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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 10/23/15--10:45: LE REPAS DES GRAND-MERES
  • Dans l'épaisse chaleur

    Des petites cuisines

    Qu'un pauvre lustre à fleur

    Chaque jour illumine

    D'un éclat tamisé

    Echaudant les paupières

    Pour parfois nous griser

    D'une étrange manière;

     

    Entre un panier de fruits

    Issu des poteries,

    Les champêtres récits

    De la tapisserie

    Nous parlant de gibiers

    De chasseurs et de crosses

    La fenêtre et l'évier

    Où on lavait les gosses;

     

    Aux tomettes en sang

    Sous les plis de l'éponge

    Et sur les bords cassants

    D'une table à rallonge,

    A deux pas du frigo

    Et de la gazinière

    Se faisait tout de go

    Le repas des grand-mères.

     

    C'est là que revenant

    De leur sortie marchande,

    Les mémés cuisinant

    " Pour qu'on soit fort " la viande,

    Se mettaient à brandir

    L'huil' de foie de morue

    Tant de nous voir grandir

    Elles étaient férues

     

    C'est là qu'en subissant

    Un interrogatoire

    Sur les aboutissants

    D'une quelconque histoire,

    On pouvait rencontrer

    A leur féminin dogme

    De la difficulté

    A devenir un homme,

     

    Et la peur d'être homo

    Au devant des pupilles

    enjouées des nanos

    Qui nous parlaient de filles

    De la femme qu'un jour

    On choisirait pour mère

    Pour que dure toujours

    Le repas des grand-mères

     

    .

     

    SIMON DEMURU-ANTONA

     

    .

     

    vuillard

    Oeuvre Edouard Vuillard

     

     

     

     

     


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  • 10/23/15--11:24: AGNES SCHNELL...Extrait
  • J’habite l’absence
    ce creux intransigeant
    qui sans cesse change
    et charge ma voix
    et l’obstrue.

    Je porte en moi
    les lieux de toute enfance
    chemins ombreux / profanés
    d’une forêt attentive.

    Je porte toutes les eaux
    prête à dénouer leurs flots
    pour me serrer
    pour m’enserrer.

    Je garde un bout de ciel
    entre l’écorce et les veines
    pour contrer la gravité
    l’inquiétude
    ces lambeaux incommodes
    hérités d’ancêtres inconscients.

     

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    agnes2

     

     


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  • 10/24/15--04:13: SENSATIONS
  •  Pour dire le chemin perdu qui va là haut sur le plateau des estives de ma petite enfance, la cabane de pierres de mon oncle, qu'il tenait de mon grand-père, et du grand père de mon grand-père, les ruines du buron où se rassemblaient dans les tintements des lourdes cloches les vaches rouges aux longues cornes.
    La traite commençait tôt, il était juin déjàà l'été frémissant dès quatre ou cinq heures du matin, du fond de la vallée la Santoire faisait des zigzags dans les prés, sous le regard des vieux volcans éteints. Odeurs des réglisses frais, des racines de gentianes, des campanules, la terre respirait toute la montagne sous le repère de la "croix du gendarme ", les jeunes veaux courant derrière leurs mères, les chiens regroupant les troupeaux, les vachers affairés à préparer les grands bidons, les entonnoirs et les filtres, sous le regard étonné des ânes qui patientaient pour redescendre le lait encore chaud au village avant l'arrivée du camion citerne du laitier. C'était l'heure des vérités simples, je n'avais pas dix ans, mais je suivais impatience de l'enfance, les gestes de ces hommes dans les affaires des bêtes, le vent chaud sur les crêtes, là haut, les ruines d'une chapelle, et la légende des camps romains, les sources en guirlandes, les ajoncs, les grenouilles en grappes, puis avec l'été les framboises croquantes et les airelles noires. L'envol d'un rapace, les loriots, les salamandres dans l'eau claire et froide des fontaines à cette pierre flammes grises des flammes du volcan. Les vaches rouges, les tranches de pain avec le beurre et ce fromage cru pour comprendre que le vent donne à l'âme le sens du chemin.

     

    .

     

    PATRICK ASPE

     

    .

     

     

    santoire-auvergne-1830

    Vallée de la Santoire 1830

    Oeuvre Théodore Rousseau

     

     

     


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  • 10/25/15--12:43: MANON
  • Une pensée pour mon amie Agnès

    .

