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Channel: EMMILA GITANA
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LETTRE A UNE POETE

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Je t’envoie une lettre
Que l’écume des mers a brodé
Une lettre souveraine
Née des racines du cœur
Et de la parure de ton regard de femme
Une lettre titubante
Qui s’accroche à nos souvenirs
Enorme coulée du vivre
Quand le vivre se fait chair de lumière
D’errance en errance
Jusqu’au coquillage premier
Qui chante dans tes yeux
Là où je ne suis pas
Dans l’allaitement des étoiles
Je t’envoie une lettre écrite sur un papier cadeau
Ou sur les nuits blanches quand tes lèvres s’exilent
Un seul amour l’habite
Au carrefour de nous-mêmes
Une lettre phosphorescente
Qui scintille à l’heure des orchidées
Et qui tourne comme un derviche
Pour guérir les îles vagabondes
Je n’ai pu créer des images
Ni tracer des frontières
Mes mots ont uni toute chose au-delà de moi-même
Le sel de l’origine
L’argile âpre des rêves
La foudre et l’éclair du sang
Et la promesse des fiançailles
Je suis le chant sans équivoque
Ce feu et ce lieu
Qu’aucun printemps n’a pu définir
Ma patrie est faite de rires tièdes
Qui inventent l’espace qui nous manque
De caresses de nuages gonflés de ton ombre
D’appels qui vont boire au sein
Je t’envoie une lettre de cérémonies
Une lettre de frôlement
Une lettre peinte sur l’écaille des tortues
Où s’aventurent l’ombre et la lumière
Paroles en pointillé
Cavalcades de pensées
Fourche des rêves au galop
Mémoire des désirs
Je t’envoie une lettre de miroirs silencieux
Une lettre qui chevauche l’océan des reins
A la manière d’un oiseau migrateur
Cherchant le triangle obscur et le vertige sacré
Il n’y a à lécher que la surface du jour
Avec la symphonie des algues
Chevillée à ma lettre comme un troupeau de tisons

 

 

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ERNEST PEPIN

 

 

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ernest3

 

 

 

 

INSENSE....MAIS VRAI !

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Voici le récit de la consultation complètement surréaliste que j'ai obtenue hier auprès d'un spécialiste , en milieu hospitalier...

Après un voyage épuisant de Corse à Paris, en pleine canicule ( 38°à 15h hier après-midi, plus d'une heure d'embouteillage ), j'arrive devant cet établissement hospitalier, péniblement , avec mes béquilles, mes deux orthèses aux genoux, ma petite valise roulante...Installée devant une secrétaire qui me demande mes radios....Radios ? Non, je n'ai que des IRM...

- Ah que des IRM ! Désolée Madame, mais le Dr M......ne veut que des radios; si vous aviez eu RV avec le Dr untel ou le Dr untel, de la même spécialité, pas de problèmes avec les IRM...Le Dr M......exigeant des radios, vous allez devoir les faire maintenant....

Direction la radiologie à travers les méandres des couloirs interminables...Pardon madame, la radiologie SVP....Il vous faut faire demi-tour, tout au fond vous passez devant la cafétéria, puis vous tournez à gauche, puis à droite, tout droit, encore à gauche, c'est indiqué.....Enfin, après une séance d'effeuillage ardue dans un espace surchauffé, une dizaine de clichés - pliez les genoux...un peu moins...un peu plus...tournez le droit, puis le gauche...et vlan ! A plat ventre....puis debout, de face, de profil, de dos - enfin le rhabillage, je retourne au secrétariat répondre au questionnaire afin d'obtenir le sésame pour atteindre la salle d'attente du spécialiste...Tout cela m'a pris trois quarts d'heure d'efforts, toujours avec mes béquilles, mes orthèses aux genoux et ma petite valise roulante que je finis par abandonner dans le bureau des secrétaires... Enfin , l'on m'introduit dans la salle de consultation - sachant que de chaque coté existent les mêmes salles, également occupées par des patients du Dr M....., et qui attendent, comme je le fais, l'arrivée du médecin...
Arrive le Dr M......, accompagné par son assistant...Examen des fameuses radios....

