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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    Gonfle-toi vers la nuit Ô Mer Les yeux des squales
    Jusqu’à l’aube ont guetté de loin avidement
    Des cadavres de jours rongés par les étoiles
    Parmi le bruit des flots et les derniers serments

     

    .

     


    GUILLAUME APOLINAIRE

    1905

     

    .

     

    REDON16,

    Oeuvre Odilon Redon

     


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  • 08/24/18--03:15: UNE FOI POUR TOUTES
  • A Jean Bastien

     

    Mon cœur
    veine ou déveine
    aura des ailes
    dans les montagnes et dans la plaine
    des hommes meurent pour la liberté

    L’oiseau parle une langue inconnue
    il n’a jamais penséà la chance
    mais la chance est pour lui
    dans les chansons mêmes de la peur
    la vie n’est qu’un signe
    pour ceux qui meurent dans la nuit
    trahis par la clarté lunaire
    par les regards obstinés du soleil

    Il y parfois un homme qui vient d’Albanie
    il parle de la liberté comme d’un sein de marbre
    il y a des hommes qui viennent des villages perdus
    ils parlent de la liberté comme d’une source pure
    il y a d’autres hommes qui viennent des montagnes
    ils en parlent par signes et par silences durs
    il y a des hommes aussi qui viennent de n’importe où
    aux comparaisons obscures et justes
    il y a les hommes simples les hommes qui boivent
    et les hommes qui ne boivent jamais
    qui confondent la liberté la mort l’amour

    le souvenir de leur maman

    l’histoire de leur vie de leur patrie
    de leurs amours
    en mots très simples et en gestes de neige

     

    .

     

     

    ACHILLE CHAVEE

     

     

    .

     

    Montserrat-Gudiol,

    Oeuvre Montserrat Gudiol


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    Nous pensons à toutes, tous les emprisonnés.es ainsi qu'à celles et ceux dont la liberté est menacée pour opposition au régime politique autoritaire qui règne sur la Turquie.

    Nous partageons leur accablement car les valeurs et principes fondamentalement humains qui animent certains pays sur cette terre sont universels et sans frontières. Le combat qu'ils nécessitent pour leur sauvegarde ou leur instauration appartient au devenir de la condition humaine et aucune personne vivante au monde ne saurait y échapper. Ceci ne relève pas des seules solidarité et fraternité mais de l'équité au nom de laquelle nous sommes indissociables les uns.nes des autres. Chaque être présent à notre conscience et dont l'existence est aliénée par la lettre de lois liberticides, voit son combat être le nôtre.

     

    Il y a devant et derrière les barreaux l'arbre d'appel

    dont les branches tendues sont habillées de feuilles et d'ailes

    Elles portent depuis les ténèbres de la déchirure d'homme

    jusqu'au seuil d'absolu

    le cri invincible d'un devenir oiseau

     

    Levons les yeux

    Goûtons le fruit intérieur de nos présences

    pour la saveur d'une terre autrement sublime

    où l'être ne se rend pas

    délace les noeuds-mémoire autour de sa gorge

    pénètre la lézarde que fait l'ombre de la branche

    sur le mur

    respire la clarté nomade des espaces rebelles

     

     

    .

     

     

    PHILIPPE TANCELIN

     

     

    .

     

    montserrat-gudiol-litografia2

    Oeuvre Montserrat Gudiol


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  • 08/24/18--03:51: C'EST A DIRE...Extrait
  • Ainsi me suis-je mis à aimer ce qui était propulsé

    dans ce monde

    hors de l’écriture



    Le petit jour dans les îles

    Un simple oiseau revenu transfiguré de sa migration.



    Il suffisait d’une barque

    Il suffisait de ça.

     

    ...

     

    si

    vaste



    était le mystère 

    de la vie



    si

    profonde

    l’anxiété

    qu’elle

    véhiculait



    que

    presque sans raison

    nous demeurions émotifs



    sans raison ai-je dit



    simplement

    comme des âmes singulières

    doutant de tout

    surtout d’elles-mêmes



    ainsi se faufilaient les ans

    si profond étant notre étrange désir de vivre

     

    ...

