Are you the publisher? Claim or contact us about this channel


Embed this content in your HTML

Search

Report adult content:

click to rate:

Account: (login)

More Channels


Showcase


Channel Catalog


Channel Description:

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

older | 1 | .... | 87 | 88 | (Page 89) | 90 | 91 | .... | 183 | newer

    0 0
  • 07/24/16--11:34: LE BAL CHEZ TEMPOREL
  • Si tu reviens jamais danser chez Temporel
    Un jour ou l'autre
    Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
    Auprès du nôtre

    D'une rencontre au bord de l'eau

    Ne restent que quatre initiales
    Et deux coeurs taillés au couteau
    Dans le bois des tables bancales

    Si tu reviens jamais danser chez Temporel

    Un jour ou l'autre
    Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
    Auprès du nôtre

    Sur le vieux comptoir tu pourras

    Si le coeur t'en dit boire un verre
    En l'honneur de nos vingt carats
    Qui depuis se sont fait la paire

    Si tu reviens jamais danser chez Temporel

    Un jour ou l'autre
    Pense aux doigts qui tous ont laissé quelques " je t'aime "
    Auprès du nôtre

    Dans ce petit bal mal famé

    C'en est assez pour que renaisse
    Ce qu'alors nous avons aimé
    Et pour que tu le reconnaisses

    Si tu reviens jamais danser chez Temporel

    Un jour ou l'autre
    Pense aux bonheurs qui sont passés là simplement
    Comme le nôtre

     

    .

     

    ANDRE HARDELLET

     

    .

     

    renoir

    Oeuvre Pierre Auguste Renoir

     

     


    0 0


    0 0
  • 07/25/16--09:53: UN MURMURE DE LUMIERE
  • Il a plu ce matin
    et l’eau venue du ciel
    adoucit de rosée
    les ronces de la nuit.
    Chaque rire d’oiseau
    est une vague de plume
    sur l’océan des feuilles.

    Dans la maison du temps
    l’espace est une porte
    que l’on ouvre sans main.
    Malgré tous les faux pas
    j’ajoute l’espérance
    à la grandeur des mots.

    J’ai mis sur l’absence
    une passerelle de phrases
    mais l’attraction du fleuve
    emporte vers la mer
    jusqu’à l’encre des pas.

    Tu as laissé en moi
    un murmure de lumière
    que même la distance
    ne pourra pas éteindre.

    Derrière chaque mot
    chaque geste
    les battements de ton cœur
    changent le cours du mien

     

    .

     

    JEAN-MARC LA FRENIERE

    http://lafreniere.over-blog.net/2016/07/

     

    .

     

     

    charles-camoin

    Oeuvre Charles Camoin

     

     


    0 0
  • 07/25/16--10:07: SEYRAN...Fragment
  •  Par une lamentation nous commençons à vivre

    Avant de parler nous savons blasphémer

    Si la moitié de notre vocabulaire est de louange

    Le reste est malédiction

    Quelle cruche se remplit

    Quelle source coule plus vite que nous

    La corde la plus tendue, c’est nous

    Mais

    Combien de Job s’ébahissent de notre patience

    Nos tribus tiennent la montagne

    Nous sommes un peuple debout

    Dans les cités les bidonvilles sont notre image

    Nous avons mille civilisations sédentaires

    Notre tambour qui bat le départ

    N’est pas usé.

     

    .


    GÜLTEN  AKIN
    (Traduit du turc par Michel Aquien, Guzine Dino et Pierre Chuvin.)

     

    .

     

    charles landelle,,

    Oeuvre Charles Landelle

     

     




    0 0
  • 07/25/16--11:01: FEUILLETS ...Extraits
  • L’exubérance, fleurs, feuillages, du milieu de juin n’est rien comparée à la puissante maturité qui saisit cette terre plus belle qu’aucun ciel. A la fin de juillet le ciel auparavant comme une lisse toile bleue se creuse soudain, gouffre sans un frisson où baignent les feuillages verts et noirs d’une dureté inexorable ; et lorsque août arrive, on voit vers le soir la lumière comme un fleuve fuir à l’horizon vers une mer inconnue et rendre à la voûte abandonnée sa transparence peu à peu chargée d’étoiles.