Lui - " Oui, votre genou droit ....pourrait éventuellement faire l'objet d'une pose de prothèse....bien que...En ce qui concerne le gauche, non ....pas assez usé..."

Manque de chance, c'est celui qui me fait le plus souffrir....Le martyre, plus de vie, handicapée depuis six ans, bientôt en chaise roulante....Mais pas assez atteinte...

Lui - " Madame pourquoi venez-vous me voir ? " ( Devant lui se trouvait la lettre de mon médecin qui lui expliquait le raison de ma présence )

Moi - " Je veux savoir si par rapport à la maladie qui me touche, une maladie infectieuse, la maladie de Lyme, l'on pourrait envisager une pose éventuelle de prothèses..."

Lui - " La maladie de Lyme ? Tiens, je l'ai eue....Paralysie demi-faciale, traitement antibiotique de quinze jours, depuis c'est terminé...Mais qui vous dit que vous l'avez ? "

Moi - " Les tests positifs et la constatation par mon médecin des atteintes que provoquent Lyme, dont l'arthrose de Lyme..."

Lui - " Ah bon ! la maladie de Lyme peut provoquer des atteintes articulaires ! ? Je ne connais rien à la maladie de Lyme....Ecoutez madame, que vous ayez la maladie de Lyme, je m'en fous, si je dois vous opérer, je vous opère....Mais ce n'est pas d'actualité, déjà il vous faut perdre du poids, c'est absolument indispensable " ( ce que je conçois, c'est la seule chose sensée qu'il m'aie dite )

Puis se tournant vers son collègue

Lui - " T'as été piqué plusieurs fois toi, mais avec quelques jours d'antibiotiques, c'est bon ! Ah ah ah !...."

Rigolo le Dr M......

Puis tout un " speech " sur les dangers des traitements antibiotiques au long cours...

Lui - " Vous venez de Corse ! Mais vous êtes bien en Corse! C'est beau la Corse ! "

puis se tournant vers son confrère

Lui - " Il faudrait que l'on organise une journée de consultation là-bas...Avec tous les corses qui viennent se faire soigner ici.....Ah ah ah ! Une journée de consultation et deux jours de vacances ensuite !

Rigolo le Dr M.......

Moi - " Mais les risques d'infection sur prothèses avec les bactéries de Lyme ? Vous pourriez vous concerter avec les infectiologues de l'établissement ?"

Lui - " Les infectiologues de l'hôpital ne connaissent pas la maladie de Lyme...."

Rigolo le Dr M.......!!!

Moi - " Vous connaissez peut-êtres des chirurgiens orthopédistes qui connaissent la maladie de Lyme ? "

Lui - " Non, non, absolument pas, personne ne connait la maladie de Lyme à Paris et même en France parmi mes confrères ..."

Rigolo le Dr M.......!!!

Sur ce, tous deux se lèvent pour passer au patient qui est déjà installé dans la salle d'à côté...

Moi - " Excusez-moi, mais ma mutuelle m'a dit de vous demander de me faire une prise en charge pour les bons de transports jusqu'à l'hôtel ( le temps supplémentaire pour effectuer les nouvelles radios font que je ne peux plus prendre l'avion suivant et que je suis obligée de dormir à l'hôtel ) puis de l'hôtel à l'aéroport pour demain. "

Lui - " Moi !!! Ah mais non, pas question ! Après c'est moi qui paie, c'est pour ma pomme ! Non non..."

Moi - " Je ne vois vraiment pas le rapport entre vous et des bons de transports.....C'est ...."

Il me tend une main fine et molle par dessus le bureau, que j'ai eu la faiblesse de serrer, me souhaite un bon retour et s'éclipse en compagnie de son assistant
Je tiens à dire que le Dr M.....ne s'est pas donné la peine de m'examiner physiquement...La visite n'a été qu'un entretien oral !
Je suis sortie totalement effondrée, en pleurs, fatiguée, sur les genoux - c'est le cas de le dire - J'ai fait 2400 km pour entendre le discours d'un médecin qui m'a parlé dix minutes, qui se sert de son serment d'Hippocrate comme d'un fond de commerce, un homme pressé dont le manque total d'empathie aurait pu mener à un acte désespéré...Je suis repartie avec mes deux béquilles, mes orthèses aux genoux et ma petite valise roulante, plus vieille , cassée, désespérée....

