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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 05/27/16--08:37: BERNARD PERROY...Extrait
  • j'écris sur le dos du monde
    en grattant son écorce
    dans la joie des sèves
    et des fleurs multipliées
    dont les couleurs jaillissent
    de l'encre noire...

    nuit transfigurée de nos âmes
    dont la flamme murmure sans cesse
    et monte en nous
    avec obstination
    comme aimantée
    par le bonheur…

     

    .

     

    BERNARD PERROY

     

    .

     

    jef3

    Oeuvre Jef Aérosol

    ( Jean-François Perroy )

     

     


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  • 05/27/16--08:41: TAHAR DJAOUT
  • « Je suis le déterreur de l’histoire insoumise et de ses squelettes irascibles enfouis dans vos temples dévastateurs. Je ne cautionnerais jamais vos cieux incléments et rétrécis ou l’anathème tient lieu de credo. Je ne cautionnerais jamais la peur mitonnée par vos prêtres-bandits des grands chemins qui ont usurpé les auréoles d’anges. Je me tiendrais hors de portée de votre bénédiction qui tue, vous pour qui l’horizon est une porte clouée, vous dont les regards éteignent les foyers d’espoir, transforment chaque arbre en cercueil. »

     

    .

     

    TAHAR DJAOUT

    .

     

     

    cristina torres3

    Oeuvre Cristina Torres

     


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  • 05/27/16--09:32: EN MEMOIRE D'IZET SARALJIC
  • En mémoire d’Izet Sarajlic

    « C'est quand la vie entre dans un poème que la poésie se révèle et devient poésie. Une poésie doit trouver son auteur, pas l'inverse »,
    Izet Sarajlic.

     

    .

     

    Je ne connais pas Sarajevo, j'aurais voulu être des tiens
    quand tes bras étaient enfouis sous la neige rouge.
    J'ai beau dire que cette ville est une bouteille jetée à la mer,
    mais je ne l'ai jamais touchée et je ne peux qu'imaginer ton cimetière.
    Là :
    Les sépultures sont cachées derrière les murs de plus en plus hauts.
    Toutes les rafales sont sourdes au pied du vieux bouleau.
    J'imagine quelques photos sous des vitres, une poignée de mots
    Que tu écrivis pour les morts de Sarajevo.

    La patience et la foi, c'est comme la lune et le soleil Izet,
    Ils s'appellent dans la lumière du zénith et rapprochent l'horizon.
    Les tunnels n'abolissent pas le labyrinthe de la déraison,
    Le sommeil ne chasse pas le rêve en plein jour.

    J'aurais aimé vivre d'obscurités, d'opacités,
    D'insistantes pensées, d'obsédantes poéticités.
    Mais tu avais dit qu'après cette horreur, le poème avait quitté
    Sarajevo, et il m'a fallu écrire le vide sans cesse déchiré :
    « Message à tous qui croient que la guerre n'aura pas lieu...
    Vivre à Sarajevo, aussi pour survivre vieux frère ».
    Tu écrivis pour le prochain sniper
    Derrière la tombe de l'enfant,
    Pour mesurer son front à l'éclat de l'instant.

    « Marché noir convoi des Nations unies cigarettes de contrebande »...
    « Cité de verre » et vieille ville : Bascarsija.
    Quand tu sens le café tes mots pleurent Izet.

    « Ordures et décombres », « Mont Igman » :
    « Tous mes souvenirs : des livres brûlés ».
    Obus pour Bosniaques têtus, ta poésie est fusillée Izet.

    J'ai rejeté la bouteille dans la mer des solitudes.
    Restent avec le mot, ces livres dans un carton, l'apocalypse
    Au quotidien, puisque le monde entier y passe, Izet.

    Peux-tu parler d'humanisme en te frappant la poitrine ?
    Sur quelles rives la lumière pendue de Sarajevo ?
    Il faut peindre la douleur qui nous lamine :
    « Hormis la mort,
    il n'est rien qui ne me soit déjà advenu ».

