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VIE SAXIFRAGE...Extrait

CARTON D’INVITATION

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Où es-tu maintenant
Syrie, à une lettre près de la Liberté,
Souria Houria, ma bien – aimée, 
Disparue des discours
Rayée des cartes
Dévorée par les chiens couronnés
Qui se disputent ses derniers os
Les dernières dentelles faites de peaux humaines
Où es-tu le danseur des ruines
L’homme au phonographe devant le mur béant
L’enfant qui demande
Madame, est-ce que je vais mourir ?
Et qu’a-t on fait des tombes de mes Anciens
Fleuries de sang et de poussière et de la bave noire des civilisés
Où sont les corps des supplices, les preuves
Où est la honte
Où es-tu maintenant
La mode, c’est ce qui se démode, 
Personne ne crie plus
Le défilé est terminé
On travaille déjàà la prochaine collection

 

 

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ALEXO XENIDIS

 

 

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vince6

Photographie Magnificent_ Entropy

https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr

 

LA BAJON - DEPUTEE - VERITES !

BRUNO ODILE...Extrait

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Nous portons nos enfances jusqu’aux bords ruisselants de nos frontières. Des bouts de fils et de laine blanche tricotent ensemble des longs cordages extravagants. Nos candeurs exhalées dévisagent le monde et tirent la langue aux passants incongrus. Nous portons nos enfances comme le charretier conduit son attelage, se frayant un chemin parmi les ombres et les ravins. Nous détenons dans le regard toute la source de nos magnificences et c’est de ce reflux d’images, tantôt normales, tantôt subliminales, que nous extirpons des vagues mélangées à nos sables vierges pour pacifier nos humeurs.

Pardonne-moi le givre coulant des feuilles, l’aube renâclant avant de s’apprêter et la nuit accrochée à d’immobiles objets de désir. Pardonne-moi le soleil tantôt devant, tantôt derrière la lune opiacée et puis la voix que je t’ai donné, la mitre posée sur ton regard et la fuite de mon corps dans l’espace douillet de la fraternité parentale. Pardonne-moi cette absence dilettante que je n’ai su dessaisir en moi, cet espace à combler quand bien même je l’aurais englouti. Pardonne-moi enfin, ma bouche remplie de galops, de roulements démembrés, de ce lien qui ne meurt pas malgré l’orage et la foudre, malgré la mémoire fragile et le cristal des convenances.     

Mon enfance noyée sur le bout du chemin, je m’accroche à la tienne comme à un sabre jouant dans le vent. Oui, les chuchotements ont perdu leur venin, ils distribuent à présent un échange léger et dénué d'attentes ou de réponses. Qui pourrait troubler l’enchantement qui nous berce, nous sommes si loin du confort des hommes ? Et pourtant, nous ne sommes que cela : des hommes, deux enfants oubliés dans un coin, de la chair vive prétendument comestible. Nous grimpons à l’arbre de vie et dans les oliviers aux cernes allongées où retentissent les bruits des troupeaux de passage. Nous allons patiner à la source de nos racines, à la sève d’une fourberie tenace. Dans le noueux des plaies séculaires, l’ultime floraison revendique l’huile fruitière s’écoulant sur le rameau de nos cœurs émasculés.

Je crois à l’opacité des courses, aux chemins solitaires, aux purs instants d’enchantement nous délivrant de la morsure primitive. Lorsque dans mes bras, tu fermais les yeux pour rejoindre je ne sais quel rêve grandissant, je sentais ton corps tout entier fondre comme un pli de neige entre deux sources. Le sommeil de l’enfant a ceci de particulier qu’il s’étoffe de rêves affolants et de doux cauchemars. La nuit n’est plus aussi noire et le jour n’éclaire pas vraiment les sentiers qui se perdent dans la colline. Ta tête posée sur mon épaule, j’entendais chanter la mer du cosmos berçant les étoiles dans ton ciel illuminé.

Mon existence est un voyage accompli. L’éphémère diapason de la clarté attise le calme, le refuge providentiel et l’oubli. Pour conserver cette paix faite de lueurs douces, je soutiens mon refuge à bras portant et les portes closes. Une fleur, toute entière, dans sa graine germinale vient déposer ses espérances au présent. Un peu de soleil et d’eau croisent les lignes de l’infini et je reconnais bien là mes origines embryonnaires. La mémoire nue frissonne dans une vie calculée, aux erreurs oubliées et, cependant, qui va de l’avant vers l’inconnu.

