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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/01/16--11:53: BRUNO RUIZ
  • Nous sommes ici

    et nous ne sommes pas au monde

    nous sommes faits de sommes et d’éveils utiles et remplaçables

    essentiels à certains

    dérisoires à d’autres

    infiniment petits

    nous sommes des oubliés des abandonnés

    nous sommes le monde entier

    nous sommes finis et rares

    prévisibles

    croyables

    nés au milieu du désordre pour y retourner

    nés de ceux à qui l’on ressemble

    pour qui l’on veut faire mieux autrement

    nous avançons avec nos compromis et nos résistances

    notre faiblesse notre grandeur

    nous sommes héroïques et lâches

    debout et serviles

    complexes et évidents

    égoïstes et généreux

    seuls et dépendants

    nous ressassons

    nous inventons

    nous avançons sur la mémoire et l’oubli des peuples

    nous sommes sur des chemins

    nous reculons sur d’autres

    nous avons besoin de nommer le monde

    de nous taire

    nous sommes ceux qui regardons devant sans cesser de voir derrière

    fait de bruits et de silences de vérités et de mensonges

    nous avons besoin d’être aimé

    et nous dépendons de l’autre au milieu du jour et de la nuit

    des larmes et des rires de nos échecs

    de nos victoires de nos renoncements et de nos conquêtes

    nous sommes égaux devant les bêtes

    nous sommes beaux dans le miroir de ceux qui nous aiment

    laids devant celui de ceux que nous abandonnons 

    nous sommes voyants et aveugles

    nous voulons la paix et nous faisons la guerre

    nous donnons nous recevons

    nous sommes ceux qui séparent

    ceux qui attendent

    ceux qui agrègent

    nous sommes ceux qui passent.

     

    .

     

    BRUNO RUIZ

     inédit, 2015

     

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    Magritte

    Oeuvre René Magritte

     


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    (...)

    Que le présent m'écoute : il est en plein milieu de nous.
    J'en appelle à la mémoire, aux derniers cris des vieux oiseaux.
    Nous sommes le sang de cet alcool entre le ciel et le tombeau.
    Nous vivons d'être nous-mêmes, entre les fous, nos frères,

     Si tu savais comme je cherche à tes margelles l'ici-bas,
    Fuyant les lumières des vitres où se brisent nos ailes.
    Je voudrais être sans objet pour que nous soyons à jamais
    Ensemble. Pour enfin mieux t'aimer que les mots.

    (...)

    .

     

    BRUNO RUIZ

     

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    bruno

     

     


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  • 02/02/16--11:41: AGNES SCHNELL...Extrait
  • On pensait jouir de l’infime
    ombre d’un oiseau
    chaîne rongée des barques
    chuchotis des herbes
    sous la caresse du fleuve…
    En nos ravins et gravats
    en nos lisières floues
    la voix jaillissait
    et berçante   nous dominait.
    Il y a de toi à moi
    des pierres que l’on traîne
    et le sable toujours irritant.
    Il y a la lumière
    le tumulte de l’ignition
    et la faim houleuse.
    Nous sommes soudain
    déplacés       destitués
    tels des insectes évidés
    un jour de pierre humide
    et d’enfance éteinte.

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

    Bernard Liegeois2,

     Photographie Bernard Liegeois

     


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    Mercredi 27 janvier, Vincent, jeune enseignant stagiaire en mathématiques, décide de mettre fin à ses jours. Choquée, l'équipe pédagogique réagit aujourd'hui aux différentes réactions lues et entendues, notamment celle du secrétaire général adjoint de l'académie, niant les conditions de travail auxquelles les professeurs doivent faire face au quotidien.

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    Lettre ouverte

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    Notre jeune collègue de mathématiques a mis fin à ses jours mercredi 27 janvier 2016. Il avait 27 ans et commençait tout juste dans le métier. Vincent était professeur stagiaire en mathématiques, tout comme Anne-Marie, comme Alice en français, ou Ana et Georges en anglais. L'équipe enseignante avait pourtant demandé au Rectorat, en juin dernier, de ne plus affecter de stagiaires dans notre collège. Personne ne peut ignorer les conditions difficiles dans lesquelles nous exerçons notre métier: insultes, incivilités, coups portés sur les adultes, dégradations des locaux, déclenchements incessants de l'alarme incendie, violence dans la cour, en classe ou devant le collège, harcèlements conduisant certains élèves à des absences répétées voire à des départs de notre établissement. Il se tient dans le collège plus de 15 conseils de discipline par an, et tout autant ne sont pas tenus pour faire baisser les chiffres... Il faut regarder les choses en face.

    En quatre ans nous avons obtenu la création d'un poste supplémentaire de CPE. Or depuis notre dernière audience au rectorat en 2014, la situation, déjà préoccupante à l'époque, s'est fortement aggravée. L'Équipe Mobile de Sécurité a fait acte de présence de temps à autre, en simple observateur dont nous n'avons jamais lu les conclusions. Rien de plus. Aucun label ZEP, REP, Eclair ou autre, qui permettrait d'alléger les effectifs en classe, d'apporter des réponses à la violence et aux difficultés des élèves. On nous dit que le label fait peur, qu'il risque de pousser certains élèves vers le privé, de faire disparaître pour de bon la mixité sociale. Dans les faits, de nombreux élèves de CM2 évitent notre collège et partent dans le privé. D'autres le quittent en cours d'année, excédés, effrayés par le comportement des camarades et l'absence, de la part de l'institution, de réponse rassurante et de nature proprement éducative. Les professeurs stagiaires, l'an dernier, ont démissionné: celui de mathématiques en décembre 2014 puis celle de français en janvier 2015. Personne ne s'en est ému.