Vous ne m'avez même pas prescrit d'anti-douleurs, rien, absolument rien !!!! Je vous remercie Dr Mouton.... de Panurge ( issu d'une vieille famille française ) oui c'est son nom....et tiens ! Cela rime avec bouffon et avec beaucoup d'autres quolibets que je tairai ....

Pas rigolo le Dr M........ !!!!!

 

 

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LeSerment

OSCAR VICENTE CONDE...Extrait

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Je ne vais pas
laisser la nuit
entrer par dessous la porte

pour me voler le rêve

Mais lorsque l'insomnie se met à hurler
elle dépose sur moi sa nudité.

 

No voy
a dejar que la noche
entre por debajo de la puerta

para robarme el sueño

y cuando el insomnio grite
ella deposite sobre mí su desnudez

 

 

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OSCAR VICENTE CONDE

Traduction André Chenet

 

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nolan lester

Photographie Nolan Lester

 

 

 

 

 

MIGHTY SAM Mc CAIN - WHEN THE HURT IS OVER

PAUL WAMO - ALERTE GENOCIDE PAPOUASIE OCCIDENTALE

MA LANGUE

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Ma langue
Flirte avec l’oubli
Valse avec l’Univers

S’évadant des hypothèses

Pour embrasser à pleine bouche
Les lèvres hypocrites de la Lumière

Sans raisons

Juste mes caresses
Sur ses hanches vierges

La Lumière et moi, moi et la Lumière
Infiniment nus
Et blottis

Sous la couverture fragile des mots.

 

 

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PAUL WAMO TANEISI

Poésie de Nouvelle-Calédonie

 

 

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Totem_Isle_of_Pines2

 

 

 

 

INNOCENCE

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Mon enfant est né sous une autre étoile
Sous des lunes, qui même pleines, se voilent
Un lieu ou tout se mêle
Fureur, Amour, Mots et Couleurs
Un lieu que l’on pourrait nommé Babel
Le temps y joue sa ronde
Sans se suspendre
N’ayant que faire de Mon enfant né sous cette autre étoile
Sous ces lunes, qui même pleines,
Ont peur qu’on les blâment
Un lieu ou tout se vaut,
Fureur, Amour, Mots et Couleurs
Un lieu que l’on pourrait nommé KO
Et le temps y tourne y tourne y tourne en rond
Se moquant bien de tout.
Mon enfant est né sous une autre étoile

 

 

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PAUL WAMO TANEISI

Poésie de Nouvelle-Calédonie

 

 

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art_et_vie_

DES ESPOIRS A VIVRE...Extrait

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Pardonnez-moi
pardonnez-moi si j’écris
un poème
c’est que je suis comme vous
je ne sais où donner
du corps
du cœur
et de la tête
si
ce qui est fixé sur mes épaules
peut encore porter
ce nom
car
ils l’ont pris pour
une photo de fichier
une photo d’identité
un numéro de matricule
un montant d’impôt
une unité de recensement
un ballon
pour jouer avec des pieds et des mains
c’est pour cela que j’écris
pour montrer le henné de ma main avant de monter la largeur de
mes épaules et la blancheur de mes talons
je veux écrire mon poème
sur la chair de tous ceux qui ont perdu la parole
chez le marchand de mots
combien coûtent les mots
combien en voulez-vous
une livre
de maux
j’en achète pour mon malheur et le vôtre
puisque nous sommes frères dans la détresse
je vous livre votre part et j’en prends un peu
pour parler d’un tas de petits rêves qui grouillent dans ma tête
et je ne peux exprimer car
je crains
Dieu le roi mon père
les policiers les gendarmes les soldats
le directeur le maître le professeur
les chiens les assassins les microbes
et les médecins

c’est un peu trop pour un seul homme

 

 

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MOHA SOUAG

 

 

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MOHA

MARGUERITE A LA SOURCE...Extrait

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«Il me revient parfois à la saison
des transhumances
une soif de pays sans cartes ni
barbelés
un désir de terre à façonner
comme glaise
redonner souffle aux choses
mortes
faire vivre les pierres au-dedans
de moi-même
afin que se bâtisse un cloître de soleil
où les haies d’herbes folles seraient une prière

et la branche brisée une chanson d’été

 