     

    .

     

    GUSTAVE ROUD


    .

     

    John White,

    Oeuvre John White


    0 0
  • 07/26/16--10:52: BASALTE ROUGE
  • De si loin
    revenu par magie
    amant veilleur
    pris dans les bras
    mains maladroites

    rendre la chair vive
    être brasier et fagot
    de purs blasphèmes
    hallucinés

    soufre,
    herbe brûlée
    langue obscure
    de quelque étranger

    brûle lucide les plaintes
    blasphèmes
    vie coupée
    versets redoutés

    prière d’insérer
    enfer
    noces de terreur
    bandit éclopé

    que guettes tu
    au bout de l’exil ?

    j’emprunte les yeux des femmes aimées pour éclairer mon chemin
    la nuit bouillonne
    viens aiguiser les mots sur la pierre
    mots tranchants de l’agonie

    qui crie : aimez-moi ?
    sais tu aimer ?
    il te vient une averse de pleurs
    dieu… que la fin des braises consume
    le désir de vivre

    donne les mots inouïs
    torturés de clarté
    ravage, tapage
    quelle flamme as-tu jeté
    sur l’essentiel ?

    Lettres d’ici, voyant
    Energie nouvelle,
    Ivresse folle
    Lave en fusion injectée dans la langue

    La vie fuit
    Mon amour
    La vie fuit

    Nomade fougueuse
    Déracinée, errante, barbare ?
    Tu habites mon corps
    Et offre rédemption à ma pudeur paysanne

    Entière innocence
    Désespoir caché

    A l’heure retournée de la vie
    La vie fuit
    Mon amour
    La vie fuit

    Ce bord de gouffre
    De l’extase où le cœur transgresse
    comme une cavalcade furieuse
    pouliche des plaines immenses
    tes accents rauques et rudes.

    sorcier,
    tes rêves primitifs hors de l’histoire
    Écartelé entre les murs étroits
    cheval halluciné
    sorti du ventre de la terre
    et des prairies sauvages

    la vie fuit

    l'un pour l'autre restant
    Nous deux
    seuls,
    La vie fuit
    Mon amour
    La vie fuit

    Vois la lumière
    Entrevois le soleil
    Etrange, ardent, obscur
    un morceau de basalte rouge
    tournoie éternel
    dans la gorge du temps

     

    .

     

    NICIOLE BARRIERE

     

    .

     

     

    Edyta Pekala,

    Photographie Edyta Pekala


    0 0

    Ne trouvons plus de mots assez aigus
    pour exprimer l'ampleur du désastre
    vivons disloqués
    dans les convulsions de l'angoisse
    parmi les remous d'un désespoir si absolu
    que rien n'en altère la cruauté
    Sommes réduits à mendier les caresses de la mort
    à accepter l'horreur pour s'en faire une défroque
    dérivons vers les ravines de boue
    jaillirons enchaînés du centre putréfié de l'humiliation

    .

     

    FRANCIS GIAUQUE

     

    .

     

    nath magrez 2,

    Photographie Nathalie Magrez


    0 0

    Des Christ
    Des suaires
    Des prophètes
    Des arbres rouges d'oiseaux
    Flottent dans l'attente,

    Don Quichotte
    Les apôtres
    Des cantiques
    Des baies rouges
    Des branches de buis

    Le rituel dérisoire et toujours répété de la croyance
    en la tendresse humaine
    L’enfant, l’oiseau, les loupsPar-dessus les pleurs, il reste l’amour
    Du plus ordinaire des jours
    En plus simple apparence, l’ange
    Se pose sur les mains jointes

    Comme on voit près de l’arbre décimé
    Un corbeau solitaire dépecer la misère humaine
    Comme on lit les prières arrachées aux livres sacrés
    La peau du temps se désagrège
    Les dernières colombes passent dans le ciel
    Les fleuves débordent d’orage

    Comment reconnaîtrons-nous les empreintes des fraternités ?
    A quelle flamme tamisée, à quel courage de résister
    De ne pas s’avilir en paroles de honte ?

