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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 05/13/18--02:13: CLAUDE SAGUET...Extrait
  •  

    Toute la terre

    dans un éclat de siècles,

    de racines mises à nu

    et serrées dans l'amour,

    à grands pas

    s'approche du poète.

    Et les murs,

    le rempart qui sommeille

    abattu sur lui-même,

    tous

    mêlés d'oiseaux, de patience

    ou de larmes,

    la poitrine rouge

    à cause des peines,

    tournent leurs yeux de pluie

    du côté de son coeur.

     

     

    .

     

    CLAUDE SAGUET

     

    .

     

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    © Hengki Koentjoro2

     Photographie © Hengki Koentjoro

     


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    Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre

    désert s'il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?

    Lorsque les routes se dédoublent et s'amoncellent les

    fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s'élève

    l'haleine rouge des heures, je voudrais m'ouvrir comme une parole privée d'air depuis longtemps.

    La mer, de tous ces plis, m'apporte des chants sans

    mémoire qui vont, avec l'entêtement obscur de l'oiseau, pour retrouver un goût de terre et d'orage.

    Désert, désert partout ! dans les cercles criants de

    la sève, dans l'arbre qui se tord pour ne plus exister

    Et j'ai peine à croire à notre langage immobile sous

    les pierres, à ce reflet dans le miroir briséà l'aube

    des cascades.

     

     

    .

     

     

    CLAUDE SAGUET

     

     

    .

     

     

    claude

    Photographie ?


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  • 05/13/18--03:49: MINERAI NOIR
  • Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil

    Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien 

    De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or

    On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique

    Pour assurer la relève du désespoir

    Alors commença la ruée vers l'inépuisable

    Trésorerie de la chair noire

    Alors commença la bousculade échevelée

    Vers le rayonnant midi du corps noir

    Et toute la terre retentit du vacarme des pioches

    Dans l'épaisseur du minerai noir

    Et tout juste si des chimistes ne pensèrent

    Aux moyens d'obtenir quelque alliage précieux

    Avec le métal noir tout juste si des dames ne

    Rêvèrent d'une batterie de cuisine

    En nègre du Sénégal d'un service à thé  

    En massif négrillon des Antilles

    Tout juste si quelque curé

    Ne promit à sa paroisse

    Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir

    Ou encore si un brave Père Noël ne songea

    Pour sa visite annuelle

    A des petits soldats de plomb noir  

    Ou si quelque vaillant capitaine

    Ne tailla son épée dans l'ébène minéral

    Toute la terre retentit de la secousse des foreuses

    Dans les entrailles de ma race

    Dans le gisement musculaire de l'homme noir

    Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction

    Des merveilles de cette race

    O couches métalliques de mon peuple

    Minerai inépuisable de rosée humaine

    Combien de pirates ont exploré de leurs armes

    Les profondeurs obscures de ta chair

    Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin

    A travers la riche végétation de clartés de ton corps

    Jonchant tes années de tiges mortes

    Et de flaques de larmes 

    Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné

    Comme une terre en labours

    Peuple défriché pour l'enrichissement

    Des grandes foires du monde

    Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle

    Nul n'osera plus couler des canons et des pièces d'or

    Dans le noir métal de ta colère en crues

     

     

    .

     

     

    RENE DEPESTRE

     

     

    .

    MINERAI


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    Personne ne sait ce que sera demain.

    Les cieux au-dessus du camp de réfugiés sont gris.

    Des rêves gribouillés à la hâte sur les murs.

    Sous les slogans les enfants de la ville jouent au jeu

     de la Mort.

    Personne sait, personne sait.

    Les héros d'aujourd'hui sont annoncés mort sur les nouvelles du soir.

    Les gens ordinaires font les gros titres pendant quelques secondes

      Ils disparaîssent sans laisser de trace au fil des jours.

    Personne ne sait, personne ne sait.

    Mais je sais que les victimes de demain

    apporteront une nouvelle aube plus proche.

    Personne ne sait.

     

    .

