Are you the publisher? Claim or contact us about this channel


Embed this content in your HTML

Search

Report adult content:

click to rate:

Account: (login)

More Channels


Showcase


Channel Catalog


Channel Description:

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

older | 1 | .... | 132 | 133 | (Page 134) | 135 | 136 | .... | 183 | newer

    0 0
  • 09/05/17--00:57: CANDLES IN BABYLON...Extrait
  • L'un après l'autre
    ils tombent, s'en vont-

    tous ceux qu'on désirait
    vraiment garder. Etres.
    Choses qui furent plus que choses.

    Le chien, le chat,
    la poupée à la robe de soie,
    le canif rouge :
    ceux-là furent les premiers à partir.

    Puis père, mère,
    sœur , frère,
    femme et mari.
    Maintenant l'enfant.

    L'enfant a grandi,
    l'enfant est parti,
    l'enfant a dit,
    Ne me touchez pas, ne m'appelez pas,

    vos lumières se sont éteintes,
    Je ne vous aime pas,
    Ne vous aime plus.

    De loin l'enfant
    jette son ombre longue :
    il fait noir.
    Et ils sont petits.

    Le monde est fragile,
    veiné de craquelures,
    prêt à voler en éclats. Maintenant

    le vieil homme monte
    sur une barque,
    descend en ramant la rue inondée.
    Vieille femme, elle s'élève

    jusqu'à l'œil du clocher.
    Se métamorphose, devient
    le battant de la cloche.

    Le tintement commence.


    .

     

     

    DENISE LEVERTOV
    Traduit de l’anglais par Raymond Farina

     

     

    .


    0 0
  • 09/05/17--02:45: ENTRE LA PIERRE ET LA FLEUR
  • Au lever du jour, nous nous éveillons pierres.

     Rien, sinon la lumière. Il n'y a rien sinon la lumière contre la lumière.

     

    La Terre : paume d'une main de pierre.

     

    L'eau silencieuse dans sa tombe calcaire.

     L'eau encerclée, humble langue humide qui ne dit rien.

     La terre élève une vapeur. Des oiseaux sombrent volent, boue ailée.

     L'horizon : tous ces nuages dévastés.

     Une plaine énorme, sans rides.

     L'Henequen, indice vert, divise les espaces terrestres. Le ciel déjà sans lisières.

     

     

     Quelle est cette terre ? Quelles violences germent sous sa peau pétrifiée, quelle obstination de feu

    déjà froide, d'années en années, comme de la salive s'accumulant, se durcit et s'aguise en piquants ?

     Une région qui existe avant que le soleil et l'eau ne hissent leurs drapeaux ennemis, une région de pierre

    créée avant la double naissance de la vie et de la mort.

     Dans la plaine la plante s'installe, en vastes plantations militaires.

    Armée immobile, face au soleil giratoire et aux nuages nomades.

     L'Henequen, vert et enraciné, pousse en raquettes larges et triangulaires :

    c'est un jet d'alfanges végétales. L'Henequen est une plante armée.

     De ses fibres remonte une soif de sable. Il vient des règnes du dessous, il pousse

    jusqu'en l'air, et en plein élan, son jet se retient, changé en une huppe hostile,

    verdeur qui se termine en pointes. Forme visible de la soif invisible.

     

    *L'agave est véritablement admirable .

    Sa violence est quiétude, sa quiétude symétrie. Sa soif fabrique la liqueur qui l'étanche :

    c'est un alambic qui distille pour lui même.

     

    Au bout de vingt cinq années, s'élève sur lui une fleur, rouge et unique. Une tige sexuelle

    la dresse, flamme pétrifiée. Puis, elle meurt.

     

     

     

    Entre la pierre et la fleur, l'homme : la naissance qui nous conduit à la mort, la mort qui nous conduit à la naissance.

     

    L'homme,

    pluie persistante sur la pierre,

    et fleuve entre les flammes,

    et fleur qui vainc l'ouragan,

    et oiseau semblable au bref éclair :

    l'homme entre ses fruits et ses oeuvres.

     

    L'Henquen, verte leçon de géométrie, sur la terre blanche et ocre.

    Agriculture, commerce, industrie, langage.

     C'est une plante vivace et c'est une fibre, c'est une action en bourse et c'est un signe.

