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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/13/16--09:52: ELLE AVAIT PRIS...
  • Elle avait pris dans son armoire à seins
    Une paire de seins du dimanche
    Une paire de mains à faire l'amour

    Lui avait changé de tête
    Il avait pris dans sa garde-têtes
    Sa tête des beaux jours

    Et ensemble ils prirent dans une autre armoire
    Un chemin bordé d'arbres et odorant et parfumé
    Puis ils vécurent le plus beau jour de leur vie
    Qu'ils avaient été chercher dans le tiroir des jours

     

    .

     

    JULOS BEAUCARNE

     

    .

     

    raul canestro,

    Oeuvre Raul Canestro

     


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  • 02/14/16--08:44: LA PETITE PLACE
  • Ma vie a pris la forme de la petite place
    L'automne durant lequel ta mort s'organisait méticuleusement
    Je m'attachais à cette petite place parce que tu aimais
    L'humble et nostalgique humanité des petites boutiques
    Où les commis plient et déplient rubans et étoffes
    Je cherchais à devenir toi parce que tu allais mourir
    Et là toute ma vie cessa d'être la mienne
    J'essayais de sourire comme tu souriais
    Au marchand de journaux au marchand de tabac
    Et à la femme sans jambes qui vendait des violettes
    Je demandais à la femme sans jambes de prier pour toi
    J'allumais des cierges à tous les autels
    Des églises qui se trouvaient au coin de cette place
    Puisque dès que j'ouvris les yeux je ne vis que pour lire
    La vocation de l'éternel écrite sur ton visage
    Je convoquais les rues les lieux les gens
    Qui furent les témoins de ton visage
    Pour qu'ils t'appellent pour qu'ils défassent
    La trame que la mort entrelaçait en toi.

     

    .

     

    SOPHIA DE MELLO BREYNER ANDRESEN

    Traduit du portugais par Raymond Farina

     

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    messagio-petite-place-a-rouen,

    Oeuvre Celestin Messagio

     

     


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  • 02/14/16--11:14: GABRIELLE ALTHEN
  • L'homme a agrippé la femme
    Et la femme murmure
    "Ne t'écartes pas, nous tombons
    Tu vois, c'est un beau voyage dans le vent de la chute
    Et c'est si beau
    Le vent s'enchante
    Dans la maison trop claire qui tient sa paume ouverte
    Comme une plaine
    Sans turbulence malgré le vent"
    Tous deux s'épousent et le moment ne tombe pas
    La femme ne sait pas où ils vont
    L'homme croit peut-être le savoir
    Elle ferme simplement les yeux
    Pour mieux sentir son cœur qui navigue vers lui
    Et les vergers font des étoiles
    On voit le vent qui s'énamoure
    Et qui secoue les arbres fous
    L'homme et la femme emportent pour repères
    La satiété d'anciens châteaux du paysage
    Qu'ils ont toujours connus arrimés dans le temps
    "Ne t'écarte pas, nous tombons"
    Nœud partageable fol appui
    Le voyage et son point fixe
    Et le moment ne tombe pas
    Et c'est sans eux que le temps se décline.

     

    .

     

    GABRIELLE ALTHEN

     

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    Alain DENEFLE dit NIALA2,

    Oeuvre Alain Denefle dit Niala


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    C'est la Saint Valentin
    Ton cœur et ton esprit sont ailleurs
    Je le sais, mais tu sais aussi
    que je ne suis pas douée pour la poésie
    Je sais crier... je ne sais pas écrire
    Je rêve de toi toutes les nuits
    Parfois je pleure, parfois je gémis
    De te savoir en prison sans raison
    Pardon pour la rime qui ne rime à rien
    Je t'aime, je t'aime, je t'aime...
    C'est pour toi que je vis
    Pour toi, je suis prête à mourir aussi
    Et même si ce n'est pas le même sang
    Qui coule dans nos veines
    J'ai choisi de verser le mien
    Pour avoir le même destin que le tien
    La même histoire, les mêmes déboires
    Jusqu'à l'ultime victoire
    Parce que je t'aime... Palestine

     

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    PERSONNE

    http://www.lejournaldepersonne.com/2016/02/mon-saint-valentin/

     

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  • 02/15/16--09:52: LIBERTE
  • La peau minérale des tyrans emmaillote l'espace
    Multiplie ses écailles sur les cités avares de portes sur les bouches plâtrées

    Pourtant
    plus nue que l'herbe
    et grosse de printemps

    La Vie

    Trame sans fin la débâcle des idoles
    Ranime l'éclat de l'eau sur les fleuves de sang


    Pourtant
    plus aiguë que la foudre

    La Vie

    Tranche les nœuds de la peur
    Condamne les nuits en arme
    Et nomme
    à faire frémir de douceur toutes nos clairières inavouées
    Nomme la parole ouverte
    Respire déjà en chacun.

