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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    Nous avons en nous une mémoire du futur. Ça peut

    paraître étrange, mais c’est cette mémoire du futur qui

    peut nous guider vers un monde qui ne sera pas, je

    pense, sans convulsions ; il est impossible de naître sans

    déchirure.

    ...

    Il n’y aura pas de lendemains qui chantent

    ...

    La difficulté d’être au monde est continue.

    Comme on parle maintenant de formation continue, je parlerais de « naissance continue ».

     

     

    .

     

    HENRY BAUCHAU

     

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    MILA BORDIN2

    Oeuvre Mila Bordin


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  • 09/22/18--03:11: CAHIER DE VERDURE...Extrait
  • Le mince croissant de lune aperçu le soir dans le jardin, la serpe qui est pure illusion, qui est chose aigüe mais aussi doucement lumineuse, la «serpe de lait» qui perdra vite sa forme, qui s'inscrit un instant dans le ciel du couchant et surprend toujours, qui vous accompagne avec fidélité, lointaine, mais présente. À l'image de la serpe se lie inévitablement celle de la main qui devrait la tenir, de la moissonneuse dans quelque cortège en l'honneur de Céres — comme si, d'une fête, n'était visible qu'un emblème au-dessus de la foule cachée par la nuit : une chose ressentie naïvement comme bonne, amicale, à cause de l'atténuation, dans ce reflet, de l'autre lumière qu'on peut regarder en face. Et l'on se dit : elle est encore là, une fois de plus, elle m'est donnée sans bruit, sans histoires, et pas à moi seulement, comme depuis le commencement du monde auquel sa lueur semble me lier. C'est une serpe et c'est un lien. Cela chemine, fidèle, à croire qu'il y a vraiment là-bas un gardien faisant sa ronde pour nous défendre de la nuit.

     

     

    .

     

     

    PHILIPPE JACCOTTET

     

     

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    van gogh5

     Oeuvre Vincent Van Gogh

     


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    Quand l’anatomie claire et divine de Narcisse
    se penche sur le miroir obscur du lac,

    quand son torse blanc plié en avant
    se fige, glacé,
    dans la courbe argentée et hypnotique de son désir,
    quand le temps passe
    sur l’horloge des fleurs du sable de sa propre chair,

    Narcisse s’anéantit dans le vertige cosmique
    au plus profond duquel chante
    la sirène froide et dionysiaque de sa propre image.
    Le corps de Narcisse se vide et se perd
    dans l’abîme de son reflet,
    comme le sablier que l’on ne retournera pas.

    Narcisse, tu perds ton corps,
    emporté et confondu par le reflet millénaire de ta disparition,
    ton corps frappé de mort
    descend vers le précipice des topazes aux épaves jaunes de l’amour,
    ton corps blanc, englouti,
    suit la pente du torrent férocement minéral
    des pierreries noires aux parfums âcres,
    ton corps…
    jusqu’aux embouchures mates de la nuit
    au bord desquelles
    étincelle déjà
    toute l’argenterie rouge
    des aubes aux veines brisées dans « les débarcadères du sang ».

    Narcisse,
    comprends-tu ?
    La symétrie, hypnose divine de la géométrie de l’esprit, comble déjà ta tête de ce sommeil inguérissable, végétal, atavique et lent
    qui dessèche la cervelle
    dans la substance parcheminée
    du noyau de ta proche métamorphose.

     

    La semence de ta tête vient de tomber dans l’eau.
    L’homme retourne au végétal
    et les dieux
    par le sommeil lourd de la fatigue
    par l’hypnose transparente de leurs passions.

     

    ....

     

    .

     

     

    SALVADOR DALI

     

     

    .

     

     

    agamemnon

    Ce que tu as gagné en muscles est tout ce que tu n'as plus dans le coeur.... 

