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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 09/27/15--03:00: UNE DEMEURE PARMI LES ORTIES
  • Songes immatures
    Cueillies à la lisière des insomnies
    Efflorescences d’une aube incertaine
    Rêves calcinés,
    Au soleil de nos errances
    Sur les chemins de l’infortune

    Des vergers d’ Ain- Ezzaouia saccagés
    Par l’Ogre qui règne en maître sur la ville
    Et du visage triste et fermé de la mère
    Tu te souviendras longtemps encore

    Il fallait partir
    Quitter la demeure
    L’enfance au goût de loukoum et des beignets de grand-mère
    D’olives noires comme nos yeux
    Et la course folle dans l’oliveraie
    Parmi les oiseaux et les orties

    Il fallait partir me disait ma mère
    S’arracher à la demeure
    Dire adieu aux pierres ramassées parmi les orties
    Aux chardonnerets attrapés à la glu
    A l’olivier qui a abrité nos premiers émois

    Comme un séisme, le départ ébranla l’existence fragile des enfants
    qui se perdirent
    et ne se retrouvèrent plus
    Et l’enfance fut saccagée
    Par l’Ogre qui règne en maître sur la ville

    Aujourd’hui
    Avec ces mots venus d’ailleurs
    Tu entreprends de rebâtir
    Au creux du temps la demeure de ton enfance
    Au cœur de la constellation des oiseaux aux mille et une couleurs
    Parmi les orties et les songes immatures

    Car nous ne connaissions pas d’autre absolu
    Que cette enfance brûlée par les orties
    Fascinée par les oiseaux
    Jalouse du mystère des choses

     

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    MONCEF KHEMIRI

     

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    maroc3,

     

     

     


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    jaccottet3

    Oeuvre Jacques Basse

    www.jacques-basse.net


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  • 09/27/15--05:53: LE BAISER
  • ô vous divine discrète

    réservée jusqu’à l’extrême
    qui osera faire vibrer l’intime
    à l’émoi dissimulé si sublime

    ô vous tourterelle sur sa tige
    au seuil du vertige

    le baiser qui tout à coup se livre
    perturbe et trouble tout équilibre
    troubadour de l’espace il soupire
    après cette vérité qui l’inspire

    troublante envolée sensible
    vers les limites du cessible

    sur la margelle du cœur
    là il paresse avec douceur
    il tisse la pensée dans un rêve
    Inattendu en se donnant à Eve

    Tenter un baiser est une avancée troublante
    c’est un peu comme cueillir une étoile filante

     

    .

     

    JACQUES BASSE

     

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    Théophile Alexander Steinlein

    Oeuvre Théophile Alexander Steinlein

     

     

     

     


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  • 09/27/15--11:32: POINT DE VUE...Extrait
  •  ...

    Pour retraverser tant d’années, il suffit parfois d’une colline à redescendre : sitôt la rivière atteinte, votre pas d’homme a disparu ; un pied d’adolescent casse les roseaux secs, froisse les poésies, les feuilles mortes et dessine au sable de la rive la même empreinte jadis noyée par les grandes eaux. Quelques larmes de moins, le sentiment plus aigu d’une ignorance illimitée, les désordres du sang domptés ou mués en puissance continue – tout cela n’est que nuances et n’introduit pas de différence profonde entre la rêverie ancienne et la nouvelle, au bord de la même eau sans profondeur sous sa carapace de reflets miroitants. Qu’est ce que ce monde veut dire ? Et s’il n’a pas de réponse à nous donner, pourquoi feint-il sans trêve un discours ? Maintenant comme jadis, cette fuite et cette présence simultanées à mes pieds de l’eau perpétuelle murmurent indéfinissablement quelque chose et je sursaute quand le merle me scande (c’est bientôt la nuit) une question indubitable.


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    GUSTAVE ROUD
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  • 09/27/15--14:56: REFLUX
  • Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l'horizon
    est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des
    haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me
    prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était
    encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de la
    main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée.
     