     

     

     


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    L’heure vient peu à peu
    Parmi les heures toutes pareilles
    L’heure unique, l’instant
    Le Pont imperceptible entre le Temps et l'Éternité
    Parmi les Sœurs qui passent devant toi
    Si transparentes, pareillement silencieuse 
    A quoi la reconnaîtras-tu,
    Quel signe dans ses yeux vers tes yeux dirigé…

    Quand ton enfant sera devenu lui-même
    Tu ne reconnaîtras pas ton enfant

    Quand mon poème sera devenu lui- même
    Tu ne reconnaîtras pas mon poème

    Tu chercheras dans ses yeux étrangers
    tous les regards que tu avais semés,
    dans ses larmes celles que tu as versées sur lui
    dans son cœur le battement de ton cœur
    dans ses bras la chaleur que tes bras lui ont donnée,
    Et chaque jour tu diras
    Voici que mon fils est un étranger pour sa mère
    Voici que je lui suis devenue étrangère.

    Je chercherai mes paroles dans les paroles qui naîtront de lui,
    Parmi les murmures, les silences, les cris,
    Qu’il fera naître dans ceux qui le liront 
    Les murmures ineffables de mes ramures
    Et le silence des plaines à l’infini de mon silence,

    Et je dirai, fermant les paupières comme une dalle sur ma tombe,
    Voici que je ne reconnais pas ces paroles
    Voici que mon poème est étranger pour son père
    Voici que de lui à moi, de moi à lui,
    Le silence des étrangers règne en maître s’étend comme un champ de mort.

    .

     

    .

     

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    JEAN EL MOUHOUB AMROUCHE

     

    .

     

     

    jean amrouche


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  • 05/17/18--02:04: PAUL CELAN...Extrait
  • Parle, toi aussi
    parle le dernier à parler
    Dis ton dire.

    Parle.

    Cependant ne sépare pas du Oui
    le Non.
    Donne à ta parole aussi le sens 
    lui donnant l'ombre.
    Donne-lui assez d'ombre,
    donne-lui autant d'ombre
    qu'autour de toi
    tu en sais répandue
    entre minuit midi minuit.

    Regarde tout autour,
    vois comme celà devient vivant
    à la ronde,
    dans la mort! Vivant!
    Dis vrai, qui parle d'ombre.

    Vois comme se rétrécit le lieu où 
    tu te tiens.
    Où veux-tu aller, à présent, toi en
    défaut d'ombre, où aller?
    Monte, en tatonnant, monte
    plus mince, plus méconnaissable,
    plus fin.
    C'est ce que tu deviens: un fil
    le long duquel
    elle veut descendre,
    l'étoile,
    pour, en bas, nager tout en bas
    là où elle se voit
    scintiller
    dans le mouvement
    de houle
    des mots qui toujours vont.

     

     

    .

     

    PAUL CELAN

     

    .

    .

    CELAN


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    Langue natale.

    Les contraires qui sont battement au cœur du monde, la

    parole les porte à déchirure.

    Dans la dislocation que plus rien ne guérit, la ferveur d'une

    langue dévore son avenir.

    Fouet d'une phrase sans équivoque.

    Ici s'est tenue la lumière d'un arbre, là s'est dissoute la venue

    d'un pas.

    Dans le buisson des cris le dieu se creuse de mutisme.

    Quelque flamme que tu portes - si peu cette eau qui s'évapore.

    Fraîche amertume du sel dans les plis de lumière.

     

     

    .

     

     

    LORAND GASPAR

     

     

    .

    Geo Abtran Dorléans2

    Géo Abtran Dorleans

     

     


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  • 05/18/18--11:04: PATMOS ET AUTRES POEMES
  • ...

    le blé des corps dans la meule des ans

    farines que mélangent les lois éternelles

    pour d'autres pains et d'autres dents

    la nuit tu tâtes soudain sans comprendre

    la peur qui fouille au ventre des images

    cherchant à clore sur soi le mouvement

    et ces eaux nues de l'ardeur d'aller

    encore et encore plus loin dans l'ouvert?

    (et même et surtout quand la nuit se referme)

    ...

     

    .

     

     

    LORAND GASPAR

     

     

    .

    LORAND


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    Tu dis « n'écris jamais une phrase dans sa

    fatigue, sache te taire quand cela commence,

    aime ta maladresse, laisse-la t'accomplir.

