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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 03/09/16--09:41: LES ECROULEMENTS
  • Regarde mon amour
    Ce monde qui s’écroule
    Autour de nous
    En nous
    Serre bien ma tête contre ta poitrine
    Et dis moi ce que tu vois
    Pourquoi ce silence ?
    Dis-moi simplement ce que tu vois
    Les étoiles contaminées tombent-elles
    De l’arbre de la connaissance
    Le nuage toxique des idées
    Nous submergera-t-il bientôt ?

    Dis-moi ce que tu vois
    Brûle-t-on déjà les livres sur les places publiques
    Rase-t-on la tête des femmes avant de les lapider
    Y a-t-il des processions d’homme à cagoule
    Brandissant croix et cimeterres
    Pourquoi ce silence mon aimée
    Sommes-nous sur une île flottante
    Ou voguons-nous sur une torpille
    Sommes-nous seuls
    Ou enchaînés à d’autres frères de fortune
    Quel jour sommes-nous
    Quelle heure est-il ?
    Serre bien ma tête contre ta poitrine
    Et si tu peux
    Ouvre ton ventre et accueille-moi
    Au creuset de ta force
    Fais-moi remonter le fleuve
    Jusqu’à la source des sources
    Replonge-moi dans la vasque de vie
    Et verse sur ma fontanelle
    Sept poignées d’orge
    En fredonnant la chanson de Fayrouz
    Celle que tu chantes mieux qu’elle

    Pourquoi pleures-tu
    As-tu peur pour le monde
    Ou pour notre amour
    Ne peux-tu rien pour moi ?
    Alors dis-moi simplement ce que tu vois
    De quel mal meurt-on aujourd’hui
    Quelle est cette arme invisible qui extirpe l’âme
    et le goût à nul autre pareil de la vie
    quelle est cette caravane qui égorge ses chameaux
    et vide ses outres d’eau dans le sable
    quel est ce magicien
    qui fait de la guerre un acte d’amour ?

     

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    ABELLATIF LAÂBI

    extraits, in L’étreinte du monde, 1993

     

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    LAABI2

     

     

     


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  • 03/09/16--11:23: LA VAGABONDE...Extrait
  • « Soyez sûrs qu’une longue patience, que des chagrins jalousement cachés ont formé, affiné, durci cette femme dont on s’écrie :
    Elle est en acier !
    Elle est ‘‘en femme’’, simplement et cela suffit ».

    ....

     

    Je palpe amoureusement la pierre chaude au temple ruiné, et la feuille vernie des fusains, qui semble mouillée. Les bains de Diane, où je me penche, mirent encore et toujours des arbres de Judée, de térébinthes, des pins, des paulownias fleuris de mauve et des épines doubles purpurines. Tout un jardin de reflets se renverse au-dessus de moi et tourne décomposé dans l'eau d'aigue-marine au bleu obscur, au violet de pêche meurtrie, au marron de sang sec...Le beau jardin, le beau silence, où seule se débat sourdement l'eau impérieuse et verte, transparente, sombre, bleue et brillante comme un vif dragon!...

    Une double allée harmonieuse monte vers la tour Magne entre les murailles ciselée d'ifs, et je me repose une minute au bord d'une auge de pierre, où l'eau ternie est verte de cresson fin et de rainettes bavardes aux petites mains délicates...Là haut, tout en haut, un lit sec d'aiguilles nous reçoit, moi et mon tourment.

     

    .

     

    COLETTE

     

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    colette2

     

     


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  • 03/12/16--08:07: LA CHEVRE...Extrait
  • Merci à Marie-Paule et Raymond Farina...

    ..............

    « Et si l’enfer est fable au centre de la terre,
    Il est vrai dans mon sein ». Malherbe

