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Channel: EMMILA GITANA
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NOËL D'ENFANT AU PAYS COUPE

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Un Noël comme tant d’autres
dans ces années du pays coupé
une parole lointaine
des voix entendues au moment de s’endormir
dont on se souvient
comme des jours de neige, qui les étouffent,
depuis des jours et des nuits, il neige
et j’ai quatre ans,
il neige depuis six jours, ou plus ?
des Noëls de lune froide avec le ciel ramassé
le ciel qui se perd dans le brouillard de la forêt et du volcan
des chandelles de glace et les doigts rougis dans la neige prise à pleines mains

Il neigeait toujours à Noël.
Décembre, dans mes souvenirs, est blanc
comme les mignonettes, les petites cartes de la bonne année
avec des animaux effarés, cerfs ou renards qui les peuplent
depuis les murs blancs du jardin, on lançait des boules de neige
sur les branches givrées, dans le silence s’assourdissant,
le pays semblait dormir d’un sommeil éternel
le vent avait borné le chemin de congères
et nous placions le grand bonhomme de neige en vigie
chapeau noir et yeux boulets de charbon.
Echarpe et bâton
il se tenait au milieu du chemin,
blafard et lumineux
froid et chaleureux

Les beaux Noëls ! Je n’ai pas souvenir de sapin
chez nous on respectait les arbres
il eut été criminel d’aller couper une jeune vie dans sa pleine croissance
mais nous faisions un grand ménage pour la venue du Père Noel
et installions nos pantoufles devant la cheminée.
Je n’ai pas souvenir de réveillon le soir de Noël
Mais la longue marche des femmes jusqu’à l’église pour la messe de minuit
Je restais avec mon père, près de la cheminée
il me racontait des histoires tout en taillant ses brins d’osier

Il y a des années et des années, j'étais petite fille
Au matin, je me levais de bonne heure, pour le rituel des jouets,
Est-ce que le père Noel est passé ?
Je ne sais qui avait fait la mise en scène
Mais il y avait toujours une part de désordre indiquant son passage
Les friandises que j’avais préparées avaient disparu
C’est que… disait mon père, la route est longue, pour le vieux barbu…
Alors je découvrais la poupée étrangère, tellement belle
Bella…au parfum poudré, à la robe chatoyante
Rose orangé. Elle ne semblait pas craindre la neige…
Comme les mésanges au bord de la croisée
Ou les rouges-gorges qui s’y aventuraient.

Oiseaux de la couleur, cotillon rouge
battus par le vent des collines, frissonnant
tandis que les chats oubliaient le gout de la chasse
bienheureux assoupis parmi « bourrats »
après le repas de fête, nous allions en promenade avec les luges
sur les pentes, rapides, nous filions jusqu’aux chemins des Héridières
cris joyeux et rires retentissant dans l’air glacé
le soleil timide, le brouillard le contenait.
Alors nous rentrions, les joues fraiches et rosies,
Tandis qu’un grand bol de chocolat chaud nous attendait.
Le lendemain, la neige n’était déjà plus la même
Elle avait un air gris, sur l’ourlet des congères
Les pas l’avaient froissée, le vent avait meurtri sa surface lumineuse
Les arbres avaient semé des brindilles, des feuilles et des lichens
Le paysage de carte de Noël, déchiré par la tempête.
Des grains de givre fuyaient sur la mousse congelée
Sa poudre piquante crépitait sur les collines jusqu’à la girouette du clocher.

Parfois nous avions de la visite à l’improviste, les pieds tapaient sur les marches de l’entrée pour secouer la neige, emmitouflés comme des fantômes, les visiteurs racontaient leur voyage et donnaient des nouvelles du pays enneigé.
Le temps dérivait entre leurs paroles, dans l’espace étincelant des collines et l’air soyeux. Des traces d’oiseaux inconnus avaient marché en ce temps immobile de Noel, des sons nouveaux avaient pris place entre les branches, furtivement déjà la nature avançait, reprenait souffle après les longues nuits froides.
A nouveau, nous plongions dans les livres de contes, livres d’images de pays étranges et sans hiver,
La laine douce des bancs de brouillard s’effilochait à flanc de colline
Parfois on trouvait des baies de houx comme sang neuf en route vers les épiphanies.

