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Channel: EMMILA GITANA
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BRUNO ODILE...Extrait

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Fichtre de vie tout de même !

L’amour qui devient une plaie n’est qu’infamie. En soi, l’attribut de la vérité fait office de boussole, mais le Nord est ailleurs. Redescendre visiter ses caves intimes nous élève souvent au firmament. Souffrir pour souffrir est la panacée des âmes enclavées aux serments des consentis. Il n’y plus de réel opérant sans la notion du temps qui le fait vivre. C’est parce que rien n’est éternel que nous nous appliquons à faire durer la fragilité de l’instant. Un bonheur ruiné est le spectacle de la faillite qui nous touche. Il nous appartient de l’ensevelir avant qu’il ne se métamorphose dans le corps de l’échec. Le nihilisme n'est rien. L'impuissance n'a pas d'excuse. La valeur de nos actes se rapporte à leurs fins. La calamité est un néant actif, elle rompt la chaîne de la substance idéaliste.

Si l’espoir est une affabulation métaphysique, l’écarter sape l’idée d’avenir. Pour s’en convaincre, il suffit de s’exiler de toutes pensées de joie future et de constater combien le renoncement peut devenir un parjure de l’immédiat. Ce qui précède l’acte de vie, n’est autre que le préambule des conquêtes spatiales que nous voulons domestiquer. C’est le vestibule où fomente la minuscule particule qui va grandir. Quiconque se réfère à son avenir sans en deviner un plaisir spontané, exerce sur lui-même un rayonnement sans lumière. Le fruit du hasard coule des arbres comme l’écho d’un monde bourgeonnant à la lisière de son agonie. Dans le dernier carré de mes yeux, le poids inexprimable des sens rejoint la pierre dure. La fortune convoitée s’éloigne et demeure toute proche. Elle remonte la vague de la tempête et recrache le muscle des hommes noyés dans d’autres combats. Il faut accepter, accepter sans cesse la nuit de boue qui creuse le jour. Fichtre de vie tout de même que celle qui essaie de conserver un sourire même lorsqu’on pleure.

La vérité est un mythe. Il n’y a pas plus de sûreté dans le vraisemblable que dans nos estimations fluorescentes. L’indicible ne fait corps avec les autres que lorsque l’appréciation du regard est analogue à la chose vue. Faut-il que cela soit au même instant et pour le même intérêt.

 

 

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BRUNO ODILE

 Tous droits réservés ©

 

 

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Christian Arjonilla2

 

Oeuvre Christian Arjonilla

LETTRE A POISSON D'OR...Extrait

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"Là est le domaine des accrocs, des coutures, tout ce qu'il faut recouvrir, oublier. Aimer, c'est ne plus être dans le monde où l'on attendait l'amour. Mais aussi se désigner à l'animosité de ceux qui incarnent la vie normale. Je veux, à force de vous aimer, vous enseigner une façon d'être que le autres ne peuvent comprendre : elle les condamne. Faites attention à ceci : un blessé, un malade, un infirme, il est reposant pour l'esprit de le définir comme un malheureux. L'idée de son bonheur est insupportable à une conscience normale. Le secret de sa joie ne peut être que dangereux. L'idée qu'il y a dans tout ce qu'il faut plus de place pour son âme que pour sa vie, qu'il a réussi à se rendre plus réel parce qu'il aimait que parce qu'il était, vous comprenez que cette idée anéantit les conventions sur lesquelles la société est fondée."

 

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JOË BOUSQUET

l'Êvêché, Villalier, le 25 aout 1937 -

 

 

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folon4,

Oeuvre Jean-Michel Folon

SANS FIN SERA LA QUÊTE...Extrait

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Grands chasseurs d’éternel,

nous transitons

 

À travers l’éclat fragile des genêts

l’éblouissant miracle des cerises,

nous transitons

Vers d’autres paysages

et des brûlures plus nouvelles

 

Torturés d’infini,

nous transitons à travers

nos constructions les plus durables

 

Mais nos regards fixés sur des horizons sans limites

ne rencontrent peut-être

que nos prisons intérieures 

 

...