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CLAUDE BENADY

 

 

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claude

AUX SILLONS DU LIRE

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«Toi qui sais pétrir la «pierre errante»
La ciseler au ciel de l’enfance
De «la semence de l’eau » surgit
Transparence à l’aube des solitudes tues
Faut-il attendre la moisson des orages
Pour décloisonner éclairs et appels de la mort ?
Ceux qui illuminent les ténèbres de l’exil
Miroir fugace à la parole risquée
Ton verbe tranche la fulgurance mue
Afflue la source de l’immuable agonie
Le Poème la reflue gravée entre mer et désert
Ainsi rayonne une obscure clairvoyance
Polyphonique le poème sonate
Retrace la genèse du berceau
Repus les mots vigilants au Levant
La pensée ébruitée se déshabille
Le simulacre ne songe plus aux houles
Mais danse l’icône apatride
A l’horizon désilé de lumière
Quel lieu intime d’Orient
Creuse en ton visage de mots vespéraux ?
Un silence ourdi d’ultimes regards

Que voyellent, à l’aube, les cimes de cyprès

 

 

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HÉDI ANDRÉ BOURAOUI
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ORIENT

EXPRESSION DU VOYAGE INTERIEUR

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«Aux dernières tables de la nuit
Et pour en être là que faut-il
Je rêve à des femmes comme des poèmes
Dans l’alphabet des oiseaux
Lorsque l’amour est une momie
Les gens qui dorment comme des oiseaux
Chacun un cristal de nuit
Sont des petits jardins
Plongés dans l’eau des rêves
Où tout est fou
Rêves  à de grandes lunes
Qui les éclairent  du dedans
A perte de vue
Et l’amour est une allée
Jonchée de baisers
 Et d’aube
Ne réveillez pas l’enfant qui dort
La folie est aux cimes des arbres
belle de plusieurs tragédies
cette femme qui vient du verger
Allumée de chants
Avec un sourire d’image
Comme d’une grande légende
Mais tout cet or répandu
O trop de chance
Et qui habite le rêve n’a pas de maison.
Je sais que les larmes sont une vigne
N’en fais pas un deuil de terre
Combien l’eau n’est-elle pas confinée
A l’effeuillement des corps
Je t’aime comme les orgues de solitude
Un air tourmente ton cœur
D’un brun de mémoire exquis
Ta voix est celle d’une prairie
Je t’aime pour tout ce qui me reste de l’enfant
Le musc des légendes

Et brillant des naissances

 

 

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ABDERRAHMAN BENHAMZA
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tham

 

Photographie Thami Benkirane

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LE DESERT ECLAIRE DU MINOTAURE

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Je sais de l’Europe que son nom est grec, il veut dire Grands Yeux. Je sais qu’elle fut enlevée dans une région de l’actuel Israël par le roi des Dieux, Zeus, qui l’emmena en Crète. Je sais qu’elle fut la mère de Minos, constructeur du plus célèbre labyrinthe de l’histoire.

Ce parcours à reculons m’aide à savoir que l’Europe d’aujourd’hui est apparentée à un édifice labyrinthique aux nombreuses entrées et sans issue. Avant tout, sans issue : du format Europe on ne revient pas en arrière. Son union monétaire retient ses membres, comme le faisait le Minotaure avec les vierges qui lui étaient consacrées. Quelque part en Allemagne, dans un repaire inaccessible, au nom exotique de Buba (Bundesbank), le Minotaure Euro gouverne les nations et les soumet à son régime alimentaire. Il a appris la leçon et n’autorise l’entrée à aucun Thésée muni du fil de retour.

L’Europe est une expression monétaire. Sa tenue interne est inférieure à la Suisse la plus solide, qui est aussi une fédération, mais avec un seul drapeau, une seule politique étrangère, un seul système de santé et de justice. Mais l’Europe n’est pas une tour de Babel, qui fut une œuvre d’intense et visionnaire concorde, cherchant à atteindre le ciel au moyen d’une construction.

