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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 01/23/16--06:11: LA MACHINE SINGER

  • Une machine Singer dans un foyer nègre,
    arabe, indien, malais, chinois, annamite,
    ou dans n'importe quelle maison
    sans boussole du tiers monde
    c'était le dieu lare qui raccommodait
    les mauvais jours de notre enfance.

     


    Sous nos toits son aiguille tendait
    des pièges fantastiques à la faim,
    son aiguille défiait la soif.

     


    La machine Singer domptait des tigres
    la machine Singer charmait des serpents
    elle bravait paludismes et cyclones
    et cousait des feuilles à notre nudité.

     


    La machine Singer n'était pas tombée
    des dernières pluies du ciel :
    elle avait quelque part un père,
    une mère, des tantes, des oncles,
    et avant même d'avoir des dents pour mordre
    elle savait se frayer un chemin de lionne.

     


    La machine Singer n'était pas toujours
    une machine à coudre attelée jour et nuit
    à la tendresse d'une fée sous-développée.

     


    Parfois c'était une bête féroce
    qui se cabrait avec des griffes
    et qui écumait de rage
    et inondait la maison de fumée

     


    et la maison restait sans rythme ni mesure
    la maison cessait de tourner autour du Soleil
    et les meubles prenaient la fuite
    et les tables surtout les tables
    qui se sentaient très seules au milieu du désert de notre faim
    retournaient à leur enfance de la forêt

     


    et ces jour-là nous savions que Singer
    est un mot tombé d'un dictionnaire de proie
    qui nous attendait parfois derrière les portes
    une hache à la main !


    .



    RENE DEPESTRE

    .

     

    tailleur-metier-machine-a-coudre

     

     

     

     


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  • 01/23/16--06:49: L'ARBRE A LEGENDES
  • J'ai vu le chêne sacré, gardien d'orage et de justice, cacheur d'oiseaux et de fées, cacheur

    d'aurores très anciennes, je chante le vieux chêne des routes de poussière.

     

    Aux soirs des plus hauts étés, dans le suspens où montent les ténèbres, Merlin parle encor

    dans son ombre et Viviane a des palais sous sa ramure.

     

    A leur pas lumineux s'offre une mousse plus fine que poil de taupe. 

    J'ai embelli le monde aujourd'hui, dit Merlin, j'ai coloré des pommes dans les vergers.

    Mon regard a mûri les froments et j'ai tendu cette paix mauve sur les toits des villages; ô bien

    aimée, ouvre-moi tes châteaux.

     Viviane entend et des voiles se forment. On voit tourner un portail de buée, on voit Merlin

    baiser une main d'or.
      

    Mais l'arbre est seul à savoir les battements de ces coeurs.


    Un chevreuil blanc viendra goûter l'herbe qui pousse entre ses racines, un chevreuil blanc

    viendra lisser son pelage à l'écorce.

     

    Je chante l'arbre légendaire. Je dis qu'il règne et qu'il est le père de ces champs et de ces

    collines.


    Le ciel qui passe avec son front rapide a fait le signe et le grand chêne a répondu de tout son

    lourd feuillage.

     

    Ici fut scellée l'amitié, ici la parole fut dite, ici l'anneau fut échangé, ici la coupe fut vidée, ici fut

    jeune une antique chanson.

    Qui sait aimer cet arbre est aimé du silence.
     

    Et l'oiseau bleu qui vit en ramée couve jalousement la légende future au goût de sève et de

    rosée.

     

     .

     

    GEO NORGE

    (1898-1990)

     

    .

     

    LEINA2

    Oeuvre Leina

    http://leblogdeleina.over-blog.com/2014/10/dans-la-foret-de-broceliande.html


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    Un mois déjà...

    .

     

     Ma grand-mère paternelle, Maria, était une forte femme. Dans tous les sens du terme et plus particulièrement dans son caractère.

    Solide Flamande, elle savait ce qu'elle voulait et ne se laissait jamais influencer. Elle avait élevé ses neuf enfants quasi seule : mon grand-père était ouvrier saisonnier "loué" et partait souvent pour plusieurs mois.