     C'est le temps humain, temps qui s'accumule, temps qui se dilapide.

     Le soleil et la plante, la plante et l'homme, l'homme, ses travaux et ses jours.

     Depuis les siècles des siècles, tu tournes et te retournes, au trot obstiné d'un animal humain :

    tes jours sont long comme des années, et d'années en années tes jours marquent le chemin. 

     

    Non l'horloge du banquier ou celle du chef : le Soleil est ton patron, et ton journal c'est la sueur,

    rosée de chaque jour, qui dans ton calvaire quotidien devient une couronne transparente,

    - bien que ta face ne soit essuyée par aucun linge de Véronique, ni celui de la photographie du grand

    patron en tournée que multiplient les cartels : ta face est le soleil usé du centième, de l'universel visage

    à moitié effacé;

     

    tu parles une langue que ne parlent pas ceux qui parlent de toi depuis leurs chaires,

    et jurent par ton nom

    en vain, les tuteurs de ton futur, les décideurs de tes os.

     Ta langue est arbre de racine et d'eau, système fluvial souterrain de l'esprit,

    et tes paroles vont -déchaussées, sur la pointe des pieds- d'un silence à un autre.

     Tu es frugal et résigné, et tu vis comme si tu étais un oiseau, d'une poignée de pinole

    dans une jarre d'atole;

     tu marches et tes pas sont la bruine dans la poussière;

    tu es propre comme un cerf, tu marches vêtu de coton, et ton pantalon et ton chemise raccomodée

    sont plus blancs que les nuages blancs.

     Tu t'enivres avec des liqueurs lunaires;

    la haine te remonte à la tête, comme une fusée, et pareil à elle, brûlé, tu t'effondres.

     Tu parcoures les saisons, rivé là, et vas du portique à l'autel, avec les genoux ensanglantés

    , et le cierge qui s'élève dans ta main coule en gouttes de cire qui te brûlent.

     Tu es courtois et cérémonieux, réservé et un peu hypocrite; comme tous les dévots,

    tu es capable de modeler avec une pierre le visage du schismatique et de l'adultère.

     Tu allonges ta femme dans le hamac, et la couvre avec une couverture de battements;

     A deux heures, un instant, tu suspends le travail et la conversation, pour écouter,

    merveille répétée, l'oiseau, horloge ailée, donner l'heure.

     Tu es juste et tendre, prévenant avec tes porcs et tes fils:

     comme l'épi de maïs, ton Dieu est fait de nombreux saints et il y a beaucoup de siècles dans ton année.

     Un dindon est ton unique fierté, et tu l'as sacrifié un jour de copal et tu nous a guéri;

     tu arroses la pluie de fleurs jaunes, gouttes de soleil, sur la tombe de tes morts.

     Ce n'est pas le rythme obscur, le renouveau de chaque jour et la mort répétée de chaque nuit qui t'amène à la terre.

     

     

    C'est l'argent et sa ronde, l'argent et ses numéros creux, l'argent et son cortège de spectres.

     L'argent est une fastueuse géographie : montagnes d'or et de cuivre, fleuves d'argent et de nickel, arbres de jade et l'épais feuillage de la monnaie.

     Ses jardins sont aseptisés, son printemps perpétuel est congelé, ses fleurs sont des pierres précieuses

    sans odeur, ses oiseaux volent avec des ascenseurs, ses saisons changent avec l'aiguille de l'horloge.

     

    La mort est un rêve dont ne rêve pas l'argent. L'argent ne dit pas : tu es. L'argent dit : combien.

     

    Avoir beaucoup d'argent est pire que de n'en avoir pas.

     Savoir compter n'est pas savoir chanter.

     Joie et peine ne s'achètent ni ne se vendent.

     La pyramide nie l'argent, l'Idole nie l'argent, le sorcier nie l'argent,

    la vierge, l'enfant et le Saint nient l'argent.

     L'analphabêtisme est une sagesse qu'ignore l'argent.

     L'argent ouvre les portes de la maison du roi et ferme celles du pardon.

     L'argent est le grand prestidigitateur : il fait s'évaporer tout ce qu'il touche,

    ton sang et ta sueur, ta larme et ton idée.

    L'argent te réduit à néant.

