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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 07/07/18--01:39: VIE SAXIFRAGE...Extrait
  • "Il y a dans l’air un exploit impalpable qu’on appelle des anges et qu’on ne verra pas."

     

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    GABRIELLE ALTHEN

     

     

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    VINCE5

    Photographie Magnificent_Entropy

    https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr


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  • 07/07/18--03:02: CARTON D’INVITATION
  • Où es-tu maintenant
    Syrie, à une lettre près de la Liberté,
    Souria Houria, ma bien – aimée, 
    Disparue des discours
    Rayée des cartes
    Dévorée par les chiens couronnés
    Qui se disputent ses derniers os
    Les dernières dentelles faites de peaux humaines
    Où es-tu le danseur des ruines
    L’homme au phonographe devant le mur béant
    L’enfant qui demande
    Madame, est-ce que je vais mourir ?
    Et qu’a-t on fait des tombes de mes Anciens
    Fleuries de sang et de poussière et de la bave noire des civilisés
    Où sont les corps des supplices, les preuves
    Où est la honte
    Où es-tu maintenant
    La mode, c’est ce qui se démode, 
    Personne ne crie plus
    Le défilé est terminé
    On travaille déjàà la prochaine collection

     

     

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    ALEXO XENIDIS

     

     

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    vince6

    Photographie Magnificent_ Entropy

    https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr

     


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  • 07/07/18--06:45: BRUNO ODILE...Extrait
  • Nous portons nos enfances jusqu’aux bords ruisselants de nos frontières. Des bouts de fils et de laine blanche tricotent ensemble des longs cordages extravagants. Nos candeurs exhalées dévisagent le monde et tirent la langue aux passants incongrus. Nous portons nos enfances comme le charretier conduit son attelage, se frayant un chemin parmi les ombres et les ravins. Nous détenons dans le regard toute la source de nos magnificences et c’est de ce reflux d’images, tantôt normales, tantôt subliminales, que nous extirpons des vagues mélangées à nos sables vierges pour pacifier nos humeurs.

    Pardonne-moi le givre coulant des feuilles, l’aube renâclant avant de s’apprêter et la nuit accrochée à d’immobiles objets de désir. Pardonne-moi le soleil tantôt devant, tantôt derrière la lune opiacée et puis la voix que je t’ai donné, la mitre posée sur ton regard et la fuite de mon corps dans l’espace douillet de la fraternité parentale. Pardonne-moi cette absence dilettante que je n’ai su dessaisir en moi, cet espace à combler quand bien même je l’aurais englouti. Pardonne-moi enfin, ma bouche remplie de galops, de roulements démembrés, de ce lien qui ne meurt pas malgré l’orage et la foudre, malgré la mémoire fragile et le cristal des convenances.     

    Mon enfance noyée sur le bout du chemin, je m’accroche à la tienne comme à un sabre jouant dans le vent. Oui, les chuchotements ont perdu leur venin, ils distribuent à présent un échange léger et dénué d'attentes ou de réponses. Qui pourrait troubler l’enchantement qui nous berce, nous sommes si loin du confort des hommes ? Et pourtant, nous ne sommes que cela : des hommes, deux enfants oubliés dans un coin, de la chair vive prétendument comestible. Nous grimpons à l’arbre de vie et dans les oliviers aux cernes allongées où retentissent les bruits des troupeaux de passage. Nous allons patiner à la source de nos racines, à la sève d’une fourberie tenace. Dans le noueux des plaies séculaires, l’ultime floraison revendique l’huile fruitière s’écoulant sur le rameau de nos cœurs émasculés.

    Je crois à l’opacité des courses, aux chemins solitaires, aux purs instants d’enchantement nous délivrant de la morsure primitive. Lorsque dans mes bras, tu fermais les yeux pour rejoindre je ne sais quel rêve grandissant, je sentais ton corps tout entier fondre comme un pli de neige entre deux sources. Le sommeil de l’enfant a ceci de particulier qu’il s’étoffe de rêves affolants et de doux cauchemars. La nuit n’est plus aussi noire et le jour n’éclaire pas vraiment les sentiers qui se perdent dans la colline. Ta tête posée sur mon épaule, j’entendais chanter la mer du cosmos berçant les étoiles dans ton ciel illuminé.

    Mon existence est un voyage accompli. L’éphémère diapason de la clarté attise le calme, le refuge providentiel et l’oubli. Pour conserver cette paix faite de lueurs douces, je soutiens mon refuge à bras portant et les portes closes. Une fleur, toute entière, dans sa graine germinale vient déposer ses espérances au présent. Un peu de soleil et d’eau croisent les lignes de l’infini et je reconnais bien là mes origines embryonnaires. La mémoire nue frissonne dans une vie calculée, aux erreurs oubliées et, cependant, qui va de l’avant vers l’inconnu.

    Bel oiseau, envolé de l’amour, tu es le cintre à mes pieds, l’horloge à mon cou et la recomposition de mon alchimie. Fais comme bon te semble, je suis là seulement pour tinter la cloche sous tes paupières tendres. Tu entends ma déchirure et elle commence à te parler du destin chaotique et de la fatalité comme une prescription de l’éclair. Ne te laisses pas faire ! Quoi qu’elle te dise : vas sur ton chemin cueillir les mimosas et les lavandes ne poussant que pour toi. N’écoute pas, non plus, les bacchanales de la vérité, elles ne savent rien de tes précipices. Aie le regard droit, transperçant toute chose et conduis-toi avec pour seule rigueur celle de l’épanouissement du désir envahissant tout. Ecime les bonnes intentions et dérobe-toi aux cheminements d’une pensée castratrice et revancharde. Ta vie, c’est toi !

