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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    Es sangre, no granizo,
    lo que azota mis sienes.
    Son dos años de sangre :
    son dos inundaciones.
    Sangre de acción solar,
    devoradora vienes,
    hasta dejar sin nadie
    y ahogados los balcones.

    Sangre que es el mejor
    de los mejores bienes.
    Sangre que atesoraba
    para el amor sus dones.
    Vedla enturbiando mares,
    sobrecogiendo trenes,
    desalentando toros
    donde alentó leones.

    El tiempo es sangre. El tiempo
    circula por mis venas.
    Y ante el reloj y el alba
    me siento más que herido,
    y oigo un chocar de sangres
    de todos los tamaños.

    Sangre donde se puede
    bañar la muerte apenas :
    fulgor emocionante
    que no ha palidecido,
    porque lo recogieron
    mis ojos de mil años.

     

    .

     

    MIGUEL HERNANDEZ

     

    .

     

     

    ahmed ben dhiab

    Oeuvre Ahmed Ben Dhiab

     

     

     


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    C’est du sang, pas de la grêle,
    ce qui fouette mes tempes.
    Ce sont deux années de sang :
    ce sont deux inondations.
    Sang d’acte solaire,
    tu viens dévorante,
    jusqu’à laisser déserts
    et étranglés les balcons

    Sang, qui est le plus précieux
    de tous les biens précieux.
    Sang, qui thésaurisait
    pour l’amour ses dons.
    Regardez-le troubler les mers,
    faire sauter les trains
    décourageant les taureaux
    là où il encouragea les lions.

    Le temps est sang. Le temps
    circule dans mes veines.
    Et face à l’horloge et au temps
    je me sens plus que blessé,
    et j’entends une collision de sangs
    de toutes les dimensions.

    Sang dans lequel la mort
    peut à peine se baigner :
    éclat émouvant
    qui n’a point pâli,
    parce que l’ont recueilli
    mes yeux millénaires.

     

    .

     

    MIGUEL HERNANDEZ

    Traduction Jean-Marc Undriener

    http://www.fibrillations.net/Miguel-Hernandez-Quelques-poemes

     

    .

     

     

    Jamil Naqsh7

    Oeuvre Jamil Naqsh

     


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  • 01/03/16--09:32: MICHEL DELPECH
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  • 01/05/16--10:08: RAINER MARIA RILKE
  • Et ta chevelure qui d'un coup s'est défaite,
    à ce vent inconnu reprends-la, -
    attache-nous à ce bouleau tout proche
    avec ce lien le temps d'un baiser.

    Et puis : aucune volonté propre
    ne viendra mouvoir nos membres.
    Cela qui fait bouger les branches,
    à quoi pensent les forêts,
    nous fera ondoyer au gré du vent.

    Être sans dessein autant qu'il est possible,
    telle est notre aspiration d'humains ;
    Apprenons toi et moi la leçon de la rose :
    ce que tu es et ce que je suis.

    .

     

    RAINER MARIA RILKE

    Berlin, février 1898

     

    .

     

    john_william_waterhouse

    Oeuvre John William Waterhouse


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  • 01/05/16--10:32: UNE LIBATION...Extrait
  • Elle m'apparaît dans le midi arborescent,
    ta maison qui se lamente
    à l'ombre des jardins.
    Dès le seuil, vient
    à ma rencontre ton absence.
    Le silence et la fièvre m'entraînent.
    Une fenêtre ouverte sur les plantes
    en boit le vert, une lueur d'abîme
    végétal illumine la chambre.
    Un muet délire grandit, agile et lisse
    un chat plaisante avec les fleurs.

    .

     

    MARIO LUZI

     

    .

     

    Mark briscoe2

    Oeuvre Mark Briscoe





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    Assise sur le pas de la porte
    Tu te retrouves chez toi dans l'odeur du figuier
    .
    L'enfance avec ses grillons
    Le temps sa démesure
    .
    Au fil des jours tu as suivi un raccourci
    Dont le muret borde des gouffres
    .
    Aujourd'hui ici même l'ombre
    Garde toute sa légèreté
    .
    .
    .
    MIREILLE FARGIER-CARUSO
    .
    .
    .