Bel oiseau, envolé de l’amour, tu es le cintre à mes pieds, l’horloge à mon cou et la recomposition de mon alchimie. Fais comme bon te semble, je suis là seulement pour tinter la cloche sous tes paupières tendres. Tu entends ma déchirure et elle commence à te parler du destin chaotique et de la fatalité comme une prescription de l’éclair. Ne te laisses pas faire ! Quoi qu’elle te dise : vas sur ton chemin cueillir les mimosas et les lavandes ne poussant que pour toi. N’écoute pas, non plus, les bacchanales de la vérité, elles ne savent rien de tes précipices. Aie le regard droit, transperçant toute chose et conduis-toi avec pour seule rigueur celle de l’épanouissement du désir envahissant tout. Ecime les bonnes intentions et dérobe-toi aux cheminements d’une pensée castratrice et revancharde. Ta vie, c’est toi !

La beauté des signes réside de cet attachement qui s’effile, de cette ressemblance qui nous a réunis un instant et du sort solitaire embrassant tes pas. Je n’ai jamais aimé les obligations de ce monde. Je survis dans la mitoyenneté des peurs et des chutes providentielles. Je suis au fond de la durée comme un arbrisseau sur le bord d’un ravin. Le vertige n’a pas lieu, mes racines m’encâblent aux éléments nourriciers et je papillonne d’une enfance à l’autre sans jamais me fixer. Au loin, je regarde le banc de bois et de pierre sur lequel nous étions assis et où peut-être nos fantômes demeurent. Dans la mousse du temps, nous participons à la cohésion éphémère de la rixe grippant nos veines et chalutant nos devenirs.

Laissons, si tu veux bien, courir l’eau vive et les cascades sauvageonnes. L’air que nous respirons est un défilé de mémoire invisible. Du haut de nos mémoires, nous contemplons nos ignorances et aucune tempête ne verse de larmes sur la hauteur des tombes lacustres. Il ne sert à rien de vouloir s’embrocher aux émeutes hurlantes à travers les mélancolies de la nuit. La vie t’a pris, elle t’a concédé le droit de poursuivre la route aux rythmes des phrases et des mots récités en chapelet sur l’horizon que tu enfourches comme une bête de somme. Tu vas et tu te déplaces dans l’analogie des danses lyriques t’invitant à aimer. Un instant, je t’ai cru incrusté aux lignes de mes mains, mais il n’en est rien. Tu voles et tu piailles comme une grive les soirs d’été et le ciel tout entier t’appartient.  

Le rejet n’est pas une épreuve. Il claque dans le noir et s’évanouit dans la lumière. Tes mains sont devenues les notes du piano sur lesquelles, enfant, tu jouais de grandes symphonies luxuriantes. Quelques oiseaux blottis dans les broussailles se serrent contre tes rêves fraîchement dissipés. Je reste le père sur qui tu peux compter, l’homme bienveillant, l’être sûr et le confident approprié. Mon cœur lié au vivant ne désire rien d’autre qu’un alliage informel entre le passé et l’avenir. Et, tu t’arraches de moi, tu files et tu ne te retournes pas. Sans illusion, je m’accroche à la résonnance de tes pas. Dans l’évidence d’une solitude résolument calme, ma chair cède aux écorchures et mes rêves se fossilisent doucement.

 

 

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BRUNO ODILE

 

 

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LES VRILLES DE LA VIGNE...Extrait

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"Moi, j'aime. J'aime tant tout ce que j'aime ! Si tu savais comme j'embellis tout ce que j'aime, et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m'emplit ce que j'aime... C'est cela que je nomme le frôlement du bonheur. Le frôlement du bonheur... caresse impalpable... frisson mystérieux près de se fondre en larmes, angoisse légère que je cherche et qui m'atteint devant un cher paysage argenté de brouillard, devant un ciel où fleurit l'aube, sous le bois où l'automne souffle une haleine mûre et musquée... Tristesse voluptueuse des fins de jour, bondissement sans cause d'un cœur plus mobile que celui du chevreuil, tu es frôlement même du bonheur..."

 

 

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COLETTE

 

 

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PorteCoeur3,,

DERRIERE LA PORTE

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Un jour sur terre, le swing de la misère
Dégoulinant de l’étagère à ampères 
Illuminera les dernières miettes
Les restes d’un festin et les verres vides
De la clémence enlacée en paupiettes
Sur la table « nostre » dépitée de lipides
Le flux du pain chaud aux rizières du pauvre
Le combat du ventre chez le concierge du cri
Des images flottent entre les dents du loup
Ce n’est pas chez toi, mais chez les autres
Ce n’est pas du blé, cela ne fait pas un pli 
Des images flottent encore où l’hostie n’est plus 
La souffrance efface la bouche à la morgue de l’élu 
J’ai peur du crouton rassis posé sur la braise du rêve
Et s’achèvent les souffles mal éteints dans cette trêve
Où plus rien ne jaillit où plus rien n’est une maladie
Je brandis le cercle de feu où jadis s’allumait la vie.

