Are you the publisher? Claim or contact us about this channel


Embed this content in your HTML

Search

Report adult content:

click to rate:

Account: (login)

More Channels


Showcase


Channel Catalog


Channel Description:

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

older | 1 | .... | 57 | 58 | (Page 59) | 60 | 61 | .... | 183 | newer

    0 0

    L'histoire se situe vers la fin du XVIIe siècle et met en scène une fée et un homme nommé Poli d'Olmiccia. Ce dernier était propriétaire du domaine de Tulono le long duquel coulait la rivière du Rizzanèse. Un jour qu'il se promenait sur ses berges. Poli s'arrêta stupéfait : au bord du trou d'eau qu'on appela par la suite Lava di a Fata (Lac de la Fée) ou encore Tufone di a Fata (Trou de la Fée), il surprit une fée en train de faire sa toilette. Selon une autre version, la fée avait profité de la belle journée pour faire sa lessive qu'elle était en train d'étendre sur une pierre. Ce jour-là, Poli n'intervint pas de crainte que la jeune femme découverte ne disparût à jamais. Mais il revint le lendemain et les jours suivants, observant cette belle dame qui, inconsciente du danger qui la menaçait, vaquait à ses occupations avant de disparaître, telle une couleuvre, dans le creux situé dans un banc rocheux de la berge droite du Rizzanèse.
    Poli finit par tomber amoureux de celle à qui, chaque matin, il venait secrètement rendre visite. Et vint le jour où germa en lui l'idée de la capturer afin de persuader la belle de partager sa vie. Donc, un jour que celle-ci était tout absorbée à démêler son abondante chevelure, Poli jeta promptement un filet sur la rivière et ramena sans difficulté sa belle captive. Prise au piège, la fée écouta Poli qui, lui déclarant avec flamme son amour, lui demanda de bien vouloir l'épouser. Celle-ci en fut émue et accepta les propositions de Poli, mais à une seule condition : que jamais Poli ne cherchât, au cours de leur vie conjugale, à savoir comment elle mangeait et buvait.

    Selon une autre version, elle demanda à Poli de ne jamais tenter d'apercevoir son épaule nue. Poli accepta cette condition et épousa l'élue de son cœur. Il n'y avait pas d'épouse plus admirable à Olmiccia. Celle-ci donna le jour à trois filles et trois beaux garçons qui firent le bonheur de Poli. Mais chaque jour, elle se retirait peu après dans sa chambre en emportant les restes. Nul ne savait comment elle les absorbait ni comment elle buvait. C'était là la condition du bonheur de Poli et pendant des années, il sut résister à la tentation d'en savoir davantage.

    Mais un beau jour, hélas, la curiosité l'emporta... et après avoir soupé, Poli se dirigea
    vers la chambre où, enfermée avec les restes du repas, la fée était secrètement en train de se sustenter. Il colla donc son œil au trou de la serrure et vit, oh ! surprise, sa femme introduire ses aliments dans une ouverture située dans son dos, ouverture dont Poli n'avait jusque-là jamais soupçonné l'existence. Mais Poli, en satisfaisant sa curiosité, venait de rompre sa promesse, ce qui allait être lourd de conséquences...

    « Hélas, s'écria soudain son épouse, la fée, surprise en son secret, tu viens de faire notre malheur! » Le regard indiscret de Poli, brisant le contrat qui le liait à sa femme, détruisit du même coup leur bonheur. Ils partagèrent leurs six enfants : Poli choisit les garçons et la fée disparut avec ses trois filles. Au moment de partir, sur le seuil de la maison, la fée prédit à Poli que dès lors et jusqu'à la septième génération, la famille Poli ne compterait parmi les siens pas plus de trois héritiers mâles. Prédiction dont les mots restèrent gravés dans la mémoire des Poli « Fino alla settesima generazione, la stirpe dei Poli più di tre barbe mai generar non potrà ! » L'avenir prouva que la fée ne s'était pas trompée...

     

    .