 

 Nous dérivons,

passants énigmatiques,

cherchant, toujours,

cherchant, têtus,

une autre incandescence

 

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COLETTE GIBELIN

 

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CARNETS DE MARCHE...Extraits

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Je suis arbre. Arbre-sensation. Mon corps s’enracine. Mes pieds cherchent appui dans la terre humide et s’enfoncent par-delà les premières couchesencore visibles au-dessus du sol. Mes doigts se mêlent aux doigts du chêne,filaments et souches, tressages de végétaux, lianes et branchages invisibles à l’oeil égaré dans le vide. Je m’enroule à la sombre intimité végétale. Je m’infiltre. Chemin faisant, je creuse canaux et rigoles nécessaires à ma vie souterraine. Je bois à grands traits l’eau qui gonfle le tronc dont je sens toute la puissance
au-dessus de moi. Des ruissellements ténus irriguent les membranes ligneuses et les porosités, alimentent la sève. Je me coule dans l’arbre, me fonds à son corps de silence et de vent. Je m’enivre à son parfum de girolle et de cèpe. Je savoure la mousse de son suc. Je suis la source nourricière qui humecteses lèvres-feuilles. Et je m’élance. Je monte, silencieuse et sûre, le long de ses veines herbues. Je me dédouble et danse dans l’air du soir. Une lumière
dorée filtre entre la ramure. Je suis oiseau et nid. Je me love entre les branches les plus douces dans des courbes tracées par le temps. Je suis nid et oiseau. J’écoute le chant de ceux qui gîtent dans la même ramée. Je me fais silence pour entendre essaimer le vent.

 

...

 

Sentir, seulement sentir ce désir-là de marcher à nouveau sur la route sombre, de renouer avec les feuillages argentés du myrte, le frissonnement tendre des bruyères, l'odeur humide des talus déchaussés par les coups des hommes, ressembler à la bogue verte qui déboule soudain devant moi, me faire caméléon du vent, rejoindre Andoar dans ses cimes, laisser le vide prendre place aux abords du non-désir. Je voudrais trouver le temps d'avant le temps de ma préhistoire inconsciente. Eros est mort ici, à la Croix. Une vipère gît sous la roche. Nid de fourmis agglutiné dans l'or de la plaie.

 

 

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ANGELE PAOLI

 

 

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village abandonné1

 

DANS LE JARDIN DES SIMPLES...Extraits

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Je cherche la beauté

à travers mots et voiles

peut-être

viendra-t-elle à nous

dans la lenteur qui préside

à l’offrande douce

 

...

 

Au matin

le soleil préside

à d'autres révérences

les grands pins nous sculptent

 

dans leurs branches

 

ton regard me cherche

dans les feuillages

mes yeux fouillent

alentour pour deviner

 

où se cache le tien

 

Dans le cercle solaire

nos attentes mythiques

s'abreuvent de lumière

 

une échelle de soie

tisse sa toile de désir

 

 

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ANGELE PAOLI

 

 

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nature beauté

HENRI MICHAUX

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La raison d’être fou, j’ai fini par la trouver dans l’équilibre de mon Moi respectueux et irrévérencieux. La société n’est pas franche elle est fourbe sans le moindre scrupule. Je dis les mots les plus crus avec une pudeur totale. Je n’exhibe pas une attitude de faire croire à tous les passants. Je ne me cache pas derrière mon doigts pour mettre la véritéà sa place. Et pourtant je suis celui qu’on traitera de perverti, d’infréquentable, de malsain, tout sauf bourge…

Alors comment pourrais-je être autrement que lucide et fou à la fois ?

 

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HENRI MICHAUX

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Jan Matejko2

 

Oeuvre  Jan Matejko

 

JEAN LAVOUE...Extrait

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J'ai arpenté une fois encore les couloirs infinis
De cet immense vaisseau adossé au grand large.
J'ai soupesé un à un tous les sacs de douleur,
La plainte silencieuse des marins en partance.
J'ai porté sur chacun un regard de confiance,
Et nous avons dit oui,
Et nous nous sommes compris.
Je connaissais le moindre bruit,
Et les signes têtus et les gestes d’amour
Et l'odeur des varechs, la courbe de la rade,
Le sillage ébahi des navires en partance.

