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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 07/27/18--13:51: ALDA MERINI...Extrait
  • Puis faites l'amour.
    Pas de sexe, juste de l'amour.
    C'est ce que je veux dire.
    Les baisers lents sur la bouche,
    Sur le cou,
    Sur le ventre,
    Sur le dos,
    Les morsures sur les lèvres,
    Les mains tressées,
    Et les yeux dans les yeux.
    Je veux dire des câlins si serrés.
    Pour devenir une seule chose,
    Des corps piégés et des âmes en collision,
    Caresses sur les rayures,
    Des vêtements enlevés avec les peurs,
    Bisous sur les faiblesses,
    Sur les signes d'une vie
    Que jusqu'à ce moment
    C'était un peu fané.
    Je veux dire des doigts sur les corps,
    Créer des constellations,
    Inhaler des parfums,
    Des cœurs qui battent ensemble,
    Respirations qui voyagent
    Au même rythme.
    Et puis des sourires,
    Sincères après un peu
    Qu'ils ne l'étaient plus.
    Voilà.
    Faites l'amour et n'ayez pas honte,
    Parce que l'amour c'est de l'art,
    Et vous les chefs-D'œuvre.

     

    .

     

     

    ALDA MERINI

     

     

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    Margarita-Sikorskaia-1968

     

    Oeuvre Margarita Sikorskaia

     


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    Là de tous côtés les fleurs sans avoir eu d’autre jardinier que la nature respirent une haleine si douce, quoique sauvage, qu’elle réveille et satisfait l’odorat ; là l’incarnat d’une rose sur l’églantier, et l’azur éclatant d’une violette sous des ronces, ne laissant point de liberté pour le choix, font juger qu’elles sont toutes deux plus belles l’une que l’autre ; là le printemps compose toutes les saisons ; là ne germe point de plante vénéneuse que sa naissance ne trahisse sa conversation ; là les ruisseaux par un agréable murmure racontent leurs voyages aux cailloux ; là mille petites gosiers emplumés font retentir la forêt au bruit de leurs mélodieuses chansons ; et la trémoussante assemblée de ces divins musiciens est si générale, qu’il semble que chaque feuille dans le bois ait pris la langue et la figure d’un rossignol ; l’Echo prend tant de plaisir à leurs airs, qu’on dirait à les lui entendre répéter, qu’elle ait envie de les apprendre.
    A côté de ce bois se voient deux prairies, dont le vert-gai continu fait une émeraude à perte de vue. Le mélange confus des peintures que le printemps attache à cent petites fleurs en égare les nuances l’une dans l’autre avec une si agréable confusion, qu’on ne sait si ces fleurs agitées par un doux zéphyr courent plutôt après elles-mêmes, qu’elles ne fuient pour échapper aux caresses de ce vent folâtre. On prendrait même cette prairie pour un océan, à cause qu’elle est comme une mer qui n’offre point de rivage, en sorte que mon œil épouvanté d’avoir couru si loin sans découvrir le bord y envoyait vitement ma pensée ; et ma pensée doutant que ce fût l’extrémité du monde se voulait persuader que des lieux si charmants avaient peut-être forcé le ciel de se joindre à la terre. Au milieu d’un tapis si vaste et si plaisant, court à bouillons d’argent une fontaine rustique qui couronne ses bords d’un gazon émaillé de bassinets, de violettes, et de cent autres petites fleurs, qui semblent se presser à qui s’y mirera la première : elle est encore au berceau, car elle ne vient que de naître, et sa face jeune et polie ne montre pas seulement une ride. Les grands cercles qu’elle promène en revenant mille fois sur soi-même montrent que c’est bien à regret qu’elle sort de son pays natal ; et comme si elle eût été honteuse de se voir caressée auprès de sa mère, elle repoussa en murmurant ma main qui la voulait toucher. Les animaux qui s’y venaient désaltérer, plus raisonnables que ceux de notre monde, témoignaient être surpris de voir qu’il faisait grand jour vers l’horizon, pendant qu’ils regardaient le soleil aux antipodes, et n’osaient se pencher sur le bord, de crainte qu’ils avaient de tomber au firmament.

