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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 05/19/16--02:48: MAHMOUD DARWICH
  • Je ne sais pas au juste comment j'ai rencontré la poésie. Aucun de nous ne sait comment il s'est découvert lui-même. Dans la maison de mon grand-père, j'avais souvent l'occasion d'écouter de grandes épopées populaires arabes, toujours traversées de poèmes. Elles me fascinaient. En particulier, le rythme, la cadence. Si je me lançais dans une analyse plus freudienne, je dirais que j'étais maigrichon et que le seul terrain sur lequel je pouvais espérer battre mes copains était celui du verbe.
    J'avais peut-être 12 ans quand on nous a demandé, à l'école, de célébrer le jour anniversaire de l'indépendance d'Israël. Le jour où nous les Palestiniens, sommes devenus des réfugiés. J'ai écrit un poème où je disais toute ma mélancolie d'avoir à fêter un tel évènement. Le gouverneur militaire israélien m'a convoqué. Il m'a menacé. Il m'a interdit d'écrire de nouveaux vers. Il m'a donné ce jour-là ma première leçon sur l'importance et le pouvoir de la poésie.
    Depuis, ma conception de la poésie a beaucoup évolué. Ma vie durant, j'ai dû affronter la question de l'engagement en littérature. Je sais désormais, que la poésie n'est pas une arme. C'est une essence. C'est la résidence de l'homme sur terre. Elle évoque ce qui est commun à tous les hommes: la justice, le refus de la répression. Je sais qu'elle n'utilise pas les moyens de la guerre, et qu'elle est pourtant résistance. Célébrer la vie, c'est résister à l'oppression. En ce sens très large, l'engagement ne s'oppose pas à la poésie. En revanche, elle cesse d'être elle-même si elle se change en prédication ou en mots d'ordre.

     

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    MAHMOUD DARWICH

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    Bernard Liegeois

    Photographie Bernard Liegeois

     


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  • 05/21/16--12:14: MARINA
  • Apporte-moi verveine, menthe

    et basilic, pour les sentir

    Que je t'embrasse et que je sente

    monter en moi les souvenirs


    La fontaine avec ses colombes

    des archanges l'épée qui luit

    Le jardin, étoiles qui tombent

    ou bien la profondeur du puits


    La nuit où nous suivions les rues

    menant à l'autre bout des cieux

    Toi, montée là-haut, devenue

    sœur des étoiles sous mes yeux


    Marìna mon étoile verte

    Marìna Vénus ma clarté

    Ma colombe d'île déserte

    Marìna lys de mes étés

     

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    ODYSSEUS ELYTIS

     

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    Ettore Tito3,

    Oeuvre Ettore Tito

     

     


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  • 05/21/16--12:40: ULTIME ESCALIER
  •       Il suffit d'un grand arbre
             Pour que je fixe longuement le soleil

             Il suffit d'une herbe brisée
             Pour que j'avance dans le vent

             Il suffit d'une grande plaine pour que
             L'âme escalade cette montagne

             Il suffit de deux mains amoureuses
             Pour que je descende,
             Paisible comme un ruisseau,
             Le petit escalier de ma mort.

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    MAHMOUD DARWICH

     

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    THAM48,

    Photographie Thami Benkirane

    benkiranet.aminus3.com

     


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  • 05/21/16--12:59: AD LIBITUM
  • Pierres libres 
            ad libitum 
    âmes fossilisées 
    ancêtres accrochés à leur vie meilleure   ailleurs 
                                  là-bas vers l’infini 
    l’éternité 

    passage entre deux mondes 
    élévation     éminence des côtes grises 
                  écrire son nom sur les rochers 
    et la poser entre deux pierres 
    pierres souveraines et incrustées de liberté 

    mémoire    des étoiles    des grains de sable
                              et des noyés 
    écrire leur nom    les assigner
                       les libérer à volonté 
    à satiété refaire le monde 
    aller là-bas vers le grand soir 

    tendre le cou     les bras    les mains 
    le corps entier vers la lumière     le bleu du ciel 
    l’illimité 

            le grand secret 


    silence immense 
    fossiles de vies antiques et clandestines

    crier  créer
    dire et écrire
    contre l'oubli

    se relever    recommencer    ad libitum
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    MARIA-DOLORES CANO
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    PHILIPPE LE FERRAND