    La distance parcourue d'une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits
    sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur
    de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon cœur et me ronge les mains. Pourquoi
    rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des
    ombres.
    Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes
    vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé
    toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les
    lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de
    la mort.
     
    Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds.
    Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les
    pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du
    malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les
    hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige
    ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les dérisions
    tranchantes de l'esprit.

     

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    PIERRE REVERDY

     

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    REVERDY2


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    Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.
    Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
    Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
    Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle, me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.

     

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    CAHARLES BAUDELAIRE

     

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    Souche B,

    Oeuvre Serge Fiorio

    http://www.sergefiorio.canalblog.com

     

     

     


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  • 09/30/15--12:40: DÉBRIS MORTELS ET MOZART
  • Au petit jour, une seule fois, le vieux nuage rose dépeuplé survolera les yeux désormais distants, dans la majesté de sa lenteur libre; puis ce sera le froid, l'immense
    occupant, puis le Temps qui n'a pas d'endroit.

    Sur la longueur de ses deux lèvres, en terre commune, soudain l'allégro, défi de ce rebut sacré, perce et reflue vers les vivants, vers la totalité des hommes et des
    femmes en deuil de patrie intérieure qui, errant pour n'être pas semblables, vont à travers Mozart s'éprouver en secret.

    -Bien-aimée, lorsque tu rêves à haute voix, et d'aventure prononces mon nom, tendre vainqueur de nos frayeurs conjuguées, de mon décri solitaire, la nuit est claire
    à traverser.

     

     .

     

     RENE CHAR

     

     .

     

     

    partition,,


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  • 10/03/15--10:07: J'AI HONTE D'ÊTRE HUMAINE
  •  Lejournal Depersonne
    samedi 3 octobre 2015
    .
    On se méprise... on se méprend
    Et de temps en temps...
    On se méprise à force de se méprendre
    Car on l'a bien compris
    Dans tout mépris, il y a méprise
    Notamment lorsqu'on sous-estime l'autre
    Ou qu'on se surestime soi-même
    On se méprise, on se méprend...
    Quand on n'aime pas apprendre
    Quand on a du mal à se comprendre
    On se distingue pour mieux se confondre
    On se confond pour ne pas se morfondre
    Un peu d'arrogance, beaucoup d'ignorance
    Pour dissimuler l'impuissance de notre puissance
    Si on savait on ne chercherait pas à le faire valoir
    Si on valait on ne chercherait pas à le faire savoir
    À la source de ce mal et de ces maux :
    L'orgueil, Monsieur
    La vanité, Madame
    Ces deux là n'ont jamais fait bon ménage
    Ils ont juste eu le temps de mettre au monde un beau monstre
    Il s'appelle comment déjà ?
    America ! America !
    Qui a vu ses enfants se faire tirer comme des lapins
    Et qui n'a pas levé le petit doigt
    Pour bannir l'usage des armes à feu
    Je le sais... je le sais
    Je ne fais que prouver
    Ce que je suis censée réprouver
    Mais je crois être l'exception
    Qui peut se mépriser sans se méprendre.
    Non, l'Amérique n'a pas honte d'être américaine
    Mais moi, j'ai honte d'être humaine...
    .
    PERSONNE

     

     

     


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    La voix ne recule pas sans livrer combat, elle ne se tait pas sans avoir protesté, elle n’est pas résignée quand elle quitte le champ de bataille. Prendre conscience de ce qui est, réaliser ce qui doit être. La littérature n’a jamais pu se fixer objectif plus ambitieux.

    Elle porte plainte ? Pas contre ce qui est insignifiant, et jamais dans la lamentation. Contre le mutisme aux aguets. Contre la disparition menaçante de toute communication entre littérature et société, ce qui est une évidence pour tout écrivain intègre dans un environnement bourgeois. Contre la perspective de rester seul avec le mot (« le mot ne fera qu’entraîner d’autres mots, la phrase une autre phrase »). Contre l’inquiétante tentation de devenir complice des dangers mortels auxquels le monde s’expose par l’adaptation, l’aveuglement, l’acceptation, l’habitude, l’illusion et la trahison.