J'ai laissé nos voies de mer aux mouettes et aux vagues,
Abandonné au ciel le fil de nos errances.
J'ai salué le vent, le soleil, les nuages,
Et hissé haut les voiles pour couronner nos songes,
Puis béni l'horizon pour tout ce qu'il cachait,
Les remous, les courants, le secret des hauts-fonds,
Les récifs sans cordages,
Mais aussi pour les passes,
Les brèches espérées
Et pour la joie furtive.

Je garderai en moi la ferveur de ces quais
Comme espace donné où la clarté se fait,
Clairière de haut amour, comme un beau talisman.

J'ai hâte de retrouver mes racines et mes souches,
Mon temple de verdure,
Mes lichens et mes sèves,
Le souffle vertical où tout est célébré, 
Où chaque chant nous lie,
Où la Vie n'attend pas.

Mais je n'oublierai pas
D'emporter avec moi
Ces vastes trouées de paix
Et ces carrés d'azur où l'essentiel se dit
Derrière chaque hublot,
Chaque matin promis.

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JEAN LAVOUE

Hôpital du Scorff, Lorient le 7 juin 2017
www.enfancedesarbres.com

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BASTIA 1957,

AYUB OGADA - KOTHBIRO

APOPHTEGMES....Extraits

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 La connaissance pure, qui naît dans l’intimité de l’être, et l’ouvre et le transcende, « le dialogue de l’âme avec elle-même » qui veut encore être parole, la parole unique, la parole ineffable ; la parole libérée du langage.

...

Non seulement le langage, mais toutes les paroles, pour uniques qu’elles 
paraissent, aussi isolée et inattendue que soit leur apparition, font allusion à une parole perdue...

 

 

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MARIA ZAMBRANO

 

 

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Anselm Kiefer 2,

 Oeuvre Anselm Kiefer

JEAN EMMANUEL DUCOIN

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 Quand nous tombons enfin les masques de l'éphémère, il nous arrive de découvrir la source même de nos désirs les plus enfouis, de ceux qui donnent sens et existence à la littérature majuscule, par la grâce d'un texte qui nous hantera aussi longtemps que durera la vie, puisqu'il nous semble, à perdre raison, que nous l'avions toujours connu et aimé, ce texte, lu et relu tant il naît en nous à l'évidence de ce qu'il y a peut-être de plus sacré dans l'écriture : la singularité, l'unicité absolue, l'absence totale de compromission. Comme si nous étions les témoins privilégiés de ce qu'est la littérature " contre " la littérature, à la fois les premiers et les derniers lecteurs dans la salle des illustres.

...

 

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JEAN EMMANUEL DUCOIN

 

 

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alberto burri2

Oeuvre Alberto Burri

 

 

SI HAUT LE SUD, CHANT A L'ARGENTINE

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Si haut le Sud !
Aiguille, œil de pampa, pierre sans cils,
silence au fil tranchant, clarté, diamant,
solitude, stature qui se cambre de la terre aux étoiles,
à cette équerre en croix de la constellation
où les épaules envieuses des Andes mesurent leur désir.
Dédaignez ce que vous voyez, la barbe de l'aïeul éteint*,
et regardez comme il se dresse, les pieds en pleurs dans cette neige
qui fond, comme la force qui pétrit et qui libère des cascades,
et tout son corps, et tout son corps bombant son grand thorax,
son immense thorax immensurable où les abîmes
athlétiques s'affrontent, et tout son corps en lutte pour grandir,
pour soulever ses épaules un peu plus encore, pour atteindre
une hauteur qui lui fera toucher la Croix du Sud.

Si haut le Sud !
solitaire ! Étamine
de platine qui bruit comme une steppe, minerai
noyé par la mer durant l'enfance du globe,
recouvert par la mer, abysse sans rivage.

Du cœur du quartz errant, du cœur de la silice bleue,
la terre s'est dressée pour tenter de grandir,
et la terre a grandi, haute plaine profonde ;
car les pampas, à fleur de sol,
demeurent malgré tout profondes ;
pour s'élever elles s'allongent, elles s'égarent éblouies,
avec pour seuls confins un vent au fil de faux.