     Entre tous nous construisons le palais de l'argent : le grand zéro.

     Non le travail : l'argent est le châtiment. Le travail nous donne de manger et dormir.

    L'argent est l'araignée et l'homme la mouche. Le travail fait les choses.

    L'argent suce le sang des choses.

     Le travail est le toit, la table, le lit; l'argent n'a ni corps, ni tête, ni âme.

     L'argent assèche le sang du monde, il fait tourner la tête de l'homme.

     Escalier d'heures, de mois et d'années en haut duquel nous ne rencontrons personne.

     Un monument que ta mort amène à la mort.

     .

     

    *(ndt : Agave (du grec agauê: admirable))

     

    .

     .

     

    OCTAVIO PAZ

     Traduit de l'espagnol par E. Dupas

     

    .

    Henequen

     

     

     


    0 0

    ...

    En moi un immense silence, qui ne cesse de croître.
    Tout autour, un flux de paroles qui vous épuisent
    parce qu'elles n'expriment rien.
    Il faut être toujours plus économe de paroles insignifiantes pour trouver les quelques mots dont on a besoin.
    Le silence doit nourrir de nouvelles possibilités d'expression.

    ...

     

    .

     

    ETTY HILLESUM

     

     

    .

    flowers


    0 0
  • 09/05/17--03:25: LA CHUTE...Extrait
  • Les hommes ne sont convaincus de vos raisons, de votre sincérité, et de la gravité de vos peines, que par votre mort. Tant que vous êtes en vie, votre cas est douteux, vous n'avez droit qu'à leur scepticisme. Alors, s'il y avait une seule certitude qu'on puisse jouir du spectacle, cela vaudrait la peine de leur prouver ce qu'ils ne veulent pas croire, et de les étonner. Mais vous vous tuez et qu'importe qu'ils vous croient ou non : vous n'êtes pas là pour recueillir leur étonnement et leur contrition, d'ailleurs fugace, pour assister enfin, selon le rêve de chaque homme, à vos propres funérailles. Pour cesser d'être douteux, il faut cesser d'être, tout bellement.
    Du reste, n'est-ce pas mieux ainsi? Nous souffririons trop de leur indifférence. "Tu me le paieras!" disait une fille à son père qui l'avait empêchée de se marier à un soupirant trop bien peigné. Et elle se tua. Mais le père n'a rien payé du tout. Il adorait la pêche au lancer. Trois dimanche après, il retournait à la rivière, pour oublier, disait-il. Le calcul était juste, il oublia.A vrai dire, c'est le contraire qui eût surpris. On croit mourir pour punir sa femme, et on lui rend la liberté. Autant ne pas voir ça

    ....

     

     

    .

     

     

    ALBERT CAMUS

     

     

    .

    camus


    0 0
  • 09/05/17--03:46: LES MOTS EN TROP
  •  Par perfidie, j'ai décidé en ce jour,

    mardi 24 juin,

    d'assassiner quelques mots.

    L'Amitié est condamnée au bûcher, pour hérésie;

    la potence convient à l'Amour, pour illisibilité;

    et la vile garrotte ne serait pas mal

    pour l'apostasie de la Solidarité;

    la guillotine, comme l'éclair, doit frapper la Fraternité;

    la Liberté mourra lentement et avec douleur,

    la torture est son destin;

    L'Egalité mérite la pendaison

    pour s'être prostituée dans les pires bordels:

    l'Espoir est déjà mort:

    la Foi subira la chambre à gaz;

    le supplice de Tantale,  inhumain,

    est réservé au mot Dieu.

    Je fusillerai sans pitié la Civilisation

    pour acte de barbarie;

    Le Bonheur boira la cigüe

    Reste le mot "Je".

    Pour celui là, si triste, pour son atroce solitude,

    je décrète la pire des peines :

    il vivra avec moi jusqu'à la fin.

     

    .

     

     

    MARIA MERCEDES CARRANZA

     

     

    .