    En septembre dernier, ils étaient cinq stagiaires, emplis d'espoir et d'appréhension à la fois, mais la foi a vite cédé la place au désenchantement et à l'angoisse la plus profonde. La réalité du terrain est cruelle: confrontation permanente au bruit et à l'indiscipline, difficulté voire impossibilité de faire cours, furie des élèves dans les couloirs, dans la cour de récréation ou au réfectoire, violence verbale et physique à l'encontre des adultes ou des élèves eux-mêmes, mépris affiché de l'autorité. Les rapports s'amoncellent, symptôme de l'impasse dans laquelle l'institution se trouve. Au final, quelle solitude pour chacun lorsqu'il se retrouve seul dans sa salle de classe! Quelle absence de reconnaissance de la part de notre hiérarchie, nous renvoyant sans cesse à notre responsabilité individuelle, remettant en cause nos compétences, nous rappelant que nous sommes « des professionnels et non des personnes » alors même qu'on nous somme d'incarner « la bienveillance » en toute situation! On nous punit même comme des enfants! On nous interdit même, dans une telle situation, l'exercice de notre droit de retrait!

    Le soutien apporté par le collège n'aura pas suffi à aider Vincent. Aujourd'hui nous crions notre colère et notre désespoir. Quelle réponse nous est faite? Le secrétaire général adjoint de l'académie, M. Jean-Jacques Vial, a témoigné dans la presse locale, il considère que lier ce suicide à nos conditions de travail relève d'un «raccourci un peu grossier». L'article qualifie le collège Hubertine Auclert (affublé d'une belle faute d'orthographe) d'«établissement pas connu pour être compliqué». Quel mépris pour notre métier et le travail accompli! Quelle méconnaissance de la situation de notre établissement, alors même que le Rectorat est en possession de l'état des lieux déplorable dressé en 2014! Par ailleurs on nous propose un soutien psychologique individuel, là où nous dénonçons un dysfonctionnement institutionnel.

    Le jour de ses obsèques, nous avons appris que Vincent était malade: son dossier médical n'était pas un secret pour l'institution. En toute connaissance de cause, il n'aurait jamais dûêtre envoyé dans notre collège. Le métier d'enseignant requiert une solidité certaine. Mais à l'heure où il faut absolument mettre des adultes dans les classes, on fait peu de cas de la santé mentale de chacun. Professeurs stagiaires, contractuels ou titulaires sont placés çà et là, qu'ils connaissent, ou pas, la réalité du terrain, qu'ils soient préparés, ou pas, à vivre les situations les plus déstabilisantes, qu'ils aient les épaules, ou pas, pour esquiver les coups. Une fois la porte de la classe fermée, les souffrances sont étouffées: on nous demande coûte que coûte de garder tous les élèves en classe, y compris ceux qui nous insultent et qui empêchent le cours de se dérouler. Et même si les souffrances parviennent jusqu'en salle des professeurs, muselées, elles ne passent pas la porte de l'établissement. Les enseignants souffrent en silence. Nos ministres nous imposent sans cesse de nouvelles réformes, comme des réponses à tous les maux. Nos pratiques pédagogiques ne sont jamais les bonnes, nous sommes, dit-on, responsables de ce qui nous arrive...

    En tout cas, nous nous sentons collectivement responsables du décès de notre collègue. Personne n'a su préserver son intégrité physique et morale; personne, surtout pas le grand appareil de l'État.

    Combien de Vincent faudra-t-il pour qu'on entende enfin la douleur des enseignants?

     

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    Un collectif de professeurs du collège Hubertine Auclert de Toulouse,

    le 1er février 2016

     

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    m

     

     

     


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  • 02/07/16--02:32: RYAN PERNOFSKI....

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  • 02/07/16--03:53: JOEL GRENIER...Extrait
  • Il avait traversé, des aubes aux crépuscules, tant de landes sans âme. Des rides se formaient, histoire de dire le temps qui passe. Aucune autre trace de son passage dans les ergs perdus, nulle empreinte de son pas qui cherchait la suite.
    Puis un jour plus noir qu'à l'habitude, sur un horizon qu'il avait oublié, l'ombre d'un sein lui donna l'asile d'un cœur qui se gonflait.
    Comme la courbe d'un destin de chair et de sable qui glisse entre les doigts pour faire naître les sources dans l'ombre d'un sourire.
    Et depuis, il apprend dans les soirs d'oasis, des contes merveilleux que seul le désert raconte quand il pose la dune ronde des mirages de la nuit au milieu des miracles du ciel.