    Manon, tu as à peine un an
    Je suis bien plus loin dans les ans
    Portant sur mon dos des visages
    Des pays et des continents

    L'univers entier a ton âge
    Nous sommes plus vieux que le vent
    Il neige sur l'hémisphère nord
    Tu cours après les flocons blancs

    Il neige. Lasne* hier encore vert
    Lasne a mis son manteau d'hiver
    Tout est blanc, le toit, la prairie
    Le petit pont, le bois, les champs
    On dirait que tu te maries
    Et mes cheveux aussi sont blancs

    Manon, tu viens de l'avant-vie
    Avec du mystère plein les yeux
    Et cette dévorance avide
    D'agripper tout ce que tu peux

    Tu tires les cheveux et les tresses
    Tout ce que tu vois t'intéresse
    La neige qui tombe dehors
    À Lasnes dans l'hémisphère nord

     

    Il neige. Lasne* hier encore vert
    Lasne a mis son manteau d'hiver
    Tout est blanc, le toit, la prairie
    Le petit pont, le bois, les champs
    On dirait que tu te maries
    Et mes cheveux aussi sont blancs


    Manon, dans tes livres d'images
    Tu plonges deux yeux bleus fureteurs
    Tournant et retournant les pages
    Comme pour apprendre tout par cœur

    Tu te mets des mots dans la bouche
    Nouveaux jouets que tu retouches
    Et tes petits pas dans la neige
    Sous les grands arbres font un cortège

     

    Il neige. Lasne* hier encore vert
    Lasne a mis son manteau d'hiver
    Tout est blanc, le toit, la prairie
    Le petit pont, le bois, les champs
    On dirait que tu te maries
    Et mes cheveux aussi sont blancs


    Demain, c'est le tout premier jour
    Du reste de ma vie, Manon
    J'aimerais faire un long parcours
    Proche de toi, en communion

    Faire plein de bonshommes de neige
    Courir après tous les flocons
    Qui tombent sur l'hémisphère nord
    Patiner sur les étangs ronds

     

    Il neige. Lasne* hier encore vert
    Lasne a mis son manteau d'hiver
    Tout est blanc, le toit, la prairie
    Le petit pont, le bois, les champs
    On dirait que tu te maries
    Et mes cheveux aussi sont blancs

     

    .

     

    JULOS BEAUCARNE

     

    * Lasne est une commune francophone de Belgique, située en région wallonne dans la province du Brabant wallon

    .

     

     


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    J'aimerais tant te parler tendre
    Un soir d'hiver au coin d'un feu
    Te dire des mots à pierre fendre
    À fendre la banquise des yeux
    J'aimerais tant tendre la perche
    D'un grand sourire radieux
    Prendre le temps de dire "Je t'aime"
    Arrêter les courses et les jeux

    Dans le silence
    Dans le silence

    J'aimerais te faire douze doudouces
    À douze heures douze et pourquoi pas
    Treize doucouces à treize heure treize
    Blotti tendrement dans tes bras
    Il n'y a jamais d'overdose
    Pour les doudouces, enfin je crois
    L'amour est une énergie douce
    Qui réchauffe tant haut que bas

    Dans le silence
    Dans le silence

    Il fait froid, ce serait bon se fendre
    D'un baiser tendre, même de deux
    Enfin se fondre et se confondre
    Et n'être qu'un bien qu'étant deux
    Se perdre dans l'espace immense
    Oiseau léger au gré du vent
    Perdre doucement connaissance
    Naître à nous-mêmes en même temps

    Dans le silence
    Dans le silence

    J'aurais tant aimé lire les lignes
    Subtiles de tes blanches mains
    Pêcheur d'amour, tendre ma ligne
    Pour te faire mordre mes lèvres au moins
    Oui, j'aurais tant aimé descendre
    Au plus secret de tes jardins
    Écouter le vent dans les branches
    De tes longs cheveux châtains

    Dans le silence
    Dans le silence

    Mais je n'ai pas dû tant t'attendre
    Tu m'as pris au piège amoureux
    Et c'est moi qui me suis fait prendre
    Aux appeaux si beaux de tes yeux
    Et tel est pris qui croyait prendre
    J'étais seul et nous voilà deux
    Je n'ai rien perdu pour attendre
    Le temps est venu d'être heureux

    Dans le silence
    Dans le silence

     

    .

     

    JULOS BEAUCARNE

     

    .

