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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 09/04/16--03:26: LE COÛT DE LA RENTREE...
  • Depuis des jours nous voyons les médias presser jusqu'à plus soif son jus de marron préféré: le coût de la rentrée.
    Reportages in situ avec caddies chargés, mères énervées, enfants frustrés ou gâtés, perspectives de rayons de cartables tous plus horribles et toc les uns et que les autres, rien n'y manque. Combien coûtera la rentrée? Où pourrons nous faire les meilleurs affaires? Voilà les questions!
    Depuis toujours on m'a enseigné que  l'école de la République était gratuite. Et naïvement je pensais qu'un élève arrivant sans rien à l'école devait pouvoir travailler et apprendre comme les autres. Combien de parents savent qu'il y a normalement un budget de fonctionnement qui permet aux écoles d'acheter le matériel nécessaire pour la classe. 
    En ces temps de gonflage de torse républicain et d'orgueil national mis en avant au moindre "métingue" politique il serait bon que notre république balaye un peu devant sa porte et rendre l'école réellement gratuite serait certainement un premier coup de serpillère salutaire.
    Le principe de gratuité de l'enseignement public exige que les activités d'enseignement qui se déroulent dans les établissements scolaires publics ne soient pas à la charge des parents d'élèves.  
    Ce principe de gratuité fut inscrit dans notre constitution en 1946.
    Je rêve d'une école conforme à ses principes, c'est naïf peut être mais on ne se refait pas, une école qui donnerait en début d'année à chaque élève de quoi écrire, lire, faire du sport, oui vous avez bien lu faire du sport, car je pense que l'école devrait fournir chaussures, survêtements et tee shirt, l'école devrait être un rempart aux marques et aux marketing asservissant. L'école devrait même assurer les élèves lorsque le contrat d'assurance des parents ne couvrent pas tous les risques. L'Etat verse une allocation de rentrée aux familles afin qu'elles dépensent cet argent à l'hypermarché du coin. Quand on y pense c'est vertigineux, en être arrivé là... Un peu moins de deux milliards d'euros, j'y vois une subvention de la grande distribution, ce serait moins hypocrite que l'Etat fasse des chèques directement à M&Me Leclerc, Auchan, Carrefour and co.
    Oui je rêve d'une école à la hauteur de ses slogans, c'est comme cela que la République récupérera ce terrain perdu, en se conformant à son idéal, pas besoin de lois ni de décrets, tout existent déjà, non, juste se rappeler d'où l'on vient, pourquoi nous avons créé cette école de la République. Imaginez la force de frappe d'une région qui lance des appels d'offres pour l'achat de fournitures scolaire, imaginez la quantité et donc le faible prix d'achat, imaginez ce que nos instances qu'elles soient départementales régionales ou nationales pourraient acheter avec ces deux milliards d'euros. Cela permettrait également de limiter les exigences de certains professeurs tatillons obligeant les élèves à se doter de toute une gamme de fournitures ne servant à pas grand si ce n'est satisfaire leur maniaquerie obsessionnelle et de calmer l'ardeur des parents à faire de leur enfant l'élève modèle qu'ils n'étaient pas. Et si cela pouvait enfin permettre une chose, une seule: ne plus voir cette masse de parents poussant des caddies plein de feutres et de cahiers, calculettes en main, ce serait déjà une reculade de l'asservissement et un pas de plus vers la civilisation.
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    PHILIPPE TORRETON
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    ECOLE


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  • 09/04/16--07:22: CORPS INNOCENTS
  • Le monde succombe
    Aux mains des égorgeurs
    En carcan de haine
    Qui déciment les corps innocents

    Puis s'échappant comme l'eau
    De toute emprise
    La liberté jaillit
    Hors du joug des violences
    Et des hantises du temps.

    Mais qui ramènera
    Des contrées
    De l'ombre et des glaives
    Ces vies interrompues
    Aux lisières de nos vies.

     

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      ANDREE CHEDID

    yveline wood2,

    Photographie Yvelyne Wood

     

     


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  • 09/04/16--07:49: LE POUVOIR DE CHOISIR
  •  ...l'être humain est constitué d'un Être intérieur
    (auquel on a donné différents noms
    dans différentes cultures et traditions :
    Âme, Centre, Ange solaire, Christ intérieur, Source,
    Moi supérieur, Conscience supérieure,
    Guide intérieur, Ego (avec une majuscule)
    et qu'il possède un véhicule de manifestation
    (appelé souvent "personnalité" ou ego)
    formé d'un corps mental, d'un corps émotionnel et d'un corps physique
    permettant à l'Etre intérieur de se manifester dans le monde de la matière.

    Cet Être intérieur, nous l'appellerons ici le Soi,
    mais évidemment le nom en lui-même n'a aucune importance.
    Il suffit d'en choisir un simplement pour se comprendre.