     

     

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    SAVINIEN DE CYRANO, dit DE BERGERAC

    1619-1655 

     

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    marc guillaumat

    Oeuvre Marc Guillaumat

     

     

     


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    Merci à Elham Bussière

     

    La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
    Elle ne peut se trahir, sauf àêtre falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

    La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.

    De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière."

     

     

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    ANNE DUFOURMENTELLE

     

     

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    anne durfourmentelle2

    Anne Dufourmantelle


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    Cette main doucement posée sur ton épaule,
    ces pas dans l'escalier,
    les craquements du plancher,
    ce bol vide sur la table du matin, 
    ces bribes du passé, 
    ces miettes au festin des oiseaux ;

    La fenêtre fermée, la porte qui grince, 
    le froid à l'intérieur. Le soleil n'entre pas, 
    hésite au seuil du silence.
    Il connaissait une chanson, le vent l'a perdue loin ;

    La marjolaine et le genêt, l'été absent.
    La vieille pendule à plus d'heure, comme toi
    sans sommeil.

    Ta maison, ce cœur en arrêt.

     

     

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    ANNE MARGUERITE MILLELIRI

     

     

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    #grime_nation
#jj_urbex #decay
#bando_hunters #urbexing
#bandorebelz #abandonedhouse #urbexpleople #renegade_abandoned
#urbex #urbex_disciple
#urbexdecay #decayedplaces #urbxtreme #urbextop #itsabandoned #wayne_1313 #urbexer #decay_nation #urbexlady
#lostspot #lostplaces #ruins #urbexutopia #abandonedplaces #againstvandalism
#urbexworld #urbex_supreme #urbex_europe_pictures
@wayne_1313 @jj_urbex_ 

    Photographie Magnificent_Entropy

    https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr

     

     

     

     


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  • 07/30/18--14:25: LE CORPS UTOPIQUE...Extrait
  • Or, si l'on songe que l'image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible, et que nous ne pourrons jamais être là où sera notre cadavre, si l'on songe que le miroir et le cadavre sont eux-mêmes dans un un invincible ailleurs, alors on découvre que seules des utopies peuvent refermer sur elles mêmes et cacher un instant l'utopie profonde et souveraine de notre corps. Peut-être faudrait-il dire aussi que faire l'amour, c'est sentir son corps se refermer sur soi, c'est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa densité, entre les mains de l'autre. Sous les doigts de l'autre qui vous parcourent, toutes les parts invisibles de votre corps se mettent à exister, contre les lèvres de l'autre les vôtres deviennent sensibles, devant ses yeux mi-clos votre visage acquiert une certitude, il y a un regard enfin pour voir vos paupières fermées. L'amour, lui aussi, comme le miroir et comme la mort, apaise l'utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l'enferme comme dans une boîte, il la clôt et il la scelle. C'est pourquoi il est si proche parent de l'illusion du miroir et de la menace de la mort ; et si malgré ces deux figures périlleuses qui l'entourent, on aime tant faire l'amour, c'est parce que dans l'amour le corps est ici.

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    MICHEL FOUCAULT

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    Oeuvre Margarita Sikorskaia


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  • 07/31/18--11:41: ANTOINE DE SAINT-EXUPERY
  • Il y a tout juste 73 ans, ce 31 juillet,
    Le petit prince Antoine de Saint-Exupéry,
    Profitant, je crois bien, d'une migration d'oies sauvages,
    Rejoignait, son mouton sous le bras, sa petite planète et sa rose.

    Il avait raconté ce départ, quelques années auparavant,
    Dans un livre qui n'est pas vraiment un livre
    Mais plutôt une sorte de missive, à la fois amère et joyeuse, 
    Adressée à l’enfant qu’il était resté
    Pour s'encourager malgré tout à croire, à aimer et à sourire à la vie jusqu'au bout.

    Il en avait suffisamment appris sur les adultes en parcourant le monde :
    Il les avait observés sur toutes sortes de planètes étroites, 
    Peuplées de leurs étranges habitants solitaires et ennuyeux comme des robots.