     

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    JOEL GRENIER

     

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    joel grenier

     


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    Esa tierra sobre los ojos
    este paño pegajoso, negro de estrellas impasibles,
    esta noche continua, esta distancia.
    Te quiero, país tirado más abajo del mar, pez panza arriba
    pobre sombra de país, lleno de vientos,
    de monumentos y espamentos,
    de orgullo sin objeto, sujeto para asaltos,
    escupido curdela inofensivo puteando y sacudiendo banderitas,
    repartiendo escarapelas en la lluvia, salpicando
    de babas y estupor canchas de fútbol y ringsides.
    Pobres negros.
    Te estás quemando a fuego lento, y dónde el fuego,
    donde el que come los asados y te tira los huesos.
    Malandras, cajetillas, señores y cafishos,
    diputados, tilingas de apellido compuesto,
    gordas tejiendo en los zaguanes, maestras normales, curas, escribanos,
    centrofowards, livianos, Fangio solo, tenientes primeros,
    coroneles, generales, marinos, sanidad, carnavales, obispos,
    bagualas, chamamés, malambos, mambos, tangos,
    secretarías, subsecretarías,jefes, contrajefes, trucos,
    contraflor al resto. Y qué carajo,
    si la casita era su sueño, si lo mataron en pelea,
    si usted lo ve, lo prueba y se lo lleva.
    Liquidación forzosa, que remata hasta lo último.

    Te quiero, país tirado a la vereda, caja de fósforos vacía,
    te quiero, tacho de basura que se lleva sobre una cureña
    envuelto en la bandera que nos legó Belgrano,
    mientras las viejas lloran el velorio, y anda el mate
    con su verde consuelo, lotería del pobre,
    y en cada piso hay alguien que nació haciendo discursos
    para algún otro que nació para escucharlos y pelarse las manos.
    Pobres negros que juntan las ganas de ser blancos,
    pobres negros que viven un carnaval de negros,
    qué quiniela hermanito, en Boedo, en La Boca,
    en Palermo, en Barracas, en los puentes, afuera,
    en los ranchos que paran la mugre de La Pampa,
    en las casas blanqueadas del silencio del norte,
    en las chapas de zinc donde el frío se frota,
    en la Plaza de Mayo donde ronda la muerte trajeada de mentira.
    Te quiero país desnudo que sueña con un smoking,
    vicecampeón del mundo en cualquier cosa, en lo que salga,
    tercera posición, energía nuclear, justicialismo, vacas,
    tango, coraje, puños, viveza y elegancia.
    Tan triste en lo más hondo del grito, tan golpeado
    en lo mejor de la garufa, tan garifo a la hora de la autopsia.
    Pero te quiero, país de barro, y otros te quieren, y algo
    saldrá de este sentir. Hoy es distancia, fuga,
    no te metás, qué vachaché, dale que va, paciencia.
    La tierra entre los dedos, la basura en los ojos,
    ser argentino es estar triste,
    ser argentino es estar lejos.
    Y no decir mañana
    porque ya basta con ser flojo ahora.
    Me acuerdo de una estrella en pleno campo,
    me acuerdo de un amanecer de puna,
    de Tilcara de tarde, de Paraná fragante,
    de Tupungato arisca, de un vuelo de flamencos
    quebrando un horizonte de bañados.
    Te quiero, país, pañuelo sucio con tus calles
    cubierto de carteles peronistas, te quiero,
    sin esperanza y sin perdón, sin vuelta y sin derecho,
    nada más que de lejos y amargado y de noche.

     

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    JULIO CORTAZAR

     

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    patria


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  • 02/07/16--09:40: PEINTURE MON IVRESSE
  • Des affres descendent
    sur un nuage brouilleux
    et caressent le crâne du ciel
    les gouttes de pluie que m’offre
    l’eau du grand puits
    l’ange pleure sur mon épaule
    me dictant le vrai désir

    dès lors survole un dessin
    mon regard ivre d’air frais
    je plante mes griffes
    sur la surface du sécant
    tel un oiseau qui picore
    les grains d’espoir
    pour nourrir son envol
    et nous siffler sa survie

    je tiens la main de la plume
    par son encre
    pour graver une ombre en détresse
    écrire un paysage en pleurs
    je suis le châtaigner
    qui tord ses branches
    offre ses formes
    à la nature sauvage
    avec bienveillance

    les caprices de l’humanité
    me condamnent à la foudre
    hommes femmes meurent orphelins
    sans la chaleur d’une main
    qui n’est plus
    d'autres en vadrouille
    le cœur laid et le rire raide

    mon dessin déflore la peinture vierge
    crève la couleur douce
    qui enfante l’ivresse des délaissés
    cette réalité si peu visible à l’œil
    est impure
    elle me tourmente orageusement
    parce que la société est ainsi faite

    croit- on que l’œuvre amuse les murs
    quand celle-ci les console
    comme un comprimé d’aspirine
    elle apaise la douleur
    les murs accueillent la peinture
    qui craquelle de révoltes
    chaque jour un nouveau coup de vie
    nous émeut

    peinture
    mon souci de longue nuit
    éternelle épreuve du corps
    usé de taches noirâtres
    tu m’éloignes de l’absurdité
    des gens indifférents
    tu m’inscris en exergue
    de l’oubli de l’humanité

    mes ombres sont des êtres
    qui marchent la tête
    sur le cœur
    de sorte que le mien
    continue de battre
    pour les exclus de la joie
    j’observe les cercueils rue du départ
    des visages transparents
    font leur offrande à l’amour

    des enfants meurent au front
    les larmes aux yeux le regard franc
    ils naissent à la porte de la famille morte
    et n’ont pas peur du vertige
    dans cette guerre contemporaine
    que je dénonce sans répit
    cessez de violer les peaux saines
    qui se nourrissent d'espoir

    ogre de la forêt nomade
    qui étrangle le chant des arbres
    je t’envoie mes dix doigts
    pour exhorter ta bouche à l’effacer
    tu ne mâches pas le cri des feuilles vertes
    mais elles demeurent peinture
    aux oreilles musicales
    ivresse aux yeux salutaires

     

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    KAMEL YAHIAOUI

     

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    KAMEL YAHIAOUI,

    Oeuvre Kamel Yahiaoui


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  • 02/08/16--09:56: ANTOINE DE SAINT-EXUPERY
  • "Le merveilleux d’une maison n’est point qu’elle vous abrite ou vous réchauffe, ni qu’on en possède les murs. Mais bien qu’elle ait lentement déposé en nous ces provisions de douceur. Qu’elle forme, dans le fond du cœur, ce massif obscur dont naissent, comme des eaux de source, les songes."

