage de la force qui conduit à la guerre perpétuelle à plus ou moins basse intensité. L'État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu'elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu'elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. C'est la spirale de l'Afrique du Sud de l'apartheid avant Frederik De Klerk et Nelson Mandela, faite de répression violente, d'iniquité et de bantoustans humiliants. C'est la spirale de l'Algérie française entre putsch des généraux et OAS face au camp de la paix incarné par de Gaulle.

     

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    DOMINIQUE  DE  VILLEPIN

     

     

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    Oeuvre Pancho Cajas

     

     

     

     

     


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    La douceur apparaît d'abord comme une défaillance.
    Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social.
    Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs.
    Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d'un agir qui est constamment une manière d'être au monde.

    ...

    Dessous est la douceur, tapie.
    Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c'est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée.

    ...

    La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
    Elle ne peut se trahir, sauf àêtre falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

    La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.

    De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

    ...

    La douceur est l'un des noms de cette réconciliation avec ce qui a été refoulé, exilé dans le passé et ainsi "repris" avec mansuétude et le courage qu'il faut pour s'avouer qu'on y était, en conscience.

    Suavité de l'ineffable. Beauté de ce qui n'apparaît pas dans l'apparence donnée des choses et des phénomènes (...)

    La douceur fait apparaître l'écart entre ce qui est là et qui échappe.

    Le charnel et le spirituel, mais pas seulement, aussi tous les écarts, les ellipses, dans la langue, dans le visible, dans la volute baroque, dans la doublure de l'anamorphose.

    La douceur est ce qui nous permet d'aller au-devant de cet étranger qui s'adresse à nous, en nous. C'est la voix que le poète anime, et recueille.
    C'est une part du monde sauvage déposée là.

    ...

    Comment faire entendre le manque de la douceur dans l'existence, la mémoire, la fragilité des êtres ?
    Ce manque n'est presque pas audible, je ne sais même pas s'il est vraiment perçu. Il apparaît en creux dans la norme de plus en plus présente que fait peser une société qui se veut démocratique et libérale mais dont la logique consumériste fait s'indifférencier les êtres dans une économie qui ne souffre aucun "état d'âme".

    ...

    Attenter à la douceur est un crime sans nom
    que notre époque commet souvent au nom de ses divinités :
    l'efficacité, la rapidité, la rentabilité.

    On tente de la rendre désirable, échangeable, institutionnalisable,
    pour qu'elle ne bouleverse pas tout. On tue la douceur par la douceur.
    On en fait une drogue frelatée dont on veut nous inculquer le besoin

     

     

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    ANNE DUFOURMANTELLE

     

     

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    encaustic-painting-start-with2

    Oeuvre ?

     

     

     


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  • 07/28/17--01:19: CLAUDE BER ...Extrait
  • Il faut sac à dos pour un bivouac si précaire qu'est vivre. A ce déjeuner sur l'herbe d'une vie j'ai fait de poésie un plat de résistance qui peut sembler bourrative pitance, estouffa babi en patois alpin des Francs-Tireurs et que je traduis poésie égale maximum de sens sur minimum de surface
    ration de survie pour des temps de disette mentale
    sur la table de verre se sont scellées les lèvres à la parole
    j'y demeure à l'ascendant
    maison du ciel au répit des étoiles...

     

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    CLAUDE BER

     

     

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    inconnue

    Artiste inconnu

     


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  • 07/28/17--01:32: FRANCHIR...Extrait
  • Ouvrir. De bras et de pupilles. D’accueil et d’éveil. De connu et d’inconnu. Sans clôture sur ce qui suit et précède. Ouvrir maisons, caveaux, enclos, barrières, étables, poulaillers. Ouvrir au loup, au chamois, à la poule, à tout ce qui trotte, galope, tournoie, se faufile, musarde afin qu’aucun pas ne mesure la marche. Ouvrir à ce qui fuit ou surgit, visible et invisible affranchis de possible et d’impossible. À tout ce qui, dehors comme dedans, s’élance, s’apeure, se terre, bondit. Et que s’engouffre ce qui dévore, piétine ou picore, nettoyant l’intime de sa poussière. Ouvrir au tourniquet des visages, à la bonne aventure, à l’épopée du savoir, aux contes à pétrifier les ruisseaux, aux quanta de la connaissance, à tout ce qui multiplie la surface simple et laisse attablées ensemble fables et certitudes. Franchir corridors, tunnels et arcades à leurs deux embouts, silence et parole abouchés à la même nuit.