     

    Ori Gersht

    Oeuvre Ori Gersht


    0 0
  • 09/05/17--03:50: REVEILLES TOI AMOUR
  • Bonjour buon giorno guten morgen

    réveille-toi amour et prends note

    uniquement dans le tiers monde

    quarante mille enfants meurent par jour

    dans le placide ciel dégagé

    flottent les bombardiers et les

    vautours

    quatre millions d'êtres ont le sida

    la cupidité dépouille l'Amazonie

     

    buenos dias good morning

    réveille toi

    sur les ordinateurs de la grand mère

    ONU

    on ne peut plus mettre plus de cadavres du 

    Rwanda

    les fondamentalistes décapitent des

    étrangers

    le pape prêche contre

    les préservatifs 

    Havelange strangule Maradona

     

    bonjour monsieur le maire

    forza italia buon giorno

    guten morgen ernst junger

    opus dei buenos dias

    good morning hiroshima

     

    réveille toi amour

    l'horreur se lève

     

    .

     

     

     MARIO BENEDETTI

    traduit de l'espagnol par E. Dupas

     

     

    .

    regard2

     


    0 0
  • 09/05/17--05:55: MARIO BENEDETTI
  • Chaque fois qu'ils nous donnent des cours

    d'amnésie

    comme s'ils n'avaient jamais existé

    les yeux combustibles de l'âme

    ou les lèvres de la peine orpheline

    chaque fois qu'ils nous donnent des cours

    d'amnésie

    et nous pressent d'effacer

    l'ivresse de la souffrance

    je suis convaincu que ma région

    n'est pas le divertissement d'autres

     

    dans ma région il y a des calvaires

    d'absence

    des souches futures/des banlieues

    de deuil

    mais aussi des candeurs

    de hanche

    des pianos qui tirent des larmes

    des cadavres qui regardent même depuis

    leurs vergers

    des nostalgies immobiles dans un puits

    d'automne

    des sentiments insupportablement

    actuels

    qui refusent de mourir là dans

    l'obscurité

     

    l'Oubli est empli d'une mémoire

    qui parfois ne convient pas 

    aux souvenirs

    et il faut tirer les rancoeurs par

    le bord

    au fond l'Oubli est un grand

    simulacre

    personne ne sait ni ne peut (même

    le voulant) oublier

     

    un grand simulacre rempli de 

    fantômes

    ces pélerins qui errent vers

    l'oubli

    comme s'ils faisaient  le chemin

    de Compostelle

     

    le jour ou la nuit où

    l'Oubli éclatera

    explosera en miettes ou crépitera/

    les souvenirs atroces et

    d'emerveillement

    casseront les barreaux de feu

    tireront enfin la vérité au monde

    et cette vérité sera qu'il n'y a pas 

    d'Oubli

     

     

    .

     

     

    MARIO BENEDETTI

     Traduit de l'espagnol par E. Dupas

     

     

    .

    Christian Schloe12,

    Oeuvre Christian Schloe


    0 0

     Sur les chemins ombragés de l'été, parsemés de tendres chèvrefeuilles, avec quelle lenteur nous avançons ! Moi, je lis, ou je chante, ou lance des poèmes au ciel. Et Platero mordille l'herbe rare des haies à l'ombre, la fleur poussiéreuse des mauves, les épines-vinettes jaunes. Il est plus de temps arrêté qu'en train d'avancer. Mais je le laisse...

     

    .

     

    "Por los hondos caminos del estío, colgados de tiernas madreselvas, ¡cuán dulcemente vamos! Yo leo, o canto, o digo versos al cielo. Platero mordisquea la hierba escasa de los vallados en sombra, la flor empolvada de las malvas, las vinagreras amarillas. Está parado más tiempo que andando. Yo lo dejo..."

     

    .

     

    Juan Ramón JIMENEZ

    Platero y Yo, LVII "Paseo"

     

    .

    anon


    0 0


    0 0
  • 09/07/17--00:25: HIERARCHIES...Extrait
  • Le temps, me dit-il, c’est le cœur…
    Longue portée des mots, longue portée
    du cœur ?... J’ai beau savoir aussi que le cœur ne
    dit pas ses clôtures et n’avoue pas de fautes,
    j’allais me répétant le temps : « le temps, me disait-
    il, c’est le cœur »… L’oiseau communicatif des
    mots appréhende l’espace, or voici que soudain,
    sous sa voûte certaine, je me suis vue nue à même
    la nudité du temps – vieux cœur à cœur tenace
    compris par l’horizon.

     

    .

