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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/22/18--15:25: LE DERNIER JOUR DE MA VIE
  • Je n’éteindrai jamais l’incendie qui m’habite, ni la chaux vive de mes ailes, ni l’incandescence sur ma peau qui se souvient de caresses anciennes. Je ne désarmerai jamais mes saines colères autour des cercueils d’enfants, ni mon dégoût de toute l’injustice arrogante des hommes. Mes fatigues traverseront ce désert où seul je cherchais l’ombre d’une oasis et l’eau fraîche d’un frère choisi. Non je n’effacerai jamais les mots absents de mon père, leur naïve ferveur sur des pages sans voix. Pour que revienne l’enchantement d’une autre adolescence, l’herbe se dressera sous mes pas jusqu’au rivage. Des voiles se lèveront sur l’horizon bleu et le vent dans les haubans chantera encore la chanson du sang et de l’argile pour l’exacte île promise où dort tout l’ennui de mes vieux jours. Alors, je prendrai la mer comme au premier jour terrestre et ne restera de moi que la salive d’un poème oublié.

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    BRUNO RUIZ

    2018

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    gros temps 2


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  • 02/23/18--01:22: SAVE GHOUTA...!
  • Pendant plus de vingt ans, le scalpel était mon compagnon
    Danser entre mes doigts, pendant que je fais mon travail très tranquillement
    À la fin de chaque journée, je lui murmure:
    Vous avez très bien fait, et nous en avons sauvé beaucoup ensemble
    Mais tout a changé maintenant
    Le scalpel n'était plus ce qu'il était
    Mes doigts ne peuvent plus le supporter
    Comme si une partie de mon âme était prise dans ses dents, et qu'elle ne pouvait plus supporter les blessures, elle en était témoin
    Enfants sans pièces
    Sans yeux
    Sans visages
    Les femmes et les familles couvertes par des feuilles pleines de terre de la terre natale, avec plus de sang de ses enfants
    L'odeur de la poudre à canon et sa couleur noire abhorrée plane sur ces visages affamés et flétris
    Les cris des enfants, les lamentations des femmes, l'oppression des hommes, l'impuissance des médecins, ont atteint mon scalpel mort, créant un esprit de misère à l'intérieur, qu'il a cessé de fonctionner après ce qu'il a vu, mais ces cris n'ont pas atteint coeurs du monde pour le réveiller

    Aujourd'hui, tous ceux qui sont venus à nous sont des corps fins et maigres qui n'ont pas goûtéà la nourriture depuis des jours. Enterrés avec leurs enfants sous les décombres de ces barils qui ne distinguent pas entre les pierres et les humains
    Aujourd'hui, sous les décombres de notre patrie, ils m'ont apporté une mère dans son septième mois de grossesse, avec deux de ses enfants
    Si je vous disais que la misère du monde se retrouvait aux yeux de ces enfants, je ne décrirais pas assez
    Le premier enfant sans jambe droite et a un bras cassé. L'autre a perdu son œil et des éclats d'obus sont entrés dans sa poitrine, et la mère lutte pour survivre. Les éclats d'obus ont brisé tout son corps mince qui nous a envoyés dans nos mains pour assister à son dernier souffle.
    Je la vois lutter pour la survie, ses yeux sont fixés sur ses petits étant dans cette situation
    Le père les a laissés, morts, il y a quelques mois
    Ils me les ont apportés dans une couverture, parce que nous avons perdu nos civières patientes, nous les avons utilisées comme lits, parce que les lits sont pleins
    Je vous supplie d'imaginer avec moi, juste un instant cette scène et cette couverture déchirée et déchirée qui portait les quatre vies: la mère, son fœtus et ses deux enfants.

    Un collègue m'a chuchotéà l'oreille
    Peut-être que nous pouvons sauver son bébé
    Pour la première fois, je me suis assis en pensant avec ma tête baissée
    "Le sauvons-nous, ou le laissons-nous heureux avec sa mère sans voir la laideur de ce monde,
    Est-ce que je le laisse partir avec elle
    Non non
    Ma mission est de le sauver
    j'ai regardé autour
    Ses enfants déchirés
    Son âme qui quitte son corps
    Le bruit des avions et des barils explosifs
    Les pleurs des enfants qui brûlent le coeur
    Et mon collègue chuchote:
    Qu'est-ce que tu attends
    Allons

    Il y a une vie que nous devrions sortir
    J'ai regardé mon scalpel et mon ami
    À quelle vie allez-vous le sortir?
    Le monde des tonneaux, du feu et de la déception?
    Le monde des orphelins, de l'oppression et de la faim?
    Qui allait l'allaiter?
    Qui va changer ses pampers?
    Qui va le bercer?
    Qui va l'entendre pleurer?
    Oui, il a un dieu qui ne l'abandonnera pas, mais je suis devenu incapable, avec mon scalpel, même de penser
    La voix de mon collègue m'a réveillé de mes fantasmes
    "Son coeur s'est arrêté"
    Je vais le sortir maintenant, avec ses morts
    Et pour la première fois de ma vie, je ne pouvais pas le faire, mon scalpel m'a arrêté. Je l'ai mis sur la table, et je suis parti en silence.
    Mon collègue a continué son travail, les yeux pleins de larmes, en me regardant avec surprise
    Tout cet incident ne prit que quelques minutes, mais il marqua une blessure d'une année, une blessure faite de défaite et d'impuissance. Je n'imaginais pas que j'avais lu dans les histoires des massacres des Tatars, des histoires d'inquisition, ou même des contes du pharaon.