     …

     

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    CHRISTA WOLF

     

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    guy denning,

    Oeuvre Guy Denning


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  • 10/03/15--12:25: CANTATE POUR UNE FLEUR
  • Cri qui perça le tout       de bout en bout

    l'indicible douleur de la gitane

    voix qui contient l'alpha et l'omega et le reste

    va et vient continu depuis le grand silence du début

     

    La lumière diffuse s'est figée      en goutte

                                 graine d'inaudible

    musiques     danses      peintures      récits

    résonance condensée du premier pouls

    avant de s'incarner

    de se déployer dans les bras de l'immensité

                                 puissance de tout ce qui a été dit et pas dit

    Le pouls du monde vibration qui

                 déborde de chaque point du corps

                 pour que tu puisses l'entendre

                                 la pensée alors n'a plus de lieu où se tenir

    Frisson amoureux à la naissance du monde

    phonème au diapason de l'espace

    joie intense originelle qui annule les discordances

     

    et les murs se retirent     loin

    L’enthousiasme     du tout fait l'un

                                 tourbillon qui engloutit le temps

                                 laisse les scories en surface

    Et les montagnes redeviennent montagnes

    et les rivières redeviennent rivières

     

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    NIKOS LYBERIS

     

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    VLADIMIR MUKHIN2,

     

     

     

    Oeuvre Vladimir Mukhin


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  • 10/03/15--13:00: FRAGMENTS...Extrait
  • Il n’y a plus d’ombre. Une seule larme où tremble un monde.

    Si peu de miel à cette heure que les ruches s’emplissent de cris absurdes.

    Ai-je grandi ? Je suis seul sur cet équilibre de pierres d’où j’embrasse tout le décor. Mais qui a brossé tant de verdeur ? Je suis seul. Le peuplement du soleil envahit jusqu’à mon nom. J’ai grandi. Je suis heureux.

    La lumière tisse son châle de frissons.

    Le moment où l’esprit s’habille de stupeur. Moi, rendu aux traces, à l’arête de la pierre. Moment trop aiguisé pour que la parole en sorte indemne.

    Ces tons de rose sur les façades lointaines, sur l’arête du mont, ces traces sur la neige, brindilles de pattes autour d’un peu de terre découverte, ces haies d’oiseaux sur la route, ouvrent une porte dans le froid et nous restons sur le seuil, incapables d’entrer, retranchés de ce monde où nous avions pris pied en conquérants. La distance soudain nous refoule à laquelle nous restons aveugles.

    L’hiver nettoie, sa rudesse laisse mieux apparaître les constantes du paysage. Ce vertige éternel lisible dans le sommeil de la vigne.

    Ceux qui n’oublient pas les incessantes mutilations infligées à cette terre rendent volontiers hommage à la cinglante nudité du ciel. Là-haut, le soleil tourne sa bague et attend d’inhumer les morts, leur monnaie liquéfiée dans la gorge. L’herbe bleue murmure une autre condition. Le chemin n’est pas fermé.

    Nommer cette joie serait l’égarer.

    Cette lumière n’est pas faite pour l’opulence, elle irait ainsi jusqu’à l’écœurement. Elle est faite pour la nudité.