    Cet Être intérieur, formé de matière (ou conscience)
    vibrant à un taux vibratoire très élevé,
     a besoin d'un véhicule de manifestation
    pour pouvoir exprimer sa volonté dans le monde physique.
    Nous pouvons considérer, du point de vue de la conscience humaine ordinaire,
    que cet Être intérieur est parfait en soi, toute lumière, tout amour,
    toute intelligence, toute conscience, toute puissance, etc.
    C'est ce que l'on exprime souvent en disant
    que c'est ce que nous sommes en essence.

    Pourtant, malgré la perfection de ce que nous sommes vraiment,
    nous n'avons pas l'air de manifester beaucoup de perfection
    dans notre vie de tous les jours. Pourquoi ?
    Ce n'est pas parce que notre essence n'est pas parfaite,
    mais simplement parce que le véhicule de manifestation
    n'est pas encore tout à fait au point.
    Une image illustrera facilement ce point.

    Comparons notre Soi à un merveilleux pianiste
    extrêmement talentueux et génial.
    Pourtant, aussi génial qu'il puisse être,
    s'il ne dispose que d'un vieux piano mécanique désaccordé
    dont la construction n'est pas terminée,
    auquel il manque des cordes et des touches,
    dont le clavier est plein de colle, et qui de temps en temps
    se met à faire sa propre musique pré-programmée
    indépendamment de ce que veut jouer le pianiste,
    ce dernier ne pourra pas faire de la très belle musique
    dans ce monde physique.

    Pour qu'il puisse faire de la belle musique,
    il n'y a rien à changer dans l'essence de ce qu'il est ;
    il n'y a qu'à mettre le piano au point.
    C'est le genre de travail que nous devrons faire
    au niveau de notre personnalité.
    Finir de la construire, la raccorder, la déprogrammer, l'harmoniser,
    s'en dégager afin que notre Soi puisse exprimer son chant de beauté,
    de paix, d'amour et de liberté dans le monde physique.


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    ANNIE MARQUIER


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    werner hornung

    Oeuvre Werner Hornung

     

     


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  • 09/04/16--10:21: PHILIPPE TANCELIN
  • Vous franchissez la vie en la soulevant
    de l'insuffi des rêves anciens
    par la chair des questions ensevelies
    en ce bouquet offert à tant de gestes redoutés

    Qu’est-ce qu'un ciel sans l'espoir des yeux qui le lèvent?
    Qu’est-ce qu'un jour sans le courage au coeur qui l'infinit?
    Qu’est-ce que l'horizon sans l'oiseau qui le vole d'un trait de plume?

    La liberté a le visage de vos mains accordées à son heure
    Sur la promenade illimitée de votre quête
    le juste vient à la rencontre
    aussi certainement que vous marchez au coeur de l'enfance des choses

    Dévisager du cri toutes heures silencées censurées
    préserve d'entendre l'invoque du destin sacrificiel
    la seule voie(x) est juste où chacun porte sa face d'homme
    à son urgence

    En la saison du peuple-poème qui connaît ce jour l'audace des multitudes
    la promesse d'une immensité de partage de terres en mers
    épelle lettre à lettre la révolte de se raisonner
    La tentation nous saisit de nous rejoindre tous
    parmi les herbes folles sur la grève

    Quel plus beau et grand dessein
    que l'entrée dans votre cortège
    âme découverte
    pour vivre parmi les hommes
    cet étonnement d'ailleurs
    au pays même

     

    .

     

    PHILIPPE TANCELIN

     

    .

     

    ALGERIE,


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  • 09/05/16--11:09: AGNES SCHNELL...Extrait
  • On est un peu absent au monde

    On est dans le fatras
    encombré de pierres et d’histoires
    emmêlé d’enflures
    de baudruches d’exils vains.

    On est enspiralé dans la parole
    nu sous le regard des autres
    le sang trop vieux
    en nos veines épuisées.

    Quand on aura tout dénoué
    quand les fêlures n’auront plus de portée
    l’enfance sera peut-être
    terre étrangère en notre mémoire.

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    ENFANCE


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    Isbergues, le 16 mars 2016

    Madame le ministre,

    En septembre 2016, je franchirai les portes de ma classe pour la 25e année…
    Cela aurait pu être un bel anniversaire, n'est-ce pas ?
    Vingt-cinq années au service de mes élèves, latinistes, pour la plupart…
    Oui, je suis professeur de lettres classiques…
    Enfin, j'étais…
    J'aurais pu envisager cette rentrée avec joie comme je le fais depuis 25 ans…
    Mon métier, une vocation, une passion…
    Mais ça, c'était avant…
    Avant que vous ne décidiez cette abjecte réforme du collège et la mort programmée de mon enseignement.
    À vous qui portez cette réforme et la défendez, à vous qui prônez la réussite pour tous et déclarez la fin de l'élitisme au nom de l'égalité pour tous, à vous qui entendez défendre les valeurs de la République, je veux raconter l'histoire d'une enfant de l'École de la République, je veux raconter l'histoire de 25 ans de carrière au service de cette École de la République.
    Je veux raconter mon histoire et ma vocation, que vous êtes en train de détruire.