     

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    ANDREE CHEDID

     

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    Jamil Naqsh8,

    Oeuvre Jamil Naqsh

     


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  • 02/15/16--10:00: LA SEMAINE DE HUIT JOURS
  • Dimanche


    Incantation première
    au seuil du lieu parfait
    ton sexe

    sitôt dru
    l’engorgement du ventre
    j’en sais les houilles
    le troc infini des grisous
    qu’il y suffit de feu
    pour l’espace d’être nu


    Lundi


    Seconde incantation
    à l’air
    aux cisailles atroces
    de la glotte
    hachant le souffle
    au silence et ses pollens
    qu’il m’indiffère de lire
    dans le fruit
    son orgasme


    Mardi


    tiers noeud
    en nos anatomies
    lépreuses
    tant
    manquent les doigts
    pour compter
    au-delà des corps
    troisième incantation
    aux lymphes nomades
    le legs émacié
    d’une question


    Mercredi


    Quarto
    ma dimension
    sans doute
    incantation à l’espace
    on tremble
    dans l’engorgement
    forcené
    des marges


    Jeudi


    Terre ou mer
    on porte aux lèvres
    la conque
    sans trop savoir
    à mi-distance
    quelle incantation
    la quantième
    dégorger


    Vendredi


    Mur môle jetée
    prennent à la gorge
    odeur de marée
    l’incantation aussi
    n’ignorant rien
    du ressac
    des ses franges
    à travers soi
    jamais tout à fait blanches


    Samedi


    Le chant s’allume
    au bois de la veille
    humide encore
    les yeux piquent
    la gorge est rêche
    la braise sauve
    jusqu’à demain

     

    Polythéidéi


    Hors chant
    fichée en gorge
    l’ultime incantation
    tant de dieux assassinés
    pour un sac de clous
    à la petite semaine
    ça taloche ferme
    sous l’estomac

     

    .

     

    CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

     

    .

    werner hornung4,

    Oeuvre Werner Hornung

     

     

     


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    A Pilion, parmi les oliviers, la tunique du centaure

    Glissant parmi les feuilles a entouré mon corps

    Et la mer me suivait pendant que je marchais

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    A Santorin en frôlant les îles englouties

    En écoutant jouer une flûte parmi les pierres ponces

    Ma main fut clouée à la crête d'une vague

    Par une flêche subitement jaillie des confins d'une jeunesse disparue

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    A Mycènes, j'ai soulevé les grandes pierres

    et les trésors des Atrides

    J'ai dormi à leur côtés à l'hôtel de "La Belle Hélène"

    Ils ne disparurent qu'à l'aube lorsque chanta Cassandre

    Un coq suspendu à sa gorge noire

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    A Spetsai, à Poros et à Myconos

    les Barcaroles m'ont soulevé le coeur

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

    Que veulent donc ceux qui se croient à Athenes ou au Pyrée

    l'un vient de Salamine et demande à l'autre

    si il "ne viendrait pas de la place Omonia"

    "non, je viens de la place Syndagma" repond-il satisfait

    "j'ai rencontré Yannis et il m'a payé une glace"

    Pendant ce temps la Grèce voyage et nous n'en savons rien,

    nous ne savons pas que, tous, nous sommes marins sans emploi

    et nous ne savons pas combien le port est amer

    quand tous les bateaux sont partis

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    Drôles de gens, ils se croient en Attique et ne sont nulle part

    ils achètent des dragées pour ce marier et il se font photographier

    l'homme que j'ai vu aujourd'hui assis devant un fond de pigeons et de fleurs

    laissait la main du vieux photographe lui lisser les rides creusées

    de son visage par les oiseaux du ciel

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    Pendant ce temps, la Grèce voyage, voyage toujours

    Et si la mer Egée se fleurit de cadavres

    ce sont les corps de ceux qui voulurent rattrapper à la nage

    le grand navire

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    Les Pirée s'obscurcit

    les bateaux sifflent, ils sifflent sans arrêt

    mais sur le quai nul cabestan ne bouge

    Nulle chaine mouillée n'a scintillé dans l'ultime éclat

    du soleil qui décline

    Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

     

    Rideaux de montagnes, archipels, granites dénudés

    le bateau qui s'avance s'apelle

    Agonie ...