     

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    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

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    SERGE FIORIO,2

    Oeuvre Serge Fiorio

    http://www.sergefiorio.canalblog.com

     


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    À la naissance de Sona Jobarteh (à Londres), la kora était encore aux mains des hommes. Seulement voilà, la petite fille avait pour cousin le fameux korafolà Tunde Jegende, et très vite elle brille sur cette harpe-luth mandingue. Aujourd’hui, elle est la plus célèbre des virtuoses africaines. Elle apprend aussi le violoncelle, le piano et la harpe au Royal College of Music de Londres. Elle participe à divers projets orchestraux, joue notamment avec l’Irish Chamber Orchestra et le Royal Philharmonic Orchestra. Elle est également membre de l’African Classical Music Ensemble. En 2008, elle réalise son premier album acoustique « Afro Soul ». « Fasiya », son dernier CD, est sorti récemment – avec Sona à la kora, à la guitare‚ à la basse, aux percussions et à la calebasse. Et bien sûr, au chant. Pionnière, elle l’est aussi dans un tout autre domaine : c’est elle qui a écrit la première musique de film africaine, pour Motherland d’Alik Shahadah, un long métrage qui a remporté une moisson de prix.

    http://www.sonajobarteh.com/


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  • 10/10/15--08:51: POURTANT JE M'ELEVE
  • Vous pouvez me citer dans l'histoire
    Avec vos mensonges amères et tordus, 
    Vous pouvez m’enfoncer dans la boue
    Mais, comme la poussière, je m’élèverai.
    Mon arrogance vous perturbe-t-elle? 
    Pourquoi sombrer dans la tristesse?
    Parce que je marche comme si j'avais des puits 
    Pompant leur pétrole dans mon salon.
    Tout comme les lunes et les soleils, 
    Avec la certitude des marées,
    Tout comme les espoirs toujours vivaces, 
    Je vais encore m’élever.
    Désirez-vous me voir brisée?
    Tête inclinée, regard baissé? 
    Les épaules tombantes comme des larmes. 
    Affaiblie par mes pleurs inspirés.
    Mon orgueil vous offense-t-il? 
    Si dur pour vous à supporter?
    Parce que je ris comme si j’avais des mines d'or 
    Creusées dans mon arrière-cour.
    Vous pouvez m’abattre avec vos mots, 
    Me cisailler avec vos yeux, 
    Me tuer avec votre haine, 
    Mais, comme l'air, je m’élèverai.
    .
    Ma sensualité vous bouleverse-t-elle? 
    Est-il vraiment si surprenant 
    Que je danse comme si je cachais des diamants 
    A la jointure de mes cuisses?
    .
    Sortie des huttes de l'histoire honteuse
    Je m’élève 
    Extraite d’un passé enraciné dans la douleur 
    Je m’élève 
    Je suis un océan noir vaste et bondissant, 
    Montant et enflant je résiste à la marée. 
    Laissant derrière les nuits de terreur et de peur 
    Je m’élève 
    Vers une aube infiniment claire 
    Je m’élève 
    Apportant les cadeaux offerts par mes ancêtres, 
    Je suis le rêve et l'espoir de l'esclave. 
    Je m’élève 
    Je m’élève 
    Je m’élève.
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    MAYA ANGELOU
    Traduction : Mathilda & Samuel Légitimus
    Cette traduction n'est pas libre de droit
    © Collectif James Baldwin,
    collectifbaldwin@free.fr
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    ARTURO RIVERA VARGAS2

    Photographie Arturo Rivera Vargas


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    Six ans avant sa disparition, l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâécrit une lettre dédiée à« La Jeunesse », pleine de force et de vigueur. Celui qui a côtoyé Théodore Monod à l’Institut Français d’Afrique Noire, et a occupé les sièges de l’UNESCO, livre là ses derniers engagements, son combat pour le multiculturalisme et la paix. Une belle leçon de vie, chargée d’espoir à l’heure où le Mali se déchire de nouveau.                       

     

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    Mes chers cadets,

    Celui qui vous parle est l'un des premiers nés du vingtième siècle. Il a donc vécu bien longtemps et, comme vous l'imaginez, vu et entendu beaucoup de choses de par le vaste monde. Il ne prétend pas pour autant être un maître en quoi que ce soit. Avant tout, il s'est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd'hui encore sa soif d'apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours.

    Il a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l'aimer en conséquence. Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant.