    J'ai connu mon aïeule un peu plus de vingt ans et je lui ai connu une dizaine de maisons, au moins !

    Elle arrivait chez nous, souvent à l'improviste, et disait à mon père : "Je déménage samedi prochain, j'ai besoin de toi, viens m'aider". Ce n'était pas une demande, mais un ordre !

     

    Je me souviens de ses maisons et de deux d'entre elles notamment, je les aimais beaucoup.

    La première était sise près d'une fontaine où poussait du cresson. Elle était entourée d'eau : la fontaine d'un côté, et la Haine, une rivière, de l'autre. Une maison dont les vitres étaient des vitraux ne pouvait que me plaire. La lumière et le soleil y mettaient des ombres et des jeux de couleurs différents selon le moment de la journée. Nous avions, à l'époque, une passion pour les kaléidoscopes – ces tubes remplis de morceaux de verre colorés et de miroirs – où l'on jouait avec la lumière. Et cette maison était un vrai kaléidoscope, immense ! C'était magique ! Mais ma grand-mère n'y est restée qu'un an tout au plus, déclarant – à juste titre - que cette habitation était vraiment trop humide. J'ai longtemps regretté le murmure de l'eau qui nourrissait mes rêves et berçait mon sommeil.

    Un peu plus tard, elle loua une grande maison bâtie sur trois étages : la propriétaire occupait les chambres du second étage et mes grands-parents le rez-de-chaussée et le premier. Cette maison avait un escalier central, en colimaçon, j'y ai usé quelques petites culottes… Le jardin était magnifique : un coin planté de fleurs, un potager et un petit verger. Les parties de cache-cache avec l'une de mes cousines étaient interminables.

    Un matin, ma grand-mère décida qu'elle allait déménager. Elle occupait la maison depuis plusieurs années déjà, la propriétaire était décédée et ses enfants ne tenaient pas à l'habiter. Donc, je ne voyais pas bien pourquoi Mémé voulait la quitter.

    J'avais douze ou treize ans et je n'ai pu taire la question qui me taraudait depuis longtemps :

    "Mais pourquoi veux-tu encore déménager, Mémé ? Tu es bien ici, la maison est si belle !"

    J'avais posé la question qu'il ne fallait pas !

    Elle me lança un regard courroucé, le regard qui faisait trembler tous ses petits-enfants et même ses enfants adultes. Mais j'étais audacieuse et j'attendais une réponse. Je continuai donc de la questionner en soutenant son regard.

    Elle me fixait sévèrement. Puis, son regard se fit vague, très doux. On aurait dit qu'elle se posait, elle aussi, la question.

    "Vois-tu", me dit-elle, "j'ai déjà changé plusieurs fois les meubles de place. J'ai tout repeint et retapissé. J'ai changé de chambre à coucher aussi. Cette maison, je la connais et elle me connaît. Je voudrais en changer maintenant, je voudrais habiter une autre maison pour la découvrir."

    Cette réponse, je ne sais plus si j'en fus satisfaite, mais je compris que Mémé avait besoin de changer d'horizon et qu'à défaut de voyager, elle changeait de maison. Je compris aussi le besoin d’errance ce jour-là.

     

     
    J'étais trop jeune pour approfondir cette exigence de changement proche de l'instabilité.

    Ma grand-mère craignait peut-être de trop creuser ses pas ou peut-être voulait-elle multiplier ses traces ? Elle fuyait une situation stable, sécurisante, pour rebâtir un nid ailleurs.

    Pourquoi avait-elle besoin de bouger, de se déplacer, d'apprivoiser la nouveauté…

    Pourquoi avait-elle besoin de l'imprévu…

    Trop de confort et d'habitudes l'inquiétait, avait-elle besoin de se dépenser, d'être occupée par mille tâches d'aménagement pour s'oublier, pour fuir ses difficultés, ses angoisses ?

    "Et si l'on s'agite, c'est que tout nous coule entre les doigts !"

