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BERNARD PERROY ... Extrait

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Petite brassée d'automne
avant que tout ne ploie
sous l'avalanche des tons
de gris froids et de terre mouillée…

Les mots s'enchantent
et se gavent de lumière,
se prennent à rêver à trois fois rien
niché dans un silence d'or…

Ouvrir la porte,
ouvrir la bouche et le coeur
aux mouvements qui montent
de l'intérieur de soi,

douceurs ou blessures
à longueur de mourir
et de vivre à nouveau,
mouvements de l'un vers l'autre

que l'on apprend sans cesse
entre les lignes à décrypter,
à recevoir et à donner…

 

.

 

BERNARD PERROY

 

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Rikka Ayasaki,1

Oeuvre Rikka Ayasaki

DAVID GARRETT - AIR ( JOHANN SEBASTIAN BACH )

NE PAS TE NOMMER

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Ne pas te nommer

Toi qui es

De toute arithmétique

L’unique dissidence

 

Tu danses

Dans l’enfilade bleue

De ma mémoire

Émargeant de tes voeux

L’échelle de la joie

 

À la fenêtre offerte

La digue se balance

Et le môle en riant

Éperonne la mer

 

Vois comme tout s'achemine

Au large de l’hiver

Sous l’archet sémillant

De la prime espérance

 

L’amour est insensé

 

O

Ne pas te nommer

Toi qui es

De toute certitude

L’unique arborescence

L’infini retrouvé

Le verbe

La fragrance

L’embrasement secret

Des lignes méridiennes

 

O

Ne pas te nommer

Il suffit que tu viennes

 

Par-delà la métrique

Par-delà le silence

Quand le brûlot du soir

Attise le désir

 

Et que la mer au loin

Septentrionne lente

Les îles à venir

 

.

 

 

SYLVIE  MEHEUT

.

 

R A Y • C O L L I N S

Photographie Ray Collins

GERARD CLERY...Extrait

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...


je rêve les rives enflammées
les pétales étonnés
par le saccage doux
qui les tourmente
je rêve la rivière qui sanglote
tes parfums qui musiquent
la pluie qui supplie
le coeur quand il déploie
ses ailes dans ton ventre

je rêve la vague
aux odeurs féminines
à la rosée d'étoiles
au goût de sel
qui asperge mes dents
je rêve aux fleurs rousses
à la barque de nacre
qui recueille le ciel
à ta gueule de loup
à ta fenêtre ouverte

au dessus de ton île
deux oiseaux qui frémissent
ils sont mon ordalie
et je rêve aux confins de ton île
à ta peau lente
à ton roulis
aux délires de tes pentes
...


.

 


GERARD CLERY

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Katia Chausheva Photography10,

Katia Chausheva Photography

MARCHER

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Un seul souci... marcher...

Dans le noir... marcher... Dans la nuit épaisse de la voûte fraîche l'enclume son métallique approche. Marcher... La procession s'enroule en pelote, et doucement l'air se raréfie, la voix de fer s'alourdit: le marteau frappe et résonne et gémit.

Un seul souci...marcher... On débouche : aire faite d'yeux. Yeux aveugles, yeux sillus, yeux clos, yeux diaphanes Yeux éteints, yeux écarquillés, yeux sources trompés par les miracles de l'humain.

Un seul souci...marcher... Aire faite de bouches. Bouche qui rit, bouche qui crie, bouche qui aboie Bouche muette Bouche ouverte, puits profond où se noie la parole.

La route des aires court : aire faite de mains. Mains tendues, mains ouvertes, mains feuilles, mains désirs, mains nées du toucher de la terre-mère.

Un seul souci...marcher...

La route des aires se répand : soudain s'exhalent des milliers de parfum. L'aire des sens : ultime plaine. Parfums du vent vivant du vouloir, vertes passerelles pour enivrer le souffle des légendes ballerines

Marcher... Le martèlement de la voûte renaît... La procession tourne et revient... Sortir... Sortir...