     

    ortoli2

     

     


    0 0
  • 09/03/15--13:40: PIERRE RABHI
  • Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie.


    Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser.

    Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.

    Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits.

    Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs.

    Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.

    Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie.

    Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons.

    L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.
    .
    .


    PIERRE  RABHI
    .
    .
    .

    dessin-de-vieille-classe-


    0 0
  • 09/04/15--00:40: JOSE EMILIO PACHECO
  • Sous le plus petit empire que l'été a rongé
    s'écroulent les jours, la foi, les prévisions.
    Dans la dernière vallée
    la destruction s'assouvit
    dans des villes vaincues que la cendre affronte.
    La pluie éteint la forêt illuminée par l'éclair.
    La nuit laisse son venin.
    Les mots se brisent contre l'air.
    Rien ne se restitue,
    Rien n'accorde
    La verdeur aux champs calcinés.
    Ni l'eau dans son exil
    Ne retournera à la fontaine
    Ni les os de l'aigle
    Ne retourneront à ses ailes.

     

    .

     

     

    JOSE EMILIO PACHECO

     

    .

     

    camille marceau2

    Photographie Camille Marceau


    0 0
  • 09/04/15--01:03: JE SUIS UN HOMME...
  • J'ai froid...De ce froid qui rabougrit, mène à se mettre en boule, à cacher toutes ses blessures. En demeurant aux aguets pour bondir et défendre ce qu'il me reste de valeurs. Privées, publiques...
    Les secondes, aujourd'hui, me conduisent à sortir de cette léthargie, et pousser, comme on me dit, un coup de gueule. Un enfant est mort. On publie sa photo. Certains s'indignent du principe au nom de la démagogie, du populisme, de l'appel à l'émotion. D'autres disent que cela permet de ne pas parler de tous les autres massacres dont on ne s'indignerait qu'au nom de ses propres valeurs ou croyances.
    J'ai entendu des premiers ministres d'anciens pays du "bloc de l'est" dire que l'accueil des migrants remettrait en cause les valeurs chrétiennes qui ont fondé l'Europe. J'entends un sinistre Ciotti, député de droite, dire qu'il faut se méfier de la générosité. Je vois un sondage où 60% des Français sont contre l'accueil des migrants.
    Tout ceci, mot pour mot, ressemble aux thématiques développées dans les années 30, aux mêmes lieux, par des clones de ces personnages.
    Alors gueuler, oui, gueuler. Dire haut et fort, pour reprendre d'autres mots que l'accueil des migrants n'est ni un concept, ni une problématique économique, mais juste une obligation morale au nom de notre appartenance à l'humanité, de notre richesse économique et de notre responsabilité dans les causes même de ces migrations.
    L'immigration économique à la suite de la colonisation, du principe même de l'impérialisme économique qui ont conduit à concentrer dans les mêmes lieux un maximum d'êtres humains et un minimum de richesses ont créé cette situation migratoire que nous connaissons depuis un siècle. Et que nous n'avons jamais su prendre en compte avec la fraternité et la justice nécessaires.
    Mais ici, il ne s'agit même plus, ou pas seulement, d'une migration économique, mais d'une migration par refus de la guerre. Une guerre dont les occidentaux sont les seuls responsables. Reprenant les mêmes lâchetés que celles qui ont conduit aux accords de Munich en 1936. Toujours cette même capitulation devant tous les totalitarismes.
    Et ferons-nous, à nouveau, ce que nous avons toujours fait, avec les juifs allemands, avec les opposants au stalinisme ou au nazisme : refuser les migrants, avoir peur, développer des thèmes identitaires de repli et de valeurs d'exclusion ?
    Alors, oui, un enfant est mort et son image est nécessaire. Simplement comme symbole universel de notre lâcheté collective. De nos calculs électoraux. De nos nationalismes mortifères.
    Sortir de ma tanière. Lécher mes plaies. Crier très fort. Vaincre le froid. Ce sont des hommes. Je suis un homme.

     

    .

