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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 06/23/16--12:11: L'ECRIN VERT...Extrait
  • La pulsion première de la vie
    palpite dans la moelle des figuiers,
    ses harmoniques insonores vibrent
    nuit et jour au fond du ciel –
    et mes veines jusque dans les fibres
    résonnent d’elle ;

    et dans les profondeurs du conscient
    une danse se compose
    de figures invisibles
    au chant du feuillage susurrant.

    Volubiles sont ces arbres, ces plantes
    en feuilles et en fleurs-
    au fond de l’abysse de silence
    où le verbe est roi,

    au travers des terres et des eaux
    silencieux
    j’écoute la respiration première
    sacrée,
    j’entends la muette rumeur
    de la pensée enfouie.

    Dans cet univers orphelin de parole
    qui s’étend de la poussière terrestre
    aux confins stellaires
    je prends place
    les yeux ouverts emplis d’un chant
    sans sonorité.

     

    .

     

    RABINDRANATH TAGORE

     

    .

     

    ecrinvert

     

     


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    Quand le silence devient-il effectif,
    charnellement présent?
    Dans l’érotisme, l’oeuvre d’art et la mort :

    confondus d’un seul tenant
    dans leur propre silence.

    Seul le silence de l’amour peut combler
    de lumière
    les bouches d’ombres de nos pensées.

    Le silence fermé sur soi du monde minéral
    ne s’ouvre qu’aux racines
    de l’arbre de vie du vide.


    Ressourcer la parole dans le silence, certes,
    mais par moments l’oublier,
    s’oublier dans le silence.

    Car si la quintessence de l’homme
    est aussi illimitée que le silence,
    la parole a les mêmes limites que l’homme.

    Comment se délivrer de soi-même?
    (Ghérasim Luca)

    En délivrant l’homme de la langue,
    le silence délivre l’homme de l’homme.


    .


    MICHEL CAMUS

    .

    cam

     

     

     

     


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  • 06/23/16--12:44: LES VAGUES...Extrait
  • Tout au fond, le ciel lui aussi devient translucide comme si un blanc sédiment s’en était détaché, ou comme si le bras d’une femme couchée sous l’horizon avait soulevé une lampe : des bandes de blanc, de jaune, de vert s’allongèrent sur le ciel comme les branches plates d’un éventail. Puis la femme invisible souleva plus haut sa lampe; l’air enflammé parut se diviser en fibres rouges et jaunes, s’arracher à la verte surface dans une palpitation brûlante, comme des lueurs fumeuses au sommet des feux de joie. Peu à peu, les fibres se fondirent en une seule masse incandescente; la lourde couverture grise du ciel se souleva, se transmua en un million d’atomes bleu tendre. La surface de la mer devint lentement transparente ; les larges lignes noires disparurent presque sous ces ondulations et sous ces étincelles. Le bras qui tenait la lampe l’éleva sans hâte. Une large flamme apparut enfin. Un disque de lumière brûla sur le rebord du ciel, et la mer tout autour ne fut plus d’une seule coulée d’or.

     ...

    Je suis vert comme un if à l’ombre de la haie. Mes cheveux sont des feuilles. J’ai pris racine au milieu de la terre. Mon corps est une tige. Je presse la tige. Une goutte lance, épaisse, suinte de l’orifice de ma bouche, et s’arrondit sans cesse.

     ...

    Je frémis, j’ondule. J’ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais solidement enracinée sous l’eau, de sorte qu’on peut s’en approcher sans crainte que le courant ne l’emporte. Et soudain, avec une petite secousse, je me détache comme un caillou se détache de la masse du rocher…Nous nous abandonnons au cours hésitant et lent de la musique, le flot de la danse est arrêtéça et là par des rochers ; il oscille, il s’entrechoque. Nos allées et venues sont enveloppées dans une seule grande figure de danse; elle nous unit. Nous ne parvenons pas à sortir de ces murailles hésitantes, abruptes, sinueuses, parfaitement circulaires.

     

    .

     

    VIRGINIA WOOLF

     

    .

    femmes

    Oeuvre ?