Dans le cerveau de l'homme s'achève le songe étrange du voyage."

 

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LUCIA SANTUCCI
Traduction française de F.M.Durazzo

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procession

Photographie Kristoffer Axén

LETTRE D'AMOUR

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Je pense aux holothuries angoissantes qui souvent nous entouraient à l’approche de l’aube
quand tes pieds plus chauds que des nids
flambaient dans la nuit
d’une lumière bleue et pailletée

Je pense à ton corps faisant du lit le ciel et les montagnes suprêmes de la seule réalité
avec ses vallons et ses ombres
avec l’humidité et les marbres et l’eau noire reflétant toutes les étoiles
dans chaque œil

Ton sourire n’était-il pas le bois retentissant de mon enfance
n’étais-tu pas la source
la pierre pour des siècles choisie pour appuyer ma tête ?
Je pense ton visage
immobile braise d’où partent la voie lactée
et ce chagrin immense qui me rend plus fou qu’un lustre de toute beauté balancé dans la mer

Intraitable à ton souvenir la voix humaine m’est odieuse
toujours la rumeur végétale de tes mots m’isole dans la nuit totale
où tu brilles d’une noirceur plus noire que la nuit
Toute idée de noir est faible pour exprimer le long ululement du noir sur noir éclatant ardemment

Je n’oublierai pas
Mais qui parle d’oubli
dans la prison où ton absence me laisse
dans la solitude où ce poème m’abandonne
dans l’exil où chaque heure me trouve

Je ne me réveillerai plus
Je ne résisterai plus à l’assaut des grandes vagues
venant du paysage heureux que tu habites
Resté dehors sous le froid nocturne je me promène
sur cette planche haut placée d’où l’on tombe net

Raidi sous l’effroi de rêves successifs et agité dans le vent
d’années de songe
averti de ce qui finit par se trouver mort
au seuil des châteaux désertés
au lieu et à l’heure dits mais introuvables
aux plaines fertiles du paroxysme
et de l’unique but
ce nom naguère adoré
je mets toute mon adresse à l’épeler
suivant ses transformations hallucinatoires
Tantôt une épée traverse de part en part un fauve
ou bien une colombe ensanglantée tombe à mes pieds
devenus rocher de corail support d’épaves
d’oiseaux carnivores

Un cri répété dans chaque théâtre vide à l’heure du spectacle
inénarrable
Un fil d’eau dansant devant le rideau de velours rouge
aux flammes de la rampe
Disparus les bancs du parterre
j’amasse des trésors de bois mort et de feuilles vivaces en argent corrosif
On ne se contente plus d’applaudir on hurle
mille familles momifiées rendant ignoble le passage d’un écureuil

Cher décor où je voyais s’équilibrer une pluie fine se dirigeant rapide sur l’hermine
d’une pelisse abandonnée dans la chaleur d’un feu d’aube
voulant adresser ses doléances au roi
ainsi moi j’ouvre toute grande la fenêtre sur les nuages vides
réclamant aux ténèbres d’inonder ma face
d’en effacer l’encre indélébile
l’horreur du songe
à travers les cours abandonnées aux pâles végétations maniaques

Vainement je demande au feu la soif
vainement je blesse les murailles
au loin tombent les rideaux précaires de l’oubli
à bout de forces
devant le paysage tordu dans la tempête

 

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CESAR MORO

1942

poète péruvien (1903-1956)

https://brunoruiz.wordpress.com

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Katia Chausheva Photography7,

Katia Chausheva Photography

PENDANT QUE ME REVIENS L'ODEUR DES FOINS...Extrait

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Nous dépendons de deux ou trois mots
Ils tissent autour de nous une étoffe protectrice
Contre le froid de l'indifférence
Si peu de mots pour vivre
Notre mendicité ne fait que commencer
Les rêves se frottent à nous
comme des chats familiers
Comme eux ils s'enfuient
Sans que nous puissions les retenir
Pour ne pas rester nus
Nous avons besoin de mots

 

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COLETTE ANDRIOT

 

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L'atelierdemyrrha

 Oeuvre Myrrha

https://www.facebook.com/atelierdemyrrha?fref=ts

ODE

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Toi et moi
           les bras tendus
           à hauteur de l’azur
                       avec la folle envie d’accoter nos regards
                       au royaume des étoiles.