    Monde, leaders et rois du monde:
    Votre silence sur ces massacres touchant des centaines de milliers de civils innocents, qui n'ont rien fait d'autre que d'être sur une terre appelée "Al Ghouta de Damas" est une honte
    Je ne vais pas vous demander de sauver #Ghouta, mais de sauver votre humanité
    Sauvez votre peuple
    Vos enfants
    Et sois sûr que ce bébé qui sort de sa mère martyre est sous ta responsabilité
    Le nourrir
    Garde-le au chaud
    Donnez-lui le droit de mener une vie décente
    Arrête ces monstres du ciel avec les barils de la mort
    Venez rejoindre les enfants de Ghouta
    Touchez leurs visages, écoutez les bruits de leur estomac affamé
    Ne sont-ils pas humains?
    Annoncez que vous vous souciez de tous les humains, pas seulement de votre sang, cela sauverait ce qui reste de l'esprit de Dieu en vous

     

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    DOCTEUR HOUSAM ADNAN

    21 février 2018

     

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    HOUSAM ADNAN

    Housam Adnan

     

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    From the womb of the dead
    For more than twenty years, the scalpel was my companion
    Dancing between my fingers, while I do my work very quietly
    At the end of each day I whisper to it:
    You did very well, and we saved many together
    But everything changed now
    The scalpel wasn’t what it used to be, lately
    My fingers can’t handle it anymore
    As if a part of my soul was taken into its teeth, and it can’t bear the wounds it witnesses anymore
    Children without parts
    Without eyes
    Without faces
    Women and families covered by sheets full of soil from the home land, with more of her children’s blood
    The smell of gunpowder and its abhorred black color hangs over those hungry, withered faces
    The screams of children, the wailing of women, the oppression of men, the impotence of doctors, reached my dead scalpel, creating a spirit of the misery inside it, that it stopped working after what it witnessed, but those cries did not reach the hearts of the world to awake it

    Today, all those who came to us are slim skinny bodies that haven’t tasted food for days. Buried with their children under the rubble of those barrels that do not distinguish between stones and human
    Today from under the rubble of our homeland they brought to me a mother in her seventh month of pregnancy, with two of her children
    If I told you that the misery of the world came together in the eyes of those children, I wouldn’t be describing enough
    The first child without a right leg and has a broken arm. The other has lost his eye and shrapnel entered his chest, and the mother is struggling to survive. The shrapnel has broken all of her slim body sending to our hands to witness her last breath.
    I see her struggling for survival, her eyes are fixed on her little ones being in that situation
    The father left them, dead, a few months ago
    They brought them to me in one cover, because we lost our Patient stretchers, we used them as beds, because beds are full
    I beg you to imagine with me, just for a moment that scene and that torn, torn blanket that carried the four lives: the mother, her fetus and her two children.

    A colleague whispered in my ear
    Maybe we can save her baby
    For the first time, I sat down thinking with my head down
    “do we save him, or leave him happy with his mother without seeing the ugliness of this world,
    Do I let him go with her
    No.. no
    My mission is to save him
    I looked around
    Her torn children
    Her soul that’s leaving her body
    The noise of planes and exploding barrels
    Children’s crying that burns the heart
    And my colleague whispering:
    What are you waiting for
    Come on

    There’s a life we should get out
    I looked at my scalpel and friend
    To what life will you get him out?
    The world of barrels, fire and disappointment?
    The world of orphanhood, oppression and hunger?
    Who will breastfeed him?
    Who will change his pampers?
    Who will rock him?
    Who will hear his weeping?
    Yes, he has a god that won’t give up on him, but I became unable, along with my scalpel, to even think
    My colleague’s voice awoke me from my fantasies
    “her heart stopped”
    I’ll take him out now, with her dead
    And for the first time in my life, I couldn’t do it, my scalpel stopped me. I put it on the table, and left in silence.
    My colleague continued his work, his eyes full of tears, while looking at me in surprise
    All that incident took only a few minutes, but it marked a years-long wound, a wound made of defeat and impotence. I didn’t imagine I’d read in the stories of Tatars’ massacres, inquisition stories, or even the pharaoh’s tales.

    World, leaders and kings of the world:
    Your silence over these massacres affecting hundreds of thousands of innocent civilians, who did nothing except being on a land called “Al Ghouta of Damascus” is a shame
    I’m not going to ask you to save #Ghouta, but to save your humanity
    Save your people
    Your children
    And be sure, this baby coming out of his martyr mother is your responsibility
    Feed him
    Keep him warm
    Give him his right in living a decent life
    Stop these sky monsters with the barrels of death
    Come and join the children of Ghouta
    Touch their faces, listen to their hungry stomach’s noises
    Aren’t they humans?
    Announce that you care about all humans, not only your blood like, this would save what’s left of god’s spirit in you