     

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    CLAUDE BER

     

     

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    plumes


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    …où l’homme ne loue plus les immortels
    qu’en soupirant sans cesse
    Hölderlin

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    De lumière un besoin de lumière
    dans une obscurité un sentiment d’obscurité
    un besoin de lumière lucide au vif argent des oliviers
    d’une lumière équitable
    dans une obscurité où passe le noir de femmes endeuillées

    un besoin d’ouvert de la lumière


    Qu’arrive-t-il lorsque la vie se déserte ? questionne-t-elle. Quand la vie se déduit d’elle-même ? Et qu’elle éclabousse ou de sang ou de larmes. Lorsque les mots vont comme chat à la litière. Pisser un jet d’urine. Qu’il n’y a d’autre abri pour la parole que sa fuite. Un peu de sciure éparse autour de la boîte. Dans la domestication de la conscience, quoi demeure ?
    Quand le regard ne tient plus qu’à un fil de désespérance il se couvre. Son soleil
    démis de visage



    Dans l’eau et le sable s’inversant, l’ombre force la clarté dans la demeure de l’être
    le monde, nos bouches se disputent son os
    et la parole dans la nuitée de la parole, quand nul fantôme d’elle-même ne hante ironiquement la parole
    c’est un grelottement
    qui tressaute au bout du fil à plomb


    Elle demande : Que signifie l’absence qui s’étreint? Un trou noir de la conscience, tout son poids d’histoire l’effondrant sur elle-même? Cette conscience de chaussette retournée qu’est en ce moment la nôtre, vilaine affaire !
    Et je n’ai ni mots ni main de miracle pour faire éclore à l’usé du talon
    le trèfle de rédemption



    Dans le caquetage incessant des signaux et des ondes – son brinquebalement de casserole à la remorque d’un camion (un grand silence me prend. Qui lui aussi est sombre) - y a-t-il une ridelle de jour? Un répit dans la crampe des échines courbées ? demande-t-elle. Ne serait-ce qu’une lime pour rogner un coin de clarté ?
    L’ongle au bout des doigts qui casse c’est la fragilité
    de notre nuit
    et je n’ai pas de réponse prête
    (à aller comme un gant) à ses questions


    La lumière n’est-elle que l’envers de la nuit ? demande-t-elle. Un caillot de l’immensité ?
    Je dis l’immensité n’est pas l’éternité. Et c’est une pause sonore. Une respiration illusoire, mais, dans l’interstice des syllabes, se fissure quelques secondes le compact de la nuit de l’esprit
    son cerne épais sur la dentelle de cette nuit légère, bleutée, cliquetante, où se penche le corps accoudé au balcon


    Elle dit : ce n’est pas ce que j’appelle nuit cette durée entre les doigts qui la déchirent. Dans le monde la nuit dit-elle mais peut-être je me trompe…
    ainsi sont les mots : dépeceurs de dépouille
    et la nuit dont elle parle est un cadavre de nuit. Une insignifiance grise. Une trahison de la nuit
    dans la bouche qui prononce en elle sa nuit



    Un besoin de lumière.
    Même bougies ou lumignons. Leur ombre soyeuse. Presque de bête. De petit félin nocturne au poil doux. Une coquille de lune s’écrase sur elle-même. Disparue dans le feuillage du prunier. Anecdote de l’œil au jardin. Sa cueillette nocturne. Une consolation pour elle qui questionne à la périphérie de toutes choses parce qu’il n’y a pas de centre où nommer la chute de la parole dans son nom.
    Quand se rompt le câble de la conscience et que sa carcasse flotte sur l’eau du bassin où va-t-elle fuyant en nous ? Qu’est-ce qui va et où se déduit-on de soi-même? demande-t-elle.
    Il n’y a pas d’âme à cette exfoliation
    seulement la peur et l’avidité
    ou le regret de ne pas passer bras dessus bras dessous le pont d’une rivière dans la joie des amants
    ou la course d’un lévrier avec son corps maigre sous son poil long
    le déhanchement excentrique du lévrier afghan
    et l’apprivoisement de la parole à sa surprise