    La beauté des signes réside de cet attachement qui s’effile, de cette ressemblance qui nous a réunis un instant et du sort solitaire embrassant tes pas. Je n’ai jamais aimé les obligations de ce monde. Je survis dans la mitoyenneté des peurs et des chutes providentielles. Je suis au fond de la durée comme un arbrisseau sur le bord d’un ravin. Le vertige n’a pas lieu, mes racines m’encâblent aux éléments nourriciers et je papillonne d’une enfance à l’autre sans jamais me fixer. Au loin, je regarde le banc de bois et de pierre sur lequel nous étions assis et où peut-être nos fantômes demeurent. Dans la mousse du temps, nous participons à la cohésion éphémère de la rixe grippant nos veines et chalutant nos devenirs.

    Laissons, si tu veux bien, courir l’eau vive et les cascades sauvageonnes. L’air que nous respirons est un défilé de mémoire invisible. Du haut de nos mémoires, nous contemplons nos ignorances et aucune tempête ne verse de larmes sur la hauteur des tombes lacustres. Il ne sert à rien de vouloir s’embrocher aux émeutes hurlantes à travers les mélancolies de la nuit. La vie t’a pris, elle t’a concédé le droit de poursuivre la route aux rythmes des phrases et des mots récités en chapelet sur l’horizon que tu enfourches comme une bête de somme. Tu vas et tu te déplaces dans l’analogie des danses lyriques t’invitant à aimer. Un instant, je t’ai cru incrusté aux lignes de mes mains, mais il n’en est rien. Tu voles et tu piailles comme une grive les soirs d’été et le ciel tout entier t’appartient.  

    Le rejet n’est pas une épreuve. Il claque dans le noir et s’évanouit dans la lumière. Tes mains sont devenues les notes du piano sur lesquelles, enfant, tu jouais de grandes symphonies luxuriantes. Quelques oiseaux blottis dans les broussailles se serrent contre tes rêves fraîchement dissipés. Je reste le père sur qui tu peux compter, l’homme bienveillant, l’être sûr et le confident approprié. Mon cœur lié au vivant ne désire rien d’autre qu’un alliage informel entre le passé et l’avenir. Et, tu t’arraches de moi, tu files et tu ne te retournes pas. Sans illusion, je m’accroche à la résonnance de tes pas. Dans l’évidence d’une solitude résolument calme, ma chair cède aux écorchures et mes rêves se fossilisent doucement.

     

     

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    BRUNO ODILE

     

     

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    bruno2


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    "Moi, j'aime. J'aime tant tout ce que j'aime ! Si tu savais comme j'embellis tout ce que j'aime, et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m'emplit ce que j'aime... C'est cela que je nomme le frôlement du bonheur. Le frôlement du bonheur... caresse impalpable... frisson mystérieux près de se fondre en larmes, angoisse légère que je cherche et qui m'atteint devant un cher paysage argenté de brouillard, devant un ciel où fleurit l'aube, sous le bois où l'automne souffle une haleine mûre et musquée... Tristesse voluptueuse des fins de jour, bondissement sans cause d'un cœur plus mobile que celui du chevreuil, tu es frôlement même du bonheur..."

     

     

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    COLETTE

     

     

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    PorteCoeur3,,


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  • 07/08/18--06:40: DERRIERE LA PORTE
  • Un jour sur terre, le swing de la misère
    Dégoulinant de l’étagère à ampères 
    Illuminera les dernières miettes
    Les restes d’un festin et les verres vides
    De la clémence enlacée en paupiettes
    Sur la table « nostre » dépitée de lipides
    Le flux du pain chaud aux rizières du pauvre
    Le combat du ventre chez le concierge du cri
    Des images flottent entre les dents du loup
    Ce n’est pas chez toi, mais chez les autres
    Ce n’est pas du blé, cela ne fait pas un pli 
    Des images flottent encore où l’hostie n’est plus 
    La souffrance efface la bouche à la morgue de l’élu 
    J’ai peur du crouton rassis posé sur la braise du rêve
    Et s’achèvent les souffles mal éteints dans cette trêve
    Où plus rien ne jaillit où plus rien n’est une maladie
    Je brandis le cercle de feu où jadis s’allumait la vie.

    Rien, il n’y a rien. Ce qui manque est confiné dans l’oubli et ce qui est présent s’oublie parmi le monde qui peuple l’univers. Rétréci à l’extrême, une part de nous-mêmes reste emballé dans les surprises du jour à venir. Et personne ne les voit ni ne les entend.

    Rien, pas même le vide pour compenser une solitude forcenée et tout à la fois désuète. Les regards juxtaposés évoquent un monde perdu. Les mains tendues expriment la quête éperdue. Le corps tout entier cherche l’aptitude nécessaire à l’obtention de l’absolu. La mie de nos sens tombe du ciel comme des parachutes multicolores que les astres rejettent de leurs espaces. Nous sommes ensemble et cependant dissociés.