     

    .

     

     

    FRANCK VENAILLE

     

     

    .

    Montserrat-Gudiol

    Oeuvre Montserrat Gudiol


    0 0
  • 08/26/18--23:44: SAUF LE CREPUSCULE...Extrait
  • Quelle vanité imaginer
    Que je peux tout te donner, l'amour et la joie,
    Des Itinéraires, de la musique, des jouets.
    Il est vrai que c'est le cas :
    Tout ce que je te donne, c'est vrai,
    Mais tout ce qui est à moi ne te suffit pas.
    Comme moi il ne me suffit pas que tu me donnes
    Tout ce qui est à toi.

    C'est pour ça que nous ne serons jamais
    Le couple parfait, la carte postale,
    Si nous ne sommes pas en mesure d'accepter
    Que seulement dans l'arithmétique
    Le deux naît de l'un plus l'un.

    Un petit bout de papier.
    Il dit :

    Tu as toujours été mon miroir,
    Je veux dire, pour me voir, il fallait que je te regarde.

    Et ce fragment :

    La lente machine du désamour
    Les vitesses de reflux
    Les corps qui abandonnent les oreillers
    Les draps les baisers

    Et debout devant le miroir interrogeant
    Chacun à soi-même
    Ils ne se regardent plus entre eux.
    Plus nus pour l'autre
    Je ne t'aime plus,
    Mon amour.

     

    .

     

     

    JULIO CORTAZAR

     

     

    .

     

    montserrat-gudiol-61

    Oeuvre Montserrat Gudiol


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    Les rêves échoués desséchés font au ras de la gueule des rivières de formidables tas d'ossements muets
    les espoirs trop rapides rampent scrupuleusement 
    en serpents apprivoisés
    on ne part pas on ne part jamais

    pour ma part en île je me suis arrêté fidèle
    debout comme le frère Jehan un peu de biais sur la mer
    et sculpté au niveau du museau des vagues et de la fiente des oiseaux
    choses choses c'est à vous que je donne
    ma folle face de violence déchirée dans les profondeurs du tourbillon
    ma face tendre d'anses fragiles où tiédissent les lymphes

    c'est moi-mème Terreur, c'est moi-même

    le frère de ce volcan qui certain sans mot dire
    rumine un je ne sais quoi de sûr
    et le passage aussi pour les oiseaux du vent
    qui s'arrêtent souvent s'endormir une saison

    c'est toi-mème Douceur, c'est toi-même

    traversée de l'épée éternelle
    et tout le jour avançant
    marqué du fer rouge de choses sombrées
    et du soleil remémoré

     

    .

     


    AIME CESAIRE

     

     

    .

     

    montserrat gudiol

    Oeuvre Montserrat Gudiol


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  • 08/27/18--02:23: ECRIRE A VUE...Extrait
  • Partir à dos de feuilles ou d’arbres
    Partir vent léger
    Souffler la sève jusqu’à la rouille
    Traversée l’étendue entre mot et lumière
    Tracer de longs signes d’espace
    Toucher le geste
    Et sa lumière

     

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    JACQUES MOULIN

     

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    fabienne monestier

    Oeuvre Fabienne Monestier


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  • 08/27/18--02:24: LES LARMES...Extrait
  • Un jour, des doigts osent, de façon circonspecte,

    lente, timide, furtive, muette, une seconde,

    se poser sur l'avant-bras de l'autre corps

    qui se trouve en face des yeux.

    Un autre jour, la paume de la main forme comme une coque

    qui se referme sur le dos de la main qu'elle regarde

    et la main, sous la main, ne se retire pas.

    Les corps se font soudain plus proches de façon mystérieuse,

    d'un coup,

    sans qu'ils s'approchent en aucune façon.

    Un jour, ils semblent à jamais proches,

    sans qu'ils aient besoin de bouger.

    Puis la bouche vient plus près de l'oreille

    à qui l'on veut tout dire.