    Il nous faut tenir la poésie comme un jardin
    Obstinément croire à la patience des fleurs
    Et aux chants amoureux des oiseaux
    Consoler de gestes silencieux et d’un tendre sourire.

    Rageusement viendra la joie ouvrir les cœurs

     

    .

     

    NICOLE BARRIERE

    27/07/2016

     

    .

     

    Jamil Naqsh15,

    Oeuvre Jamil Naqsh


    0 0
  • 07/27/16--09:22: LES MAINS NEGATIVES
  •  Devant l'océan
     sous la falaise
    sur la paroi de granit

    ces mains
    ouvertes

    Bleues
    Et noires

    Du bleu de l’eau
    Du noir de la nuit

    L’homme est venu seul dans la grotte
    face à l’océan
    Toutes les mains ont la même taille
    il était seul

    L’homme seul dans la grotte a regardé
    dans le bruit
    dans le bruit de la mer
    l’immensité des choses

    Et il a crié

    Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité je t’aime

    Ces mains
    du bleu de l’eau
    du noir du ciel

    Plates

    Posées écartelées sur le granit gris

    Pour que quelqu’un les ait vues.

    Je suis celui qui appelle
    Je suis celui qui appelait qui criait il y a trente mille ans

    Je t’aime

    Je crie que je veux t’aimer, je t’aime

    J’aimerai quiconque entendra que je crie

    Sur la terre vide resteront ces mains  sur la paroi de granit face au fracas de l’océan

    Insoutenable

    Personne n’entendra plus

    Ne verra

    Trente mille ans
    Ces mains-là, noires

    La réfraction de la lumière sur la mer fait frémir
    la paroi de la pierre

    Je suis quelqu’un je suis celui qui appelait
    qui criait dans cette lumière blanche

    Le désir
    le mot n’est pas encore inventé

    Il a regardé l’immensité des choses dans le fracas des vagues, l’immensité de sa force

    et puis il a crié

    Au-dessus de lui les forêts d’Europe,
    sans fin

    Il se tient au centre de la pierre
    des couloirs
    des voies de pierre
    de toutes parts

    Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité
    je t’aime d’un amour indéfini

    Il fallait descendre la falaise
    vaincre la peur

    Le vent souffle du continent il repousse
    l’océan
    Les vagues luttent contre le vent
    Elles avancent
    ralenties par sa force
    et patiemment parviennent à la paroi

    Tout s’écrase

    Je t’aime plus loin que toi
    J’aimerai quiconque entendra que je crie que je t’aime

    Trente mille ans
    J’appelle
    J’appelle celui qui me répondra

    Je veux t’aimer je t’aime

    Depuis trente mille ans je crie devant la mer le spectre blanc

    Je suis celui qui criait qu’il t’aimait, toi.



    .

     

    MARGUERITE DURAS

    .

     

     

    mains,

    Mains négatives


    0 0
  • 07/27/16--12:39: TEMPS DE L'ARBRE
  • Ce n’était pas l’arbre.

    Mais la brise, oui, et l’oiseau

    et la prière de l’oiseau;

    et la doctrine du fruit,

    le rituel des papillons

    jaunes.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais le campanile, oui, des corolles

    et la terre pour la descente des fleurs

    et la racine des pluies

    et la broderie des ombres

    et le  bras vert dans la bruine.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais le nuage, oui, et le vent

    et la voix, le corps et l’âme du vent

    et les membres pour la soif de l’eau

    et les entrailles pour le désir de soleil

    et le chemin aux ailes transparentes.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais la lune, oui, et les arêtes

    multiformes de sa lumière métallique

    et la vie dans le pulpe du fruit

    et l’instant des mains

    et l’apaisement de certaine nostalgie.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais la tempête, oui, et le temps

    et l’aube et le crépuscule

    et le créateur du paysage

    et le visible des choses terrestres

    qui furent avant afin qu’il soit lui.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais l’exaltation , oui, de ce qui est petit

    et le prodige de l’herbe à ses pieds

    et les portes de l’aurore damassée

    et la fin de l’obscurité ;

    et peut-être l’intimité de l’étoile rose.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais le fait, oui, entre tant de faits

    et l’attirance des souvenirs

    et l’automne, l’hiver, l’été,

    le calice de la sérénité

    et les interstices inquiets du ciel.