    Après cette quête difficile, il entreprit de nombreux voyages à travers le monde : Afrique, Proche-Orient, Europe, Amérique. En élève sans complexes ni préjugés, il sollicita l'enseignement de tous les maîtres et de tous les sages qu'il lui fut donné de rencontrer. Il se mit docilement à leur écoute. Il enregistra fidèlement leurs dires et analysa objectivement leurs leçons, afin de bien comprendre les différents aspects de leurs cultures et, par là même, les raisons de leur comportement. Bref, il s'efforça toujours de comprendre les hommes, car le grand problème de la vie, c'est la MUTUELLE COMPRÉHENSION.

    Certes, qu'il s'agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c'est cela qu'il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l'autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d'enrichissement mutuel. De même que la beauté d'un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde. Combien ennuyeux et monotone serait un monde uniforme où tous les hommes, calqués sur un même modèle, penseraient et vivraient de la même façon ! N'ayant plus rien à découvrir chez les autres, comment s'enrichirait-on soi même ?

    A notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l'accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu'ils ont de commun, dans le respect de l'identité de chacun. La rencontre et l'écoute de l'autre est toujours plus enrichissante, même pour l'épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d'Afrique disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais. « LA » Vérité se trouve au milieu. Pour s'en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l'autre...

    Jeunes gens, derniers-nés du vingtième siècle, vous vivez à une époque à la fois effrayante par les menaces qu’elle fait peser sur l'humanité et passionnante par les possibilités qu'elle ouvre dans le domaine des connaissances et de la communication entre les hommes. La génération du vingt et unième siècle connaîtra une fantastique rencontre de races et d'idées. Selon la façon dont elle assimilera ce phénomène, elle assurera sa survie ou provoquera sa destruction par des conflits meurtriers. Dans ce monde moderne, personne ne peut plus se réfugier dans sa tour d'ivoire. Tous les États, qu'ils soient forts ou faibles, riches ou pauvres, sont désormais interdépendants, ne serait-ce que sur le plan économique ou face aux dangers d'une guerre internationale. Qu'ils le veuillent ou non, les hommes sont embarqués sur un même radeau : qu'un ouragan se lève, et tout le monde sera menacéà la fois. Ne vaut-il pas mieux essayer de se comprendre et de s'entraider mutuellement avant qu'il ne soit trop tard ?

    L'interdépendance même des États impose une complémentarité indispensable des hommes et des cultures. De nos jours, l'humanité est comme une grande usine où l'on travaille à la chaîne : chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l'usine.

    Actuellement, en règle générale, les blocs d'intérêt s'affrontent et se déchirent. Il vous appartiendra peut-être, ô jeunes gens, de faire émerger peu à peu un nouvel état d'esprit, davantage orienté vers la complémentarité et la solidarité, tant individuelle qu'internationale. Ce sera la condition de la paix, sans laquelle il ne saurait y avoir de développement.

    La civilisation traditionnelle (je parle surtout de l'Afrique de la savane au sud du Sahara, que je connais plus particulièrement) était avant tout une civilisation de responsabilité et de solidaritéà tous les niveaux. En aucun cas un homme, quel qu’il soit, n'était isolé. Jamais on n'aurait laissé une femme, un enfant, un malade ou un vieillard vivre en marge de la société, comme une pièce détachée. On lui trouvait toujours une place au sein de la grande famille africaine, où même l'étranger de passage trouvait gîte et nourriture. L'esprit communautaire et le sens du partage présidaient à tous les rapports humains. Le plat de riz, si modeste fût-il, était ouvert à tous.

    L'homme s'identifiait à sa parole, qui était sacrée. Le plus souvent, les conflits se réglaient pacifiquement grâce à la « palabre » : « Se réunir pour discuter, dit l'adage, c’est mettre tout le monde à l’aise et éviter la discorde ». Les vieux, arbitres respectés, veillaient au maintien de la paix dans le village. « Paix ! », « La paix seulement ! », sont les formules-clé de toutes les salutations rituelles africaines. L'un des grands objectifs des initiations et des religions traditionnelles était l'acquisition, par chaque individu, d'une totale maîtrise de soi et d'une paix intérieure sans laquelle il ne saurait y avoir de paix extérieure. C'est dans la paix et dans la paix seulement que l'homme peut construire et développer la société, alors que la guerre ruine en quelques jours ce que l'on a mis des siècles à bâtir !