     


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    Depuis qu’Lumumba fut tué

    Pour avoir dit sa vérité

    Depuis qu’Lahaut est là en haut

    Parce qu’il avait parlé tout haut

    Depuis qu’on étouffa une fille

    Dans un avion pour pas qu’elle crie

    Les loups ont des têtes de mouton

    Derrière les roses y a des chardons

    C’est celui qu’est tout en haut

    Qui tient le manche de la faux

    Si ce que tu dis cause souci,

    Tu seras vite raccourci

    Celui qui r’garde jouer aux cartes

    S’il pète un mot d’trop on l’écarte

    Les ptits r’gardants n’ont rien à dire

    Su l’ jeu des grands ça c’est bien pire


    Celui qui se tient haut perché

    Il a le droit d’vous supprimer

    De beaux enfants sautent sur des mines

    Mais on n’arrête pas la machine

    D’autres sont drogués pour tuer

    Et la cocaïne les défait

    Nous vivons en pleine barbarie

    Les soldats violent toujours les filles


    C’est celui qui est tout en haut

    Qui tient l’manche de la faux

    Si ce que tu dis cause souci

    Tu s’ras vite raccourci

    Celui qui r’garde jouer aux cartes

    S’il pète un mot d’trop on l’écarte

    Les ptits r’gardants n’ont rien à dire

    Su l’jeu des grands ça c’est bien pire


    Chez nous un jeune homme fut visé

    Tiré comme lièvre en un pré

    Pour le diamant Kisangani

    A été totalement détruit

    Y a des fabriques et des boutiques

    De fusils à deux pas d’ici

    La mort fait vivre nos ouvriers

    L’emploi est sauf, on laisse couler

     

    C’est celui qu’est tout en haut

    Qui tient le manche de la faux

    Si ce que tu dis cause souci,

    Tu seras vite raccourci

    Celui qui r’garde jouer aux cartes

    S’il pète un mot d’trop on l’écarte

    Les ptits r’gardants n’ont rien à dire

    Su l’ jeu des grands ça c’est bien pire


    Des femmes sont tuées à chaque jour

    Par jalousie par leurs amours

    Y a des p’tites filles qui sont forcées

    Et toute leur vie en est gâchée

    Y en a d’autres à qui on enlève

    Le clitoris, leur vie s’achève

    A trois ans, on tourne la page

    Leur vivance est déjà veuvage

    Tout le monde veut être tout en haut

    Pour tenir le manche de la faux

    Une fois qu’il l’tient, il veut faucher

    Et l’cauchemar de recommencer

    Les ptits r’gardants devenus grands

    Veulent jouer au grand jeu des grands

    Y en a pas un qu’est épargné

    Tout le monde veut être le premier


    Nous sommes six milliards tout en bas

    Maraboutés au nom de quoi

    Au nom du pèse, au nom du fisc

    Et du sacro saint bénéfice

    Mineurs et majeurs détournés

    Par des bonimenteurs roués

    Qui veulent que nous marchions au pas

    Et dans les souliers de leur choix


    C’est celui qui est tout en bas

    Qui est bien plus fort qu’il ne croit

    Si nous le voulons toi et moi

    Le cauchemar s’arrêtera

    6 milliards de p’tits regardants

    Peuvent devenir acteurs puissants

    6 milliards de gens conscients

    Ensemble changent le cours du temps

     

    .

     

    JULOS BEAUCARNE

     

    .

     


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        Il faudrait passer outre
         le seul entendement
    pour écouter la voix venue d'ailleurs,
    la soie d'une respiration et comme
         une intuition du monde
         autre que ce qu'il est.
    Il faudrait trouver des mots-réceptables
    et des vocables en forme d'alvéoles
         pour contenir ce qu'il y a
         de plus beau après le silence.
    Nous irions vers les couleurs jamais vues,
    une musique encore jamais entendue.

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    GILLES BAUDRY

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    MUNA

    Village abandonné de Muna Corse du sud

     


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  • 10/26/15--15:49: VOYAGE FUTILE
  • Quelques cailloux à la joue du rêve
    initient un chemin.
    Sautillement d'oiseaux
    entre nos deux visages,
    palabres des gentianes
    aux
    lèvres carminées
    quand, derrière la haie,
    le soir couche le vent
    quand, derrière ton nom,
    s'élève un chêne vert.
    Au coeur de l'hiver
    débroussailler les heures
    et retenir des friches
    leur patience gris-bleu.
    Déterrer sous la croûte durcie
    un
    reste de jour,
    un morceau de saison.
    Les rainures du temps
    laissent glisser le ciel.
    Frêle esquif ?
    Voyage futile ?
    Si peu de couleurs s'apprêtent à embarquer.
    Et pourtant,
    il suffirait d'un rien
    pour les accorder.
    De quelques notes de jasmin
    quand les mains de l'orante
    ne sont plus que deux ailes,
    deux ailes de gaze,
    fines et légères.
    .
    .
    .
    BRIGITTE BROC
    .
    .
    .