    Je parle de toi
    et c’est une sorte de lumière
    le vent dehors s’est tu
    Baisse la voix, dit-elle, que j’écoute la procession des fourmis sur le tronc de l’amandier.
    Ce qui vit est silencieux. Souvent sans cri. Il ne naît rien de vif dans l’éparpillement qui nous submerge.
    Si tu cueilles un mot à ma lèvre garde-le ! dit-elle
    Elle appelle, qui répond ?
    Au labyrinthe de l’oreille pas d’Ariane pour dérouler le fil.
    Je suis pressée de finir ma phrase comme on finit de vivre. Dans l’encombrement pour ceux qui suivent
    et une lassitude d’encore attendre
    Pas de monstres cachés sous les banquettes de skaï. Tous sont en nous. Au tic tac des poitrines.
    Et nous à leur mendier la place de dormir tranquille



    Pendu aux 131 portiques le clou du regard fixe la voix à la voûte
    un besoin de lumière à hauteur de la lumière
    au larynx une spirale de cendre, à l’évier celle de l’eau qui brasse miettes et épluchures, couronnes d’iris ou d’arums dans leur cornet roulé sur leur gros pistil jaune, une antenne à parole perdue, un phallus de fleurs et le pollen au pourtour de son rire dans la familiarité des mots
    mais plus loin passé le seuil de la porte ils désertent
    sur le paillasson
    en nous la poussière
    de tant de pas dans l’absence de route


    Un escalier conduit dans la rue. La rue à l’avenue commerçante. Puis en banlieue. Puis, passé le périphérique, dans une campagne de chaumes.
    Où allons-nous ? demande-t-elle.
    Des crêtes de clarté se ruent à la pupille et je regarde sans voir. Plutôt, j’écoute, yeux fermés, le vide de la rue le soir
    ou un à peine de brisé dans les blés
    sous le vrombissement de l’autoroute
    Parfois rivières, prairies, montagnes, glaciers, lacs, forêts surgissent à l’arcade, dit-elle. Amples. Dans une bouffée miraculeuse. Un panier de vie. Puis ils s’effacent
    et demeure le défigurement


    Souffrir n’est pas savoir. Pas même une échappée verticale
    c’est simplement inutile
    force et beauté sont sans promesse ni quête
    seulement à main nue
    le cœur bat sous le clapet des côtes
    horloge intime qui ne porte nul autre ailleurs que celui du temps qui s’écoule
    lueur minime entre les pousses
    la terre labourée et son écorce sèche à l’arête des sillons

    Il n’y a pas de quoi désespérer, je dis, posant la bêche contre mon genou, ce n’est qu’une vie avec ses colères, ses craintes, son tâtonnement et, à chercher le vrai, elle peine à poser en elle l’assise, genoux croisés en posture de yogi avec juste une crampe de ligaments à la torsion de la cheville remontée sur le mollet et droite la colonne d’air qui va du ventre au centre du crâne, bien ouverte pour que s’expulse l’âme vers son envolée et sa sagaie de sarbacane je la souffle par les pores.
    Sages les maximes de sagesse mais, au delà de leur fraîcheur au front
    rien que la serviette humide de sueur roulée sur la chaise



    Une voix pulse en tout ailleurs son besoin de lumière en bout de langue comme les 22 lettres à celle du patriarche, paroles à respirer quand le souffle est court et l’espérance un effort trop grand pour une fatigue quotidienne qui monte marche à marche les escaliers dans la lassitude et parfois l’amertume
    un besoin de
    et son hamac tendu où s’allonger dans le pépiement des geais et des mésanges
    le métronome du pic vert comme
    une façon oiseau de dire toi
    dans l’épaisseur du monde


    Vers où cette écoute de l’entier de tout ? demande-t-elle. Est-ce qu’elle suffit à chasser les ténèbres ? À assécher le sang, à laver la souillure de nos croyances ? À ramener taper au carreau le bonheur d’exister ? Qui déchirera la rétine de nuit qui rabat nos visages sur leurs rides et quel mazout pour l’hiver de la lumière ?
    Qui serons-nous et serons-nous dans dix millions d’années têtes pendues à l’encolure de l’oubli ?