 

! DIAMON~11



NICOLE BARRIERE



! DIAMON~11

 

 

noel

 

 

 

SOIR D'HIVER

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C'est un soir d'hiver qui compte ses tremblures. Les uns fredonnent Noël d'autres serrent les dents. Pendant qu'aguicheuses les vitrines outrancières clignotent, le ciel tombe par terre entre la main du pauvre et la gamelle du chien. Les doigts gèlent au cœur des SDF. Les caisses enregistreuses cliquètent des menus d'orpailleurs. Des cadeaux indécents rutilent au pied de l'arbre. Le champagne déborde, et se dore la dinde. C'est un soir d'hiver qui compte ses gerçures. Des gens rongent leurs désespoirs. Des corps explosent sous le crachat des bombes. La faim, la soif déchirent des enfants de poussière. Pendant que des nantis bâfrent l'exploitation de l'homme, s'habillent de la douleur des bêtes, concoctent la mort dans les assiettes, cultivent des laideurs sans scrupules, les laissés-pour-compte creusent les poubelles de la désolation. Dans le silence étourdissant des consciences, c'est un soir d'hiver où Noël meurt, déjà cloué sur une croix.

! DIAMON~11

 

ILE ENIGER

 

! DIAMON~11

 

pere noel mort à gaza

Père Noël tuéà Gaza

DES CAGES

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Le ciel pleure à froides larmes. Il met la barre bien trop haut pour mes fragments d'ailes. Je parcours la terre basse, sa sueur, sa fourbure, ses heures denses. Le fracas du monde étouffe le silence, l'universelle place. La vie fouille les poubelles. Une rumeur de basse-fosse emplit le cœur des hommes. Je ne vais plus au bois, les arbres sont coupés. Alice et le Lapin Blanc tremblent dans un trou de bombe. Le Prince trompe Cendrillon, le Petit Poucet n'échappe plus à l'ogre. Dans des cages de béton chacun ignore son voisin. D'exactions en indifférences, ne restera bientôt que l'amer du verbe aimer. Les manches retroussées dans ces désaffections, je pellette la vie pour la générosité d'un chemin.

 

! DIAMON~11

 

 

ILE ENIGER

 

 

! DIAMON~11

 

une-fillette-tenant-sa-poupee

LE VOYAGE EGOISTE...Extrait

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" Qu’il est chaud à mon cœur, encore, ce souvenir d’une fête glacée, sans autres cadeaux que quelques bonbons, des mandarines en chemises d’argent, un livre... La veille au soir, un gâteau traditionnel, servi vers dix heures, saucé d’une brûlante sauce de rhum et d’abricot, une tasse de thé chinois, pâle et embaumé, avaient autorisé la veillée. Feu claquant et dansant, volumes épars, soupirs des chiens endormis, rares paroles – où donc mon cœur et celui des miens puisaient-ils leur joie ? Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclats, ce bonheur à flamme sourde, à nos enfants d’aujourd’hui ? Qui donc les a faits avides et blasés comme ils sont ? La vie nouvelle, l’âpre époque, et nous-mêmes !..."