    Arrière-petite-fille d'un domestique qui ne savait ni lire ni écrire, petite-fille d'une femme de ménage, j'ai étéélevée à l'école du courage, à celle de l'effort et du travail.
    Je ne saurais vous dire combien de fois j'ai entendu mes parents me dire, ainsi qu'à mon frère cadet : « Il faut travailler à l'école, si vous travaillez, vous réussirez et vous aurez une meilleure situation que nous et vos grands-parents. Étudiez, les enfants, apprenez, lisez, ce sera cela votre vraie et seule richesse. »
     J'ai étéélevée à l'école de l'exemple : celui de mes parents qui, de simple ouvrière textile et ouvrier de chantier, ont fini leur carrière secrétaire médicale et technicien en électro-technique.
     Il fut une époque où nous faisions nos devoirs ensemble à la maison, les enfants d'un côté, les parents de l'autre.
    Alors, j'ai suivi leur exemple, par respect, par admiration, par devoir.
     J'ai travailléà l'école, j'ai aimé l'école, je m'y suis ennuyée aussi et je l'ai même détestée quelquefois, et il paraît qu'un jour, en rentrant de classe, alors même que j'étais encore en maternelle, j'aurais dit à mes parents : « Quand je serai grande, je serai maîtresse... »

    Cette vocation, puisque c'en était bien une, m'a portée tout au long de mes études.
    J'ai bénéficié de ce que vous appelez, Madame le ministre, comme tous ceux qui vous ont précédée, l'ascenseur social.
    Moi, enfant du peuple, j'ai choisi de faire ce qu'on appelait à l'époque un bac B avec toutes les options que j'ai eu le « droit » de présenter : latin, sciences naturelles et musique…
    Je partais au lycée pour 8 heures et en ressortais à 17 h 30, cinq jours par semaine, avec une pause méridienne qui n'existait pas, parce que, déjàà l'époque, latin et options se faisaient à des heures incongrues…
    Mais j'avais le « droit » de les suivre, ces fameuses options élitistes.
    Moi, enfant du peuple, je ne comptais pas mes heures de cours, je ne suis pas morte de ces emplois du temps surchargés, je me suis, au contraire, nourrie à l'École de la République, je me suis abreuvée à la source, je me suis repue de connaissances et de savoirs, d'auteurs classiques et d'humanités ; de tout ce qui fait de moi ce que je suis aujourd'hui.
    De tout ce que moi, enfant du Peuple, je ne pouvais espérer à la maison, de tout ce que mes parents voulaient offrir à leurs enfants.
    J'ai eu le « droit », parce que j'y ai travaillé avec ardeur, de poursuivre cette recherche d'excellence, de connaissances et de savoirs en classe préparatoire de lettres à l'époque où aucun quota n'existait pour les enfants d'ouvriers ou des cités.
    J'ai mérité ce droit simplement par mon travail et mon acharnement.
    Mon parcours a continuéà l'université en Licence et Maîtrise de Lettres classiques, jusqu'au moment tant attendu de mon premier poste de lettres classiques en collège, il y a bientôt 25 ans.
     J'ai poussé la porte de ma première classe avec une volonté presque unique : rendre à l'École de la République ce qu'elle m'avait offert, donner à chacun des élèves qui passerait dans ma classe ce que tant de professeurs m'avaient offert, offrir à chaque enfant de quoi s'abreuver, se nourrir et se repaître à plus faim de savoirs, de connaissances, de repères, de valeurs…

    Je l'ai fait longtemps et je le fais toujours…
    J'y ai cru longtemps, et je n'y crois plus…
    Je n'y crois plus, parce que ce parcours-là, Madame le ministre, qui n'est pas exceptionnel, et qu'ont connu et connaissent encore de nombreux élèves, ce parcours-là, qui au moins en partie a été le vôtre, vous avez décidé de le rendre impossible.
    Vous allez tuer tous les parcours d'exception qu'offrait l'École de la République au nom d'une égalitéégalitariste, parce que vous refusez de comprendre que, pour être équitable, l'École ne doit pas proposer la même chose à tous les enfants, parce qu'aussi ressemblants soient les enfants entre eux, il n'en est pas un qui ait le même besoin que son voisin.
    Vous me faites disparaître, non parce que vous faites disparaître ma matière, vous me faites disparaître parce que vous faites disparaître tout ce en quoi je crois, tout ce pour quoi je suis professeur depuis 25 ans.
      Je vous accuse, avec tant d'autres qui vous ont précédée, d'être responsable et coupable de la désespérance dans laquelle vous plongez notre jeunesse.Je vous accuse de refuser à mes prochains élèves toutes les richesses dont ont bénéficié les précédentes générations.
    Je vous accuse de priver mes plus jeunes enfants de l'École de l'exigence et de l'excellence à laquelle, moi, enfant du peuple, j'ai eu droit et d'être ainsi responsable de leur inculture à venir !
    Auraient-ils besoin d'Accompagnement Personnalisé en plus de leurs heures disciplinaires ?
     Tant pis pour eux, ils en auront, mais en lieu et place de leurs heures de cours.
    Voudraient-ils suivre un véritable enseignement du latin ?
     Ils n'en auront pas le droit !
     Auraient-ils, arrivés en 4e, envie de parfaire leur anglais et la volonté d'être bilingue au sortir du lycée comme leur sœur aînée ?
     Pas de chance, c'est terminé !
    Ils se débrouilleront pour l'être avec leur cours d'anglais en classe entière !
     Souhaiteraient-ils découvrir les métiers et études vers lesquels ils voudraient se diriger après la 3e parce que l'enseignement général ne leur correspond pas ?
     Ils auraient pu demander une option DP3.
     Mais ça, c'était avant !
    Combien de parents pourront ajouter l'école à la maison pour pallier les manquements de l'École ?
     Combien de parents auront les moyens d'offrir des cours particuliers à leurs enfants pour qu'ils puissent continuer à avoir accès aux savoirs et aux connaissances ?
     C'est cela votre conception de l'égalité pour tous ?