    L'homme était également considéré comme responsable de l'équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n'était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n'était que le gérant. Voilà une notion qui prend aujourd'hui toute sa signification si l'on songe à la légèreté avec laquelle les hommes de notre temps épuisent les richesses de la planète et détruisent ses équilibres naturels.

    Certes, comme toute société humaine, la société africaine avait aussi ses tares, ses excès et ses faiblesses. C'est à vous, jeunes gens et jeunes filles, adultes de demain, qu'il appartiendra de laisser disparaître d'elles-mêmes les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs traditionnelles positives. La vie humaine est comme un grand arbre et chaque génération est comme un jardinier. Le bon jardinier n'est pas celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes et, au besoin, procéder judicieusement à des greffes utiles. Couper le tronc serait se suicider, renoncer à sa personnalité propre pour endosser artificiellement celle des autres, sans y parvenir jamais tout à fait. Là encore, souvenons-nous de l'adage : « Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être, mais jamais il ne deviendra caïman !

    Soyez, jeunes gens, ce bon jardinier qui sait que, pour croître en hauteur et étendre ses branches dans toutes les directions de l'espace, un arbre a besoin de profondes et puissantes racines. Ainsi, bien enracinés en vous-mêmes, vous pourrez sans crainte et sans dommage vous ouvrir vers l'extérieur, à la fois pour donner et pour recevoir.

    Pour ce vaste travail, deux outils vous sont indispensables : tout d'abord, l'approfondissement et la préservation de vos langues maternelles, véhicules irremplaçables de nos cultures spécifiques ; ensuite, la parfaite connaissance de la langue héritée de la colonisation (pour nous la langue française), tout aussi irremplaçable, non seulement pour permettre aux différentes ethnies africaines de communiquer entre elles et de mieux se connaître, mais aussi pour nous ouvrir sur l'extérieur et nous permettre de dialoguer avec les cultures du monde entier.

    Jeunes gens d'Afrique et du monde, le destin a voulu qu'en cette fin du vingtième siècle, à l'aube d'une ère nouvelle, vous soyez comme un pont jeté entre deux mondes : celui du passé, où de vieilles civilisations n'aspirent qu'à vous léguer leurs trésors avant de disparaître, et celui de l'avenir, plein d'incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d'aventures nouvelles et d'expériences passionnantes. Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu'il y ait, non-rupture mutilante, mais continuation sereine et fécondation d'une époque par l'autre.

    Dans les tourbillons qui vous emporteront, souvenez-vous de nos vieilles valeurs de communauté, de solidarité et de partage. Et si vous avez la chance d'avoir un plat de riz, ne le mangez pas tout seuls. Si des conflits vous menacent, souvenez-vous des vertus du dialogue et de la palabre !

    Et lorsque vous voudrez vous employer, au lieu de consacrer toutes vos énergies à des travaux stériles et improductifs, pensez à revenir vers notre Mère la Terre, notre seule vraie richesse, et donnez-lui tous vos soins afin que l'on puisse en tirer de quoi nourrir tous les hommes. Bref, soyez au service de la Vie, sous tous ses aspects !

    Certains d'entre vous diront peut-être: « C’est trop nous demander! Une telle tâche nous dépasse ! ». Permettez au vieil homme que je suis de vous confier un secret : de même qu'il n'y a pas de « petit » incendie (tout dépend de la nature du combustible rencontré), il n'y a pas de petit effort. Tout effort compte, et l'on ne sait jamais, au départ, de quelle action apparemment modeste sortira l'événement qui changera la face des choses. N'oubliez pas que le roi des arbres de la savane, le puissant et majestueux baobab, sort d'une graine qui, au départ, n'est pas plus grosse qu'un tout petit grain de café...