    Loin de leurs consignes et de leurs devoirs,
    Il cherchait pour lui une autre mélodie, une couleur, un parfum, un silence,
    Une origine peut-être ou une autre naissance,
    Qui seraient à la fois de ce monde sans en être tout à fait cependant...

    Une ligne de poésie pure 
    Une présence étoilée 
    Un amour solaire
    Une tendresse sans prise
    Une familiarité de chaque instant avec la mort
    Un désert habité

    Il demeure ainsi à jamais
    Comme le Chant d'une enfance indomptée, 
    Ouvrant en chacun de nous
    La voie de l'intime et du Poème.

    Voie de gratuité absolue,
    Dénuée de toute utilité, 
    Libre de toute attache,
    Poreuse à la fraternité et à l'amitié,
    Sûre comme un puits retrouvé 
    Dans la chaleur des sables,
    Une source unique,
    Intarissable comme un Amour enfin apprivoisé.

     

     

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    JEANE LAVOUE
    www.enfancedesarbres.com

     

     

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    le petit prince


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  • 08/01/18--08:05: RAYUELA...Extrait
  • Je touche tes lèvres, je touche d’un doigt le bord de tes lèvres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s’entrouvrait pour la première fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer, je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine. Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvements vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort est instantanée et belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

     

    .

     

     

    Toco tu boca, con un dedo toco el borde de tu boca, voy dibujándola como si saliera de mi mano, como si por primera vez tu boca se entreabriera, y me basta cerrar los ojos para deshacerlo todo y recomenzar, hago nacer cada vez la boca que deseo, la boca que mi mano elige y te dibuja en la cara, una boca elegida entre todas, con soberana libertad elegida por mí para dibujarla con mi mano en tu cara, y que por un azar que no busco comprender coincide exactamente con tu boca que sonríe por debajo de la que mi mano te dibuja. Me miras, de cerca me miras, cada vez más de cerca y entonces jugamos al cíclope, nos miramos cada vez más de cerca y los ojos se agrandan, se acercan entre sí, se superponen y los cíclopes se miran, respirando confundidos, las bocas se encuentran y luchan tibiamente, mordiéndose con los labios, apoyando apenas la lengua en los dientes, jugando en sus recintos donde un aire pesado va y viene con perfume viejo y un silencio. Entonces mis manos buscan hundirse en tu pelo, acariciar lentamente la profundidad de tu pelo mientras nos besamos como si tuviéramos la boca llena de flores o de peces, de movimientos vivos, de fragancia oscura. Y si nos mordemos el dolor es dulce, y si nos ahogamos en un breve y terrible absorber simultáneo de aliento, esa instantánea muerte es bella. Y hay una sola saliva y un solo sabor a fruta madura, y yo te siento temblar contra mí como una luna en el agua.

     



    .

     

     

     


    JULIO CORTAZAR

     

     

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    gustav klimt2

     

    Oeuvre Gustav Klimt


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    ../..

    Nous nous sommes dévêtus des bourrasques anciennes

    qui coiffaient le petit chemin Saint-Georges

    que nous empruntions pour nous rendre à l’école.

    Nos pas d’écoliers ressemblaient à 

    une farandole et nos craintes de la maîtresse

    se déboutonnaient sur ce parcours.

    Petit chemin bordé d’arbres et d’herbes fraîches,

    nos cartables sur le dos

    et nos mains liées à nos sourires complices.

    Toi, soleil ébouriffé de lumière,

    tu réchauffais le goudron

    encore humide de la nuit nonchalante qui l’avait bercée.

    Déjàà cet âge enfantin, tu m’accompagnais vers la découverte.

    Toujours cet écho et sa source invisible.

    Chair de poule intarissable.

    Mon enfance engoncée dans la manche du gilet,

    je te tends la main.

    Tu flottes encore dans le bain de lavande

    où tes yeux fument comme un mégot mal éteint.

    J’ai toujours trop vécu dans le corset de tes yeux.

    J’étais une fleur dans ton regard.

     

    ../..

    .