    A Odette

    « Notre tendresse à la notion de la chèvre est immédiate pour ce qu'elle comporte entre ses pattes grêles - gonflant la cornemuse aux pouces abaissés que la pauvresse, sous la carpette en guise de châle sur son échine toujours de guingois, incomplètement dissimule - tout ce lait qui s'obtient des pierres les plus dures par le moyen brouté de quelques rares herbes , ou pampres , d'essence aromatique.
    Broutilles que tout cela, vous l'avez dit, nous dira-t-on. Certes; mais à la vérité fort tenaces.
    Puis cette clochette qui ne s'interrompt.
    Tout ce tintouin, par grâce, elle a l’heur de la croire, en faveur de son rejeton, c’est-à-dire pour l’élevage de ce petit tabouret de bois, qui saute des quatre pieds sur place et fait des jetés battus, jusqu’à ce qu’à l’exemple de sa mère il se comporte plutôt comme un escabeau, qui poserait ses deux pieds de devant sur la première marche naturelle qu’il rencontre, afin de brouter toujours plus haut que ce qui se trouve à sa portée immédiate.
    Et fantasque avec cela, têtu !
    Si petites que soient ses cornes, il fait front.
    Ah ! ils nous feront devenir chèvres , murmurent-elles – nourrices assidues et princesses lointaines, à l’image des galaxies – elles s’agenouillent pour se reposer. Tête droite, d’ailleurs, et le regard, sous les paupières lourdes, fabuleusement étoilé. Mais, décrucifiant d’un brusque effort leurs membres raides, elles se relèvent presque aussitôt, car elles n’oublient pas leur devoir. (…)

    Et il ne faut pas la presser beaucoup pour tirer d’elle aussitôt un peu de ce lait, plus précieux et plus parfumé qu’aucun autre – d’une odeur comme celle de l’étincelle des silex furtivement allusive à celui des étoiles jaillies au ciel nocturne en raison même de cette violence, et dont la multitude et l’éloignement infinis seulement, font de leur lumière cette laitance –- breuvage et semence à la fois -- qui se répand ineffablement en nous. »

     

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    FRANCIS PONGE

    (Extrait de Le grand recueil - Pièces, Gallimard, 1963)

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    Kseniya Zenina

    Oeuvre Kseniya Zenina


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  • 03/12/16--08:32: PESANTE DOUCEUR
  • La douceur est
    dans le creux de nos mains,
    quand la paume
    consent à la forme étrangère.

    La douceur est
    dans le ciel et sa voûte nocturne,
    quand le lointain
    à la terre s’accommode.

    La douceur est
    dans ta main et la mienne,
    quand la proximité brusquement
    nous enferme.

    La mélancolie est
    dans ton regard et le mien,
    quand la pesanteur
    nous accorde l’un à l’autre.

     

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    HANNAH ARENDT

    Heureux celui qui n’a pas de patrie. Poèmes de pensée

    (trad. F. Mathieu, éd. K. Biro), Payot, 2015.

     

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    Cécile MINOT2

    Photographie Cécile Minot


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    (fragment)

    Pour Boris Pasternak

    Dans un passé encor récent,
    Le soleil réchauffant les pierres,
    La terre brûlait mes pieds
    Nus tout couverts de poussière.

    Et je gémissais sous les tenailles du froid
    Qui m’avaient arraché ongles et chair,
    Je brisais mes larmes avec la main,
    Non, ce n’était pas en rêve.

    Là-bas dans des comparaisons banales
    Je cherchais la raison des coups,
    Là-bas le jour même était supplice
    Et arrangement avec l’enfer.

    J’écrasais sous mes mains terrifiées
    Mes tempes blanchies et en sueur,
    Et ma chemise salée
    Se cassait fort bien en morceaux.

    Je mangeais comme une bête, rugissant après la nourriture,
    Ce m’était merveille des merveilles
    Qu’une simple feuille de papier àécrire
    Tombée des cieux dans notre triste forêt.

    Je buvais comme une bête, lapant l’eau,
    Je trempais mes lèvres enflées,
    Ne vivait au mois ni à l’année
    Et prenais mon parti des heures.

    Chaque soir dans la surprise
    De me savoir vivant,
    Je me disais des poèmes,
    J’entendais à nouveau ta voix.

    Je les chuchotais comme des prières,
    Les vénérais comme une eau vivante
    Et dans cette lutte gardais leur image
    Et leur fil conducteur.

    Ils étaient ce lien unique
    Avec l’autre vie, là-bas
    Où le monde nous étouffe sous son ordure,
    Où la mort se déplace sur nos talons…

     

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    VARLAM CHALAMOV

     

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    MARNA2

    Oeuvre Marna


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    En été, le crépuscule est beau dans cette partie sauvage du bois ; là où la terre se creuse entre deux vagues vertes. L’eau s’écoule. Les vagues glissent. Des têtes transparentes de serpents, souples et cristallines, aux lumières du couchant. L’eau du bassin s’élève et redescend telle une poitrine, unissant en elle le miroir du ciel et les images des arbres alentour. Des larves s’agitent, frémissent sous l’écume. Sur la rive, une feuille de l’automne passé regarde, couleur de cendre, fine comme la dentelle de soie d’une femme. Élimée sous les doigts du temps, par la neige et la pluie, réduite à la trame de ses veines. Une beauté.