    BRIGITTE

     


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  • 10/26/15--16:04: AGNES SCHNELL
  • J'ai rencontré Agnès Schnell lors d'un marché de poésie dans les Ardennes, Place aux livres. Nous avons vite parlé librement, amusées de nous trouver une même passion pour l'Ardenne profonde, ses paysages, ses eaux et ses légendes . Nous avons parlé de la difficulté d'avouer l'écriture quand on est femme, et des fidélités qui poussent vers la page encore vide. D'auteurs que nous aimions.
    Je suis partie avec deux livres d'elle : Murmures dans l'absence et En filigrane, L’Ardenne.
    J'ai lu ses deux livres, pas dévoré, lu, siroté, comme un nectar fluide et parfumé. Je les ai lus et relus, plongeant au hasard dans les textes. Je sens qu'il s’agit d'un long poème unique qui se cache dans le morcellement, j'entends les échos et les résonances. Mais une ou deux pages suffisent à ma soif et me donnent assez de rêve. Je garde les autres comme une gourde précieuse pour les aridités futures.
    L'Ardenne est là, comme lorsque mes pieds la traverse. Dans l'arc-en-ciel que lui donnent les saisons.
    Agnès Schnell utilise un vers court, fluide, très proche de la parole. Les images et les sensations naissent des associations de mots ou d'idées. Tout est osmose : la langue, les paysages et les êtres qui s'y meuvent, la sensualité des pierres et celle des verbes ou du vent.
    Il m'est difficile finalement de parler de cette écriture tant elle ressemble à celle qui habite dans mon imaginaire.
    Plongez.

     

     

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    FRANCOISE VARENNE

     

     

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    clef2


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    12 septembre 1939

    Ma nuit est comme un grand cœur qui bat.

    Il est trois heures trente du matin.

    Ma nuit est sans lune.

    Ma nuit a de grands yeux qui regardent fixement une lumière grise filtrer par les fenêtres.

    Ma nuit pleure et l'oreiller devient humide et froid.

    Ma nuit est longue et longue et longue et semble toujours s'étirer vers une fin incertaine.

    Ma nuit me précipite dans ton absence.

    Je te cherche, je cherche ton corps immense à côté de moi, ton souffle, ton odeur.

    Ma nuit me répond : vide ; ma nuit me donne froid et solitude.

    Je cherche un point de contact : ta peau. Où es-tu ? Où es-tu ?

    Je me tourne dans tous les sens, l'oreiller humide, ma joue s'y colle, mes cheveux mouillés contre mes tempes.

    Ce n'est pas possible que tu ne sois pas là.

    Ma tête erre, mes pensées vont, viennent et s'écrasent, mon corps ne peut pas comprendre.

    Mon corps te voudrait.

    Mon corps, cet aléa mutilé, voudrait un moment s'oublier dans ta chaleur, mon corps appelle quelques heures de sérénité.

    Ma nuit est un cœur en serpillière.

    Ma nuit sait que j'aimerais te regarder, chaque courbe de ton corps, reconnaître ton visage et le caresser.

    Ma nuit m'étouffe du manque de toi.

    Ma nuit palpite d'amour, celui que j'essaie d'endiguer mais qui palpite dans la pénombre, dans chacune de mes fibres.

    Ma nuit voudrait bien t'appeler mais elle n'a pas de voix.

    Elle voudrait t'appeler pourtant et te trouver et se serrer contre toi un moment et oublier ce temps qui massacre.

    Mon corps ne peut pas comprendre.

    Il a autant besoin de toi que moi, peut-être qu'après tout lui et moi ne formons qu'un.

    Mon corps a besoin de toi, souvent tu m'as presque guérie.

    Ma nuit se creuse jusqu'à ne plus sentir la chair et le sentiment devient plus fort, plus aigu, dénué de la substance matérielle.

    Ma nuit me brûle d'amour.

    Il est quatre heures du matin.

    Ma nuit m'épuise.

    Elle sait bien que tu me manques et toute son obscurité ne suffit pas pour cacher cette évidence.

    Cette évidence brille comme une lame dans le noir.