    Ta voix résonne dans le poème mort.
    Mystérieusement forte et douce.
    Vukovar, Dubrovnik, Mostar, Sarajevo...
    Bagdad, Kaboul, Grozny, Qana...
    Faut-il faire la queue sur le champ de guerre pour écrire le poème,
    Maintenant que les mots sont rationnés comme l'eau 


    Cet enfant
    pleure
    devant le carrousel,
    comme l'adulte
    qui comprend son bonheur
    après l'avoir égaré.

    L'exil n'est qu'un mensonge
    pour nier le Voyage.

    Parcourir la différence
    à deux
    pour que la lumière
    rassure le fruit noir.

    Et ne plus
    être
    possible
    en dehors
    de l'universelle différence.

     

    .

     

    KHAL TORABULLY

     

    .

     

    MostarPeintre1,

    Oeuvre ?

     

     


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  • 05/27/16--11:34: POEMES POUR AIME
  •    Mon cœur, préservez-moi de toute haine
    ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine
    car pour me cantonner en cette unique race
    vous savez pourtant mon amour tyrannique
    vous savez que ce n'est point par haine des autres races
    que je m'exige bêcheur de cette unique race
                     Aimé Césaire (Cahier d'un retour au pays natal )              

     

     

    Tu sais le cœur
    Sans rime
    Sans césure
    Jamais
    sans Césaire
    Ces rythmes
    Que le temps supprime
    Que la mémoire rumine

    Aimé
    Ce dur pigment
    Aux muqueuses des damnés
    Il est temps
    Dis-tu
    De comprendre l’importance
    De la poussière des négriers
    Quand la maladie du sang maudit
    Parle en nous
    Des organes
    Des viscères

    Il s’est arrêté ce cœur aimé
    Avec autant de temps à faire
    Qu’à défaire,
    Césaire sur césure.

    Il est temps de regagner
    Cette Terre natale
    Et supplique suppute suppôt
    Supplique supplie ces temps morbides
    Comme le gros dogue bagué
    Qui aboya sur le nègre
    Sensé le mordre
    Pour saborder son noir sort

    D’où vient la vie
    Te demandes-tu
    De là
    Que tu ne saurais nommer sans dommage

    Penses-tu
    À ces Afriques
    Que tu nommas
    En mes Indes ?

    D’où te vient la poésie nègre ?,
    Te demande-je,
    Sinon du même lieu que l’apatride
    Puisqu’elle est chant de la vie
    Jetée en pâture
    À ce dogue qui aboie
    Devant la gale de Gorée.

    Il est une seule direction
    Face à ce rythme césuré
    En Césarien
    Pas de prosodie qui soit de l’ordre de l’impair
    Non que le seul rythme noir
    Soit celui qui bondit de coup de poing
    En coup de pied.

    Et encore
    Il faudra demander au Congo
    Ce qu’il connut du Brahmapoutra
    Et Césaire
    Qui nous mena à l’écoute du poème
    En ce qu’il se pense,
    D’énergie
    De solitude pétrie
    De joies flétries.

    Hein Césaire né encore de l’impair
    De l’impertinence du verbe

    Du verbe chicane
    Maître à paroles enchaînées.

    Sombres comme l’orage contenu
    Sur la lourde étuve des mélasses.

    Et pourtant,
    C’est souvent ici
    Que la source ne se tarit
    Point.

    Glouton le cerbère
    Couillon ce dogue

    son artère
    encrassé en cales pisseuses
    le même foc tous les paresseux
    ou les souillons encalminés

    Mais il fut Aimé
    un instant où le sang
    se coagula
    et remonta au cœur
    l’air contrit
    l’air marri
    l’air nègre que l’on déchaîne

    et ta vie
    est en sursis
    car la mort marronne
    de boucan en bouquet

    Le cœur a ses prisons
    que la raison
    ne rime pas
    dis-tu,
    il fut fou cet homme
    qui osa cracher leur verbe en pétard,
    de prétoire en poème
    il hurla sa déférence
    sur les fesses des purs suants

    et dire qu’ici
    la poésie négresse
    devint attentive Pénélope
    au souffle pourri
    des capitaines interlopes

    au murmure long
    de longs sanglots
    des couillons en automne
    violant leurs violons
    viole sur viols
    violences sur violences