    Les cimes des hauts cyprès se touchent, tête contre tête. Le silence est une biche dans leurs bras. Ici, l’amour est sacré, il a la fraîcheur d’une miniature persane. il y a la présence d’une jeune fille apparue et disparue sous ces branches, d’une jeune fille qui a rejoint celles qui sont passées, porteuses d’une promesse : créer un ciel où elles m’auraient reçu, aurait-on dit, après ma mort.

    Les arbres séparés par un ruisseau sont face à face comme dans une procession nuptiale. Ils attendent. Ils portent des soies de couleur. Le vert pâle domine comme un appel. C’est l’époux royal. De temps à autre, il jette sa bride lumineuse à la princesse des Alains sur la rive d’en face ; le coeur de la princesse palpite et ses cheveux luisent couleur de miel. Il tombe une pluie de perles, d’émeraudes et de diamants. Les feuilles sont diaphanes, simples et fraîches. Certaines ont la couleur brillante des plumes de paon. D’autres sont d’un violet foncé et douces comme des mûres noires. D’autres encore passées au henné. Il y en a qui sont d’argent, et qui frémissent entre le ciel et la terre, tenues par des fils de lumière. D’autres tremblent comme des gorges de colombes. Il y en a qui bourdonnent, qui vibrent comme des ailes de papillons. Et lorsque le ciel rougeoie derrière, et que le soleil, ce Bouddha d’or, sourit au-delà des innombrables colonnes de lumière, il règne un bonheur, une grandeur venant du temple étrange et colossal. Exilés, les oiseaux se précipitent dans la lumière, comme pris dans le filet invisible, ils se jettent dans un vol angoissé, ouvrant et refermant les tenailles de leurs cris, et secouant de leurs ailes le regard magnétique et venimeux de la verdure.

     

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    NIGOGHOS SARAFIAN

     

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    Mohamed Jaamati

    Oeuvre Mohamed Jaâmati

     

     


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  • 03/12/16--10:08: TERRE ROUGE
  • Sur ma table de travail, dans ce vase,
    repose une poignée de terre prise
    aux champs de mon pays...

    C'est un cadeau, — celui qui me l'offrit
    crut y serrer son cœur, mais ne pensa jamais
    qu'il me donnait aussi le cœur de ses ancêtres.

    Je la contemple... Et que de longues heures passées
    dans le silence et la tristesse
    à laisser mes yeux se river sur elle, la fertile,
    au point que mes regards y voudraient pousser des racines.

    Et va le songe... Et je me dis
    qu'il ne se peut que cette couleur rouge
    soit enfantée des seules lois de la Nature,
    mais comme un linge éponge des blessures,
    de vie et de soleil qu'elle but les deux parts,
    et qu'elle devint rouge, étant terre arménienne,
    comme un élément pur que rien n'a préservé.

    Peut-être en elle gronde encore le sourd frémissement
    des vieilles gloires séculaires
    et le feu des rudes sabots
    dont le fracas couvrit un jour
    des poudres chaudes des victoires
    les dures armées d'Arménie?

    Je dis: en elle brûle encore
    la vive force originelle
    qui souffle à souffle sut former
    ma vie, la tienne, et sut donner
    d'une main toute connaissante,
    aux mêmes yeux noirs, avec la même âme,
    une passion prise à l'Euphrate,
    un cœur volontaire, bastion
    de révolte et d'ardent amour.

    En elle, en elle, une âme antique s'illumine,
    une parcelle ailée de quelque vieux héros
    si doucement mêlée aux pleurs naïves d'une vierge,
    un atome de Haïg, une poussière d'Aram,
    un regard profond d'Anania
    tout scintillant encor d'un poudroiement d'étoiles.