    Ma nuit voudrait avoir des ailes qui voleraient jusqu'à toi, t'envelopperaient dans ton sommeil et te ramèneraient à moi.

    Dans ton sommeil, tu me sentirais près de toi et tes bras m'enlaceraient sans que tu te réveilles.

    Ma nuit ne porte pas conseil.

    Ma nuit pense à toi, rêve éveillé.

    Ma nuit s'attriste et s'égare.

    Ma nuit accentue ma solitude, toutes mes solitudes.

    Son silence n'entend que mes voix intérieures.

    Ma nuit est longue et longue et longue.

    Ma nuit aurait peur que le jour n'apparaisse jamais plus mais à la fois ma nuit craint son apparition, parce que le jour est un jour artificiel où chaque heure compte double et sans toi n'est plus vraiment vécue.

    Ma nuit se demande si mon jour ne ressemble pas à ma nuit. Ce qui expliquerait pourquoi je redoute le jour aussi.

    Ma nuit a envie de m'habiller et de me pousser dehors pour aller cherche mon homme.

    Mais ma nuit sait que ce que l'on nomme folie, de tout ordre, sème-désordre, est interdit.

    Ma nuit se demande ce qui n'est pas interdit.

    Il n'est pas interdit de faire corps avec elle, ça, elle le sait. Mais elle s'offusque de voir une chair faire corps avec elle au fil de la désespérance. Une chair n'est pas faite pour épouser le néant.

    Ma nuit t'aime de toute sa profondeur, et de ma profondeur elle résonne aussi.

    Ma nuit se nourrit d'échos imaginaires. Elle, elle le peut. Moi. j'échoue.

    Ma nuit m'observe. Son regard est lisse et se coule dans chaque chose.

    Ma nuit voudrait que tu sois là pour se couler en toi aussi avec tendresse.

    Ma nuit t'espère. Mon corps t'attend.

    Ma nuit voudrait que tu reposes au creux de mon épaule et que je me repose au creux de la tienne.

    Ma nuit voudrait être voyeur de ta jouissance et de la mienne, te voir et me voir trembler de plaisir.

    Ma nuit voudrait voir nos regards et avoir nos regards chargés de désir.

    Ma nuit voudrait tenir entre ses mains chaque spasme.

    Ma nuit se ferait douce.

    Ma nuit gémit en silence sa solitude au souvenir de toi.

    Ma nuit est linge et longue et longue.

    Elle perd la tête mais ne peut éloigner ton image de moi, ne peut engloutir mon désir.

    Elle se meurt de ne pas te savoir là et me tue.

    Ma nuit te cherche sans cesse.

    Mon corps ne parvient pas à concevoir que quelques rues ou une quelconque géographie nous séparent.

    Mon corps devient flou de douleur de ne pouvoir reconnaître au milieu de ma nuit ta silhouette ou ton ombre.

    Mon corps voudrait t'embrasser dans ton sommeil.

    Mon corps voudrait en pleine nuit dormir et dans ces ténèbres être réveillé parce que tu l'embrasserais.

    Ma nuit ne connaît pas de rêve pus beau que celui-là.

    Ma nuit hurle et déchire ses voiles, ma nuit se cogne à son propre silence, mais ton corps reste introuvable. Tu me manques tant. Et tes mots. Et ta couleur.

    Le jour va bientôt se lever.

     

    .

     

    FRIDA KAHLO

     

    .

     

    FRIDA KAHLO DIEGO RIVERA2

    Frida Kahlo et Diego Rivera


    0 0
  • 10/28/15--09:52: LETTRE A MES CELLULES
  • Merci ma Vince

    .

    .

    Mes chères cellules,

    Je vous ai réunies aujourd'hui pour vous dire
    que nous allons désormais changer de trajectoire.
    Car jusqu'ici, nous nous sommes laissé aller à suivre un programme désastreux:

    Il s'agissait de rester fidèle à la mémoire de nos ancêtres
    et de prendre un petit peu de leurs maladies,
    un petit peu de leurs faiblesses, un petit peu de leurs émotions,
    un petit peu de leurs souffrances, un petit peu de leurs limitations.

    Il eût paru indigne de s'octroyer une vie sans limites
    et dans le bonheur absolu alors que tous ces gens
    grâce auxquels nous détenons la vie avaient souffert,
    transpiré, vécu tant de manques avant de nous transmettre
    ce bien si précieux « la vie » !

