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DERNIER POEME

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À l’âge de Guérin (14), à l’âge de Deubel (15),

un peu plus vieux que toi, Rimbaud (16)anté-néant,

parce que cette vie est pour nous trop rebelle

et parce que l’abeille a tari tout pollen ;

 

ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,

et couché sur le sable ou la pierre, sous l’herbe,

fixer un regard tendre

sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.

 

Fixer un regard tendre ! Tendresse de l’absence,

dans le Néant, Néant auquel je ne crois guère !

Mais est-il plus pure présence

que d’être à toi rendu, ô Mère douce, ô Terre ?

 

On se retrouvera tous dans ta solitude,

et peuplée, et déserte ainsi que l’océan.

Et chaque fois qu’ici haut soufflera le vent du sud,

en bas l’on causera des survivants.

 

Quelles racines de fleurs viendront alors nous boire

pour calmer dans le soleil telle soif de fruits ?

Se pencheront sur nous les héliotropes du soir

et viendra prendre de nos secrets le Bruit.

 

Le Bruit, le Bruit humain – vaines rumeurs de coquillages

pour les marins endormis du sommeil de la terre !

Le Bruit, le Bruit humain, toujours le même à travers les âges

et qui ne se dépouille que chez les morts d’un peu de vos misères.

 

Mais déjà je sens l’odeur de la poussière

et des herbes ; déjà j’entends l’appel de ma fille ;

ah ! Pour peu que l’Oubli n’ait pas cerné vos yeux de terre,

songez quelquefois à nous dans nos grottes tranquilles !

 

Et que ce ne soit pas pour verser des larmes

près de nos portes closes par le silence !

Que ce soit pour penser qu’il y aura quelque charme,

un jour, àêtre guidés par nous dans la fin immense.

 

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JEAN-JOSEPH RABEARIVELO



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phil charp,

Oeuvre Philippe Charpentier

 

 

DEUX PRELUDES

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 Goût d’étrange, saveur d’inconnu, soif brûlante

d’ailleurs, ce ciel nouveau qui t’obsède et tourmente

t’offrira-t-il, parmi la paix des palmeraies,

les délices des yeux et des sens ignorées

que l’art habile et vain des villes te refuse ?

Quelle, parmi le flot de lumières diffuses,

au cœur d’une nature encore inviolée,

quelle tente de vent libre et calme gonflée,

– immobile steamer chargé de ta fortune,

conque de lys fragile où s’annonce la lune, –

berçant ton rêve au seul rythme du pur silence

qui se confronte avec le grand cri qui s’élance

de ton intérieur, apaisera ta peine,

ô cœur d’enfant qui veux défier la Sirène

afin de t’affranchir des liens de la terre

et d’étancher ta soif que rien ne désaltère ?

 

 

 Oiseaux migrateurs, nomades de l’azur

et du calme vert des forêts tropicales,

que de mers encore, hélas ! et que d’escales

avant de trouver le port heureux et sûr !

 

Cependant, vainqueurs du vent et de l’espace,

le dôme nouveau des palmiers entrevus

au seuil lourd d’Ailleurs des beaux cieux inconnus,

refait votre espoir et double votre audace !

 

Ah ! j’ai tant de fois envié votre sort

pourtant menacé de chute et de naufrage

pour n’avoir aimé que l’incessant mirage

des ciels et des flots, loin de l’appel des morts !

 

Et si l’horizon qui limite ma vue

n’avait en ses flancs les premiers de mon sang,

si j’oubliais que ce terme florissant

garde les tombeaux dont ma race est issue,

 

j’aurais déjà pris ma place dans la barque

qui mène au-delà des fleuves et des mers

pour ne plus cueillir que des fruits moins amers

avant que fût consommé le jeu des Parques !

 

Et j’aurais connu, comme vous, des matins

parés chaque jour des fleurs d’une autre terre ;

battant l’océan d’un nouvel hémisphère,

mon rêve aurait fait quels somptueux butins !

 

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JEAN-JOSEPH RABEARIVELO

 

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celine alves,,

Oeuvre Céline Alvès

 

 

 

 

 

LETTRE OUVERTE D'UNE INFIRMIERE A LA FAMILLE FILLON

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"Je suis infirmière depuis plus de 12 ans et j'ai reçu la paie de janvier hier. Je travaille en 12 heures et comme j'ai fait 3 week-ends et 10 nuits en décembre, je touche 1745 euros nets d'impôts. On est très loin des sommes à 6 ou 7 chiffres dont j'entends parler à la télé depuis une semaine.