    Comme aux intimes
    frémissements des mots
    tu pus percer l’abcès
    tu pus
    par le seul rythme
    des images tuméfiées
    et des coups de pieds du méprisé
    briser le mépris des scrofules

    mais tout semble
    se contenir
    dans un mot

    vie

    vidée
    de son sens
    ou emplie de ton sang

    Césaire aimé
    comme un caillot livide
    accroché entre le sang fluide
    et la mort annoncée
    de l’artère césurée

    mais l’attente du cœur
    nécessite une pensée
    pour le bonheur Aimé

    De n’avoir jamais penséà lui
    jusqu’à cet instant
    c’est cela qui damne
    le bourreau au siège de son libido
    aboyant comme le dogue
    mordant l’étoile cannibale

    Mais le nègre stellaire
    Possède un paletot en fer blanc
    Qui frôle la casserole des constellations

    Ainsi la lumière
    répond
    à ton rythme
    courant alternatif
    en ton cœur
    diastole systole
    le même arrêt
    programmé
    une faille dans la continuité
    cette prosodie qui fut l’arme
    fatale du verbe renonçant
    au crime de lèse-majesté

    Mais qu’est le cœur du poète ?
    A-t-il plus d’âme
    que celui du mortel
    dont les mots quotidiens
    suffisent à peine
    à cajoler la mort ?

    Et-il plus sensible à la lumière
    ou à l’ombre déchirée
    quand les mots s’éclipsent en ses yeux ?

    Son cœur arrêté
    sent-il mieux les pensées
    non dites ?

    Noires desseins
    noires Antilles
    tout marronne entre le blanc et le noir,
    Noirs ces oracles vidés de leurs entrailles
    Peules sérères ou masaïs

    Mots victuailles
    Comme gangrène des canailles
    Roussailles sur coussecailles
    Voilà que la racaille
    Se mêle de briser le vernis
    Des mots susurrés de porcelaine bleue
    en matité noire

    Césaire rythme enfin
    les brises éclatées
    dans la mangue pourrie
    éclaboussée de sa maturité

    Sait-il mieux sentir
    cette vie qui est prêtée
    à tous et à toutes ?
    Surtout celle qui est arrachée
    Aux fronts d’impurs pigments ?

    Ou bien en fait-il une immortelle
    Temporalité, une logorrhée carniphage
    où le poème s’érige en épitaphe
    sans fin en désir de vie ?

    Qu’a-t-il ce cœur
    qui se penche trop sur l’abîme
    ou la faille du continent noir ?

    Aimé, es-tu ce nègre insulaire
    que la lune évite
    en se montrant à demi ?

    Qu’a-t-il ce cœur
    qui se retire trop vite
    de la solitude du poète,
    se pensant aimé de l’univers
    alors que chaque étoile naine
    s’embrase de son énergie indomptable ?

    Là,
    Une négresse berce la voie lactée
    Au son d’une plainte brûlée
    De naine rouge,
    Là ta da tamoule
    Te livre syllabe au lait des jaspes.

    Mais c’est bien l’amour
    Qui te guetta
    Aimé
    Surpris comme tout homme
    Sur l’ombre de son poing fermé
    Non par renoncement
    Mais par désir de rendre
    La lumière aux yeux des bannis

    Après tout
    le cœur n’est qu’un muscle autonome
    qui raisonne contre les marées
    des exils colossaux.

    Il n’est pas cet organe
    où l’âme siège seule
    en face de l’éclaboussement
    de l’oxygène
    et des bouts de planètes.
    Poète,
    Tu mènes l’oraison
    sur la plante de tes pieds
    qui foulent pleinement
    ce pays natal entre détroits et péninsules.

    Ce sont ces limbes
    qui ont tressé
    le cordon ombilical
    du poète :
    ton poème utérin,
    qui nous rendit césairien.

     

    .

     

    KHAL TORABULLY

     

    .

     

    hengki koentjoro

    Photographie Hengki Koentjoro

     

     

       


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  • 05/29/16--03:55: CHEMIN DU VENT...Extrait
  • Parfois un ange nous traverse,
    comme une absence,
    un rire dont nous n’aurions perçu
    que la transparence.