    Toutes ces vies antérieures
    dont nous avons ramené des programmes, des mémoires,
    de la culpabilité, des limitations, des handicaps,
    qu'il s'agisse d'une banale myopie
    ou de maladies bien plus graves physiques et psychiques, voire mentales.

    Sans compter avec les entités qui partagent nos vies.
    Nous faisons parfois un long bout de chemin avec elles
    avant de pouvoir nous en défaire,
    et nous faisons nôtres tous leurs fonctionnements négatifs

    Il ne faut pas oublier les difficultés dans lesquelles
    nous avons baigné depuis la vie intra-utérine :
    les émotions irrémédiables vécues par notre maman
    avant et pendant la conception,
    soit nous concernant directement,
    soit concernant sa relation avec des tiers,
    les événements plus ou moins douloureux
    qui ont nourri cette période de sa vie.

    Et que dire de la façon parfois désastreuse
    avec laquelle nous avons géré les émotions de cette vie,
    et tout ce que nous avons accumulé personnellement
    de colères, haines, angoisses, chagrins, culpabilités, et peurs

    Si je vous ai réunies aujourd'hui, mes chères cellules,
    c'est pour vous dire que nous avons les moyens de changer ces données.
    Nous allons mettre en route le programme annulation
    pour chacun des points précités.

    A partir d'aujourd'hui
    chaque cellule est investie du pouvoir d'annuler
    tout programme négatif lui appartenant en propre
    ou appartenant aux générations précédentes.

    Chaque cellule a déjà aussi reçu
    les informations positives contraires aux programmes négatifs.
    Il est demandéà chacune de se repasser entièrement le film
    contenu dans sa mémoire, d'annuler le programme négatif
    et de recréer un programme de santé absolue et de joie intégrale.

    CHAQUE CELLULE CRÉE MAINTENANT LE BIEN-ÊTRE.

    Vous en êtes toutes capables.
    Il suffit de vous faire confiance et de recréer le programme de base
    que toutes vous avez en mémoire, je vous le répète.

    Aucun échec n'est possible.

    Chaque cellule recrée maintenant un programme
    de perfection et de jeunesse.
    Chacune de vous va retourner maintenant au moment
    où toute trace de dysfonctionnement ou de maladie était encore absente.

    On y retourne maintenant ; c'est très bien.

    On se réapproprie le message de perfection ; c'est très bien...

    Ce schéma devient désormais la réalité de chaque cellule.

    Chacune de vous va maintenant repartir avec ces nouvelles injonctions.

    Soit le travail est déjà fait, soit il est en route
    et va se concrétiser, devenir la réalité, dans les jours,
    les semaines ou les quelques mois qui suivent,
    pour celles des cellules
    qui ont besoin d'un temps d'intégration plus long.

    Je vous remercie de votre écoute, mes chères cellules
    et de l'excellent travail que vous avez
    ou que vous allez fournir dans un très court délai..

     

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    MARY LEQUIN

    thérapeute en service de soins holistiques (France)...

    www.lespasseurs.com

     

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    Tomasz-Alen-Kopera

    Oeuvre Tomasz Alen Kopera


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  • 10/28/15--13:08: DE L'EXIL
  • Légers les martinets dans l’oblique des rais
    Suivent le vent, éclairs légers
    Ton regard les suit.

    Tu as fui le ciel chargé de la guerre
    Tu te souviens, les ombres
    Le pas rouge de l’aube

    Te voilà posé sur l’autre rive
    Tout déborde dans tes rêves
    La lumière, les collines, les feuilles

    Ton histoire n’émeut personne
    Tu te perds dans le halo des âges.
    Rien, la vie ou le vide t'ensevelit
    La nuit, l’autre face du rien
    L’horizon, son étendue vide

    Les étoiles, des points de lumière
    Où tu deviens nomade
    Et plus tard l’oasis, l’imposture

    A ce point d’eau, tu cherches refuge
    Tes pas se dérobent, frisson, tremblement
    Le passeur d’infini, inconnu

    Dans la combe, plus loin
    Tu t’appuies et t’abandonnes à l’arbre
    Les nuages mutilés te regardent

    D’autres passeurs voraces
    Détrousseurs de reliques
    Tu tends tes os comme des trophées
    Tu tentes une marche héroïque
    Tel un acrobate, un funambule
    Loin de cette sale guerre

    On t’a retrouvé prosterné,
    L’échine docile sous le soleil
    Tu délirais entre les âges de ta vie

    Tu appelais ton frère, ta mère
    Ton peuple, sa nostalgie et sa fierté
    Tu appelais tes fleuves,
    Tes montagnes
    Ton désert,
    Et tu puisais dans dix mille ans d’histoire.