    Photographie Philippe Le Ferrand


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  • 05/21/16--14:43: D'INFINIS PAYSAGES...Extrait
  • Oui, voici la colline et la vallée,
    Voici le lac et le reflet des nuages.
    La lumière les dévoile aube et soir ;
    Et le printemps revient à tire-d’aile !
    Terre habitable, humain séjour provisoire :
    Il n’est vrai paysage que de nos mémoires…
    Ô pays ! ôâge ! Transplantés ici,
    Nos désirs et paroles nous unissent
    A tous les lointains, au grand iambe
    Du prime matin du monde. Ecoutons donc
    Le chant des âmes errantes, de leurs élans
    Inachevés, chant fondu dans les sources
    Et la brise, chant nôtre ! L’infini n’est autre
    Que nos énigmatiques échanges, sans cesse
    Renouvelés, avec l’immémoriale promesse.

     
    Nos lieux, nos instants, à jamais uniques.
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    FRANCOIS CHENG
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    THAM49,

    Photographie Thami Benkirane

    benkiranet.aminus3.com


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  • 05/22/16--05:27: INSTANT
  • Comme tout le sel de la mer peut se goûter du bout d'un doigt
    Ainsi toute l'éternité est le suspens d'un seul moment
    L'unique battement de cils de la paupière originelle
    Est à l'instant de tressaillir sur un œil qui ne le sait pas

    Ce battement s'est répété des trillions de trillions de fois
    Pourtant au bout du plus long cil l'étoile inexistante encore
    Attend de poindre à la prunelle où elle est fixe pour jamais
    Au crépuscule transparent d'un bleu d'avant le firmament

    Ce petit jour est l'avant-goût annonçant le Commencement
    D'où mille mondes sont issus et mille ères consécutives
    Sans que se soit encore ouvert l'œil germinal de l'Univers
    Que tout vivant au fond de soi couve jusqu'à la fin des mondes

    Déployé une fois pour toutes et réduit à ce point d'or blanc
    Dont l'image en miroir là-haut est l'immuable étoile absente
    Ce même oiseau qui fait la roue sur l'arc entier de l'horizon
    Est l'œuf dont vient de commencer l'interminable couvaison

     

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    PIERRE EMMANUEL

     

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    hengki koentjoro

    Hengki Koentjoro


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    ...

    Tant de choses passent
     que je ne sais assumer

             Combien de fois
             devrai-je renaître encore?

             Personne ne connaît
             mon cosmos intérieur

             Les paradoxes
             les rébellions de mes profondeurs

             Mon présent
             est déjà passé

             Mes rêves
             suspendent des filets nébuleux
             dans l'espace

     

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    ANISE KOLTZ

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    Bernard Liegeois,

    Photographie Bernard Liegeois

     

     


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    Peintre,
    Dès que je t'ai connu je t'ai fait confiance,
    Car tu as beau rêver tes yeux sont ouverts
    Et risques-tu ta pensée dans l'image
    Comme on trempe la main dans l'eau, tu prends le fruit
     De la couleur, de la forme brisées,
    Tu le poses réel parmi les choses dites.

    Peintre,
    J'honore tes journées, qui ne sont rien
     Que la tâche terrestre, délivrée
    Des hâtes qui l'aveuglent. Rien que la route
    Mais plus lente là-bas dans la poussière.
    Rien que la cime
    Des montagnes d'ici mais dégagée,
    Un instant, de l'espace. Rien que le bleu
    De l'eau prise du puits dans le vert de l'herbe
    Mais pour la conjonction, la métamorphose
    Et que monte la plante d'un autre monde,
    Palmes, grappes de fruits serrées encore,
    Dans l'accord de deux tons, notre unique vie.
    Tu peins, il est cinq heures dans l'éternel
    De la journée d'été. Et une flamme
    Qui brûlait par le monde se détache
    Des choses et des rêves, transmutée.
    On dirait qu'il ne reste qu'une buée
    Sur la paroi de verre.

    Peintre,
    L'étoile de tes tableaux est celle en plus
    De l'infini qui peuple en vain les mondes.
    Elle guide les choses vers leur vraie place,
    Elle enveloppe là leur dos de lumière,
    Plus tard,
    Quand la main du dehors déchire l'image,
    Tache de sang l'image,
    Elle sait rassembler leur troupe craintive
    Pour le piétinement de nuit, sur un sol nu.