    #SaveGhouta


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    "Il était une source qui coulait de nuit. Beaucoup s'y abreuvèrent qui jamais ne la virent, mais entendirent son murmure. Peut-être que le murmure était en eux ; mais il était confirmé par la source.
    Source libre, pas plus ici que là : l'heure vient, et elle est déjà venue, encore qu'elle suscitât en divers lieux des arbres et des prairies qui fleurissaient en toute saison. Beaucoup venaient, repartaient avec la mémoire de la source. Qui cessait de l'entendre n'était plus qu'une ombre parmi les vivants et n'existait que pour la retrouver. Nul n'avait l'idée de la représenter. Qui l'entendait donnait désir de l'entendre.
    Vint le Promoteur qui s'était converti tard à la source et qui bâtit la ville. On peut dire cependant que la ville fut bâtie par la source. Ce n'était pas une ville comme les autres. C'était une ville pour les passants. Les passants ne repartaient pas avec la nostalgie, ayant découvert que la source était partout. La ville était petite, les prairies prospéraient aux entours, parce que les gardiens de la source ni ne se mariaient ni ne se livraient au commerce des choses pas plus qu'à celui des pensées. Ils parlaient peu. Toujours pour renvoyer les passants à eux-mêmes. La source habitait leur voix, leurs gestes, ils donnaient envie de s'abreuver, et rien d'autre.
    Le temps vint que le Promoteur cessa de dormir. L'amour de la source le tint éveilléà cause du souci qu'il avait que tous puissent reconnaître et vénérer la source. Il constitua un conseil de tout, nomma des Sous-Promoteurs. La source fut signalée par un monument. Glorifiée, dirent les uns, séparée ou empêchée, dirent les autres. Des palais se bâtirent. Les prairies reculèrent. La ville devint nombreuse et prospère, remplie de vacarme. On n'entendit plus la source, à cause du vacarme et des voix qui disaient : la source, la source. Ceux qui prétendirent qu'elle avait cessé de couler et que les Promoteurs avaient canalisé l'eau polluée des fleuves furent appelés incroyants ou ennemis. On fortifia la ville." 

     

     

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    JEAN SULIVAN

     

     

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    larrieu

    Oeuvre Jean-François Larrieu


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  • 02/24/18--04:20: ACCOINTANCES

  • La poussière des bombes m’étouffe, m’écrit une amie ce matin,

    et j’ai envie de lui répondre la poussière des bombes

    et celles sur ces langues sèches qui ne bougent plus,

    dans nos bouches brûlées de trop d’images,

    de trop de chiffres monstrueux derrière lesquels on ajoute

    Enfants Tués

    Enfants Cassés

    Humains Écrasés,

    la poussière de Paris, de Londres, de Berlin, de New York,

    je vous épargnerai Beijing où la poussière est noire,

    Moscou où elle est rouge de sang frais qui coule,

    la poussière qui est devenue notre lot,

    poussière d’idées, toutes petites pensées,

    les idées noires les idées brunes,

    et La peur, devenue le quotidien, celle de la poussière des bombes,

    la poussière des écrits,

    et les Visqueux derrière leurs écrans qui guettent,

    si tu penses bien, si tu penses mal,

    et pour eux le mal et le bien se sont banalisés,

    objets de très grande con-sommation,

    Vous êtes sommés de penser comme On veut, sinon… Gare devant,

    ça menace, ça fonce, ça déchire, à mort celle-ci, aux chiens celui-là,

    et tu finis tremblant dans ton fauteuil

    tu dis Je ne m’occupe pas de politique je laisse cela aux gens qui savent,

    je ne chanterai plus si vous le demandez,

    même Alléluia,

    vous y verriez une allusion, h’marr,

    et Ceux qui savent te disent qu’Hannah Arendt fut une chanteuse des années 40,

    dont on ne parle plus aujourd’hui car très datée,

    elle voyait le mal banalisé partout,

    alors que le bien est désormais norme labellisée,

    nobélisée, entérinée, enterrée sous les fatras de ces discours imperturbables

    des cravates et costumes bon genre, dépoussiérés, et que le mal c’est les autres,

    Car les bombes ne tombent jamais sur ces gens-là, non,

    dieu qu’ils fréquentent étroitement y veille,

    ainsi que leurs porte-cotons, la langue prête,

    puisque rien n’est trop doux pour les Rois, qui vont à leurs affaires de Rois

    et aperçoivent, par éclairs, comment nous puons,

    comment nous crevons,

    comment nous sommes trop laids pour qu’ils nous regardent,

    ayez pitié de leurs yeux, pauvres, disparaissez !

    Pendant ce temps le bien et le bon ne se banalisent pas,

    ils deviennent idiots et ridicules : voyez donc ces bisounours attardés,

    la lippe mouillée de bonne volonté, et vous parlant d’amour,

    pauvre con, tu n’as qu’à travailler pour te payer le costard,

    et te payer la pute qui va avec, t’en auras de l’amour quoi,

    2.000 neuros la nuit, bagatelles,

    ici il y a des gens qui sont, et d’autres qui ne sont rien.

    La poussière des bombes ne m’étouffe pas.

    Pas encore.

    J’ai encore l’œil clair,

    me demandant qui les a vendues, les bombes, à celui qui les lance.

    Qui prépare ses usines préfabriquées à installer dès que l’on aura balayé les cadavres,

    qui se frotte les mains du futur Marché aux Voleurs,

    qui, des réponses dans la foule ? … Non ? …

    La poussière des bombes, moi, je la sniffe,

    et je me torche le nez avec l’avant bras, avançant dans les ruines,

    une grenade dégoupillée dans la main, une belle grenade aux grains rouges serrés,

    une grenade à la con je ne sais pas me servir des vraies,

    mais Si l’on vous dit que le bien n’existe plus,

    répondez qu’il se cache, et que comme l’amour il attend son heure,

    l’heure du ménage à faire pour enlever les poussières,

    l’heure des braves et l’heure des jugements,

    et que l’heure s’approche


    Résolue.

     

     

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    ALEXO XENIDIS

     

     

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    tammam azzam

    Oeuvre Tammam Azzam , artiste syrien


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  • 02/25/18--01:44: RENAUD GARCIA FONS

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  • 02/25/18--02:17: FLORA AURIMA DEVATINE
  •  Nous gardons et emporterons dans nos bagages quelque essence qui est :

    Sur nos chemins de partage,
    L’apport par chacun de son brin de conscience,
    De réflexion, d’humanité,
    Pour commencer à dire ensemble,
    Avec nos mots, nos sonorités, nos musiques intérieures,

    La chose à transmettre,
    L’esprit de juste mémoire :

    Tailler, ajouter, renouer, rénover,
    Aplanir, étendre et retresser la natte humaine. 