Du fond des mers la terre s'est lancée avec le sable désolé,
avec la bave du mystère, avec la trace de la cendre et le néant n'était plus rien devant ce voisinage illimité
où tout ne vint pas de l'humus, de l'essaim voyageur,
de la graine émigrante et du sol bienfaisant.
Ici l'homme donna sa mesure, son ombre, sa folie.

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*L'aïeul éteint (el abuelo apagado) : l'Aconcagua, l'un des plus hauts sommets des Andes, volcan aujourd'hui éteint.

 

 

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MIGUEL ANGEL ASTURIAS

 

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ACONGUADA2

L'Aconcagua

RAZANE AL NEIJAR...

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Les anges ne meurent pas
Repose en paix Razane
Ziad Medoukh

Les haineux ont tiré sur ton cœur blanc
Ils ont touché ton corps fragile
Ils ont atteint ton visage enfantin
Ta robe blanche devient rouge et ensanglante 
Toi l’infirmière ambulancière volontaire
Toi qui soignait les blessés sur les frontières
Toi, tu n’avais jamais peur de leurs balles réelles 
Toi la secouriste sans fatigue 
Toi, l’engagée pour ta cause juste
Toi, la pacifiste sans haine 
Toi l’humaniste par excellence 
Toi, la voix des opprimés 
Toi, qui sauvait les vies bénévolement 
Toi, la lune de notre retour
Toi, la force et le courage de la jeunesse déterminée 
Toi, la dignité de tout un peuple
Aux larmes dans tes obsèques 
Ton enterrement est un honneur pour ton combat
Un grand hommage pour ton soutien aux blessés 
Les ennemis de la vie ont abattu une ange sur terre
Silence, on tue les infirmières à Gaza !
Silence, on assassine les innocents de Gaza !
L’injustice se poursuit !
Ton sourire est résistance
Ton rêve inachevé est combat 
Ton courage est un défi du blocus immortel 
Tes mains douces sont révolution
Ta patience est liberté 
Ta colère est droit
Ton aide aux blessés est un cri légitime contre l’injustice
Ton assassinat est une honte pour cette occupation aveugle
Ta mort est une honte pour ces instances officielles
Ta disparition est une honte pour ce monde qui se dit libre
Ton départ est une perte pour Gaza et pour les braves solidaires
Mais ces occupants aveugles n’apprennent rien de l’histoire :
Ces criminels de guerre ne connaissent rien de cette réalité :
On n’enterre pas la lumière éternelle 
Ils ont oublié que les anges ne meurent pas
Repose en paix Razane
Toi, force , ténacité , et espoir pour la Palestine !
Toi, la colombe de la paix palestinienne !

 

 

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ZIAD MEDOUKH

 

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CRIME

 

Razane Al Naijar ,  infirmière palestinienne de 21 ans, lâchement exécutée  le 1er Juin 2018 d'une balle dans le coeur par une  tueuse sioniste, originaire de Boston, servant dans la force de défense israélienne (Fdi) ...!

 

GABRIELA MISTRAL...Extrait

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Arbre, qui n'es pas autre chose
que le tendre sein d'une femme,
puisque chacune de tes branches
berce un être dans chaque nid : 


...


fais qu'à travers tous les états
et les âges, plaisir, douleur,
mon âme ait un invariable,
universel geste d'amour...

 

 

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GABRIELA MISTRAL

 

 

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gabriela

Oeuvre ?

LES ARBRES VERSENT AUSSI DES LARMES...Extrait

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 Il est encore dit
dans le village d'où je viens
que les arbres aussi versent des larmes
lorsque perdure
l'absence des oiseaux
sur leurs branches 

 

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ALAIN MABANCKOU

 

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libreville

Afrique

SÉRÉNITÉ...Extrait

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 Parvenue au milieu de mes jours, je glane

   cette vérité fraîche comme une fleur :

   la vie a la douceur dorée du blé,

   la haine est brève, immense l'amour.

 

   Changeons le chant amer, à reflets de sang,

   contre le chant souriant.

   Les divines violettes s'épanouissent,

   le vent se charge dans la vallée d'un parfum de miel.