     


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    Le long de vos rampes de lancement
    II fait déjà si froid
    sous les saules blancs…

    mais on entend toujours
    au concert des mésanges
    ce grand avertissement :
    monté du fond des âges :
    « au faîte de la démocratie
    pend l’enseigne de l’armurier »
    et dans le sein des dieux
    pèsent les larmes sur le soleil couchant

    Qui croyait en ce monde
    qu’à dépeindre vos libertés ensanglantées
    les mots eux-mêmes seraient rougis

    Contre le jeu de vos armes
    nous avons celui des mots
    jusqu’à la quintessence du poème
    guetté par la descente
    autant que la danse du phénix

    Nous avons sur la poutre l’hirondelle
    et sous l’ondée de paille
    les peurs de vos héros
    repentis d’inculture

    VOUS AVEZ LES BOMBES
    NOUS AVONS LES MOTS

    Vous vous épuisez d’habileté
    dans vos sciences du désespoir
    Nous errons à l’aventure du verbe
    comme un vaisseau libéré de ses haleurs

    Vous recherchez des preuves
    quand il en est
    où elles ne se parlent plus
    ne s’entendent plus
    ne s’offrent plus au verbe

    qu’il est enfin purifié d’elles

    En ces temps maudits de vos encombres
    vous usez de noms de jouets
    pour enfanter la guerre
    commettre dans les cours vos crimes d’école

    mais nos enfants de leurs prunelles sages
    ne demandent que le vert du jardin
    sans abri

    NOUS AVONS DES MOTS
    d’un pouvoir transcendant
    QUI DE VOS BOMBES
    détruisent l’argutie

    A la beauté qu’exhale leur envol
    sans seconde
    les mots de plein ciel
    s’épanouissent dans l’espace
    de vos nids d’armes
    détruits
    sans que vous puissiez jamais suivre
    leurs traces

    Ils versent en secret
    tout au long de vos fers
    dans le mutisme de vos geôles
    le souffle des mélanges
    des croisées de sens
    étrangers les uns les autres

    Ils savent de vos terrorisantes certitudes
    effacer les demeures

    VOUS AVEZ DES BOMBES démocrates
    NOUS AVONS DES MOTS tisserands d’herbes folles
    vous avez les bombes de vos morales punitives
    nous avons les mots du poème levant
    vous larguez des deuils
    nous lançons des respirations
    vous enterrez les fleurs
    nous berçons leur pistil
    VOUS AVEZ LES BOMBES
    NOUS AVONS LES MOTS
    qui pour vous
    plus rien ne signifieront
    A vous plus rien
    ne diront

    Se pourrait-il que l’histoire
    manque encore ses seuils ?

     

     

    .

     

     

    PHILIPPE TANCELIN

     

     

    .

     

    Last-prayer-

    Photographie Mahmoud - Al - Kurd

     


    0 0

    Un jour les mots se cendrent --

    Est-ce une arythmie des sentiments ? 
    Est-ce le chagrin ? 
    Est-ce l'absence ? 
    D'où vient-elle toute cette cendre ? Et
    qu'est-ce qui a brûlé ? 
    Les yeux brûlent sans larmes 
    Les mots meurent sous la cendre --
    Ce que tu lis te délit
    Ce qui te délit te désécrit

    Quelqu'un gît en creux où il n'est plus

    Traces de pas et toute cette cendre -- D'où venue ?

     

     

    .

     

     

    ANNE MARGUERITE MILLIRI

     

     

    .

    trace


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  • 09/27/18--23:49: AGNES SCHNELL...Extrait
  • On a replié sa vie
    comme une carte lue à l’envers.
    On a replié sa vie
    comme un livre
    où se terrent les dérapages
    et les boues.

    On est telle une vieille horloge
    obstinée dans le recul
    taiseuse depuis trop longtemps.

    On repousse le sommeil
    on se cogne à l’ombre
    aux premiers soupirs de la mémoire.
    Certains guettent le soleil
    ou la place d’un feu.

    Quelles bouches diront ton nom ?
    Quelles bouches diront
    tes gestes dans l’imprudence
    et tes méandres inversés par distraction ?

    Quelles bouches oseront parler
    du fleuve qui courait en toi
    lesquelles diront les entassements
    dont tu craignais le déséquilibre
    et la lumière frêle
    que malgré la nuit tu poursuivais ?

    Les matins affolés
    et tout ce fatras qui t’alourdit
    taillent à vif ton liber profond.

     

     

     

    .