    Et quelquefois,
    Dans le miroir brouillé de la dernière heure,
    Elle sait dégager, dit-on, comme une main
    Essuie la vitre où a brillé la pluie,
    Quelques figures simples, quelques signes
     Qui brillent au-delà des mots, indéchiffrables
    Dans l'immobilité du souvenir.
    Formes redessinées, recolorées
    A l'horizon qui ferme le langage,
    C'est comme si la foudre qui frappait
    Suspendait, dans le même instant, presque éternel,
    Son geste d'épée nue, et comme surprise
    Redécouvrait le pays de l'enfance,
    Parcourant ses chemins ; et, pensive, touchait
    Les objets oubliés, les vêtements
    Dans de vieilles armoires, les deux ou trois
     Jouets mystérieux de sa première
    Allégresse divine. Elle, la mort,
    Elle défait le temps qui va le monde,
    Montre le mur qu'éclaire le couchant,
     Et mène autour de la maison vers la tonnelle
    Pour offrir, ô bonheur ici, dans l'heure brève,
    Les fruits, les voix, les reflets, les rumeurs,
    Le vin léger dans rien que la lumière.

     


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    YVES BONNEFOY

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    Jaanika Talts2,

    Oeuvre Jaanika Talts

     

     


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  • 05/24/16--13:02: AMINA SAÏD...Extrait
  • Tous les présages sont faux

    ni les traces des oiseaux

    ni la direction de leur vol

    ne traduiront jamais la pensée des dieux

    et sur l'autel de leur propre démesure

    de longs couteaux de silence sacrifient nos passions

    croyant partager le pain du monde

    c'est ton corps que tu rompais

    il s'en écoulait un peu de cendre

    dont jalonner les sentiers orphelins

     la vie est un voyage avec une mort à chaque escale

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    AMINA SAÏD

     

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    phil mc kay,

    Photographie Phil Mc Kay

     

     

     


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  • 05/24/16--13:15: AMINA SAÏD...Extrait
  • Ils ont tant marché
     hommes femmes enfants
     à l'étroit dans le temps  
     personne ne peut dire
    quelle route s'ouvre  
     infinie aux voyageurs
    ...
     voyageurs sans retour  
    il nous faut une trêve  
     (dans le doute  la vérité se fait jour)  
     voyageurs sans retour
     sur les routes profondes
     de la parole  
     il nous suffit d'une seconde d'inattention
     pour les funambules que nous sommes  
     nos ailes disent l'élan
      l'envol est une espérance de lumière  
     notre étoile se perd  
     au dos de l'infini

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    AMINA SAÏD

     

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    hengki koentjoro

    Hengki Koentjoro


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  • 05/24/16--14:27: L'ARIDE DES JOURS...Extrait
  • Midi, enfin.
    Un poing s'élève.
    Tous les feux du soleil se rassemblent en lui.
    Brutal instant qui déchire les ronces.
    Geste qui retrouve la mémoire.
    Le soleil blanchit aux confins du regard. Dressé au dessus des oliviers, il absorbe le ciel. L'olivier retient son délire. Le ciel n'ose plus frémir.Le pin éclate de sève, et au risque de périr, enlace l'heure. L'air alors devient plus lourd que le mystère. La poussière vaincue retombe sur le sol qui la fait naître...
    Là.
    Fixement, je parcours le paysage au plein de son jour.
    Des relents de mémoire aux essences violentes - thym, résine et sarriette mêlés - attisent la sève qui monte en moi.
    Le soleil m'accueille dans un ressac de silence.