"Dans la famille Fillon, je voudrai le père". Monsieur est payé depuis 1976 sur nos impôts car j'ai regardé son cv et entre assistant parlementaire, député, sénateur, ministre, premier ministre, président conseil général, monsieur n'a jamais bossé autrement que comme un parasite politicien qui voudrait maintenant présider la France pour mieux s'en mettre plein les poches. Hier soir, on apprenait via Médiapart que monsieur aurait aussi trempé les mains dans la magouille côté sénat. Pourquoi j'suis même plus étonnée ? Il y a quelques semaines on apprenait aussi que monsieur avait investit 1000 euros dans une société de conseil qui lui a rapporté 1500000 euros en 18 mois.


"Dans la famille Fillon, je voudrai la mère". Madame, réputée femme au foyer, est depuis peu médiatiquement assistante parlementaire de monsieur. Elle a gagné entre 3200 et 7900 euros par mois pendant des années. Avant que Saint Canard Enchaîné n'ébruite, madame était éloignée de la vie politique de son époux. On apprend aussi que madame a été payée 100.000 euros en 16 mois par une maison d'édition pour rédiger 3 ou 4 notes de lecture.


"Dans la famille Fillon, je voudrai les enfants". Là aussi les enfants ont été employés dans la holding parlementaire Fillon. Même quand ils étaient encore étudiants en droit, ils gagnaient déjà plus que moi chez papa.
Monsieur Fillon rebaptisé Monsieur Propre a fait du nettoyage son cheval de bataille et son programme électoral. Il a manifestement oublié de balayer devant sa porte. A lui qui veut supprimer 500.000 fonctionnaires et nous faire bosser 39 heures payées 35, je dis que moi, citoyenne contribuable, décrète qu'il faut supprimer toute cette racaille mafieuse politicienne qui nous pourrit la France. Le pire dans cette histoire est que la seule qui profite en se taisant est Marine Lepen.


Quand on fait la liste des familles Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Juppé, Hollande, Valls, Fillon qui ont conduit la France dans la merde actuelle avec 8 millions de chômeurs et autant de pauvres, il y a de quoi vomir. Quand on voit comment les gens se privent de soins parce que les mutuelles sont devenues trop chères, quand on voit comment Touraine nous ment en permanence sur la santé, il y a de quoi gerber. Quand on fait la liste des scandales politiques, la liste des scandales sanitaires pour ne citer que ceux-ci, il y a de quoi ne plus aller voter car oui ils sont tous pourris."

 

 

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famille

PABLO NERUDA...Extrait

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Parmi les étoiles admirées, mouillées
Par des fleuves différents et par la rosée,
J'ai seulement choisi l'étoile que j'aimais
et depuis ce temps-là je dors avec la nuit.
Parmi les vagues, une vague, une autre vague,
vague de verte mer, branche verte, froid vert,
j'ai seulement choisi l'unique et seule vague
et c'est la vague indivisible de ton corps.
Vers moi toutes les gouttes toutes les racines
et tous les fils de la lumière sont venus.
Je n'ai voulu que ta chevelure pour moi.
Et de toutes les offrandes de la patrie
Je n'ai choisi que celle de ton cœur sage.

 

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PABLO NERUDA

 

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tina modotti,

Photographie Tina Modotti

DERNIERE STATION

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Encore
Encore une fois se lever
Vous ne savez pas pour certains ce seul geste fait mal
Le geste
Tant de fois fait pour rien pour personne
Dans les foules assises pesantes
Lever la main le poing avoir
Du mal à le serrer
En voir les jointures qui blanchissent de honte
Et de lassitude
Gueuler, gueuler de rage noire, s’en crever la gorge,
Combien de fois je vous ai dit combien
De vous lever mais vous avez été
Comme des pâtes sans levain
Sans la vie des pâtes mortes qu’on malaxe
Qui ne seront jamais du pain
Vous faut-il que le pétrin du boulanger se souille sous vos yeux
De sang et de merde pour comprendre,
Faut il pour savoir que le fascisme ne vient pas il est là
Que ce soit vous le long du mur hors des caméras
Dont on fouaille les fesses et qu’on déchire le cul
Ils sont quatre, et il y en a trois qui regardent et qui immobilisent
Ce gamin qui se nomme dieu
Ce n’est pas moi qui l’invente c’est son nom Théo

Et je laisse passer ce silence
Si je vous entends je vous vois vous rasseoir
Me parler de la justice le bateau mou qui suit son cours
Je vous gifle

Debout !