     

     

    AGNES SCHNELL

     

     

    .

    susan hall

    Oeuvre Susan Hall


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  • 09/27/18--23:53: CONTRE-JOUR
  •  
    Revenir    pieds nus
    dans les traces trop larges
    comme si on rentrait chez soi.
     
    Glisser sur le sol
    se laisser écorcher par les échardes
    de la mémoire
    et rendre grâce à la source
    à la leçon de l’humus
    à l’éclatement végétal.
     
    Il faut
    murmurer d’une voix profonde
    les rêves éteints
    la cendre lavée
    de tout l’ocre humain.
    Il faut dire
    à voix froissée
    ce qui hurle en soi
    avant de se taire.
     
    Dire
    les chemins tortueux
    dans la terre lasse
    de nos migrations.
    Dire aussi
    l’adagio de l’aube
    le chant aux mille voix
    tout autour
    et l’isthme trop fragile
    qui nous retient encore.
     
    Il faut
    dire qu’on est debout
    dans l’opacité        dans la fièvre
    soumis aux remous
    dans l’effacement
    mais que fuse encore
    en nous       la lave.
     
    Dire aussi
    les épines qui vont toujours droit
    à l’âme
    et dont il faut se détourner.
    .
    .
    .
    .
    AGNES SCHNELL
    1/09/06
    .
    .
    .

    Edward Burne-Jones

     Oeuvre Edward Burne-Jones
                           
                         

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  • 09/28/18--00:59: MIRAGES
  •  

    A petits pas qu'importe !
    De l'autre côté
    le temps ne presse plus.
    De l'autre côté
    l'instant ne leurre plus.
    Le voyage ne finit pas
    de désarticuler
    qu'importe le pas.
    Marcheur immobile
    dans l'eau qui emporte
    malgré soi
    vers l'irrésistible..
    Oeillade des feux
    nuits où les rêves
    prennent corps et nous écrasent
    de tendresse
    le marcheur loin des voies
    qui se dupliquent
    ne sait quoi butiner
    le temps qui se ramasse
    et reste dans l'angle mort
    le désir défiant le silence
    ou cet infime frémissement
    que le vent porte
    avec l'averse ?
    Magie des voix pierreuses
    des impulsions muettes
    des mots archivés
    à peine offerts.
    Magie des fièvres de louves…
    .
    .
    .
    .
    AGNES SCHNELL
    extrait de « autres mesures »
    .
    .
    .
    .

    FIEVRES DE LOUVES


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  • 09/28/18--01:23: SONGE...Extrait
  • J'espérais contraindre
    au silence
    l'infini qui croît en moi
    ce qui dans l'ombre
    retient mon souffle.

     .

     

     AGNES SCHNELL

     

     

     .

     

    Photo@Diana Meihing Lo2

    Photographie Diana Meihing Lo


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  • 09/28/18--01:30: BACH EN AUTOMNE...Extrait
  •  

    Dans la gamme couleur d’automne de si bémol mineur, descend
    Cette première marche jusqu’à la note sensible ! Le nom alors se hisse
    Jusqu’à do, le niveau de la réalité. Et, de nouveau, du même demi-ton
                            Retombe
    Sur ce si dont la vibration suspendue appelle une nouvelle ascension.
    Le clavier est l’image du monde. Comme l’échelle de Jacob
                Il nous traverse de bout en bout.

    Regarde la corde tendue sur son frêle berceau de bois : chaque montée,
    Même d’un dièse, augmente son effort. Mais pour descendre, simplement
                Relâche sa contrainte !
    Gamme qui s’élève avec peine, telle la femme de Loth, regardant en arrière, et
    Sitôt qu’elle cède à sa pente, devient plus lasse encore, plus tendre aussi plus
    Condamnée, plus entraînée vers les eaux de l’amertume et de la séparation.
                Que suis-je, livréà moi-même ?

     

     

    .

     

     

    JEAN-PAUL DE DADELSEN

     

     

    .

     

    femme partition2


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  • 09/28/18--01:33: A L'ORIENT DE TOUT...Extrait
  • Car ce qui a été vécu
            sera rêvé
    Et ce qui a été rêvé
            revécu

    Nous n’aurons pas trop de nuits

    Pour brûler les branches tombées
            à notre insu
    Pour engranger l’odeur durable
            des fumées

    ...

     

    .