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    JEAN-CLAUDE IZZO

     

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    ol2

     

     


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  • 05/25/16--05:40: FLAQUES DE VERRE...Extrait
  • Merci Adélita mia

     

    Dans l’abîme doré, rouge, glacé, doré, l’abîme où gîte la douleur, les tourbillons roulants entraînent les bouillons de mon sang dans les vases, dans les retours de flammes de mon tronc. La tristesse moirée s’engloutit dans les crevasses tendres du cœur. Il y a des accidents obscurs et compliqués, impossibles à dire. Et il y a pourtant l’esprit de l’ordre, l’esprit régulier, l’esprit commun à tous les désespoirs qui interroge. Ô toi qui traînes sur la vie, entre les buissons fleuris et pleins d’épines de la vie, parmi les feuilles mortes, les reliefs de triomphes, les appels sans secours, les balayures mordorées, la poudre sèche des espoirs, les braises noircies de la gloire, et les coups de révolte, toi, qui ne voudrais plus désormais aboutir nulle part. Toi, source intarissable de sang. Toi, désastre intense de lueurs qu’aucun jet de source, qu’aucun glacier rafraîchissant ne tentera jamais d’éteindre de sa sève. Toi, lumière. Toi, sinuosité de l’amour enseveli qui se dérobe. Toi, parure des ciels cloués sur les poutres de l’infini. Plafond des idées contradictoires. Vertigineuse pesée des forces ennemies. Chemins mêlés dans le fracas des chevelures. Toi, douceur et haine—horizon ébréché, ligne pure de l’indifférence et de l’oubli. Toi, ce matin, tout seul dans l’ordre, le calme et la révolution universelle. Toi, clou de diamant. Toi, pureté, pivot éblouissant du flux et du reflux de ma pensée dans les lignes du monde.

     

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    PIERRE REVERDY

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    coeur

     

     

     

     

     


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  • 05/25/16--07:58: CE N'EST QUE VIVRE...Extrait
  • Une fenêtre blanche
    ouvre à la joie des fleurs
    au sortilège des étangs
    La nuit s'échappe de chaque plante

    Sans l'eau des songes, que la vie serait longue !

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    COLETTE GIBELIN

     

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    pierre_bonnard1

    Oeuvre Pierre Bonnard


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  • 05/25/16--08:41: DEMEURE LE SECRET...Extrait
  • A la pointe des feuilles
    L'eau de l'ondée songe
    Aux vastes eaux certaines
    Qui la viennent emporter

    Acquise au moindre vent
    Au frai de l'orage vouée
    La rêveuse du proche hymen
    Des pluies et des graines

    Le plus aigu des lobes
    Troue le voile des lichens
    Découvre la pluie hautaine
    Les mensonges de l'écorce

    Pour laine les seuls os
    Le calcaire soit notre lit
    Un grand bruit de gravier
    Ce sont les premiers pas

    Ce qui élève te menace
    Mais abandonne les craintes
    Cesse la menace avec la peur
    D'un sourire acquiesce
    A l'exigence

     

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    MAX POL FOUCHET

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    THAM53,

    Photographie Thami Benkirane

    http://photoeil.canalblog.com/albums/zaouit_ifrane


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    Cris inaudibles de millions d'insectes
    à chaque instant sans faille dévorés
    et ceux bouleversants de la douleur
    d'une âme écrasée sans voix
    tant de vies sans cesse déchirées
    tandis que nous mettons tant de ferveur
    à recoudre ce qui se déchire

    Un poème déchiré et refait

     

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    LORAND GASPAR

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    Cristina Torres,

    Oeuvre Cristina Torres


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  • 05/26/16--12:45: LESBOS
  • Trop assoiffée ce matin la terre s’offre aux caresses

    de cette pluie qui la fouille dans ses moindres recoins

    parmi les arcanes de géographie intérieure

    où les sentiments hauts savent parfois nous transporter.

    Elle est nous, dans le secret abandon àêtre prise

    sans violence, ni fioriture de mauvais aloi,

    avec toute l’obstination de la chair désirante,

    l’économie du vrai, qui se doit d’aller jusqu’au bout.

    L’endiablement de son plaisir quand la pluie se fait lourde,

    à telle hauteur de rage si longtemps contenue,

    exhale l’exotique fragrance de pérégrines

    d’horizons lointains l’une de l’autre, qui s’entremêlent.

    Il nous reste comme à elle, toujours d’arrière-plan,

    le souci de ne pas donner assez à ce qu’on aime,

    en mieux-être, en embellie des suites attendues.

    Rien n’empêche pourtant que l’instant ait été sublime,

    équation à résoudre d’abord entre soi et soi.


    .

     

    HENRI-LOUIS PALLEN

     

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    Magda Wasiczek2,

     Photographie Magda Wasiczek

     


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    Survoler les pays pour effacer les guerres,
    partir, non juste vers la paix, mais vers la vie,
    être partout sœur absolue de la colombe,
    jamais un épervier pour les autres oiseaux.