    La bouche se glisse dans les cheveux noirs et roux où

    elle vient chuchoter.

    Les lèvres mêlent une espèce de soie

    mais évitent de toucher cette étrange coquille.

    Un jour, enfin, le regard s'attarde sur une partie du corps

    qui vaut pour toutes les parties du corps.

    Ce jour-là est le seul jour où il y a de l'amour.

    Ce jour-là les vêtements pèsent.

    Ce jour-là le corps a si chaud qu'il semble embrasé.

    Une eau anime le fond des yeux.

    ...


    La voix s'abaisse.

    Les poignets quittent les manches,

    les doigts s'avancent dans l'air qui glisse entre les corps,

    ils dénouent des nœuds,

    ils ôtent des agrafes,

    dégagent des boutons, ouvrent, caressent.

    Ils saisissent ce qui est doux. 

     

     

    .

     

     

     PASCAL QUIGNARD

     

     

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    francoise de_Felice 1

    Oeuvre Françoise de Felice


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  • 08/27/18--07:02: OUI, NOUS PARLONS

  • Nous parlons la démesure
    nous parlons l’appartenance à un sourire et le dédale de ses secrets
    nous parlons l’attente tournée vers l’horizon
    sans possession dissimulée dans la voix
    sans usage d’un lieu de la parole

    nous parlons entre le réel inquiet et le mystère de son appel
    nous parlons depuis les veilles rauques des délaissés
    nous parlons la mélancolie de l’étendue portant d’escale en demeure l’épreuve de chacun
    nous parlons l’éclair élucidé du dire vrai
    quand n’apparaît plus que l’attention de l’horizon au jour

    nous ouvrons la volière des plaintes
    la frondaison des voies de l’épuisé
    nous croyons l’heure venue d’atteindre la parole les gestes de tout ce qui fut aveugle et sourd quand nous n’entendions plus quand nous ne voyions plus tant nos sens étaient captifs

    Une faim insoumise au banquet des mots se dresse
    sans autre richesse à offrir que le mystère de sa danse
    cette danse est le véritable complot de la pensée en sa plus grande contradiction lorsqu’elle s’accueille enfin étrangère à elle-même.
    Elle s’appelle l’idée poétique et nous permet d’espérer en réapprenant le métier d’innocence.

     

    .

     

     

    PHILIPPE TANCELIN

     

     

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    François Schortgen2,

    Oeuvre François Schortgen


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  • 08/28/18--03:39: TROISIEMES COUTEAUX
  • Devant nous l'an 2000. Quelques heures nous séparent.
    N'en parlez pas m'a-t-on dit.
    Et pourtant ce silence a comme un balancement maudit
    Qui vous met la pendule à l'heure.
    C'est le moment, c'est pas trop tôt
    Pour parler des troisièmes couteaux.

    Ils ne font rien, ils se situent.
    Ils sont consultants ambigus
    Des hydres multinationales.
    Pas de nom, que des initiales.
    Ils ont de grands ordinateurs.
    Poules de luxe, hommes de paille.
    Requins, banquiers, simples canailles.
    Pas de nom et pas de photo,
    Leurs sociétés sont étrangères.
    Plus compliqué est le réseau
    Qui les relie à leurs affaires.

    Il était grand, il était beau.
    Il sentait bon son Lugano,
    Mon gestionnaire.

    Justement près de Lugano
    Etait la banque Ambrosiano.
    Là où les vierges vaticanes
    Faisaient fructifier leur magot.
    Loge P2 dans ses arcanes
    A deux massifs cardinaux
    Pour les consultations diaphanes
    Avec de joyeux mafiosos.
    Le fameux compte à numéro
    Passe de Zurich à Lausanne,
    De Bâle à Londres, près de Soho,
    Rencontra le troisième couteau

    Il était chauve, il était gros.
    Il portait des fringues de chez Smalto,
    Mon mercenaire.