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    adelans2

    Oeuvre Adelans

    http://www.galerie-creation.com/adelans


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  • 01/24/16--07:44: L'ÂGE DES SIECLES
  • Une bourrasque féroce s'abat sur les moissons
    les hurlements claquent les champs
    une buée cahoteuse aveugle les frusques du désert

    la poussière des sables danse avec les pas du vent
    les présences mémorielles s'affolent entre les mains du sirocco
    l'amoncellement des nuits orphelines s'effondre en sanglots

    une goutte de sang prémonitoire sombre dans une marche blanche
    la folle guerre s'empare des frontières
    un fantôme rôdeur pénètre la ville tranquille
    se jette sur les gardiennes du sol

    les muses silencieuses offrant la sagesse à l’intrus
    partent sans défense au-delà des mers en colère
    pleurent une lumière enceinte sur les genoux du périple
    laissant derrière elle l'écorce de l'arbre-ancêtre

    d'où qu'elle vienne la négritude de l'âge éternel absorbe
    pour qu'un jour la racine qui naît du ventre de l'Afrique
    reconnaisse le bourgeon qui fleurit des peaux exilées

    le sourcier interroge les langues ancestrales
    des murs endeuillés par le néant
    des squelettes encore endormis par l’assommoir des siècles

    les consciences témoins du supplice
    vagabondent au seuil de la mémoire prisonnière de sécheresse
    pour que l'éveil de l'âme s'adonne à l'univers

    l'odeur du pourpre qui émane de l'occupant
    envenimé par l'incontournable histoire du visage
    afin que les Afriques s'émerveillent de leurs entrailles

    nous vous reconnaissons chères statues de nos miséricordes
    nous vous chantons parce que vous manquez à nos chairs
    nous avons tété le lait de nos bois et bu notre transe
    nous à la croisée des confins hantons les chemins
    nous traversons les ronces à travers les lueurs du continent fiévreux

     

    .

     

    KAMEL YAHIAOUI

     

    .

     

    KAMEL


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  • 01/24/16--09:41: LORAND GASPAR...Extrait
  • ...

    Non, je ne suis pas en exil,
    chez moi dans le jaillissement
    dans la chute et dans l’usure
    dans le diamant et la pacotille
    chez moi dans la jubilation des eaux et des airs
    et comment parler du mouvement sans bornes
    sous les averses d’averses de photons
    les vitesses de tant de rayonnements
    dans la fraîcheur fragile du verger en fleur
    rencontré ce matin de février sans nombre
    dans l’éventail d’années et d’années de lumière —
    je suis le marcheur qui respire l’ouvert
    de tous ses poumons et dont le corps-cerveau
    compose des images, musiques et langues,
    je suis celui qui chante dans le chant
    hors métrique et hors vocabulaire
    les matins de toute vie et les soirs
    et les nuits de solitude peuplées
    de pensées qui s’envolent de leurs fenêtres
    de tout ce qui se déplie, telles les eaux
    que parcourt un battement d’aile dans la nuit
    de l’eau solidaire de celui qui dort,
    comme de celui qui écoute le poème au-dedans, au-dehors...

    .

     

    LORAND GASPAR

     

    .

     

    desert2


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  • 01/24/16--09:45: VICTOR DEME - DJON MAYA

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  • 01/24/16--09:53: SONA JOBARTEH - GAMBIA -

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         Coolitude pour poser la première pierre de ma mémoire de toute mémoire, ma langue de toutes les langues, ma part d'inconnu que de nombreux corps et de nombreuses histoires ont souvent déposée dans mes gènes et mes îles.

         À me demander si je fais partie d'une race de malaxeurs d'épices et de parfums, de soies et d'ors, de pigments de peaux et de mots.

         Coolitude, mon roulis-coolie, chant d'un enracinement autant que chant d'un déracinement dans une terre faite d'autres poussières, rencontre nécessaire où l'indien apporte son cuivre millénaire au chant du monde.