    Un coup de lumière
    comme un talon frappant la vase d’un fond de lac, nageoires déployées, mon cœur, dis, ma vie, tout à coup, le ciel pour nous et la lumière égale sans déduction
    même si l’eau est muette
    tout à coup la nudité des corps
    et une souveraine indécence tout à coup dressée
    tout à coup l’espace
    et le souffle aux 77 noms dans les nombrils accolés
    Nos lèvres portent la malveillance des dieux et leur malédiction, qu’ils s’écroulent à jamais dans les ronciers, sceptre en gloire émergeant des joncs et des iris
    bus par la boue de nos bouches nos dieux décapités


    Une pomme sure tombe dans la flaque du tronc arrosé. Elle s’y lave de tout avenir. Et va pourrir dans l’eau. À moins que des doigts ne la ramassent. Un hanneton se faufile par les talures de la peau, son goût de pulpe mûre sous le palais tiède de chaleur et d’eau croupie.
    Un canif de lumière
    pour détacher le pétiole du fruit
    nos dieux de notre humanité et faire nuit paisible
    dans l’odeur d’aloès et d’eucalyptus
    le blanc de la mer et son chemin de lune
    qui ne mène qu’à son scintillement d’étoiles humides
    Orphelins enfin
    peau de caïman posée sur le fauteuil en simple robe de chambre
    et pas d’autre mystère à explorer que
    celui des paupières qui se ferment



    Dans le chant celui de la langue coupée
    à l’œil le guet
    entre mérite et démérite le fléau de la règle pèse les mortels
    et la voix taille les mots dans leur attente.
    Ce soir là, dit-elle, ainsi commence l’histoire et sa fin reste intacte. C’est un timbre d’alto. Une note aigue de klaxon. Un sifflement de bise. Un roulement de tari. Ma tête sur le billot, il n’y a rien qui ne soit faux dans nos histoires, rien qui ne soit vrai dans nos fables.
    Cycliquement, des hommes en décapitent d’autres ou enterrent leurs femmes dans le sable. Simplement comme on troque un tissu. Comme on barde une pièce de bœuf. Sans remords ni inquiétude. Ni sauvagement. Ni innocemment. Parfois dans une sorte d’extase de la mort. Mais le plus souvent communément. Un vieil héritage de raptor et de tyrannosaure. Et ceux que ça révulse se figent dans une stupeur hébétée d’herbivore.
    Aux questions des questions. À l’humain l’inhumain. Deux coques de castagnettes tintinnabulent l’insignifiance et le terrible.
    Vers où allons-nous dans l’aveuglement et l’indifférence? demande t-elle.
    Et c’est une voix d’enfance qui murmure à ses lèvres, car pour le reste
    c’est groin de porc par où transite la parole



    Un chiffon de lumière
    pour faire rendre gorge à la malédiction
    et que vibrent d’autres cordes que celles des pendus dans l’intact invisible du vide
    un besoin de terre sur nous
    pour enterrer l’entier de notre histoire
    d’une terre lourde. Charnue. Sexuelle. D’une belle terre ventrue de femelle, d’une bonne terre de mâle couillu se remettant au monde dans le poil du seigle de mer
    et nous avec
    cul lavé par le jusant
    Un besoin de tympans pour écouter la lumière
    (sa voltige de photons et de quarks, son petit pas menu quand, à l’aube, un pied de fillette trottine sur les taches de jour glissées dans la pénombre)
    et que les yeux se ferment au désastre de voir


    Un événement une annonciation sans miracle
    une éternité sans suite
    enfin la fin
    et la mamelle de la terre retournée sur elle-même en récipient mental – concept où déverser un dé de connaissance – même si au fond du bol c’est la lie d’un vin de jouvence déjà bu
    Trop tard pour une écoute
    mains en conque autour du lobe
    ohé vivants, de quel côté du réel posez-vous le mot qui le dit ?
    L’effroi et la terreur ne sont que nôtres, ailleurs la nuit est douce, l’argile meuble, le lumen des galaxies continué