     

     

    FRANCOIS CHENG

     

     

    .

    roberto concha3

    Oeuvre Roberto Concha


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  • 09/28/18--01:49: LE HEURT
  •  

    Tu marchais

    Parcourant la trace de la terre
    Où bruit l’obscur et l’incertaine qui repose

    Voici
    L’herbe enclave
    A cette pierre

    Ô fausse clarté de l’ascendance
    Don lumineux des pierres agissantes

    Dans quel achèvement
    Ne plus saisir

    Herbe franchie
    C’est un lieu de pierre nu

    Quelle trace y sais-tu
    Où les plaies sont larges dans la lueur

    Tu marchais

    La terre en perte rouge
    Attarde au dernier lieu sa dernière lueur

    Sur cette terre à gravir
    Ivre
    Improbable

    Où tu riais
    Par le gré incertain des sables

     

     

    .

     

     

    BEATRICE DOUVRE

     

     

    .

     

     

    susan hall4,

    Oeuvre Susan Hall


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  • 09/28/18--04:25: INGEBORG BACHMANN...Extrait
  • Mon oiseau

    Quoiqu’il advienne – le monde dévasté

    revient s’enfoncer dans le crépuscule ;

    les forêts lui préparent quelque boisson pour s’endormir,

    et du haut de la tour que le veilleur a quittée,

    tombe, tranquille et fixe, le regard de la chouette.

    Quoiqu’il advienne – tu connais ton heure,

    mon oiseau, tu prends ton voile

    et tu t’envoles, à travers le brouillard, vers moi.

     

     

    .

     

     

    INGEBORG BACHMANN

     

     

    .

    susan hall

    Oeuvre Susan Hall 


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  • 09/29/18--10:48: BRUNO RUIZ
  • Ce peu de temps qui reste
    A ce corps qui s’enlise
    Je le veux souverain
    Sous la lune complice
    Je le veux dans ta main
    Plus léger qu’une abeille
    Comme un coussin d’été
    La flèche d’un hiver
    Je le veux sans compter
    Les ruines de nos routes
    Et savourer à deux
    L’instant qui s’éternise.

    Voici le temps des bilans de l’usure
    Aux feux croisés de nos forges intimes
    Je veux l’amour absolu jusqu’au bout
    Face à la verte et dernière beauté
    Maintenant

     

     

    .

     

     

    BRUNO RUIZ

     

     

    .

     

    susan hall

    Oeuvre Susan Hall

     


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  • 09/29/18--10:57: ADJIRI ODAMETEY - OYAÏ

  • 0 0

    La nuit descend, prompte à se fermer sur ce jardin dont la grasse verdure demeure sombre au soleil. L’humidité de la terre monte à mes narines : odeur de champignons et de vanille et d’oranger… on croirait qu’un invisible gardénia, fiévreux et blanc, écarte dans l’obscurité ses pétales, c’est l’arôme même de cette nuit ruisselante de rosée… C’est l’haleine, par-delà la grille et la ruelle moussue, des bois où je suis née, des bois qui m’ont recueillie. Je leur appartiens de nouveau, à présent que leur ombre, leur silence étouffant ou leur murmure de pluie n’inquiète plus celui qui m’y suivait en étranger, vite las, vite angoissé sous leur voûte de feuilles, et qui cherchait l’orée, l’air libre, les horizons balayés de nuages et de vent…

     

     

    .

     

     

    COLETTE

     

     

    .

    van gogh,,

    Oeuvre Vincent Van Gogh

     


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  • 09/30/18--01:13: MORT A VINGT ANS...Extrait
  • "On est très sérieux quand on a 19 ans"