Rien de ce projet commun de l’humanité d’alors ne se retrouve dans le format Europe. Ici, la guerre de cent ans continue avec d’énormes moyens financiers protégés par le secret bancaire, privilège élevé au rang d’un sacrement. Sans issue, l’Europe a beaucoup de portes. L’une d’elles se trouve à Lampedusa, île au nombril de la Méditerranée. Elle s’étend en longueur sur la carte de géographie et a deux bords opposés : l’un est abrupt, à pic, inapprochable ; l’autre est au contraire plein de baies, de criques, de lieux d’accostage.

Sa forme décide de sa vocation : inaccessible au nord et grande ouverte au sud. Telle est aussi l’Italie, elle a les Alpes au nord, la plus haute muraille du continent. De là se détache un bras de terre qui s’allonge dans la Méditerranée et finit avec les Pouilles et la Calabre, qui sont des extrémités de main ouverte. Et à côté, la Sicile est un mouchoir au vent qui salue.

L’Italie est une terre qui s’est étendue en forme de pont et qui a servi àça. Avec la Grèce, elle forme les racines d’Europe dans la mer. Ses ports ont déchargé les civilisations venues de l’Orient par l’intermédiaire des commerces, des invasions, des révélations de messages urgents de divinités. Un abîme d’histoire est déposé sur le fond marin, aujourd’hui recouvert par des couches de corps de voyageurs non autorisés.

Aujourd’hui, la mer Méditerranée est une fosse commune de naufragés coulés par mer calme, repoussés au hasard, à l’aveuglette. Sur leurs corps avance sans relâche le flux des débarquements successifs, au gré de l’obscurité et de la fortune, qui, parfois, coïncident.

Aujourd’hui, l’Europe est le désert le plus éclairé du monde. Pour finir, je déclare que je suis un citoyen de la Méditerranée, de sa république de la mer. J’appartiens au Sud auquel l’Europe doit vocabulaire et autels, art et métaux, pain et vin, et, en dépit des grands yeux de son nom grec, ne distingue et ne voit que dalle.

 

 

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ERRI DE LUCA

Traduit de l’italien par Danièle Valin

 

 

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Bahram Dabiri

Oeuvre Bahram Dabiri

JEAN LAVOUE

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J’ai cru que le jour était vide
J’ai demandé pourquoi
J’ai cru que la nuit était vide
J’ai demandé pourquoi
J’ai cru que le cœur était vide
Je l’ai pris dans mes mains
Je l’ai vu s’éclairer et brûler peu à peu
Alors j’ai cru que l’homme un jour enfin vivrait
Non par quelque miracle venu du bout des cieux
Mais par cette chaleur qui tremble dans ses mains
Alors j’ai fait ce rêve d’une terre habitée
Où l’arche et la colombe enfin seraient sauvées
J’ai cru que chaque oiseau promettrait le soleil
J’ai cru que chaque enfant annonçait le matin

 

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JEAN LAVOUE
www.enfancedesarbres.com

 

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Bahram Dabiri3

Oeuvre Bahram Dabiri

 

 

 

LES JARDINS DE L'ARTHROSE ‒ Extrait 1 et 2

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Van Gogh a peint ce soleil qui répand
son soufre sur les jardins de l'arthrose

Comment en verrions-nous la lumière aveuglante

Mais nous savons que c'est ici
à des fractures mal scellées
à des divorces de jointures
à de froides incandescences

Il m'arrive l'image noire
de buissons retournant contre eux-mêmes
leurs épines

greffes de la folie

Les oiseaux ne se posent pas
ils s'accrochent
à quelque défaut de paroi
à quelque frottement
de branches contrefaites
ils ne jouent de la flûte ni du violon
mais du bec
cela fait
un bruit d'horloge
inconsolable

Il m'arrive la rumeur
de racines forant
la calamine et le cambouis
comme des doigts de sculpteur fou
d'équarisseur

et le feu prend figure
d'un geste qui délie des gerbes de vipère
d'un mouvement qui fait
jaillir des roses de scorpions

sommeil cardé par
de rugueuses vertèbres
survol vertical
de lignes à haute tension

une épeire y dessine
sans fin mon labyrinthe

 