    Pour l’intervalle où se love une vie en bolet sous la mousse, il suffit d’un rai de lumière griffant la vitre – les étoiles trop loin pour faire signe –, de la lueur d’un lampadaire, d’une allumette, de l’aura bleutée d’un téléphone, de la rencontre de phares et de lucioles giclant écrasées contre le pare-brise, où les essuie-glace nettoient leurs traces rosâtres, pour que les ordres se mêlent de nouveau et que ne se puisse séparer ce que nous sommes de ce que nous sommes.
    Une voix dit je t’aime dans le portable coincé entre la joue et l’épaule tandis que les mains s’affairent à nettoyer les cadavres d’insectes grésillant sur le capot.
    Et c’est ainsi
    même si les mots préfèrent papillonner autour d’une même corolle – et ce serait chanson de la prairie aux coquelicots – ce n’est pas et il se pose tout ensemble l’ensemble de tout. Les aulnes avec leurs tarins. Le jabotage des pigeons avec leur carcasse mangée de fourmis rouges dans les poubelles des squares. À l’arrière-train du langage un âne peut braire de passion.
    Paix dans l’engorgement des paroles impatientes, rien ne dit rien de plus qu’une existence et sa limpidité circonscrite à l’infime et au vaste.
    En marche ! Au trot !
    La mort sent le formol et la viande avariée
    la guerre l’excrément et les gravats de placoplâtre
    le peu de chair qui reste aux lèvres égrène encore un mantra de baisers
    petit serpent véloce, viens, viens piquer le sein dénudé que le nom disparaisse dans la chair
    nimbus chargé de pluie quand rien n’aura plus lieu de ce que je connais et
    ce sera la délivrance


    Grelottent les cloches au cou des mules. L’abattoir n’est pas plus loin que le sommet. Ils se rejoignent dans l’union trismégiste des contraires. La bouse de bique sera changée en or par Nicolas Flamel et le chemin des cimes s’ouvre sur la Montjoie des pérégrins. La force de l’amour nous fera tous renaître entre les lèvres roses de l’orchidée pyramidale.
    Elle demande : Qu’est-ce que tu racontes ? Je caresse sa joue du regard, allant le dit à son attente inventive, au clinamen du visage, nos voix couchées en nous
    avec l’envie de vivre comme un mot sur la langue
    à déglutir les multiples de l’univers
    pour un repos repus et consumé


    Dans le pré une pie. Sur la table les œufs, la ciboulette, le pot de lait et une pincée de farine. Une cuillère de bois pour touiller le tout d’une rotation rapide du poignet. L’huile fume dans la poêle. Il se murmure encore quelque chose au col de l’horizon, dans ses plis de rayons délavés accueillant l’indicible, mais rien n’éclot sans aile au nid de dire.
    Deux pierres bâtissent deux maisons et sept pierres plus de cinq mille, c’est à partir de là qu’il faut compter.
    Admettons que nos paroles aient force de quasar dans une langue où les langues finissent
    qu’elles suffisent à inventer d’autres soleils avant que le nôtre ne vire naine noire


    Je passerai mon besoin de lumière au ressassement de la langue jointe grain par grain à elle-même
    à démêler la filasse noueuse des bouées
    à tondre la plume des oisillons pour un duvet d’innocence
    mais ce que j’invente ainsi de ma vie a déjà eu lieu
    il lui reste l’éternité pour se défaire
    demain s’en va pour me rejoindre
    ici maintenant un corps penchéà la fenêtre
    écoute la nuit
    son besoin de lumière en elle
    s’assouvit

     

     

    .

     

     

    CLAUDE BER

    Editions de l'Amandier 2015

     

     

    .

    tham11,

    Photographie Thami Benkirane

     

    https://benkiranet.aminus3.com 

     

     

     

     


    0 0

    Tant d’entre nous sont tombés
    fauchés par une balle ou trop de peine
    Pour les honorer je veux
    au milieu du désert
    un espace dépouillé de simples tombes
    PAS de décoration PAS de fleurs Pas de couronnes
    et SURTOUT pas de sang
    Je laisse la couleur sang aux colonisateurs
    et à leurs toréadors
    PAS de discours

    Devant le grand carré dédié aux enfants
    de Palestine Gaza Jérusalem Hébron
    Deir Yassine Jénine Yarmouk Sabra et Chatila

    JUSTE
    des cerfs-volants
      et des ballons blancs

    Je prie le sable de leur faire à tous
    une couverture tiède et tendre
    Je demande à la lune bleutée
    aux myriades d’étoiles de les veiller
    au soleil de composer en leur honneur
    de fabuleux décors illuminés
    d’orangé et de violet
    au vent d’égrener leurs noms
    sur tous les continents

    Paix soit à leurs âmes !

     

     

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    OLIVIA ELIAS

     

     

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    Bahram Dabiri

    Oeuvre Bahram Dabiri

     

     


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  • 07/29/17--08:02: DESIR
  • Rien que ton cœur brû­lant,

    Rien d’autre.