     

     love-story-children-


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    Les mains sont-elles vides, quand personne
    n’est plus là pour les guider ? Elles se tendent,
    se tordent, se cassent, vouées à l’impuissance.
    Nous regrettons les beaux hivers que la neige attise
    entre deux tempêtes, les nuits nous semblent identiques,
    qui s’accumulent. Nous appelons « les morts »
    ceux qui nous ont aimés dès qu’ils échappent à la vue, 
    nous les mettons un peu plus à l’écart.
    Pourquoi nous auraient-ils abandonnés ?
    Nous seuls les trahissons, aucun langage 
    n’évite de mentir, aucun ne nous permet de dire
    « amour ». Quels gestes, puis à leurs confins
    quelles phrases libres, puis quel silence sans frontière
    certifieraient que nous appartenons au même espace ?

     

    .

     

     

    PIERRE DHAINAUT

     

     

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    vince2

    Photographie © magnificent_entropy

    https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr


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  • 08/04/18--09:01: LA RENOUEE...Extrait
  • Je dois mettre en garde mes petites filles.
    Je leur dis méfiez-vous du gouffre et du manque.
    Mais ne craignez la solitude.
    Les hommes vous cherchent avec leurs filets. 
    Poissons ou papillons ils sauront bien vous surprendre. 
    Ils iront jusque dans les fontaines tendre leur piège et vous braconner.
    Rien ne les arrêtera soyez-en sûres mes petites
    mes douces. 
    Quand vous serez captives vous perdrez vos écailles
    vos couleurs
    la douceur de vos yeux
    vous deviendrez belles comme des femmes heureuses.
    Plus jamais vous ne dormirez parmi les enfants Apases.

    Les enfants Apases sont de drôles de bêtes.
    Ils regardent sans cesse la mer et attendent d’elle 
    tout à la fois le départ 
    et l’éternel retour.
    Ils pensent toujours qu’ailleurs l’herbe est plus verte plus douce. 
    Ils peuvent distinguer un pré vaste et venteux en pleine mer
    pour y dormir.
    Oui les enfants Apases accostent en pleine mer
    pour manger des biscuits
    faire des bouquets
    se rouler dans l’herbe et s’endormir.

    Ainsi plus jamais vous ne serez parmi eux 
    quand les filets des hommes seront tombés sur vous. 
    Souvenez-vous mes fillettes car finira par arriver une tristesse douce
    nuancée et fine que jamais vous ne saurez dire ni expliquer

    Je suis une femme et toute chose accolée à mon nom porte un petit « e ».
    J’aime bien ce petit « e » qui ferme le nom des filles
    des femmes
    et des femelles.
    Cette boucle fermée sur elle-même 
    qui veille là 
    comme un coquillage et protège la chair vivante.
    Une sorte de petit loquet qui s’entrouvre 
    pour nous trouver intactes
    entièrement nous derrière les mots qui nous disent. 
    Sauras-tu soulever légèrement le petit « e » de mon genre 
    pour me voir nue derrière la porte ?
    Je veux croire chaque jour que mon petit « e » me protège des dégâts.
    Quand je suis debout
    il se tient derrière mon visage
    une sorte de flocon incertain qui passe dans mes yeux 
    quand je suis prête à me rendre au chaos. 
    Il y a dans mon « e » mes deux déterminations la biologique 
    et la volontaire. 
    Quand les questions ont la dent dure
    je sors ma canine
    mon piochon
    ma voyelle pour creuser plus avant
    pour résoudre les énigmes.

     

     

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    MARIE HUOT

     

     

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    Goxwa Borg

    Oeuvre Goxwa Borg

     