     

    .

     

    GEORGES SEFERIS

     

    .

     

    VOYAGE GRECE


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  • 02/16/16--09:09: PLEINE LUNE
  • Pleine lune
    dans un ciel vide
    que rien n’habite
    hors l’effroi
    pas même le cri
    des grands oiseaux
    précipités dans le puits de la nuit
    pleine lune car
    si n’était un peu de sang
    pour farder l’aube
    qui rosirait le sourire contraint
    du matin
    pleine lune et sa douceur
    pour éclairer les choses
    tout ce qu’il nous reste
    chemins de traverse
    pour mieux tricher
    soleils factices enfouis
    dans le sommeil
    cherché en vain
    pleine lune et sa lumière rousse
    pour allumer nos yeux encore
    quand nous nous souviendrons
    de l’amour
    pleine lune
    juste un peu
    que la nuit se taise

     

    .

     

    CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

     

    .

     

    catherine thivrier

    Oeuvre Catherine Thivrier

    http://www.galerie-creation.com/artiste-catherine-thivrier-forestier-m-456.html


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    Nous sommes devenus
    économes

    nous n’aimons plus
    qu’à bon escient
    ou avec circonspection
    la vie nous a généreusement dotés
    dans la gamme du sombre

    et si n’était que la vie

    mais la mort était fée
    à notre berceau
    nous devrons compter avec elle
    écouter ses hérauts
    recevoir ses émissaires
    ukases et sermons

    les entendre sans être dupe
    prendre le risque du dégoût
    tutoyer le prophète
    et comme lui feindre

    l’appeler seigneur
    en hommage au mensonge incarné
    nous faisant passer la corde au cou
    du ciel
    des créateurs qui s’y terrent
    des créations qu’on leur attribue

    parce que

    nous avons préféré les créatures
    là où il n’y a plus à choisir
    nous ne choisissons pas

    nous avons atteint ce carrefour
    mal éclairé entre urètre et prostate
    où se débat la vraie question
    de l’être et du néant

    la lancinante interrogation
    portée par les vents glacés venus
    des hauts plateaux tibétains
    ou ceux saturés de sel de l’Altiplano

    hablando y hablando
    tanto de bardo y karma
    tanto de bolsas y tetas
    y mucho mas passando
    hasta la suffocation

    jusqu’à suffocation
    par trop plein ou vacuité
    en sautant
    comme nous l’avons fait souvent
    l’invisible mur
    la bride par quoi
    Gothard tient Canigou
    en laisse et
    de croix en chapelets
    chapelles en bénitiers
    sur le chemin de Compostelle
    attente à la pudeur
    d’un ciel rougissant


    avec le marteau
    avec le clou
    avec nos yeux de déments
    avec nos poignets douloureux
    mais libres
    nous clamons
    et martelons que

    il est grand temps

    (mais pas n’importe lequel
    de ce temps qu’on nous dit compté)

    grand temps de convoquer
    voire de soumettre à la question
    le petit prophète perclus de visions

    qui d’un pet violent et malodorant
    au kilomètre cent du chemin de Damas
    envoya au tapis pour le compte
    Paul qui ne s’en remit jamais vraiment
    se fit adepte du terrorisme épistolaire
    et fut appelé le Haineux

    il est temps d’intimer au prévenu
    de donner sens à ses propos
    et clôturer ici une fois pour toutes
    non par une croix de bois
    mais par mille de son sang
    le martyrologue des femmes
    la terreur des enfants
    le récitatif des péchés
    les Saint Barthélemy et Inquisition

    trêve d’arguties et de jérémiades
    si le ventre aujourd’hui
    tant encore affole et tétanise

    si la vie persiste à ne vouloir naître
    qu’ où jaillit et frappe la mort
    si l’extase fait basculer et s’inverser le ciel
    dans les yeux des amants
    pour qu’ils n’aient plus d’égaux
    en profondeur
    que les gouffres de la faute

    si la nuit ne semble propice
    qu’aux agonies et au blanchiment
    du temps sale
    qu’il soit affirmé enfin que
    s’il n’est plaisir à la mesure de l’homme
    il n’est davantage prophète à sa taille

    je connais le prix des choses
    ma solitude ne me désavouera pas
    je suis seul et ne pense pas
    c’est la vie qui me saisit
    et vous parle

    tous mentent dans l’érection
    de leur chaos

    sur l’oreiller
    comme dans l’auge
    à chacun sa Bastille

    du divin marquis
    je reste le dévoué

     

    .