    Nous marchons vers ceux qui n’existent plus et nous ne le savons pas. Notre ignorance est le berceau de ces remous qui nous bourlinguent à ne plus savoir ce qui est réel de ce qui ne l’est plus. L’exil sonne comme une cloche qui a perdu son tocsin. L’unité de soi résonne au fond du trou noir. Plus le rien se répand et plus notre chair ressent sa matérialité avec une intensité toute particulière.

    Chalandage de l’équivoque, tout et rien se multiplient comme des tags sur les murs noirs de l’incompréhension. Nous marchandons nos âmes sur le rideau des chiffrages offensés. Des nœuds de marins enserrent nos valeurs endémiques et nos rêves se mélangent aux cordes à linge de l’improbable. 
    A l’ode du jour, les itinéraires désespérés laissent place à l’Avenir. Seules dans la contrition, nos mémoires affamées conservent le souvenir d’harassantes solitudes. A la croisée des larmes et des sourires de joie, la vie qui a cédé laisse place à de nouveaux horizons. Demain ne cesse d’empirer sur de larges promesses sulfureuses. Le souffle chaud de nos aventures terrestres s’évade en de larges bouffés d’espoir. Parce que demain est un autre jour. Parce que demain est l’émancipation de toute surenchères immédiates. L’Avenir tient dans ses bras l’ombre de tous nos secrets. L’Avenir s’oppose aux lâcher-prises pulsionnels et s’offre à la réjouissance d’existence. Vivre s’insurge comme les flammes de la Saint-Jean claque les portes à la brutalité de l’hiver. Chacun se cherche dans cette humanité déshumanisée. Chacun s’apitoie sur son sort avant de pouvoir rompre la chaîne qui nous boulonne à un passé qui nous ne ressemble plus.

    Adieu ma terre fondatrice et mon jardin
    Adieu maison brûlante et joutes controversées
    J’ai jeté l’espoir par deçà la lampe d’Aladin 
    Pour enflammer l’horizon de son discrédit ouaté. 
    Tant que la haine et l’indifférence pactiseront 
    Pour taguer les bouquinistes de la lumière
    Pour pourfendre les joies spontanées 
    Crédulité et innocence des jours heureux s’enfuiront
    Avec les papillons et les lucioles manœuvrières.

    La joie fréquente les passerelles verdoyantes et les trajets phosphorescents qui inondent nos ciels brumeux les soirs de consternation. Pas de bouderies mesquines, pas de sillages entachés de grises mines ! L’émotion précède tout penchant au désarroi. Le sentiment d’exister plus haut que le simple fil des mortels nous ôte toute équivalence. Nous sommes oiseau sur les nuages chargés de grêle, nous sommes les voltigeurs rescapés du désastre, nous sommes les anges habités par le circonflexe des états d’âme. Minéral, la rivière emporte sur son chemin, les cristaux de nos Adn. Et, nous le savons instinctivement, il nous faudra creuser, creuser mille fois avant de retrouver un centième de ces pépites. Un pied sur chaque rive, nous tendrons nos bras et nos poings pour crier notre détresse conjurant le sort. La vie a plus d’un jeu dans son sac. Elle s’arbitrera de son élan combatif. Elle perdurera, seule, comme une jeune mère bravant la déroute et protégeant l’enfant logé dans ses bras.

     

     

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    BRUNO ODILE

    Tous droits réservés ©

    https://www.facebook.com/brunoodileauteur/posts/989745394523071

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    Najah Albukai2

    Oeuvre Najah Albukai

    Peintre Syrien

     

     

     


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  • 07/09/18--04:03: MA VIE
  • J'ai eu vingt ans et bientôt trente,

    les quarante ont suivi et aussi les cinquante,
    avec quelques unités pour perturber les comptes.
    J'ai lu des magazines qui parlaient de mes rides,
    de bouchers qui taillaient dans les bides
    et remontaient des seins à la file
    comme dans les usines pour les automobiles.
    Rester jeune, peu importe le prix !
    Info, intox, il paraît même que le botox...
    Alors, là, moi, j'dis stop.
    Remonter le temps? Avoir encore vingt ans ?
    Ça va pas, non ? Tu sais quoi ? J'ai pas le temps !

    Demain, dans un mois, dans un an,
    j'irai me balader pas très loin sur la plage
    et je ramasserai des galets arrondis
    que je colorierai aux couleurs du bonheur.
    Je lirai des légendes, écouterai des contes
    et puis les offrirai à qui voudra entendre.
    Je me ferai des amis, au hasard
    sur la toile, dans la rue ou au bar;
    on discutera jusqu'au bout de la nuit
    de la vie, de l'amour et de la mort aussi.

    Demain, dans un mois, dans un an,
    j'aurai les bras câlins de mes petits enfants
    à mon cou enroulés pour mieux me protéger.
    Mes enfants seront là et nous nous sourirons,
    heureux d'avoir su traverser sans sombrer
    les tempêtes, les naufrages et puis quelques orages.
    Il m'arrivera encore de chanter, de danser
    et de me régaler de gâteaux, de bonbons,
    de p'tits plats mijotés
    sans penser aux kilos ou bien à ma santé.

    Demain, dans un mois, dans un an,
    Je sortirai la nuit avec tous les hiboux
    et verrai le soleil sur la mer se lever.
    Je marcherai longtemps en goûtant le silence
    J'aimerai les odeurs de la mousse en automne
    et du foin en été
    et le chant des cigales et le soleil brûlant.
    J'écouterai toujours le malheur qui se plaint.
    J'éprouverai encore les bouffées de colère
    face à la bêtise et la haine étalées.
    Jamais ni l'injustice ni l'infamie je n'accepterai
    et lèverai en l'air, mon poing avec rage.