Nos oreilles collées au sol
           ont cru entendre
           le bruit des feuilles mortes
                     – était-ce celui des fleurs desséchées ?
                     Qu’importe !  la terre lieu d’empreintes
                     est terreau fertile à toutes les promesses.

Toi et moi
           la nuit, le jour
           toute l’exultation criée,
                     nos cœurs dansaient la foudre
                     au pied d’un arbre égaré.

C’était l’espoir, c’était l’instant
           c’était toi et moi
           mais l’amour consume les étoiles
                    et les étoiles qui meurent
                    dans les yeux des amants
                    emportent avec elles la flamme du rêve.

Adieu !
Aucun mortel n’a de force à vaincre l’éloignement cosmique.

 


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GABRIEL MWENE OKOUNDJI

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Katia Chausheva Photography11,

Katia Chausheva Photography

 

S'ABAISSER JUSQU'A L'HUMUS

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 S'abaisser jusqu'à l'humus où se mêlent
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
     Pour que tout ait une fin et que pourtant
     rien ne soit perdu.
S'abaisser jusqu'à l'humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu'un terme et germe.
Lieu du choix : la voie de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
     toute fin puisse être naissance.
S'abaisser jusqu'à l'humus, consentir
Àêtre humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d'oiseau, les os givrés
     au vacarme des perce-neige !


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FRANCOIS CHENG

 

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CAROLINE ORTOLI,,,

Caroline Ortoli

PIERRE BERGOUNIOUX...Extrait

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Nous avons perdu la félicité indistincte qu'on voit aux bêtes, aux poissons enchâssés dans l'eau cristalline, aux bêtes des bois couleur de feuilles mortes, aux oiseaux ivres d'air. Nous sommes devenus pensifs et, par­tant, étrangers, frêles, frileux, vulnérables. Il nous faut une table, un toit, du feu, une maison. Nous nous souvenons parfois d'avoir été au monde pleinement, sans états d'âme, d'un très lointain commencement. Je rêve, pour finir, d'une lande ouverte à tous les vents où l'on verrait ce qu'il en est de nous et de tout et d'y être, avant d'avoir été.

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PIERRE BERGOUNIOUX

 

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L'atelierdemyrrha

Oeuvre Myrrha

https://www.facebook.com/atelierdemyrrha?fref=ts

 

GERALD BLONCOURT

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La colère
est en moi
je hume l’existence
je me heurte
aux fils de fer barbelés
de la désespérance
je franchis les ruisseaux
boueux de l’inquiétude
Martissant, Carreour-feuille,
Bizoton, Jérémie, Jacmel,
Pétionville, Port-au-prince,
l‘Ile de la Gonave,
bruissants de misère
L’azur est en folie
Tout se mêle
S’entrecroise
Et se noue
Je sonde l’espace séculaire
Ce brassage de peuples
Qui fil sonner le glas
Du sordide esclavage

Je dis à la jeunesse
Aux yeux-diamants
luisants d’espoir
Aux cohortes affamées
des bidonvilles
aux créateurs
peintres
poètes
écrivains
L‘heure est venue
De dire NON
aux embroglios
des politiciens véreux
aux corrompus
aux assassins

Le jour se lève
en ma mémoire
Les « CINQ GLORIEUSES » de Janvier 1946
Ont offert au Monde
Un sursaut salutaire