         Pour dire nos voyages, nos rencontres et nos métissages incessants ; voici mon chant d'exil et de bonheur : avant d'être homme nouveau, je suis homme en devenir.

    ...


         Coolitude non seulement pour la mémoire... mais aussi pour ces valeurs d'hommes que l'île a échafaudées à la rencontre des fils d'Afrique de l'Inde de Chine et de l'Occident.

         Pour moi, la seule patrie rêvée est celle de la grande fraternité... de la réconciliation.

         Coolitude : parce que je suis créole de mon cordage, indien de mon mât, européen de la vergue, je suis mauricien de ma quête et français de mon exil. Je ne serai toujours ailleurs qu'en moi-même parce que je ne peux qu'imaginer ma terre natale...

         Est-ce pour cela que ma vraie langue maternelle est la poésie ?

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    KHAL TORABULLY

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    khal2

     


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  • 01/28/16--07:46: UN JOUR SILENCE
  • C 'est un jour silence, un jour blanc sans nuance, un jour sans paroles, sans ambiance, sans présence.
    Juste la neige derrière les carreaux, supprimant la couleur , impose sa brillance .
    Ces éphémères couches de transparence qui nous basculent dans
    une froideur intense, et dans un monde nouveau, se révèlent être la seule attirance.
    Le jour blanc vire à l'éclatant sous le ciel assombri .
    Derrière les carreaux le regard s'appuie, et s'enfuit au bout de la nuit.
    On se croirait seul sur une lune de fine porcelaine qui se se craquellera à la moindre source de chaleur.
    Tout en douceur Pierrot est descendu de sa longue échelle de soie , il est venu jouer sous ma fenêtre , il semblait irréel mais
    il était bien là , je le sais.
    Il a laissé sur le pas de la porte quelques notes gelées .
    Le temps s'est arrêté, un jour et une nuit seulement.
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    JOSIANE
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    PIERRE JOSE LEROY COL DE VERGIO CORSE

    Photographie Pierre-José Leroy, Vergio , Corse


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  • 01/29/16--03:41: POESIE VERTCALE...Extrait
  • Je me suis réveillé, un morceau de rêve entre les mains,
    et n'ai su que faire de lui.
    J'ai cherché alors un morceau de veille
    pour habiller le morceau de rêve,
    mais il n'était plus là.
    J'ai maintenant un morceau de veille entre les mains
    et ne sais que faire de lui.

    A moins de trouver d'autres mains
    qui puissent entrer avec lui dans le rêve.

    .

     

    ROBERTO JUARROZ

     

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    kasia derwinska2

    Oeuvre Kasia Derwinska

     


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  • 01/29/16--04:01: RESPUESTA
  • Quisiera que tú me entendieras a mí sin palabras.
    Sin palabras hablarte, lo mismo que se habla mi gente.
    Que tú me entendieras a mí sin palabras
    como entiendo yo al mar o a la brisa enredada en un álamo verde.
    Me preguntas, amigo, y no sé qué respuesta he de darte,
    Hace ya mucho tiempo aprendí hondas razones que tú no comprendes.
    Revelarlas quisiera, poniendo en mis ojos el sol invisible,
    la pasión con que dora la tierra sus frutos calientes.
    Me preguntas, amigo, y no sé qué respuesta he de darte.
    Siento arder una loca alegría en la luz que me envuelve.
    Yo quisiera que tú la sintieras también inundándote el alma,
    yo quisiera que a ti, en lo más hondo, también te quemase y te hiriese.
    Criatura también de alegría quisiera que fueras,
    criatura que llega por fin a vencer la tristeza y la muerte.
    Si ahora yo te dijera que había que andar por ciudades perdidas
    y llorar en sus calles oscuras sintiéndose débil,
    y cantar bajo un árbol de estío tus sueños oscuros,
    y sentirte hecho de aire y de nube y de hierba muy verde...
    Si ahora yo te dijera
    que es tu vida esa roca en que rompe la ola,
    la flor misma que vibra y se llena de azul bajo el claro nordeste,
    aquel hombre que va por el campo nocturno llevando una antorcha,
    aquel niño que azota la mar con su mano inocente...
    Si yo te dijera estas cosas, amigo,
    ¿qué fuego pondría en mi boca, qué hierro candente,
    qué olores, colores, sabores, contactos, sonidos?
    Y ¿cómo saber si me entiendes?
    ¿Cómo entrar en tu alma rompiendo sus hielos?
    ¿Cómo hacerte sentir para siempre vencida la muerte?
    ¿Cómo ahondar en tu invierno, llevar a tu noche la luna,
    poner en tu oscura tristeza la lumbre celeste?
    Sin palabras, amigo; tenía que ser sin palabras como tú me entendieses.