    Les politiques, drôles d'oiseaux,
    Prennent toujours pour plan de vol
    Les bulletins de la météo
    Ils vont toujours où il fait beau.
    Il fait beau dans les audimats,
    Dans les sondages du Figaro.
    Il fait très beau chez la misère
    Et dans les œuvres humanitaires.
    Il fait beau sur les droits de l'homme.
    Il fait beau chez l'intégration,
    Le plein emploi, l'immigration.
    On se les gèle dans le pognon.

    Politiquement leurs idéaux
    Sont très ciblés sur deux critères:
    Entre Mad Max et l'abbé Pierre

    Pas de nom et pas de photo,
    Leurs sociétés sont étrangères.
    Plus étonnant est le réseau
    Qui les réunit entre frères.
    Ils ne font rien, ils se situent.
    Ils prennent, ils se gavent, ils se tuent,
    Trivialité derrière les mots,
    La réussite dans les crocs.
    Ils sont làà tous les niveaux.
    C'est le règne des troisièmes couteaux.

     

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    BERNARD LAVILLIERS

     

     

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    A lire...!

    https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/un-marcheur-sachant-chasser

     

     

    chasseur-hulot

    Illustration Rita Mercedes pour le Magazine Littéraire 

     

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  • 08/28/18--05:53: LES PLUMES D'EROS...Incipit
  • Désormais, l’état lumineux a changé d’orientation : il est à présent isolé et n’ouvre que sur lui-même. Si j’essaie d’en préciser la nature, je n’aperçois que sa ressemblance avec l’espace qu’autour de moi ouvre le regard. Non, ce dernier est substantiellement le même que l’état ancien mais il n’est pas environné du même lieu. L’ancien est dans mon corps : c’est une poche lumineuse qui se dilate, qui envahit tout mon volume intérieur, et qui l’illumine en abolissant toute frontière entre dehors et dedans. Le bonheur est dans cette abolition-là…

    Il en va pourtant de même avec le nouveau quand le regard déchaîne un torrent spatial qui emporte ma face et mon dos pour m’unir, non pas à une Figure en soi restrictive, mais à l’énergie spatiale à jamais courante. Et tout s’accélère dans une perdition de l’identité… Perdition devenue l’essence du plaisir de voir puis du plaisir d’écrire, qui eux aussi déclenchent (parfois) l’unité des espaces intérieur et extérieur en me plongeant dans l’oubli de tout ce dont m’écarte leur activité.

    Le projet, que dicte une nécessité inqualifiable, est d’aller sans illusion vers un éclat dont on ne saura jamais s’il permet d’entrevoir une révélation ou la destruction. Les deux, probablement : elles sont inséparables. La seule certitude, c’est qu’il n’y a pas de « visitation » verticale car tout va du bas vers le haut : le sacré ne descend pas, il monte. Et durant cette montée, l’élan abolit parfois la différence entre l’intime et l’impersonnel. À cet instant, l’extrême n’a plus de sens : à quoi bon le sens quand l’espace est infini !

    L’état de grâce liéà la pratique religieuse n’eut pour effet que la rupture avec le contexte qui l’avait préparé tandis que la grâce liée au regard peut, une fois connue, se convoquer à volonté. L’observation du lieu du regard, de son volume et de son élément, m’occupe depuis je ne sais depuis quand faute de repères, m’occupe en tout cas depuis que j’écris. Ce qui était latent fut tout à coup dévoilé par une révélation aussi violente que la première. Je travaillais sur l’œuvre de Matisse. J’ai lu de lui cette phrase : « Quand je peins, je vois dans mon dos ! » Je contemplais en même temps la toile intitulée L’Atelier. Aussitôt, mon dos disparut, volatilisé : le flot élémentaire de l’espace l’avait emporté. L’extérieur déferlait dans l’intérieur et rétablissait leur unité…

    Il n’a pas osé se répéter une fois de plus que, parallèlement à l’espèce, la langue est la seule autre transcendance indubitable, et que toutes deux nous pénètrent par le bas au lieu que les sornettes divines empalent verticalement notre cerveau… Reste qu’en se croisant, la langue et l’espèce dégagent à leur point d’intersection des moments de grâce !