 

! DIAMON~11

 

 

COLETTE

 

! DIAMON~11

 

 

LA SUEUR DU RÊVE

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 Noël scintille dans l’arbre aux rêves

Un enfant regarde le monde

Et le monde le regarde fixement

Sans ciller

Sans honte

Les malheureux sont plus nombreux que les guirlandes

Et il est des vies qui ne sont pas des cadeaux

Alors l’enfant ferme les yeux du monde

Il voit

Un autre monde derrière les dunes du rêve

Il s’imagine que les hommes sont humains

Il s’imagine que la terre est une toupie

Il s’imagine que la guerre est en déroute

Que la paix a mis son manteau d’amour

Il s’imagine

Un monde qui sourit au bonheur

Il s’imagine

Que le rêve pond d’autres rêves

Il faut y croire

Il faut rêver avec lui

Le rêve est la plainte du bonheur

Et le vrai métier des consciences qui montent la garde

Dans la plus belle des utopies

La sueur du rêve efface la crasse du monde

 

! DIAMON~11

 

ERNEST PEPIN

Faugas/Lamentin

24 décembre 2011

 

! DIAMON~11

 

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Haïti, Port-au-Prince

SANS TITRE

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On a replié sa vie
comme une carte lue à l’envers.
On a replié sa vie
comme un livre
où se terrent les dérapages
et les boues.

On est telle une vieille horloge
obstinée dans le recul
taiseuse depuis trop longtemps.

On repousse le sommeil
on se cogne à l’ombre
aux premiers soupirs de la mémoire.
Certains guettent le soleil
ou la place d’un feu.

Quelles bouches diront ton nom ?
Quelles bouches diront
tes gestes dans l’imprudence
et tes méandres inversés par distraction ?

Quelles bouches oseront parler
du fleuve qui courait en toi
lesquelles diront les entassements
dont tu craignais le déséquilibre
et la lumière frêle
que malgré la nuit tu poursuivais ?

Les matins affolés
et tout ce fatras qui t’alourdit
taillent à vif ton liber profond.

 

! DIAMON~11

 

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AGNES SCHNELL
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! DIAMON~11


JOYCE GEHL

Oeuvre Joyce Gehl

CATHY GARCIA

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Qui savait que le gentil père noël tout de rouge et de blanc vêtu porte ainsi pour l’éternité (amen tes souliers) les couleurs d’une boisson qui a depuis contaminé le monde entier, une sorte de peste à bulles…brunes ?
Oui ! Le bien-aimé père noël est né d’une publicité new-yorkaise (1931-1964), le reste appartient à l'histoire de la puissance médiatique des Etats-Unis.
Bon allez, ne le dites pas aux enfants… Mais pour ma part, plutôt que de vous souhaiter donc un soi-disant traditionnel joyeux noël, j’ai envie de vous dire :  Merveilleuses Saturnales (où paraît-il on s’amusait beaucoup)...
Un bon solstice quoi ! Et si vous croisez un sbire du père noël, ôtez lui sa fausse barbe et son horrible costume et offrez lui un trois pièces, il aura l’air moins ridicule…
Quant au père noël lui-même, il y a longtemps qu’il ne se déplace plus, il se la coule douce quelque part sur une île bien loin du pôle nord où parfois il consulte sur son portable le cours du jouet à la bourse.

 

! DIAMON~11

 

CATHY GARCIA

 

! DIAMON~11

 

 

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PETIT LIVRE D'IMPATIENCE ...Extrait

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Chaque matin
reprendre pied,
prendre position
malgré tout ce qui contrecarre
et nous écarte de la vie…

Le chant
reste fidèle dans le cœur,
mais souvent
trop enfoui…

Tout réapprendre du regard,
du toucher,
des mots, souvent les plus anodins,
qui reconstruisent…

 

 

! DIAMON~11

 

 

 BERNARD PERROY

"Petit livre d'impatience"
préface P. Dhainaut
couv. Hamid Tibouchi
éd.Le Petit Pavé

 

 ! DIAMON~11

 

glycine

CENSEMENT

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Les figues, qui sont parmi les meilleurs fruits de la terre,
(je les eusse à la pomme préférées dans le Jardin)
mériteraient elles aussi leur place dans le Mythe,
comme elles nous donnent une aussi infinie douceur.