    A la 29 ème page, il reste une goutte d'eau non polluée, - Et comment en serait-il autrement puisque en fait il s'agit d'un testament. Oui, voilà un testament. Je voudrais remercier toutes les personnes, toutes les filles qui m'ont fait passer des moments heureux. Que puis-je leur laisser? Rien. Vraiment rien. Une pensée affectueuse, de la tendresse, tout mon amour: vraiment rien et ce fils si je l'ai qui va, en comparaison avec l'éternité me rejoindre dans la mort dans un quart de seconde me demandant: "Pourquoi m'as-tu fait venir?" Que vais-je lui répondre? Moi je n'aurai pas l'indélicatesse de demander le pourquoi des choses. Je suis né avec une croix, j'avais une chaîne aux pieds, des fers, j'ai fait le tour de la place. Maintenant je veux éteindre la lumière et dormir, je ne veux pas que l'on fasse un débat sur ma performance; que l'on me décore ou que l'on m'explique pourquoi en même temps qu'un nez et une bouche, une croix a grandi avec moi et s'est alourdie à mesure qu'elle vieillissait comme si tout le poids du mal était venu s'infiltrer par petites touches dans ses fissures de bois, dans ses rides, dans les rides de ma peau.
    Une idée me vient. Je voudrais lire tout çàà une très belle fille avec qui je me sente bien le 27 juin 1976, la veille de mes vingt ans. Ce sera la veillée funèbre. On allumera des bougies, je lirai, on fera l'amour et je mourrai le lendemain matin quand le chiffre 20 se déposera en légère rosée sur mon corps en sueur.
    20 ans. Après c'est vraiment la chute verticale et j'ai peur. Je ne veux pas partir à la guerre. Je préfère mourir ici en un lieu, en des circonstances de mon choix. Le 27 juin, c'est la fin de l'année scolaire. Après c'est l'été, les vacances et je sens qu'il me sera trop dur de trimbaler mes 20 ans sur les plages en regardant les filles neuves, hier encore bourgeons qui viennent d'éclore et qui sentent bon leurs 14 ans. Ce qu'il y a de fou c'est que j'ai vingt ans et dans mon esprit je suis encore un tout petit enfant qui ne s'est pas encore fait à l'idée de la mort. Bien sûr si je continue à vivre je pourrais en faisant l'amour pénétrer dans ce 14 ans l'espace de quelques moments mais c'est de la respiration artificielle. Que l'on m'enlève les tuyaux dans le nez, le sérum, que l'on arrête les massages cardiaques et que l'on me laisse mourir en paix en respectant un peu le fait que j'ai tout de même failli être un homme et en ayant la pitié de mettre fin aux électrochocs, aux tentatives bouleversantes, aux regrets terribles qui affectent mon cœur. Je ne veux pas que l'on me maltraite, que l'on me crache à la figure, qu'une force éclatante profite de ma faiblesse pour m'aveugler. Je suis si fragile, si frêle, j'ai tellement peur. Faites-moi une piqûre pour que je ne sente rien ou plutôt non mettez-moi sans que je le sache un poison violent dans ma boisson et que je meure sans m'en apercevoir.


    Après, vaisseau sans boussole, on perd la dernière musique de la Tour de contrôle et on est seul, terriblement seul, balloté de droite à gauche; on roule, on roule dans l'infini. On n'en peut plus. "Arrêtez""Arrêtez""Maman""Papa""Mon fils""Ma fille" mais personne n'entend plus et le bois du cercueil demeure muet.
    Maman elle est à des milliards et des milliards de kilomètres. Jamais plus je ne la verrai sourire, m'embrasser, se pencher vers moi. Les larmes me viennent aux yeux. J'ai du mal à les contenir. Ça pique. Il est 21 h 50. Nous sommes le 1er février 1976.

     

     

    .

     

     

    CHARLES VERSINI

    Editions L'Harmattan.

     

     

    .

     

    Si belle

     


    0 0


    Les ombres des morts sortent de la poussière

    et s’envolent dans le vent

     

    je crois en une seule terre en un seul ciel

    je crois en la résurrection des pierres

    et l’immortalité des vagues

     

    je crois au murmure des graines dans la terre

    je crois au silence des lacs de forêt

     

    les nuages descendent quand je les appelle

    les continents engloutis surgissent de la mer

    et l’arc-en-ciel se casse en deux

    les églises se renient les unes les autres

    avant que le coq ne chante pour la troisième fois

    les déserts oublient leur nom

    et les montagnes s’inclinent en tremblant

    devant celui qui prononce le dernier mot

     

     

    .

     

     

    JAAN KAPLINSKI

    traduction de l’estonien Antoine Chalvin

     

     

    .