    Sur ma table revit encore une patrie,
    — et de si loin venue cette patrie...—
    qui, dans sa frémissante résurrection,
    sous les espèces naturelles de la terre
    me ressaisit l'âme aujourd'hui,
    et comme à l'infini cette semence sidérale
    au vaste de l'azur, toute gonflée de feu,
    d'éclairs de douceurs me féconde.

    Les cordes tremblent de mes nerfs...
    Leur intense frisson fertilise bien plus
    que le vent chaud de Mai le vif des terres.
    Dans ma tête se fraient la route
    d'autres souvenirs, des corps tout rougis
    d'atroces blessures
    comme de grandes lèvres de vengeance.

    Ce peu de terre, cette poussière
    gardée au cœur d'un amour si tendu
    que mon âme un jour n'en pourrait,
    si dans le vent elle trouvait
    le reste de mon corps (devenu cendre,
    cette poudre en exil d'Arménie, cette relique,
    legs des aïeux qui savaient des victoires,
    cette offrande rouge et ce talisman
    serrée sur mon cœur de griffes secrètes,
    vers le ciel, sur un livre,
    quand vient cette heure précieuse
    de l'amour et du sourire
    à ce moment divin où se forme un poème,

    cette terre me pousse aux larmes ou aux rugissements
    sans que mon sang ne puisse s'en défendre,
    et me pousse à armer mon poing
    et de ce poing me tenir toute l'âme.

     

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    DANIEL TCHEBOUKKIARIAN, dit VAROUJAN

     

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    femmes2

     


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  • 04/10/16--13:31: ENFANCE...Extrait
  • Je regardais les espaliers en fleurs le long du petit mur de briques roses, les arbres fleuris,la pelouse d’un vert étincelant jonchée de pâquerettes, de pétales blancs et roses, le ciel, bien sûr, était bleu, et l’air semblait vibrer légèrement… Et à ce moment-là, c’est venu…Quelque chose d’unique… Qui ne reviendra plus jamais de cette façon, une sensation d’une telle violence  qu’encore maintenant, après tant de temps écoulé, quand, amoindrie, en partie effacée elle me revient, j’éprouve… Mais quoi ? Quel mot peut s’en saisir ? Pas le mot à tout dire : « bonheur », qui se présente le premier, non, pas lui… « félicité», « exaltation », sont trop laids, qu’ils n’y touchent pas… et « extase »… comme devant ce mot ce qui est là se rétracte… « Joie », oui, peut-être… Ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger… mais il n’est pas capable de recueillir ce qui m’emplit, me déborde, s’épand, va se perdre, se fondre dans les briques roses, les espaliers en fleurs, la pelouse, les pétales roses et blancs, l’air qui vibre parcouru de tremblements à peine perceptibles, d’ondes… Des ondes de vie, de vie tout court, quel autre mot ?… De vie à l’état pur, aucune menace sur elle, aucun mélange, elle atteint tout à coup l’intensité la plus grande qu’elle puisse jamais atteindre… jamais plus cette sorte d’intensité-là, pour rien, parce que c’est là, parce que je suis dans cela, dans le petit mur rose, les fleurs des espaliers, des arbres, la pelouse, l’air qui vibre… Je suis en eux sans rien de plus, rien qui ne soit à eux, rien à moi.

     

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    NATHALIE SARRAUTE

     

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    grimpantes-roses

     

     

     

     

     


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  • 04/11/16--08:11: LES AVENTURES A L'EAU
  • Dis que c’est pas certain
    Que l’amour s’éteint
    Comme l’or des musées
    Le bleu des vieux blue-jeans usés

    Dis-moi que c’est pas sûr
    Que les initiales sur
    Les arbres, enlacées
    Finissent un jour par s’effacer…

    Dis-moi que c’est vrai
    Que tous les cœurs à la craie
    Qu’on voit quand on est enfant
    Dans les cours de récré
    Disaient qu’on s’aimait vraiment
    Ces cœurs à la craie
    Disaient qu’on s’aimait vraiment

    Moi je veux des tableaux
    Comme peignait Pablo
    Les peintures à l’huile
    C’est plus difficile
    Mais plus beau
    Bien plus beau que les aventures à l’eau

    Dis-moi où passent-elles
    Ces peintures pastel
    Ces mots griffonnés
    Sur un bristol de fleurs fanées ?