Haiti d’infortune
des tremblements de terre
tes enfants sont là
Kampé ! Debout !
Je crois en tes vertus
En vous
Nouvelle générations
Je crois en ce renouveau cosmique
De Liberté, d’Égalité et de Fraternité

Je dis Merde à l’Espace
Je crie mon mot d’ordre
« Kembe fèm ! pa lagé ! »

Salut à vous
mes racines profondes
mon doux parlé créole
mes cassaves, boborits
rapadou, mes rorolis,
mes pisquettes grillées
mon choux palmiste

Salut à vous Furcy
Kenscoff, le Morne Bourrette
Le Massif de la Selle

Salut à vous
Dessalines, Toussaint Louverture,
Héros de l’Indépendance

Salut à vous Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis,
Gérard Chenet, René Depestre
Et tous les autres

Je m’incruste dans les rues démembrées
Je soude espoir et certitude
pour bannir l’obscurité.

 

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GERALD BLONCOURT

29 novembre 2016

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gerald-bloncourt

Gérald Bloncourt

bloncourtblog.net

 

 

 

PRIZREN

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L’enfance, les herbes, le lac
le jadis du monde
je pense comme le granit

Des temps immémoriaux
bien des fantômes reviennent
dans la forteresse des mots

Des lieux, des gens s’entrecroisent
la nuit, le temps
les oliviers et les oiseaux

le temps semble fait de lumière
pas d’obscur sur les places
il fait beau.

Des tziganes cheminent
Et jouent le long de la rivière
L’air entraine la danse

il y a dans l’air des prières païennes
des appels magiques et des pans silencieux d’histoire
des prairies entrevues remplies de mémoire

des vallées forgées de mots et de combats
des victimes étrangères, des rivières tapies
au creux des rochers. Vérité et cendres des rêves

il vit encore le vent
il vit toujours le souffle
et les oiseaux parlent aux nuages

il fait beau. Nous allons sous l’aile fraternelle
écrasés sous un poids d’histoire
nous nous souvenons des ruines et des massacres.

Nous songeons à la vie, l’éphémère fin du temps
Nous allons en passage discret nous recueillir
A la rencontre des tziganes et des marchands ambulants

Qui côtoya ici l’horreur et l’inhumanité ?
Qui eut froid et faim ?
Qui commença àécrire un poème pour dire l’inoubliable ?

Qui survécut et vit libre malgré les balafres de la guerre ?
Le temps, sarment intérieur brûle
Sans nostalgie, savoir partir.

Voilà les arbres plus humains qui bordent la route
Un éclat de lune les couvre
Dans la brume des survivants appellent

Je suis là, je suis là dans le feu
Et la neige descend de la montagne
Glace des mots sur la route tournoyante

Sur la route, une énigme, la clartéélémentaire du givre
Et la mémoire remonte de l’obscurité des arbres
Un appel des chemins de glaise, des passages de frontières

Quand les douaniers apposent leur sceau sur la tempe du passeport
Nous sommes étrangers et sombrons avec le monde
Nous portons chacun un amour à sauver

Notre errance des marches, nos visions prophétiques
Nous titubons dans le chaos du monde
Cherchons le soufre et l’eau

Au crépuscule, nous trouvons la lumière
Nous arpentons l’or du couchant
Nous adossons notre vie aux clôtures

La nuit descend de la montagne enroulée de neige
la vie descend entre les songes d’oiseaux
Comme revenants du vent.

Taciturne est le vol des oiseaux, avance en brûlant le temps
errance à la lisière des humains, et des forêts
où murmure encore le sang des bouleaux

et se cognent aux plaines, le fleuve, aux pierres, la lune,
la neige au vent, les images aux mots, abrupts, rugueux,
surtout la nuit, des pleurs sans larmes

les murs n’ont plus cours, reste cette élégie de tristesse
un éclair plus fort dans la douleur de l’étreinte.
et le bonheur qu’un effleurement de tendresse aurait sauvé.