     

     

    GABRIELLE ALTHEN

     

     

    .

     

    coeur

     


    0 0
  • 09/07/17--10:53: AGNES SCHNELL...Extrait

  • Il suffirait de si peu…

    Un claquement de doigts
    un envol soudain
    un songe pétrifié.

    Il suffirait
    d’une main à demi fermée
    de la nudité d’une pluie d’été
    du resserrement de la nuit.

    Il suffirait de
    tendre les mots pour broyer
    pour arracher les voiles
    pour rejoindre le fleuve
    et s’y perdre

    sans amarre
    sans promesse
    sans mots pour héler

    juste avec au ventre
    le creux tel un nœud
    coulant…

     

    .

     

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    AGNES


    0 0
  • 09/07/17--10:54: IMAGINE
  • imagine l’immense,
    mer ou plaine
    de grands vaisseaux isolés
    ou des arbres que traverse le vent

    imagine la crue
    la crue d’un fleuve ou d’une âme
    et cette eau qui bouillonne
    et ce vent qui la froisse

    imagine des êtres passant
    hélant les autres ou la poésie
    crevant de chagrin
    pour des rendez-vous manqués

    imagine des passages ouverts
    puis sans issue soudain
    et partout des guetteurs
    de l’effondrement

    imagine un ciel renversé
    l’ombre des marées
    les mots grattés à vif
    pour les réduire au silence

    imagine la transparence…

    Tes songes alors t’arrachent
    et t’embarquent
    dans une étreinte infinie.

     

     

    .

     



    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    photographie Clarence J Laughlin2

    Photographie Clarence J Laughlin


    0 0
  • 09/07/17--11:02: SI DIEU ETAIT UNE FEMME
  • " Et si Dieu était une femme? demande Juan Gelman sans se troubler le moins du monde.
    Ah ça, si Dieu était une femme il se pourrait que les agnostiques et les athées
    nous n'eussions pas dit non avec la tête et dit oui avec nos tripes.
    Peut être eussions nous approché de sa divine nudité pour baiser ses pieds,
     point fait de bronze, son pubis
     point fait de pierre, ses seins point fait de marbre et ses lévres point faites de plâtre.
     Si Dieu était une femme
     elle ne s'installerait pas lointaine, au royaume des cieux
     mais elle nous attendrait aux portes de l'enfer avec ses bras jamais fermés,
     sa rose point faite de plastique et son amour point fait d´anges.
    Ah, mon Dieu, mon Dieu si pour toujours et depuis toujours tu étais une femme,
     quel beau scandale ce serait,
     quel heureux splendide impossible prodigieux blasphéme."

     

    .

     


    MARIO BENEDETTI

     

    .

    Harmonia Rosales

    Oeuvre Harmonia Rosales


    0 0
  • 09/08/17--06:37: LE FIGUIER
  •  Parce qu'il est rugueux et laid
    parce que toutes ses branches sont grises,
    j'ai pitié pour le figuier.

    Dans ma villa il y a cent beaux arbres :
    pruniers ronds

    droits citronniers

    et orangers aux bourgeons lustrés.

    Au printemps,
    tous se couvrent de fleurs
    autour du figuier.

    Et le pauvre semble si triste
    avec ses branches tordues qui jamais
    ne s'ornent de bourgeons serrés.

    Alors,
    chaque fois que je passe à ses côtés
    je dis, en procurant
    à mon accent la douceur et l'allègresse :
    "C'est le figuier, le plus beau
    des arbres de mon jardin."

    S'il m'écoute,
    s'il comprend la langue que je parle,
    quelle douceur si profonde  se nichera
    dans sa sensible âme d'arbre !

    Et peut être la nuit,
    quand le vent évente sa palme,
    engourdi de joie, le figuier lui raconte :
    "aujourd'hui l'on m'a dit que j'étais beau."

     

    .

     

    JUANA DE IBARBOUROU

    Traductiona E. Dupas

     

     .

    marie marinier2

    Oeuvre Marie  Marinier

    http://www.mariemarinier.com/galerie-3--galerie-3.html


    0 0
  • 09/08/17--06:41: LE CORPS DU POEME
  •  ...