    Demain, dans un mois, dans un an...
    Et si la mort survient,
    car elle survient toujours, la garce,
    elle me trouvera debout, occupée et ridée.

     

     

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     MIREILLE BERGES

     

     

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    They-Key-to-Freedom2


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  • 07/09/18--09:59: BRUNO ODILE...Extrait
  • Le temps n’existe pas, n’existe plus. Il est une matière souple et non déterminée. L’heure humaine exauce l’espace dans lequel chacun se compte par le contenu de son énergie. Une multiplication de l’infini s’ouvre au bout de nos langues et se referme sous nos pas.

    Ainsi, nous habitons, tour à tour, les hautes et lointaines étoiles où le cœur va, en une fraction de secondes, de la lune jusqu’à la lumière intersidérale. Et l’on passe son temps à essayer de réconcilier l’angélique regard de l’enfant à celui du vieillard aguerri de mille et une turpitudes.

    Le vent se lève et sur la corde à linge des serviettes et des gants se balancent allégrement aux rythmes de ses vagues. Dans un recoin abrité où viennent s’asseoir quelques rayons de soleil, un rouge-gorge picore quelques friandises dans une touffe d’herbes. Tout semble plus ou moins paisible alors que le bulletin météo prévoit une pluie abondante pour l’après-midi. Comme Ulysse attaché au mât du navire, je préserve mon esprit de la tentation de croire que la journée va se dérouler telle qu’elle est annoncée. Ne serait-il pas fou de résorber la sensation immédiate en accordant plus d’importance à une prévision ? Instants de bonheur, je ne vous lâche pas, je suis tout entier à vos côtés.

    Tout ce qui nous arrache au bonheur que nous voudrions définitif nous saisit d’effroi. Cependant, je sais que celui qui a connu le bonheur une seule fois dans son existence est prédestinéà le rencontrer de nouveau. Parce que le bonheur est immuable, il va et il vient au gré des événements que nous traversons sans jamais disparaître pour toujours.

     

     

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    BRUNO ODILE

     

     

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    VINCE MAMMATUS2 

     Photographie Magnificent_Entropy

    https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr


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     Cette voix qui vient 
    de nulle part, comment faire, dites-moi, 
    pour ne pas l'entendre, toutes 
    les choses se sont tues, 
    d'abord les grandes, celles qui nous
    blessaient, puis les petites, 
    et c'est dans le silence de la nuit
    de l'âme, soudain la voix 
    comme un effroi puis comme une allégresse
    et puis la mort, simplement 

     

     

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    CLAUDE ESTEBAN

     

     

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    temps


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  • 07/10/18--01:09: MON CORPS ET MOI...Extrait
  •  Je ne recollerai pas les morceaux du souvenir.

    Le ciel craquelé des puzzles ne ressuscite point la féerie.

    Ce que je me suis rappelé ne m'a jamais donné l'impression de vie que par de nouveaux regrets suscités. Aussi, de tous les hommes, les plus tristes et les plus malheureux m'apparaissent ceux qui naquirent doués des meilleures mémoires. Ils ne triomphent point de la mort mais, par la plus inexorable fatalité, chaque transsubstantiation qu'ils essaient, au lieu de prolonger leur passé, tue leur présent. Victimes de leur insuffisance, ils vont, condamnés à ne rien voir du spectacle nouveau qu'ils négligent dans un docile espoir de recommencements, dont au reste nul ne leur saurait suffire.

    Pour moi, tout ce que j'ai appris, tout ce que j'ai vu, ne travaillera qu'à mon ennui et à mon dégoût, si quelque nouvel état ne me vaut l'oubli des détails antérieurs. Dès lors comment ne point baptiser ennemie une mémoire aux rappels obstinés?

    Et puis rien ne se peut exprimer de neuf ni d'heureux dans un chant déjà chanté. Les lettres, les mots, les phrases bornaient nos avenues, nos aventures. Lorsque je leur ai demandé de définir mon présent, ils l'ont martyrisé, déchiqueté.

    Bien plus, je n'avais recours à eux que parce que je doutais de ce présent.

    Et certes, lorsqu'il s'agit de parole ou d'écriture, l'affirmation prouve moins une certitude qu'un désir de certitude né de quelque doute au fond.

    Ce qui en moi fut indéniable, je n'ai jamais eu la tentation d'en faire part à qui que ce soit. Au contraire l'instable, l'inquiet exigent une proclamation. La pensée en mouvement ne désire rien plus que se figer dans une forme, car, de l'arrêt marqué, naît l'illusion de ce définitif dont la recherche est notre perpétuel tourment. Ainsi l'eau de la mer recueillie dans quelque bol se cristallisera, deviendra sel. Mais ce sel comment le confondre avec l'océan? S'il est tiré d'une masse livrée au tumulte des forces obscures, il ne nous appartient pas d'oublier que seule cette intervention, qui contraignit au repos son élément originel, lui permit de devenir ce qu'il est. Pour l'océan, je puis — usant d'une métaphore à tel point usée qu'elle possède enfin le mérite de n'être plus dangereuse par quelque pittoresque — le comparer à l'homme : je prétends qu'il ne doit vouer aucune reconnaissance à ces parois qui, faisant prisonnier un peu de lui, permettent à ce peu de se transformer. Ce qui revient à dire qu'un état premier se suffit à soi-même... et ne demande secours ni à la philosophie ni à la littérature. Il se subit et n'a d'autre expression qu'un chant affectif interne et sans syllabes. Ainsi, une page écrite à plume abattue, sans contrôle apparent de ces facultés domestiques, la raison, la conscience auxquelles nous préférons les fauves, sera, malgré tout, l'aboiement argotique et roublard, mais non le cri assez inattendu pour déchirer l'espace. Les mots appris sont les agents d'une police intellectuelle, d'une Rousse dont il ne nous est point possible d'abolir les effets. Effets bons ou mauvais?