 

 

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GABRIELA MISTRAL

 

 

 

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CHERCHEURS D'EAU

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Ils ont coupé les arbres
Ils ont volé nos ruisseaux
Ils ont chassé les nuages
Et nous on manque d'eau
Ils ont sorti les armes
Ils disent qu'on est de trop
On n'a même plus de larmes
Tellement on manque d'eau
On était des nomades
On menait les troupeaux
Aux maigres pâturages
On était chercheurs d'eau
On nous a mis en cages
Dans des parcs à bestiaux
Même dans les mirages
On ne trouve plus d'eau
Le monde nous regarde
Certains chantent pour nous
Une goutte de sable
Dans une mer de cailloux
Ils ont coupé les arbres
Ils ont volé nos ruisseaux
Ils ont chassé les nuages
Et nous on manque d'eau
On est des millions d'hommes
Sans terre et sans patrie
Que le monde abandonne
Qui tombent dans l'oubli
Toujours une frontière
Qu'on nous force à franchir
Et toujours des barrières
Pour ne plus revenir
Qu'on soit chassé d'Afrique
Ou du Moyen-Orient
Pour nous les Amériques
C'est quand même des camps
C'est toujours la misère
Avec ou sans de l'eau
C'est encore un désert
Même sur des bateaux
Le monde nous regarde
Certains chantent pour nous
Qu'Allah ou Dieu les garde
De finir comme nous
On est des millions d'hommes
Sans terre et sans patrie
Que le monde abandonne
Qui tombent dans l'oubli
Toujours une frontière
Qu'on nous force à franchir
Et toujours des barrières
Pour ne plus revenir

 

 

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GEORGES CHELON

 

 

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CONGO

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Oho ! Congo oho ! Pour rythmer ton nom grand sur les eaux sur les fleuves sur toute mémoire
Que j'émeuve la voix des kôras Koyaté ! L'encre du scribe est sans mémoire.

Oho ! Congo couchée dans ton lit de forêts, reine sur l'Afrique domptée
Que les phallus des monts portent haut ton pavillon
Car tu es femme par ma tête par ma langue, car tu es femme par mon ventre
Mère de toutes choses qui ont narines, des crocodiles des hippopotames
Lamantins iguanes poissons oiseaux, mère des crues nourrice des moissons.
Femme grande ! Eau tant ouverte à la rame et à l'étrave des pirogues
Ma Saô mon amante aux cuisses furieuses, aux longs bras de nénuphars calmes
Femme précieuse d'ouzougou, corps d'huile imputrescible à la peau de nuit diamantine.

Toi calme Déesse au sourire étale sur l'élan vertigineux de ton sang
O toi l'Impaludée de ton lignage, délivre-moi de la surrection de mon sang.
Tamtam toi toi tamtam des bonds de la panthère, de la stratégie des fourmis
Des haines visqueuses au jour troisième surgies du potopoto des marais
Hâ ! sur toute chose, du sol spongieux et des chants savonneux de l'Honune-blanc
Mais délivre-moi de la nuit sans joie, et guette le silence des forêts.
Donc que je sois le fût splendide et le bond de vingt-six coudées
Dans l'alizé, sois la fuite de la pirogue sur l'élan lisse de ton ventre.
Clairières de ton sein îles d'amour, coffines d'ambre et de gongo
Tanns d'enfance tanns de joal, et ceux de Dyilôr en Septembre
Nuits d'Ermenonville en Automne - il avait fait trop beau trop doux.
Fleurs sereines de tes cheveux, pétales si blancs de ta bouche
Surtout les doux propos à la néoménie, jusque-s à la minuit du sang.
Délivre-moi de la nuit de mon sang, car guette le silence des forêts.

Mon amante à mon flanc, dont l'huile fait docile mes mains mon âme
Ma force s'érige dans l'abandon, mon honneur dans la soumission
Et ma science dans l'instinct de ton rythme. Noue son élan le coryphée
A la proue de son sexe, comme le fier chasseur de lamantins.
Rythmez clochettes rythmez langues rythmez rames la danse du Maître des rames.
Ah ! elle est digne, sa pirogue, des chœurs triomphants de Fadyoutt
Et je clame deux fois deux mains de tam-tams, quarante vierges à chanter ses gestes.
Rythmez la flèche rutilante, la griffe à midi du Soleil Rythmez, crécelles des cauris, les bruissements des Grandes Eaux
Et la mort sur la crête de l'exultation, à l'appel irrécusable du gouffre.