    Humains qui me lorgnez avec cette constance
    à ceux que l’on respecte et aime réservée,
    je suis perplexe en observant votre mélange
    de goût du vivant et de plaisir à tuer.

    Je tournoie sur vos fronts à quelques hauteurs d’homme,
    partout je me rapproche de vous et vous crains,
    goûte la belle part de vous que j’affectionne
    mais évite de m’abîmer dans vos brisants.

    Je niche ailleurs que sous les toits de qui me hèle,
    aimant qui bride son désir par le respect,
    aux pics de votre prétention à tout contraindre
    je n’ai pas assez d’ailes pour y accéder.

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    HENRI-LOUIS PALLEN

    http://www.lierreentravail.com/pages/poesie/Toujours%20cette%20vie%202.html

     

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    Peter-Mitchev,,

    Oeuvre Peter Mitchev

     


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  • 05/26/16--13:37: LES AUTOMATES DU SILENCE
  •  
    Ils sont les automates de la cause facile.

    Ils défendent ce qu'il est de bon ton de défendre.

    Il y a des causes qui sont médiatiques et d'autres qui ne le sont pas.

    En ce qui concerne le plus important, quand le choix de la parole a un prix, ils se taisent ou ils sont les fervents de la neutralité, de la pseudo-objectivité.

    Ils ont recours au contexte, a l'histoire, à un langage boursouflé et maladif, à des interprétations compliquées et contradictoires, ils ont recours à tout sauf à l'essentiel.

    Il ne faut surtout pas dire qu'il y a un dominant et un dominé, il ne faut surtout pas utiliser les mots qui font mal, apartheid ou mur de la honte.

    Qu'est-ce qui les motive ?

    Désir d'être bien vu, être édité chez un grand éditeur, peur ?

    Peur sans doute de subir la vindicte des puissants,

    peur parce qu'on sait qu'il y a une ligne invisible à ne pas franchir,

    parce qu'on sait que tous ceux aujourd'hui, aimables et agréables,

    les adeptes de petite tape sympa sur le dos - il est bien gentil le gentil écrivain -,

    se chargeront demain de vous exécuter et qu'ils vous balanceront au visage, le MOT, le MOT qui assassine, qui tue.

    Et une fois le mot lancé, mot qui empeste, mot comme un poison, plus rien ne sera comme avant,

    c'en est fini de la subversion prévisible, des subversifs "comme on les aime",

    c'en est fini de l'écrivain qui vient d'ailleurs mais "qui écrit si bien notre langue",

    on se retrouve de l'autre coté, là où la parole est confinée dans le silence.

    Et ainsi on ne les entend pas, ceux qui revendiquent le métissage,

    la rencontre des cultures, la tolérance, le culte de la marginalité,

    ceux qui tressent les éloges de la diversité du monde.

    On n'entend que des murmures, des phrases alambiquées,

    des "peut-être", des "c'est compliqué",

    des revendications à demi-macérées au relent putride.

     

    .

     

    UMAR TIMOL

     

    .

    Bernard Liegeois

    Oeuvre Bernard Liegeois

     

     


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  • 05/27/16--07:57: LETTRE A MARYAM
  • A  Maryam Maarouf, 14 ans, victime d'une offensive israélienne.

     

    Je ne te connais pas, Mariam, mais je sais ce que les yeux d'un enfant recèlent, je sais qu'il s'y trouve la force de l'innocence et les égéries de l'espoir, je ne te connais pas, Mariam, mais je suis père et je sais l'amour des enfants, je sais qu'il n'y a rien de plus beau, je sais que cet amour est un lieu de dépaysement, qui ramène à l'essentiel, que cet amour engendre un bonheur parfois si virulent qu'il rend égoïste, indifférent mais qu'il est nécessaire et qu'il donne sens à la vie, à ma vie,

    je sais, Mariam, que le meurtre d'un enfant est le meurtre de cette trace qui conjugue les frontières, de cette trace qui noue les entrailles de nos rêves, de ce dérisoire qui rend l'humain possible,

    je n'ai, à vrai dire, pas grand-chose à te dire, Mariam, ce monde, je te l'avoue, me parait bien étrange, indéchiffrable parfois, je me contente de mes petites conquêtes, je me nourris de mes chimères, je ne suis ni meilleur, ni pire que les autres