     

    JEAN DIHARCE

     

    .

     

    ENFANT2


    0 0
  • 09/04/15--04:53: AHMED BEN DHIAB
  • Nous avons la sagesse du pauvre
    le secret de nos rêves et de la langue
    nous les ouvriers citoyens de l'écho nuptial de la terre
     nés de la cadence
    du contrepoint du jour
    et du collier de jasmin

    de la colombe au-delà de l'évidence
    et l’ordinaire horreur
    un apatride
    un enfant décharné
    un mendiant d’eau et de cri
    un otage
     un morts
    sont avec nous
    ils mangent à notre table
    et relisent déchiffrent l’humain
    ses actes ses intentions
    la parenthèse et son silence
    dans la bouche du locuteur absent

     

    .

     

    AHMED BEN DHIAB

     

    .

     

     

    Maurice Denis

    Oeuvre Maurice denis

     

     

     


    0 0
  • 09/04/15--06:09: AGNES SCHNELL
  • Un jour peut-être
    un jour où tout sera visible
    à portée de tes mots
    pourras-tu nommer
    les marges et les hors-champs
    tout ce que tu rejetais
    avec tes biffures.

    Angle mort soudain
    dans l’existence

    on se heurte aux murs
    rocs miroirs ou poussières .
    On se perd de digues en lézardes
    surtout la nuit
    quand le corps patiente
    quand la pensée court et dérape.

     

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    AGNES,

     

     


    0 0
  • 09/07/15--12:01: JUARROZ
  • Les paradis perdus n’existent pas.
    Le paradis est une chose qui se perd tous les jours,
    comme se perdent tous les jours la vie,
    l’éternité et l’amour.

    Ainsi perdons-nous également l’âge
    qui semblait croître
    et pourtant diminue chaque jour.
    car le compte est à l’envers.
    Ou ainsi se perd la couleur de ce qui existe,
    en descendant comme un animal bien dressé
    marche par marche,
    jusqu’à ce que nous soyons sans couleur.

    Et comme nous savons au surplus
    que les paradis futurs non plus n’existent pas,
    il ne reste alors d’autre issue
    que d’être le paradis.

     

    .

     

    ROBERTO JUARROZ

     

    .

     

     

    nathalie magrez2

     Photographie Nathalie Magrez


    0 0
  • 09/07/15--13:39: ANACHRONIQUE...Extrait
  • Oh tant de bleu

    sur la conscience

    tant de matins légers

    et de brumes pudiques

    votre précise fébrilité

    mains féminines

    ouvrant la porte aux peupliers

    rassurant les choses inquiètes

    vérifiant la fraîcheur des fronts

     

    Pas un avril féroce

    Pas un baiser amer

    Et pourtant parfois

    une peine comme

    une écharde

    quand une seule feuille

    oubliait

    l'allégresse du vert

    quand un oiseau

    doutait du ciel

    quand résistant

    à tes douces tisanes

    l'insomnie

    regardait dans les yeux

    la grande nuit muette

     

    Puis-je te demander

    de fonder pour moi

    le ciel de l'ancienne douceur

    de me rendre

    l'usage des larmes

    pour qu'apparaisse

    au bord d'un cil

    clair et parfait

    l'infime alpha

    d'une peine de mon enfance

    que mon coeur

    loin très loin

    dans les saisons du sang

    bat comme une peine étrangère

     

    Puis-je te demander

    de mentir pour moi

    de nouveau

    comme savent mentir les fables

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    eddie o'brian

    Photographie Eddie O'Brien

     

     

     

     