 

 

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ALEXO XENIDIS

 

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police violence


 

 

L'EFFARANT INTERIEUR DES OMBRES...Extrait

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Regardez-les ceux qui échangent leur peur contre de la haine
Ils sont plus ordinaires que les orties ou les chardons ils sont
Partout du nord au sud ils ont des papillons sous les cheveux
Mais vos mains griffées leur ressemblent vos pourtant vos çà
Et là tous les mots sont des aubes ou des obus tous les gestes
Et s'ils ont les yeux barbelés il faut la patience du cordonnier
Pour remonter leurs pentes écoutez-les ils ont perdu les traces
Leurs miroirs sont brisés ils ne reconnaissent plus leurs noms
Et s'ils dorment devant vos portes c'est pour entendre le bruit
De mousse de votre sommeil ce silence attendri cette douceur
Tout ce qui contredit les prénoms de leur désespoir tout ce qu'
Un jour le jour leur donnera c'est pour croire que vous n'êtes
Ni une image ni une insulte Oh combien faudra t-il de temps
Pour qu'ils regagnent leurs couleurs et combien voudrez-vous
Donner quand pourrez-vous leur dire qu'il est si beau d'aimer

 

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ALAIN DUAULT

 

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tham3,

Photographie Thami Benkirane

 

 https://benkiranet.aminus3.com/

 

 

 

 

 

L'EFFARANT INTERIEUR DES OMBRES...Extrait II

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Je sais tant la fugacité des choses tant les gestes labiles

Et je m'étonne encore pourtant de ce long ricochet rayé

Des vagues quand elle apprivoisent le sable Je ne suis

Qu'un écho infiniment relayé de ceux dont les vieux os

Poudroient sous la terre dont les cheveux les ongles oui

Vous savez cette histoire infinie comment ne pas croire

Un instant que la mer cette si vieille frissonnante avoue

Elle aussi elle en a cherché des cailloux blancs ou bleus

Pour envelopper les rochers des épaules ces îles et celle

Qu'on voulait porter au silence parce qu'elle est comme

Ces fleurs de bougainvillées qu'on disposait sur notre lit

Qui nous rappelaient combien le temps est une danse qu'

On ne conduit pas qui nous entraîne enivre nous chavire

Et nous jette un matin un soir les doigts sales sur le pont

D'un navire qui s'en va comme nos cheveux pousseront

 

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ALAIN DUAULT

 

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bateau2

 

 

POEME

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Il est des pensées que fait jaillir la nuit,

épaves de pirogues qui ne peuvent se dégager des flots ;

il est des pensées qui n’arrivent pas à se hausser

jusqu’aux lèvres et qui ne sont qu’intérieures.

 Épaves de pirogues perdues loin des bancs de sable,

qui se charrient simplement près du golfe.

Devant, l’on voit une terre désertique,

et derrière, l’océan infini.

 

Ô mes pensées, quand naît la lune,

et que tout ce qui se voit paraît boire les étoiles !

Ô mes pensées, liées, enlacées,

épaves d’une pirogue aventureuse qui n’a pas réussi,

 

vous êtes suscitées en un moment suave

puisque déjà se repose aux limites de la vue

tout ce que nous croyons être l’univers,

et qui est le prolongement d’Iarive-la-sereine ;

 

en un moment de paix, en un moment de bonheur :

il siérait bien que s’élevât du fond du cœur

le plus beau chant, le chant qui dit

la dernière élégie, la fin du sanglot.

 

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 JEAN-JOSEPH RABEARIVELO

(Traduction de l’auteur)

 

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pirogue


 
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TONONKIRA  (Texte malgache)

 

Misy eritreritra atopatopan’ alina

Vakivakim-botry tsy tafavoaky ny onja

Misy eritreritra tsy afaka miarina

Ho tonga eo am-bava, fa ao anaty monja

 

Vakivakim-botry tsy tody tora-pasika

Mivalombalom-poana ery am-binanin-drano

Jerena ny eny aloha, tany midadasika ;

Ny eo aoriana kosa ranobe manganohano

 

O ry eritreritro rahefa tera-bolana

Ka toa misotro kintana izato zavatra hita !