    Moi je veux des serments
    Des marbres et des monuments
    Mais pas toutes ces aquarelles
    Belles ne fût-ce qu’un moment
    Dis que tu m’aimes, même si tu mens
    Ne fût-ce qu’un moment
    Dis que tu m’aimes, même si tu mens

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    DAVID McNEIL

     

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    chagall

    Oeuvre Marc Chagall

     

     


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  • 04/11/16--09:48: MISTRAL GAGNANT
  • A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
    Et regarder les gens tant qu'y en a
    Te parler du bon temps qu'est mort ou qui r'viendra
    En serrant dans ma main tes p'tits doigts
    Puis donner à bouffer à des pigeons idiots
    Leur filer des coups d'pied pour de faux
    Et entendre ton rire qui lézarde les murs
    Qui sait surtout guérir mes blessures
    Te raconter un peu comment j'étais, mino
    Les bombecs fabuleux qu'on piquait chez l'marchand
    Car-en-sac et Mintho caramels à un franc
    Et les Mistral gagnants

    A marcher sous la pluie cinq minutes avec toi
    Et regarder la vie tant qu'y en a
    Te raconter la terre en te bouffant des yeux
    Te parler de ta mère un p'tit peu
    Et sauter dans les flaques pour la faire râler
    Bousiller nos godasses et s'marrer

    Et entendre ton rire comme on entend la mer
    S'arrêter, repartir en arrière
    Te raconter surtout les carambars d'antan et les coco-boers
    Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres et nous niquaient les dents
    Et les Mistral gagnants

    A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
    Regarder le soleil qui s'en va
    Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fous
    Te dire que les méchants c'est pas nous
    Que si moi je suis barge ce n'est que de tes yeux
    Car ils ont l'avantage d'être deux
    Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
    Que s'envolent les cris des oiseaux
    Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si
    Le temps est assassin et emporte avec lui
    Les rires des enfants et les mistral gagnants

     

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    RENAUD SECHAN

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  • 04/11/16--10:09: JEAN LAVOUE
  • Si la parole se fait dure à présent,
    Au point de glacer le sang du poème,
    C’est qu’elle craint tout autant les envolées belliqueuses
    Que les élans qui confieront bientôt aux urnes
    Une demande de dureté plus grande encore!
    Est-ce une Europe guerrière que nous voulons ainsi,
    Une terre grillagée,
    Ou bien un continent où s’invente un avenir,
    Un vivier de lueurs possibles,
    Une clairière de paix pour l’homme ?

    Feignons-nous d’ignorer
    Qu’en guerre nous l’étions déjà,
    Et cela depuis des siècles !
    Dominant le reste du monde,
    La part de l’humanité la plus pauvre,
    La plus misérable,
    La plus vulnérable aussi.

    Certes la puissance de nos armes avait fait taire les leurs.
    L’économie régnait en maître, à notre profit.
    Sans vergogne, nous avons pillé et spolié leurs ressources et leurs terres.
    Nous avons cru que cette domination serait sans fin,
    Et que nul parmi ces humiliés ne se lèverait jamais.
    C’était méconnaître la force d’insurrection d’une foi commune
    Quand elle embrase un destin constamment écrasé.

    Il y a soixante ans, en pleine guerre d’Algérie,
    Un homme* avait perçu cela avec une rare acuité.  
    Il avait vu venir le choc que nous éprouvons aujourd’hui.
    Avons-nous su, comme il nous y invitait, en retarder suffisamment l’échéance?
    Nous sommes-nous préparés avec vigilance à l’inévitable rencontre ?

    A mesure que le doute s’empare de nous
    A propos de ce que nous avons fait de l’homme et de la terre,
    Se dresse face à nous l’intransigeance d’une foi totale
    Et prétendument pure des méfaits que nous aurions commis.
    Elle n’est pas, cette foi, aussi esseulée que nous aimerions le croire.
    Elle règne au cœur même du sanctuaire de ce continent sacré.
    Les princes de cette religion ont certes joué avec le feu :
    Sont-ils encore en mesure d’en juguler la fièvre destructrice ?
    Ses pauvres n’ont plus rien à perdre !
    Quand leur avons-nous prouvé que nous étions à leurs côtés ?
    Certains pourtant étaient nés et avaient grandi parmi nous…

    *André Malraux

    .