 

Cependant
il m'arrive
d'apercevoir l'estuaire
au-dessus des jardins

Ce peut être du gris en son épuisement
lavé au bleu de la Genèse
et peut être un corbeau
désemparé plongeant
dans le touffu d'un vol de mouettes

c'est l'estuaire

l'estuaire

au-delà se tient
l'au-delà de tout

Je n'habiterai pas toujours l'hiver du temps
à l'insu de ce corps mal devenu
les eaux profondes
élèvent leur lumière de psaume
jusqu'au-dessus des cieux

Gloire sans épaisseur
ô souveraine apesanteur de la grâce

Je suis en ces jardins
et je suis ces jardins

Je m'éloigne
j'avance.

 

 

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SERGE WELLENS

 

 

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SOUFFLES ET SONGES...Extrait

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L’air m’enveloppe,

me berce

comme l’eau maternelle

douce et sauvage au fond du rêve

Je suis sans nom

Aigle et poisson

dans la tentation du vide et le bouillonnement des choses…



Pierre dissoute

Liquéfiée dans le vent

Le solide n’a plus de base

Plus de mémoire

Éclatement

Pierre torche dans le bouillonnement du monde…



Le poème est un court-circuit

qui porte l’incendie

jusqu’au cœur de nos plus lourds sommeils

Rapt et ravissement

Il fonce, rapace au bec de braise,

sur la vie léthargique…

 

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COLETTE GIBELIN

 

 

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marc henauer

Photographie Marc Henauer

JONAS

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Jeu dérisoire de celui
- d'une espèce oubliée sans doute -
qui d'un chaos de lettres
continue à faire des mondes
qui désire écrire limpide
comme vient un simple bonjour
comme tinte un matin toscan
& qui dans les ténèbres
du grand poisson biblique
fait clignoter son morse
obstinément - pour qui? -
Pour quelques enfants que fascinent
d'étranges robots occupés
à pulvériser des planètes
Ou pour le dieu omniscient
qui a tout conçu de travers
& qui cherche à tâtons
dans son fouillis céleste
ses lunettes qu'il a
une fois de plus égarées

 

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RAYMOND FARINA

(Extrait de Anachronique,
Editions Rougerie, 1991.)

 

 

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ANTO MACHADO2

Oeuvre Anto Machado

 

 

 

VOLEES D'ACTES DE PAROLES EN EPANCHEMENTS

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Le temps accumulant compulsivement les années,
l’homme égare ses valeurs qu’en principe, il « discerne » ;
le mirage de sa raison trop hantée par l’écho
n’éprouve estime et patience que pour ce qui le leurre...

Marée retirée : maintenant se trouve presque vide
la maison qui grouillait de nos vies et de nos objets,
à la commode près et sa lourde plaque de marbre
s’excusant d’être là, dérive sans affectation...

Je sais la terre : j’en garde tous les jours sous les ongles.
La pensée d’être mis sous elle ne m’effraie en rien.
De la très humble science que j’en ai-je profite,
aimant plus que tout la faire partager aux amis...

Dans sa quête du peu le presque plus rien se profile
comme l’absolu auquel réduire des sentiments,
émotions de la chair et de nos os dans la tourmente,
sitôt enfuis les quatre-vingt-dix pour cent de leur eau...

On serait poètes comme les oiseaux dans leurs branches,
à l’écoute de tous les autres chants, blessés d’aucun,
n’était-ce le poids de susceptibilités morbides
au piège desquelles se laisse emporter quelque esprit...

Cette voix, enchâssée dans la nôtre et qui s’en distingue,
on ne saurait douter qu’elle vient de la poésie,
cruellement taiseuse quand on s’efforce de dire,
mais déposant le limon de sa passée dans nos blancs...

Ne jamais être de ceux qui ont d’avance « raison »,
faisant de leur recherche d’un pouvoir la quête unique ;
tu ne printemps à rien d’autre qu’à ton droit d’exister,
considérant que tout, dans l’adversité, le confirme...

Aspirer aux joies du fond, les plus intimes et simples,
sans rapport de dépendance avec le monde extérieur ;
la gageure déjà bien audacieuse de survivre
suffisant presque toujours à nous les parasiter...