    P

    Oeuvre P. Javy

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  • 01/19/16--10:13: OÏKOUMENE...Extrait
  • Prenez la terre et ce qu’il y a dessus
    et laissez-nous le nuage…
    prenez les cieux et ce qu’il y a dessous
    et laissez-nous le babil de l’oiseau
    prenez le fruit et la branche
    et la rumeur verte dans la feuille de la vie
    et laissez-nous l’ombre de l’arbre
    prenez la maison le jardin la clôture
    les chandeliers de l’autel et le licol de l’âne
    le rire du ruisseau et la chambre à coucher de la chèvre
    prenez toutes choses et toutes choses
    et laissez-nous la porte de l’étable
    afin que nous y collions l’acte de décès de nos morts

     

    .

     

    NAZIH ABOU AFACH

     

    . .

    NAZIH ABOU AFACH2


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  • 01/19/16--12:19: BENIS SOIENT LES MORTS
  • (…)
    Amer sous notre langue le goût de la parole
    de l’appel et du baiser de la femme
    Nos cœurs se rétractent
    comme une poignée d’air dans la main
    Jusqu’à quand :
    Rouillés, mornes, broyés par les questions ?
    Anges ?
    - Nous ne sommes pas des anges
    Nous n’avons pas d’ailes
    et le bleu n’est pas notre couleur
    (…)
    Renards ?
    - Où est le champ libre
    la volupté de la traque
    et l’assurance du retour à la grotte de la nuit ?
    Tyrans ?
    - Nous n’avons tué que nous-mêmes
    nos jours
    et l’âme décrépite de nos enfants en proie au désespoir
    Humains ?
    - Mais nous ne ressemblons pas à nous-mêmes
    Tortues ?
    - Où sont nos carapaces, nos cous
    et nos griffes qui écorchent l’air renversé de la catastrophe ?
    Diables ?
    - Que Dieu dise que nous l’avons abusé
    et avons dressé contre lui les anges rebelles
    Nous-mêmes ?
    - Nous ne le sommes pas non plus
    Nos douleurs ne sont pas en nous
    et nos cœurs nous sont étrangers
    Dans chacune de nos parties
    un cadavre sommeille
    un corbeau croasse
    et se dresse un échafaud
    Satisfaits de peu
    dociles
    chiots dans les rues, colosses dans les rêves
    (…)
     Ô grand dieu de la terre
    (…)
     Ô vieille chose
    chose périssable
    qui ne ressemble à rien
    (…)
    Rends-nous possibles
    justes
    compréhensibles
    (…)
    Donne-nous un mur
    un toit
    un bleu qui nous confirme la réalité du ciel insurgé
    Provoque quelque chose
    dévastation
    folie
    géhenne
    séisme dans le lit
    miracle dans le cercueil de l’enfant
    (…)
     Une chose, pas n’importe laquelle
    un matelas moelleux par exemple
    un moment de quiétude par exemple
    (…)
    Une chose simple, simple
    (comme de se sentir vivants à ce moment du poème).

     

    .

     

    NAZIH ABOU AFACH

    Traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi

    .

     

    F L O R I A N A • B A R B UPhotographie Floriana Barbu

     


    0 0
  • 01/19/16--14:19: MER ACCUEILLANTE
  • Tu n’es pas la frontière entre la vie
    Et la mort, ô mer, tu es la mort
    et la vie, tout ensemble.
    Tu n’es pas l’eau seulement,
    Et le sel, et les herbes sous-marines,
    et le noyé qui flotte
    sur les ailes de ses poumons,
    message échoué sur le rivage.



    En émergeant de ton eau féconde,
    nous croyons tous – retrouver la paix
    dans l’eau natale, à notre dernière heure.
    Ce sable que tu donnes et reprends,
    sera à jamais ton nom,
    pas un seul grain, sans l’aide de ta main –
    ne pourra être séparé de la multitude.

     

    .

     

    DARA SEKULIC
    (trad. Mirjana Cerovic-Robin)

     

    .