O ry eritreritro mifatotra, miolana,

Vakivakim-botry nandeha fa tsy tafita !

 

Fotoana mamy loatra no ahaterahanao,

Fa efa miala voly ery ampara-maso

Izay rehetra inoantsika ho izao tontolo izao

Dia ny tohin' ny eto Iarivo madio mangasohaso

 

Fotoanam-pahatoriana, fotoam-pahasambarana ;

Mety raha misandratra avy ao anaty foko,

Ny hira tsara indrindra, ny hira izay hamarana

Ny fara-vetsovetso, ny faran’ ny toloko...


TRANSPARENCES

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Un matin bruissant
froissé
de bruits sourds
de voix contenues
un matin chagrin s’il n’y avait
cette ferveur inavouée
récurrente
ce chant au loin palpitant.


Le nom imprononçable
s’est replié avec la nuit
comme une carapace vide
une cuirasse d’insecte
craquant sous nos pas.
Le nom s’est pulvérisé
sur nos lèvres impatientes.
Reste le souffle
l’élan qui nous porta.


Aller au plus saillant
de notre légende
aller jusqu’à l’ardeur
blessante
et chercher chercher
ranimer l’éparpillé
aller au-delà de la voix aimée
dans l’absence
marquetée d’obscur.



Aller
de courbes en sinuosités
hésitante repentante
alourdie de l’inaccompli
ces rêves embryons
qu’on a étouffés par convenances.


Lente glissade vers le jour.


Dans nos mains fermées
cette part nocturne
et secrète
ce moi de femme occulté.
Dans nos mains fermées
l’offrande
aux crêtes frémissantes.


Prière en haillons
un cœur bat sans mesure
en désaccord
avec la pensée.
La voix en excès
était saccades et lourdeurs
la voix s’est fêlée
sans reprises sans écho
une brèche vers le silence


Parole tendue
du chercheur de l'étrange.
En sa folie vaine
le fouilleur n’est plus abusé
par les mots en cendres.

En partage enfin
le chant…


En partage dis-tu ?
Arrache d’abord lichens
et carcans
cocons mal tissés et tous ces mots
de travers
que tu mis dans ma gorge.
Arrache les baillons
que tu forças contre ma bouche
épargne-moi tes palinodies.
Dans mes rêves tâtonnants
j’avais touché la ligne
chimérique
où je m’abandonnais.
Laisse-moi m’éloigner
dans l’été…

Partager, dis-tu ?

 

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AGNES SCHNELL

 

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silence

 

REFUS

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Je ne parlerai pas d’amour.
Le mot s’est arrêté
sur mes lèvres
s’est figé s’est fermé fossilisé.

Je ne dirai pas l’amour
ni le chant qui s’en évade
chant de joie mêlée de crainte
telle l’envolée soudaine
de mille oiseaux dans l’émoi
dans la transe.

Je sens leurs battements d’ailes
l’ivresse de leur vol
vers les cimes toujours plus hautes.
Je sens leur passage
le trouble qui jaillit
au tout profond.
L’espace conquis est ample
et lourd et inquiétant.

Pulsations d’ailes
et du cœur en arythmie
l’amour attache s’accroche
s’épingle se fibule
comme une médaille de la légion.

Je ne dirai pas le combat
pour le tenir
hors du mièvre
du mécanisme de l’habitude.
Je tairai la révolte
la lutte
pour être branche vive
d’un arbre mille fois mort
sans cesse renaissant.

Phénix criant appelant
guettant une proie
toujours naïve
toujours avide
de s’immoler
pour l’inexplicable lumineux.

 

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AGNES SCHNELL

 

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francois fressinier,

Oeuvre François Fressinier

 

L'IMPROBABLE...Extrait

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Quand nous avons à défier l’absence d’un être, le temps qui nous a dupé, le gouffre qui se creuse au cœur même de la présence, ou de l’entente, que sais-je, c’est à la parole que nous venons comme à un lieu préservé. Le mot est l’âme de ce qu’il nomme, nous semble-t-il, son âme toujours intacte. Et s’il dissipe dans son objet le temps, l’espace, ces catégories de notre dépossession, s’il l’allège de sa matière, c’est sans porter atteinte à son essence précieuse et pour le rendre à notre désir.