     

    .

     


    ANTOINE DE SAINT-EXUPERY

     

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    roulotte

     

     

     

     


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  • 02/09/16--05:24: ON S'INDIGNE...
  • On s'indigne.
    On s'indigne pour des o(i)gnons.
    On s'indigne pour des statues voilées.
    On pleure pour des accents circonflexes.
    Mais on ne pleure pas pour Alep.
    L'horreur absolue ne nous indigne pas.
    Nous sommes de petits ego numériques qui nous indignons des accents circonflexes.
    Mais pas des cris des enfants que, nuit après nuit, Poutine et Assad assassinent.

     

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    MARIE PELTIER

     

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    SYRIE2,2,

    Syrie

     

     


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  • 02/09/16--05:45: VISAGES
  • Visages exilés
    Figés sous l'onde brûlante
    Des souffrances anonymes.

    Visages anonymes
    des peuples sans nom,
    La terre en bandoulière,
    Errant sur les routes sauvages de l'exil.

    Visages sauvages
    au silence troublant
    Figés dans la mare honteuse
    du « silence, on tue ! » des génocides programmés
    des hordes barbares du millénaire naissant.

    Visages silencieux
    Qui cherchent, inlassables,
    dans l'obscurité des nuits aveugles,
    Les tentes fauves de l'espoir.

    Visages fauves
    aux bouches condamnées
    par l'impunité
    Au silence.

    Visages silencieux des catacombes
    Ensevelis sous les décombres
    Des séismes de la mémoire
    Par l'esprit qui ne veut rien voir.
    Par la main assassine qui veut tout oublier.

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    © SOKHNA BENGA

    2007

     

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    Guy Denning44,

    Oeuvre Guy Denning

     

     


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  • 02/12/16--02:34: JEU DE BILLES...

  • " Renoir, me parlant de son enfance, sautait sans transition de la description enthousiaste des beautés architecturales de son quartier à l'éloge non moins chaleureux du jeu de billes. Il aimait en toute circonstance l'économie des moyens. Un jeu ne nécessitant comme accessoires que quelques boules de verre fondu lui semblait supérieur à la chasse à courre "...qui demande des chevaux, des équipages, des gens du monde, des costumes ridicules,..même un malheureux renard. tout cela pour ne pas s'amuser plus qu'avec quelques billes..."

     

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    JEAN RENOIR

    " Pierre-Auguste Renoir, mon père "

     

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    tham18,

    Photographie Thami Benkirane

    benkiranet.aminus3.com


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  • 02/12/16--11:32: L'APPEL DES FORÊTS
  • Ceux qui n’ont pas prêté l’oreille au cœur d’une forêt au moins une fois dans leur vie risquent un jour d’être surpris par leur appel. Je ne l’ai pas été, car j’entends leur voix depuis chaque seconde d’infortune. Ne pas s’éloigner de la route nous a-t-on répété, ne pas s’éloigner de la route, mais la peur n’est-elle pas le danger ?

    Ainsi quitter le goudron du chemin, quitter les marées noires figées sous nos pas, pour retrouver d’autres sentiers qui connaissent notre route, même si celle-ci ne se lit sur aucune carte visible. Une langue végétale nous liera à notre instinct en mouvement, et d’autres feuilles parleront.
    Car il y a des herbes folles dans les allées de la mémoire. Les arbres y poussent des gémissements qui ressemblent à des paroles humaines… Mais la parole ne peut être qu’humaine… Quoique. Les hommes ne parlent plus vraiment, ils stagnent à la surface de leurs hantises orgueilleuses et de leur superbe dépravation. Ils s’en délectent, en font des livres où les phrases charrient des cadavres à qui aucune résurrection n’est promise. Pourquoi les morts ne seraient-ils pas vivants, et les vivants encore plus, même si trop souvent plus d’un fait le mort ?

    Le spectre d’une sale histoire hante les langues. Ce spectre qui s’avance dans le carré du combat, c’est la somme de nos peurs amassées depuis les gestes inconscients de la terreur. Et les imaginaires sont salis par les traces de ce spectre, puisqu’il s’immisce dans les coulisses de notre vie, tel un assassin qui ressasse sa peine, insatisfait du mal fait, affamé de méfaits, savourant les détails des crimes en une obsession précise, malsaine comme toutes les autres. Et on veut nous faire croire que la vie perd aux points, ça insiste, lourdement sur nos consciences.

    Mais le vent continue de fredonner notre espoir dans les frondaisons des peupliers, et les autres arbres savourent nos complaintes en souriant. Les forêts offrent une ferveur selon l’écoute qu’on leur prête. Elles s’avancent en nous telle une ville inversée, sans hommes ni fumées, où le terreau nous pousse à créer face à la fuite qui court dans l’esprit des rues. Dans le bruissement des feuilles résonne cet espoir qui n’est pas un vain mot. L’espoir y demeure une forme de rêve lucide, et volontaire. Sans apparats ni artifices, il se donne dans sa nudité la plus vérace, et se voile de nos illusions qui soudain peuvent servir à quelque chose.