     

    EMMILA,


    0 0
  • 01/19/16--14:24: CLAUDIO ARRAU

  • 0 0
  • 01/20/16--05:47: FES
  • Fès colline vibrante
    déviant
    horizon de fête
    blanc torride
    hors mémoire
    de celui qui est mort
    et celui qui mourra

     Fès vergers de l’âme
    païenne
    grenadiers
    pampres
    bigaradiers
    fleurs de Ghombaz

     Fès un fou en quête de sa folle
    chancelant entre les trémolos ultimes
    d’un rebec andalou
    et de fêtes sans rêve
    de la genèse d’un soir instable
    de caprices exilés
    d’eau anonyme

     Fès de briques entrelacées
    poncées
    satinées
    par vents lointains
    Sang
    s’amenuisant en moment furtif
    par quatrains
    et pâleurs matinales

     

    Des murailles se tordant au creux de leur légende m'ont précédé au labyrinthe d’en bas. Celui qui vise à en détruire les grâces peut conquérir la genèse du tourbillon avec sa plus haute faculté, mettre le feu de la glaise à portée de mon délire, j’ai préparé la prestance de l’intérieur aux idées folles des ténèbres.
    Vasques
    bigarades
     feuilles solaires
    se répondent dans le feu du doute, traversée pour la vision intenable, les pierres savent comment se rendre amies, ouvrant une porte sur l’univers qui se dérobe de derrière les plafonds bas pour surprendre les murs aux confins de la lumière. Ici les anciens composaient des panégyriques couvrant le monde, protégeaient leurs habitations avec la pureté de la misériorde, la sentence de l’éclair créait un jour propice aux champs de la poésie, aux platane surgissant du nombril du souk du henné, j’ai tracé des sillons que le fou laboure dans les vergers de la passion, tumulte de gémissements dans les passerelles de qui peut déterminer quelles pulsations ont couru dans la violence de son amitié .
    Qui entend Fès célébrer Ibn Sulaymane
     ce jeune homme émerveillé
     par le pli de son turban
    par un duvet
    riant au-dessus des tempes
     un duvet rendant vigueur
    à ce qui se love
    entre les cuisses
    Il referme le vestibule de son rêve
     et s’en remet à la mélodie de deux yeux gris
    Il voit
    les franges d’un nuage affairé
    sur le mur de la maison
     il voit
    un soleil qui cascade
    sur les auges des norias
     et les domaines du chèvrefeuille
    les colonnes rehaussant les mosaïques
     jusqu'aux mosaïques
    jusqu’à la voûte des étoiles
    Il voit
    un grain de beauté le suivre
    à travers les trous du voile
    prenant plaisir à déchirer ses mains
    Il voit
    son sang
    en rigoles de vent
    Son sang,
     feu embrasant les vergers de ses paroles
    Il sera le jeune homme amoureux des pierres
     pondéré
    créant l’eau de son audace


    ...


    Fès, de Fès s’est éloignée
    Voilà que tu couvres le cercueil de pierre
    de calligraphies coufiques
    d’éclats de mosaïques
    de complaintes andalouses
    Te voilà devant moi
    plus claire que la danse de la mer sur mon corps
    tu traverses la clarté lunaire jusqu’au boutdes mots
    tu es à l’étroit dans le soleil
    comme je suis à l’étroit dans les ténèbres
    Te voilà voyageant sur les planches de la splendeur
    d’une éphémère
    à la solennité d’une autre éphémère
    outrepassant le mur de la lumière
    sans en être éblouie
    Te voilà puretééteinte dans les carillons du rêve
    espace écorché, orphelin
    roulant dans le labyrinthe
    Rire, pour les balançoires des martyrs
    Rire, pour le marbre qui s’étire
    jusqu’à un pseudo-ciel
    qui rêve
    Non

    Ô feu qui désaltère le torrent des désirs
    rejoins tes lits
    déverse-toi
    dans l’abreuvoir de mes langues

    .

     

    MOHAMMED BENNIS

    Traduction Abdellatif Laâbi

    .

     

    fes


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  • 01/20/16--06:23: FLORILEGES
  • Je n’étais qu’interrogation dans le vent
    Et me suis fait mirage sans écho
    Je suis vague et langage.

    Un jour je me fondrai dans l’apocalypse et le brouillard
    Laissant closes toutes les portes de l’infini en attente du diable.

    Le fleuve des instants s’accroupit dans le jardin des fleurs.
    Les bouches sont figées.
    Elles n’expriment qu’une litanie
    De tourment et de désespérance
    Et l’immensité du passé nous lie au zéphyr et au zéro.
    Rire encore et toujours
    Provoquer les gouvernants
    Refuser
    Sentir la honte
    Regretter ses fautes
    Se réjouir
    Vanter ses œuvres
    Mourir
    Se révolter
    Dire « non » au pouvoir
    Dire « oui »à la révolte,
    La liste est longue. Elle est vivace et froide.
    Ici, ni mort, ni écho. Chacun est artisan de sa liberté.
    En deçà le futur s’oxyde.