Mais la pirogue renaîtra par les nénuphars de l'écume
Surnagera la douceur des bambous au matin transparent du monde.

 

 

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LEOPOLD SEDAR SENGHOR

 

 

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congo fleuve

Fleuve Congo

 

ZOHRA MRIMI...Extrait

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Car la distance te plaît 
Le froid a soumis ton oeil pour dérober ton orgueil
Trop visible 
Il parle même de briser la chaîne de flamme 
Serai-tu encor fier à traîner tes torts ?
Des clous sur le sol
Elle les ramasse, soumise et folle
Folle d' Amour 
Elle ne sait pas haïr

 

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ZOHRA MRIMI
03/06/2018

 

 

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heartlock4

 

UN FIL ROUGE DANS LE LABYRINTHE...Extrait

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Mais ce n'est rien
Cela fait partie de l'illusion

Racines plongées loin
dans le songe
qui tient l'éveillé

Où fuit
l'échaudé
Où crie
l'écorché

Sur la route
Dans la traversée
En chemin
( tout perdre
sauf la peine )

Pas de raison

Nous coulons dans le hasard profond

 

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CHRISTIAN ARJONILLA

 

 

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chrit

Oeuvre Christian Arjonilla

PARTAGE DES EAUX

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Pas encore née, déjà formée
Passager d'un monde liquide
Petit poisson, juste un frisson
Animée de gestes languides
Où est le haut, ma mère l'eau?
Où est le bas dans ton silence?
Dans la douceur de ton enclos
Je suis un presque-rien qui danse
Et tu me tiens au plus serré
Ton anneau d'or est bien fermé
Mon océan particulier
Ma chère
Geôlière

C'est le doux partage des eaux
Qu'on garde au plus creux de ses os
Où viennent boire les oiseaux
Du rêve
On ne sait pas sur son îlot
Qu'on sera jeté par le flot
Bonheur qui d'un coup de ciseau
S'achève
Partage des eaux

Larmes salées, baisers mouillés
La vie est là comme une houle
Tout effrayée de s'y noyer
Langes trempés, lait qui s'écoule
Sitôt salie, sitôt lavée
Quand j'ai crié mon impatience
Et tout aussi vite abreuvée
Aux sources de ton abondance
Tu alimentes mes désirs
Mais sans jamais t'en dessaisir
Prodigue de tous les plaisirs
Fontaine
Certaine

Le tendre partage des eaux
Qui se décline amoroso
Où viennent pointer leur museau
Les louves
On ne sait pas dans son berceau
Que se tarira le ruisseau
Ni que s'assécheront bientôt
Les douves
Partage des eaux

Et c'est la vie qui coule en nous
Nez enrhumé, genou qui saigne
Sang qui bouillonne et qui dénoue
Les prémices d'un nouveau règne
Sueur de l'effort et du jeu
échange violent des salives
Et mélange plus amoureux
D'autres humeurs de sources vives
Où va le torrent de ma vie?
Son courant serpente et dévie
Et je demeure inassouvie
Mon fleuve
Ma preuve

Le sombre partage des eaux
Qui creuse en nous tous ses réseaux
Où vont se noyer nos sanglots
Tenaces
On sait trop bien sur son radeau
Qu'un jour baissera le niveau
Et que se fermera trop tôt
La nasse
Partage des eaux

Tant de rivières, de torrents
Tant de lacs et tant de fontaines
Tant de mers et tant d'océans
Où sont englouties tant de peines
Toutes ces eaux qui sont en moi
Toutes ces eaux qui me traversent
Sont celles aussi où je me noie
Quand encore je pleure à verse
Comment retrouver l'oasis
Pour y dormir comme jadis
Dans le jardin de tes délices?
Ma source
Ma course

L'ultime partage des eaux
Arrivera pianissimo
Nous n'aurons pas le dernier mot
Qu'importe!
Avant de faire le grand saut
Boirons à même le goulot
La gorgée que le chemineau
Emporte
Partage des eaux

 

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ANNE SYLVESTRE

 

 

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