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    Je vote pour la démocratie subtile des fleurs ayant ton violet
    Ou pourpre et, parmi les familles éligibles, deux ont ma préférence. 
    Qui sont la pivoine, le lupin, que leur humilité nordique protège.
    A la première j’attache l'apprêt d'un seau en fer blanc mal émaillé, 
    Quelque part sur un marché de plein vent, la rive d'une rivière 
    Se ramifiant au pied d'une cathédrale gothique comme l'artichaut. 
    Dans la poussière de brume d’un contre-jour vaporisant en bleu 
    Sa bouillie bordelaise sur le légume essentiel, la pivoine s'efface, 
    L’anonymat buissonne écran de feuilles autour de sa timidité, 
    Tout à l'heure on l'aimera pour son évocation de la sainte pluie. 
    C'est une fleur catholique, c'est à dire moins hautaine que la rose, 
    Jamais quintessentiellement rouge, qui arrondit la tête les joues, 
    Contenant une plénitude de rires qu'elle ne laisse pas éclater.
    On n'attend pas de la rose qu'elle soit drôle. De la pivoine, si.
    Je l'achèterai contre billet bleu pastel montrant Quentin Latour. 
    Pour éponger ses tiges, l'encre d'imprimerie d'un quotidien local 
    Prêtera ses références patriotiques étroites jusqu'à la dérision. 
    Elle, aisément les dépassant, affirmera le sang qui afflue à la vie, 
    Qui monte aux pommettes ou coule aux cuisses des femmes,
    Avec droiture simple et plus de discrétion qu'il n'est dit ici.
    Proche par choix, cueilli au même marché avec un second Latour 
    Non moins monétairement faible mais plus juste encore de pastel, 
    Le lupin lui fera escorte. Quasiment obscène par sa raideur, 
    Quoique l'argile ou les tempêtes de Mai lui donnent de l'inflexion, 
    C'est nervure trop sûre d’elle-même que ses fleurs humanisent 
    Ou plutôt, vous me comprendrez, qu'elles anthologisent en fleur. 
    On cueille le ciel avec le lupin, les autres proviennent de la terre,
    Dont ils ou elles tirent leur couleur, lui va aux sources de la pluie. 
    Il y a bu, il y boit, il y boira jusqu'à ce qu'il ait absorbé son eau. 
    Son violet invisible qui se transforme en rose léger au couchant. 
    L'aquarelle est l'art du lupin mais aucun jeu avec le blanc Canson 
    Ne rendra l'émouvante densité poivrée de ses grappes et hampes. 
    Ailleurs, là où la circularité de la communauté humaine se distend, 
    Faisant hypocritement place à la société des plantes industrielles, 
    Commence le massacre. Les fleurs, alors, deviennent un prétexte, 
    L'océan des huiles qu'on voit moutonner dans une plaine de colza 
    Tiendrait dans quelques saladiers. Rétraction, le quantitatif. 
    La fleur nous aide à affiner nos gestes aussi bien qu'à les élargir. 
    L'amplitude qui ramène par apparence d'égoïsme le parfum à soi. 
    Prélude à l'intimité du don. La fleur est distance juste du vivre.

     

    .

     

     

    JACQUES DARRAS

     

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    pivoine et lupin

     


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    En chantant
    on se sépare
    sans bouger les lèvres
    de ce qui nous embrasse
    car nous avons faim d'avoir faim
    et nous vengeons le vent
    d'être la feuille
    qu'il n'a pas choisi
    de faire tomber

    En jetant
    nos yeux dans le ciel
    nous voyons l'infini
    marcher comme un mendiant aveugle

    La nuit lui donne parfois
    et avant nous
    la monnaie d’une étoile

     

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    SERGE PEY

     

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  • 08/05/18--06:01: LA VENUE...Extrait

  • J'aime les jardins quand ils sont silencieux,
    Éventuellement décorés d'une rose
    Ou d'un merle en dessous du laurier ; quand les hêtres
    Deviennent roux et les bouleaux dorés. Ne dites
    Pas ce qu'à vos yeux sont la nature et l'esprit ;
    Écoutez le silence où se fait la musique
    Sans prétendre y figurer vos impressions.
    Entre nous et le ciel il y a les nuages,
    La plume de ceux qui volent sous les étoiles
    Se nourrissant des saisons du soleil. Nos pas
    Ne laissent pas d'empreinte où nous posons le pied,
    Tel est le propos des muses qui ont laissé
    Derrière elles un vide inoccupé que rien
    Plus ne convoite à l'heure où la lumière tombe.

     

     

    .

     

     

    ROBERT MARTEAU

     

     

     

    .

    38404712

     Artiste ?