    0 0


    0 0
  • 09/10/15--07:09: HYMNES A LA NUIT..Extrait
  • " Vers le bas je me tourne, vers la sainte, l’ineffable, la mystérieuse Nuit. Le monde est loin - sombré en un profond tombeau - déserte et solitaire est sa place. Dans les fibres de mon cœur souffle une profonde nostalgie. Je veux tomber en gouttes de rosée et me mêler à la cendre. - Lointains du souvenir, souhaits de la jeunesse, rêves de l’enfance, courtes joies et vains espoirs de toute une longue vie viennent en vêtements gris, comme des brouillards du soir après le coucher du soleil. La Lumière a planté ailleurs les pavillons de la joie. Ne doit-elle jamais revenir vers ses enfants qui l’attendent avec la foi de l’innocence ?
    Que jaillit-il soudain de si prémonitoire sous mon cœur et qui absorbe le souffle douceâtre de la nostalgie ? As-tu, toi aussi, un faible pour nous, sombre Nuit ? Que portes-tu sous ton manteau qui, avec une invisible force, me va à l’âme ? Un baume précieux goutte de ta main, du bouquet de pavots. Tu soulèves dans les airs les ailes alourdies du cœur. Obscurément, ineffablement nous nous sentons envahis par l’émoi - je vois, dans un joyeux effroi, un visage grave, qui, doux et recueilli, se penche vers moi, et sous des boucles infiniment emmêlées montre la jeunesse chérie de la Mère. Que la Lumière maintenant me semble pauvre et puérile - heureux et béni l’adieu du jour ! - Ainsi c’est seulement parce que la Nuit détourne de toi les fidèles, que tu as semé dans les vastitudes de l’espace les globes lumineux, pour proclamer ta toute-puissance - ton retour - aux heures de ton éloignement. Plus célestes que ces étoiles clignotantes, nous semblent les yeux infinis que la Nuit a ouverts en nous. Ils voient plus loin que les plus pâles d’entre ces innombrables armées stellaires - sans avoir besoin de la Lumière ils sondent les profondeurs d’un cœur aimant - ce qui remplit d’une indicible extase un espace plus haut encore. Louange à la reine de l’univers, à la haute révélatrice de mondes sacrés, à la protectrice du céleste amour - elle t’envoie vers moi - tendre Bien-Aimée - aimable soleil de la Nuit, - maintenant je suis éveillé - car je suis tien et mien - tu m’as révélé que la Nuit est la vie - tu m’as fait homme - consume mon corps avec le feu de l’esprit, afin que, devenu aérien, je me mêle à toi de plus intime façon et qu’ainsi dure éternellement la Nuit Nuptiale."

     

    .

     

    NOVALIS

     

    .

     

    nathalie magrez,

    Photographie Nathalie Magrez


    0 0

    "Lorsque nous confondons le passé avec ses désastres et ses faillites, sa poussière et ses ruines, nous perdons accès à ce qui se dissimule derrière ; à l'abri des regards : le trésor inépuisable, le patrimoine fertile...
    Car bon gré mal gré nous vivons sur l'acquis multimillénaire de ceux qui nous ont précédés. Nous foulons la terre des morts, habitons leurs maisons, bien souvent ensemençons leurs terres, cueillons les fruits des arbres qu'ils ont plantés, terminons les phrases qu'ils ont commencées. Pas un coin de rue, pas une route, pas un pont, pas un tunnel, pas un paysage où n'ait oeuvré une foule invisible.
    Cette conscience de l'intangible, loin de peser ou d'alourdir, ouvre le coeur de l'intelligence."

     

    .

     

    CHRISTIANE SINGER

     

    .

     

    Jamil Naqsh14,

    Oeuvre Jamil Naqsh

     


    0 0

    Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,

    En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habituéà vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

    J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires : l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

    Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communautéà laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

    Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.

    Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

    Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.

    Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.

    Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

    Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

     

    .

     

    ALBERT CAMUS

     

    .

     

    colombe2,

     

     


    0 0
  • 09/13/15--11:20: NOUS ALLIONS AU VERGER....
  • Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.
    Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,
    Elle montait dans l’arbre et courbait une branche ;
    Les feuilles frissonnaient au vent ; sa gorge blanche,
    O Virgile, ondoyait dans l’ombre et le soleil ;
    Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,
    Semblable au feu qu’on voit dans le buisson qui flambe.
    Je montais derrière elle ; elle montrait sa jambe,
    Et disait : « Taisez-vous ! »à mes regards ardents,
    Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,
    Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,
    Penchée, elle m’offrait la cerise à sa bouche ;
    Et ma bouche riait, et venait s’y poser,
    Et laissait la cerise et prenait le baiser

     

    .