     

    CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

    http://bris-de-verre.over-blog.com/page/3

     

    .

     

    sade2

     

     

     

     


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  • 02/16/16--10:12: SOUFFLES ET SONGES...Extrait
  • Surprise de l'aurore

    échappée de la nuit sauvage

    comme un filet d'eau clair

    qui délivre les joies possibles

    Le vent a chassé les nuages,

    balayé les mémoires

    Un étrange lumière invite au songe

    révélant la naissance du monde

    La vie n'est-elle qu'une escapade

    aux sources du soleil ?

     

    .

     

    COLETTE GIBELIN

     

    .

     

    jean claude barthel

    Oeuvre Jean-Claude Barthel

     

     


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  • 02/17/16--09:55: SAMBELA..Extrait
  • Oui c'était merveille de soies
    merveille que ce fin système
    où se prenaient
    semences
    insectes

    Te fascinait la dentellière
    sensible à la moindre détresse
    si prompte à répondre à l'appel
    si délicate & si précise
    en son exercice cruel

    Te voici maintenant
    non plus simplement captivé
    par l'image du piège
    − rêvant comme l'enfant
    riant comme le sage
    qui domine le jeu
    & qui se joue de lui
    en lui jetant des mouches −

    mais bien captif
    en son réseau fatal

    passion
    qui se débat
    s'épuise

    pensée
    qu'éteint
    son thème
    ultime

    *

    Ai-je offensé
    un jour
    le silence
    ou la gentillesse ?

    Au jasmin
    ai-je volé
    son âme ?

    Ai-je oublié
    chez les Barbares
    un enfant
    un poème ?

    En toi
    ai-je blessé
    une colombe intime ?

    Ai-je tué
    en moi
    quelqu'un
    ou quelque chose
    d'absolu
    d'animal ?

    Ne suis-je
    coupable
    que d'élégie ?

    & suis-je
    capable encore
    de ce tendre scrupule
    qui savait faire
    d'un rien remords
    grave comme
    − sur une conscience
    d'écolier −
    le génocide
    d'une hirondelle ?

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    marna2

    Oeuvre Marna

     

     


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  • 02/17/16--10:12: LA PRISON DU CIEL
  • N'être pas même
    trace de sa pensée
    − ce désespoir d'avoir
    dépensé son dernier nuage −

    Seulement
    le sujet d'une biographie
    entre fable & aveu
    cherchant un verbe de passage
    une occasion d'appareiller
    pour aller fonder l'Acropole
    de quelques volées de vocables
    & d'oiseaux mangeurs de soleils

    *

    Naître en prenant le temps l'espace
    comme on prend un train pour ailleurs
    pour des vergers comme des pages
    d'abeilles butinant le blanc
    quand l'allégresse des enfants
    surgit de la légende fraîche
    du linge qui gifle le vent

    *

    Le sens de quel effacement
    Le sens pensé par effraction
    de quelques mots surpris
    d'un silence peut-être

    Attendre dans ces odeurs
    qu'embrouillent les papillons
    tournant autour d'une mort
    qu'on ne veut pas s'avouer

    Puis retrouver l'émoi
    des soleils réciproques
    & retourner les pierres
    débourber de sa nuit
    avec l'aube des mains
    le peuple des cloportes

    *

    Cette ville insensée
    Le cérémonial des passants
    au néant de ce non-soleil
    Et pour n'être pas rien
    pour ne pas m'effacer
    ces mots de mes deux langues
    gardés tout près de l'âme

    Être enfin libéré
    de ce pays pris dans décembre
    Frêle idole déambuler
    dans la fraîcheur veinée de voix
    mettant la vie en feuilleton
    Craindre encore
    la prison du ciel

    *

    Quelqu'un
    comme une maison vide
    une solitude
    où se perdrait sans doute
    le monde

    ce qu'il reste de mots usés
    jusqu'au cœur
    d'inachever l'enfance

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    © A N D R E A • C O S T A N T I N I,

    Oeuvre Andréa Costantini

     

     


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  • 02/17/16--12:06: REVEILLEZ-VOUS ...
  • Réveillez-vous, réveillez-vous, ôégarés !
    Vos religions sont subterfuges des Anciens.
    Ils disent que le Temps mourra bientôt,
    Que les jours sont à bout de souffle.
    Ils ont menti – ils ignorent son échéance.
    N’écoutez pas ces champions de fourberie.