    Les pages de soleil aveuglent, brûlent les

    lèvres. Endors-toi, confie ta vigilance, les

    mots connaissent le chemin sous le ciel. Par le

    trou de ta mort, une langue ouvre les paupières. Écoute la fin de tout, la mesure dérobée.

    L'espace de nouveau s'unit à la salive.

    Le livre n'a plus besoin de mots. »

     

    Tu dis « apprends-moi » et je ne peux

    t'apprendre qu'à franchir, à t'abandonner à la patience, à l'endormi, à la

    véranda de la parole. Je ne peux t'apprendre que l'immense plateau et ses

    très hautes voix, la montagne de la brebis qui parle, le rythme chaud. Peu de choses en

    somme, mais venues

    de très loin.

     

    .

     

     

    DOMINIQUE SAMPIERO

     

     

    .

     

     

    claude monet3

    Oeuvre Claude Monet

     

     

     

     

     


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    « Et de fait, rien ne rend peut-être plus palpable l’énorme régression dans laquelle est entrée l’humanité depuis la première guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes et à leurs libertés. Avant 1914, la terre appartenait à tous ses habitants. Chacun allait où il voulait et y restait aussi longtemps qu’il voulait. Il n’y avait pas de permissions, pas d’autorisations, et cela m’amuse toujours de voir l’étonnement des jeunes lorsque je leur raconte qu’avant 1914, je voyageais en Inde et en Amérique sans avoir de passeport et même n’en avais jamais vu aucun. On montait dans le train et on en descendait sans rien demander, sans qu’on vous demandât rien, on n’avait pas à remplir un seul de ces centaines de papiers qu’on réclame aujourd’hui. Il n’y avait ni permis, ni visas, ni tracasseries ; ces mêmes frontières qui, avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie, sont aujourd’hui transformées en réseau de barbelés en raison de la méfiance pathologique de tous envers tous, n’étaient rien d’autre que des lignes symboliques qu’on traversait avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich. C’est seulement après la guerre que le monde se vit bouleversé par le national-socialisme, et le premier phénomène qu’engendra cette épidémie spirituelle de notre siècle fut la xénophobie : la haine ou du moins la peur de l’autre. On se défendait partout contre l’étranger, partout on l’excluait. Toutes les humiliations qu’autrefois on avait inventées exclusivement contre les criminels, on les infligeait maintenant à tous les voyageurs avant et pendant le voyage. Il fallait se faire photographier de droite et de gauche, de profil et de face, les cheveux coupés assez court pour que l’oreille fût visible, il fallait donner ses empreintes digitales, d’abord le pouce seul, puis les dix doigts, il fallait en plus présenter des certificats : de santé, de vaccination, de police, de bonne vie et mœurs, des recommandations, il fallait pouvoir présenter des invitations et des adresses de parents, il fallait fournir des garanties morales et financières, remplir des formulaires et les signer en trois, quatre exemplaires, et s’il manquait ne fût-ce qu’une feuille de ce tas de paperasses, on était perdu. »

     

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    STEFAN SWEIG

     

     

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    mark briscoe

    Oeuvre Mark Briscoe


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  • 05/18/18--22:56: BALADES...Extrait
  • Il Y A QUELQUE CHOSE DE SERVILE dans l’habitude de nous mettre en quête d’une loi à laquelle obéir. Il nous est permis d’étudier les lois de la nature à notre convenance et pour notre convenance, mais une vie qui a bien tourné ne reconnaît pas de loi. C’est une découverte certes déplorable que celle d’une loi qui nous astreint là où auparavant nous ne savions pas que nous étions liés. Vis librement, enfant des brumes… et, par rapport au savoir, nous sommes tous enfants des brumes. L’homme qui prend la liberté de vivre est supérieur à toutes les lois, en vertu de sa parenté avec le législateur. « Est devoir effectif », dit le Vishnou Pourana, « celui-là qui point ne nous asservit ; est savoir celui-là qui nous affranchit ; tout autre devoir n’est bon qu’à nous lasser ; tout autre savoir n’est qu’habileté d’artiste. »

     

    .

     

    HENRY DAVID THOREAU

    1817~1862

     

    .