Autant les noix semblent contenir de la matière grise
en hémisphères dits des cerneaux, proches du cerveau,
non sans légers accidents du relief à leur surface,
en écho distant de nous, de leur squelette captifs,

autant la figue, plutôt évocatrice d’un ventre,
renvoie difficilement l’image de la pensée :
ses rondeurs de viveuse, sa douce ventripotence,
conduisent plutôt l’esprit sur la piste du plaisir ;

cependant, s’en régaler ne paraît jamais obscène
mais nous plonge en l’état de communion avec l’esprit,
qui fusionne l’orient et l’occident sur la langue,
tumulte et calme, agitation et recueillement.

La noix, elle, résonne doublement sous sa coquille,
sans autant d’ouverture, avec moins d’ostentation,
alors qu’en nos palais un graphe ou stylet promène
jusqu’aux parages du nez, par les chemins intérieurs.

S’il n’est entre elles nulle ressemblance ou concurrence
dans le contexte de chaque fin d’un été indien,
nous rapprochons souvent, dans notre gestion de l’espace,
la forme, la couleur, et la densité de ces fruits ;

je fais l’hypothèse qu’on voie deux des manières d’être
qui sont nôtres, dans la tendre apparence de tels heurs :
invites au laisser-aller ou à la résistance
selon les plaisirs ou peines d’un monde si… mâtiné.

 

 ! DIAMON~11

 

 HENRI-LOUIS PALLEN

www.lierreentravail.com

 

 ! DIAMON~11

 

JACQUES LASSAIGNE

Oeuvre Jacques Vallery Radot

 

 

LA GARRIGUE

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Sur la colline où s’enfièvrent
Mille milliers de grillons
Mûrit le profond genièvre
Dans ses brasiers d’aiguillons

Croquant la rocaille en flamme,
Sauge, aspic et lavandin
Forment un craquant jardin
Qui ne fournit que de l’âme

J’y vais, la chaleur tombée,
Faire des fagots subtils
Pour inspirer mes flambés
Sous la broche et sous le gril


J’y cueille le thym brûlant
Et des fleurs qui se survivent
Pour enchanter mes lessives
Et les nuits de nos draps blancs

À moi fille des pâtures
Quel vieux parentage grec
A légué le goût du sec
Et des plantes à la dure?

À la douceur domestique
J’ai besoin de marier
Ces arômes de pierrier
Et ces gris bouquets qui piquent.

Ainsi vous passez ma porte,
Vous ensauvagez mon sort,
Dieux vifs qui hantez encor
La garrigue aux feuilles-fortes.

 

! DIAMON~11

 

LUCIENNE DESNOUES

 

! DIAMON~11

 

 

sergefiorio

Oeuvre Serge Fiorio

http://www.sergefiorio.canalblog.com

 

 

 

 

 

 

MARK KNOPFLER - SAILING TO PHILADELPHIA

QUARTZ...Extrait

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Je coule du haut vers le bas.

L’accident, c’est le jour improbable qui devient une certitude pour la chair. Un corps amoindri sait la carence impitoyable. Le cerveau continue cependant à courtiser la part manquante. Qui s’installe dans la place vide ? Longtemps des membres fantômes ont baigné dans le sang qui me parcourt, véhiculant l’illusion jusqu’aux racines de mon être. Se défaire de soi nécessite la juste reconnaissance de l’impossible et de l’irréalisable. J’ai tenu entre mes mains le halo de conscience qui fait chavirer le monde à l’intérieur de la mémoire cellulaire. Un autre moi est venu à ma rencontre. Un cœur débridé court à ma recherche. Ma main fouille dans les rétrospectives d’un élan contrarié.

Je suis comme mort. Il y a une arnaque dans mes entrailles. Ma main gauche touche mon front du bout des doigts. Je marche sur l’ombre déformée d’une silhouette debout. J’irai à cloche-pied s’il le faut, partout où mon chemin deviendra une marelle. Enfant, je courais déjà dans le champ où des cheveux d’ange s’envolaient à chaque pas. La reconstruction semble se blottir dans les bras du hasard, mais il n’en est rien.