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    Passés les mûres sauvages,
    Les épines et les joncs,
    Elle a défait ses cheveux,
    Aplani pour nous la rive.
    J’ai enlevé ma cravate.
    Elle a enlevé sa robe.
    Moi, ceinture et revolver,
    Elle, ses quatre corsages.
    Odorant nard, coquillages,
    Rien ne se peut voir si fin.
    Ni le miroir sous la lune
    N’éblouit de cet éclat.
    Ses cuisses, qui m’échappaient
    Comme des poissons surpris,
    C’était le feu tout entier,
    Et aussi la fraîcheur même.
    Cette nuit-là, j’ai couru
    Dans le meilleur des chemins,
    Montant pouliche de nacre,
    Sans étriers et sans brides.
    Je n’ose dire, étant homme,
    Les choses qu’elle m’a dites.
    Le grand jour de la raison
    M’incite à plus de réserve.
    Je la ramenai salie
    Par les baisers et le sable.
    Contre le vent bataillaient
    Les iris et leurs épées.

     

    .

     

    FEDERICO GARCIA LORCA

     

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    Ettore Tito 2

    Oeuvre Ettore Tito

     

     

     


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  • 06/24/16--09:27: LE PAROXYSME SEUL...Extrait
  • Ecoute
    J'atteins de nouveau l'instant nul où l'avant et l'après s'anéantissent,
    Foudroyés
    Des grains de mimosas m'éclaboussent dans l'ombre
    Je n'ai rien à t'apprendre
    Je ne dure pas
    Je ne perpétue que le défi de chaque seconde
    Ne dis rien
    Le présent est ce plaisir absolu de n'avoir pas de lendemain
    Précédé de rien
    Suivi de rien
    Total

     

    .



    COLETTE GIBELIN

     

    .

     

     

    PIERRE BONNARD

    Oeuvre Pierre Bonnard


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  • 06/25/16--09:01: CARNETS DE MARCHE...Extrait
  • Je sens le chuintement des roches

    une goutte puis une autre

    les oasis minuscules dans les replis

    Utah miniatures forgés

    à même les schistes verts

    superpositions de strates

    feuilletés de pâte fine



    ça gargouille ça pleut

    ça frissonne ça sommeille

    ça s'écaille ça se délite



    menues trouées de nacre

    qui s'effrite sous le graphite



    les nuages se lèvent

    la mer se libère de son poids de brume

    les gris du ciel se diluent acier de l'horizon

    le maquis s'enracine

    la nature s'ébruite



    dans le recueilli de son silence

     

    .

     

     

    ANGELE PAOLI

    Les éditions du petit pois 2010

     

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    pascale boulon2

    Oeuvre Pascale Boulon

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • 06/25/16--09:04: NOIR ECRIN...Extrait
  • Peut-être



    Tout à l'heure

    dans une demi-attente

    ou peut-être

    dans un demi-sommeil

    bercée dans l'entre-deux des jours

    dans un halo en demie-teinte

    ou peut-être de demi-soupir

    à mi-voix entrebue

    entre veille et trêve

    à mi-contrée

    de la terre et de l'eau

    dans l'entre-deux du ciel

    à demi-mots

    à demie-nue



    peut-être.

     

    .

     

    ANGELE PAOLI

    Editions A fior di carta 2007

     

    .

     

    degas2

    Oeuvre Edgar Degas

     

     


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  • 06/25/16--09:26: PERDONU / PARDON
  • Perdonu
    per l’offese à u ventu
    à l’erba fresca
    à l’arburi maestri

    à i monti d’argentu
    Perdonu
    pè e voce celeste
    chìùn  intesi
    una volta
    à u fà di a parolla
    Perdonu
    pè e preghere mai dette
    chìà tè m’incatenanu
    quandu ballanu in l’aria
    i culori di a pace.

     

    .

     

     

    Pardon
    pour l’offense au vent
    à la fraîcheur de l’herbe
    aux fûts majestueux


    aux montagnes d’argent
    Et pardon
    pour ces voix
    que je n’entendis pas
    un jour aux cieux
    quand naissait la parole
    Pardon
    pour les prières imprononcées
    qui m’enchaînent à toi
    quand dans les airs s’envolent
    les couleurs de la paix.

     

    .

     

     

    PATRIZIA GATTACECA

     

    .

    Corse2


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    ...