 

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NICOLE BARRIERE

 

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Jeannette Grégori2

Photographie Jeannette Grégori

www.jeannettegregori.com

CITADELLE LXIII...Extrait

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"Me vint le grand exemple des courtisanes et de l’amour. Car si tu crois aux biens matériels pour eux-mêmes tu te trompes. Car de même qu’il n’est de paysage entrevu du haut des montagnes qu’autant que tu l’auras toi-même construit par l’effort de ton ascension, ainsi de l’amour. Car rien n’a de sens en soi, mais, de toute chose, le sens véritable est structure. Et ton visage de marbre n’est point somme d’un nez, d’une oreille, d’un menton et d’une autre oreille mais musculature qui les noue. Poing fermé qui retient quelque chose. Et l’image du poème ne réside ni dans l’étoile ni dans le chiffre sept ni dans la fontaine, mais dans le seul nœud que je compose en obligeant mes sept étoiles de se baigner dans la fontaine. Et certes il faut des objets reliés pour que la liaison se montre. Mais son pouvoir ne réside point dans les objets. Ce n’est ni dans le fil ni dans le support ni dans aucune de ses parties que réside le piège à renards, mais dans un assemblage qui est création, et le renard tu l’entends crier car il est pris. Ainsi moi le chanteur ou le sculpteur ou le danseur, je saurai te prendre à mes pièges.
Et ainsi de l’amour. Qu’as-tu à attendre de la courtisane ? Sinon repos de la chair après conquête des oasis. Car elle n’exige rien de toi et ne t’oblige point d’être. Et ta reconnaissance dans l’amour quand tu désires voler au secours de ta bien-aimée, c’est qu’ait été sollicité de toi l’archange qui y dormait."

 

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ANTOINE DE SAINT-EXUPERY

 

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michael-parkes_

Oeuvre Michael Parkes

ANDRE LAUDE... Extrait

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Jetons d'absence
Olga Katz, ma mère, juive polonaise, morte à Auschwitz. Parfois les sombres vents venus de Pologne, me ramènent l'odeur maternelle. Une odeur de peaux, de dents, de crânes, de tibias, d'omoplates carbonisés. Alors je pleure comme un enfant dans le noir.
Absent à moi-même, je descends et monte les rues sans identité. Rue Pelleport,
rue Etienne-Marcel, rue des Abbesses, rue François 1er ...
Quand un flic m'arrête brutalement, c'est, forcément, qu'il m'a pris pour un autre.
Un autre que j'ignore, et qui m'effraie.
Plus de vingt ans après on me torture toujours. Course du rat à travers la chambre.
Mais où ont-ils caché la gégène.
Rien! Les Aurès coulent, mince et muette poussière, entre mes doigts couverts de bleus
J'ai aimé Françoise d'amour fou. Elle avait quinze ou seize ans. Elle est morte de leucémie le jour de pâque. Pourriture aujourd'hui, et moins que ça. Je ne peux plus toucher une femme sans toucher l'os mortel, nauséabond déjà.
Je ne posède rien sinon quelques gadgets de base. Je n'habite nulle part. je défraie la chronique. Je dors dans des ruines chaque nuit renouvelées. dans la position du tireur couché, qui, depuis Sodome et Gomorrhe, cherche, en vain, la cible vivante.
Brouillards
Brumes
Corbeaux
Epouvantails
Silences
sang
Sueur et
Larmes.
Il n'y a plus de damnés
Au numéro que vous avez demandé.
Cette nuit les cadavres flottent
Entre deux eaux.
Le plat du jour
Se mange froid
Et le commun des mortels
Se contemple
Commettant un meutre ordinaire
Avant de rafler le pauvre argent.
Olga Katz
Un nom gravé dans le marbre.
J'essaie d'imaginer
La cuisse, la couleur des yeux.
L'absence est un film d'OZU,
Aux sous-titres illisibles.
Olga Katz
Etait lettres.
Comment toucher le flanc
Le sein gonflé de lait
Cette nuit la chaîne est brisée
Auschwitz
J'y suis allé
Je n'ai rien vu.
Des barbelés
Une herbe rase.
Des touristes coréens turbulents.
J'en suis revenu
Les mains vides.
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ANDRE LAUDE
In "faire-part" n°1er trimestre 1982
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IsaacCelnikier1,