     

    lumiere2

     

     

     


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  • 05/19/18--23:55: MEMOIRE DES SUDS
  • A Dom Gabrielli

     

     

    De l'oignon cru de l'huile d'olive

    du pain et une pincée de sel 
    tel est ton repas aujourd'hui 
    succulent en ces jours de disette 
    et tu te souviens
    d'une colline devant Jérusalem
    où un petit chevrier te souriait
    assis sur un rocher 
    sous le ciel radieux de Palestine
    tu te souviens 
    du paysan crétois aux yeux bleu clair
    qui remplissait ton verre de raki
    un jour de Pâque inondé de lumière
    avec la mer éblouissante à perte de vue
    tu te souviens 
    au bord d'un chemin de cailloux
    sous un soleil ardent 
    des jeunes femmes berbères rieuses
    s'en revenant du puits 
    et du goût de l'eau froide des jarres
    qu'elles versaient entre tes lèvres desséchées
    tu te souviens d'une nuit d'été
    sur un trottoir parisien 
    d'amis libanais qui chantaient 
    au son d'un luth fêlé
    la nostalgie de Beyrouth assiégée 
    autour de petites tables garnies de mezzes
    tu te souviens à Istanbul
    d'un poète au visage creusé de larmes
    torturé dans les prisons turques 
    qui pensait à haute voix
    dans un café sous le pont de Galata
    à la beauté des années perdues
    tu te souviens du Vallon des Fleurs 
    à Nice dans le sud-est de la France 
    de ce vieux veuf à l'haleine anisée
    qui te racontait sa jeunesse intrépide
    en épluchant des fèves tendres
    tu te souviens des citronniers au printemps 
    du vent du sud et de la poussière dorée 
    sur les blessures d'amour
    Tu te souviens du miracle 
    d'une poignée d'olives
    et de quelques mots d'exil
    pour savourer la vie.

     

     

    .

     

     

    ANDRE CHENET

    Buenos Aires, le 19 mai 2018

     

     

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    pain-et-l-huile-d-olive2

     


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    Je ne sais pas devenir. Je ne sais pas réussir. 
    Je suis depuis toujours cette même question posée à la vie et ce que le poème répond.
    Je cherche au travers du bruit froissé des mots le chemin d'un silence. 
    Mais je ne suis pas écrivain, ni bavard, je suis inquiet. 
    Je suis de l'inquiétude des pauvres gens, de leurs cités et pour sûr maintenant 
    Je ne serai plus jamais poli 
    J'ai tant de temps d'enfance à rattraper. 
    Je ne sais pas devenir, je suis des passants 
    Et nous arpentons le même décor grotesque et fonctionnel 
    Avec tout juste le talent du désespoir. 
    L'inutile est notre nécessaire et le poids de nos vies 
    Bien souvent dépend de celui de la mort. 
    Nous sommes de saisons blêmes et du petit matin 
    Du peu de vie qu'on nous laisse. 
    Nous rejetons par avance toutes les tentatives d’équilibrage de la misère libérale avancée. 
    Nous préférons le déséquilibre lucide. 
    Nous préférons parler aux arbres écorce contre écorce 
    Suivre la course du soleil sans pronostic 
    Marcher pieds nus dans l'herbe. 
    Nous avons le désir d'une vie entière, phénoménale, 
    Le désir d'une trajectoire d'étoile vibrante et marrante 
    En plein jour avec en plus la patience des pierres 
    Et les amours cycliques de l'eau. 
    Mais nous n'existons pas vraiment. 
    Nous sommes des passants indéterminés 
    Infiniment fragiles 
    Des passants d'argile

     

    .

     

     

    © PATRICK CHEMIN

    1979

     

     

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    Eva Czaplicki3,

    Oeuvre Eva Czaplicki


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  • 05/23/18--00:06: ODES RETROUVEES...Extrait
  •  

    " Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
    Si je pense, si je ressens, j'ignore
    Qui est celui qui pense, qui ressent.
    Je suis seulement le lieu
    Où l'on pense, où l'on ressent. "

     

    .

     

    " Nous habitons la vie en hôtes, nous usons
    Pour un temps de son cours,
    D'un amour douteux, d'un bref sommeil, et d'un jour
    En mal de tous les jours. "

     

     

    .