     

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    AMADOU HAMPÂTE  BÂ

     

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    GERALDINE GABIN

    Oeuvre Géraldine Gabin

    http://www.farfart.blogspot.com

     

     


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    Mais je découvre ce que je savais déjà : c'est mourir avant l'heure que de faire des économies de vie. Le bonheur (du moins le mien), ce n'est pas de gagner du temps : c'est de savoir le perdre. Pouvoir écouter patiemment la longue confidence d'un inconnu bavard. Se mettre en retard de son propre travail pour donner un coup de main ou d'esprit à quelqu'un qui en a besoin. Donner impulsivement l'objet qu'on aimait bien à quelqu'un à qui ça fait plus plaisir de l'avoir qu'à vous. Et (aussi) prendre son temps, muser dans l'air du temps, traîner gaiement, bayer aux corneilles (oiseaux charmants, d'ailleurs, dont je ne sais pourquoi les ignorants prétendent qu'ils « croassent », corneilles joueuses dont on a grand tort de dire du mal, voltigeurs joyeux qu'on calomnie trop aisément).
    Dans la biologie-physique-et-chimie de l'être humain, une saine économie, c'est de ne pas faire d'économies. Calculer sa dépense est un mauvais calcul. Qui craint de se dépenser se tarit.

     

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    CLAUDE ROY

     

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    vivre


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  • 10/10/15--13:31: DE L'EDUCATION...Extraits
  • Mais qu'arriverait-il si nous nous débarrassions des obstacles qui barrent la route à l'intelligence, tels que l'autorité, les croyances, le nationalisme et tout esprit hiérarchique ? Nous serions des personnes ne subissant le joug d'aucune autorité, c'est-à-dire des êtres humains en rapports directs les uns avec les autres, et alors, peut-être, y aurait-il de l'amour et de la compassion.
    Ce qui est essentiel dans l'éducation, comme en tout autre domaine, c'est d'avoir des personnes compréhensives et affectueuses, dont les coeurs ne sont pas remplis de phrases vides, de constructions de l'esprit.

    ....

    C'est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s'emparer de l'éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les États et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l'éducation.

    ...

    Tant que nous prendrons le succès pour but, nous ne serons pas affranchis de la peur, car le désir de réussir engendre inévitablement la crainte d'échouer. Voilà pourquoi l'on ne devrait pas enseigner aux jeunes le culte du succès. La plupart des personnes recherchent le succès sous une forme ou une autre, que ce soit sur un court de tennis, dans le monde des affaires, ou en politique. Nous voulons tous être parmi les premiers, et ce désir ne cesse d'engendrer des conflits en nous-mêmes, ainsi qu'entre nous et nos voisins. Il mène à la compétition, à l'envie, à l'animosité et finalement à la guerre.

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    Avoir un esprit ouvert est plus important qu'apprendre ; et nous pouvons ouvrir notre esprit, non en le bourrant de connaissances, mais en étant conscients de nos pensées et de nos sentiments, en nous examinant attentivement nous-mêmes, en percevant les influences qui nous entourent, en écoutant les autres, en observant les riches et les pauvres, les puissants et les humbles. La sagesse n'est pas le fruit de la peur et de l'oppression ; elle surgit lorsqu'on observe et comprend les incidents quotidiens, dans les relations humaines.

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    JIDDU KRISHNAMURTI

     

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    Brooke Shaden Photography5,

    Brooke Shaden photography

     

     


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  • 10/11/15--08:49: NOTE UNIQUE
  • Le monde est à ses rêves
    Au plus serré des doigts
    C’est le mur qui sans trêve
    L’isole à jamais de toi

    Il n’est rien que des songes
    Le tien est de croire prendre
    Quand tout te fuit par le sien
    Quand le tien même te fuit

    Les arbres et leurs sèves
    Sont à d’autres forces
    Plus dure que leur rêve
    Il n’est pas d’écorce

    Tu les poursuis en vain
    Ils poursuivent leur rêve
    Tu cours tu n’atteins rien
    Tu es le mauvais élève

    Passe comme le vent
    Passe comme la vie
    A peine soulevant
    Le poids d’une chenille.