    Ce n’était pas l’arbre.

    Mais la légende, oui, faite pour évoquer

    la mémoire d’autres arbres

    et de ce qui n’est pas en eux

    pas en nous non plus

    et doit remonter dans un temps immémorial.

     

    La légende de l’arbre.

    Ce n’est pas l’arbre.

    Voilà tout.

    C’est le temps immémorial.

     

    .

     

    MARIA LUISA ARTECONA DE THOMPSON

    TraductionFrançoise Campo – Timal

     

    .

     

     

    william russell flint

    Oeuvre William Russell Flint

     


    0 0
  • 07/27/16--12:50: TIEMPO DEL ARBOL
  • No era el árbol.

    Pero la brisa, sí, y el ave

    y la plegaria del ave;

    y la doctrina del fruto

    y el ritual de las mariposas

    amarillas.

    No era el árbol.

    Pero el campanario, sí, de las corolas

    y la tierra para el descenso de las flores

    y la raíz de las lluvias

    y el motivo de las sombras

    y el brazo verde en la llovizna.

    No era el árbol.

    Pero la nube, sí, y el viento

    y la voz, el cuerpo y el alma del viento

    y los miembros para el ansia del agua

    y las entrañas para el deseo del sol

    y el camino de alas transparentes.

    No era el árbol.

    Pero la luna, sí, y las aristas

    multiformes de su luz metálica

    y la vida en la carne de la fruta

    y el instante de las manos

    y el sosiego de alguna nostalgia.

    No era el árbol.

    Pero la tempestad, sí, y el tiempo

    y el alba y el crepúsculo

    y el hacedor del paisaje

    y lo visible de las cosas terrestres

    que antes fueron para ser él.

    No era el árbol.

    Pero la exaltación, sí, de lo pequeño

    y el prodigio de la hierba a sus pies

    y las puertas de la aurora adamascada

    y el fin de la oscuridad;

    y tal vez la intimidad de la estrella rosada.

    No era el árbol.

    Pero el hecho, sí, entre tantos hechos

    y la atracción de los recuerdos

    y el otoño, el invierno y el estío

    y el cáliz de la serenidad

    y los inquietos intersticios del cielo.

    No era el árbol.

    Pero la leyenda, sí, para evocar

    la memoria de otros árboles

    y de lo que no está en ellos

    y tampoco en nosotros

    y ha de caer en tiempo inmemorial.

     

    La leyenda del árbol.

    No es el árbol.

    Nada más.

    Es el tiempo inmemorial.

    .

     

    .

    .

    MARIA LUISA ARTECONA DE THOMSON

    .

    .

     

    .

    Anna Horvath

    Oeuvre Anna Horvath

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    0 0

    Je me noierai dans tes étreintes
    Dans tes vallées, tes sillons
    Tes merveilleux labyrinthes
    Et tes mystérieuses plaintes
    À chaque amour que nous ferons

    Le rouge de ta bouche peinte
    Enflammera l’horizon
    Jusqu’aux étoiles presqu’éteintes
    On y trouvera nos empreintes
    Et de là, nous nous perdrons

    Le monde peut dormir tranquille
    Il ne fait qu’un rêve à la fois
    Des rêves à la fois, j’en fais mille
    Ils ont tes manières et ta voix

    Avant de recouvrir la Terre
    Chaque nouveau matin viendra
    Naître en dessous de tes paupières
    Et n’avancer qu’à ton pas

    Tu feras fondre mes silences
    Envoler tous mes ballons
    Et s’écrouler en cadence
    Dans les vertiges qui avancent
    Tous mes soldats de plomb

    A chaque instant, tout recommence
    Chaque souffle, un tourbillon
    Chaque geste, une impatience
    La mort est la renaissance
    À chaque amour que nous ferons

    Le monde peut dormir tranquille
    Il ne fait qu’un rêve à la fois
    Des rêves à la fois, j’en fais mille
    Ils ont tes manières et ta voix

    Avant de recouvrir la Terre
    Chaque nouveau matin viendra
    Naître en dessous de tes paupières
    Et n’avancer qu’à ton pas

    Les enfants auront ton sourire
    Ceux qui viendront, ceux qui sont là
    Pour nous empêcher de grandir

    Il ne restera qu’à choisir
    Le fou qui annoncera pour moi
    Le seul secret que je peux dire
    Le jour qui se lève vient de toi

    Je me noierai dans tes étreintes
    Dans tes vallées, tes sillons
    Tes merveilleux labyrinthes
    Et tes mélodieuses plaintes
    À chaque amour que nous ferons

    Le monde peut dormir tranquille


    .
    FRANCIS CABREL
    .