Demeure la structure et reste le cadre. Le contenant donne forme au contenu. Exilé dans un monde clos, l’avenir meurt de ses non-projets. La fatalité commence là où le hasard cesse d’être inopportun. La dualité qui précède la parole universelle ne fait qu’amplifier la solitude. Regard et parole témoignent. Que peut-on créer d’autre que la création elle-même ? L’art, sous toutes ses formes, ouvre les voies instinctives de nos décadences et de nos fulgurantes manifestations à survivre malgré la somme de vulnérabilités qui nous étouffe. Je ne suis plus qu’une présence intérieure dans l’absence universelle.

Je vais à moi comme l’eau des montagnes remplit d’abord les ruisseaux, puis les fleuves et enfin les océans. Je coule du haut vers le bas. J’observe la boucle infinie par laquelle l’orage et le froid précipitent la pluie sur les sommets. Je flotte au-dessus d’un cercle intouchable et je tournoie autour de la sincérité de chaque chose. Je ponctue le trousseau de vide avec quelques ponctuations incolores. Je suis le sans voix qui titube dans la confrontations des ondes toniques.

 

! DIAMON~11

 

 

BRUNO ODILE

 

! DIAMON~11

 

 

 

 

Brooks Shane Salzwedel6,

Oeuvre Books Shane Salzwedel

 

TEMPS MODERNES

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Cette année je ne sortirai pas de sa boîte la petite maison de bois
Sa mousse ses décors son étoile
Ma joie d’enfant de la dresser
Les Rois Mages ont été retenus à la frontière
Pour trafics divers
Et renvoyés dans leur pays on ne savait pas trop lesquels
Alors on a choisi à pile ou face la Syrie ou le Yémen
L’Âne est parti à l’abattoir pour faire des hamburgers
Le Bœuf tire des chariots de cuir au Bangladesh
À Joseph on a dit
Qu’on n’était plus pour le rapprochement familial
Et Marie a fait une fausse couche dans la jungle de Calais
Le Berger s’est pendu à cause de ses dettes c’était
Un berger grec
Il restait le Ravi mais il gênait la bonne société
Il ne gênera plus ils l’ont interné bien attaché
Il rit maintenant dans du capitonné
Cette année
Je ne sortirai pas de sa boîte la crèche
Je la laisse avec l’illusion du printemps qui renaît
Avec l’hospitalité avec la tendresse,
Rangée dans le grenier, pour les dents des rats.

 

! DIAMON~11

 

 

ALEXO XENIDIS

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

! DIAMON~11

 

 

 

aimee castain,,

Oeuvre Aimée Castain

 

 

 

BALLADE DE LA VIE EXTERIEURE & AUTRES POEMES

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« Fussions-nous seulement débarrassés de l’histoire ! »
Nietzsche

 

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Passion du néant

Clarté mortelle brûlant la vie,

Un génie flamboyant

Luit en nous.

Il nous défend

Contre la tiédeur

Que l’ivraie foisonnante

Insinue dans nos cœurs emprisonnés :

L’habitude

Et le futile plaisir de vivre

Et les mensonges consolateurs

Et la douce hypocrisie vis-à-vis de soi-même

Et la confiante rêverie

Du lendemain…

Nous portons en nous

La grâce lumineuse

L’intuition rayonnante de l’art

Mais les dieux l’ont malicieusement

Mariée à Héphaïstos, au sordide labeur manuel

Infirmité calamiteuse

Impuissance haletant

Qui va clopin clopant…

Nous portons en nous

Un Hamlet rêveur un prince du Danemark

Penseur sinistre

Artiste du refus de vivre

Il pare de son esprit étincelant le cri du désespoir

et y ajoute encore de la spiritualité

Mais à côté de lui

Dans la cellule étroite de notre âme

S’assied un gnome bégayant :

Le professeur germanique

Et son zèle de moine stupide

Acquiesçant avec empressement à la vie

Approfondissant les abîmes d’une douloureuse vérité

Entassant les livres les mots la poussière

Satisfait de faire honneur à sa propre médiocrité.