    Feindre d’ignorer les lois de la nature,
    Réincarner en songe la forme abolie,
    Prêter au mirage les vertus d’un miracle
    Est-ce pour autant faire échec à la mort ?
    Tout au plus douter qu’elle nous sépare,
    Que soit un fait le fait de n’être nulle part

    Irréparable cassure. Prenons-en acte.
    Nous voilà désolés la vie durant,
    notre mémoire ouverte comme une blessure,
    C’est en elle que nous la verrons encore
    Mais captive de son image, mais recluse
    Dans cette obscurité dévorante
    Où, pour lier son infortune à la nôtre,
    Nous rêvions d’aller nous perdre ensemble
    Toute amarre tranchée, et joyeux peut-être
    Si le pas eût été moins dur àfranchir,
    Ne faire qu’un avec elle dans la mort
    Choisie comme la forme parfaite du silence.

    ...

     

    .

     


    LOUIS-RENE DES FORÊTS

     

    .

    goxwa

     Oeuvre Goxwa

     


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  • 06/25/16--10:40: REFAIRE LA NUIT
  • Il n'y avait que le silence
    Derrière chaque mot volé
    La route expirait dans les pierres
    Entre les murs écroulés

    Et pourtant le dernier poète
    Tendait l'oreille vers la mer
    Et cherchait encore à saisir
    L'insaisissable oiseau de la parole.

    .

     

    JEAN ROUSSELOT

     

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    goxwa2,

    Oeuvre Goxwa


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  • 06/26/16--03:28: ASCENDANCE
  • Nos pères et mères sont notre premier patrimoine, celui, inquantifiable, de la mémoire tacite. Nous avons avec le passé inconnu de notre famille, un lien fort (fort inconfortable aussi!) que nous ne maîtrisons faute de connaissance. Jamais tout n'est dit. Comme un iceberg, nous avons un aperçu superficiel de la vie de ceux qui nous ont façonnés et si, parfois, on entrevoit des couloirs inconnus dans le dessous d'une histoire, ils se perdent souvent trop vite dans le silence ou le secret d'un ressenti jamais transmis.
    Il y a les légendes familiales. Nous en avons tous. Elles sont parfois tragiques, parfois truculentes, parfois navrantes, parfois cocasses, parfois attendrissantes. Tout le monde sait que l'oncle Machin a été furieux de ne pas hériter de ce bel objet qu'il aimait tant. Tout le monde sait que les deux fils de Bidule sont fâchés depuis longtemps pour une histoire de femme. Tout le monde a entendu raconter cent fois le mot d'enfant excellent qu'on a proféré un jour, à telle occasion. On ne s'en souvient pas, on était trop jeune, mais on sait qu'on l'a dit. Tout le petit monde de la famille le sait. il en va de même pour la mésaventure de notre grand-mère en telle année. Ce n'était pas de l'héroïsme, non, juste une histoire étrange, où soudain l'ordinaire a cédé le pas à l'insolite, la faute à l'Histoire, aux circonstances, on ne sait plus. C'est loin. Mais c'est en nous. Ce "tout le monde"- là est un peuple restreint mais varié qui a en commun notre histoire, ou du moins certains de ses pans. Une foule de récits sans cesse réitérés le transforme en conteur collectif d'un passé qui nous subjugue et autour duquel nous cherchons une place, à la bonne distance du noyau et de l'extérieur. Depuis le premier jour, nous calculons et recalculons sans cesse cette distance, qu'on le veuille ou non.
    Ceci n'est cependant que la surface des choses. Il y a aussi tout ce qui n'a jamais été dit. Ce qui ne fait pas partie des légendes est rangé dans les placards familiaux. Secrets. Cadavres… Les mots ne manquent pas pour dire le non-dit, c'est drôle, non ? Ce qui se tait transpire, nous le savons et, en devenant nous-mêmes détenteurs de nos propres silences, nous apprenons à déchiffrer certains creux dans le regard de notre mère. Nous relisons année après année la vie de parents que nous croyons connaitre à la lumière de notre expérience. Et nous entrons parfois dans la pièce sans fenêtre où ils ont cru enfermer loin de nous ce qui les a blessés, ce qui les a détruits parfois.