    Les gens voudraient qu’un imam se lève
    Et prenne la parole devant une foule muette.
    Illusion trompeuse – il n’est d’imam que la raison,
    Notre guide de jour comme de nuit.

    Peut-être dans les temples se trouvent-ils des gens
    qui procurent la terreur à l'aide de versets,
    Comme d'autres dans les tavernes
    Procurent le plaisir.

    Les lois divines ont semé parmi nous la rancune
    Et nous ont apporté toutes sortes de malheurs,

    Les corps vont à la poussière.
    Aucun savant ne sait où va l'âme.

    Malgré moi, je suis sorti en ce bas monde,
    Et mon voyage est pour un monde ailleurs.
    Cela malgré moi aussi, et Dieu m'en est témoin !
    Suis-je prédestiné, entre ces deux mondes,
    A accomplir une tâche,
    Ou suis-je libre de mes choix ?

    Raison - demeures laissées à l'abandon
    Ignorance - solides demeures habitées.

    La religion - commerce de morts.
    Pour cette raison, c'est un objet invendable
    parmi les vivants.

    L'égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
    Malheur à lui ! Quel homme n'a pas connu l'impiété ?

    Le Livre est devenu trompettes des égarés,
    Et les versets, mélodies.
    Ils en ont joué, puis, dans leur infamie,
    Les ont agitées comme des épées
    Sur l'homme paisible qui veille
    Au clair de lune.

    Je ne blâme pas l'athée?
    Mais plutôt celui qui, craignant l'enfer,
    Persiste dans sa furie.

    La raison ne peut que s'étonner des lois,
    Qu'elles soient païennes, musulmanes,
    juives ou chrétiennes...


    Quant à la certitude, elle n'existe pas.
    L'apogée de mes efforts se trouve
    Dans l'intuition et les pressentiments.

    J'ai poussé loin mes recherches
    Et mes investigations.
    J'affirme, malgré cela,
    Que je suis perdu et ignorant.

    Le mensonge a détruit
    Les habitants de la terre.
    Leurs descendants se sont groupés en sectes
    Qui ne peuvent fraterniser.
    Si l'inimitié n'avait été dans leur nature,
    Dès l'origine,
    Mosquée, église et synagogue
    N'auraient fait qu'une.

    La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
    Elle n'a pas d'aube dans les yeux des humains.

    La raison, pour le genre humain
    Est un spectre qui passe son chemin.

    Foi, incroyance, rumeurs colportées,
    Coran, Torah, Évangile
    Prescrivant leurs lois ...
    A toute génération ses mensonges
    Que l’on s’empresse de croire et consigner.
    Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
    En suivant la vérité ?

    Deux sortes de gens sur la terre :
    Ceux qui ont la raison sans religion,
    Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.

    Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
    Toutes les religions se valent dans l'égarement.

    Si on me demande quelle est ma doctrine,
    Elle est claire :
    Ne suis-je pas, comme les autres,
    Un imbécile ?

     

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    ABU-L-ALA AL-MAARI

     

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    Abu-l-Ala al-Maari , Aboul Ala El-Maari ou Aboul Alaa El-Maari (973-1057) est un grand poète arabe qui naquit dans la ville syrienne de Ma`arrat an-N`uman au sud d'Alep. Il connu pour sa virtuosité et pour l'originalité et le pessimisme de sa vision du monde. En effet, ses poèmes philosophiques sont construits sur la base d’une tristesse existentielle profonde, faisant du pessimisme une ligne de conduite et le départ de toute réflexion philosophique.

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    jean claude barthel2

    Oeuvre Jean-Claude Barthel

     

     


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  • 02/18/16--09:49: PAUVRETES
  • Je regarde vivre, je connais ici, des gens de peu. Je les fréquente et me trouve riche de les connaître. Ils vivent autrement.
    Par choix ou par nécessité, ils consomment peu. En revanche ils donnent beaucoup. Pas des choses, pas ces objets qui nous encombrent, non. Ils offrent de leur temps, de leur histoire, d'eux-mêmes. Leur logique est autre. Créativité et ingéniosité ont pris le relais d'un désir entretenu par l'offre commerciale.
    A les écouter et regarder faire, je prends la mesure de la prétention de mes évidences.