    La logique, la réflexion n'existent que faute de mieux.

    Parce que certaine richesse qui faisait le lourd bonheur du sang et le poids de ce qui en nous est apte à percevoir et non à dire, parce que certaine richesse fut au long des siècles dilapidée, l'homme, en vengeance, a conçu l'amour des mots et celui des idées. C'est pourquoi, ce me semble, il faut dénoncer quelle faute de mieux fut, ce qui d'ailleurs continue à sembler aux moins indulgents, sujet du plus légitime orgueil. Au reste, par l'effet d'une loi d'aller et retour, sans quoi l'humanité serait trop vite arrivée au bout de son chemin, l'intelligence parvenue à certain point ne semble avoir rien d'autre à faire que son propre procès. Débats sans indulgence. Elle-même se condamne. Et c'est une telle tragédie qui met le plus profond désespoir dans la vie des plus audacieux et des plus francs.

    Spontanément spontanés, nous n'aurions aucune raison d'aimer la spontanéité, d'en faire l'éloge. Seul un être à l'instinct moribond enviera la brute. Joie des anémiques, des épuisés qui entendent expliquer les vestiges de leurs appétits par l'instinct vital. à la vérité ce qui importe, ce n'est point une explication, mais le triomphe subi de l'instinct vital lui-même.

    Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, parmi tant de plantes répétées, que monte enfin l'orgueil d'aujourd’hui. Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, ou bien arum dont les bords ourlés rendent, par leur voluptueuse innocence, plus terrifiante encore la couleur marécageuse d'une tige qui a pris pour elle seule les mauvais désirs de la terre. La fleur est si belle que, grâce à la joie des yeux, les narines commettent un abus de confiance et, bien qu'aucune odeur ne soit venue les griser, pensent que le nom n'est point arum mais arôme et qu'il fut justement donné.

    Arums et lys, affirmations bien présentes, luisez davantage pour exagérer votre force, votre séduction spontanées et nous faire mépriser définitivement ces petites boules d'un mimosa trop sec : nos souvenirs.

    Mémoire, mimosa. Mémoire mimosa. Joli titre pour une valse à jouer lorsque la vie boite et que la fenêtre est ouverte sur un jardin triste. Mimosa. Au plein midi nous avons penséà notre hiver. Nous avons voulu faire des provisions de soleil. Une plante s'offrait qui fut mise en panier. Aujourd’hui le ciel était lourd et pourtant il faisait froid. Nous avons cherchéà rappeler la lumière absente. Nous avons ouvert le panier. Mémoire, mimosa, mémoire, mimosa. Même la couleur s'est recroquevillée. Il n'y a plus de parfum, mais cette tristesse qui se respire, les jours de janvier, dans les salons de province. Mémoire, vos fleurs, votre mimosa sent le renfermé.

    Si je prends une branche, toutes les petites boules tombent, s'écrasent. Mémoires, vos lampions ne sont pas seulement lamentables mais fragiles aussi. Aucun n'éclaire, et la tige qui les assemble n'offre pas l'unité du lys ni celle de l'arum.

    Les moments antérieurs ne tiennent pas à la branche. J'ai dit que toutes ces petites boules jaunes qu'on avait prétendues d'or, j'ai dit que toutes les petites boules jaunes étaient tombées à terre. Les voici écrasées. Elles ont laissé de pauvres taches à mes doigts.

    Alors pourquoi sans cesse recommencer? Pourquoi vouloir — et de quel droit — habiller notre mémoire selon la mode hypocrite des autres hommes? Il ne faut pas réincarner ce que nous avons le mieux aimé.

    Si je prétends encore savoir, me rappeler, que restera-t-il, finalement, que restera-t-il devant la glace? Moi avec la tête lourde du point d'interrogation et sans même, entre ce moi et la glace, un halo doux pour voiler des traits que mon ennui, toujours, retrouve. Le halo doux, c'est quelque histoire, une histoire qui déjà n'est plus vraie et dont je ne puis déjà plus penser qu'elle l'ait jamais été. Mais, après la mémoire, avant l'oubli, c'est la paix et son clair brouillard, un voile à ne pas déchirer. Mes doigts saignent d'avoir compté des vertèbres, mes paumes sont meurtries d'avoir caressé des squelettes. Exactitude des os, des chairs molles, mais qui n'est pas la vérité. Les couleurs sont absentes, seules aptes à parfaire la résurrection. Il faut que la mémoire se taise, entremetteuse des jours de pluie. Elle a vendu, hypothéqué toute chair, l'humaine et celle aussi des fleurs qui furent de nos jardins secrets, tout cela pour une petite rente viagère qui ne peut rien contre l'ennui.