    Même si tu médites longuement
    Tu ne fais face qu’au vide.
    Il n’est ni beau ni effrayant
    Il est le chaos à l’origine de l’univers.
    Il peut t’entraîner, sans que tu le saches,
    Dans des paradis et des enfers que jamais tu n’as imaginés.
    Le mieux est de nous résigner
    Pour ne pas être victimes de ces dinosaures
    Qui  nous entourent nuit et jour
    Ou de ceux qui nous font sursauter le matin
    Lorsque nous prenons notre café
    Et jetons devant nous les clés rouillées du monde.

    .

     

    JEAN DAMMOU

     

    .

    tham,

    Photographie Thami Benkirane

    http://benkiranet.aminus3.com/

     

     


    0 0
  • 01/20/16--07:36: NICOLAS FOUGEROUSSE
  • "Au cœur de notre vie, au cœur des êtres qui nous entourent, la rumeur du monde avance.
    Il ne s’agit pas tant de se marginaliser ni même de décrier cette rumeur mais plus d’accepter et de laisser entrer ce de quoi nous sommes faits : d’ombre et de lumière.
    La rumeur veut du beau et du fort. Notre solitude accueille le doute et la fragilité. Il s’agit donc de compromis et d’équilibre, comme toujours.
    Vivre en poésie, c’est marcher sur le fil imaginaire de la joie, du simple, du lent, du sensuel mais aussi sur celui de la jubilation, de la révolution éternelle, de la fulgurance d’amour.
    C’est ce qui donne de l’extrême au quotidien et de la lenteur à l’instant.
    Vivre en poésie est inutile, tout comme aller en montagne, car il est inutile de voir les choses différemment.
    Inutile mais nécessaire. "

     

    .

     

    NICOLAS FOUGEROUSSE

     

    .

     

    Pauline H

    Photographie Pauline H. Photographie

     

     


    0 0

    L'eau inaugure le lieu

    L'eau, âme libre venant à toi

    du moindre obscur

    Écoute l'eau

    toi

    qui passes cette porte

    Premier pas

    est l'amour

    Tous les suivants

    gravissent la mémoire

    pour saluer les passants

    Ici, nul étranger

    Tous frères nous sommes

    venus glorifier la pureté de l'eau

    Ô souveraine

    qui veilles à la pureté

    n'oublie pas qu'entre tes mains

    l'eau fait fleurir l'âme et coule jusqu'à l'infini

    Rien ne te sépare de cet air

    rien de ce silence

    Que je touche une pousse

    revient pour moi

    à toucher l'étoile

    Notre nature est la même

    Ici. j'écoute les entrailles qui scandent

    Écris le salut

    écris l'absence

    Si j'étais ici une fois

    je serais toujours ici

    Les plafonds ne sont pas moins hauts que le ciel

    les branches pas plus lentes que l'aile d'une tourterelle

    L'escalier qui conduit à ma chambre

    mène aussi au théâtre des mots

    Scrute cette lumière jaillissant de la pierre

    Les coins écartés du jardin se rapprochent les uns des autres

    Le courant d'eau les pousse dans la paix de la vasque solitaire

    Lente, l'ombre avance

    portant nos pas

    vers ce que nous ne connaissons pas

    Libère-toi de l'allégresse de la fin

    Tu es vouéà cette marche

    d'une âme l'autre

    et les revenants ne se rappellent plus qui tu es

    Habite la chambre du silence

    Comme un sourire retenu

    les miroitements reproduisent

    des fleurs jamais semblables

    Le jardin accueille chaque fois les premiers souffles

    A chaque pas

    commence

    la danse

    L'Andalousie n'est pas un vocable

    Regarde

    ces couleurs de musique

    ces traces

    d'amants

    Ne cherche pas d'autre lieu


    Ici

    est l'Andalousie de l'eau ton

    Andalousie

    Le jardin des déserts

    recueille

    mes amis errants

    l'un

    après l'autre

    Ils sont ici

    échangeant des coupes de vin

    sans relâche

    Les nuits se déversent

    sur des pentes descendant

    vers les vallées du silence

    Mais les amis se réunissent ici

    nuit

    après nuit

    jardin

    désert

     

    .

     

    MOHAMMED BENNIS

     

    .

     

    MARION DELHORBE2

    Oeuvre Marion Delhorbe

    http://www.marion-delhorbe.com/50/andalousie/

     

     


    0 0
  • 01/21/16--11:10: PREMIERE NEIGE
  • A Marie-Paule

    .