     

    JEAN LAVOUE

    http://www.enfancedesarbres.com

     

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    le chaos et la lumière2

    Photographie ©Pierre Minot et Gilbert Gormezano

     


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  • 04/12/16--13:36: COULEURS
  • Moulin rouge
    Derain fauve
    Au tabac
    Métro Blanche
    Chapeaux pailles
    Pablo mauve
    Bleu de Prusse
    Paix-revanche

    Souris grises
    Etoiles jaunes
    Marché noir
    Chemises brunes
    Dollars verts
    Pour Von Braun
    Casques bleus
    Pour des prunes

    Ballets roses
    Bérets verts
    Côte d’Azur
    Blond platine
    Blancs marrons
    Outremer
    Gardes rouges
    Et marines

    Carte orange
    Or en Suisse
    Nérons noirs
    Blancs comme neige
    Ici gris
    Blanc cassis
    Pas marrantes
    Histoires beiges

    .

     

    DAVID Mc NEIL

     

    .

     

    Bruno-Pezon-ALKAPLAN2

    Oeuvre Bruno Pezon, dit Alkaplan

     

     


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    "Fabuleuse parole qui rend aux champs la profondeur chaude des labours, au ruisseau sa source fertile et la mer aux salines qui engendrent l'aube.
    C'est dans cet espace non fréquenté du Temps qu'il est encore seulement possible de s'instruire " car tout est encore à dire et rien n'est entendu ".

    .

     

    JEAN-CLAUDE IZZO

     

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    Les-quatre-saisons-de-Serge-Fiorio-

    Oeuvre Serge Fiorio

    sergefiorio.canalblog.com

     

     

     

     


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  • 04/12/16--14:43: CE N'EST QUE VIVRE...Extrait
  • ...


    Ce leurre du labyrinthe
    Ce goût d'amande amère,
    Ce rêve de vaisseaux,
    désemparés
    Ne pleure pas,
    ce n'est que vivre
    .
    Un goût de menthe
    mêlé de cendre
    Un goût de sable
    et de songe
    A force de marcher
    dans la nuit aux mille chambres
    secrètes
    ou dans l'éclat fragile des genêts
    nous inventons peut-être le lumineux chemin
    de vivre et de mourir

    .

     

    COLETTE GIBELIN

     

    .

     

    tham16,

    Photographie Thami Benkirane

    benkiranet.aminus3.com

     

     


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  • 04/12/16--14:51: CE N'EST QUE VIVRE...Extrait
  • Peut-être n'est-il pas,
    hélas,
    de phares dans la nuit,
    Que sommes-nous
    sinon reflets de lune et vibrations du vide,
    nuances et passages
    fluctuations
    flux et reflux,
    et le creux et le grouillement
    et le désordre et l'harmonie

    Nos géographies s'éparpillent
    Nos terres s'érodent
    et se désorientent
    Nous n'avons inventé ni l'axe ni l'éclat
    Nous sommes méandres et mouvances,
    oscillations et scintillements

    N'est-il pas,
    oh, n'est-il pas,
    quelque part,
    une île fourmillante et nue,
    gonflée de sève,
    une île où vivre est une vitre claire,
    un miroitement d'or ?

    .

     

    COLETTE GIBELIN

     

    .

     

    col gib

     


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    On ne veille pas le mistral
    l'amour est souffle de splendeur parmi les siècles
    Le jour tremble au milieu de ses assises
    soutenues par la solitude.
    Laisse les ailes ouvertes
    et sans résister
    plane au dessus de ta raison
    plonge dans ma vie.
    Tes rêves sont fêlures du souvenir
    sur le soir instigateur des frémissements du temps.

    .

     

    ODELIN SALMERON

     

    .

     

    plinio nomellini5

    Oeuvre Plinio Nomellini

     

     


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  • 04/13/16--13:01: AGNES SCHNELL...Extrait
  •  Mains mêlées,
    mes mots recueillaient ses mots
    mon souffle entourait son souffle.
    Il ne me reste de son nom
    que syllabes sonores
    pour combien de temps
    encore ?

    Voler vers ses tournoiements
    vers sa joie sa lumière
    courir à son chant
    danser dans ses pas
    me fondre en son ombre.

    Papillon noir démesuré
    j'arpente rocailles grèves
    et jardins clos,
    papillon noir desséché
    de ténèbres
    je marche je dérive
    inutile répétition
    d'une recherche avortée.

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    A D E • S A N T O R A

    Photographie Ade Santora

     

     

     


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