     
    C'est malgré soi. On a grandit avec ces blessures alors que tout a été fait pour nous en préserver. Le silence se voulait protecteur car l'ignorance de la peine semble toujours la meilleur des armures pour ces êtres si exigeants mais si perméables que sont les enfants. Nous avons été ces enfants. pourtant, ce n'est qu'à travers l'enfance des autres que nous comprenons comment cela a fonctionné. Nous voyons le mécanisme se mettre en place : charge explosive, détonateur et enfin minuteur, que nous ne maîtrisons pas, dans le champ d'une vie adulte qui nous échappe. La machine infernale... Un titre bien trouvé, et qui déborde la seule tragédie d'Œdipe.
    .
    J'ai glané ceci sur les pages de Patricia Laranco : "Ma faculté actuelle de vivre dans un minimum de dépendance, de liens, en m'assumant pleinement telle que je suis (pour ne pas dire "seule, et le cœur léger"), je la lui dois. C'est pour le moins paradoxal, mais je n'hésite pas à l'affirmer. Quelque part, j'ai été"portée" par sa révolte intérieure, secrète. "
    .
    Il s'agit de sa mère.
    Pour d'autres ce sera un père, une tante, une sœur un oncle, peu importe la parenté. Il s'agit toujours de nous. Quand bien même certains crachent sur les liens du sang, c'est encore un lien, et le mépris qu'on peut afficher pour une famille qui ne nous aurait rien apporté, c'est proclamer combien ce lien compte. Si on se définit en opposition à lui, cela n'en reste pas moins une construction encore et toujours autour de cet axe. En famille mieux qu'ailleurs, on perçoit au-delà des apparences. Même le plus obtus des êtres peut accomplir cela. La mère et le père ne nous mentent pas. Leur autorité ou leur laxisme ne nous trompent pas, nous savons par le cœur, par nos tripes, ce qu'ils sont et leurs souffrances comme leurs joies nous parlent depuis l'en-dessous du langage. Parfois cela nous éloigne. Nous sommes une autre personne, la vie ne résonne pas de la même manière en nous. Nous trouvons un autre totem et, jeune vampire sans expérience, nous le singeons et en aspirons tous les nutriments. En tout état de cause, cela compte et c'est ainsi que nous apprenons qui nous sommes.
    Tous ceux que j'ai croisés s'enracinent dans la vie de leurs ascendants. Ce sont eux qui m'ont montré mes propres racines. C’est que, voyez-vous, j'ignorais, au début de mon existence, que j'en avais. Cela paraît naïf n’est-ce pas ? A quinze ans, je croyais que j'allais inventer ma vie, et une partie du monde avec, pour faire bonne mesure. Ce n'étais pas entièrement faux bien sûr, mais j'ignorais combien mes petits choix avaient déjà une couleur d'histoire. Et puis j'ai entendu. J'ai écouté ces familles; elles composaient des massifs distincts les uns des autres, assez compacts quand j'y repense. Des motifs aussi. Cette famille juive imprégnée par la Shoah, les morts dans les camps, les émigrations pour survivre. Cette autre, juive aussi, polonaise, mais je ne sais pas, c'était plus léger. Il y avait une sorte d'adhésion au présent presque gourmande. Cette famille de province bourgeoise, ces héritiers sans biens vouant une haine féroce au revers de fortune qui avait pris un visage. Il y avait un méchant dans leur histoire. Cette famille algérienne brouillonne mais heureuse où on tirait toujours le diable par la queue, émigration foisonnante qui espérait une forme de mieux, avec le bled en arrière-plan, une nostalgie douce.
    Ah, toutes ces familles croisées ! Parfois à travers un seul de ses membres (c'est peu, bien sûr) mais toujours quelque chose apparaît, et on sait qu'on est aux abords du noyau. Je relève l'empreinte d'une dépression à peine évoquée au détour d'une remarque anodine ou d'un événement, et je ne dis rien. Cela ne m'appartient pas. Je regarde cependant, et je vois les mêmes hameçons plongés dans mon passé. Ils piègent dans le courant du présent ces émotions qui résonnaient déjà hier pour les miens, ces étrangers si proches. Ce sont elles qui vibrent le plus fort en moi et m'affectent, même si je ne le sais pas toujours.
    Nous devons quelque chose à ceux d'avant. Je leur dois quelque chose. J'ignore bien entendu si on paie un jour ce genre de dette, ni même si elle appelle un paiement quelconque. C'est seulement ainsi. Ce que je suis n'est pas que cet instant présent. Ce n'est même pas uniquement moi, esprit englobé dans ce corps et cette chimie organique qui me font vivante chaque jour. Il y a la trace de tout l'avant que je ne maîtrise pas, dont je n'imagine pas l'exacte part d'influence. Pourtant, et c'est là toute l'ambivalence de la chose, seul le présent où je me tiens existe. Je n'y viens pas vierge de tout, mais le geste qui va me propulser vers tel ou tel avenir, lui, m'appartient. C'est là, je crois, que se tient la dette contractée à l'égard de la famille. En sillonnant les sentiers parfois inconfortables d'un passé qui ne m'appartient pas exclusivement mais qui me compose malgré moi, j'ai acquis la capacitéà faire ce geste vers demain. En devenant d'une manière ou d'une autre, un élément de cette constellation historique et aléatoire, j'avance et je deviens davantage moi-même chaque jour.
    Étrange alchimie de connaissance et d'inconscience en vérité, mais j'aime bien l'idée de cette appartenance implicite à un réseau puissant, dense, bien éloigné de l'ultra connexion des média modernes. Je suis reliée à quelque chose de très lointain qui se prolonge à chaque rencontre vers l'imprévisible. J'ai des mots pour le penser et pour le dire, mais avant tout, c'est une vie.
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    LEILA ZHOUR
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    Famille-arbre2,