    Ce n'est pas la mienne !
     Et je sais d'où je le tiens : mes parents, avec la meilleure volonté de monde, n'auraient jamais pu remplacer l'École si elle n'avait pas été de qualité.
     Au contraire, ils lui faisaient confiance et ils avaient raison…
    Sans doute, suis-je de ces dernières générations non sacrifiées.
    Je viens, aujourd'hui, de recevoir ma répartition horaire pour l'an prochain…
    L'an prochain, Madame le Ministre, grâce à cette réforme que vous défendez si bien, je devrai enseigner 21 heures par semaine : 16 heures de latin, les seules qui survivront à la réforme (sur les 26 qui existaient jusqu'à présent) et 5 heures de français, soit 21 heures de présence en cours , 4 niveaux de classes différents, 4 nouveaux programmes à préparer contre un temps plein en latin cette année sur 2 niveaux…
    Quelle reconnaissance de mon métier, n'est-ce pas ?
    De mon investissement ?
    Votre directrice générale de l'Enseignement, Madame Florence Robine, y a déjà répondu : « Les profs, ils auront leurs vacances pour préparer, et ils n'ont pas besoin de manuels, tout est sur Internet. »
    Vous dites vouloir promouvoir le latin pour tous…
    Il existait déjà, et bien avant vous !
     L'interdisciplinarité, Madame le ministre, cela fait 25 ans que je la pratique !
     Mes cours ne sont pas faits que de déclinaisons et de grammaire qui ennuient mes élèves !
    Faut-il si peu connaître mon métier et me mépriser ?
    Faut-il tant me mépriser pour me dire en formation que ma « position monolithique d'opposante à la réforme ne vaut que parce que je suis susceptible de perdre mon poste et qu'il faut avoir pour moi de la compassion jusqu'au mois de juin » ?
    Faut-il tant mépriser notre langue et les élèves pour m'apprendre, toujours en formation, que l'an prochain, il serait judicieux que je tolère, dans les copies, « les petit-ENT filles » parce qu'il y a la sensation du pluriel ?
    Faut-il tant mépriser le métier de professeur ou le méconnaître pour laisser dire que « l'enseignant ne transmet plus les connaissances liées à sa discipline, il aide l'élève à construire les compétences qui feront de lui un bon citoyen européen » ?
    Oui, je crains que vous ne me méprisiez, que votre silence, une fois de plus, ne soit que mépris, que vos interventions médiatiques prochaines ne soient que mépris…

    Pourtant, Madame le ministre, si vous preniez la peine de m'entendre, si vous preniez la peine d'écouter la désespérance et le cri du cœur de l'appel qui vous est lancé, vous y trouveriez bien plus que de simples « bruits de chiottes », vous y trouveriez le respect que j'ai pour mes élèves, vous y trouveriez le respect que j'ai de mon métier, vous y trouveriez la passion qui m'anime chaque fois que je passe le seuil de ma classe, vous y trouveriez cet amour que j'ai de mes élèves et que je suis en train de perdre de mon métier…

    Et si vous preniez la peine d'entendre et d'écouter les 80 % de professeurs qui s'opposent aujourd'hui à cette réforme, à celle des rythmes scolaires et à celle du lycée, vous entendriez des femmes et des hommes de conviction, des femmes et des hommes de propositions, des femmes et des hommes convaincus que notre École est malade de sa refondation et des réformes qui se succèdent, des femmes et des hommes prêts àœuvrer de longues années encore pour une Réinstitution de l'École au service de tous les enfants de la République.

    Continuez à nous mépriser encore, Madame le ministre, et vous entendrez bientôt le bruit de notre colère, vous entendrez gronder notre désespérance, parce qu'il n'y a rien de pire que de ne pas être entendus alors même que d'autres le sont.
    J'aspire au jour où je pourrai de nouveau m'adresser à mon ministre de tutelle, avec tout le respect qui lui est dû, j'aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour moi, professeur, autant de respect que j'en ai pour mes élèves.
    J'aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour mes élèves tout le respect qui leur est dû.
    J'aspire au jour où mon ministre de tutelle saura réinstituer l'École de la République.