    mais j'aimerais, aujourd'hui, crier ma révolte,

    c'est sans doute naïf, je n'ai, vois-tu, que ces mots et ils ne peuvent rien et on me reprochera, à nouveau, d'être plus sensible aux problèmes de ton peuple, c'est peut être vrai, je ne m'en cache pas et il est étrange de constater que certaines révoltes réclament un justificatif mais ce n'est pas très important, on sait qu'il y a des intolérances qui avancent masquées, qui se cachent derrière de beaux discours, on sait aussi ce que sont les hommes mais ce n'est pas important, Mariam, il faut parfois savoir taire le futile,

    j'aimerais, aujourd'hui, Mariam, crier ma révolte,

    dire à ceux qui pourfendent ton peuple qu'il est temps d'arrêter, qu'il faut arrêter le massacre, la destruction de l'autre, le mépris de l'autre, qu'on ne peut continuer ainsi à bafouer vos droits, à violer vos terres, qu'on ne peut ainsi vous emprisonner, vous affamer, vous bombarder, qu'on ne peut vous parquer dans des ghettos, comme des bêtes, qu'on ne peut, et je pèse mes mots, procéder à un génocide lent,

    j'aimerais, aujourd'hui, Mariam, crier ma révolte,

    leur dire que je leur reconnais le droit à la mémoire de la souffrance, et c'est une mémoire que je partage, mais qu'elle ne justifie pas qu'on inflige une même souffrance à des innocents, leur dire qu'ils ont droit à cette terre, on ne pourra retourner en arrière, mais que cette terre doit être un lieu de partage, que cette terre doit servir à réconcilier, à souder et non pas à diviser, leur dire que la sagesse de la souffrance nous apprend la compassion et non pas ces ruines qui affligent la mitraillette et le sang, leur dire qu'il faut arrêter la logorrhée des discours qui rationalisent le Mal, leur dire qu'un autre cheminement est possible, qu'il suffit d'envisager l'autre comme un humain,

    j'aimerais, aujourd'hui, Mariam, crier ma révolte,

    dire à ceux qui se taisent qu'ils sont complices,

    dire aux pays qui ont les moyens de tout changer qu'ils sont complices,

    dire aux intellectuels qui préfèrent ne pas voir, ne pas comprendre, qu'ils sont complices

    dire qu'il faut briser la conspiration du silence, qu'il faut en finir avec l'indignation sélective, l'hypocrisie des puissants, qu'il faut cesser le langage travesti, ce langage qui fait du meurtrier un faible et de l'opprimé un terroriste, dire qu'il faut enfin nommer ces exactions pour ce qu'ils sont,

    barbarie,

    apartheid,

    ne crois pas, Mariam, que je cède pour autant à la tentation de la haine, ce n'est pas le cas, loin de là, je crois aux mots de ce grand poète récemment disparu, Césaire, mots qui disent, 'mon cœur, préservez-moi de toute haine, ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine' et j'ai cette foi, naïve peut-être, en l'humain, je crois que nous partageons une humanité commune, irréductible, inaltérable, je crois qu'il y a des solidarités qui se nouent au-delà des différences, je crois à la nécessité du dialogue, je crois au pouvoir des rencontres et des mélanges, je crois qu'il se trouve des gens de bien en tous lieux,

    il ne s'agit de haïr, Mariam, loin de là, il s'agit de résister,

    de résister sans jamais perdre conscience de l'humanité de l'autre,

    je ne te connais pas, Mariam, mais je sais que tu es présente dans les yeux des mes enfants, de tous les enfants,

    je sais ou je crois savoir qu'on se verra un jour dans un lieu ou les enfants peuvent fouler la terre sans avoir peur,

    un lieu ou dans leurs yeux sillonne le bleu,

    bleu,

    bleu si profond,

    bleu qui dit le vouloir incommensurable de l'innocence

    je sais que tout à l'heure, ce soir, demain, ils tueront un autre enfant mais je sais, Mariam, que tu leur pardonneras parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font,

    je le sais, Maryam.

     

    .

     

    UMAR TIMOL

     

    .

     

    ismail shammout

    Oeuvre Ismaïl Shammout

    Artiste Palestinien






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