     

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    JOSE HIERRO

    .

     

    tham18,

    Photographie Thami Benkirane

    http://benkiranet.aminus3.com/

     

     


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  • 01/29/16--04:22: TATOUAGE/WECHMA
  • Wechma
    Mes veines
    Sur les ailes
    Du pigeon aveugle !

    Wechma
    L’azur bleu
    Sur tous ces seins desséchés !
    Wechma
    L’oasis nombril,
    La folie des palmiers assoiffés,
    Mes veines racines
    Pourrissant dans le cri solitaire !

    Wechma
    De laves rouges
    Sur la peau des bourreaux
    Enivrés de putrides goulots,
    Sur leurs interminables promesses de faux paradis
    Qui ne nous laissent aucun radis !

    Wechma
    Dans les grottes humides,
    Préhistoire de mon apprentissage
    Du feu et de l’écriture !

    Wechma
    De poings sur les colonnes romaines
    Sous lesquelles ils m’ont enterré,
    Mon corps rongé
    Par des vers latins !

    Wechma
    Les rayons de soleil
    Sur les veines du forçat,
    Sur les langes de boue
    De l’enfant assassiné,
    Sur l’oasis enterrée !

    Wechma
    L’éclair sur ton linceul de silence imposé,
    Sur la peau du dromadaire ailé,
    Sur son voyage inachevé,
    Sur sa bosse de rêves
    Qui éclate en mille tombeaux
    En mille lambeaux,
    En mille flambeaux !

    .

     

    MOKHTAR EL AMRAOUI

    In "Arpèges sur les ailes de mes ans"

    .

     