 

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YVES BONNEFOY

 

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bonnefoy

UN CAHIER DANS MA POCHE

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Il neige comme un lait renversé. Un cahier dans ma poche me sert de fenêtre. Quand je le sors et l'ouvre, je vois la mer et les oiseaux, le bleu du ciel qui surnage, des pages pleines de cerfs-volants. Ça sent la résine entre les mots, le sapinage entre les lignes, l'espoir en bout de page. J'y ramasse avec les yeux la terre des forêts. Les mots d'amour ne sont jamais perdus. Ils rejoignent ce fleuve qui nous maintient en vie. C'est par les yeux que j'entre dans le monde, par les mots que j'en sors. Quand on perd son enfance, adulte, on n'est plus qu'un fantôme. Des lignes invisibles tracent un pays secret. Il faut s'y faire enfant pour y trouver sa route. Les petites choses que personne ne voit me sont des points de repère. J'écris hors du sujet, hors des sentiers battus, d'une façon brouillonne. Si un oiseau traverse la fenêtre, je le mets dans ma phrase, même le train qui suit, la pluie qui tombe, la neige qui hésite sur le rebord du toit. Les mots censurés de l'enfance remontent à la surface. Il y a des jours où chaque lettre bouge sur la page comme une voile de bateau. Certaines phrases sont un lac de lumière dans un décor de poussière. J'avance dans une forêt de mots, cherchant une embellie vers la résurrection. J'avance dans ma vie en même temps qu'à côté. Les mots vont de biais, jamais synchrones avec la route. Ils vont de pair avec le temps qui passe et n'attendent personne. Il faut les prendre quand ils viennent.

Pour ce qu'on donne en mots, on se prive de tout. On rogne sur les heures. On dort le moins possible. On mange ses mots à défaut d'un bifteck.Il faut puiser et s'épuiser dans l'abîme sans fond du silence. Ce qui se produit en siècles ne se traduit pas en heures mais en mythologies. Il y a chez mon voisin une corneille aux ailes rognées. Elle quitte à peine son arbuste. Elle picore, de ci de là, dans un jardin de pierres et de poupées, entre les chaises brinquebalantes et les tables bancales. Sentinelle à vif, elle a passé l'hiver dans son manteau de plumes, toujours vivante, brandissant à la vue de chacun ses noirs moignons d'espoir. Quand le froid bleu du froid s'appuie contre la vitre, les fenêtres grelottent. Mon cœur, tenu par un seul gond, fait claquer ses artères au gré des émotions. Chaque jour, il faut évacuer la boue d'hier et déneiger la route. Les mots sont des épingles sur le chiffon des jours. Ils font piquer les yeux. Ils surlignent le temps. Même si écrire, c'est être mal compris, je ne peux pas me taire. Je ne veux pas trahir les mots qui se bousculent. Il faut que je recouse au fil de soie, au fil de fer, au fil de laine, au fil d'or, les lambeaux du passé, que je brode sur l'âme des paroles de feu. Il faut que je survive sans brader l'infini. Ma vraie vie n'est pas la mienne, mais celle de mes enfants.