    Alors, seulement, ma haute considération et mes salutations respectueuses seront sincères, alors seulement, la confiance reviendra.

    Je vous prie donc d'agréer, Madame le ministre, mes salutations qui ne sont respectueuses que parce qu'elles sont formelles.

     

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    ISABELLE DIGNOCOURT

    Professeur certifiée de lettres classiques

     

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    Latin,


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  • 09/06/16--09:52: FRANCOIS CHENG...Extrait
  • Suivre le poisson, suivre l'oiseau.
    Si tu envies leur erre, suis-les
    Jusqu'au bout. Suivre leur vol, suivre
    Leur nage, jusqu'à devenir
    Rien. Rien que le bleu d'où un jour
    A surgi l'ardente métamorphose,

    Le Désir même de nage, de vol

    ...

    Quand se tait soudain le chant du loriot
    L'espace est empli de choses qui meurent.
    Tombant en cascade un long filet d'eau
    Ouvre les rochers de la profondeur ;
    Le vallon s'écoute et entend l'écho
    D'immémoriaux battements de cœur.

    .

     

    FRANCOIS CHENG

     

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    Wildlife Photography2

    Wildlife Photography


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    Ce non-monde, ressassant d'être sans horizon, abhorre la tendresse : le sens n'y tremble plus dans le tempo dément ; ordre ordurier, temps de détresse, il se livre au vitriol, à la tenaille, au garrot, écorchant, matraquant, vomissant du venin en mots braillards, mots mirages amputés, encanaillés, assujettis, empuantis. La vie s'alarme : peut-elle se changer en s'ouvrant à la joie ?

    Me défiant de la tristesse, j'ai mendié tes doigts de lin, le nid suspendu sous ta robe, le duvet de ton regard à l'heure où les ombres s'allongent. Tu as offert le baume de ta peau, tendu la pointe de tes seins à mes lèvres desséchées, nouéà moi tes jambes de festin – ouvert combien d'arrière-pays !

    Nous avons côtoyé la merveille ; le monde, tout soudain, ton chant sursoit à ses horreurs. Comme un poirier vibrant de ses fruits mûrs, « comme un nouveau ruisseau né d'une source neuve » au cœur même du désarroi, tu m'accordes un allègement, le désir d'exister encore.

    Cette soif que, chaque jour, tu exauces, relances par dessus règles et raisons me fait aimer cette journée : c'est avec toi qu'elle commence, ta voix qui sent cresson et romarin, ta voix qui conduit ma main, ta voix d'Iris rêvée dans la lumière.

     

    .

     

    FRANCOIS LAUR

     

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    corse


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    Les choses sont là et je suis à elles, absentes ou sous mes yeux. Ainsi je nais au chèvrefeuille en plein soleil, à l'escargot sous une acanthe un jour de pluie, au figuier dans la pénombre. Et dans les plis ombre et lumière jaillit comme un défaut, un manque ; l'air vibre, l'horizon, tout soudain, c'est l'absence de toi, de toi à l'instant si lointaine. Le sang cherche à régler son pouls, le paysage que tu enrobes se déploie, inflexions bombements buissons sillons rivière, les remuements du cœur dans les frissons du frêne, ciel lavé, large plage mouillée. Sans doute, le cosmos ne se met plus en place avec le coq de la girouette, mais le sillage de ton parfum comble mes mains du somptueux de tes reins, et mon regard de toi, dénudée yeux fermés. À vue perdue, la nuit esseule, tant que l'aube de ta chair ne luit pas comme, de temps à autre, aux confins de l'espace aimanté, le silencieux essaim de galaxies opales.

    Alors, les mots éclosent à nos lèvres pour agréer le vivre, conjurer sa fêlure et dire ses baisers ; ses saveurs de miel de sel de houblon et de fraise, celle des algues fouet des sorcières ; ses sourires de fontaine, ses voyages d'encre ; sa précaire profusion.

    Je reprends pied dans le réel.

     

    .

     

    FRANCOIS LAUR

     

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    demachy

    Oeuvre R. Demachy


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    Les poètes proclament le vrai,
    ils pourraient être dictateurs
    et sans doute aussi prophètes,
    pourquoi devons-nous les écraser
    contre un mur incandescent ?
    Et pourtant les poètes sont inoffensifs,
    L’algèbre douce de notre destin.
    Ils ont un corps pour tous
    et une mémoire universelle,
    pourquoi devons-nous les arracher
    comme on déracine l’herbe impure ?
    Nous avons nos nuits insomniaques,
    les mille calamiteuses ruines
    et la pâleur des extases du soir,
    nous avons des poupées de feu
    comme Coppélia
    et nous avons des êtres turgescents de mal
    qui nous infectent le coeur et les reins
    parce que nous ne nous rendons pas…
    Laissons-les à leur langage, l’exemple
    de leur vivre nu
    nous soutiendra jusqu’à la fin du monde
    quand ils prendront les trompettes
    et joueront pour nous

     

    .