    La fleur s’ouvre au soleil et, quoique dans la même espèce le nombre de pétales parfois varie, il n’y a jamais rien à lui ajouter ou à lui retrancher pour lui donner la perfection. Le lézard, le serpent, le cristal, le galet, le filet d’eau qui coule de la roche sont de si éclatantes réussites que rien ne les pourrait améliorer. Ainsi doit être le poème (quand on considère qu’il est sorti de la période de travail, et que l’on a décidé de la montrer et possiblement de le publier). Il doit se présenter comme un poisson dans l’eau, comme un jeune oiseau ravissant. Ce ravissement que nous sommes en droit d’exiger de lui, il peut nous le procurer par sa figure étrange ou par sa simplicité, par un éclat baroque ou par une beauté brute, par une sorte de dénuement dépoli même. N’importe comment. Tout cela est dans la nature et tout cela peut être merveilleux. Mais le poétique et le merveilleux sont inséparables de cette fraîcheur qui fut appelée «édénique », et dont l’univers est prodigue avec une généreuse innocence.

    Ajoutons que c'est un état fragile que l'émerveillement. La page qu'on donne à lire peut le détruire ou le fortifier par sa seule apparence. Ainsi faut-il considérer qu'un poème, qui est notation de la voix par la main, ne saurait être plus à son avantage que manuscrit. La machine n'est qu'un pis-aller [...]. Car le poème, au dernier état comme au premier (le papillon comme la chenille), doit nous émouvoir par son aspect de corps vif

     

    ...

     

    .

     

     

    ANDRE PIEYRE DE MANDIARGUES

     

     

    .

     

     

    fatat_bahmad8

    Oeuvre Fatat Bahmad

     

     

     


    0 0
  • 09/09/17--00:04: LA CHASSE
  • Prenez-garde animaux à poils et à plume, la chasse, aujourd’hui est ouverte !
    Sachez que les chasseurs ne chassent que par plaisir et non par faim, et n’ont donc pas de limites à vous trucider.
    La chasse est la rencontre nauséabonde de la mort d’un être et du petit plaisir malsain d’un individu qui tue, non pour se nourrir, pour se protéger, pour faire de l’argent ou par accident, mais pour jouir de la prérogative de donner la mort.
    Le chasseur traque, fusille, piège par jeu, et abaisse ainsi l’homme à un degré de cruauté dégradant.
    Comment les reconnaitre, me demandez-vous ?
    Je ne sais pas.
    Certains paraissent anonymes, simples passants à travers champs ou forêts.
    D’autres, plus faciles à identifier, sont gros, en forme de poire, le visage bien carré, sanguin, cramoisi, rougeaud, le ventre bien en avant, les oreilles détachées, toujours vêtu kaki.
    Les chasseurs vous diront qu'ils régulent la Nature. Ils ne cherchent qu’ à défendre leur joujou de la communion avec la nature, le fusil à la main.
    Leur sens esthétique est tel qu’ils jouissent d’admirer le bel oiseau suspendre son vol et s’offrir en vrille au chien qui l’attend.
    C'est en totale violation démocratique qu'un influent lobby de chasseurs phagocyte un quarteron d'hommes politiques contraints à la génuflexion. Election oblige !
    Montaigne écrivait « Je hais entre autres vices, la cruauté, et par nature et par jugement, comme l'extrême de tous les vices : mais c'est jusque à telle mollesse, que je ne vois pas égorger un poulet sans déplaisir, et entends impatiemment gémir un lièvre sous la dent de mes chiens, quoique ce soit un violent plaisir que la chasse. »

     

    .

     

     

    Emile Eymard

     Le bois vert et la cendre

     

    .

    Zone-naturelle-protégée

     

     

     


    0 0

    ...

     

    nous disent les arbres

     

    ce que la terre
    contient de passé
    et ce peu de futur

     

    dans l'embrasure
    du sinistre

     

    il n'y a plus
    de musique
    à nos fenêtres

     

    des moustiques
    dans l'embrasement des trilles

     

    les grincements des invectives
    des plissements d
    de pierre
    de mon gosier d'oiseau
    j'écris

     

     ...

     

    Notre aventure, de ne vivre pas autre chose que nous maintenir, accepter, puis

    traverser, et faire en sorte à ne pas perdre pied, se tenir entre les sombres parfums et

    les ombres mobiles qui nous respirent.