    .


    0 0

      "Les régimes politiques rêvent d'assurer leur légitimité en assurant le bonheur, mais qu'ils soient de droite ou de gauche, totalitaires ou libéraux, tous ces régimes suscitent des sociétés mystifiées, et par conséquent soumises. La mystification devrait permettre, en théorie, d'obtenir la soumission, non pas au pouvoir mais à l'idée, cependant la bonne idéologie ne va jamais sans bonne police. Alors le pouvoir tâche de rattraper la contrainte par le bien-être. Cette situation et le décalage qui la fonde, a tout pour être tragique, elle n'est que caricaturale. Et d'autant plus que, sous tous les régimes, le bien-être est finalement l'issue vers laquelle se précipitent les mécontents, les opposants, les frustrés, les aliénés. On assiste alors à une démission générale dans l'abattement de laquelle chacun ne consomme que sa propre vie.
        La consommation, bien que dévalorisée, reste la seule excuse, le seul alibi, d'un pouvoir dont l'apparence est désormais tout économique. La rivalité des
        systèmes politiques se mesure au succès de leur économie, le reste est fioritures. Tout est donc marchandise, y compris la vie des individus dans un troc généralisé qui mêle les produits, les mentalités, les corps. On ne s'est pas aperçu que la société industrielle, d'abord considérée comme inhumaine, a si bien envahi tous les domaines qu'il n'y a plus de différence entre la société et l'industrie : nous ne sommes plus des humains mais des industriels. De là cette bureaucratie envahissante, ces plaisirs à la chaîne, ces villes qui sont autant de camps de la mort - une mort douce, bien sûr, dont chacun est l'inconscient complice robotisé.
        Il est curieux qu'au moment où le monde n'a jamais produit tant de richesses survienne un tel abattement. C'est que notre matérialisme est une abstraction (autrement dit un idéalisme déguisé) : au lieu de ramener enfin l'esprit à sa place, dans notre chair, et de tirer de cette incarnation une liberté basée sur une responsabilité nouvelle, il n'entraîne qu'une dissolution des valeurs anciennes et la résignation à la perte du sens."

        "L'utopie vaut mieux que la science des morts-vivants, car elle maintient battante l'ouverture."

        "...nous sommes des poissons sur le sable - sauf que nous le sommes sans douleur par ignorance de la mer, ou de l'espace infini."

    .

     

    BERNARD NOËL

     

    .

     

    Allégorie de l'âme

    Oeuvre Salvador Dali

     

     


    0 0


    0 0
  • 07/29/16--08:45: LIBER
  • Le mot liber, en latin, désignait la partie vivante de l'écorce. Il a passé sous cette forme, et avec le même sens, en français. Comme cette partie de l'arbre servait àécrire, liber en est venu à s'appliquer au livre. Mais il avait d'autres significations, dans la vieille langue mère : il signifiait socialement libre, affranchi de charges et de servitudes. On l'employait parfois au singulier, pour désigner l'enfant. Enfin, c'était le nom d'une vieille divinité que l'on a confondue, plus tard, avec Bacchus. Horace, dans ses Odes, s'en sert pour parler du vin.

    L'étymologie est une science du passé, de la lettre morte, des paroles gelées. Elle ne saurait déchiffrer la signification de l'heure toujours neuve qu'il est. Il se trouve, pourtant, que les divers sens qui s'attachèrent, jadis, au mot liber flottent encore autour de livre. L'occasion était trop belle pour la laisser passer.