     

    VICTOR HUGO

     

    .

     

    CERISE2


    0 0
  • 09/14/15--02:04: MUSIQUE...
  • O musique, écho d'un autre monde, soupir d'un ange qui réside en nous, lorsque la parole est sans puissance, lorsque tous les sentiments sont muets dans nos cœurs, toi seule est la voix par laquelle les hommes s'appellent du fond de leur prison, c'est toi qui fais cesser leur isolement et réunis les soupirs qu'ils poussent dans la solitude.

    .

     

    JOHANN PAUL FRIEDRICH RICHTER

     

    .

     


    0 0
  • 09/14/15--04:35: VOUS DE LA SYRIE...
  • Dédiée à Maram Al Masri

     

    Vous de la Syrie

    Vous qui élevez haut les arbres de la liberté

    Vous que les matins fusillent sans sourciller

    Sans se soucier d’épargner vos genoux

    Je vous tiens la main

    Parce que la main de l’homme vaut l’homme

    Vous qui apprenez la douleur des précipices

    La terreur des chars

    L’enfant incrédule  devant le silence

    Vous qui saignez du sang des humains

    Je vous tends la main

    Car une main peut être une feuille de justice

    Vous dont le soleil pleure

    Au midi de la mort

    Vous dont les murs crient sous les balles

    Mères défigurées par la  torture d’aimer

    Pères tombés dans la tombe étonnée

    Frères et sœurs

    Je ne puis pas me taire

    Je vous ouvre ma main pour nourrir vos étoiles

    Je ne puis pas me taire car mon sang est en jeu

    Le sang du monde est en jeu

    Depuis tant de jours le deuil enfonce vos portes

    Ouvre vos fenêtres

    Change vos vêtements et la couleur de vos yeux

    Depuis tant de jours

    Les oiseaux chantent la mort

    Mais la ville résiste

    Pleure

     et résiste

    et pleure

    et résiste

    Parce que la liberté est si fragile  qu’elle est invincible

    C’est une fleur solide

    Un papillon de fer

    Une étoile qui persiste et signe sa lumière

    Vous de la Syrie

    Inépuisable est la douleur  des palmiers

    Le plus rouge des sables s’égoutte au sablier

    La liberté n’a pas besoin de Président

    Elle a besoin d’exemples

    On ne tue pas un miracle qui dit non

    Vous de la Syrie

    Le printemps craque de toutes ses fleurs

    Je me joins au cortège du sacrifice

    Et dans ma main naît le sang de ma solidarité

    La plus belle canonnade est la canonnade du cœur

    Et ce désir de liberté que la mort déracine

    Je l’ai nommé arbre du monde

    Je l’ai planté dans la douleur  du monde

    Et  je regarderai  ses fruits

    Je soupèserai ses fruits qui nous attendent

    Et je vous dirai merci pour la leçon d’honneur

     

    .

     

    ERNEST PEPIN

    Faugas/Lamentin/Guadeloupe

    Le 15 septembre 2011

     

    .

     

    Jamil Naqsh9,

    Oeuvre Jamila Naqsh


    0 0

    Indéfiniment, le bleu s'évade.

    Ce n'est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l'air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l'homme que dans les cieux.
    L'air que nous respirons, l'apparence de vide sur laquelle remuent nos figures, l'espace que nous traversons n'est rien d'autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie.

     

    .

     

    JEAN-MICHEL MAULPOIX

     

    .