    S'il est miracle ce fut bien
    de ces pétales de silence
    dans un lointain matin de France
    dont tu traduisais en mésange
    -ou dans un de tes idiolectes-
    le givre qui s’était figé,
    avec les larmes de l’hiver,
    en bleues dentelles de cristal
    d'étranges oliviers du Nord.

    Oui, ce fut bien
    de cette joie vivant en moi
    longtemps après ta joie d'alors
    devant le choix soudain de l'Ange :

    cette neige, pour toi première,
    dont s'effaça de tout la forme
    qui de tout absorba la voix,

    cette neige qui me fait dire
    que jamais ne tombe la neige,
    que le monde en elle s'élève
    et qu'elle nous enlève au monde."

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    josette marell2

    Oeuvre Josette Marell

    http://www.josette-marrel-aquarelle.fr/


    0 0
  • 01/22/16--10:06: EDMOND JABES...Extrait
  • « L’impensé est quotidiennement dépassé ;

    ce qui renforce, s’il se peut, ma conviction qu’il n’y a pas de pause pour la pensée.

    « Pareil à la mort qui est avant et après la vie,

    l’impensé ne serait, ainsi, que la mesure invérifiable d’une pensée

    constamment mise à l’épreuve par son insuccès,

    ...

     A qui prétendrait que l’on ne saurait dépasser l’impensable,

    précisément parce qu’il nous prive de toute pensée,

    je répondrais que, pour le penseur grisé de dépassement,

    l’impensé réside dans cette image effilochée du vide,

    révélée par le nœud tranché d’une corde qu’un nœud nouveau est sur le point de remplacer.

    ...

      La vie de la pensée est une suite de misérables nœuds sacrifiés à sa pérennité.

    ...

       Ce qui est pensé et ce qui est à penser ne sont

    que le même fil dont l’impensé a réuni les brins.

    Nous serrons nos nœuds autour d’une absence de pensée

    qui enregistre leur degré de résistance » ?

    .

     

    EDMOND JABES

     

    .

     

    https://media.giphy.com/media/3oEdv1GDrqAlr9mb4s/giphy.gif

     

    Justyna Magdalena Mlynarska

     


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    La mer Pourpre au matin m’enivre ;

    Je porte le soir un manteau de brumes rouges.

    De l’arbre à soleils je brise une branche

    Pour balayer les rayons du couchant !

     

    Porté par un nuage, je voyage aux Huit Pôles :

    Mille givres de jade gèlent mon visage !

    Je pénètre l’infini tournoyant

    Et me prosterne devant le Maître des hauteurs.

     

    Il m’invite à traverser l’Ultime Blancheur,

    Me verse le Nectar dans une coupe de jade.

    D’une goutte surgissent dix mille ans !

    Pourquoi retourner au pays ?

     

    Au souffle du bon vent, sans fin je m’abandonne,

    Libre tourbillon par-delà le ciel.

     

    .

     

    LI PO

     

    .

    li

    Oeuvre ?

     


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    Chez nous pas de prison. Nous avons, comme vous, nos assassins. Ils ne sont pas très nombreux, mais quand même, ils sont là. Mais de prison, aucune.

    Les pierres qui recouvrent nos chemins sont tranquilles. Elles savent que jamais nous ne leur ferons l’injure de les serrer l’une contre l’autre dans des hauts murs, pour séparer le jour de la nuit, l’homme de son frère.

    Je vous vois sourire. C’est le sourire de qui croit bien entendre et n’entend rien. Vous vous demandez ce que nous faisons de nos assassins, puisque nous ne les enfermons pas.

    Nous ne sommes pas des insensés. Nous savons que le tigre et l’agneau ne peuvent dormir dans le même pré. Là n’est pas la question. Il est dans la nature du tigre d’être tigre. Il est dans la nature de l’agneau d’être agneau. Mais il n’est pas dans la nature de l’assassin d’être assassin.

    Celui qui donne la mort, c’est qu’il est déjà mort. Celui qui tue, c ‘est par manque d’air.

    Ceux qui font le mal, nous les appelons des « mal-respirants ».

    Car chez nous tout est respiration, allée et venue de l’air dans la gorge, de Dieu dans l’air, du monde dans Dieu, échanges incessants, ondes continuelles, flux et reflux.

    Nous ne punissons pas le criminel, nous l’aidons à rétablir en lui sa respiration naturelle.