     

     

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    FLORA AURIMA DEVATINE

     

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    Giuseppe Sticchi2,

     

    Oeuvre Giuseppe Sticchi

     

     

     


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    Où est-il le chemin 

    Que chacun de nous suit ?

    Il me faut y passer

    Y pousser ma pirogue.



    D’autres avant toi

    En effet sont passés

    Mais la mer

    Derrière eux

    A effacé leurs traces.



    Je n’ai plus de repères

    Je n’ai plus les Anciens

    Pour me guider en mer.



    Je n’ai plus qu’à passer

    Qu’à pousser ma pirogue

    En faisant mon chemin.
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    FLORA AURIMA DEVATINE
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    John Webber Raiatea

    Oeuvre John Webber, Raiatea 1787

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  • 02/25/18--06:14: BRUNO ODILE...Extrait
  • A mon tour, si je savais pleinement déverrouiller mes lèvres, il me faudrait plonger plus loin que mes cris condamnés à l’exil. Peut-être, arriverais-je ainsi à ciseler tous les sourires anciens qui remontent comme des rots chargés de rouille fiévreuse. Je sais à présent qu’il n’y a pas d’heure et qu’il n’est pas de temps exact pour que les mains déliées ne se replient sur la poitrine du jour. Chaque mot se recroqueville sur les commissures desséchées de l’espoir. Il n’existe pas de temps pour mourir ivre de nostalgie, il n’y a que le murmure strident de l’absence plié sur le coin de mes yeux.

    Souvent, j’ai convoité des haltes douces, des alcôves de répit, des parenthèses renfermant et protégeant la quiétude fragile. J’ai battu le vent pour qu’il grimpe plus haut. J’ai disputé l’éclaircie aux sombres marasmes des angoisses. Aux pentes abruptes des falaises, l’adieu est devenu ce caillou qui roule dans la poussière blanche. Certains soirs de pleine lune, je le vois glisser comme une lueur aveuglante dévale le ciel à grande vitesse. Une boule de blanc traverse l’horizon puis elle sombre dans le tournis des siphons de l’univers qui avalent tout l’océan de ma tendresse d’une seule goulée.

    Une présence demeure dans le vide concret. Le temps pioche une erse dans ses stocks, puis s’abat comme un profond coup de hache à double tranchant. Nous sommes à la limite. D’un côté, l’effondrement des heures, et de l’autre l’espace rétréci de soi. Nous sommes dans la parenthèse, dans l’oubli façonné par la raison sectionnant la frontière. Le temps est cette valse fugace, ce tango aux pas légers fourmillant d’ombres musicales. Les heures sont des méningites, des atrophies ostentatoires où flambent nos mouvements. Partout, dans la respiration du monde, j’entends parler des voix. La tienne parmi la meute. La tienne écartée de la foule, plantée dans le noir comme une lanterne douce.

    Où que tu sois, je sais que tu te souviens de moi. Parce qu’au fond du silence brille le langage des ondes persistantes et le souffle de l’humanité. Perdurant dans la chute, un jour, l’absence s’érodera. Elle deviendra l’empreinte du cœur dans la saillie exaltée du vide. Un matin curieux du printemps, on se lèvera ensemble comme une mort se réveille des ténèbres. Alors, on embrassera les premiers rayons du soleil coiffant les branches de pins où nous sommes restés suspendus. On soulèvera les draps, on avalera un café, et l’on repartira dans la tiédeur de la nuit avec une sirène sur l’épaule. Quelque part, l’absence aura musclé la respiration du vide et nos souffles connaîtront le partage avec l’infini. A présent, ils dévissent l’air qui a déjà servi.

     

     

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    BRUNO ODILE

    Tous droits réservés ©

    http://brunoodile.canalblog.com/

     

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    Katya Gridneva6

    Oeuvre Katya Grydneva 


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  • 02/25/18--11:07: BONJOUR VIEILLESSE
  • J'aurais pu dire:

    Vieillir, c'est désolant, c'est insupportable,
    C'est douloureux, c'est horrible,
    C'est déprimant, c'est mortel.
    Mais j'ai préféré«chiant»
    Parce que c'est un adjectif vigoureux
    Qui ne fait pas triste.
    Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça finira.

    Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance.
    On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
    On était bien dans sa peau.

    On se sentait conquérant. Invulnérable.
    La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien….Même à soixante.

    Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
    Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j'ai vu le regard des jeunes…..
    Des hommes et des femmes dans la force de l'âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.

    J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard.
    Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.

    Sans m'en rendre compte, j'étais entré dans l'apartheid de l'âge.

    Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
    "Avec respect", "En hommage respectueux", "Avec mes sentiments très respectueux".

    Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons!

    Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

    Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place…..
    J'ai failli la gifler. Puis la priant de se rassoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!... ?

    -- "Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que".
    -- Moi aussitôt : «Vous pensiez que?
    -- "Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir".
    - "Parce que j'ai les cheveux blancs"?
    - "Non, c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, çàété un réflexe, je me suis levée".
    -- "Je parais beaucoup…beaucoup plus âgé que vous"?
    -"Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge".
    -- "Une question de quoi, alors?"
    - "Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois".»
    J'ai arrêté de la taquiner, je l'ai remerciée de son geste généreux et l'ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

    Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
    Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni au rêve.
    Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises.
    C'est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
    C'est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l'utopie.