     

    recouvrer le secret de ce qui nous repose

                 (la vie peut-elle prétendre à plus de limpidité ?)

     

    que ces moments qui nous aident, à un peu moins de faiblesse, à un peu d'air comme de l'amour

                  (ce calme est-il seulement possible à trouver ?)

     

     

    .

     

     

    NATHALIE RIERA

    sur

    http://lapetiteblessure.over-blog.com/

     

    .

    bavella,


    0 0
  • 09/10/17--01:38: ZOHRA MRIMI
  • On m' a appris à souffrir
    Mais pas à vivre
    Alors j' ai ouvert un livre
    Je n' ai retenu qu' une seule phrase
    Les livres sont faits d' eau
    De précieux mots
    On écarte tout ce qui retarde cette traversée
    Je m' en vais rejoindre l' hiver
    L' histoire glisse sur ce grand désert vêtu de Blanc
    Sur terre
    Gèle la misère

     

    .

     

     

    ZOHRA MRIMI

     

     

    .

     

     

    jungho-lee-

     

    Oeuvre Jungho Lee


    0 0

    ...

     

    Dans la voix du poète, comme une peur de mourir de sécheresse. Et puis ce regard qui cherche à déserter ce qui l'envahit.

                                   La page encore trop habitée.


    Et lorsque la rage est d'être seulement une tendance qui fait fureur, ayant perdu son art de faire remuer et nous salir les lèvres.

     

    Et lorsque les gestes d'offrir et d'accueillir sont totalement bannis.

     

    Davantage que lire un poème, lire un poète nous ouvre la plus libre des routes, malgré les enclos.
    Et ce que nous avons à craindre de cette ouverture véhémente : son souci de pacifier ou de rendre solidaire ce qui en nous demeure en proie à l'indéterminé, l'équivoque, l'honteux, l'entortillé ; ce qui en nous est douceur et démesure, félicité et futilité, ratures et rictus.

     

    Ce que j'aime entendre d'un poème : des notes d'air et de basalte ; des désirs de disculpations, des virevoltes de danseurs ; des déserts de cailloux ; notes noires et blanches de nos joies.

    ...

     

     

    .

     

     

    NATHALIE RIERA

     

     

    .

     

     

     

    Joseph Stashkevetch

    Photographie  Joseph Stashkevetch

     


    0 0
  • 09/10/17--06:24: NATHALIE RIERA...Extraits
  • Je suis l’amour dans la poussière des routes, mon esprit
    n’a que lavandes et embruns pour sentiers.
    Je suis l’amour comme vous. Vous savez, lorsque l’on
    se choisit  pour se dire ce que nous n’avons encore dit
    à personne.
    Vous savez que je suis l’amour comme vous, alors
     pourquoi le fer et le fiel


    ...



    Nous sommes l’amour inhérent.
    Je me rafraîchis aux ombres claires, à l’eau du cœur,
    à la fraîcheur de l’alliance.
    Avec toi, rive. D’où l’on peut encore s’inventer l’amour
    du prochain, le jaune du citron, le hâle des seins
    et des reins, l’espoir et ses motifs de pampres.
    Ma rive inhérente, où le poème est encore de la brume
    sur la cime. Et c’est très bien.


    ...

     


    Le parcours du poème n’est pas de se réduire à une secrète recherche d’harmonie,
     ni de consigner le malheur, ou s’adonne à la fuite de ce qui nous désespère.
     En poésie, il y a ce mur couvert de lierre,
     ou cette branche esseulée qui porte encore le poids des fruits,
     ou cette rosée des yeux,
    ou cette blancheur incantatoire du chemin
     où nous marchons sans jamais cesser de nous retourner,
     ou ce parfum de fleurs balbutiantes, tout cela qui participe de notre présence
     au monde, parmi le clair et l’abrupt.

    Alors pour quelle raison écrire, si ce n’est pour alléger la lumière et que les mots s’effacent.

     

     

    .

     



    NATHALIE RIERA

    " Puisque beauté il y a "

    éd. Lanskine, 2010 in Elegeia et autres chants de soleil (Carnet de campagne I)




    .

     

     

    nath

     

     

     


older | 1 | .... | 132 | 133 | (Page 134) | 135 | 136 | .... | 183 | newer