Il ne sert à rien de trouver des mots clés. On change constamment de serrure. Chaque matin, il faut racheter sa peau. Les plantes ont la couenne dure. Des rhizomes d'iris font éclater la pierre et poussent entre les failles. Le vent du nord se recueille sous les saules en prière. Les mots sont comme des doigts qui me touchent la peau, descendent le long du bras et me tiennent éveillé. J'éteins et je rallume ma lampe de chevet. Je couche dans un cahier où l'encre s'accumule. Je la puise dans les arbres, les nuages, les vagues, le vol des oiseaux. Du poisson qui frétille à la pomme qui craque, de la miche de pain à la sueur des amants, du cul des bêtes à la terre des forêts, j'embrasse le monde entier. Que cherchent donc mes lèvres dans ce baiser cosmique? J'ai l'impression de vivre un crayon à la main, un bracelet d'herbes autour du bras, une source sous mes pieds. Il n'y a pas de saisons au bout de mon stylo. Malgré le froid dehors, les degrés sous zéro, les glaçons de moustache, une aile de papillon zèbre la peau des pages. Du soleil brille entre les lignes. Les virgules aux aguets, les phrases bandent sous le reflux de l'encre. L'alphabet des orties se laisse pousser la barbe. Une volée de freux chavire dans le vent. Le roseau pense et se redresse comme un héron sur une patte. Les molécules se fracassent sur le front blanc du froid. Ils sont finis les fleurs, les framboises à l'écoute, les granges pleines d'oiseaux, le souvenir des feuilles. Le lac s'est éteint. La lune pend comme un glaçon. Le gel est là. Il n'y a plus dans l'air cette odeur de présence, ce goût de lait, de plaie, ce parfum de chaleur. Il ne neige plus de pissenlits, de samares, de noix. Il neige pour de vrai. Le temps s'est arrêté. L'hiver nous piétine de ses grands pieds mouillés. Le vent découpe à cran d'arrêt la douceur des bouleaux. Dans les greniers muets, des souris grises raclent des miettes. L'araignée du cerveau époussette sa toile. L'hiver est long. L'hiver est blême. J'ai grossi comme un bonhomme de neige. J'appuie ma vie sur le comptoir du ventre. J'ai gossé dans l'érable des allumettes pour le cœur, des amulettes, des colliers de barbe. Le verre s'est usé dans la soif des hommes et la fumée des bars. Le bois des arbres ne part plus naviguer, mais s'enterre en planches de cercueil. J'attends qu'on recouse la terre, que les jardins frissonnent dans leurs habits de fleurs, que les fourmis reviennent dans la foule des herbes, que les ruisseaux donnent à boire aux canards, que le ciel se déchire en éclats de soleil, que les semences quittent leur pot et courent aux nouvelles.

 

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JEAN-MARC LA FRENIERE

 

 

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JOYCE GEHL

Oeuvre Joyce Gehl

SARAH VAUGHAN-FLY ME TO THE MOON

MES APPRENTISSAGES...Extrait

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« Mon bouquet de Puisaye, c'est du jonc grainé, de grands butômes à fleurs roses plantés tout droits dans l'eau sur leur reflet inversé ; c'est la châtaigne d'eau à quatre cornes, sa farine à goût de lentille et de tanche ; c'est la bruyère rouge, rose, blanche, qui croît dans une terre aussi légère que la cendre du bouleau. C'est la massette du marais à fourrure de rat grondin et, pour lier le tout, la couleuvre qui traverse à la nage les étangs, son petit menton au ras de l'eau. Ni pied, ni main, ni bourrasque n'ont détruit en moi le fertile marécage natal, réparti autour des étangs. Sa moisson de hauts roseaux, fauchés chaque année, ne séchait jamais tout à fait avant qu'on la tressât grossièrement en tapis. Ma chambre d'adolescente n'avait pas, sur son froid carreau rouge, d'autre confort, ni d'autre parfum que cette natte de roseaux. Verte odeur paludéenne, fièvre des étangs admise à nos foyers comme une douce bête à l'haleine sauvage, je vous tiens embrassée encore, entre ma couche et ma joue, et vous respirez en même temps que moi. »

 

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   COLETTE

1936

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bruyeres et joncs

L'EFFARANT INTERIEUR DES OMBRES...Extrait III

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D'hirondelle en hirondelle je suis arrivé au bout du bout

Du monde c'est dire combien tu étais belle j'en ai connu

Des frayeurs et des lumières dorées quand le soir se pose

Comme un cerf-volant sur les yeux j'ai couru j'en ai pris

Ton parti des poignards dans les seins des chemins bleus

J'étais prêt à tout et à travers je voulais tes cheveux dans

Mes paupières comme quand on croit encore j'ai marché

Sur les fleurs j'ai nagé j'ai remonté l'escalier des fleuves

Rien pas une ombre ne m'aurait arrêté c'est dire combien

Tu étais miel je chiffonnais des roses je fumais du hasard

Je n'avais que ta direction et j'en changeais tout le temps

Puisque tu étais là et je n'y étais pas j'ai chevauché aussi

Des présages sans fin j'ai voulu tout écouter tout montrer

Je voulais croiser mes mains sur ta nuque te soulever t'é

Merveiller j'ai volé même c'est dire combien tu étais ciel

 

 

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ALAIN DUAULT

 

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alain

PAR TES LEVRES, J'Y CROIS...