    C’est ainsi que les forêts nous regardent et sentent surtout notre présence souvent inhumaine, puisque notre absence se fait de plus en plus humaine. Les forêts ne nous jugent pas et enfantent nos rêves les plus obscurs ou nos cauchemars les plus évidents. Les forêts sont là où nous ne sommes plus, et nous n’allons plus là où elles nous appellent. Nous n’allons plus nulle part, hormis dans la prison de notre mépris, alors que notre âme veut faire corps avec le monde.

    Les forêts m’appellent vraiment. Je les entends car je les écoute. Combien de fois suis-je passéà côté de leur invisible invitation ? Le nombre m’effraie, tout comme les chiffres en tous genres. Seuls les mots m’interpellent, faisant vibrer ceux qui me façonnent. Les muets et les criards, les doux ou les revanchards, les présents aussi bien que les absents. Le langage des arbres veut venir jusqu’à nos oreilles, pour toucher notre âme avec l’espoir qui les distingue si bien des autres vivants. Leur prière supplie nos volontés, inlassablement, puisqu’elles sont si souvent mauvaises. Croire avec ce que nous avons dans la tête, dans le cœur et dans le ventre nous donnera l’alchimie de la foi. Qu’il manque un tiers de cette trinité, et le pouvoir n’agira pas. L’intelligence, le sentiment et la sensation exauceront en un seul acte le salut de nos crânes.
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    RICHARD DALLA ROSA
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    francois trinel

    Photographie François Trinel

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  • 02/12/16--11:36: LE SECRET DE CLEMENCE
  • Elle est tassée plus qu’assise. Elle est cassée, en équilibre instable sur un vieux banc. Elle offre du pain sec aux pigeons et aux passants, ses rides. Elle est plus que ridée, Clémence, elle est plissée comme le schiste. Elle est assise, anonyme, discrète et nourrit les pigeons. Elle a beaucoup d’années en trop. Sur son vieux banc de béton, elle laisse le monde venir à elle, elle laisse monter ses pensées. Parfois, elle a des mots de colère muette, des mouvements d’irritation que nul ne soupçonne. Elle pense…

    Tout ce qui l’entoure libère ses souvenirs. Tout ce qu’elle regarde la relie à son passé, à un moment de sa vie qui s’impose soudain, qui illumine ou assombrit son humeur. Le banc de béton sur lequel elle est assise, par exemple, lui rappelle la place de son petit village. Une grande place pour un petit village. Un espace bordé de platanes, de robiniers et de beaux bancs de bois. Tout le village s’y asseyait à un moment ou à un autre de la journée, tout le village s’y reposait en récoltant les derniers potins.

    Le matin, les commères y attendaient le boulanger. Elles arrivaient tôt, avant même le coup de klaxon, avides d’entendre les ragots des autres. Puis les vieux s’installaient, suçaient leurs pipes ou leurs mégots et critiquaient la jeunesse ou les bonnes femmes. Après le déjeuner, les enfants s’y égaillaient comme une envolée de moineaux, en attendant l’heure de l’école. L’après-midi, les vieux revenaient un à un de la sieste et se mêlaient aux inactifs ou aux joueurs de pétanque. Ils refaisaient le monde. Le soir, les familles se retrouvaient. A la tombée de la nuit, enfin, les amoureux s’y blottissaient. Clémence était du nombre. C’était avant…

    Au milieu des pigeons, Clémence relit sa biographie. Des moments intenses, des moments sombres ou ensoleillés comme dans toute vie humaine.
    Naguère, Clémence abordait les passants, les invectivait parfois. Elle se tient tranquille depuis peu. Ce n’était pas bien méchant, juste surprenant. Des taquineries, pour rire un peu. Pas toujours tendre, elle se moquait, Clémence, d’une démarche, d’une dégaine, d’un accoutrement. Elle aimait surtout taquiner les petites jeunes, quand elles étaient seules. Elle aimait leur faire peur. C’était facile. Elle leur montrait ce qu’elles deviendraient plus tard, en vieillissant. C’est vrai, elle s ‘était parfois dénudée un peu, pour monter les ravages des années. Ce n’était pas bien grave. Mais il y eut des plaintes contre cette vieille folle qui se mettait quasi à poil dans le jardin public. Elle fut sermonnée. Elle recommença. Elle fut convoquée au commissariat, elle recommença. Elle eut une amende qu’elle déchira. Puis, un jour de grosse colère, elle insulta le policier de service, elle menaça de recommencer et pire encore ! Elle s’est retrouvée au cabanon, Clémence ! Outrage à la pudeur et insultes à un agent de la force publique, qu’on lui avait dit.
    La pudeur, ça existait donc encore ! Elle en doutait Clémence, elle ne voyait que des bouts de ventre à l’air dès les premiers beaux jours ! Elles montrent leur ventre, les jeunes ! Pas toujours beaux, pas toujours plats. Des ventres adipeux, déjàà leur âge, qui deviendront gros et gras comme ceux des mères, sans doute. Elles montrent leur ventre et la naissance de leurs seins et elles tortillent des fesses. C’est de la pudeur, ça ? Non mais, fallait pas exagérer quand même ! Et elle, Clémence n’avait pas le droit de montrer tout ça ? C’était trop vieux, trop fripé ?