    Un affluent nous a rejoint
    au seul souci
    de se mêler à notre eau.

    Nous avançons plus forts,
    sans même savoir que,
    au plus profond de nous,
    un visage
    nous a fait don de disparaître.

     

    .

     

    PHILIPPE MATHY

     

    .

     

    MAM 1950

     


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    Une boule de neige
    Lancée depuis l’enfance
    Explose sur la vitre
    Où mon front se souvient

    Quel seuil à franchir
    Quelle coupe à ne pas boire
    Pour entendre le rire
    De ce papillon blanc
    Immobile maintenant
    Qui fond dans la mémoire?

    Le fil est toujours plus petit
    Qui déroule pourtant
    La toupie de la vie…

     

    .

     

    PHILIPPE MATHY

     

    .

     

    Bernard Liegeois

    Oeuvre Bernard Liégeois


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    Tremblement du matin.
    Souffle si léger qu'on le dirait messager.
    Feuillages caressés sans bruit.
     Douce toilette.
    Simple messager, porteur de baume, de la liqueur de vie.
    Messager qui efface les murailles, ne laisse qu'une façade.
    Qui te laisse cette façade, que tu l'effaces, que tu rejoignes ce messager.
    Pas besoin de gaspiller tes forces.
    Comment dire ? C'est un travail d'esprit à esprit, d'éliminations successives.
     Le messager est immobile, il te voit nommer les distances
     mais que pourrait-il savoir de l'éloignement, lui qui est proximité,

    qui est matin ?

    .

     

    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

    .

     

    remedios-varo-jardin-del-amor-

    Oeuvre Remedios Varo

     

     

     

     


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  • 05/29/16--09:27: LE COEUR D'OCTOBRE...Extrait
  • Quand l'été reviendra
    le ciel des lavandes ô coeur!
    Le poème aura accompli
    un peu du chemin de poussière
    la beauté n'aura cessé de veiller
    à la consommation de ses registres
    le lézard dressé auprès d'elle
    mourra intouché dans ce feu
    foulant les hautes herbes
    je saisis l'amertume de l'air
    l'âpre semonce
    au levant le nom déjà s'efface
    le ciel maternel soudain
    par-delà les combes noires
    (la paille dorée bientôt foulera
    les terres patientes)
    la pureté du silence
    et les lèvres dans un souffle
    formant un oui.

     

    .

     

    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

    .

    EDITH BERGER,

    Oeuvre Edith Berger

     

     

     

     

     

     