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L’amour est l’enchantement nettement perceptible qui naît dans une attirance où les affinités ne sont pas automatiquement ses raisons créatrices. Partir à la recherche d’une amante à sa convenance comme on cherche dans des slogans publicitaires un opérateur de tourisme au moment des vacances d’été, c’est dépouiller le sentiment amoureux de tous ses envoûtements. L’amour se crée souvent d’une faculté distincte de notre volonté, de notre raison, de la vision même que nous avons de sa définition classique. Aimer, c’est d’abord savoir sabrer avec un cran rebelle le mythe bancal des goujats qui confondent esprit, ventre et bas ventre. Aimer, c’est se fondre dans la magie d’une sensitivité particulière dépourvue de toute forme de sacré et dont l’usage est toujours insuffisant. La flamme quand elle s’allume dans les yeux et tient les lèvres en haleine, les aubes des étoiles n’ont plus qu’un seul chemin, celui du vent où les regards des amants se croisent pour chavirer dans le même rivage des idylles.

Aimer à réinventer la raison.

Je prendrai de l’énergie cinétique des vents et des océans tout ce qu’il y a d’électrique, j’en ferai des rafales d’éclairs qui allumeront les hauts quinquets ancestraux pour éclairer la profondeur des cieux afin d’y graver ton prénom. Adviendra l’orage qui éclatera l’espace et brisera les temps, submergeant de ta voix les antiques prophéties. J’ordonnerai aux fleurs qu’elles se nomment par la spontanéité des hasards sans saison comme raison. Je troquerai mes insuffisances pour un lit de tournesols et sous le plaid de jasmin s’écrira notre amour en caractères de flammes dans une prose adulatrice. Ainsi, nous amasserons les feux charnels dans la ferveur des nuits enjolivées de griseries en délires. Tu humeras mon souffle comme un autel fumant de véhémentes douceurs et tu sentiras mon amour pour toi doux comme une aurore blanche mais tenace à faire fondre les neiges en ramiers blancs. Tu les verras survoler des astres inconnus pour t’apporter les nectars célestes aux rires enivrants d'où naîtront des oracles nouveaux et tu verras les voluptés s'allumer en flambeau sublime modifiant la destinée des dieux. Je ferai de mes imperfections des talents avec tout le génie imaginable et j’humecterai de ta larme de joie les flèches des Venus et Éros, tous deux à genoux comme des divinités mineures devant ta grâce aux soleils dansants.

La lumière réfléchit dans la source de tes yeux
Limpides et profonds
Comme un miroir d’eau en ses ondes, capiteux
À toi, le rêve se confond
Ton regard filtre de la grâce du désir impérieux
Les larmes de mes rayons
L’amour se secoue, se fortifie et en moi il fait foi
Par tes lèvres, j’y crois.

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

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GABRIEL_MORENO_

Oeuvre Gabriel Moreno

 

 

GABRIEL CELAYA

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La vida que murmura.
La vida abierta.
La vida sonriente y siempre inquieta.
La vida que huye volviendo la cabeza
tentadora o quizá, sólo niña traviesa.
La vida sin más.
La vida ciega que quiere ser vivida sin mayores consecuencias,
sin hacer aspavientos,
sin históricas histerias,
sin dolores trascendentes ni alegrías triunfales,
ligera, sólo ligera,
sencillamente bella
o lo que así solemos llamar en la tierra.

 

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GABRIEL CELAYA

 

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duault

LE LIVRE OUBLIE

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Des souris des morts
je te sauve
ô livre innocent
qu’a laissé
le fugitif fantôme
d’un peuple passager
fatigué de ses songes

Avec toi tes lettres bouclées
ont côtoyé
la vérité du pain
ont coulé même
dans l’haleine lente du cèdre
sont devenues
passions saveurs de mondes
musique dans
le registre figé des deuils
la théorie des morgues
où les morts attendaient leur nom
sont devenues silence
pour ceux qui apprenaient
la cruelle leçon du deuil
devant la mère diaphane
deviendront
procédures d’aurore
pour alléger le monde

On t’avait oublié
dans la misère des poussières
puisque jamais tu n’eus d’images
à donner aux enfants
Mystère tu restais
dessous leurs doigts humides
mystère encore dans les yeux clairs
du tendre analphabète