    Elle avait dû exagérer, les outrages ou les insultes, car elle avait été placée à l’hôpital, avec les dingues !
    Pas longtemps. Juste le temps de se calmer. Quelques mois, juste le temps d’être assommée par les calmants, juste le temps de réfléchir. Elle s’était montrée docile au milieu des agités. On manquait de place, on l’avait donc libérée.
    Maintenant, elle est discrète. Elle aborde encore les passants, mais elle reste prudente. Elle se contente de soupirer très fort et de lever les yeux au ciel… Elle est tout sourire et se contente de pousser un « si vous saviez » qui en dit long, mais qui ne la compromet pas.
    Elle aimerait bien ajouter un tas de mises en garde : si vous saviez ce qui vous attend, mes pauvres, vous ne seriez pas si satisfaits de vos petits pouvoirs, de vos réussites mesquines, de vos succès dérisoires, si vous saviez ce qui vous attend… Personne ne peut échapper à sa vie, aux ratés, aux hoquets successifs, puis à la déchéance finale. Si vous saviez !…

    Chut, chut, Clémence ! N’ajoute rien !

    Cassée sur le vieux banc de béton, Clémence nourrit les pigeons. Ramassée sur elle-même, elle tente de se réchauffer au soleil ou à la compagnie des autres humains. Une vieille dame tranquille, discrète, souriante.
    Elle revoit son passé, elle revoit sa vie. Il y a eu tant de passants dans sa vie, tant d’êtres qui l’ont accompagnée quelques heures, quelques mois, des années…
    Sur les bancs de bois de son petit village, il y eut tous ces garçons, les rieurs et les graves, les blagueurs et les sérieux. Tous ces garçons auxquels elle offrait son sourire, sa présence, un baiser. Parfois davantage.

    Il y eut Philippe, l’inoubliable dragueur. Philippe au regard profond, envoûtant. Philippe et sa voix si grave, si veloutée que les jeunes filles et les femmes se l’arrachaient. Le Don Juan, le chasseur, le coureur, l’insatiable. Philippe aux mains douces, aux baisers fous, aux mille promesses, aux mille mensonges.
    Elle s’était laissé prendre, comme les autres. Il n’avait eu qu’à la cueillir, elle était prête, elle l’attendait. Il l’avait effeuillée puis rejetée. Jean-Marc s’était présenté pour la consoler. Il aimait Clémence. Elle l’avait trompé dès le premier baiser…

    Jean-Marc était trop doux, trop respectueux, trop timide. Ses caresses lui ressemblaient. Clémence avait subi puis apprécié d’autres caresses plus sauvages, plus rudes, plus primitives et elle les désirait encore. Elle avait tout appris à Jean-Marc. Elle l’avait épousé, elle l’avait trompé, toujours… Il n’en avait jamais rien su, personne n’en avait rien su. Elle n’avait pourtant pas commis d’adultère, Clémence. C’était pire. Dès le premier baiser, elle avait trompé son mari en pensée. A l'apogée de chaque étreinte, c’est Philippe qui lui faisait l’amour, c’est lui qui offrait la jouissance, c’est à Philippe qu’elle se donnait. Jean-Marc n’était que l’instrument, il n’était rien… Elle avait réussi à faire semblant pendant les presque cinquante ans de leur vie commune. Il ne s’était jamais douté de rien, Jean-Marc, il était si bon, si heureux…

    Cassée sur un vieux banc, une vieille femme tranquille nourrit les pigeons. La vie est un songe, a dit un poète… surtout si on rêve en la vivant.

     

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    AGNES SCHNELL

     

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    Caroline-Lord

    Oeuvre Caroline Lord


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  • 02/12/16--11:48: ABSENCE
  • Elle portait le doux prénom de Violette…

    Un prénom suranné qui lui avait valu bien de moqueuses remarques ! Et ce d'autant plus que son teint de blonde tournait rapidement à l'incarnat.

    Elle avait épousé Freddy… enfin, Alfred.

     

                Alfred et Violette étaient donc unis depuis plus de quarante ans. Il avait perdu cheveux et verve, mais avait gagné en poids. Elle avait troqué sa grâce et ses rondeurs féminines contre des angles et une humeur acariâtre.

    Il était bonhomme, elle était mégère.

     

    Un petit héritage leur avait permis l'acquisition d'une maison et de quelques arpents de vigne. Alfred travaillait la terre, Violette élevait quelques chèvres et moutons, de la volaille. Elle vendait sur les marchés poulets, œufs et fromages. Il s'absentait souvent toute la journée, elle vaquait aux soins de la maison et élevait tant bien que mal leurs trois enfants. Leur vie rude, semblable à celle de tous les agriculteurs, ne leur permettait ni rêverie ni loisir. Image classique de la vie paysanne ! Peu à peu, Alfred s'était renfermé, ne parlant que pour l'essentiel, et encore. Violette devait souvent deviner ses pensées.

    Leur vie se résumait à quelques paroles échangées, à des rencontres furtives et hâtives, qui laissaient Violette frustrée et amère. Jeune femme romantique, elle avait une toute autre idée du mariage, de l'amour et des étreintes amoureuses. Elle s'étiola, elle s'aigrit, elle éprouva beaucoup de rancune, pas toujours muette.