     

     

    RICARDO REIS

    Héteronyme de Fernando Pessoa 

    Traduction du portugais par Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel

     

     

    .

     

     

     

     

     

    Christian Arjonillia

    Oeuvre Christian Arjonilla

     


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  • 05/23/18--06:26: COMME UN AUTOMNE
  •  La sente s'accôte sans tarder au flanc du versant.

    Pierreuse, parcourue de minces filet d'eau, aux bordures 
    jonchées de fleurs et de plantes grasses des rocailles.
    Majestueuse, dans toute sa longueur lovée sur la pierre 
    réfringente et humide, une couleuvre se dore au soleil.
    Le bruit des pas la dérange. Elle s'y dérobe, sans bruit,
    furtivement, puis nous abandonne, n'en finissant plus 
    d'onduler avec une grâce lascive.
    Quelques minutes d'ascension distancent de la voie, 
    commune et du tumulte ferré. Le tracé disparaît 
    sous un dais de ciste blanc et de cistes de Crète froissés ;
    le ton de l'évasion est donné, ponctué 
    par quelques cairns chancelants, aux issues aléatoires...

     

    De la route monte la rumeur des chevaux vapeurs qui, 
    peu à peu, s'étiole, se perd dans les horizons brumeux 
    de la mer tyrrhénienne. Le sentier chemine, élonge 
    un petit cours d'eau dont le chant à la brise se mêle. 
    Le gazouillis des passereaux emplit la combe. Subreptice, 
    le trille d'un oiseau inconnu retentit. Les blocs erratiques
    lancent de terribles oeillades, depuis l'aube des temps et leurs grottes 
    aux ocres oxydés. Présence imperceptible dont quelques
    marches usées révèlent le passage, en silence, à toujours.
    Le chuintement de l'eau monte de l'abrupt en chutant 
    comme un lointain appel.

     

    La curiosité  vire à  la récompense 
    lorsque la voie ombreuse, sinuant sous la fraîche ramée,  
    imperceptiblement décroche et s'échappe 
    vers le ruisseau. Apparaît un havre de paix 
    et de trous d'eau translucides. 
    La frondaison des arbres à baies en berce la monodie.
    La terre rouge effeuille aux ciels sans nuage
    les pages d'une transhumance sans fin.
    Halte providentielle où ensemencer la pensée,
    s'impreigner de l'instant sans nom ni montre 
    qui eussent cadré la course du temps ou l'époque. 
    La ville n'est pourtant point distante
    et, déjà, l'ascension revêt tous les agréments 
    de la grande randonnée en moyenne montagne.

     

    A hauteur d'un petit plateau herbeux, enchâsséà souhait, 
    l'itinéraire offre deux options opposées. Vers la droite, 
    un champ couvert  de vipérines vaut sublime invitation. 
    Nous la déclinons !
    Les abeilles butinent, l'essaim volette au comble 
    des cieux  retissus du printemps.
    Harmonies pastorales désormais réfugiées 
    quand elles ne se meurent pas  à la porte du progrès, 
    de l'évolution forcenée,  de la chimie et ses engrais.

     

    L'olivier sauvage, ses rejets vivaces effacent 
    le genévrier thurifère, se font plus présents, au diapason 
    des murets et des enclos à bétails. 
    De gros murs éboulés traversent un épais maquis
    et se perdent en grisonnant dans un fouillis inextricable.
    Vie pastorale suggérée que l'on espère recouvrer
    à l'orée du vestige, de la ruine, touchant au but probable 
    de l'investigation, en pleine nature, à l'intime 
    des mondes oubliés et en sursis, un jour,
    quand ils furent privés de source et de bras !

     

    Ainsi, de se laisser guider, entre l'orientation spontanée,
    l'intuition et l'immémoriale évidence d'un don, d'une manne.
    Les Anciens affectionnaient ces lieux où les vents dominants, 
    l'ensoleillement, l'eau et la végétation concouraient 
    aux meilleurs compromis qui eussent assuré l'autarcie, 
    plus que la subsistance, l'abondance des nourritures terrestres.
    Ils s'y sont établis, longtemps, avant de disparaître à jamais, 
    sans que l'on sût vraiment la cause majeure, irrévocable. 
    La végétation a tant poussé. Elle s'est refermée 
    sur l'habitat n'acordant plus aux fenêtres que les pans 
    d'un azur aveuglant par lesquelles les souvenirs se sont envolés.