     

     

    PAUL ELIE RANSON2

    Oeuvre Paul Elie Ranson

     

     

     


    0 0

    https://lh3.googleusercontent.com/-gFeY136zuwM/VfK7T3kC8zI/AAAAAAAAmc8/mqBbk_-6cu4/w750-h553-no/Werner+Hornung_Nice+meeting+you_reverse.gif

    Oeuvre de Werner Hornung, mise en mouvement par Georges Redhawk


    0 0

    La vie demeure un mystère. Des nos jours, la science l’approche uniquement par ses manifestations et selon les conditions dans lesquelles elle se manifeste.

    L’homme est le seul à subjectiver la joie par laquelle toute vie se révèle. La vie en elle-même ne nous intéresse pas, mais son éprouvé. L’évidence de la vie est le contraire du vide caractérisé par la sensation d’être mort.

    Dans une perspective psychanalytique, la vie est affectivité, sentiment de réplétion subjective. La vie commence avec le pouvoir d’être affecté et devient subjectivité lorsqu’elle est éprouvée et reconnue par l’ego, aussi la vie, l’affectivité ne se révèlent que dans la subjectivité. La clinique nous montre que le pouvoir de sentir l’homme le tient d’un corps vivant créé par l’amour et le désir de l’Autre.

    Lorsque le petit de l’homme vient au monde, il n’éprouve pas la vie, il ne fait que pâtir d’elle car il n’a pas encore la maturité psychique qui lui donne la conscience de lui-même. Néanmoins la vie ne se révèle pas de la même façon pour tous. Un enfant soigné, nourri, cajolé, aimé, s’éveille au monde dans la joie, il est déjà un fils d’Éros. Par contre, celui qui naît dans la violence, la maltraitance, ou l’abandon, habité dès lors par le sentiment d’être mort, est condamnéà la jouissance de Thanatos.

    Éros tend au maintient de la vie par la fusion des éléments générateurs de celle-ci, il est une force créative qui se manifeste par des formes nouvelles de plus en plus complexes.

    Thanatos, pour sa part, est une volonté de retour à l’état initial d’avant la vie, il vise la mort par la désintégration de la forme vivante. Aussi Éros construit la vie et Thanatos la détruit.

    Mais Éros et Thanatos n’agissent jamais seuls, ils s’imbriquent et
    se dés imbriquent constamment ce qui fait de nous ces êtres profondément conflictuels et imprévisibles.

     

    .

     

    CLAUDIA CAMARENA DE OBESO

     

    .

     

     


    0 0


    0 0
  • 09/15/15--03:43: AU SYBILLIN BALLET DE LA MER
  • Ô mon immensité hyaline
    ma nuit perse     au visage voilé

    De renaître à ton choeur sombre
    perpétuel et vague
    à l'étreinte des vagues 

    Où divaguent le profond hiver
    des ciels  les vastités confondues
     L'esquisse sublime
    de nos arabesques insensées

     chaque fois nous révèle
    harmonique à ton plain-chant
    Que ne  m'emporterez-vous assez   Comme la danse
    de l'amour transcende et saoule
    embrase l'essence d'une ivresse
    à nulle autre pareille

    Et c'est au long poème
    de l'absence
    que vont sans rime
    le penser de l'âme
    dont je sais les vertiges
    de l'absinthe  le mirage de la foi

    Nous serons de retour
    par les horizons qui vont
    de lames en rochers
    happer les confins d'un cri
    que le silence de l'amer souligne
    lointainement

    Océane dérive
    humble sillage de nous éperdu
    l'harmonie est une trace
    fugace   nobles desseins
    qui nous rassemblent
    au coeur de blanches nues

    Je vois en cet intant
    que l'onde reine enchâsse
    par le tumulte vaporeux
    des vents et de l'embrun
    se dissoudre l'amertume
    l'encens du chagrin       

    Alors

    Puissé-je ne jamais faillir
    aux accords d'un songe
    à l'illusion qu'Océan
    m'accorde en voguant
    par-delà les murs dilacérés
    de l'intranquilité

     

    .

     

    CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

     

    .

     

     

    werner hornung

    Oeuvre Werner Hornung

     


older | 1 | .... | 57 | 58 | (Page 59) | 60 | 61 | .... | 183 | newer