    Souvent, je me suis dit :"Il faut être lucide sur soi, sur ces automatismes de la pensée qui relaient trop facilement notre intelligence". Et j'essaie. Je vois pourtant ici combien mes efforts, pour louables qu'ils sont, restent dérisoires tant l'asservissement est profond.
    Beaucoup de nos besoins sont futiles. Ils sont même si futiles que nous ignorons lesquels, parmi eux, constituent nos véritables besoins et cette futilité qui nous taraude tient davantage à la manière dont nous entendons l'assouvir qu'à sa nature même de désir. Vouloir, désirer sont, somme toute, naturels, mais la richesse de notre société et l'opulence qui nous entourent sont telles qu'elles font de nous des impatients, et l'impatience nous rends arrogants.
    L'argent met tout à notre portée. Je veux un tabouret, je l'achète. Je veux une étagère, Je l'achète. Je veux un tableau, je l'achète... Ici, on peut faire autrement. Ce dont on a besoin, on le passe au crible d'autres critères que le seul vouloir. Le besoin bien sur, mais aussi la bourse disponible, les capacités à fabriquer, les matériaux utilisables, les commerces accessibles. Quand on estime que le jeu en vaut la chandelle, on met en œuvre quelque chose, et l'objet vient, plus ou moins rapidement. Il sort des limbes du désir ou du besoin pour devenir réel et appartenir.
    La possession de ces objets-là est différente de celle que procure habituellement l'argent. En premier lieu, ils sont bizarres. Assemblages de choses hétéroclites qu'on n'aurait pas imaginées ensembles. Du bois flotté devient étagère, du mobilier cassé et laissé au rebut, mariéà quelques autres bricoles insolites, trouve une seconde vie. Ensuite, rien n'est convenu, et rien n'est en trop. Ce qu'on possède alors (peu de choses) est accordéà cette vie et à ses valeurs.
    Tout le monde ne fait pas ce choix de vie, même ici, loin s'en faut. Seulement quelques uns, assez rares. Mais j'en ai rencontrés et ils m'épatent.
    Je réapprends à attendre. A considérer ce qui me fait envie, ce dont je pense avoir besoin. Les circonstances m'ont placée dans un dénuement matériel (relatif) qui m'offre ce temps pour songer à tout ce qui, en d'autres lieux et d'autre temps, m'aurait semblé des acquisitions évidentes. Je redécouvre une lenteur qui me va bien, je repense la nécessité. Se construit, au sens propre, un patrimoine de quelques objets réfléchis, venant sans hâte – mais sans retard non plus, tout bien considéré.
    Il nous manque la foi. La foi dans le peu. La foi dans une certaine pauvreté. Pas celle qui mène au dénuement total et à la misère, non, mais une pauvreté noble en quelque sorte, une forme de sobriété joyeuse. On ne manque de rien en ayant très peu – en rapportant "très peu"à l'immense gaspillage de notre monde.
    J'apprends à voir l'indispensable, à penser ce "minimum" et à le réduire encore et encore tout en restant heureuse, plus heureuse même, parce que plus légère. Souvent, ce qu'on imagine le minimum est encore un énorme "patrimoine" mobilier. La pensée de la décroissance, au fond, ne propose pas autre chose que cette remise en cause des bienfaits de l'abondance, car le modèle de l'abondance et de l'inépuisable a entraîné celui de l'inassouvissable. Il a réinventé la frustration en ce qu'elle a de pire.


    La corne de la chèvre Amalthée transformée par Zeus en corne d'abondance pour la remercier de ses bienfaits a donné naissance à un mythe qui avait du sens dans le monde antique (et jusqu’à une époque assez récente) où chaque geste visait à assurer la survie. De nos jours, cette même corne d'abondance, si caprine, justifie bien sa similitude étymologique avec le caprice. Pousséà l'extrême, pour certains, l’accès à l’abondance, l’achat, devient même un loisir, un défouloir ou un divertissement. Revenir d'un magasin avec tout autre chose que ce dont on avait besoin, c'est fun.
    Alors, nous sommes devenus des acheteurs, des plagiats de nantis. Des proies aussi. Notre insatiable désir fait de nous des victimes, mais sans innocence. Nous consentons mollement àêtre l'inépuisable porte-monnaie où les générateurs malins de ce système puisent sans fin la manne de leur scandaleuse richesse. Les parachutes dorés ? Les salaires mirobolants des grands patrons ? Les dessous de table ? Les paradis fiscaux ? C'est nous, d'une certaine manière. Nous alimentons ces dérives par notre domestication, par notre absence de questionnement. L'abondance nous a faits réellement pauvres, et vides.
    Je me trouve bien d'avoir rencontré cet espace et ce temps pour faire autrement. Je m'aperçois que le passé lui-même s'allège, avec si peu de biens à traîner. Je traverse la vie plus légère et tout ce que je n'ai pas ne me manque pas. J'imagine contribuer, même petitement, à autre chose que le vaste supermarché mondial. J'imagine que je vis plus près de mes idées et de ce que je suis, mais sans non plus y accorder tant d'importance. Il n'y a pas de grandeur à cela, juste un peu plus de conscience (j'y crois, disons).
    Quelque chose change en soi. Le regard sur les autres, le regard sur les choses, les paroles, les actes aussi. De la fraîcheur émane de moins de richesse, moins de commerce, moins de frénésie, et chaque matin ouvre sur une forme de manque qui éveille et aiguise l'esprit sans le corrompre.
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    LEILA ZHOUR
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    leila