     

    Monte d'Oro - Wilhelm VILKRIST (1887-1972)2

    Monte d'Oro - Wilhelm VILKRIST (1887-1972)


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    aznavour2

     

     

    .

     

    .

    Comment crois-tu qu'ils sont venus? 
    Ils sont venus, les poches vides et les mains nues 
    Pour travailler à tours de bras 
    Et défricher un sol ingrat 

    Comment crois-tu qu'ils sont restés? 
    Ils sont restés, en trimant comme des damnés 

     

    Sans avoir à lever les yeux 
    Pour se trouver tout près de Dieu 

    Tous ensemble 
    Ils ont vois-tu, plein de ferveur et de vertu 
    Tous ensemble 
    Bâti un temple à temps perdu 

    Comment crois-tu qu'ils ont tenu? 
    Ils ont tenu, en étant croyants et têtus 
    Déterminés pour leurs enfants 
    À faire un monde différent 
    Les émigrants 

     

     

    Comment crois-tu qu'ils ont mangé? 
    Ils ont mangé, cette sacré vache enragée 
    Qui vous achève ou vous rend fort 
    Soit qu'on en crève ou qu'on s'en sort 

    Comment crois-tu qu'ils ont aimé? 
    Ils ont aimé, en bénissant leur premier né 
    En qui se mélangeait leurs sangs 
    Leurs traditions et leurs accents 

    Tous ensemble 
    Ils ont bientôt, créé un univers nouveau 
    Tous ensemble 
    Sans holocauste et sans ghettos 

    Comment crois-tu qu'ils ont gagné? 
    Ils ont gagné, quand il a fallu désigner 
    Des hommes qui avaient du cran 
    Ils étaient tous au premier rang 
    Les émigrants 

    Comment crois-tu qu'ils ont souffert? 
    Ils ont souffert, certains en décrivant l'enfer 
    Avec la plume ou le pinceau 
    Ça nous a valu Picasso 

    Comment crois-tu qu'ils ont lutté? 
    Ils ont lutté, en ayant l'amour du métier 
    Jusqu'à y sacrifier leur vie 
    Rappelez-vous Marie Curie 

    Tous ensemble, avec leurs mains 
    Ils ont travaillé pour demain 
    Tous ensemble 
    Servant d'exemple au genre humain 

    Comment crois-tu qu'ils ont fini? 
    Ils ont fini, laissant un peu de leur génie 
    Dans ce que l'homme a de tous temps 
    Fait de plus beau fait de plus grand 
    Les émigrants

     

     

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    CHARLES AZNAVOUR

     

     

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     Rêver,chercher, apprendre 
    N'avoir que l'écriture et pour Maitre et pour Dieu 
    Tendre à la perfection à s'en crever les yeux 
    Choquer l'ordre établi pour imposer ses vues 
    Pourfendre 

    Choisir, saisir, comprendre 
    Remettre son travail cent fois sur le métier 
    Salir la toile vierge et pour mieux la souiller 
    Faire hurler, sans pudeur, tous ces espaces nus 
    Surprendre 

    Traverser les brouillards de l'imagination 
    Déguiser le réel de lambeaux d'abstraction 
    Désenchainer le trait par mille variations 
    Tuons les habitudes 
    Changer, créer, détruire 

    Pour briser les structures à jamais révolues 
    Prendre les contrepieds de tout ce qu'on a lu 


    Écrire ta peur de sueur, d'angoisse 
    Souffrant d'une étrange langueur 
    Qui s'estompe parfois mais qui refait bientôt surface 
    Usé de sa morale en jouant sur les moeurs 
    Et les idées du temps 

    Imposer sa vision des choses et des gens 
    Quitte àêtre pourtant maudit 
    Aller jusqu'au scandale 
    Capter de son sujet la moindre variation 

    Explorer sans relâche et la forme et le fond 
    Et puis l'oeuvre achevée, tout remettre en question 
    Déchiré d'inquiétude 

    Souffrir, maudire 
    Réduire l'art à sa volonté brulante d'énergie 
    Donner aux sujets morts comme un semblant de vie 
    Et lâchant ses démons sur la page engourdie 
    Écrire, Écrire 
    Écrire comme on parle et on crie 
    Il nous restera ça 
    Il nous restera ça
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