Oeuvre Isaac Celnikier

ON NE VIT PAS LONGTEMPS COMME LES OISEAUX...Extrait

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Les larmes quelquefois montent aux yeux
comme d'une source,
elles sont de la brume sur des lacs,
un trouble du jour intérieur,
une eau que la peine a salée.

La seule grâce à demander aux dieux lointains,
aux dieux muets, aveugles, détournés,
à ces fuyards,
ne serait-elle pas que toute larme répandue
sur le visage proche
dans l'invisible terre fît germer
un blé inépuisable ?

 

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PHILIPPE JACCOTTET

 

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blé2

ALPHABET DE SABLE ... Extrait

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nulle route

dans cette ébriété de lignes

nulle pierre, nulle herbe
pour essarter la peur

   le bleu menaçant
et la horde ininterrompue des dunes

   dans la lumière
des silhouettes peureuses
font vaciller l'immense

   ta main   juste ta main
comme repère
       ou illusion

marcher là

   fouler ces friches de lumière
c'est réponse à l'oubli

 

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ALAIN LE BEUZE

 

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desert2

Désert

 

JE NE DIRAI PAS TOUT... Extrait

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Je ne dirai pas tout.

J’aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller,
à donner en spectacle à n’importe quel prix ce que j’avais de plus précieux, de plus original,
plus vivant que moi-même,
au prix de quels efforts,
je ne le dirai pas.

Je ne dirai pas tout.

On passe au beau milieu de ses contemporains et la figuration n’est pas intelligente.
Ils ont tous un cerveau fendu par le milieu
dont toute une moitié se transforme en silex.

Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon point de départ,
cercueil aussi tranquille, aussi doux qu’un berceau.

Le besoin de parler ne m’a pas réussi,
les hommes sont cruels et crèvent de tendresse,
les femmes sont fidèles aux amours de hasard,
tout le talent du monde est à vendre à bas prix
et qui l’achètera ne saura plus qu’en faire.

L’animal a raison qui sait tuer pour vivre…
Les animaux sont purs, ils n’ont pas inventé la morale au rabais, les forces de police
ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi,
ni l’argent ni l’envie
ni l’atroce manie de rendre la justice.

Les poissons de la mer n’ont pas d’infirmités.
Là, chacun se dévore et s’arrache et s’étripe
et le meilleur des mondes est encore celui-là,
sans paroles perdues, sans efforts de cervelle,
mensonges cultivés, mis au point, sans techniques…

L’antilope sait bien qu’un lion la mangera, elle reste gracieuse.
La savane est superbe, elle y prend son plaisir
et moi de jour en jour
Je suis comme un crapaud, de plus en plus petit,
écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin.
Le soleil me fait peur… Vous regards d’imbécile ont eu raison de moi.

Je ne dirai pas tout.
J’ai compris trop de choses,
mais de comprendre ou pas nul n’en devient plus riche.
La vie comme un brasier finira par gagner,
attendu que la cendre est au bout de la route
et que tous les squelettes ont l’air d’être parents.

Je croyais autrefois, à l’âge des étoiles et des sources et du rire et des premiers espoirs
être né pour tout dire,
n’être là que pour ça.

Intoxiqué très tôt par le besoin d’écrire,
je me suis avancé, parmi vous, pas à pas,
et l’on m’a regardé comme un énergumène,
comme un polichinelle au sifflet bien coupé
qui savait amuser son monde…

À la rigueur…
le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer,
j’aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût m’est passé de parler dans le vent.