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  • 02/20/16--09:39: L’EFFORT HUMAIN
  • L’effort humain
    n’est pas ce beau jeune homme souriant
    debout sur sa jambe de plâtre
    ou de pierre
    et donnant grâce aux puérils artifices du statuaire
    l’imbécile illusion
    de la joie de la danse et de la jubilation
    évoquant avec l’autre jambe en l’air
    la douceur du retour à la maison
    Non
    l’effort humain ne porte pas un petit enfant sur l’épaule droite
    un autre sur la tête
    et un troisième sur l’épaule gauche
    avec les outils en bandoulière
    et la jeune femme heureuse accrochée à son bras
    L’effort humain porte un bandage herniaire
    et les cicatrices des combats
    livrés par la classe ouvrière
    contre un monde absurde et sans lois
    L’effort humain n’a pas de vraie maison
    il sent l’odeur de son travail
    et il est touché aux poumons
    son salaire est maigre
    ses enfants aussi
    il travaille comme un nègre
    et le nègre travaille comme lui
    L’effort humain n’a pas de savoir-vivre
    l’effort humain n’a pas l’âge de raison
    l’effort humain a l’âge des casernes
    l’âge des bagnes et des prisons
    l’âge des églises et des usines
    l’âge des canons
    et lui qui a planté partout toutes les vignes
    et accordé tous les violons
    il se nourrit de mauvais rêves
    et il se saoule avec le mauvais vin de la résignation
    et comme un grand écureuil ivre
    sans arrêt il tourne en rond
    dans un univers hostile
    poussiéreux et bas de plafond
    et il forge sans cesse la chaîne
    la terrifiante chaîne où tout s’enchaîne
    la misère le profit le travail la tuerie
    la tristesse le malheur l’insomnie et l’ennui
    la terrifiante chaîne d’or
    de charbon de fer et d’acier
    de mâchefer et de poussier
    passée autour du cou
    d’un monde désemparé
    la misérable chaîne
    où viennent s’accrocher
    les breloques divines
    les reliques sacrées
    les croix d’honneur les croix gammées
    les ouistitis porte-bonheur
    les médailles des vieux serviteurs
    les colifichets du malheur
    et la grande pièce de musée
    le grand portrait équestre
    le grand portrait en pied
    le grand portrait de face de profil à cloche-pied
    le grand portrait doré
    le grand portrait du grand divinateur
    le grand portrait du grand empereur
    le grand portrait du grand penseur
    du grand sauteur
    du grand moralisateur
    du digne et triste farceur
    la tête du grand emmerdeur
    la tête de l’agressif pacificateur
    la tête policière du grand libérateur
    la tête d’Adolf Hitler
    la tête de monsieur Thiers
    la tête du dictateur
    la tête du fusilleur
    de n’importe quel pays
    de n’importe quelle couleur
    la tête odieuse
    la tête malheureuse
    la tête à claques
    la tête à massacre
    la tête de la peur

     

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    JACQUES PREVERT

     

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    Pranasas2

    Oeuvre ?

     

     

     


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    "Cela m'arrive aussi de la même manière. Il y a des heures où je m'échappe de moi, où je vis dans une plante, où je me sens herbe, oiseau, cime d'arbre, nuage, eau courante, horizon, couleur, forme et sensations changeantes, mobiles, indéfinies ; des heures où je cours, où je vole, où je nage, où je bois la rosée, où je m'épanouis au soleil, où je dors sous les feuilles, où je plane avec les alouettes, oùje rampe avec les lézards, où je brille dans les étoiles et les vers luisants, où je vis enfin dans tout ce qui est le milieu d'un développement qui est comme une dilatation de mon être".