     

    Mon para­dis : un champ

    Sans ros­si­gnols

    Ni lyres,

    Un ruis­seau dis­cret,

    Une sim­ple source.

     

    Pas de vent qui épe­ronne

    Les fron­dai­sons,

    Ni d’étoile qui veuille

    Se faire feuille.

     

    Un jour immense

    Y serait

    Le ver lui­sant

    D’un autre jour

    Dans un chant de

    Regards bri­sés.

     

    Lumi­neux repos

    Où tous nos bai­sers,

    Grains de beauté sono­res

    De l’écho,

    Iraient là-bas éclore.

     

    Et ton cœur brû­lant,

    Rien d’autre.

     

     

    .



     
    FEDERICO GARCIA LORCA

     

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    Katia Chausheva Photography5,

    Katia Chausheva Photography


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  • 07/29/17--09:13: LES OBSCURCIS...Extrait
  •  
    .. Elle s'invente un jardin
        Y met un arbre avec son ombre d'origine
        ses oiseaux polyglottes
        ses feuilles en papier d' Arménie
       des fruits mâles des fruits femelles
       qui se battent comme des chiffonniers
       se réconcilient sur l'oreiller
      et cette fleur riche d'une aile qui fait son miel dans la couche du
      bourdon

     

     

        Elle sort de ses poches des objets qu'elle aligne par ordre de taille
            comme elle le faisait des enfants
        les  repère yeux fermés au bruit de leur frottement sur le sol et à la
           distance qui les sépare de ses mains
        miroir caillou peigne crayon n'ont retenu aucune porte aucun
          visage
        ni ruisseau
        le caillou ne sait plus rire
        la clé ne sait plus parler
        et la femme qui ne supporte aucune consolation se tourne vers le
             jardin
       l'ombre du pommier sur le sol fait pâlir sept années de deuil

     

     

     Les mots qui poussent en bordure des lèvres retiennent bien des
             frayeurs
        les enfants les font sécher entre les pages
       tête-bêche comme roses foulées par les colombes
       le sang qui bat à leur tempe désole les mères qui essorent les murs
           après les pluies

     

       Les livres disent-elles s'attristent sans raison
       ils veulent des mots secs alors que la saison est mouillée
       l'humidité rétrécit les maisons et fait pleurer le linge

     

     
     Ses rêves lui font croire qu'elle est éveillée
        un ange balaie sa cuisine
        un troupeau de buffles est lâché dans sa lampe

     

       Renversée la ville autour d'elle
       persuadés de frapper à une porte ses poings martèlent un sol fermé
           à clé

     

      Le rêve dit-elle est un lieu de sépulture et de séparation

     

     Elle rêve comme elle écrit
     par hachures parallèles qui se rencontrent hors de la page

     

    Dessine-moi un rêve dit-elle à sa main
    qui creuse un trou l'emplit de cris
    esquisse une maison
    l'ange qui en balaie le sol a besoin d'un tiroir pour y ranger ses
         ailes

     

      Le chemin de boue qui la relie au monde n'a jamais enjambé son
            seuil
        ni connu le nombre exact de ses cuillères en bois
        ni la teneur en deuil de sa calebasse

     

        Les incantations qu'elle a retenues éloignent le soleil qui halète
          derrière ses vitres
        car seule l'eau a sa confiance elle seule sait faire parler le jonc
        Une brique sous chaque aisselle elle s'enfonce dans la pluie
        le khôl autour de ses yeux la protège des éblouissements
        le gel durcit la pointe de ses seins
       Elle lave le fleuve lave son ventre sourde aux cris des abeilles et
           du pain
       va à la mer comme on va à l'herbe
       glane ça et là l'ombre d'un nuage le reflet d'un platane qu'elle met
          en gerbe pour les hommes qui l'attendent à l'embouchure les
          pieds plantés dans le sel
      La terre pour eux est un mensonge
      c'est dans la femme basse qu'ils traceront leur sillon
      après l'avoir désherbée à mains nues jusqu'àépuisement
         de l'océan
      eux debout
      elle accroupie sur le soir afin qu'ils traient son miel



     .



     
    VENUS KHOURY- GHATA

    Editions Mercure De France, 2008.