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  • 08/05/18--06:30: L'ÂME DU VIOLON
  • Pour le quatuor à cordes Con Tempo

     



    « Sa sonorité venait de l'âme -
    elle était fabriquée avec un os d'oiseau. »
    Dit un musicien du violon de son ami,
    celui sur lequel tant
    d'airs bien formés
    ont été tournés et joués.

    En français on l'appelle l'âme,
    l'âme de l'instrument ;
    à Crémone, lorsque le maître luthier
    rapporta une provision de bois qui avait crû lentement
    dans les hautes Alpes
    pour le façonner sur ses moules,
    on l'appela anima -

    Une cheville en bois ronde
    fut placée avec soin à l'intérieur de l'instrument,
    presque sous le chevalet,
    pour écarter dos et ventre,
    pour récolter chaque vibration des cordes,
    chaque montée et descente du poignet de l'archet,
    pour porter tout ce qu'il y a en nous d'envol,
    à travers les bois de l'instrument.

     

     

    .

     

     

    MOYA CANNON

     

     

    .

    violon2


    0 0
  • 08/05/18--10:56: BRIGITTE BROC...Extrait
  • Ce soir d’été,
    Epicé jusqu’à la moindre ramure,
    Dégouline, ivre et lourd,
    Dans la gorge 
    Des dernières roses.

    L’allée, solitaire,
    Caracole entre les cyprès
    Et va se perdre,
    De l’autre côté du mur,
    Là où la mer
    Invente ses vagues.

    Aller au cœur de la 
    Vieille nuit,
    Douce et fidèle compagne,
    La saisir à pleine peau,
    Fouiller son bois,
    Jusqu’à l’aubier.

    A force d’entêtement,
    De ciel blessé par
    D’impossibles paroles,
    De tout ce bleu qui
    Ne demande qu’à déborder,

    Elle est venue.

    Devant les cris tombés
    Au seuil de la maison,

    Elle s’est mise nue,
    A courbé son sang 
    Pour en faire une treille,
    A bercé les bouches blessées.

    La vieille nuit est femme
    Qui érode ses mains
    Au lavoir du temps.

    La vieille nuit est femme
    Qui libère les eaux.

    Sous ses paupières
    Éclosent les astres.

    L’Enfance, trémière,
    A jamais refleurit.

     

     

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    BRIGITTE BROC

     

     

     

     

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    Goxwa Borg - Tutt3

    Oeuvre Goxwa Borg

     

     

     

     


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    Sentir que la mer, son appel lancinant, est le seul vrai terreau mélodique et rythmique.

    Aimer que, chaque fois, elle nous ramène, soudain plus vivants, à l'origine des sons et des larmes.

    Prendre le pouls de la mer, c'est prendre le pouls du cosmos et peut-être de la musique des sphères. Faire un retour au plus intense réservoir de sons sacrés du monde.

    On le pressent le jour, quand le soleil fait la roue du paon sur la plage, parmi le marmonnement des vagues, et que l'archet des hauts mâts fait vibrer la ligne mate de l'horizon.

    Mais on le sent encore plus à la tombée du soir, quand on est au bord de l'eau et des ténèbres de l'être, presque dans le noir, et que l'âme saute à cloche-pied dans le blanc de l'écume pour s'y laver. Alors on entend la sonorité de la mer en son tréfonds.

    La mer est l'utopie de toute musique, de toute poésie. Même au sommet extatique d'elles-mêmes, elles n'atteignent jamais, quoi ? — Son flux et son reflux. Sa psalmodie. Sa scansion. Son silence qui tremble entre deux arpèges sourds de l’écume. 

    La mer pour extrême onction. 

    Seule la leçon de musique de la mer fait monter les larmes aux yeux des mots. 

     

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    MICHELE FINCK

     

     

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    francoise suzanne2,

    Oeuvre Françoise Suzanne


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  • 08/05/18--06:43: LE DRAP DEPLIE...Extrait
  • Le jour dans ma paume
    éclairée d’oiseaux
    approfondie dans un couvent de branches
    par le pain
    l’aile en prière sur la bouche
    de qui n’est plus rien
    qu’un souffle 

     

    ...