    Puisque le livre a rapport à l'arbre, qu'il désigne sa partie vivante, cette couche de l'écorce par laquelle s'effectue la circulation de la sève, le passage de la vie, je parlerai d'abord de ce qui me semble constituer le trait majeur de l'époque actuelle : à savoir la disparition de la société agraire traditionnelle, du monde bocager, lacustre, immobile, vieux de deux mille ans, que les vingt dernières années ont balayé. Tout finit à la ville, prophétisait un économiste du siècle passé, qui était aussi philosophe. Nous avons vu s'accomplir la prophétie.

    La vie s'est concentrée dans l'espace réduit, rationnel, fonctionnel des zones urbaines. Ce qu'elle a gagné en efficience économique, elle l'a payé d'un immense désenchantement. L'heureux hasard qui rassemble à l'origine du livre l'ivresse et la délivrance, la sève et l'enfance, ce même hasard veut que François Bon se trouve à cette tribune. Il est celui qui a décrit avec la plus grande vigueur, pour l'avoir subi en personne, le brutal processus d'urbanisation qui a marqué les dernières décennies. C'est ici-même, en Seine Saint-Denis, qu'il a écrit un des livres noirs à couverture blanche qui portent son nom : Décor ciment. Il a représenté, avec la puissance suggestive qui n'appartient qu'à l'oeuvre d'art, les nouvelles structures du monde matériel et l'oppression mentale qu'elles exercent sur ses occupants. Lorsque les barres, les tours, les blocs, les dalles, les parkings, les centres commerciaux en tôle gaufrée, les voies rapides ceinturées de glissières couvrent la surface du sol, ils ensevelissent le territoire où l'imagination enfonçait, depuis le fond des âges, ses racines et puisait son aliment.

    Je ne prétends pas que le vieux monde, l'étendue ouverte, sylvestre, virgilienne dans laquelle les gens de mon âge ont fait les expériences cardinales, celles de l'enfance, de l'adolescence, de la première fois, fut meilleur que celui-ci. Il était, lui aussi, dominé par la nécessité. Il avait pour fondement le travail de l'homme, celui, constant, épuisant, que l'on tire de la machine corporelle, de soi. Il a eu sa part de misère et ses maux. Il a connu la parcimonie, la rareté, l'immobilité, l'ignorance. Le même philosophe économiste qui annonçait le triomphe de la ville a eu un mot pour le stigmatiser -"l'idiotie rurale" .

    Seulement voilà. Si rude que fût la nécessité, c'est-à-dire la contrainte économique - et elle l'était au suprême degréà ce stade désormais révolu de notre histoire - , elle restait immergée dans ce qu'on pourrait appeler la totalité de l'existence. Et j'entends par là tout ce par quoi nous sommes autre chose que des agents économiques mus par le calcul explicite du gain pécunier. Ou, pour dire les choses autrement, la sphère de l'activitééconomique, le monde de la production et de la circulation ne s'était pas détaché de la création. On ne lisait guère. On n'en avait pas le temps ou la force après qu'on avait passé tout le jour à travailler. On n'avait pas l'argent qu'il fallait. Parfois, même, on n'en avait pas la capacité. On était illettré. J'ai connu des gens d'un certain âge, lorsque j'étais enfant, des femmes, surtout, qui ne savaient pas lire. On leur avait mis un travail manuel entre les mains à l'instant, à peu près, où elles en avaient eu l'usage. On n'avait pas de quoi, pas le choix. C'était ainsi. Mais ces femmes étaient admirables, des êtres accomplis, parce qu'elles avaient puisé dans "le grand livre du monde", comme dit Descartes, les enseignements, les clartés, la finesse, la sagesse qu'elles n'avaient pu se procurer à l'école, dans des volumes de papier imprimé.

    Longtemps, le soin de vivre fut si pressant, dévorant, qu'il excluait l'usage des livres. Mais alors les choses tenaient à l'esprit et au coeur ce langage dont Bachelard a montré, dans de magnifiques études, les échos qu'il éveillait en nous. Le temps me manque pour citer, comme j'aurais aimé le faire, certaines pages qu'il a écrites sur les leçons plénifiantes que l'âme tirait de l'air, de l'eau, de la terre et du feu. Celles et ceux qui vécurent à l'écart, qui disputèrent leur existence au vieux sol, dans le vent, sous les pluies et la canicule, ceux-là furent hommes et femmes autant qu'il est en nous, c'est-à-dire au monde, aux quatre éléments qui en forment la substance. Et c'est cela que nous avons perdu sur le chemin qui mène à la ville.