     

    .

    obscur


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  • 07/31/17--04:42: JEANNE ... SI BELLE...
  • jeanne,

    Jeanne Moreau

     

    .

    .


    0 0
  • 08/01/17--05:58: SONATINE POUR PIANO

  • Viens ici, faisons une poésie

    qui n’ait senteur de rien

    et cependant tout dise,

    et soit ruisseau de sons

    grêles

    qui dans les sables se perd et meurt

    quand son murmure s’amenuise ;

    faisons une sonatine pour piano

    à la Maurice Ravel,

    petite musique incohérente

    mais sans complications,

    de toute façon crois bien

    qu’à gratter le fond point de sens ;

    faisons quelque chose d’un genre léger.

     

    Viens ici, point même besoin d’aller

    déranger la Nature

    avec ses graves paysages

    et les pyrotechniques astrales ;

    nous n’irons pas chercher non plus

    les grands problèmes éternels,

    l’immortalité de l’Esprit

    ou semblables casse-tête ;

    nous ne dirons que quelques phrases communales

    sans grande prétentions,

    gens désormais classés

    gens dénués de « profondeur » ;

    et si les mots viennent à manquer

    nous arracherons le fil du discours

    pour nous distraire

    par un menuet approximatif voué

    à se dissoudre en arabesques d’or,

    à se briser en grande pluie de lucioles

    et disparaître en laissant dans nos yeux

    des étoiles qui pullulent, d’obsédantes lumières.

     

    Puis quand s’alanguira la sonatine pour de vrai

    nous l’achèverons comme le veut la mode

    sans péroraisons hurlantes ni emphase ;

    nous l’achèverons, s’il nous semble bon,

    au moment où elle semble reprendre :

    et le public en reste les yeux ronds.

     

    Nous l’éteindrons comme une chandelle, d’un coup. D’un souffle.

     

     

    .

     

    .

    EUGENIO MONTALE

    Traduit de l’italien par Patrick Derval Angelini

    (Extrait de Derniers poèmes, Gallimard, 1988.)

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    piano

     


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  • 08/01/17--06:40: CARLO BORDINI...Extrait
  • Il y a quelque chose d’obscène
    Nous qui
    sommes tout entier recroquevillés dans nos rêves
    nous savons que
    Il y a quelque chose d’obscène dans les rêves d’autrui
    Il y a quelque chose d’obscène
    qui consiste dans le fait que les rêves d’autrui sont / absurdement /
    et épouvantablement
    pareils aux nôtres
    et dévoilent la honte
    de nos rêves privés
    leur petitesse infantile
    leur caractère honteusement (pour nous) préfabriqué
    et puisque ils sont tous pareils nous sommes jaloux d’eux
    et nous les haïssons quand nous savons qu’ils sont rêvés par
    d’autres personnes
    trouvant obscène que d’autres personnes rêvent nos propres choses
    intimes,
    et découvrant chez les autres notre propre honte privée
    qui est rendue publique par le fait que les autres peuvent connaître
    minutieusement notre rêve
    nous voudrions qu’il soit seulement le nôtre et que personne d’autre
    ne puisse le connaître
    même si nous en avons fait l’acquisition avant-hier au supermarché
    de la conscience
    où l’on soldait un stock avarié
    qui nous a attirés avec son offre facile.
    Et comme l’amant qui préfère tuer celle qu’il aime et qui le fuit
    ou le mythique héros de la Grèce antique
    qui solde pour trois fois rien un tremblement de terre de fines
    herbes
    nous, comme le Minotaure, nous nous fracassons la tête dans le
    labyrinthe anguleux,
    en nageant heureux dans les gorges de l’immense galaxie
    où nos esprits se sont égarés dans un enchevêtrement aveugle

    .

    .

    .

     

    CARLO BORDINI

     .

    .

    .

    labyrinthepan2


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  • 08/02/17--23:14: LA MONTAGNE PREND LA PAROLE
  • Et voilà mon silence dur fonçant sur le moindre bruit
    qui ose.
    Je souffre de ne pouvoir donner le repos sur mes flancs
    difficiles
    Où je ne puis offrir qu'une hospitalité accrochée,
    Moi qui tends toujours vers la verticale
    Et ne me nourris que de la sécheresse de l'azur.
    Je vois les sapins qui s'efforcent, en pèlerinage
    immobile, vers l'aridité de ma cime.
    Plaines, vallons, herbages et vous forêts, ne m'en
    veuillez pas de mes arêtes hautaines !
    J'ai la plus grande avidité de la mer, la grande
    allongée toujours mouvante que les nuages
    tentèrent de me révéler.
    Sans répit j'y dépêche mes plus sensibles sources,
    les vivaces, les savoureuses !
    Elles ne me sont jamais revenues.
    J'espère encore.