     

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    NICOLE BARRIERE

     

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    CECILE RAVEL exile11,

    Oeuvre Cécile Ravel

     

     


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  • 10/28/15--14:12: ALBANE GELLE
  • Plus âgés que nos âges, tous debout
    depuis la terre, nous sommes restés
    longtemps au chaud dans nos paniques,
    récitant des chagrins ici et là appris par
    coeur sous une grande pluie d'hiver.
    Avant de nous mettre à chercher le
    soleil, et ses fraîcheurs, et ses jardins.
    Demain, même si la lumière
    demeure difficile, nous croirons enfin aux
    anges.

     

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    ALBANE GELLE

     

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    Samantha Keely Smith

    Oeuvre Samantha Kelly Smith


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    Viens marcher avec le printemps
    Sens le vent sur tes joues
    Sois libre de tes mouvements
    Prends le temps de vivre
    Car demain ne t'appartient pas.

    N'oublie pas ta promesse
    D'aller retrouver la paix
    Dans une forêt
    Dans une maison en bois
    Retrouve le battement de ton cœur.

    Nous partirons les yeux fermés
    Le cœur enveloppé
    Du parfum de la terre
    L'automne Uashtessiu
    Qui nous dira
    Viens viens mon ami mon frère
    Oui je t'attends
    Depuis cet instant
    Où ton souffle a touché mon âme
    Oui je t'attends mon frère
    Alors nous partirons tous deux.

    J'ai vu la montagne dans sa splendeur
    J'ai entendu la rivière dans son désir
    Quel plaisir et quel bonheur
    D'être dans les bras de la Terre.

    Et lui ce grand mystère
    Que je découvre dans son absence
    Cherche la vérité au creux de ses mains
    Je respire l'air qu'il habite.

    Voir son regard s'évanouir dans le mien
    Pendant qu'il ferme les yeux sur mon corps
    Pour mieux goûter à l'instant
    J’entends son cœur battre.

    J'aime son silence
    J'aime sa voix
    J'aime son reflet
    J'aime l'invisible que je ne peux toucher
    Mais que je sens avec force en moi.

    Les arbres sont témoins de mon amour
    Les rochers entendent encore aujourd'hui
    L'écho de ma grande tendresse
    Sur le ciel qui nous enveloppe.

    Mon cœur est fait de branches de sapin
    Entremêlées à toutes les saisons du monde.

    Je dors pour mieux tapisser tes rêves
    Et celui du chasseur en quête d'une terre
    Où il pourra alimenter son envie d'être libre
    De marcher en admirant les courbes des rivières
    De nourrir sa faim et d'assouvir sa soif.

    Je crois aussi en la force du destin
    Je crois aussi en la confiance de demain
    La patience d'attendre en admirant l'eau des chutes
    En priant pour mon prochain.

    Je deviens l'hiver pour me reposer
    Je deviens le printemps pour rêver
    Je deviens l'été pour briller.

    Et je suis une femme d'automne
    Née dans un univers qui est aussi le tien.

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    RITA MESTOKOSHO

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    Tomasz-Alen-Kopera

    Oeuvre Tomasz Alen Kopera

     

     


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    ...

    Ce sont des battements d’ailes très doux
    dans la banalité grise d’un ciel éteint
    on entend cette voix
    tapisserie disjointe de la terre
    laisse rousse semée d’oiseaux
    on entend ce murmure déchirant
    sauvé…
    provisoire…
    on ne peut se fier qu’à ces ailes douces
    on ne peut que bâtir sur l’absence
    en son nom d’ange
    car la piété ce beau nuage bas
    nous conduit vers cette porte de nous-mêmes
    où de grands chiens fauves s’endorment
    sur une herbe scintillante
    nommant clarté cette dépossession infinie

     

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    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

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    Guy-Denning

    Oeuvre Guy Denning

     

     


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  • 10/30/15--06:23: DANS LA MAIN DE LA TERRE
  • Il y avait peut-être cent ans qu’elle était là, ou peut-être juste un instant. Le vent de la nuit lui caressait le visage et je ne saurais vous dire oùétait son pays, oùétait sa maison, si elle était femme de marin, de paysan, d’exilé ou d’émigrant, si elle avait franchi la mer, une montagne ou l’océan. 


    La terre semblait être derrière elle ; en la voyant marcher on pouvait imaginer qu’elle la portait toute seule sur ses épaules. 