    Nous emmenons nos assassins dans la forêt. Nous leur demandons de prêter attention au bavardage des feuilles, à la récitation des sources et aux sentences du vent. Nous leur demandons de prendre leur temps, de ne rien oublier et de nous retrouver ensuite dans la clairière, pour tout nous raconter.

    À leur retour, nous leur disons ceci : enfoncez-vous plus loin dans la forêt, là où le vert devient noir. Fermez les yeux. Écoutez ce qui, en vous, est comme la feuille, comme la source, comme le vent.

    Cette période-là est la plus longue.

    Au bout de quelques mois le premier revient et se met à chanter, dans le milieu de la clairière.

    Car chez nous le chant est remède, le chant est lumière, le chant est vérité, pure respiration du vrai dans le vrai, de l’esprit dans l’esprit, du cœur dans le cœur.

    Quand la voix de celui-là s’envole jusqu’au ciel, imposant le silence aux oiseaux alentour, alors nous savons qu’il est guéri, et bien guéri : plus de pierre sur le souffle, plus de cendre sur l’âme.

    Bien sûr il y a des échecs. Certains s’égarent dans la forêt, ou en reviennent avec une voix de fauve.

    Cela nous l’acceptons. Nous ne cherchons pas, comme vous, à séparer le pur et l’impur. Nous savons qu’ils seront toujours un peu mélangés.

    Nous ne sommes pas des anges — comme vous.

     

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    CHRISTIAN BOBIN

     

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    K A S I A • D E R W I N S K A

    Photographie Kasia Derwinska

     

     


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  • 01/23/16--05:23: MAINS

  • Quel contact étonnant, vieil homme, établissent tes mains avec les nôtres !
    Que les siècles de mort sont vains devant tes mains...
    L’artiste sans nom comme toi les a surprises dans un mouvement de prise
    dont on ne sait s’il vibre encore ou s’il vient de s’éteindre,
    Les veines battent, ce sont des vieilles veines durcies par le chant du sang,
    ah, que prennent-elles, tes mains de vigueur finissante,
    s’agrippent-elles à la terre, s’agrippent-elles à la chair,
    la dernière ou l’avant-dernière fois,
    ramassent-elles le cristal qui contient la pureté,
    caressent-elles l’ombre vivante qui contient la fécondité,
    sont-elles de patience,
    sont-elles d’acharnement, d’ardeur, de résistance,
    sont-elles secrètement de défaillance ?
    Le certain c’est leur fierté.
    Les veines de tes mains, vieil homme, expriment la prière,
    la prière de ton sang, vieil homme, l’avant-dernière prière,
    non la prière verbale, non la prière cléricale,
    mais celle de l’ardeur pensante,
    puissante - impuissante.
    Leur présence confronte le monde avec lui-même,
    elle l’interroge comme on interroge ce qu’on aime définitivement
    sans que la réponse soit possible.
    Suis-je seul, moi sourd, moi tellement séparé de toi,
    moi tellement détaché de moi,
    suis-je seul à savoir comme tu es seul,
    moi seul à cet instant et si tendu vers toi dans le temps ?
    Ou sommes-nous seuls ensemble
    parmi tous ceux dans la durée qui sont seuls avec nous,
    formant le chœur unique qui murmure dans nos veines communes nos veines chantantes ?
    J’ai penséà te dire, vieil homme, une chose émouvante,
    émue,
    fraternelle,
    à trouver pour toi, au nom de tous les autres, une parole nue
    d’aurore boréale
    de lueur sur les glaciers,
    une parole simple, intime et loyale.
    Toi, tu ne savais pas
    que les veines des tempes des électrocutés
    bouillonnent comme des nœuds de sang révolté
    sous la peau ruisselante d’une sueur plus atroce que la sueur du Christ sur la croix.
    Quelqu’un m’a dit qu’il pensa en voyant ça
    à une mouche proie d’une étrange araignée
    et la mouche était une âme pardonnée.
    Ah, que pourrais-je, ah que pourrais-je pour soulager tes veines,
    moi qui sais les supplices, toi qui sais les supplices,
    il faut pourtant que nous puissions l’un pour l’autre,
    d’un bout du temps à l’autre,
    jeter dans les balances inexorables de l’univers
    au moins la fragilité d’une pensée, d’un signe, d’un vers
    qui n’a peut-être ni substance ni radiance mais qui est,
    aussi réel que les veines implorantes de ta main,
    que les veines des miennes si peu différentes...
    Que la dernière lueur de la dernière aurore,
    que la dernière étoile intermittente,
    que la dernière détresse de la dernière attente,
    que le dernier sourire du masque rasséréné,
    soient sur les veines de ta main, vieil homme rencontré.
    Une goutte de sang tombe d’un ciel à l’autre,
    éblouissante.
    Nos mains sont d’inconscience, de dureté, d’ascension, de conscience, de plain-chant, de souffrance ravie,
    clouées aux arcs-en-ciel.
    Ensemble, ensemble, unies,
    voici qu’elles ont saisi
    l’inespéré.
    Et nous ne savions pas
    que nous tenions ensemble
    cet éblouissement.
    Une goutte de sang -
    un seul trait de lumière tombe d’une main à l’autre,
    éblouissant.