    Artiste Palestinienne Rima Al Mozzayen2

    Oeuvre de l'de l'artiste Palestinienne Rima Al Mozzayen


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    Ton prénom c’est Evren, Feythi ou Yelda,
    es-tu garçon ou fille ?
    Je ne sais pas.
    Mais il faut que je te livre un secret.
    Je ne t’en veux pas.
    On veut te faire croire que nous sommes ennemis.
    Depuis cent ans est-ce encore possible ?
    Mon grand père s’appelait Dikran et ma grand-mère Zarhouï.
    C’était des arméniens.
    L’un a eu la tête sciée, l’autre a marché,
    le long chemin de Samssoun jusqu’en France ;
    elle tenait par la main, un enfant de ton âge.
    Aram
    Ce fut mon père.
    S’il te plait écoute un peu.
    Nous avons grandi toi et moi, par l’amour de nos parents,
    la présence de nos amis.
    Dans la lumière de nos jours et nos nuits.
    Par la force tendre de nos frères et de nos sœurs,
    en dépit de nos chagrins, de nos disputes, de nos rancœurs,
    de nos souvenirs vécus, tremblés, transmis.
    Mon chemin de lutte s’épuise enfin.
    J’ai déchiré le plan des bombes, j’ai brisé mon couteau.
    Je ne veux plus ni poudre ni balles.
    Ecoute encore un peu.
    J’ai tenté faire entendre, de mille manières,
    d’abord avec la bonté ancestrale des miens, et puis par le fer et le feu,
    la reconnaissance d’un seul mot,
    parce qu’il contient l’histoire de nos deux peuples.
    Génocide.
    On te dit c’est un mensonge.
    Tu n’as même pas le droit de prononcer le mot.
    « Ils » demandent des preuves.
    Puisqu’il est vain de te faire voir encore, les hideurs commises
    Par tes ancêtres, torturant encore les miens,
    je n’ai plus d’autres témoignages à t’apporter que moi.
    Oui, moi.
    Ecoute encore un peu.
    Pourquoi suis-je ici et toi là-bas ?
    Pourquoi ce demi-peuple, éparpillé de part le monde ?
    Ce furent les massacres et ce fut l’exode.
    Entends le vent ce soir.
    Il porte encore le souffle de nos doudouks, et les larmes de nos mères.
    Leurs voix sont immortelles.
    Regarde par les monts et les plaines, d’Adana à Erzeroum,
    Et de Trébizonde à Deïr-ez-Zor ce qu’il reste de nos empreintes,
    de nos monastères, nos églises et nos villages.
    Ces pierres sont elles tombées du ciel ?
    Non !
    Elles sont le témoignage d’une foi et d’un génie humain.
    De tout un peuple.
    Attends, j’ai presque fini.
    Mon frère turc, une dernière chose.
    Je voudrais puisqu’il est encore temps,
    pouvoir te serrer dans mes bras.
    Sache bien que certains des miens,
    pour cette idée vont me traiter de renégat.
    Je m’en moque ce qui m’importe,
    C’est toi.
    Mais il faut que les puissants qui t’obligent,
    soient persuadés, qu’ils peuvent devenir plus grands encore,
    qu’ils ne sont déjà, en demandant pardon
    pour ce qu’ils ne sont pas.
    Il leur reste, une date, une chance ;
    24 Avril 2015
    Un siècle exactement après le premier génocide du vingtième siècle .
    Imagine un instant tout que nous pourrons partager alors.
    Le même pain, le même sel et l’espérance pour demain.
    Je vais continuer jusqu’à mon dernier souffle,
    à préserver la mémoire d’un peuple sans sépulture ;
    n’en déplaise aux hommes à genoux.
    A toi de voir maintenant, qu’elle est ta place là.
    Je voudrais tant te voir debout.
    Vertical comme une main ouverte, dans l’honneur retrouvé.
    J’ai confiance.
    C’est mon devoir d’homme juste.
    Il peut être le tien.
    A bientôt, mon frère.

    nb/
    Je t’ai vu l’autre jour désirer être libre.
    Ils t’ont frappé. Je les reconnais bien là.
    Tu ne faisais que crier,
    ce qu’on l’on grave ici dans les cœurs et les pierres :
    Liberté
    Egalité
    Fraternité.

     

    .



    HENRI ARAM HAIRABEDIAN

    .

     

    frontiere turco armenienne2

    Anciennement frontière turco-arménienne

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • 01/30/16--06:44: ALA.NI - CRY ME A RIVER

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    Nous sommes en pleine civilisation de l’image…
    Jamais à un tel point il n'a été donné
    aux hommes de voir
    à travers les époques
    à travers l'univers
    à travers les consciences.
    Edition
    Cinéma
    Presse
    Télévision
    toutes les fenêtres sont ouvertes...
    Connaître, faire connaître, apprendre,
    savoir, vérifier, sentir, bouleverser...

    Écrivains, peintres, poètes, photographes,
    musiciens, cosmonautes, femmes et hommes,
    chacun est à son poste pour le bien ou
    pour le pire. Chacun est responsable
    pour faire l'amour ou faire la haine...

    Toute mon œuvre, tout mon travail,
    tout le feu de ma vie, toute ma
    violence, je les ai mis dans une direction
    à laquelle je n'ai jamais failli.
    Dans cet Homme et dans son devenir.
    Dans ses luttes, ses souffrances,
    ses petites joies, modestes, pures,
    ces morceaux de sourire
    qu'on rencontre au coin des taudis,
    ces mains calleuses, émouvantes...