    Un jour, elle s'aperçut qu'elle était de nouveau enceinte. Elle se confia à Alfred qui lui laissa tous pouvoirs de décision. Elle refusa l'enfant ainsi que ceux qui suivirent.

    Tandis que la petite ferme et l'exploitation agricole prospéraient, leurs liens s'amenuisaient, se distendaient. C'était comme si les efforts fournis pour la prospérité l'étaient au dépend des sentiments. Comme si rien ne pouvait ni naître, ni s'ajouter, ni se créer. Une sorte de balance familiale, une mesquinerie d'apothicaire.

     

    Les enfants quittèrent la maison. D'un commun accord, Alfred et Violette décidèrent de louer la vigne à un jeune couple et de travailler moins. L'espace de Violette s'en trouva brusquement réduit : Alfred était là du matin à la nuit. Elle dut consentir à un partage, s'accommoder de sa présence plutôt encombrante. Habitué aux travaux rudes et quotidiens, Alfred s'ennuyait. Il essaya bien de s'intéresser à quelques activités, mais ni le bricolage ni la lecture ni la pêche ne le satisfirent. Il s'enthousiasmait, puis abandonnait chaque activité après quelques temps. Il errait alors dans la maison ou dans le jardin et agaçait Violette par son inertie.

     

     

                Ce matin là, ils prenaient ensemble leur petit déjeuner. Ensemble… côte à côte est plus juste. Violette examinait son compagnon. Il buvait lentement un grand bol de café au lait. Elle attendait qu'il lui dise bonjour. Elle attendait chaque jour ce salut matinal, qui arrivait parfois. Violette observait souvent, sans plaisir ni condescendance, celui qui l'avait séduite. Il avait dû avoir des arguments convaincants, mais elle les avait oubliés.

    Ce matin, Alfred semblait plus taiseux que jamais et Violette écoutait la rancœur gonfler en elle.

    Elle essayait de retrouver les traits de l'homme qu'elle avait cru aimer. Alfred était presque chauve et négligeait d'ordonner les rares cheveux survivants. Son nez droit paraissait plus petit depuis que ses joues avaient pris du volume. Trois plis disgracieux menaient du menton à la base du cou… Disgracieux est un mot trop faible, pensa-t-elle, mais comment qualifier ces replis gras qu'une barbe de trois ou quatre jours ombrait ? Trois replis de peau et de graisse, séparés par de profonds sillons…

    Il ne portait plus de chemise depuis que son ventre avait le volume attribué, en fin de couvaison aux génitrices. Il leur préférait les polos achetés XXL, qui paraissaient toujours trop étroits pour contenir son énorme bedaine. Il était assis, elle ne pouvait donc pas voir ses fesses, mais elle ne les connaissait que trop bien : deux masses adipeuses et flasques serrées dans son pantalon.

    Son regard s'attarda sur les mains de son mari. Il n'avait jamais porté son alliance, prétextant une incompatibilité avec son travail manuel. Elle avait eu la bêtise d'entretenir quelques soupçons quant à sa fidélité ! Deux mains lourdes, aux doigts épais, aux ongles mal coupés et mal soignés. Sur le dos de la main, sous la peau tannée et tavelée de points de vieillesse, de grosses veines joignaient leurs branches…

    Soudain, elle réalisa que la vie se tenait là dans le sang lourd, dans les ramifications veineuses.

    Toute la fragilité humaine était là. Un petit étranglement des vaisseaux, un minuscule caillot de sang, un raté du moteur et c'était fini !

                Que ferait-elle sans Alfred ? Elle imagina la chaise vide, l'absence de ses mots si rares déjà. Elle n'entendrait plus le léger sifflement qui muse par ses lèvres, ni cette façon qu'il a de soupirer. Tout ne serait que silence immense, angoissant.

    La mort d'Alfred la laisserait désemparée, vide, inutile. Une veuve aux bas noirs, longue silhouette fragile, morte déjà parmi les vivants…

    Elle venait d'appréhender le tragique de la lucidité humaine, l'inexorable finitude, la désespérance.

    Elle imaginait la fin d'Alfred et les jours et les nuits qui suivraient son inhumation. Elle connaissait les limites de la mémoire, elle savait que peu à peu l'image s'effacerait, se déliterait. Bientôt tout ne serait que brume. Le son de sa voix, la tiédeur de sa peau, la force de son souffle s'effaceraient lentement, comme ces vieilles photos sépia où l'on distingue à peine l'image de nos aïeux. Bientôt, tout ne serait que brume…

    Elle oublierait les années et les projets communs. Puis, elle oublierait peut-être de penser à Alfred ou elle y penserait beaucoup moins souvent…


    - Dis, Alfred ?

    - Hum ?

    - Et si on le faisait ce voyage ?

    - Quoi ?

    - Et si on le faisait ce voyage ?

    Le regard qui se leva soudain vers elle n'était que lumière d'étoiles, un regard d'enfant…

     

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    AGNES SCHNELL

     

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    couple


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     Le poète Ashraf Fayad (néà Gaza en 1980) a été condamnéà mort par décapitation, le 17 novembre 2015, pour apostasie (renoncement à la religion), au motif que ses poèmes contenaient des idées blasphématoires. Il s’agit, après cent cinquante exécutions en 2015, d’un nouvel acte d’obscurantisme et de barbarie d’une monarchie absolue de droit divin, dont la France est l’un des principaux four-nisseurs d’armes.