Maintenant tu réveilles
tes signes magiciens
les rassemblent nous ensorcelles
d’anciennes guerres d’écoliers
sortis des quartiers de la lune
avec leur lexique trilingue
de ce cœur d’oiseau qui battait
à nous faire éclater le poing
de ce moineau d’Alexandrie
pillant un songe d’épicier

 

 

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RAYMOND FARINA

Extrait de " Le moineau d’Alexandrie in Pays "
Editions Folle Avoine

 

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denis mondineu2

Sculpture Denis Mondineu

http://denis.mondineu.free.fr/oiseaux.html

IL Y A AU BOUT DU MONDE UNE PAROLE

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Alerte

Il y a au bout du monde  une parole

Qui éclot dans la tendresse

Les mots appellent les mots par delà l’océan

Et répondent aux chercheurs de trésor

D’étranges magiciens maîtres des formules

S’emparent de la fleur ouverte des étoiles

Le monde s’arrondit au cercle de tes lèvres

Ton visage surgit comme l’éclair

Il est temps de respirer l’orage au fond de l’auberge

Il est temps d’apprivoiser les grains de la beauté

Les feuilles se taisent et s’enroulent comme des parchemins

Elles ont beau tirer la langue

La phrase s’envole à tire-d’aile d’un point à l’autre tel un papillon qui cherche la sortie

Le soir a peint sa calebasse de peintures d’amour

Je ne suis qu’un jardin suspendu

Qu’un bateau ivre

D’autres diraient un plain-chant

Une foule d’hommes à la recherche d’un seul cœur

Une foule d’hommes dans la vigne des mots

Et qui parle à haute voix par tes lèvres musiciennes

Je me souviens de la marche nuptiale

Des trois pierres sacrées sous le feu

Et du pain de l’alliance

Je me souviens des mots sur les toits

De la parole qui demande la route

Le langage s’est invité parmi un chant de noces

A mouillé l’ancre aux aisselles des îles

Et me voilàà l’autre bout des rives

Le train des mots attachéà tes mots

Je dis pour toi le voyage de toutes les Indes

 

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ERNEST PEPIN

Faugas/ Lamentin/Guadeloupe

01 Août 2011

 

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michael parkes

Oeuvre Michael Parkes

 

LES MOTS QUI FÂCHENT

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Il y a dans les incertitudes électorales passées et à venir des traces évidentes de nervosité, un désir d’autre chose contrarié… un sentiment de tant d’impasses. Nos idées ne sont pas incarnées, ou mal, ou par des leaders que l’on ne veut pas voir ne serait-ce que deux secondes à la tête du pays, alors on vote comme aurait pu le chanter Stromae, on vote résigné, on vote machin pour éviter bidule, Paul pour déshabiller Jacques, on espère peser, pulvériser les plans prévus, on détricote les combines, les plans des officines, on flaire la mauvaise colle derrière le courage affiché, la droite qui se cache derrière la gauche, l’autorité derrière l’insoumission, alors on vote. On se croit malin mais on sait bien… Nous ressemblons en fait à ces familles dont un lourd secret plombe chaque réunion, qui s’engueulent et se brouillent pour des détails lors même que l’essentiel les ronge ; il pèse sur les silences et fait hurler les couverts dans la faïence, ça additionne les cancers, muré dans d’impossibles aveux. Il manque un Festen à la France. Notre lourd secret est notre conscience écologique. Nous savons tous que notre monde ne peut pas continuer comme ça, nous connaissons les grandes lignes des véritables enjeux environnementaux ; nous savons que la démographie pèse chaque seconde plus lourdement sur nos destinées ; nous savons que nous devons changer radicalement et le plus vite possible notre façon de consommer, de se déplacer et de travailler. Que l’on soit de droite ou de gauche, aux extrêmes ou au centre, la conscience d’un bouleversement climatique inquiétant est en nous. Nous savons que nous ne pouvons pas vivre derrière des barbelés en raclant les fonds de tiroirs d’une planète exsangue devant les trois quarts de l’humanité tenus à distance par des murs, du barbelé et des mitrailleuses… On le sait, mais si on additionne les intentions de vote des trois principaux leaders, Le Pen, Macron, Fillon, dont l’écologie est quasiment absente des programmes, on arrive à 65 % des voix.

 

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PHILIPPE TORRETON

 

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