Comme le feu jubilera, dès que l’eau évaporée
quittera ce lit de vent et de sable que nous sommes !
D’où les bourgeons de ramures nouvelles, d’où la fleur,
plus parlants que leur clos de mutisme à qui voudra lire...

J’ai trouvé cette forme, creuse. Je m’y suis coulé
comme au fond de l’océan l’infime bernard-l’hermite
abrite -pour un temps inconnu de lui- sa survie,
jusqu’à la vague de fond cinglant la perte totale...

Oui, choses. Vous et moi. Presque inanimées dans le manque,
remplissant déjà toutes les conditions du départ,
aux contours usinés par le Temps qui de nous s’échappe ;
choses en elles-mêmes, prenant l’après pour l’avant...

Ton gant de toilette parfuméà la bétadine
souffle un léger vent de voyage sur tes ablutions ;
à la crête d’une vague, goélette en partance,
tu vas braver tu ne sais au juste quel océan...

Les mots ne tremblent pas de désespoir ni d’espérance,
n’en peuvent déborder que dans l’extrême retenue,
goutte à goutte si peu dessoiffant, d'un breuvage fruste
aux projets de mémoire et débris de futur mêlés...

Ici, le passant ne peut que laisser parler les arbres
de toute son aptitude au silence, de ses frissons,
pour se sentir devenir instrument de l’indicible
sans lequel la lumière du jour ne ferait pas sens...

 

 

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Copyright HENRI-LOUIS PALLEN

www.lierreentravail.com

 

 

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Photographie Sarolta Ban

 

SERGE PEY - 2013 -

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« Malgré le thème du rire du Printemps des poètes, pour la poésie il n'y a pas de rires ni de sourires. La poésie n'a pas d'acheteurs. Les librairies réduisent leurs surfaces de vente. À part certains libraires courageux et militants de la parole, les recueils s'empilent dans les réserves et chez certains éditeurs finissent au pilon. On n'en rit pas. Les grands éditeurs n'éditent que les valeurs accomplies. Il n'y a pas d'aventure populaire de l'édition de poésie. Le rire en poésie, malgré Prévert, renvoie à l'idéologie dominante et pédagogiste du trapèze du jeu de mot. La poésie si elle rit, c'est en lisant l'anthologie de l'Humour noir de Breton. La poésie est maudite. Rimbaud avait vendu 3 exemplaires des «Illuminations». Lautréamont vivait dans sa clandestinité. Rodanski était enfermé volontairement à l'hôpital psychiatrique. Dans le rire de la poésie nous comptons les électrochocs. Dans ce temps des assassins, la joie est grave et nous savons que la main ouverte n'a pas d'ongle, malgré son poing fermé»

 

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SERGE PEY

 

 

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Sarolta_Ban_92,

Photographie Sarolta Ban

INSUBORDINATION DES CHOSES

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Ce n'est pas tant ta maladresse
ce sont les choses qui se refusent
et qui t'agressent

le café qui se renverse
le savon qui glisse entre tes doigts
l'horloge qui te ment
le stylo qui fait des taches
la fenêtre qui n'accepte pas
qu'on l'ouvre
ou qu'on la ferme

Et dans la brume de ton miroir fêlé
le vieil homme au regard triste
qui te demande son chemin.

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SERGE WELLENS

 

 

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Amédée Besset2

Photographie Amédée Besset

LUIS CERNUDA...Extrait

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J'étais étendu et j'avais dans mes bras un corps comme de la soie. Je lui baisai les lèvres, car le fleuve passait au-dessous. Alors il se moqua de mon amour. Ses épaules semblaient deux ailes repliées. Je lui baisai les épaules, car l'eau bruissait au-dessous de nous. Alors il pleura en sentant la brûlure de mes lèvres. C'était un corps si merveilleux qu'il s'évanouit entre mes bras. Je baisai sa trace: mes larmes l'effacèrent. Comme l'eau continuait à couler, j'y laissai tomber un poignard, une aile et une ombre.

 

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LUIS CERNUDA

 

 

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Bahram Dabiri Tutt'Art@

Oeuvre Bahram Dabiri