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  • 06/26/16--09:10: YVES BONNEFOY...Extrait
  • Corps qui aimait la paix de l'autre corps
    Peu visible à ces heures avant l'aube,
    Mais plus que du visible, étant le souffle
    infiniment régulier de l'esprit.

    J'appelle esprit ce savoir qui s'éveille
    Quand des lèvres s'unissent dans la paix
    D'une main qui trouve une main dans la pénombre
    Et on ne sait s'il fait encore nuit

    Ou si c'est un ressac de proche rivage
    Qui, s'accroissant, fait qu'ici ne soit plus
    Que l'océan des lèvres confondues.

    On dirait que la terre émeut sa chaîne,
    Barque qui touche au flanc d'une autre barque,
    Deux corps glissant dans le temps qui n'est plus.

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    YVES BONNEFOY

     

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    rodin2

    Oeuvre Auguste Rodin


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  • 06/26/16--09:47: LA POESIE...Extrait
  • "Je suis un souvenir qui n'attend pas le seuil
    et erre dans les limbes où le reflet d'absinthe
    quand le coeur de la nuit souffle par ses évents
    bouge l'étoile tombée où nous nous contemplons."

     

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    AIME CESAIRE

     

    .

     

    tham62,

    Photographie Thami Benkirane

    http://www.benkiranet.aminus3.com


    0 0

    Moineau petit événement
    moineau qui peux en te posant
    changer le cours de la planète

     

    moineau en qui Saba voyait
    la sublimation du reptile
    moineau pendu de Gombrowicz
    moineau chinois de Neruda
    en ton hécatombe terrible

     

    merry sparrow de William Blake
    comme échappé d’une aquarelle
    ou sparrow des Nursery Rhymes
    qui cherche dans arrow sa rime

    moineau de Mutis souverain
    des silences du Mexuar

     

    moineau sautillant dans Catulle
    moineau malin moineau sublime
    moineau témoin moineau victime

    moineau qu’un soir à Mahdia
    je vis dans le rêve des morts
    dont la mer caressait les cendres

     

    moineaux vous êtes ma raison
    de rester & de m’en aller
    vous qui faites tout lieu
    où passe mon voyage
    si semblable à celui
    de la fable natale

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    goxwa5,

    Oeuvre Goxwa

     

     


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  • 06/27/16--08:56: TERRE A BONHEUR...Extrait
  • Je dis : douceur.

    Je dis : douceur des mots
    Quand tu rentres le soir du travail harassant
    Et que des mots t'accueillent
    Qui te donnent du temps.

    Car on tue dans le monde
    Et tout massacre nous vieillit.

    Je dis : douceur,
    Pensant aussi
    À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
    À des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
    À des poignées de main.

    Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
    À des moments qui disent
    Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

    Cet air tout neuf,
    Qui pour durer s'installera.

     

    .

     

    EUGENE GUILLEVIC

     

    .