     Allez donc savoir ce qu’elle s’en allait chercher, ce qu’elle aurait aimé entendre cette nuit-là. La nuit, les regards des hommes s’éteignent un peu, on dit que la lumière est à l’intérieur, dans un village, au fond d’un port, en haut d’une montagne, un phare dans l’océan ou bien une étoile dans le ciel. 

     À chaque chant qui résonnait elle accordait son âme, elle accordait ses pas. Elle disait qu’elle voulait apprendre le chemin jusqu’aux plus beaux signaux du monde, jusqu’à la beauté qui unit les hommes et les peuples. 

    Son rêve, elle l’écrivait de quatre mots : l’unité qui rassemble, la diversité qui enrichit. Dans chaque chant du monde elle voulait graver une alliance, une reconnaissance, dans chaque langue elle voulait apprendre la part d’altérité, d’intelligence et d’humanité. 

    Elle disait que c’était cela la plus belle promesse d’avenir, de paix, de richesse du monde. Un jour le poète a écrit pour elle « l’homme n’est ni grand ni petit, il a la taille de ce qu’il sait aimer et respecter ». 

    Elle, elle répondait que toute la vie il fallait apprendre àêtre l’invité de l’autre, l’invité du monde, que c’était cela l’hospitalité. Il y a peut-être cent ans qu’elle marchait ainsi, ou peut-être un instant, c’était cela sa fidélité. Le chant d’amour qui fait pleurer les yeux d’un peuple ne peut à tout jamais laisser indifférent l’âme du monde, c’était cela sa paix. 

    Ce soir, entre la mer et l’océan il y a peut-être quelques lumières de plus dans la main de la Terre, là où rien n’est séparé, là où s’additionnent et se reconnaissent toutes dignités du monde, là où des enfants de Bretagne ont écrit un jour « tous ces pays dispersés par le vent, les champs de blé dans la poche des paysans, et l’océan qui n’a plus pour frontière que la graine emportée par une main d’enfant ».

    Ce soir... ce soir le pain sera blanc à la table d’hôte ; passant, demeure ici pour le partager. Il y a peut-être cent ans qu’elle marchait ainsi ou peut-être un instant ; elle disait que cette beauté-là est invincible, elle disait que cette beauté-là est invincible.

     

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    JEAN-FRANCOIS BERNARDINI

     

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  • 10/30/15--07:20: EVENTUALITE
  • Il suffit d’un mot
    d’une image

    l’éclair d’un frémissement
    la musique d’une ombre

    pour que d’un gouffre
    se reflète en une seconde
    l’encre d’un baiser

    pour que d’un souffle
    s’attisent à nouveau
    les torches d’un brasier

     

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    JACQUES BASSE

     

     

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    Theophile Alexander Steinlen,

    Oeuvre Téophile alexander Steinlen


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  • 10/30/15--11:30: COLETTE GIBELIN ...Extrait
  • ...

    « Envolés, les oiseaux,

    portés par la respiration du monde

    dans l’étonnement de l’azur

    Un grand déferlement de voix pures, là-haut,

    Là-haut

    Éclats du temps,

    rêve mystique

    La délivrance est musique et splendeur

    On dépasse le chaos

    On s’ouvre à d’autres innocences

    et nos élans intérieurs

    enfin déploient leurs ailes

     

    Envolés, nos désirs,

    vers quel inaccessible jardin

    où les arbres n’ont pas d’attache

    où les plantes chantent la liberté

    Jardin aux franges d’infini

    ouvert à tous les pollens,

    aux saveurs douces-amères des fruits lointains

     

    Dure sera la chute,

    si violente que les larmes se tarissent

    Les mots sont comme des pierres

    blessantes et meurtries

    On essaie de franchir la frontière

    Mais les barbelés sont en nous

    Rivés, figés,

    nous ne parvenons plus à prendre notre envol

     

    Et voici qu’à nouveau on s’élève, on renaît

    On peut dire le vent

    qui nous entraîne au-delà des marais

    vers le miracle du soleil

     

    On peut dire la nuit féroce

    pour ne pas oublier

    le souffle de la bête

    la dure loi du monde

     

    Dire l’herbe

    pour vivre encore un peu

    dans l’éblouissement végétal

     

    Aucune chute, jamais,

    n’arrêtera le cycle de l’envol »

     

    .

     

    COLETTE GIBELIN

     

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    thami8,

    Photographie Thami Benkirane

     

     


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