    La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
    J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart,
    soit, du même, l'andante de son Concerto no 21 en ut majeur,
    musiques au bout desquelles se révèleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l'au-delà.
    Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
    Nous allons prendre notre temps.
    Avec l'âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
    Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours?
    Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
    Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
    Après nous, le déluge?....Non, Mozart.

    Voilà, ceci est bien écrit, mais cela est le lot de tous, nous vieillissons !...
    Bien ou mal, mais le poids des ans donne de son joug au quotidien

     

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    BERNARD PIVOT

     

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    tomasa martin2

    Oeuvre Tomasa Martin


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    Nous avons perdu notre accastillage
    d’humanité
    notre âme cassée en morceaux
    par nos propres poings
    nous n’avons plus de mains tendues
    vers les populations civiles 
    ciblées par des barils de clous
    par des déversements de chlore

    nous les abandonnons

    Syriens vos enfants dans des couveuses
    n’ont pas le temps de commencer à vivre
    que déjà la mort guerrière les décime
    impossible de sortir de l’hôpital
    visé par des bombes incendiaires
    et les médecins à l’humanité sans frontières
    gisent sur le sol avec leurs bistouris leurs forceps
    leurs peu d’outils de travail à la main

    pourtant ces hôpitaux
    font office d’arches de Noé
    supposées ne pas prendre l’eau
    alors que le déluge guerrier a lieu

    il n’existe plus pour vous
    d’endroit neutre 
    où de la nourriture des médicaments
    vous seraient distribués
    il n’existe autour de vous
    que des déserts dénués d’humanité

    piégés par des moussons de bombes
    destructrices
    enflammés par des torrents de feu
    jusqu’à votre âme que l’on veut brûler
    même les caves montant d’étage
    se trouvent au grand jour
    vous exposant tels des rats
    aux pièges tendus 
    par le machiavélique Bachar al-Assad

    j’ai entendu ce médecin 
    dans la Ghouta orientale assiégée
    un ami et confrère à qui je parlais 
    à l’autre bout du fil 
    tout à coup l’explosion furieuse des bombes
    et la conversation passée subitement
    de vie à trépas

    j’ai perdu le fil 
    la gorge nouée 
    le vide et un silence assourdissant
    soumis au gaz sarin de l’inhumanité
    je me suis effondrée

    rebelles au régime de Damas
    soutenus par l'Occident
    considérés comme terroristes
    par le tyran 
    et le camp de Palestiniens
    pris en étau
    et les Kurdes visés 
    par le pays voisin
    la trêve aura-t-elle lieu
    les rachitiques seront-ils nourris
    la paix un jour sera-t-elle 
    l’unique pays 
    l’éternité sur cette terre

     

    .

     


    © Marie Cholette – Québec –

    Le 25 février 2018.

    Tous droits réservés.

     

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    YASIN AKGUL

     

    Photographie Yasin Akgul


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  • 02/26/18--04:08: LETTRE A LA GHOUTA
  • Il y a eu une révolution en Syrie, c’est cette évidence que toute la géopolitique de comptoir, que tout l’immonde conspirationnisme de clavier, dénient depuis maintenant des années. Cette lâcheté de bistrot qui se répand sans mal du sommet de l’État jusqu’au coeur d’une certaine extrême gauche, elle ne sera pas oubliée pas plus que la dignité des habitants de la Ghouta insurgée

     

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    Chère Ghouta,

     

     

    C’est le cœur empli de honte que je t’écris. La honte de faire partie de deux communautés qui, lâches ou aveugles, t’ont abandonnée.

    Pour commencer, je fais partie de ce pays qu’on nomme France ; ce pays qui se veut celui des droits de l’Homme et de la fraternité ; ce pays qui a une histoire commune avec le tien et dont tu as su te libérer par la force. Un pays qui te connaît donc bien. Pourtant, en 2008, ce pays a invité Bachar, ton tyran, à son défilé du 14 juillet. Ce Bachar qui, un an plus tard, armait ses aéroports d’armes chimiques en prévision de ton probable soulèvement. La France est aussi un pays de traditions. La preuve, elle hébergeait déjà - et héberge toujours - l’oncle criminel contre l’Humanité, Rifaat al-Assad, boucher de la prison de Palmyre et auteur du massacre de Hama. Tu t’en souviens, ce massacre a eu lieu en 1982. Quatre ans plus tard, le président français lui délivrait la Légion d’Honneur pour « service rendu à la nation ».

    Ce pays qui est mien, j’ai pourtant espéré qu’il t’aiderait, quand tu t’es soulevée. Parce que désormais, nous ne pouvions plus faire semblant de ne pas connaître le vrai visage de Bachar el-Assad. Toi qui t’es soulevée, chère Ghouta, pour ta liberté, pour ta dignité, désormais debout, après 40 années à genoux devant les Assad, tu as été maltraitée, torturée, battue, gazée, bombardée, violée et écorchée par le régime. Malgré tout, tu tenais bon et tu restais debout. Le goût de la liberté dans la bouche, tu ne pouvais désormais plus plier le genou devant le tyran. Car on ne revient pas de ces choses-là. Et pour toi, c’était désormais la liberté ou la mort. Et comme nous étions fiers ! Ghouta libre, Ghouta digne, Ghouta debout ! Et nous nous avons vécu avec toi l’espoir de te voir enfin débarrassée du boucher de Damas et de ses shabihas. Tu n’avais besoin de personne pour te refonder et pour faire reculer la barbarie. Mais le régime a frappé fort, et quand le nuage de gaz sarin s’est abattu sur toi à l’été 2013, nous avons pleuré avec toi. Ces images de toi, de tes enfants qui agonisaient, convulsaient, suffoquaient, nous arrachaient cœur et larmes. Notre colère était sans limite et Bachar venait de franchir la ligne rouge. Alors tu as attendu. Après avoir compté tes 1300 morts, tu t’es réfugiée dans des bâtiments et tu as attendu que nous arrivions. Nous, qui avions promis que nous interviendrions si Bachar allait trop loin. « Les Français vont arriver ! », croyais-tu. Tu as attendu. Encore et encore. Et nous ne sommes jamais venus. Nous avons espéré pouvoir te tendre la main et venir te tirer des griffes du bourreau mais nous ne l’avons pas fait. Et nous nous sommes haïs pour cela. Nous avons haï aussi tous ceux qui avaient rendu possible cette trahison. Nos gorges serrées n’arrivaient pas à accepter que nous t’abandonnions à ton sort. La boule au ventre et la rage au corps, tu t’es relevée et tu as continué les combats et à t’organiser pour vivre malgré l’état de siège permanent. De notre côté, nous avons continuéà te défendre, ici, chez nous.