     

    Ne penser qu’à la lumière

    d’écrire
    et vivre        un chemin
    dans les herbes

    de n’être rien
    sans l’oiseau


    d’aimer

     

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    THIERRY METZ

     

     

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    goxwa

     

    Oeuvre  Fresque romaine

     


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  • 08/06/18--04:12: CONSTRUCTION FRAGILE
  •  

    Couds à larges points
    De bord à bord de la Méditerranée
    Des fils pour funambules et des passerelles
    Femelles des passereaux qui volent bienheureux
    Des chemins de corde et de sacs des sentiers
    Où l’on va à pied sec du cœur de l’Afrique rayonnante
    A mon cœur exilé et à mes bras ouverts
    Venez ! Venez, pour que je parte
    Puisque vous arrivez de là d’où nous sommes 
    Venus tous
    Que serait-il advenu si l’on nous avait chassés?

     

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    ALEXO XENIDIS

     

     

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    goxwa borg2

     

    Oeuvre Goxwa Borg


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  • 08/06/18--04:21: LA DANSE DES IMBECILES

  • « La mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du Genre Humain »

    Ernest Hemingway " Pour qui sonne le glas"

     

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    Si ce n’était « que cela », si ce n’était « que » ce sentiment d’humain, et puis, si ce n’était que le respect des blessures des ancêtres, ils se tairaient et regarderaient le miroir. Mais ils dansent et chantent victoire.

    Imbéciles, qu’ont ils gagné ? Sinon un incommensurable dégoût d’une humanité effarée ? Ah, ils dansent ! Ils dansent dans des vapeurs d’alcool, dans des vapeurs de sang, pour une danse de Shabbat et de Saint-Guy sur le bonheur de la mort. Qu’ont-ils gagné, ces fous, ces imbéciles, hormis avoir fait pousser un peu plus de haine, un peu plus de mort ? 

    Ils dansent, ces hautains, fiers de leur guerre, fiers de leurs tués. Ils dansent, ces aveuglés de rage, enfermés dans leur shtetl de mépris. 

    Ils dansent, seuls au monde. Seuls au monde à se croire vainqueur par la ruine, par le mépris.

    Ils ont gagné des morts par centaines, des cadavres en collection. A cela nulle surprise, c’était la promesse de leur première bombe. 

    Et le monde a vu. Le monde regarde ce pays, Israël, capable de faire la guerre comme pas deux et incapable de faire la paix. Le monde voit, page d’histoire après page d’histoire, le sang, à flot, se répandre. Le monde voit, incrédule, cette capacitéà jouer des mots mensonges pour couvrir le forfait recherché. Le monde voit cette « banalité du mal » s’emparer des enfants de l’expérience sanglante.

    Ils dansent, ces imbéciles, alors qu’ils ont tout perdu. Tout ! L’empathie pour le calvaire passé, le respect pour les œuvres réalisées, la confiance des paroles prononcées, l’attente d’une humanité… Toute une dignité effondrée ! 

    Ils ne savent pas faire la paix. Nous, humains de ce monde, devons leur enseigner la paix, leur imposer la paix, envoyer dans nos prisons ceux qui ont installé cette guerre à des fins de conquêtes. 

    Ainsi nous libérerons l’avenir 
    et alors ce sera l’humanité des cœurs qui pourra danser.

     

     

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    SERGE GROSSVACK
    Le 6 aout 2014


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    simone martini2

    Oeuvre Simone Martini


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    Si le monde s'écrivait sans tendresse et se bâtissait dans le sexe et ses attributs (l'argent, le pouvoir, le plaisir égotique) les humains mériteraient cet enfer contre lequel les hommes de cœur et de compassion essaient vainement de se battre.
    Tant d'argent à bâtir la guerre, à acheter des armes, ou corrompre des dictateurs, quand on aurait pu irriguer tous les déserts du monde et faire de la terre un jardin habitable pour tous.
    Qui quitterait une terre viable pour devenir un migrant ?
    Le drame humain c'est ce génome de la cupidité qui dirige l'homme brut de réflexion et toutes ces doctrines et religions qui pensent que le doute est un blasphème, alors que tout doit être repensé.

     

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    JEAN-MICHEL SANANES

     

     

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    Max Gasparini-

    Oeuvre Max Gasparini


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