     

     

    NATH MAGREZ2,

    Photographie Nathalie Magrez


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    Sur l'arbre, la feuille
    Translucide encore
    Et déjà
    Le vent de la chute.

    Tu veux croire
    Que cette feuille-là
    C'est pour toi
    Qu'elle traduit l'humus.

    Tout l'inoubliable
    Que les jours
    Ont consommé
    Du lierre au rocher,
    Il y en a toujours
    Pour te murmurer :
    Dis-le moi.

    Tu t’es fait des chemins
    Là où il ne fallait pas
    Laisser de traces.

    Que tes yeux
    Ne quittent pas
    Trop longtemps le sol
    Où tu es requis.

    Ce qui
    En toi se tait
    Croit que ton corps
    Est sans limites.   

     

    .

     

    EUGENE GUILLEVIC

     

     .

     

    Mark Briscoe‎3

    Oeuvre Mark Briscoe

     


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  • 06/27/16--11:56: SPHERE...Extrait
  • J'ai logé dans le merle.
    Je crois savoir comment
    Le merle se réveille et comment il veut dire
    La lumière, du noir encore, quelques couleurs,
    Leurs jeux lourds à travers
    Ce rouge qu'il se voit.

    J'ai fait leur verticale
    Avec les blés.
    Avec l'étang j'ai tâtonné
    Vers le sommeil toujours tout proche.

    J'ai vécu dans la fleur.
    J'y ai vu le soleil
    Venir s'occuper d'elle
    Et l'inciter longtemps
    A tenter ses frontières.

    J'ai vécu dans des fruits
    Qui rêvaient de durer.

    J'ai vécu dans des yeux
    Qui pensaient à sourire.

     

    .

     

     

    EUGENE GUILLEVIC

     

    .

     

    Nora douady,

    Oeuvre Nora Douady


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  • 06/29/16--11:04: AMITIE, J'AI DIT AMITIE
  • On construit ceux qu’on aime et on se construit avec eux,
    ne pourrait nous les faire désaimer aucune faille :
    toujours s’oriente vers eux la boussole du cœur,
    on ne peut en recevoir nulle peine intentionnelle.

    Même disparus ils continuent de nous augmenter,
    effaçant la frontière entre visible et invisible,
    capables d’abolir leur absence aux moments choisis
    en nous apparaissant sous des formes les plus diverses.

    Alliés, parents et amis, vous nous circonscrivez
    de fait, sans intention, cette sorte de territoire
    de notre toujours proche et lointain Monomotapa
    où la plupart des choses n’ont nul besoin d’être dites.

    Les frontières nous délimitant sont de cellophane,
    la main peut les percer, ce qu’aucun de nous ne fera :
    entre amis nous sommes protégés par la transparence,
    rien, puisque l’amour de l’autre, d’abord, est du respect.

    Si bien opère la magie de notre confiance
    qu’en quêtes de preuves point n’est besoin de s’avilir :
    on donne à l’émergence de nos signes, même rares,
    plus de valeur qu’à l’or et au platine, au diamant.

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    © HENRI-LOUIS PALLEN

    http://www.lierreentravail.com/

     

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    Léopold-Gottlieb

    Oeuvre Léopold Gottlieb

     

     

     


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    ....

    Emmaillote ta main dans un foulard
    Et sans craindre les épines de celluloïd
    Dans le diadème des roses sauvages
    Plonge-le jusqu’au craquement sec.
    Point de ciseaux pour l’églantine !
    Prends garde cependant, un rien la défeuille –
    Copeaux de rose – mousseline – pétales de Salomon,
    Sauvageonne impropre au sorbet, sans essence, sans parfum



    ...

     


    Azur et argile, argile et azur,
    Que te faut-il de plus ? Pareil au shah myope
    Qui scrute sa bague turquoise, plisse plutôt les yeux
    Pour mieux voir le livre des argiles sonores,
    La terre écrite, le livre séreux, l’argile bien-aimée
    Qui nous tourmente comme la musique et comme le mot

     

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    OSSIP MANDELSTAM

    Tiflis, 16 octobre-5 novembre 1930.

    Traduction Christian Mouze

     

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    daniele krol2

    Oeuvre Danièle Krol

    http://www.danielekrol.com/tag/peinture/page/3/

     

     


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