     

    Lézardant la large façade de la bastide, une fissure 
    laisse échapper comme un filet de voix. Recueillement ! 
    Thébaïde lénitive qui eût complu de nos jours à l'hermite, 
    à l'anchorête, en quête de méditation et de prières. 
    Un chêne vert plusieurs fois centenaire
    accueille le nomade et le convie à sa table taillée dans le granite brut.
    L'arbre, vénérable, veille. La frondaison obombre du petit jour à la nuit
    la place du hameau aux  pierres safranées.
    Perfection, force  des chaînages d'angles, des assemblages, dont la taille 
    savante éprouvent plus d'un siècle d'érosion.

     

    Pas un bruit ne trouble l'humble repas. 
    Toutes les ouvertures du bâtis dévisagent l'inconnu.
    Le four à pain attenant abrite une ombre amnésique.
    Immersion au-delà des décennies, évocations silencieuses
    dont les figurines et les santons fabulent un imaginaire improbable.
    Mais le voyage mérite que l'on s'y atèle, telles ces alliances qui 
    des bêtes aux hommes unissaient leurs efforts afin de figer 
    les fondations de la mémoire, à toujours !

     

    Il est de nos jours 
    des volontés inspirées qui se lancent à la reconquête 
    du patrimoine ancestral, avec tant de talents, comme s'ils eussent été 
    de la lignée directe, mus par quelques allants mystérieux et communs, 
    disposés à dresser à nouveau la pierre carmine de la terre ocreuse
    sur fonds de Grande Mer violine et d'horizons safres. 
    Ils ne sont plus très loin, qui investissent 
    coteaux et adrets, en montant à l'ancienne hameaux et maisons
    en s'appuyant sur les rocs des îles : un duo rebelles.

     

    Puisse le maquis complice se refermer sur ces écrins,
    sans les démolir, précautionneusement, secrètement.
    Laissons à l'errance et à la curiosité le soin de guider le nomade
    en ces lieux d'authenticité qui s'absentent des clichés, 
    solennels et beaux.
    N'ayons de cesse de recourir aux compositions de nos aînés en
    y apportant une touche de modernité mesurée, sobrement ...
    Et nous redonnerons à cette Île ses accents de vérité
    qui n'ont guère de prix.

     

    Linteaux, robustes jambages, clés de voûte, meurtrières, vantail disjoints
    et c'est le granite qui rayonne encore comme un automne 
    sur un lit dévalé de poutres, de bois de fer enchevêtrés, 
    dès les premiers rayons du soleil comme ils s'embrasent
    au couchant. Souvenance des amants étreints, unis pour toujours
    dans les effluves asphodèles et les myrtes ...
    Et si les maisons de nos aïeux ne redoutent jamais la pluie, 
    les vents et les violents orages, on les sent fébriles, 
    tellement désemparées devers l'oubli, l'abandon
    qui inexorablement affouillent les contours 
    de la mémoire, des saisons passées àéchafauder
    le sens d'une vie, 
    autant de lunaisons vécues sur la terre rougeoyante
    qui engendrèrent de nobles métiers, de nobles savoirs.

     

    Je ne dis pas l'histoire mais l'émoi et le ressenti. 
    D'aucuns l'auront si bien retracée, évoquée. 
    Retrouvez-en les archives qui vous parleront 
    en dévoilant tant de choses et de faits étonnants. On ne peut 
    croiser de tels moment sans en effleurer les récits locaux.
    Nous existons si proches d'une réalité qui aura été et perdure
    dans le lignage de la pierre taillée, 
    sans pourtant le savoir et y penser.
    Il est vrai que les beautés sauvages paraphent souvent 
    le silence, la solitude, les siècles en perdition... Mais de tout 
    un hameau abandonné, qui s'esseule malgré lui, dépossédé
    de repères qui eussent valu témoignages, fêtes patronales, 
    pèlerinages aux sources !... 
    Après tout, est-ce mieux ainsi, oyant, écrivant de temps à autre
    quelques élégies polyphoniques à la louange de ce qui fût
    et ne sera plus qu'au souffle cristallin des vents, 
    aux cordes sibylline de la Cetera, aux sonnailles lointaines, 
    à la voix d'une Terre pétrée dont on révulse impunément les 
    ocres précieux et safranés qui dominent la mer et la crainte.