     

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       VICTOR SERGE

    Mexico, novembre 1947

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    Le-vieil-homme-et-l-enfant

    Michel Simon et Alain Cohen
    " Le vieil homme et l'enfant "

     

     


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  • 01/23/16--05:44: VERT PARADIS...Extrait
  • Sauvaire, que mon grand-père connut, avait mis son peu d’argent dans ce petit carré de terre rouge ; il l’avait enfermé de murettes faites avec les pierres tirées de son champ. Il y avait planté des oliviers, des vignes, des amandiers. Il avait suivi jour après jour, heure par heure, la croissance de ses plantations. Pour la pause de midi, il avait creusé dans l’épaisseur de la muraille, un abri où il se mettait quand il pleuvait. Dedans, il s’était fait un siège avec une pierre plate, et un autre dehors bien ensoleillé, abrité du vent du Nord. Et pour la sieste, l’été, la terre était assez douce pour son corps, la terre où il avait mis tant d’amour.

    De son champ il vit pousser la vigne et les arbres, il recueillit dans le creux de ses mains les premières amandes, celles qui sont comme du lait, et qu’on peut, sur un morceau de pain frais, offrir à un roi s’il passe sur le chemin.

    Ô joie, simple orgueil : son champ le nourrissait ;

    Ce champ fut  toute la vie de Sauvaire. Tant qu’il eut la force de travailler, il s’y tint du lundi au samedi. Et le dimanche il restait au village. Il s’asseyait sur une chaise au bord du chemin et tirait longuement sur sa pipe en caressant des yeux, loin, bien loin, le velours profond des montagnes qui barrait la vue au ras du ciel.

    Mais vint le temps où l’outil se fit plus lourd dans sa main. Pas d’enfant, pas de neveu, pour se charger de ce pauvre coin de terre.

    Sans rien dire, le vieil homme y allait chaque jour, et par-ci, par-là, arrachait les herbes, piochait la longueur de trois pas, taillait une douzaine de souches, entretenait ce qui était toute sa vie. Mais l’herbe revenait toujours vivace, l’ivraie, fraîche de toute la rosée de la nuit, s’étendait, et les angles de terrain de plus en plus oubliés s’approchaient chaque mois du centre.

    A grands pas, la vie sauvage reprenait la terre. Sauvaire se battit longtemps. Il avait trouvé l’énergie de venir même le dimanche, quand toutes les terres sont vides d’hommes, quand de trois lieues on peut entendre le chant du coucou dans un arbre et que l’heure méridienne sonne seule dans l’air chaud.

    Il s’asseyait sur la banquette de pierre, le dos contre le mur, et ses yeux de ciel lavé regardaient sans fin le champ perdu. La paix de l’endroit était traversée par un papillon qui voltigeait, tout blanc au feu de l’air, et qui, enfin, allait se poser plus loin derrière une touffe de l’herbe. Il n’y avait dans l’air que le parfum du thym et des romarins.

    Le temps s’en allait doucement, comme la chaleur dans ses veines. Dans la paix de l’après-midi, le sang battait à ses oreilles. Parfois, sans bruit, un perdreau apparaissait sur les pierres. Sauvaire restait silencieux, ne bougeait pas – ils étaient tous les deux à s’observer, retenant leur souffle, comme deux pierres au soleil. Puis l’autre s’envolait, laissant là, dans le silence de la lumière, Sauvaire abandonné du monde.

     

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    MAX ROUQUETTE

     

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    serge fiorio1,,

    Oeuvre Serge Fiorio

    http://sergefiorio.canalblog.com


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