     

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    BERNARD NOËL

     

     

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    Witold Pruszkowski

    Oeuvre Witold Pruszkowski


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  • 08/29/18--00:58: POESIE VERTICALE ...Extrait
  • Il ne suffit pas de lever les mains.
    Ni de les abaisser
    ou de dissimuler ces deux gestes
    sous les embarras intermédiaires.

    Aucun geste n'est suffisant,
    même s'il s'immobilise comme un défi.

    Reste une seule solution possible:
    ouvrir les mains
    comme si elles étaient des feuilles.

     

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    ROBERTO JUARROZ

     

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    rodin2

    Sculpture Rodin


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  • 08/29/18--02:18: LA COMBUSTION DE L'ANGE
  • Au détour d’un poème en marche vers le Rien
    j’ai rencontré Quelqu’un
    qui dans l’ombre me parle en silence
    et qui est mon chemin
    connaissant tout de moi depuis bien avant ma naissance
    au point que je défaille soudain
    de surprise d’effroi et d’une étrange joie
    devant cette Existence immense qui me tutoie.

     

    .

     

     

    MARC ALYN

     

     

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    shmuel Ovadyahu

    Oeuvre Shmuel Ovadyahu

     


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    Les trésors oubliés du souvenir
    et les ombres fantômes 
    aux noirs placards scellés
    dans la maison
    l'enfance 
    une maison dessinée sur le sable
    une pensée-image
    fugace

    le premier mot prononcé 
    comme cette "maman" sortie tout entière 
    de ta bouche étonnée

    avec le mot 
    ce premier silence advenu
    cette ombre blanche du mot 
    comme une fleur éclose aux lèvres muettes
    pétales essaimant d'un blanc à l'autre

    toute blancheur contaminée

    le silence

    advient

    dans un depuis toujours à jamais 
    saturé de sons qui s'effeuillent
    hanté de voix errantes

    presque éteintes.

     .

     

    .

    .

     ANNE MARGUERITE MILLELIRI

     

    .

     ..

    milk berry

    Photographie Milk Berry

     


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  • 08/29/18--14:13: BABIL DU SONGER...Extrait
  • Un oiseau passe éclair de plumes
    Dans le courrier du crépuscule
    Va vole et dis-leur !

    Dis leur que tu viens d’un pays
    Formé dans une poignée de mains
    Un pays simple comme bonjour
    Où les nuits chantent
    Pour conjurer la peur des lendemains

    Dis-leur
    Que nous sommes une bouchée
    Répartie sur sept îles
    Comme les sept couleurs de la semaine
    Mais que jamais ne vient
    Le dimanche de nous-mêmes

    Dis leur que les marées
    Ouvrent la serrure de nos mémoires
    Que parfois le passé souffle
    Pour attiser nos flammes
    Car un peuple qui oublie
    Ne connaît plus la couleur des jours
    Il va comme un aveugle dans la nuit du présent

    Dis leur que nous passons d’île en île
    Sur le pont du soleil
    Mais qu’il n’y aura jamais assez de lumière
    Pour éclairer nos morts

    Dis leur que nos mots vont de créole en créole
    Sur les épaules de la mer
    Mais qu’il n’y aura jamais assez de sel
    Pour brûler notre langue

    Va vole et dis-leur !

    Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
    Nous avons appris à aimer l’arc en ciel
    Et surtout dis-leur
    Qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
    Qu’il nous suffit d‘avoir des contes à raconter
    Pour ne pas avoir peur de la nuit
    Qu’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau
    Pour ouvrir nos ailes d’hommes libres
    Va vole et dis-leur !

     

    .

     

     

    ERNEST PEPIN

     

     

    .

     

    Jan-van-Kessel-Concert-of-Birds-1660-1670©

    Oeuvre Jan Van Kessel

    1626-1679


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  • 08/30/18--00:38: LES CHÂTIMENTS...Extrait
  • Merci à Anne Tempelhoff

     

     

    Ils ont dit : Nous serons les vainqueurs et les maîtres.