    0 0

    “ Regardez les mondains, et ce monde qui se hausse au-dessus du peuple de Dieu, l’image et la justice de Dieu n’y sont-elles pas déformées ? Ils ont une science, mais, dans la science, il n’y a que ce qui est soumis aux sensations. Le monde spirituel, la moitié supérieure de l’être humain, est rejeté complètement, est chassé avec même une espèce de triomphe, voire avec haine. Le monde a proclamé la liberté, ces derniers temps surtout, et, nous, que voyons-nous dans ce qu’ils appellent la liberté : rien que de l’esclavage et du suicide ! Car le monde dit : « Tu as des besoins, et donc satisfais-les, car tu as les mêmes droits que les hommes les plus riches et les plus notables. N’aie pas peur de les satisfaire, et même, fais-les croître » - voici la doctrine actuelle du monde. C’est en cela qu’ils voient la liberté. Et quel est le résultat de ce droit à multiplier les besoins ? Chez les plus riches, l’isolement et le suicide spirituel, et, chez les pauvres, la jalousie et le meurtre, car, les droits, certes, sont donnés, mais les moyens de satisfaire ces besoins, eux, on ne les indique pas encore. Ils assurent que, plus le monde évolue, plus il se réunit, plus il se forme en communauté fraternelle du fait qu’il raccourcit les distances, qu’il transmet les pensées par les airs. Hélas, ne croyez pas en une telle unité des hommes. En comprenant la liberté comme une multiplication et une satisfaction rapide de leurs besoins, ils déforment leur nature, car ils font naître en eux une multitude de désirs absurdes et stupides, d’habitudes et de lubies des plus ineptes. Ils ne vivent que pour s’envier les uns les autres, pour satisfaire leur chair et leur vanité. Avoir des dîners, des sorties, des équipages, des grades et des domestiques esclaves, ils le considèrent comme une nécessité si impérieuse qu’ils seraient prêts à y sacrifier leur vie, leur honneur et leur humanité, rien que pour assouvir cette nécessité, et, même, ils iraient jusqu’à se tuer s’ils n’avaient pas les moyens de l’assouvir. Pour ceux qui ne sont pas riches, nous voyons la même chose, mais, pour l’instant, la satisfaction des besoins et l’envie des pauvres sont étouffées par l’alcoolisme. Pourtant, bientôt au lieu de vin, ils boiront du sang, c’est à cela qu’on les mène. Je vous le demande : un tel homme est-il libre ? J’ai connu un « combattant pour l’idée », qui m’a raconté lui-même qu’au moment où, en prison, on lui avait supprimé son tabac, il s’était vu si torturé par ce manque qu’il en aurait presque trahi son « idée », juste pour qu’on lui donne du tabac. Et cet homme dit : « Je vais combattre pour l’humanité. » Or, où ira-t-il donc, et de quoi est-il capable ? D’un acte rapide, peut-être, mais jamais de rien qui demande persévérance. Et il n’est pas étonnant qu’au lieu de la liberté on soit tombé dans l’esclavage, et qu’au lieu de servir la fraternité et l’union de l’humanité on tombe, au contraire, dans l’isolement et dans la solitude, comme me l’avait dit dans ma jeunesse mon visiteur mystérieux et mon ami. Voilà pourquoi s’éteignent de plus en plus dans le monde l’idée de servir l’humanité, celle de la fraternité, d’une communauté des hommes et, réellement, cette idée-là est maintenant accueillie par le rire, car, comment abandonner ses habitudes, où donc ira ce prisonnier s’il est si habituéà satisfaire les besoins innombrables qu’ils s’est inventées lui-même ? Dans son unicité, qu’ira-t-il faire du tout ? Et, pour finir, plus les objets s’accumulent, plus la joie disparaît. »

     

    .

     

    FIODOR DOSTOÏEVSKI

     

    .

     

    MARIA FORTUNY

    Oeuvre Maria Fortuny


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    J'ai derrière le ciel un ciel pour revenir, mais
    Je continue à polir le métal de ce lieu, et je vis
    Une heure qui discerne l'invisible. Je sais que
    le temps
    Ne sera pas par deux fois mon allié, et je sais
    que je sortirai de ma bannière,

    oiseau qui ne se pose sur nul arbre
    Je sortirai de toute ma peau, et quelques mots sortiront
    de ma langue sur l'amour chez Lorca
    Qui habitera ma chambre
    Et verra ce que j'ai vu de la lune bédouine.

    Je sortirai des amandiers,

    duvet sur l'écume de la mer.

    L'étranger est passé
    Portant sept siècles de chevaux.

    Il est passé làl'étranger
    Pour que l'étranger passe là-bas.

    Je sortirai sous peu
    Des rides de mon temps, étranger à Shâm et à
    l'Andalousie
    Cette terre n'est pas mon ciel, mais ce soir est mien
    Et les clefs m'appartiennent, et les minarets et les
    lanternes,

    et moi également, je m'appartiens.

    Je suis l'Adam des deux Éden
    L'un et l'autre perdus
    Alors chassez-moi lentement,
    Et tuez-moi lentement
    Sous mon olivier
    Avec Lorca

     

    .



    MAHMOUD DARWICH

    .