    J'ai copié les milliers de visages
    de toutes les races, de toutes les joies
    de toutes les peines.
    Des dockers du Havre, aux mineurs de Trieux,
    de la Finlande à la Côte d'Azur,
    du métro aux gosses de mon quartier,
    de Moscou au Caucase des légendes,
    du métallo de Léningrad
    au Maître tapissier Lurçat,
    de l'exposition d'Arcueil
    au thème plus complexe
    sur la pollution des eaux...

    J'ai pris parti
    Je ne suis pas un marchand de photographies
    Je suis un franc-tireur de l'image
    au service de mon art et de ma création...

     

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    Gérald BLONCOURT
    1950

    bloncourtblog.net

     

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    Gerald bloncourt

    Photographie Gérald Bloncourt - Bidonville -

     


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  • 01/30/16--11:19: ARBORETUM
  • Une nuit, mes pieds ont pris racine
    vertigineusement.

    Ô le bienfait de la glaise,
    la longue odeur de l'humus,
    du temps décomposé,
    du sommeil biologique !

    Jambes ligneuses,
    léchures des vents sur leur aubier,
    rosées des songes encor verts,
    j'enfante un ruisseau émeraude.

    Sous l'écorce de ma poitrine,
    quel oiseau délace les barreaux ?
    Quel oisillon s'affale à l'idée de choir du nid
    ou de mourir de soif ?
    L'éponge de mes poumons suffira-t-elle
    pour traverser tous les déserts ?...

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    BEATRICE LIBERT

     

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    BEATR

     


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    Ce matin, la vitalité de la beauté me communique son désir d’élévation. Feuilles d’automne tombées dans le miroir des saisons, je vous aime fringantes et craquantes lorsque le pas du marcheur vous écrase. La rosée toute nue s’adosse aux premières lueurs du jour et le mur sur lequel je m’appuie se repeint à la clarté des ombres traînantes.

    L’esthétisme a le goût des rencontres. Pour lui, la solitude n’est pas un lieu privilégié, au contraire elle s’accapare l’objet même du beau pour le couvrir de toutes nos zizanies intérieures. Etranglé, l’élan porteur de la nature ne reçoit pas l’impulsion, le coup de rein permettant le décrochage. A mes côtés, une vie s’éteint doucement et je ne saurais dire toute l’ampleur de la déconvenue.

    Chute inévitable, torpeur du résignement, la nuit définitive s’affirme dans la permanence. Je songe, ici, à l’arbre qui tombe frappé par la foudre. Dans la campagne endormie, un hibou vieille sur l’herbe déracinée, la tête saturée sur les plaies du bois calciné. Puis la montagne absorbe l’éclair pour en traduire ses notes échevelées concentrant l’harmonie dans sa fragile besace.

    L’émiettement réconcilie la douceur de l’air avec les fragments de mots réparant le monde. Des voix mortes depuis la nuit des temps remontent par endroits des messages perdus, des tirelires d’un vocable enseveli par la zébrure du silence.

    Trouble simulacre, la vigie de mon cœur plane au-dessus du souffle difforme de mon existence. J’habite par moment la clé de mes leurres. Ce qui reste caché dans le hall de la patience immobilise jusqu’à la source de mes paroles. Une voix décapante s’accorde aux aveux sans comprendre ce qui a creusé le puits pour en hisser l’eau jusqu’à la lumière.

    Régénération brutale, aspirations irrésistibles et blessantes, serait-ce la soif hospitalière ou l’assèchement d’un bûcher qui dissimule la clarté ? Mettre à nu chaque rêve, chaque frisson, est-ce le moyen pour redonner à la présence le fugace tracé permettant de l’entrevoir ?

    La renaissance est toujours un peu de cette terre en exil. Une expérience où le lieu devient une frontière et ou la limite franchit la terre natale.

    Bientôt, l’onde qui me caresse à rebrousse-poil comme une remontée d’aigreur parfumera l’espace que tu as quitté. Il n’y aura là qu’angles morts et rebuffades dans l’asphyxie des jours contondants. Une larve ingérée et digérée par les coups de gueule du néant. L’exclamation de la lumière jaillira de la blessure suffoquée et la palpitation de l’instant s’en retournera dans le berceau où la pulpe et le fruit ne sont qu’attente, prières et éclatements d’un renouveau.