    Mais le camp politique auquel j’appartiens n’a pas su être à la hauteur. Ce camp qui défend des valeurs d’égalité, de liberté des peuples, d’auto-détermination, de démocratie, ce camp-là n’a pas su voir en toi l’incarnation de toutes les idées qu’il défendait. Lui qui ne te connaît pas, ne voit que les drapeaux, les symboles et les mots. Il ne comprend pas que ton lexique n’est pas le nôtre, mais que ton cœur et tes idées nous sont communs. Que toi, tu es éprise de liberté et que tout ce que tu veux, c’est pouvoir vivre dans la dignité. Cette gauche qui ne te connaît pas a pris peur et t’a tourné le dos. Elle t’a comparéà ceux que tu as combattu et expulsé : les membres de l’État islamique. Elle t’a bafouée, ignorée et salie. Quand ta sœur Alep est tombée, une certaine gauche a même ironisé sur son sort. Pourtant, cette tartuffe amoureuse d’elle-même, que lui faut-il de plus ? Elle qui a constamment la révolution à la bouche, une révolution populaire autogérée était là, bien réelle, sous ses yeux, chez toi, mais quel a été ton tort si ce n’est d’ignorer son champ lexical ? Et pourtant, quoi de plus libertaire que tes comités locaux, que tes tansiqiyya al-malhalliyya, que l’autogestion de toutes tes infrastructures, que tes civils qui s’organisent face à la pénurie, que tes associations de femmes pour la gestion des orphelins, que tes écoles enfin libres d’écrire leurs propres programmes, que tes liwa et tes katiba qui dégagent Al-Nusra et Daech à coups de pieds au cul de tes villages et de tes villes ? Mais non. Cette gauche-là, se cache derrière l’anti-impérialisme et la Realpolitik. Son anti-atlantisme primaire et bas du front, cet anti-impérialisme des idiots utiles ou conscients du complice Poutine, n’est que la marque d’un campisme stupide et gras, lui faisant oublier qu’un peuple qui se soulève contre son tyran ne connaît d’autre camp que celui de la dignité et se moque bien des petites tambouilles des puissants. La Realpolitik de cette gauche et de son ennemie de droite n’est qu’un mauvais alibi pour le crime qu’elle a commis non seulement de t’abandonner à ton sort, mais de faire preuve d’une hideuse complaisance avec les alliés de ton bourreau. Comment peut-il ne pas lui être insoutenable de laisser ta révolution s’éteindre dans ces conditions atroces quand, dans le même temps, elle nous fait l’éloge d’un parti que tu connais, issu de la tradition stalinienne et qui en a conservé tous les réflexes ? Et pendant que cette gauche vocifère contre toi, toi qui a pourtant accompli ce dont elle a toujours rêvé, notre président joue avec des crayons de couleur qu’il a voléà Obama. Il s’amuse à tracer des lignes imaginaires de toutes les couleurs et à faire de grandes déclarations absurdes et sans aucun sens. Il trace des lignes rouges de ton sang qui coule chaque jour mais dont il se moque tant que cela reste du fait des balles, des barils, de la torture et de la faim. Le gaz, si chère Ghouta... Il attend le gaz ! Mais comme tu dois rire de cette fausse promesse, toi qui a attendu en vain quand le sarin a dévasté tes villages, suffoqué tes enfants ! Quand tu as pleuré Zamalka et ses habitants...Mais ce Macron, lui, la grenouille « intraitable » cherchant à se faire aussi grosse que le bœuf, ne défend pas l’internationalisme, la révolution populaire et l’autogestion. À bien y réfléchir, il ne te ment qu’à moitié. Mais j’espère que la postérité condamnera durement la médiocrité d’une certaine gauche française et européenne qui me fait terriblement honte, tant elle ment aux autres et à elle même.

    Alors que tu agonises sous les bombes, nous nous apprêtons à fêter les 7 ans de ta révolution. Il y a 7 ans, seuls quelques fous sortaient manifester en silence, des bougies à la main, sur une place damascène en soutien aux printemps arabes. 7 ans plus tard, ta Syrie est dévastée. Et bientôt, viendra le mois de mars. Nous fêterons les 7 ans de la torture des enfants de Deraa et des premières fosses communes de la révolution. Enfin Assad, lui, les fêtera. Sur sa montagne de cadavres. 500 000 morts. Absurde. Vous vous êtes levés contre la tyrannie pour la liberté et la dignité, devenant un exemple pour le monde entier. Seulement, le monde n’a pas étéà la hauteur de cet exemple.