     

    ALDA MERINI

    Vuoto d’amore (1991)

    Traduction Patricia Dao

     

    .

     

    catherine chauloux2

    Oeuvre Catherine Chauloux

     

    .

     

    I poeti conclamano il vero,
    potrebbero essere dittatori
    e forse anche profeti,
    perché dobbiamo schiacciarli
    contro un muro arroventato ?
    Eppure i poeti sono inermi,
    l’algebra dolce del nostro destino.
    Hanno un corpo per tutti
    e una universale memoria,
    perché dobbiamo estiparli
    come si sradica l’erba impura ?
    Abbiamo le nostre notti insonni,
    le mille malagevoli rovine
    e il pallore delle estasi di sera,
    abbiamo bambole di fuoco
    cosi come Coppelia
    e abbiamo esseri turgidi di male
    che ci infettano il cuore e le reni
    perché non ci arrendiamo…
    Lasciamoli al loro linguaggio, l’esempio
    del loro vivere nudo
    ci sosterrà fino alla fine del mondo
    quando prenderanno le trombe
    e suoneranno per moi.

     

     


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    Puisque tout ce qui est de vie
    Se relie,
    Nous nous soumettrons
    À, la marée qui emporte la lune,
    A la lune qui ramène la marée,
    Aux disparus sans qui nous ne serions pas,
    Aux survivants sans qui nous ne serions pas,
    Aux sourds appels qui diminuent,
    Aux cris muets qui continuent,
    Aux regards pétrifiés par les frayeurs
    Au bout desquelles un chant d'enfant revient
    A ce qui revient et ne s'en va plus,
    A ce qui revient et se fond dans le noir,
    A chaque étoile perdue dans la nuit,
    A chaque larme séchée dans la nuit,
    A chaque nuit d'une vie,
    À chaque minute
    D'une unique nuit
    Où se réunit
    Tout ce qui se relie
    A la vie privée d'oubli
    A la mort abolie

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    FRANCOIS CHENG

     

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    allison B

    Oeuvre Allison B. Cook

     


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  • 09/08/16--09:31: SOUFFLES ET SONGES...Extrait
  • Odeurs de massacre dans les myrtilles écrasées

    Écume de batailles

    Partout

    La meute attaque et gesticule

     

    L'air est plein de carcans

    Bruits de sang, nuages de cendres

    L'homme dans sa tanière ne respire plus que le feu

    La peur, la haine, sont à l'affût,

    tapies dans nos affiches,

    nos pirouettes radiophoniques,

    télégéniques,

    eugéniques

    Tumulte et férocité

     

    Comment pourrions-nous, comment

    transformer l'effroi en espace,

    les chaînes en envol ?

     

    Quelle place pour la parole qui délivre,

    les mots papillons,

    les mots de brise fraîche

    Quel oxygène

    dans les égouts du siècle ?

     

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    COLETTE GIBELIN

     

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    robert faure,

    Oeuvre Robert Faure


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  • 09/08/16--10:43: LE PREMIER ARBRE
  • C'était lors de mon premier arbre,
    J'avais beau le sentir en moi
    Il me surprit par tant de branches,
    Il était arbre mille fois.
    Moi qui suis tout ce que je forme
    Je ne me savais pas feuillu,
    Voilà que je donnais de l'ombre
    Et j'avais des oiseaux dessus.
    Je cachais ma sève divine
    Dans ce fût qui montant au ciel
    Mais j'étais pris par la racine
    Comme à un piège naturel.
    C'était lors de mon premier arbre,
    L'homme s'assit sous le feuillage
    Si tendre d'être si nouveau.
    Etait-ce un chêne ou bien un orme
    C'est loin et je ne sais pas trop
    Mais je sais bien qu'il plut à l'homme
    Qui s'endormit les yeux en joie
    Pour y rêver d'un petit bois.
    Alors au sortir de son somme
    D'un coup je fis une forêt
    De grands arbres nés centenaires
    Et trois cents cerfs la parcouraient
    Avec leurs biches déjà mères.
    Ils croyaient depuis très longtemps
    L'habiter et la reconnaître
    Les six-cors et leurs bramements
    Non loin de faons encore à naître.
    Ils avaient, à peine jaillis,
    Plus qu'il ne fallait d'espérance
    Ils étaient lourds de souvenirs
    Qui dans les miens prenaient naissance.
    D'un coup je fis chênes, sapins,
    Beaucoup d'écureuils pour les cimes,
    L'enfant qui cherche son chemin
    Et le bûcheron qui l'indique,
    Je cachai de mon mieux le ciel
    Pour ses distances malaisées
    Mais je le redonnai pour tel
    Dans les oiseaux et la rosée.