    Le chemin nu et imperceptible, conduisant à la beauté de toute chose, est si tortueux que ses cascades d’émotions déroutent le promeneur de l’invisible pays d’une existence palpitante. L’abîme est alors le seul lieu possible pour la vérité.

    Pour le Dérouté, l'esthète voyageur, le nomade funambule, ces allégories sont les vibrants témoignages d'un "dehors" qui fait fulgurance. Jaillissement d'un hors-champ, irruption de l'irréductible, d’un arrière-monde silencieux. Cloaques immanents de la représentation, l’unité narrative se disloque lorsqu’il s’agit d’étayer l’image de la beauté pure.

     

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    BRUNO ODILE

     

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    Sherry Akrami2

    Photographie Sherry Akrami

     


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    « ... les vrais poètes ne peuvent prouver la poésie qu’en poétisant, si je puis dire. Pour moi, à qui certains prestigieux moyens n’ont pas été très libéralement départis, je suis bien obligé de m’y prendre autrement. On a souvent dit et répété que la poésie, comme la beauté, était en tout et qu’il suffisait de savoir l’y trouver. Eh bien non, ce n’est pas du tout mon avis. Tout au plus accorderai-je que la poésie n’étant au contraire nulle part, il s’agit précisément de la mettre là où elle aura le plus de chance de pouvoir subsister. — Mais aussi, qu’une fois admise la nécessité où l’homme s’est trouvé de la mettre au monde afin de mieux pouvoir supporter la réalité qui, telle qu’elle est, n’est pas toujours très complaisamment à notre portée, la poésie n’a pas besoin pour aller à son but de tel ou tel véhicule particulier. Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore — pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tristesse ou la joie. Elle est dans cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots et les réactions qu’ils ont les uns sur les autres dans leurs arrangements — se répercutant dans l’esprit et la sensibilité. Ce n’est pas la matière dont la flèche est faite qui la fait voler — qu’importe le bois ou l’acier — mais sa forme, la façon dont elle est taillée et équilibrée qui font qu’elle va au but et pénètre et, bien entendu aussi, la force et l’adresse de l’archer. »

     

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    PIERRR REVERDY

     

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    Mark Briscoe‎2,

    Oeuvre Mark Briscoe

     

     


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  • 02/01/16--11:13: LA MORT A DISTANCE
  • Il me faudra partir, je le sais, avec dans les yeux de la mémoire, les images presque effacées de ceux qui ne sont plus. Déjà leurs gestes, leurs visages, si je n'y prends garde, se brouillent lentement, se confondent. Je prête à l'un le sourire de l'autre, j'oublie la chaleur de ce bras, le parfum de cette chevelure. J'oublie, mais rien ne s'éloigne. Je suis seul, et je suis cerné par les ombres. Je marche, entouré de rumeurs. Ce qui devait se perdre sous la terre, ce qui demeurait pris dans sa minute ultime et son lieu, a regagné le royaume de l'invisible, et là, comme épargné par l'usure des heures, ce qui devait mourir persiste et se prolonge et me poursuit. « Je suis l'ancêtre du souvenir », ai-je fait dire à ce vieil homme qui cherchait sa fille. C'était encore parler de moi avec trop d'orgueil. Je ne suis qu'un veilleur, j'attends que vienne au matin la relève et que je puisse enfin m'endormir. Mais eux, qui ne sont nulle part, qui ne possèdent plus de forme ni de figure, comment ne pas entendre ce qu'ils réclament, une place, fût-ce la plus petite, dans l'histoire de mon corps et de ma pensée ? Et que je chancelle sur le chemin, leur importe peu. Que je me détourne, ne fait que les rendre plus avides, et cette femme qui m’attendait chaque jour entrouvre, une fois encore, la porte bleue.



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    CLAUDE ESTEBAN

     

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    Alain preault2

    Photographie Alain Préault

     


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