    Et aujourd’hui vous êtes seuls sous les bombes. Mais pas tout à fait. Nous sommes là. Nous, les quelques-uns qui continuent à espérer votre victoire. Nous sommes dispersés, mais nous sommes bien là. Nous suivons de près votre quotidien. Nous vous écoutons, vous regardons. Sur tes vidéos, chère Ghouta, nous voyons tes femmes, tes hommes, tes enfants, qui émergent des décombres après un bombardement. Les ruines, le cri des mères, les larmes des enfants, l’empressement des sauveteurs qui les ramènent vers un hôpital bientôt à son tour bombardé. Nous avons peur avec vous, nous pleurons avec vous, nous hurlons de rage avec vous. Nous ne détournons pas les yeux. Nous n’avons plus que cela ; nous n’avons guère que cela. Nous resterons debout et droit avec vous. Jusqu’au bout, où que vous alliez. Nous poursuivrons Bachar jusqu’à la mort pour qu’un jour ou l’autre il paie ce qu’il vous a fait à toi, à Khan Cheikhoun, Alep, Daraya, Homs, Deraa, Idleb, Zabadani, Raqqa et toutes les autres. Nous collectons depuis 2011 les preuves de sa barbarie pour qu’un jour il puisse être condamné. Nous écrivons des livres pour que votre combat survive aux bombes et aux gaz et que les Syriens puissent continuer àêtre fiers de ce que vous avez fait et pour que personne ne puisse oublier. Ghouta meurtrie, Ghouta gazée, Ghouta bombardée, Ghouta endeuillée. Mais Ghouta rebelle, digne, libre et debout ! Toi, Ghouta, qui ne ploie pas et qui sait que tu n’as de toute façon aucune chance de survivre à une reddition. Car le « Régime » ne pardonne pas. Il torture puis exécute, massacre. Peut-être vas-tu disparaître. Ces gens, ces visages sur ces vidéos, bientôt, ne seront peut-être plus. Bombardés, gazés ou égorgés, après tout, quelle différence ? Heureux sont les morts car ils ne souffrent plus. Et si cela advient, nous devrons vivre avec tout ça. Ainsi que tous ces spectateurs silencieux qui se rassurent avec leurs « c’est compliqué » et leurs « nous n’y pouvons rien » mais qui bientôt diront entre le fromage et le dessert comme tout ceci était épouvantable et Bachar un être odieux. Nous verrons Assad vivre, lui. Se pavaner, jubiler, Poutine à son bras, Khamenei dans l’ombre, le Hezbollah comme garde du corps. Est-il possible de détourner le regard de toi sans se haïr ? Pourquoi se préserver des images que tu nous envoies si nous ne valons pas mieux que des lignes de couleurs qui se déplacent aux gré des vents ?

    Chers Syriens, chers habitants de la Ghouta, d’Idleb et d’Afrin, nous vous regardons vous battre et mourir mais nous ne détournerons pas les yeux. Nous vous rendrons hommage jusqu’au bout et célébrerons votre courage et votre dignité. Nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas. Cela ne vous apportera ni réconfort ni survie. Mais cela nous évitera de nous haïr et de partager l’indifférence des cyniques et des salauds. Vous êtes la fierté des hommes et des femmes qui se battent pour la liberté et la dignité. Vous êtes nos consciences meurtries mais une chose est sûre : nous ne voulons d’avenir qu’ensemble ; qu’avec vous.

    Houria Ghouta. Houria Souria.

     

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    SARAH KILANI

    le 21 février 2018

     

     

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    civils-marchent-rue-ruine-ville

    Syrie...


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  • 02/28/18--07:28: LUIS CERNUDA
  • ...

    Je rencontrai cette forme devant la mienne

    À l'heure du crépuscule,

    Quand les disparitions

    Confondent pour les yeux les couleurs,

    Quand le dernier amour

    Cherche l'ultime corps.

    Une angoisse sans fond hurlait entre les pierres ;


    En route vers l'air, des hommes sourds,

    Tête oubliée,

    Passaient au loin, libres ou morts ;

    Honteux cortège de fantômes

    Et leurs chaînes brisées qui pendaient à leurs mains.


    Alors la vie posa une lampe

    Sur des murs sanglants ;

    Le jour déjà fatigué séchait tristement

    Les futures aurores, rapiécées

    Comme loques de roi.


    La lampe c'était toi,

    Mes lèvres, mon sourire,

    Forme que trouvent mes mains dans tout ce qu'elles

    touchent.


    Si mes yeux se ferment c'est pour te trouver en rêve,

    Derrière la tête,

    Derrière le monde asservi,

    Dans ce pays perdu

    Que sans le savoir nous avons quitté un jour.

     

     

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    LUIS CERNUDA

     

     

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    Bahram Dabiri

    Oeuvre Braham Dabiri


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  • 02/28/18--10:00: JEAN SULIVAN...Extrait
  • Que vous manque-t-il, vous qui avez tout ? Hommes, femmes, enfants, chiens, voiliers sur la mer, un cheval pour galoper dans les forêts, le samedi, parce que, disiez-vous, « rien n'est plus orgastique que le cheval ». Qu'est-ce que ce léger malaise qui vous suit partout ? L'absence dans le bonheur et la tendresse même. Les arbres ou l'herbe des champs vous parlent-ils, leur parlez-vous, quand vous êtes seuls ? Êtes-vous jamais seuls ?
    Un pas est fait quand un homme a compris qu'il est la résultante de pressions sociales, familiales, idéologiques et religieuses. Non qu'il soit conduit à s'évader pour aller ailleurs, mais dans la découverte d'un écart il peut percevoir une nouvelle alliance et se sentir plus proche des mille riens des jours. Une aile qui passe, la respiration des pins, un pêcheur qui longe la mer depuis les siècles des siècles, l'ouvrier du petit matin qui siffle sur son vélo sans tenir le guidon. Ces instants de communion où tu perds ton identité et tu la trouves dans cette perte même. Capable de solitude, n'ayant plus besoin de voir du nouveau, proche d'un enfant, d'une bête, en prise directe sur ce qui est, sans désir de savoir ni de posséder. Avec une densité de présence. Capable de prière.