     

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    JULES SUPERVIELLE

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    SUPERVIELLE


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  • 09/08/16--11:49: VENT DES NUITS
  • L’infime frisson des feuillages à nuit close hors la chambre (porte-fenêtre ouverte et contrevents mi-clos) serait-ce, dans l’air moite, la mémoire du seringa ? On pressent d’impalpables silhouettes blotties dans le silence, l’herbe odorante, les aubépines, la futaie, le jet d’eau, une sorte de menu mais profond feulement de l’étrange, on croirait un être attardé qui effleure en marchant la maison, un friselis fluctuant comme le ferait une voix étouffée qui gémit radieuse – on murmure un aveu recherchant auditeur. La nuit bruissante prête oreille, on lui dit le profus – feuillages, étreintes, astres – dont elle se nourrit. Au delà de chaque interstice, un rien – un chuchot continue.

     

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    FRANCOIS LAUR

     

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    Jacques Truphemus,

    Oeuvre Jacques Truphemus


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  • 09/09/16--05:34: LOS HERMANOS/ LES FRERES
  • Yo tengo tantos hermanos
    Que no los puedo contar
    En el valle, la montaña
    En la pampa y en el mar

    Cada cual con sus trabajos
    Con sus sueños, cada cual
    Con la esperanza adelante
    Con los recuerdos detrás

    Yo tengo tantos hermanos
    Que no los puedo contar

    Gente de mano caliente
    Por eso de la amistad
    Con uno lloro, pa llorarlo
    Con un rezo pa rezar
    Con un horizonte abierto
    Que siempre está más allá
    Y esa fuerza pa buscarlo
    Con tesón y voluntad

    Cuando parece más cerca
    Es cuando se aleja más
    Yo tengo tantos hermanos
    Que no los puedo contar

    Y así seguimos andando
    Curtidos de soledad
    Nos perdemos por el mundo
    Nos volvemos a encontrar

    Y así nos reconocemos
    Por el lejano mirar
    Por la copla que mordemos
    Semilla de inmensidad

    Y así, seguimos andando
    Curtidos de soledad
    Y en nosotros nuestros muertos
    Pa que nadie quede atrás

    Yo tengo tantos hermanos
    Que no los puedo contar
    Y una hermana muy hermosa
    Que se llama ¡libertad!

     

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    ATAHUALPA YUPANQUI

     

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    J’ai tant de frères,
    Que je ne peux les compter,
    Dans la vallée, la montagne,
    Sur la plaine et sur les mers.
    Chacun avec ses peines,
    Avec ses rêves chacun,
    Avec l’espoir devant,
    Avec derrière les souvenirs.
    J’ai tant de frères,
    Que je ne peux les compter.
    Des mains chaleureuses,
    De leur amitié,
    Avec une prière pour prier,
    Et une complainte pour pleurer.
    Avec un horizon ouvert,
    Qui toujours est plus loin,
    Et cette force pour le chercher
    Avec obstination et volonté.
    Quand il semble au plus près
    C’est alors qu’il s’éloigne le plus.
    J’ai tant de frères,
    Que je ne peux les compter.
    Et ainsi nous allons toujours
    Marqués de solitude,
    Nous nous perdons par le monde,
    Nous nous retrouvons toujours.
    Et ainsi nous nous reconnaissons
    Le même regard lointain,
    Et les refrains que nous mordons,
    Semences d’immensité.
    Et ainsi nous allons toujours,
    Marqués de solitude,
    Et en nous nous portons nos morts
    Pour que personne ne reste en arrière.
    J’ai tant de frères,
    Que je ne peux les compter,
    Et une fiancée très belle
    Qui s’appelle liberté.

     

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    TRADUCTION JEAN-YVES SARRAT

     


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    "Échanger paroles est acte des amoureux"
    François Rabelais

     

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    Tu m'écris. Jour après jour, chaque bouffée de ton souffle m'écrit, comme, une à une, les fleuraisons des heures.

    Tu m'écris, aristotélicienne, en élaborant des repas savoureux. Tu m'écris quand tu chantonnes une aria de Bellini, tes toisons moussues sous la douche.

    Tes mains filent trame et chaîne, fibres imprévues quelquefois, et, dans l'étoffe des mots incrustée de tessons, incisée de reprises, d'ajours, brodent, de syllabe en syllabe, le dit du libre jeu qui nous intensifie, pesanteur et volée suzeraines, peau contre peau nous caressant. C'est ainsi que tu m'écris, par ce nous qui se compose.

    Tes élans nus m'inventent désireux me déplient dans la soif me lavent en tes liqueurs ainsi m'écrivent, remous et pulsations au comble de l'éveil. L'orient de tes vocables et leur porte-silence me libèrent de mes brides, délient ma langue la tendent vers toi, ma bouche ouverte s'accolant, se mouillant de ta mouillure, ta salive de désir
    qui m'écrit, que je lis comme une encre révélée à la chaleur. Tu m'écris par la constance de tes bras à m'embrasser.