     

    D’origine palestinienne, Ashraf Fayad a représenté l’Arabie Saoudite à la Biennale de Venise en 2013, année où il fut arrêté une première fois pour blasphème. Relâché, il est à nouveau arrêté en janvier 2014.Un homme l’a dénoncé pour l’avoir entendu, dans un caféd’Abha (sud-ouest de l’Arabie Saoudite), tenir des propos contre Dieu.Lors du procès, un religieux accuse Ashraf Fayad de promouvoir l’athéisme dans ses poèmes. Un livre de Fayad est versé au dossier. Le poète doit s’excuser sous la menace et est condamnéà quatre ans de prison et huit cents coups de fouet.

     

    Un rebondissement des plus sordides intervient le mardi 17 novembre : un autre tribunal arguant que « le repentir, c’est pour Dieu », revient sur la première sentence et condamne à mort Ashraf Fayad. Le poète a jusqu’au 17 décembre 2015 pour faire appel. Privé de son passeport, il n’a pu recourir à un avocat pour assurer sa défense. Dans le journal britannique The Guardian, Ashraf Fayad a pu déclarer : « Ils m’accusent d’athéisme et de répandre des idées destructrices dans la société. Dans ma poésie, je me contente de parler de moi en tant que réfugié palestinien, et de problèmes culturels et philosophiques. Mais les extrémistes religieux y voient des idées destructrices contre Dieu. »

    Mais, mardi 2 février, après son appel, un nouveau verdict est tombé : sa peine a été commuée en huit ans de prison et 800 coups de fouet. L’avocat d’Ashraf Fayad, Me Abdel Rahman-Al-Lahim, a déclaré suite à cette décision de la cour que son client ferait de nouveau appel et n’abandonnerait pas son combat pour la liberté.

     .

     

    On dit que tu as bon espoir

    de réussir à voler

    et de défier le trône

    D’abroger les ablutions de la nuée

    d’enfreindre les lois de la Création

    et ce que Dieu a ordonné

    aux autres oiseaux d’accomplir

    Dieu sur son trône

    Il assure leur subsistance

    à toutes les créatures à plumes

    qui s’en vont rassasiées

    alors que tu dois te lever tôt

    le ventre creux

    pour aller ramasser les immondices

    dont les gens se sont débarrassés

    et pour te parfumer

    avec l’émanation des charognes

    étalées à perte de vue

     

    .

     

    ASHRAF FAYAD

    (Poème traduit de l’arabe (Palestine), par Abdellatif Laâbi.

     

    .

     

     

    Le remède

     

     

     Tu démentiras toutes les informations

     les revues de presse

     les analyses des spécialistes

     en dernier cri de la mode

     Tu n’abuseras pas du sommeil

     et du téléphone portable

     Tu t’exerceras un peu

     à la mort

     Tu te débarrasseras de toutes les photos

     que tu as gardées de ton enfance

     de ton adolescence, de ta pauvreté

     de ton ex-aimée

     des contes de ta grand-mère

     et de tes virées nocturnes

     pour t’attaquer

     à certaines prétendues vertus

     Tu utiliseras de l’eau chaude pour ta douche

     et te laveras les pieds

     chaque fois que tu ôteras tes chaussettes

     Tu feras tiennes les expériences

     de ceux qui viendront après toi

     Tu écriras ton nom à l’envers sur le miroir

     Tu mangeras avec la main droite

     et laisseras le reste

     à ceux qui méritent plus que toi

     ta bouchée trempée dans

     le pétrole

     

    .

     

    ASHRAF FAYAD

     

    .

     

     

     

    Self-Portrait,

    Oeuvre Ashraf Fayad " autoportrait "

     

     

     


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  • 02/13/16--09:06: CHANSON NOIRE
  • Mon sombre amour d'orange amère
    Ma chanson d'écluse et de vent
    Mon quartier d'ombre où vient rêvant
    Mourir la mer

    Mon doux mois d'août dont le ciel pleut
    Des étoiles sur les monts calmes
    Ma songerie aux murs de palme
    Où l'air est bleu

    Mes bras d'or mes faibles merveilles
    Renaissent ma soif et ma faim
    Collier collier des soirs sans fin
    Où le coeur veille

    Dire que je puis disparaître
    Sans t'avoir tressé tous les joncs
    Dispersé l'essaim des pigeons
    A ta fenêtre

    Sans faire flèche du matin
    Flèche du trouble et de la fleur
    De l'eau fraîche et de la douleur
    Dont tu m'atteins

    Est-ce qu'on sait ce qui se passe
    C'est peut-être bien ce tantôt
    Que l'on jettera le manteau
    Dessus ma face

    Et tout ce langage perdu
    Ce trésor dans la fondrière
    Mon cri recouvert de prières
    Mon champ vendu

    Je ne regrette rien qu'avoir
    La bouche pleine de mots tus
    Et dressé trop peu de statues
    À ta mémoire

    Ah tandis encore qu'il bat
    Ce coeur usé contre sa cage
    Pour Elle qu'un dernier saccage
    La mette bas

    Coupez ma gorge et les pivoines
    Vite apportez mon vin mon sang
    Pour lui plaire comme en passant
    Font les avoines

    Il me reste si peu de temps
    Pour aller au bout de moi-même
    Et pour crier Dieu que je t'aime
    Je t'aime tant

     

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    LOUIS ARAGON

     

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    henry_yan07,

    Oeuvre Henry Yan


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