     

    darwich_y_lorca2


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  • 05/29/16--12:33: LE PAYSAN DE PARIS...Extrait
  • "Femme tu prends pourtant la place de toute forme. A peine j'oubliais un peu cet abandon, et jusqu'aux nonchalances noires que tu aimes, que te voici encore, et tout meurt à tes pas. A tes pas sur le ciel une ombre m'enveloppe. A tes pas vers la nuit je perds éperdûment le souvenir du jour. Charmante substituée, tu es le résumé d'un monde merveilleux, du monde naturel, et c'est toi qui renais quand je ferme les yeux. Tu es le mur et sa trouée. Tu es l'horizon et la présence. L'échelle et les barreaux de fer. L'éclipse totale.La lumière. Le miracle : et pouvez-vous penser à ce qui n'est pas le miracle, quand le miracle est là dans sa robe nocturne ? Ainsi l'univers peu à peu pour moi s'efface, fond, tandis que de ses profondeurs s'élève un fantôme adorable, monte une grande femme enfin profilée, qui apparait partout sans rien qui m'en sépare dans le plus ferme aspect d'un monde finissant... Montagnes, vous ne serez jamais que le lointain de cette femme... Voici que je ne suis plus qu'une goutte de pluie sur sa peau, la rosée... Passe à travers, passe à travers mes paumes, eau pareille aux larmes, femme sans limites, dont je suis entièrement baigné. Passe à travers mon ciel, mon silence, mes voiles."

     

    .

     

    LOUIS ARAGON

     

    .

    ELUARD

     

     


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  • 05/30/16--11:17: EDMOND JABES...Extrait
  • J’ai quitté une terre qui n’était pas la mienne,
    pour une autre, qui non plus, ne l’est pas.
    Je me suis réfugié dans un vocable d’encre, ayant le livre pour espace,
    parole de nulle part, étant celle obscure du désert.
    Je ne me suis pas couvert la nuit.
    Je ne me suis point protégé du soleil.
    J’ai marché nu.
    D’où je venais n’avait plus de sens.
    Où j’allais n’inquiétait personne.
    Du vent, vous dis-je, du vent.
    Et un peu de sable dans le vent.

     

    .

     

    EDMOND JABES

     

    .

     

    JOHN DERA

    Photographie Johne Dera

     

     


    0 0

    II y avait dans les feuilles
    une femme qui riait
    si petite qu’on pouvait en faire
    une ardoise pour les toits.

    Une femme pour chaque rire
    si rose
    pour couvrir tous les toits.

    Je pouvais dans la douleur
    la clouer comme un ciel
    au sang, au vent
    ou à l’ombre de l’arbre
    ou encore à ses ailes.

    Mais l’amour me surprit
    dans ma haute nuit de haine
    avec un oiseau mort dans les bras.
    Jusqu’où chercherais-je à m’oublier ?

    Il y avait une femme
    au milieu de la terre,
    si rongée de mystère
    qu’on la prenait pour un fruit pourri.

    Et les hommes la piétinaient
    pour lui arracher ses rêves;
    tiède jus échappé aux lèvres
    que le sol à pleine bouche buvait.

    Laisserai-je voguer un fruit pourri
    dans sa saison de grande peine
    avec ses cris de mort-né?

    Il y avait une femme
    aux contours de musique,
    marguerite au halo d’or
    confondue avec la lune.

    Au réveil – en aurai-je le cœur net? –
    effeuillée pour se distraire
    au contact de mille doigts.
    Et j’attendais son message
    comme aux plus beaux jours de la vie.

    Rien ne vint. Nul ne sut que j’étais ivre
    de me mirer dans le lac
    où l’oiseau abattu reposait.

    Comment la nuit fait-elle à suivre
    le mal que je nourris au secret?
    Elle me livre comme un prisonnier
    poings liés au désespoir.

    Tant de larmes ont coulé depuis.
    La nuit dévore ceux-là seuls qui tombent.

    Il y avait une femme
    sur le chemin pierreux du soir
    qui ne voulut jamais dire son nom
    mais qui s’appuyait à mon épaule et parlait d’avenir.

    J’ignorais son visage.
    Je ne me souviens que de ses lèvres
    tant il y avait dans l’air d’étranges insectes lents
    qui ressemblaient à des grains légers de riz.

    Il y avait une femme qui riait sur mon épaule
    et j’étais comme un arbre
    emporté par un oiseau.
    Je ne sais plus où je vais.
    Le temps des fleurs est consommé

     

    .