     

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    GEORGE SAND

     

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    francois trinel

    Photographie François Trinel


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  • 02/20/16--13:22: LE SECRET PERDU
  • Qui me consolera ? - "Moi seule, a dit l'étude ;

    "J'ai des secrets nombreux pour ranimer tes jours." -

    Les livres ont dès lors peuplé ma solitude,

    Et j'appris que tout pleure, et je pleurais toujours.



    Qui me consolera ? - "Moi, m'a dit la parure ;

    "Voici des noeuds, du fard, des perles et de l'or." -

    Et j'essayai sur moi l'innocente imposture,

    Mais je parais mon deuil, et je pleurais encor.


    Qui me consolera ? - "Nous, m'ont dit les voyages ;

    "Laisse-nous t'emporter vers de lointaines fleurs." -

    Mais, toute éprise encor de mes premiers ombrages,

    Les ombrages nouveaux n'ont caché que mes pleurs.



    Qui me consolera ? - Rien, plus rien ; plus personne.

    Ni leurs voix, ni ta voix ; mais descends dans ton coeur ;

    Le secret qui guérit n'est qu'en toi. Dieu le donne :

    Si Dieu te l'a repris, va ! renonce au bonheur !

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    MARCELINE DESBORDES-VALMORE

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  • 02/21/16--10:07: TIENS BON...
  • La nuit s'en est venue
    avec des pas d'enfants
    Et le mystère de ses yeux noirs
    m'a saisi tout entier

    Qu'est-ce ce bruit lointain
    qui monte de ma race
    aux larges trajectoires
    de lames ensanglantées?

    Qu'est-ce cette odeur de poudre
    et de rhum mêlé
    sur les vagues incertaines
    d'un océan houleux?

    Une île à demie nue
    aux plages d'or fin
    signe sa découverte
    à tous les flibustiers

    La nuit est impalpable
    et sa chevelure d'encre
    se défait
    et devient le destin

    Trente-sept ans vont sonner
    à l'horloge patience
    Trente-sept coups de canon
    sur ma frégate espoir

    Mettons nos montres à l'heure,
    à l'heure de l'exil
    Je demande une minute de silence
    pour le moment oubli

    Va, petit gars,
    moussaillon atlantique
    grimpe sur la hune
    et vois la Caraïbe

    Va, petit gars,
    dans la nuit qui t'abrite
    Tiens bon, tiens bon
    jusqu'au matin.

     

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    GERALD BLONCOURT

     

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    gerald3

    Oeuvre Gérald Bloncourt

    EN ROUTE POUR LA FRANCE - 1946
    Aquarelle réalisée à bord du San Mateo dans l'Atlantiquee durant le voyage vers l'Europe


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  • 02/21/16--10:51: JERUSALEM
  • Encore une fois regarde
    et ne retourne plus.
    Une fenêtre au-dedans,
    grande ouverte sur l’Étendue.
    Tu n’as pas besoin de te retourner,
    partout c’est l’Ouvert à cette heure,
    là-bas ici , même ce qui n’a jamais commencé.
    Lumière gris-rose de poumon qui enfle entre les doigts
    cherchant toujours un fond, des limites,
    qui le retournent pour chercher le secret,
    la membrane grise de l’amnios fissurée
    l’incertitude entre l’aube et la nuit.
    Odeur de la vie, enflure d’un bourgeon
    dans l’arbre se dépliant à l’infini– Le jasmine s’éclaire –
    deux ou trois gouttes sur le sol – là-bas le figuier nu, la peau tendue par l’hiver
    et voici l’amandier déjà couvert de pousses
    la sève impatiente à ouvrir ses volets
    un battement plus vite de nuits blanches
    serrées sous l’écorce, dans la chair –
    Sous les pins à gauche la mangeoire vide
    par terre des moineaux se disputent le crottin
    plus loin des corneilles qui houspillent le chat
    allongé sur le mur de pierres sèches
    sur le mur qu’enjambe le souvenir
    pour rejoindre là-bas la même lumière
    d’un seul tenant qui ouvre l’étendue –
    parler encore à ces vieux compagnons
    de montagnes usées par tant de clarté
    là chaque matin sont consommées les noces
    du rayonnement et de l’usure d’une terre désolée –
    inventer une musique faite seulement
    de ce rien qui respire entre contraires
    entre un battement du cœur
    et le battement d’une aile
    la fin et l’infini -

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    LORAND GASPAR

     

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    francois trinel

    Photographie François Trinel

     

     

     


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