    Je n'imagine pas sans effroi l'âme que fait aux enfants d'aujourd'hui l'aride décor de ciment où ils sont enfermés. Jamais les ressorts de l'expérience élémentaire, heureuse, poétique, les oiseaux et les sources de l'illumination rimbaldinenne n'ont été si complètement absentés qu'en cette heure des heures juvéniles où l'on fait provision d'émois et de merveilles pour sa vie à venir.

    Avec les"tendres bois de noisetiers", c'est l'expérience du règne végétal, la gamme la plus délicate des sensations qui manque, désormais, à la perception du monde -l'écorce fine, le premier liber-.

    La jeunesse n'est plus cette "ivresse sans vin" dont le souvenir étourdissait encore le vieux Goethe. Le liber d'Horace s'est évaporé sans laisser de traces.

    L'élément brut, irréductible, gratuit qui se trouvait autrefois mêlé au travail et à la vie en a été chassé par l'emprise totale du profit économique sur toutes les formes de l'existence. La douceur d'un paysage, la lumière, l'odeur de la terre, la voix du bois, le silence, rien que le silence pouvaient faire contrepoids au pire labeur, maintenir, autour de ce qu'on qualifie de réel, un large halo de songes et de contes, une effusion, un horizon de possibles, bref, une liberté que les murs de la ville ont étouffée.

    Des acceptions primitives du mot liber, un seule a survécu : le livre. Mais elle combine toutes les autres. C'est à la chose de papier de dispenser l'ivresse , la sève, la liberté que la réalité contemporaine a exilées. Il y a un goût amer au temps que nous vivons. Mais il contient, comme chacun des moments dont notre histoire est faite, une requête intemporelle. Il exige que nous tâchions à réaliser, quoiqu'il advienne, la forme entière de notre condition. Quand les choses qui exaltèrent Rimbaud, l'oiseleur, l'enfant-fée, ont déserté le paysage, c'est au livre qu'il appartient de prodiguer aux enfants leur dû imprescriptible d'images, d'errances, de rêves et de beauté.

    Qu'il s'y emploie, deux faits l'attestent.

    Le premier, c'est l'extraordinaire floraison du livre de jeunesse, l'attention que les éditeurs ont accordée depuis quelques années à ce secteur de leur activité. Les fastes élémentaires, les merveilles, s'ils ont quitté le paysage, avec les choses auxquelles ils s'attachaient , n'ont pas pour autant abandonné le champ de l'expérience, disparu de l'existence. Ils se sont réfugiés entre les plats de couverture des ouvrages imprimés. Ils veillent toujours dans cette partie de la réalité qu'on appelle un livre, dans ce miroir qui s'ouvre et réfléchit le monde tout entier.

    Mais pas plus que la forêt de jadis, les bêtes, la mare, le chemin, le gnome ne livraient spontanément leur histoire et leur secret, le livre ne s'entrebâille de lui-même aux yeux de ceux qu'il a vocation d'enivrer, d'instruire et de délivrer. Et c'est le deuxième fait : l'existence d'un lieu distinct, d'un salon du livre de jeunesse, comme une persistante et mystérieuse lisière au coeur de la cité.

    Rien ne se perd ni ne meurt. Nous portons le passé dans notre profondeur présente. Les cinq sens de liber rayonnent encore autour du mot livre.

     

     

    .

     

     

    PIERRE BERGOUNIOUX

     

     

    .