    Soldats par la tactique et par la robe prêtres,
    Nous détruirons progrès, lois, vertus, droits, talents.
    Nous nous ferons un fort avec tous ces décombres,
    Et pour nous y garder, comme des dogues sombres,
    Nous démusèlerons les préjugés hurlants.

    Oui, l'échafaud est bon; la guerre est nécessaire;
    Acceptez l'ignorance, acceptez la misère;
    L'enfer attend l'orgueil du tribun triomphant;
    L'homme parvient à l'ange en passant par la buse.
    Notre gouvernement fait de force et de ruse
    Bâillonnera le père, abrutira l'enfant.

    Notre parole, hostile au siècle qui s'écoule,
    Tombera de la chaire en flocons sur la foule
    Elle refroidira les coeurs irrésolus,
    Y glacera tout germe utile ou salutaire,
    Et puis elle y fondra comme la neige à terre,
    Et qui la cherchera ne la trouvera plus.

    Seulement un froid sombre aura saisi les âmes,
    Seulement nous aurons tué toutes les flammes
    Et si quelqu'un leur crie, à ces français d'alors
    Sauvez la liberté pour qui luttaient vos pères!
    Ils riront, ces français sortis de nos repaires,
    De la liberté morte et de leurs pères morts.

    Prêtres, nous écrirons sur un drapeau qui brille
    - Ordre, Religion, Propriété, Famille. -
    Et si quelque bandit, corse, juif ou païen,
    Vient nous aider avec le parjure à la bouche,
    Le sabre aux dents, la torche au poing, sanglant, farouche
    Volant et massacrant, nous lui dirons : c'est bien!

    Vainqueurs, fortifiés aux lieux inabordables,
    Nous vivrons arrogants, vénérés, formidables.
    Que nous importe au fond Christ, Mahomet, Mithra!
    Régner est notre but, notre moyen proscrire.
    Si jamais ici-bas on entend notre rire,
    Le fond obscur du coeur de l'homme tremblera.

    Nous garrotterons l'âme au fond d'une caverne.
    Nations, l'idéal du peuple qu'on gouverne,
    C'est le moine d'Espagne ou le fellah du Nil.
    A bas l'esprit! à bas le droit! vive l'épée!
    Qu'est-ce que la pensée ? Une chienne échappée.
    Mettons Jean-Jacques au bagne et Voltaire au chenil.

    Si l'esprit se débat, toujours nous l'étouffâmes.
    Nous parlerons tout bas à l'oreille des femmes.
    Nous aurons les pontons, l'Afrique, le Spitzberg
    Les vieux bûchers sont morts, nous les ferons revivre
    N'y pouvant jeter l'homme, on y jette le livre;
    A défaut de Jean Hus, nous brûlons Gutenberg.

    Et quant à la raison, qui prétend juger Rome,
    Flambeau qu'allume Dieu sous le crâne de l'homme,
    Dont s'éclairait Socrate et qui guidait Jésus,
    Nous, pareils au voleur qui se glisse et qui rampe,
    Et commence en entrant par éteindre la lampe,
    En arrière et furtifs, nous soufflerons dessus.

    Alors dans l'âme humaine obscurité profonde.
    Sur le néant des coeurs le vrai pouvoir se fonde.
    Tout ce que nous voudrons, nous le ferons sans bruit.
    Pas un souffle de voix, pas un battement d'aile
    Ne remuera dans l'ombre, et notre citadelle
    Sera comme une tour plus noire que la nuit.

    Nous régnerons. La tourbe obéit comme l'onde.
    Nous serons tout-puissants, nous régirons le monde
    Nous posséderons tout, force, gloire et bonheur;
    Et nous ne craindrons rien, n'ayant ni foi ni règles...