     

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    JEAN SULIVAN

     

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    JEAN SULIVAN

     

     

     

     

     


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  • 02/28/18--11:55: FLAMENCO FUSION
  • Adelita mia ...


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    Nous finirons idiots sur le sable
    Avec nos poèmes complètement idiots.
    Le gardien du Musée dira
    Qu’il est l’heure de la fermer
    Et nous émettrons des réserves.
    Alors on nous supprimera
    Le papier et les timbres
    Nos stylos japonais
    Comme des sabres.
    Nous garderons les mots en mémoire
    Nos mots idiots
    Nos mots d’amour jusqu’au bout de la nuit.

    Nous finirons idiots sur le sable
    Avec Emilie, Valentine et Sophiane
    Des petites frangines de quatre, cinq ou six ans
    Avec Mélodie et Julie –
    L’histoire de la vache qui pleurait
    Avec des poussières de lune de 69
    Et Louis Armstrong qui joue de la trompette

    Nous finirons la nuit sous les étoiles du monde
    Avec des poèmes kabyles ou tchèques
    Pygmées ou aztèques
    Des épopées d’amour
    Les chants de Pretoria
    Rilke Rainer Maria Nelson Mandela
    Et le silence
    Le silence des étoiles du monde
    Et des langages du monde

    Nous finirons idiots sur le sable
    Avec nos poèmes complètement idiots.
    Le gardien du Musée dira
    Qu’il est l’heure de la fermer
    Et nous émettrons des réserves.
    Alors on nous supprimera
    Le papier et les timbres
    Nos stylos japonais
    Comme des sabres.
    Nous garderons les mots en mémoire
    Nos mots idiots
    Nos mots d’amour jusqu’au bout de la nuit.

     

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    © Patrick Chemin

    1986

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    love-écrit

     

     

     

     

     

     


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  • 03/02/18--05:31: CADEAUX
  • Je donne
    Des soleils couchants ivres de cuivre blond
    Leurs fanfares rouges la passementerie des nuages
    Les prairies où bleuit l’ombre de tes paupières
    Et cette terre fine d’où jaillirent tes mains
    La peur ancrée des nuits aux bastingages du navire
    La faiblesse jaune du fanal qui tremble
    Et les cordages qui soutiennent ta gorge
    Pour qu’elle s’ouvre au vent comme une voile rassurée
    La vie qui bat dans le poignet des pierres
    Frissonnante et le souffle qui court sous ta peau
    La grâce descendue sur la fleur penchée 
    Sa tête qui s’incline et remercie de fleurir
    Je donne
    Tout
    Ce que je ne possède pas
    Mais
    Que je sens exister

     

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    ALEXO XENIDIS

     

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    Katya Grydneva 2,

     

    Oeuvre Katya Grydneva

     

     

     


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  • 03/03/18--10:56: EPITOLA POSTHUMUS...Extrait

  • Tu subtilises le cœur

    de ce tyran amoureux

    Voilà pourquoi sa passion

    reste prodigue de tant d'égards

    dans ses cruelles manipulations

    Voilà pourquoi elle n'ose pas

    te mutiler ni te déchiqueter

    t'écrabouiller ni te pulvériser

    préférant pour toi une douce mort

    une sorte d'insensible euthanasie

     

    Une stupeur à l'instant qui

    te ravit à l'air

    Une brume d'éther

    qui efface le monde

    Un étouffement progressif

    Un dernier sursaut d'ailes

     

    D'une chirurgie d'amateur

    tu sortiras

    épinglé sur le blanc

    Tu seras conservé

    jalousement

    pour un regard

    qui te dévorera

    en d'exclusives parenthèses

    d'admiration

     

    Mais toi

    vif esprit du jardin

    tu te seras depuis longtemps

    envolé loin de la relique

    sèche & crispée

    abandonnée

    à une adoration perverse

     

    .

     

     

    RAYMOND FARINA

    Editions Rougerie

     

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    Tejo Verstappen

    Oeuvre Tejo Verstappen

     

     


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  • 03/03/18--11:09: ASPHODELE...Extrait
  • Il est difficile
    de se tenir au courant par les poèmes
    pourtant des hommes meurent misérablement chaque jour
    par manque
    de ce qu’on y trouve.

     

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    WILLIAM CARLOS WILLIAMS

    1883-1963 

     

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    paglia orba janvier2018,

    Paglia Orba, Corse

     

     

     


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    Dans la caresse de l'ombre et de la lumière
    au secret
    le cœur retrouve la mémoire
    autre
    rythme
    le rythme
    autre mémoire
    Ce fantôme parle aux maisons
    aux paysages du hasard
    le désastre lui répond

    ...

    Perdre pieds
    répondre au vide
    confondre le cadavre exposé sur nos épaules
    retrouver l'apesanteur
    où se dévisagent des mots qui nous ressemblent

    ...

    Toujours l'entremonde happe et envahit
    Il y a longtemps que je n'ai plus de nom
    pas d'unité de lieu ni de temps
    Le trouble ne saurait me troubler
    la fascination me fasciner
    Je parle à l'invisible

     

    .

     

     

    CHRISTIAN ARJONILLA

     

     

    .

     

     

    CH

     

     

     


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