     

     

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    RENE CREVEL

     

     

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    Katia Chausheva4,

     Oeuvre Katia Chausheva

     


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  • 07/10/18--03:44: DAVID DIOP...Extrait
  • Aux gouvernements du monde...

     

    ...

    Le peuple que l’on traîne 

    Traîne et promène et déchaîne à travers les théâtres 

    électoraux 

    Le peuple que l’on jette en pâture 

    Dans les champs avides de boucherie 

    Le peuple qui se tait 

    Quand il doit hurler 

    Qui hurle quand il doit se taire 

    Le peuple lourd de siècle de servitude 

    Sur ses épaules de bon géant 

    Le peuple que l’on caresse 

    Comme le serpent caresse sa proie 

    Mais le peuple qui se soulève 

    Se redresse 

    Se cabre

    Le peuple qui saura se venger

     

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    DAVID DIOP

     

     

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    OSWALDO GUAYASAMIN4,,

    Oeuvre Oswaldo Guayasamin

     

     

     


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  • 07/10/18--07:41: AIR-POCALYPSE
  • Tu as pris le pouls de Océan
    tu perçois la palpitation des mers asphyxiées 
    Les courants marins se diluent
    dans la matière plastique qui dérive     Ô   Septième  Continent
    Les températures de l'air vicié
    virent à la surchauffe planétaire 
    l'incendie    le déluge 
    l'eau     le feu     les glaces       les particules accélérées
    alertent     altèrent  le Monde en Marche     Il n' y a jamais eu  d'évents aux Pôles


    Les décideurs   les  technocrates
    éminemment zélés
    en ont ainsi décidé      froidement 
    au(x) nom(s) du sacro-saint déséquilibre 
    des contes publics   de l'atome
    La dette     opportunément      en crise 
    légalise         uniformise et  banalise 
    la pauvreté        la précarité 
    L'exode  sourd      durable
    La civilisation  signe   en chiffres 
    le désordre    totalitaire   mondial

    Ne laisses-tu plus    aux ciels 
    de pointer ces étranges manifestations 
    qui ne sauraient tromper 
    le temps des rêves  
    les étendues ravagées    inondées 
    les racines animistes
    Combien  de  migrations s'annoncent 
    massives et climatiques

    Gabegies     vastes curées     incuries 
    les maîtres argentés     impudents alchimistes       sans légendes 
    leurs valets en cols blancs     depuis les  hémicycles bondés 
    trônent sur la mort  et la réclusion patentées
    aiguisent l'appêtit vorace 
    de la richesse affriolée et ses  atours affidés

    Le pillage des ressources  perdure     naturellement   
    décuple les termes d'un commerce sphérique  tentaculaire
    depuis la nuit des temps 
    commande aux affaires d'états
    àétats      aveugles 
    qui se placent    qui  pérennisent 
    l'exploitation du vivant  par le dominant
    Quelques minorités rayonnent en boucles
    à la solde du meilleur profit      de la cote en bourse atavique 

    De la mer      des Océans   vernissés de lune 
    par les clartés sidérales de l'azur   des  astres 
    pareil au petit Prince 
    en orbite autour 
    de Planète Bleue
    qui pleure       grandit 
    le désastre      le parjure      le vol organisé de    " Terre des Hommes "

    Les sens pourtant suffisent     humblement 
    décryptent et décèlent tout 
    des vents fous       turpides 
    des horizons turbides        des fumets
    aux fonds cristallins déjà trépassés 
    comme les étoiles
    Le verdict chute et  tranche 

    La forfaiture    le diktat   gardent le miasme en poupe
    chaque jour qui passe        défolie
    pille    massacre     chasse     souille     rejette
    gaspille    empoisonne     pollue 
    investit une grille de Civilisation 
    oeuvrant et  ouvrant  aux  soupiraux de l'enfer      loin de Dante
    sous couvert  de l'ultime roi       du parachute doré 

    Les bailleurs de fonds      les créanciers 
    temporisent       délaient 
    le mal perpétué   à travers les arcanes 
    du sursis    de la durée complaisante
    prônent un calcul insane 
    ne lâchent rien des crocs acérés 
    du privilège      de l' habitus 
    structurant le marasme
    arguant sans freins 
    d'une légitime et souveraine tutelle

     

     

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    CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

    http://marin56.canalblog.com/archives/2018/07/10/36551220.html

     

     

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    Oswaldo Guayasamin (11),,

    Oeuvre Oswaldo Guayasamin

     

     


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  • 07/11/18--01:28: VRAI LIEU...Extraits
  • Qu'une place soit faite à celui qui approche, 
    Personnage ayant froid et privé de maison. 
    Personnage tenté par le bruit d'une lampe, 
    Par le seuil éclairé d'une seule maison. 
    Et s'il reste recru d'angoisse et de fatigue, 
    Qu'on redise pour lui les mots de guérison. 
    Que faut-il à ce cœur qui n'était que silence ?


    ...


    Par la brièveté de la porte, vois 
    Le pain brûler sur la table. 
    Par le bois cloué mort dans la porte, 
    prends Mesure de la nuit qui couvre la terre. 
    Par le déchirement de la couleur, 
    Par le gémissement des gonds de la porte, sens 
    Se déjointer dans l'énigme du temps 
    L'être de la présence et de la promesse. 
    La nuit est prompte et lourde à retomber.