     

     

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    VICTOR HUGO
    Jersey. Novembre 1852

     

     

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    tommy Ingberg,

    Tommy Ingberg


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  • 08/30/18--04:23: PREVERT
  • Le soleil brille pour tout le monde,

    il ne brille pas dans les prisons,

    il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine,

    ceux qui écaillent le poisson

    ceux qui mangent de la mauvaise viande

    ceux qui fabriquent des épingles à cheveux

    ceux qui soufflent vides les bouteilles que d'autres boiront pleines

    ceux qui coupent le pain avec leur couteau

    ceux qui passent leurs vacances dans les usines

    ceux qui ne savent pas ce qu'il faut dire

    ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait

    ceux qu'on n'endort pas chez le dentiste

    ceux qui crachent leurs poumons dans le métro

    ceux qui fabriquent dans les caves les stylos

    avec lesquels d'autres écriront en plein air

    que tout va pour le mieux

    ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire

    ceux qui ont du travail

    ceux qui n'en ont pas

    ceux qui en cherchent

    ceux qui n'en cherchent pas

    ceux qui donnent à boire aux chevaux

    ceux qui regardent leur chien mourir

    ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire

    ceux qui l'hiver se chauffent dans les églises

    ceux que le suisse envoie se chauffer dehors

    ceux qui croupissent

    ceux qui voudraient manger pour vivre

    ceux qui voyagent sous les roues

    ceux qui regardent la Seine couler

    ceux qu'on engage, qu'on remercie,

    qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule,

    qu'on fouille qu'on assomme

    ceux dont on prend les empreintes

    ceux qu'on fait sortir des rangs au hasard et qu'on fusille

    ceux qu'on fait défiler devant l'Arc

    ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier

    ceux qui n'ont jamais vu la mer

    ceux qui sentent le lin parce qu'ils travaillent le lin

    ceux qui n'ont pas l'eau courante

    ceux qui sont voués au bleu horizon

    ceux qui jettent le sel sur la neige

    moyennant un salaire absolument dérisoire

    ceux qui vieillissent plus vite que les autres

    ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l'épingle

    ceux qui crèvent d'ennui le dimanche après-midi

    parce qu'ils voient venir le lundi

    et le mardi, et le mercredi, et le jeudi,

    et le vendredi, et le samedi

    et le dimanche après-midi.

     

     

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    JACQUES PREVERT

     

     

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    lazaro2,

    Photographie  Lazaro Blanco Fuentes

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  • 08/31/18--00:06: LA PRIERE DES ROSES
  •  

    "..Je vous salue, ô roses, étoiles solennelles. Roses, rose joyaux vivants de l'infini, bouches, seins, vagues âmes parfumées, larmes, baisers! grains et pollen de lune, ô doux lotus sur les étangs de l'âme, je vous salue, étoiles solennelles. "

     

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    FEDERICO GARCIA LORCA

     

     

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    GOXWA-Variation-of-Flowers

    Oeuvre Goxwa Borg


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    À l'enfant qui me deman­derait ce que c'est que la beauté - et ce ne pourrait être qu'un enfant, car cet âge seul a le désir de l'éclair et l'inquiétude de l'essentiel - je répon­drais ceci : est beau tout ce qui s'éloigne de nous, après nous avoir frôlés.

    Est beau le déséquilibre profond - le manque d'aplomb et de voix - que cause en nous ce léger heurt d'une aile blanche.

    La beauté est l'ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légè­reté de vivre.

    Je lui montrerais le ciel où les anges, en s'essuyant les mains dans un nuage, donnent une peinture de Turner, et je prendrais pour lui une poignée de cette terre, sur laquelle nous allons.

    Je lui dirais qu'un livre c'est comme une chanson, que ce n'est rien, que c'est pour dire tout ce qu'on ne sait pas dire, et je couperais pour lui une orange.

    La promenade se poursui­vrait loin dans le soir. Dans le silence, nous découvririons enfin, lui et moi, la réponse à sa question.

    Dans l'immen­sité lumineuse d'un silence que les mots effleurent sans le troubler.

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    CHRISTIAN  BOBIN

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    Goxwa,,,

     Oeuvre Goxwa Borg


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  • 09/01/18--19:22: DIEGO EL CIGALA - EL RATON

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