    Tu m'écris par ton regard facteur du cadeau d'un oui, tu m'écris par ton entre-lèvres. Hors d'haleine, puis alanguis sur le drap, l'herbe fraîche d'un bosquet, le gazon d'une prairie où le tendre de tes cuisses et le contact du trèfle blanc du ray-grass enivrant se conviennent pour l'écoute d'une voix phréatique ? C'est ainsi que tu m'écris : rêves de la route du sel, rêves d'organsin, de tussors, d'aromates sous les palmes d'un dattier à la pure joie d'exister sous le quinquet de Vénus. Or, tu le sais bien, la trace d'un rêve n'est pas moins réelle que celle d'un pas.

    Tu m'écris quand tu combats le monde du produire infini, globalisé sans horizon ‒ tu le nommes l'immonde. Tu m'écris quand je lis ton souhait : "l'échange sans marché où la valeur d'usage ne serait que l'échange du don". Ce qui est loin appelle à soi ; toi, du lointain qu'on ne peut approcher, tu sais te rendre proche ; comme une étoile, guider vers lui.

    En allant vers ton risque, tu écris le mien.

     

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    FRANCOIS LAUR

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    francois


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  • 09/10/16--09:21: DANS MES POCHES D'ENFANT
  • La vie s’est réfugiée dans ma gorge et ma langue, toute une vie d’éponge à boire la lumière, à cracher les pépins, à traverser les ombres. Parmi les lettres éparpillées sur la table, les cahiers, les papiers, se promènent les phrases. Elles trébuchent parfois sur une miette de pain ou bien se noient dans une tache de vin. Elles s’effacent et renaissent. J’en cache quelques-unes dans mes poches d’enfant. J’en fais une cabane où rêvent les vieux meubles, là où les planches aspirent à retrouver la terre, les racines, les feuilles. Je vis entouré de sapins, de merveilles, de cailloux. Il faut un peu de poésie pour défier la routine, un peu d’eau pour la soif, beaucoup de tendresse pour chacun.

    Il y a trop de cicatrices, de manches courtes aux bras longs. J’en perds la mémoire. Je dois faire le tri dans le linge sale et retourner les poches, fouiller les craques du divan. Je trouve des cossins, des noyaux, des poussières, si peu de souvenirs. Chaque matin, l’horizon tire un trait. J’y accroche des mots, quelques jurons, quelques baisers, des bonhommes en papier, des pétales de rose, des lamelles d’amanite, des nuages trop rapides pour qu’ils portent la pluie. Aujourd’hui, j’ai pris le bord du bois, le parti des platanes. Je parle au nom des aromates, de la méduse, des galets, de la glaise durcie entre les mots, de la terre qui nous porte. J’essaie de repérer l’odeur des oiseaux dans les tunnels de verdure. L’automne approche. Divers tons de bruns se mêlent de rousseurs. Les premiers érables rougissent comme des midinettes trop fardées. Un petit vent agite les éventails des fougères. La rosée laisse sur le sol des virgules de lumière.

    Quand il n’y a rien àéclairer, la lumière est comme une brûlure. Les choses visibles me portent à croire à l’invisible. Les routes qu’on trace pas à pas mènent plus loin que les plus longues autoroutes. Elles mènent à l’intérieur. Elles font s’ouvrir le dedans, éclore l’impossible. L’infiniment grand rejoint l’infiniment petit. À chacun ses goûts, ses lumières, ses ombres. Du zénith au couchant, des solstices du cœur aux équinoxes de l’âme, il faut maintenir l’équilibre, trouver sa route comme une ceinture qu’on ajuste, chercher le ciel sans croire à Dieu, comprendre peu à peu à même les saisons. Pour peu qu’on s’éloigne des villes, la terre se remet à parler. Les arbres soliloquent. La pluie remonte la mécanique des odeurs. Le vent tient tête aux jérémiades.

    Les mots reviennent en force se rasseoir à ma table. Ils sentent l’étable et le gros sel, les vieilles chaussettes mouillées, la petite pluie qui relève sa robe, la sueur et le vent. Ils ravaudent le feu prisonnier de l’hiver. Ils avancent sur la page avec des pas de souris grise. Je leur donne à manger ce qui reste du rêve, des miettes de mémoire, du fromage de tête, des pommes de discorde. Je leur offre ma chaise avec ses paumes ouvertes. Il est temps de congédier les verres, de ranger la vaisselle, de réparer le pain. Il s’agit de faire honneur aux fleurs. L’air étend ses longues mains invisibles sur la maison des hommes. Les volets restent clos, les paupières fermées. Il ne faut pas perdre la tête ni remiser le feu dans la boite à regrets. Je ne suis pas de ceux qui battent leur crayon. Je lui offre ma vie. Je mange avec les feuilles, les animaux, les pierres. Je racole des saveurs dans les greniers aux fruits et bois la sève des images. J’avance à pas de loup baiser les pieds de l’inconnu. Lentement je fais mon trou pour accueillir la lumière.

     

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    JEAN-MARC LA FRENIERE

    http://lafreniere.over-blog.net/

     

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    INCONNU2

    Oeuvre ?


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