Je ne dirai pas tout,
j’ai le sang plein d’alcool, d’un alcool de colère,
et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson chinois
peut-être un coelacanthe…

J’aurai, j’en suis certain, de l’intérêt plus tard,
vous aurez des machines à faire parler les morts,

Je vous raconterai mes crimes et ma légende
et je vous offrirai des mensonges parfaits
que vous mettrez en vers, en musique, en images,
mais vous aurez beau faire,
je ne dirai pas tout !

Je suis le descendant du vautour et du poulpe,
mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins
et sillonnaient vos mers.

Je ne dirai pas tout… Tant de peine perdue !

On peut avoir à dix-huit ans l’impérieux besoin d’aller prêcher dans le désert
devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux analphabètes ou de milliardaire courtois
ni plus ou moins idiots qu’un ouvrier d’usine…

Mais l’âge m’est passé des sermons de ce genre.
Je ne dirai pas tout !

Or tout me reste à dire.

 

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BERNARD DIMEY

 

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Dimey-

Bernard Dimey

DIZAINE POUR LE LIBAN

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 Au pied d’un immeuble
une poupée bombardée
meurt les yeux ouverts

Revenir « chez soi »
Ni cachemire ni soie
Des ruines fumantes

 

Noces de Cana
dans l’amour d’un Christ un jour
Eau changée en vin

Meurtres de Cana
Évangiles piétinés
Eau changée en sang

 

Même pas le temps
d’ensevelir ses cadavres
La Mort vient du ciel

Ciel noir Marée Noire
How beautiful the war !
Diurne pollution

Galilée Ma Terre
les hommes t’auront violée
les femmes trahie

Connaître par toi
la Joie la Beauté de vivre
au pays des cèdres

 

Donc rien n’a changé
L’exode est de tous les temps
la mort des enfants

Leurs bras grands ouverts
réclamaient tendresse ultime
caresse infinie…

 

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FRANCINE CARON

 

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syrie,

VENDANGES

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Offrir ce que nous fûmes
Et ce que nous serons
Aux villes de demain
Aux vendanges d’hier
Et de nos soifs encore
Réinventer la mer
Qui rabat en riant
Son chaperon d’écume

Offrir ce que nous fûmes
Et étreindre l’instant
Et étreindre l’instant
Comme on étreint la dune

Là-bas sur l’avenue
Tout s’agite et se tend
La frêle ritournelle
De nos cœurs en partance
Assaille ça et là
Les moyeux du silence

Voici l’aube venue
Sur les gradins du temps
Voici les berges folles
Ombrellées d’insouciance
Et sur le fleuve en marche
Les faisceaux de faïence
D’un possible océan

Et nous allons ainsi
En ne possédant rien
Que le bagage heureux
De nos ombres qui dansent

Offrir ce que nous fûmes
Et nous saurons demain
Les vendanges d’hier
L’instant qui se balance
Et la dune
Et la mer
Et le fleuve en partance

 

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SYLVIE MEHEUT

 

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gustave courbet,

Oeuvre Gustave Courbet

ALEP, MA BLANCHE...

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Alep,
ma blanche,
Alep,
je ne suis pas ce vagabond,
Alep,
tu le sais,
mais un matin de novembre,
le feu soudain m’a brûlé,
Alep,
et depuis,
en guise de maison,
je cherche une étoile filante,
Alep,
en guise de coeur,
une plaie ouverte,
Alep,
en guise de sommeil,
l’ombre du cyprès,
Alep,
lorsque j’ai faim,
je brise une amande amère,
Alep,
si j’ai soif,
j’attends que tu pleures
et je me cramponne à tes cils,
Alep,
Je ne suis pas ce vagabond,
Alep,
tu le sais,
mais un matin de novembre,
le feu, soudain, m’a brûlé,
ma blanche,
mon Alep
! حلب ! حلب ! حلب »

 

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TITI ROBIN

 

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