     

    .

     

     

    YVES BONNEFOY

     

     

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    antan


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    Anna Marta Maria Margherita !

    Cris des mères sur le seuil appelant marmaille à la volée, mains mouillées essuyées vite au tablier, appellent leurs fillettes en bande sur le chemin, poissées des myrtilles écrasées par poignées dans les bouches rieuses, lèvres barbouillées retroussées sur leurs dents inégales, pointues, jeunes renardes ensauvagées courent à toutes jambes vers le giron qui sent l’âtre et le lait, vers les mères inquiètes la voix rauque d’avoir tant appelé au soir les bras lourds de la lessive soulevée ruisselante des cuves tourbillonnantes de cendre, l’œil arrêté au bout du hameau, cillant dès les premiers rires qui fusent, l’éboulis des cailloux sous les petits talons, et quand déboulent les plus véloces, robes tâchées de jus et d’herbe mouillée, prêtes à gronder avec des caresses dans la gorge attrapent au passage les bras hâlés chacune les siens ni bonsoir ni rien referment leur bouche leur porte déjà reprises par les gestes qui les gouvernent quand la nuit tombe, d’un tournemain débarbouiller les visages un enfant au sein un autre dans les jupes, les dos portent le fardeau, les pieds portent la journée et bientôt l’homme entre les jambes, cet enfant éternel qui a peur de la nuit et son cri s’abat comme un poing sur le vide quand elles ferment les yeux peut-être saoules de fatigue ou bien les tiennent grands ouverts par habitude parce que toujours elles guettent ce qui vacille, aux aguets toujours, elles qui ont couru aussi sur les sentiers… ah les premières fraises premiers baisers à l’orée du bois, vite, vite avant que mère ne les gronde, dans la peur innommée de la première fois, vite oublié tout ça, peut-être une autre vie, Anna soror ! Toutes les mêmes Marta Maria Margherita, ces noms passés comme témoins au fil des ans, des ventres, à peine le temps de savoir ce qui arrive et c’est la nuit derrière les paupières closes. Toutes pareilles lèvres tirées comme un trait sur leur silence, bouche cousue et les yeux durs qui parlent à leur place, femmes de bois sec et de cris rentrés, raides dans la robe noire où on les a couchées.

     

     

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    ALBERTINE BENEDETTO

     

     

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    william-russell-flint-street,

    Oeuvre William Russel Flint

     

     


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  • 07/13/18--08:46: LA FRANCE EN MARCHE...
  • On leur augmente la CSG 
    On leur augmente le gaz, le carburant, les cigarettes 
    On leur augmente leur temps de travail 
    On leur diminue leurs APL
    On leur brade leur Sécu et leurs retraites 
    On leur piétine leurs droits du travail 
    On leur enchaîne leurs droits à l'expression 
    On leur dérembourse leurs médicaments 
    On les attaque de toute part et on les insulte
    MAIS ILS SONT CONTENTS, LA FRANCE EST EN FINALE...
    Finalement ils n'ont que ce qu'ils méritent...
    Pauvres moutons qui exultent en allant à l'abattoir...

     

     

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    NATHALIE LEIGNEL

     

     

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    PLAN MACRON,

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    PLAN PAUVRETE


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  • 07/14/18--00:25: ANA NON...Extraits
  • Ma solitude, c'est quatre lits où s'épanouissaient quatre corps d'hommes, jadis. Vides, les lits. Morts, les hommes. Ma solitude, c'est une barque blessée dans son corps , qui se dessèche au bord de la mer, barque désertée que n'accueille plus le salut des mouettes tous les petits matins de la joie du retour. Ma solitude, c'est ce nom heureux que je ne pourrai pas donner à mes petits-enfants, morts avant d'être nés. Ma solitude, c'est ce nom de grand-mère que je n'entendrai jamais, sauf dans le trou noir de mes rêves.

    ...

    La main qu'elle tend vers la charité n'est pas sa main. Caressée par les mains fortes de son mari, elle avait mis au monde trois autres paires de mains, fortes elles aussi, qui auraient su toujours porter à sa bouche le pain du travail, garnir ses poches de l'argent nécessaire pour se procurer le feu et les chaussures, le lit de la nuit et la lumière du jour. Mais la guerre a amputé ces prodigues mains d'hommes. La main qu'elle tend maintenant lui a été greffée par la guerre. La fière Ana non n'a pas une âme de mendiante. Sans cette amputation sa main aurait continué de confectionner les filets pour ses hommes de mer.

    ...

     

    Quatre noms à prononcer : Pedro, Juan, José, Jésus, à modeler dans sa bouche comme quatre globes terrestres, à articuler selon ses humeurs, avec amour ou colère, et d'un seul coup, plus personne à appeler, plus rien à dire. Trente ans de silence, au jour, à l'heure, à la minute près. Trente ans de nuits. Bien sûr, elle disait bonjour et au revoir, que c'est gentil à vous et merci bien. Mais ça, ce n'est pas parler. C'est aggraver le silence.

     

    ...

    La neige se remet à tomber, sereine, fidèle, enveloppant dans son suaire le cadavre d’une femme nommée Ana Paücha, soixante et quinze ans, qui fut épouse, mère et veuve de quatre hommes Paücha, fauchés par la guerre civile espagnole et ses prisons de la haine. Nulle pierre tombale ne perpétue ces cinq noms : 
    Ana Paücha
    Pedro Paücha
    Jose Paücha
    Juan Paücha
    Jesus Paücha dit le « petit »
    Nul œil ne les pleure.
    Nul mémoire n’en garde trace.
    Ce ne sont que les noms de cinq saints sans église. Des anti-noms.
    Des non.