Nous portons en nous Faust le titanesque

Et une âme ancillaire, Sganarelle

Un Werther sanglotant – et un sceptique Voltaire

Et la clameur gémissante du Prophète

Et le cri de joie du Grec amant de la beauté :

Les morts de trois millénaires

Une bacchanale de fantômes.

Conçus, engendrés par d’autres

Ce sont des parasites étrangers

Appréhendés par nous, morbides empoisonnés

Ils gémissent ils blasphèment ils crient ils discutent

Nos paroles sont l’écho enroué de leur chœur retentissant

Ils se querellent comme des fêtards titubants

Ils nous tourmentent

Cependant l’orgie devient unanime

Et nous tourmente.

Ils boivent dans nos crânes

Dilapidant la sève de notre vie

Ils rampent et se collent

A notre conscience

Comme des serpents

Ils secouent l’arbre gémissant de notre bonheur

Avec une fièvreuse fureur

Ils pincent de leurs doigts osseux

Les cordes frémissantes de notre âme

Ils dansent notre mort.

Leur ronde tourbillonnante

Fait gonfler le flot

Le flot de vie le flot de mort

Jusqu’à ce qu’en déferlant contre la digue il la fasse éclater

Engloutisse les fantômes

Et nous-mêmes enfin.

Et sur nos souffrances

S’étend un manteau de silence et de fraîcheur :

La nuit…

 

 

! DIAMON~11

 

 

 

HUGO VON HOFMANNSTHAL

traduction Etienne Coche de la Fert

Collection Voix de la Terre, Editions GLM, 1950


! DIAMON~11

 

 

 

Marie-Josée Roy,

Oeuvre Marie-Josée Roy

LA LUMIERE DANS LES ARBRES...Extrait

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Nous avons négligé le simple pour l'insignifiant, nous avons choisi l'or qui tache les mains au lieu de l'amour qui est sans prix. Nous avons choisi la haine, la rancœur, l'amertume et nous ne sommes plus que de maigres feux éteints dans la lande. Oui, je vois des incendies, des désastres partout et quelques pauvres gens qui osent encore, osent encore dire Non mais l'on n'entend même plus leurs voix perdues dans notre nuit commune. Ils viennent de très loin, éparpillés dans l'univers, ils viennent des massacres, des misères, des tortures, ils n'ont pas de nom, l'histoire les a broyés dans la grande meule de l'oubli mais ils croient encore au vent léger des mots, à cette brise de fraîcheur, à ce sursaut des reins, à cette marche pour que le soleil ne soit pas du sang sur les pierres, pour que la malédiction ne devienne une fatalité. Je les vois toutes ces silhouettes, elles viennent parfois dans ma maison, déposent la tristesse de leurs fusils dans l'âtre et je leur offre l'eau et le pain comme aux plus mauvaises heures de l'histoire quand il fallait glisser son nom dans l'ombre, cacher l'espérance dans les chambres clandestines, mordre aux ténèbres des forêts. Quand il fallait choisir l'éclair, la foudre plutôt que le séjour provisoire des mensonges, l'hilarité des bourreaux, la lâcheté des serpents. Oui, n'abandonnons pas nos sources. Ne laissons pas dévorer nos soleils.

 

! DIAMON~11

 

 

JOËL VERNET

 

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bernard liegois,

Photographie Bernard Liegeois

 

 

 

JEAN LAVOUE...Extrait

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Compagnies d'oiseaux remontant vers le large
Nous serrons nos jours enfuis comme un butin
Que nous disperserons bientôt en haute mer
Cendres d’un matin que nous rêvions sans déclin

Nous voudrions à présent l'espace neuf
Libre la voie de nos saisons
Sans prise sur nous la ligne d'horizon
Ouverte la brèche des possibles

C’est pourquoi nous glanons çà et là les dernières heures
Pour engranger des germes avant coureurs
Et nous jurons de ne promettre à tous
Que le moins lointain et le plus vif

Et de gagner ainsi de proche en proche
Un territoire en vue d’éveil
Une brassée d'instants pour le bonheur.