     

    Je vécus cette échappée aux confins de l'inhabituel.
    Il n'est de pas qui ne fût accompagné de révélation...
    D'entre la découverte et la surprise, mille fenêtres 
    ouvraient aux champs des labours, des semences, des moissons.
    Je cherchai obstinément l'aire de battage ; mais en vain ! 
    plusieurs fours aux maisons délabrées donnaient 
    une triste accolade. L'enclos déserté signait la fin 
    d'un long périple qui allait de la mer vers la mer, de la mer 
    vers les monts de la Terre du Commun.

    Vives et nourries   furent les émotions. Terreau des îles
    plus que légitime.  Et de renaître à cette fresque
    éminemment pastorale, de cette terre  d'abondance
    et de provende où le hameau, le village, le bourg bâtissait jadis 
    chaque maison à la lueur de l'amitié, au chant de l'entraide

     

     

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    CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

    http://marin56.canalblog.com/archives/2018/05/18/36415550.html

     

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    PRUNA

     

     

     

     


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  • 05/27/18--23:55: ERNEST PEPIN..Extrait
  • Nous ne sommes pas venus en avion
    Ni en bateau de croisières
    Nous sommes venus traînés par la houle
    Happés par les gouffres
    Nous sommes venus comme des marchandises
    Du bétail ou des machines humaines
    Les vagues et le vent escortaient notre douleur
    Et les requins voraces festoyaient
    En goûtant notre chair
    Nous avons tout oublié
    Les rois et les dieux
    Mais nous n’avons pas oublié l’Afrique
    Et depuis nous reconstruisons l’Afrique
    Notre musique vient de l’Afrique
    Notre cuisine vient de l’Afrique
    Tout l’humain en nous rappelle l’Afrique
    L’Afrique recomposée
    L’Afrique métissée
    Mais l’Afrique re-née
    Esclaves ?
    Nous ne sommes pas venus en esclaves
    Même si on nous a rendus esclaves
    Esclaves du Code Noir
    Esclaves de la traite
    Esclaves de l’arbre de l’oubli
    On ne peut enchaîner le vent
    Ni mettre des fers à la mémoire
    C’est pourquoi nous crions à tue-tête
    Nous hurlons
    Nous dansons
    Car nous sommes les blessés d’une guerre sans nom
    Nous sommes les filles d’un voyage sans retour
    Nous sommes les bâtisseurs d’un nouveau monde
    Nous ne sommes jamais venus
    Mais nous sommes arrivés
    Sans passeport
    Sans visa
    Sans pièce d’identité

     

    .

     

     

    ERNEST PEPIN
    3 Décembre 2017

     

     

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    Safet ZEC

    Oeuvre Safet Zec

     

     

     

     

     

     


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  • 05/28/18--00:42: FRANKETIENNE...Extrait
  • D’expérience
    de corps
    de silence
    et de feu
    je demeure le sphinx
    ma terre repue de flammes
    mon âme soûlée d’énigmes
    et mes ténèbres massives
    en prophéties fragiles
    la lune mon île nocturne.

     

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    FRANKETIENNE

     

     

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    Jean Paul Surin ,

    Oeuvre Jean-Paul Surin


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  • 05/28/18--00:59: POUR TES 10 ANS...
  • Pensées pour Cesare

     

     

    L’eau ne résiste pas.

    L’eau coule.

    Quand on y plonge la main, tout ce que l’on sent est une caresse.

    L’eau n’est pas un mur solide, elle ne t’arrêtera pas.

    Mais l’eau va toujours où elle veut aller,

    et au bout du compte, rien ne peut lui résister.

    L’eau est patiente.

    L’eau qui goutte use une pierre.

    Rappelle-toi, mon enfant.

    Rappelle-toi que tu es moitié eau.

    Si tu ne peux pas franchir un obstacle, contourne-le.

    L’eau le fait...

     

     

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    MARGARET ATWOOD

     

     

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