     

     

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    AGUSTIN GOMEZ ARCOS

     

     

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    ana non2

     

     

     


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    Ombres minuscules sur la blancheur du mur 
    labyrinthe éphémère 
    de l’instant 

    nous avons besoin de la mer 
    non pour laver nos oreilles 
    mais pour plonger dans les confins 
    des profondeurs 
    les yeux fermés sous l’eau 
    de notre soif 
    au milieu du bleu 

    le corps dressé par l’éphémère 
    le regard aiguisé par le lointain 

    nous avons besoin de la mer 
    pour renaître 
    sur la plage 
    à l’ombre d’un murmure 
    en fleur 

    la matière de nos paroles 
    est la lumière 
    la matière de notre connaissance 
    est le néant 
    la lumière du regard 
    habite le poème 
    comme la danse d’une abeille apprivoisée 
    l’intérieur d’une bulle 
    transparente 
    irisée 

    je la lève dans ma main 
    je la porte avec moi 
    vers le soleil 
    je prend soin de sa peur 
    et de son envie de s’envoler 
    vers 
    nulle part 

    une abeille 
    comme un poème 
    égaré 
    dans le coin d’un miroir maison 
    pont ou bateau de terre cuite creuset lumière de la parole calcinée 
    au milieu de la galaxie 
    nous sommes les dissidents de la ville disparue 
    à l’écoute de l’au-delà d’ici 
    ici et là-bas mais seulement peut-être 
    ici et là-bas 

    je m’approche du chant de la sirène 
    sur la pointe des pieds 
    je la touche avec la pointe de ma langue 
    je caresse la pointe de ses seins 
    et de ses lèvres 
    vous les heureux 
    vous les démons 

    je vous parle d’ un cri antérieur à la bouche d’un regard antérieur à la lumière d’un visage antérieur à la naissance de mes lèvres 
    modelés dans la boue du paradis je vous parle de l’amour à l’état sauvage 
    semblable aux cristaux 
    arrachés aux mines du midi 

     

     

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    LUIS MIZON

     

     

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    thami benkirane,

    Photographie Thami Benkirane

    https://benkiranet.aminus3.com/


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    Comment dire l’amour

    le temps de l’amour

    la fin de l’amour

    comment éclairer les temps lumineux

    et ne pas tricher sur les défaites les oublis

    comment dire l’amour

    le temps de la tempête

    l’amour qui voyage

    qui rend à l’enfance

    comment dire ce qui rugit

    ce qui rougit

    ce qui cache

    ce qui éclaire le visage

    transperce le regard

    comment dire l’amour qui se partage

    qui se disloque

    qui se reloque

    qui s’oublie

    comment dire la parole qui bégaye

    l’interrogation des mains des yeux

    comment nourrir la prière

    comment saisir la friche sombre et les caresses inachevées

    comment l’amour s’écrit-il sur la pierre

    sur le lit d’amertume

    sur le froissement des éponges

    sur le sable trop grinçant

    comment ne pas tricher avec des mots

    trop faméliques trop tendres trop raides trop froids trop rêches

    comment dire les corps ensevelis noués de sueurs

    les effleurements des oiseaux blancs ou sombres

    comment dire l’impalpable étrangeté

    l’irraison continue

    la terreur narquoise

    comment dire l’amour dans sa langue

    dans ses voix

    dans ses cris

    comment dire l’amour dans son ingratitude

    dans sa mort

    dans sa coupure

    comment dire l’entaille du monde qui sépare depuis toujours

    comment dire l’hantise de l’amour

    le verbe muet

    le graffiti fortuit et les murs d’innocence

    comment dire encore

    comment le dire et pourquoi

    et pour qui et alors et aussi et pourtant

    comment le dire et le redire le cracher le recracher

    comment le marmonner

    comment le susurrer le satiner

    comment dire l’indicible éclat du jour que chacun un jour

    comment dire le poème de tous les poèmes

    de tous les jours

    de toutes les vies

    comment dire et le redire et pour commencer .

     

     

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    GERMAIN ROESZ

     

     

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    mohamed jaamati2

    Oeuvre Mohamed Jaâmati


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    Des brins de paille dans les cheveux 
    nos cris et ceux des hirondelles 
    frôlant les champs de lavande 
    dans la lourdeur de l'air 

    tant de chaleur tant de secrets 
    les cachettes du buis 
    le froid de l'arrosoir sur les lèvres 
    et les grelots des chèvres le soir 
    à la même heure sur les mêmes chemins 

    on serre contre soi 
    ces images sans serrure 
    comme on vole 
    une fleur sur un talus 

    ...


    Nos demeures s'attardent en nous 
    longtemps après notre départ 

    leur odeur la couleur des murs 
    le réconfort des lampes 

    jusqu'à leur manière singulière 
    d'accueillir les voix 
    qui montaient de la cour 

    elles gardent l'écho des cœurs 

     

    .

     

     

    MIREILLE FARGIER CARUSO

     

     

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    THAM30,

    Photographie Thami Benkirane

    https://benkiranet.aminus3.com/


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