     

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    MAX POL FOUCHET

     

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    serge fiorio 7,

    Oeuvre Serge Fiorio

    http://sergefiorio.canalblog.com

     


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  • 10/11/15--08:53: MAX-POL FOUCHET
  • Nous étions la marelle et la pierre et l’enfant
    Le rire et les courses le livre et la courbe et la craie
    La tuile le gué la rivière les sautes du vent
    Aux transparentes carènes ce maigre brûlis d’herbes

    Qu’un peuplier sur l’espace un doigt sur les lèvres
    A jamais taise le secret dans le rouissage du jour
    Perdons-le dans la neige le sable la verdeur vivons
    Comme si nous ne savions rien des fumures du labour

    Sur le tour des saisons monte la poterie des collines
    Des taillis de la nuit les chiens ont levé le jour
    Au tableau de l’école un enfant dessine le ciel
    Roule une pierre
    un oiseau crie
    nous avons oublié.

     

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    MAX POL FOUCHET

     

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    la_marelle___paris_1960

    Photographie Gérald Bloncourt

    http://www.bloncourt.net/


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  • 10/11/15--12:22: IL A PLU
  • Il a plu
    Il a plu,
    Ça m'a plu
    Je dois dire,
    De verser
    Mes versets,
    Oui, d'écrire;
    Que mon encre
    Pose l'ancre
    En mon sein,
    Et recueille
    Sur mes feuilles
    Mon dessin.
    .
                                                            Il a plu,
    Je n'ai plus
    En mes charmes,
    Le moignon
    D'un oignon,
    Une larme;
    Plus un rire,
    Un sourire
    Ne reluit,
    Tous tués,
    Dilués
    Dans la pluie.
    .
    Il a plu,
    Et l'afflux
    De mes lettres
    M'a déduit
    Et enduit
    D'un mal-être.
    Soyons franc:
    Sous ma tran-
    che d'écorce
    Se relaient
    D'autres plaies,
    D'autres Corses !
    .
    Il a plu,
    Mais dessus
    Mon squelette,
    Rien n'égoutte
    Tristes gouttes
    De ''La Quête'' !
    Cette grêle
    Oui, que Brel
    Nous fit part !
    Tous ces trains
    Ce ''chagrin
    Des départs''
    .
    .
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    SIMON DEMURU-ANTONA
    extrait de
    " L'enfant de la lune "
    Vous pouvez commander le recueil sur
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    justynia kopania

    Oeuvre Justinya Kopania


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  • 10/12/15--11:40: LES FEMMES ETERNELLES
  • Je suis la dangereuse et la très douce. Celle qui tourbillonne mais ne change jamais. Je suis la puissance et l’innocence, la tempête et l’embellie. Le printemps tenace et le sang sur la neige. L’amante aux gestes lents, aux yeux plein de lumière. Celle que l’on révère et celle que l’on brûle comme sorcière. La clémente et la très lointaine. Celle qui murmure des secrets.
    Je bouscule tous vos plans d’un grand rire, j’éparpille vos lois, et en tremblant je vous offre une rose. Je suis la nostalgie au fond de votre cœur. Je vous attends depuis l’aube du monde, je veille sur chaque heure de votre sommeil. C’est mon sourire qui vous a portés jusqu’à ce jour et qui vous fait croire en la vie. Je suis votre destin, je fais tourner la roue.
    Je suis la Femme. Une brise de rien du tout sur l’océan de vivre. Un grand tracas d’amour qui monte jusqu’aux étoiles.

     

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    JACQUELINE KELEN

     

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    Jamil Naqsh12,

    Oeuvre Jamil Naqsh

     

     


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