    .

    JULES SUPERVIELLE

    " Débarcadères "

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    nath

    Photographie Nathalie Magrez


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  • 08/03/17--05:22: IL Y A DES MATINS
  • Il y a des matins en ruine
    Où les mots trébuchent
    Où les clefs se dérobent
    Où le chagrin voudrait s’afficher
    Des jours
    Où l’on se suspendrait
    Au cou du premier passant
    Pour le pain d’une parole
    Pour le son d’un baiser
    Des soirs
    Où le cœur s’ensable
    Où l’espoir se verrouille
    Face aux barrières d’un regard
    Des nuits
    Où le rêve bute
    Contre les murailles de l’ombre
    Des heures
    Où les terrasses
    Sont toutes
    Hors de portée.

     

    .

     

     

    ANDREE CHEDID
     in « Par-delà les mots ».

     

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    Katia Chausheva Photography3,

    Photographie Katia Chausheva


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    Dans ma maison de Geronimo
    personne ne sait comment j'apprivoise le jour
    ni avec quelle violence je l'agrippe
    et le défie
    pour l'épingler finalement sous mes paupières
    Personne ne connaît le nom de l'oubliette
    d'où je remonte
    le coeur en pendule au bout d'une corde
    pieds et mains bras et jambes
    dans un désordre si inconcevable
    qu'il faut reconstituer le puzzle à chaque coup


    ...

     

    A qui parlons-nous lorsque nous nous taisons
    Dans ma maison de Geronimo
    je garde un troupeau de silence
    que parfois je mène boire à la mer
    Qui vient paître trop près de mon silence
    sera fusillé dans toutes mes langues étrangères

     
    ...



     Pardonnez-moi
    Pardonnez mon sommaire petit violon
    c'est parfois à cela que l'on voudrait réduire l'histoire
    et expliquer notre solitude

     
    ...

     

     Je n'ai pas le coeur assez bien accroché
    il est suspendu à un trapèze d'oiseau dans une cage
    et boit à petites gorgées dans un goutte à goutte
    C'est pour cela que je n'avance pas

     ...

     
    Le monde en feu la misère la vie allégée de rien
    et pourtant la vie doucement belle
    dans le lointain de nous
    sans notre regard sur elle
    Serions-nous moins inquiets
    si le monde augmenté du poids de deux brebis
    pouvait en être bouleversé

     
    ...

     

    On peut tenir debout longtemps
    même avec ses disparus à l'intérieur de soi
    il suffit de s'aménager le ventre le coeur la tête
    il suffit de meubler les endroits trop vides
    sous peine d'égarement de prostration
    il suffit de donner une chambre à chaque fantôme
    de fermer à clé
    et jeter la clé dans la mer
    On peut aussi siffloter des airs connus
    ou courir les bois comme une biche
    à la tombée du jour

     
    ...

     

     Et pourtant vient le matin l'oiseau qui pépie
    le vent tiède et les bourgeons
    la lumière qui filtre à travers les persiennes
    le souvenir d'un petit ruisseau
    pour s'y laver les jambes
    de menues choses qui pourraient sauver le jour

     

     

    .

     


    MARIE HUOT

     

     

    .

     

     

    marie huot2

     


    0 0
  • 08/03/17--06:04: PHILIPPE RAHMY...Extraits
  • Une foule sans bords de migrants s’ébranle à chaque heure
    en direction de l’occident



    Chaque foule ouvre une meurtrière à travers laquelle
    se présente un paysage dévasté



    Chacun des personnages de cette foule a son propre texte
    à chanter, mais il est impossible de reproduire ces voix,
    maintenant qu’elles ont été anéanties. Ce qui nous est donné
    de faire, c’est d’essayer de faire entendre leur âme

      …

     

    .

     

     

    PHILIPPE RAHMY

     

     

    .

     

    Shelby McQuilkin2,

    Oeuvre Shelby Mc Quilkin


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