     

    EDMOND JABES

     

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    Alaoui_Guerra_2

    Oeuvre et Photographie Yasmina Alaoui, Marco Guerra


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  • 05/31/16--11:12: NOTES INTIMES
  • "En ce temps-là, j'étais jeune et j'avais soif: il m'a donnéà boire. J'étais jeune et j'étais laide: il m'a fait croire que j'étais belle. J'étais sage et j'avais froid, j'avais peur et je tremblais, je craignais Dieu, je craignais les gens, je craignais mon père et ma mère, je me cachais en moi, je me cachais dans l'ombre, je me cachais en Dieu pour n'être pas trouvée: il m'a prise et ramenée sur la terre en plein soleil. J'avais dans le cœur une grâce, une fleur serrée, qui n'osait pas s'ouvrir: il l'a fait épanouir sur le pas de sa porte. J'avais dans le cœur un poème: il lui a donné la volée, il lui a ouvert le monde. Il m'a apprivoisée comme un petit oiseau sauvage et je suis venue manger dans sa main. Il m'a fait goûter la graine des champs, le miel de tous les poètes et de tous les pays, le lait de la tendresse humaine, la beauté des humbles choses, des humbles êtres. Était-ce moi, cette fille couronnée, sur les sentes des bois, sur la route et dans les rues de la ville?"

     

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    MARIE NOËL

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    Albert Watson2

    Photographie Albert Watson


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    Je viendrai mordillant une brindille de thym
    fleurs minuscules d'un ciel accouru
    ô terre en quelle nuit est né ce désir?
    Je viendrai faire éclater ce cri
    qu'il ne perde pas dans la longue fuite d'espace
    quand se creusent et s'effacent les barrières...
    Quand viendras-tu?
    le chardon est jeté au feu
    la poussière roule sous la porte
    Ô paysage je t'ai rêvé trop démuni
    traînant ma faim de toi
    jouant de ce retour mais on ne guérit pas
    de la blessure irréparable
    un peu de vent qui frôle mon épaule
    me lègue ton parfum.

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    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

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    michelle anderson2,

    Photographie Michelle Anderson

     

     


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  • 05/31/16--11:35: L'ARRACHE COEUR...Extrait
  • la paix trouvée d’un silence d’amour
    je reviendrai
    voyageur infatigable
    vers la source douloureuse toujours
    indivisible
    de ton sourire

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    FRANCIS ROYO

     

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    Elin Danielson-Gambogi2

    Oeuvre Elin Danielson-Gambogi


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  • 05/31/16--11:46: HERBES HERBES
  • herbes herbes
    à quels vents ployées coupées
    sur quel autel
    en longue mémoire de nos moissons
    la faux
    nos vies usées
    pierres mortes que plus un sel n’avive

    je regarde devant
    le futur libre de nous
    la route si étrange maintenant
    qui conduit nos paupières en ailleurs
    pays sauvage que nous aimions
    les ronces les étangs
    les bruyères abstraites le sablier

    je tremble

    et le seul néant entre nous rameute sa chiennerie

    on m’attend
    la porte est lourde
    la pousser m’illumine

     

    .

     

    FRANCIS ROYO

     

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    don smith photography2,

    Photographie Don Smith Photography


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  • 05/31/16--12:29: BAB ASSALAM - CHECK POINT

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  • 05/31/16--13:23: APPEL ...Extrait
  • « J’ai rêvé d’une vie profonde, intense comme l’éclair. Lourde parfois et pénible à porter, mais plus riche, mais plus vraie que le lent déroulement monotone des jours qui suffit à trop de gens. Tout mon être se révolte contre la banalité de ces existences sans ferveur et sans merveilleux. Mais je rejoindrai ceux qui résistent et nous l’emporterons… Je cherche le soleil, je cherche l’humanité fraternelle. Je n’enterrerai pas mes rêves de jeunesse. Je veux une vie libre et pure, ouverte à l’inconnu et sans préjugés, une vie de ferveur, qui se renouvelle et se crée sans cesse. Je hais la stabilité, l’immobilité sombre. Je hais la mesquinerie, je hais la sécheresse de cœur… Je lance mon appel à tous ceux qui ont saisi l’infini dans la poussière des chemins…. »

     

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    COLETTE GIBELIN

     

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    Remedios Varo Energia Cósmica - 1956

    Oeuvre Remedios Varo

    Energia Cósmica - 1956


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