     

    Michael Shainblum Photography,

    Michael Shainblum Photography


    0 0
  • 07/30/16--10:32: DEMAIN JE CROIS
  • Malgré le peu d'argent qu'on a
    Malgré notre gueule en tirelire
    Et le goût des chemins de croix
    De la mitraille et du délire

    Malgré ces gens qui march’ au pas
    Qui se réchauffent d'être ensemble
    Malgré trois cents gueules de bois
    Et des milliers de mains qui tremblent

    Demain je crois

    Malgré les chemins de l'amour
    Et cette peur que j'ai des femmes
    Qui m'ont laissé le souffle court
    Au petit jour au bord du drame

    Malgré mes cheveux qui s'en vont
    Et ma voix de plus en plus fausse
    Dans les ornières de mes chansons
    Malgré mes dents qui se déchaussent

    Demain je crois

    Malgré la peur du lendemain
    Qui me prend le soir à la gorge
    Et qui serre fort à deux mains
    Malgré l'enfer que je me forge

    Demain je crois

    Malgré mes enfants de l'amour
    Que j'ai vu mourir avant terme
    Malgré des milliers de discours
    Et ma gueule enfin que je ferme

    Malgré les soleils de minuit
    Qu'on imagine à la campagne
    Et qui vont se coucher sans bruit

     

    .

     

    BERNARD DIMEY

     

    .

     

    BERNARD LIEGEOIS1

    Photographie Bernard Liegeois


    0 0
  • 07/30/16--11:18: MAHAMUDRA...Extrait

  • Né du moi confus
    du corps troublé et de l’esprit dément
    né des pages du savoir
    jetées au vent
    né du vol de la mouette rieuse
    et des échos de son cri
    né des images embrasées
    dans le sombre océan de la nuit
    né de tant de contradictions
    glace brûlante et feu gelé
    le blanc, le vide, le nu
    voilà ce que j’ai toujours recherché


    Ici, sur l’île aux oiseaux
    où l’océan vient déferler
    en cercles d’écume rageuse
    autour des rocs fracturés
    où l’esprit s’élève
    sur les ailes du fou
    ou bien s’abîme à contempler
    le quartz blanc d’un caillou
    j’ai retrouvé mon être vrai
    qui est incandescence
    la pensée à peine perceptible
    perdue dans l’immanence.

     

    .

     

    KENNETH WHITE

     

    .

     

    white

     

     


    0 0


    0 0
  • 07/31/16--13:56: JOEL GRENIER...Extrait
  • Du jardin des secrets, les portes s'ouvrent sans faire de bruit, comme un aveu qui perce les murs du silence.
    Sans doute était-il temps de partager la lumière, la confidence des ombres pour ouvrir les allées aux fleurs.
    C'est un murmure du ciel qui lézarde au soleil, une envie de lierre qui rampe jusqu'aux demains où les feuilles vierges se lisent pour le plaisir de se vriller aux cœurs.
    Entrez, les herbes folles ! Il n'y a plus d'hellébore pour vous soigner ! Il n'est plus que la rose de noël pour entendre l'appel des petites boules noires de désirs.

    .

     

    JOËL GRENIER

     

    .

     

    joel grenier,

     

     

     


    0 0
  • 07/31/16--14:05: LE TRES BAS...Extrait
  • «Écoutons les bruits du monde à la fenêtre. Le bruit de l’or, le bruit de l’épée, le bruit des prières. Ceux qui comptent leurs sous derrière un rideau lourd. Ceux qui cuvent leur vin au fond de leur château. Ceux qui marmonnent sous la dentelle des anges. Le marchand, le guerrier et le prêtre. Ces trois-là se partagent le treizième siècle. Et puis il y a une autre classe. Elle est dans l’ombre, trop retirée en elle-même pour qu’aucune lumière puisse jamais l’y chercher. Elle est comme la matière première des trois autres. Les marchands y puisent la main d’œuvre dont ils ont besoin. Les guerriers y trouvent de quoi renouveler leurs armées. Les prêtres y flairent les âmes dont ils ont goût. Ces trois-là espèrent quelque chose en récompense de leur travail : la fortune, la gloire ou le salut. Cette classe n’espère rien, pas même le passage du temps, l’endormissement de la douleur. Cette classe est celle des pauvres. Elle est du treizième siècle et elle est du vingtième, elle est de tous les siècles. »

    .

     

    CHRISTIAN BOBIN

     

    .

     

     

    guy denning1,

     

     


older | 1 | .... | 87 | 88 | (Page 89) | 90 | 91 | .... | 183 | newer