 

! DIAMON~11

 



JEAN LAVOUE
www.enfancedesarbres.com



! DIAMON~11



 

JOYCE GEHL

Oeuvre Joyce Gehl

COLETTE ...Extrait

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 En tant d’années je n’ai jamais renoncéà ce que la dernière heure de l’année suspendît dans l’air, en signe de prodige et de ‘‘temps arrêté’’, une fleur de givre dont notre seule imagination enfantine fixa, autrefois, le dessin simple et précis. Je ne compte pas sur des mots pauvres pour vous la rendre visible, aussi bien elle s’éteint avec la première minute de l’année nouvelle. Sans doute elle vient pour attester que d’une enfance heureuse quelque chose survit, et qu’un présent âpre ne saurait faner l’avenir. 

! DIAMON~11

 

 

COLETTE

 

! DIAMON~11

 

 

fleur

 

 

ALEXO XENIDIS

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Ce soir inviterai à ma table pour vous
Six villes mortes et deux qui agonisent
Tiendrai, une à une, leurs mains tendues,
Y poserai mon visage attendant
Leur pardon
Pleurerai doucement elles me consoleront
Dirai Vous me manquez vous laissez dans ce monde
Et dans ma tête un vide
Et ce vide me mord
Puis, comme je suis l’une de leurs enfants,
Me coucherai au milieu d’elles pour m’endormir.

! DIAMON~11

 

 

ALEXO XENIDIS

 

! DIAMON~11

 

 

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PAIX DANS LE MONDE

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! DIAMON~11

 

Pensées à ceux qui sont dans la rue, ceux qui sont seuls, en guerre, en deuil, dans la difficulté, ceux qui sont malades, en prison...

...

 

Tous les poèmes restent à dire,
A écouter, à désapprendre, àécrire :
Notre vivier de lampes claires
Nos eaux profondes de justice
Notre clairière de reconnaissance
Notre forêt sans lisière
Notre chemin sans chemin
Notre pari à l’horizon
Notre claire audience
Notre bien commun.

Ils nous convoquent et nous appellent
À poursuivre en rêvant
Notre remontée aux sources
Ils sont dans le désordre des pensées
Notre chant têtu du matin
Notre cérémonie des saisons,
Notre arc-en-ciel au goût de pluie,
Notre levée des couleurs.

 

 ! DIAMON~11

 

JEAN LAVOUE

 www.enfancedesarbres.com

 ! DIAMON~11

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POUR VINCIA ET MILA, EMMA, CESARE

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La vie radieuse
Vibrante comme la foudre
Simple comme un instantané d’amour
Ardente comme l’éclair
Aussi nue qu’un soleil délivré

La vie
Pleine d’éclats et d’eaux vives
De la joie plein les yeux
Une présence à couper le souffle
Une blessure à vif
Un sourire pour le ciel
Un geste de premier jour

La vie pauvre et lumineuse
Si pure de se donner
Si gracieuse de ne rien garder pour elle
Plus vide qu’un miroir fabuleux
Tourné vers l’origine

La vie
Libre de tout
Insoucieuse et vraie
Notre lampe de justice
Notre enfance en héritage
Notre élan de doigts migrateurs
Nos mains façonnant des clartés
Nos caresses portées par des ailes d’anges
Nos tendresses insoumises
Nos frontières et nos peurs désarmées
Nos saisons fraternelles
Notre jeunesse intacte
Nos larmes désapprises
Nos rivières consolées.

 

! DIAMON~11

 

 

JEAN LAVOUE

www.enfancedesarbres.com

 

! DIAMON~11

 

 

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