Rien, il n’y a rien. Ce qui manque est confiné dans l’oubli et ce qui est présent s’oublie parmi le monde qui peuple l’univers. Rétréci à l’extrême, une part de nous-mêmes reste emballé dans les surprises du jour à venir. Et personne ne les voit ni ne les entend.

Rien, pas même le vide pour compenser une solitude forcenée et tout à la fois désuète. Les regards juxtaposés évoquent un monde perdu. Les mains tendues expriment la quête éperdue. Le corps tout entier cherche l’aptitude nécessaire à l’obtention de l’absolu. La mie de nos sens tombe du ciel comme des parachutes multicolores que les astres rejettent de leurs espaces. Nous sommes ensemble et cependant dissociés.

Nous marchons vers ceux qui n’existent plus et nous ne le savons pas. Notre ignorance est le berceau de ces remous qui nous bourlinguent à ne plus savoir ce qui est réel de ce qui ne l’est plus. L’exil sonne comme une cloche qui a perdu son tocsin. L’unité de soi résonne au fond du trou noir. Plus le rien se répand et plus notre chair ressent sa matérialité avec une intensité toute particulière.

Chalandage de l’équivoque, tout et rien se multiplient comme des tags sur les murs noirs de l’incompréhension. Nous marchandons nos âmes sur le rideau des chiffrages offensés. Des nœuds de marins enserrent nos valeurs endémiques et nos rêves se mélangent aux cordes à linge de l’improbable. 
A l’ode du jour, les itinéraires désespérés laissent place à l’Avenir. Seules dans la contrition, nos mémoires affamées conservent le souvenir d’harassantes solitudes. A la croisée des larmes et des sourires de joie, la vie qui a cédé laisse place à de nouveaux horizons. Demain ne cesse d’empirer sur de larges promesses sulfureuses. Le souffle chaud de nos aventures terrestres s’évade en de larges bouffés d’espoir. Parce que demain est un autre jour. Parce que demain est l’émancipation de toute surenchères immédiates. L’Avenir tient dans ses bras l’ombre de tous nos secrets. L’Avenir s’oppose aux lâcher-prises pulsionnels et s’offre à la réjouissance d’existence. Vivre s’insurge comme les flammes de la Saint-Jean claque les portes à la brutalité de l’hiver. Chacun se cherche dans cette humanité déshumanisée. Chacun s’apitoie sur son sort avant de pouvoir rompre la chaîne qui nous boulonne à un passé qui nous ne ressemble plus.

Adieu ma terre fondatrice et mon jardin
Adieu maison brûlante et joutes controversées
J’ai jeté l’espoir par deçà la lampe d’Aladin 
Pour enflammer l’horizon de son discrédit ouaté. 
Tant que la haine et l’indifférence pactiseront 
Pour taguer les bouquinistes de la lumière
Pour pourfendre les joies spontanées 
Crédulité et innocence des jours heureux s’enfuiront
Avec les papillons et les lucioles manœuvrières.

La joie fréquente les passerelles verdoyantes et les trajets phosphorescents qui inondent nos ciels brumeux les soirs de consternation. Pas de bouderies mesquines, pas de sillages entachés de grises mines ! L’émotion précède tout penchant au désarroi. Le sentiment d’exister plus haut que le simple fil des mortels nous ôte toute équivalence. Nous sommes oiseau sur les nuages chargés de grêle, nous sommes les voltigeurs rescapés du désastre, nous sommes les anges habités par le circonflexe des états d’âme. Minéral, la rivière emporte sur son chemin, les cristaux de nos Adn. Et, nous le savons instinctivement, il nous faudra creuser, creuser mille fois avant de retrouver un centième de ces pépites. Un pied sur chaque rive, nous tendrons nos bras et nos poings pour crier notre détresse conjurant le sort. La vie a plus d’un jeu dans son sac. Elle s’arbitrera de son élan combatif. Elle perdurera, seule, comme une jeune mère bravant la déroute et protégeant l’enfant logé dans ses bras.

 

 

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BRUNO ODILE

Tous droits réservés ©

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Najah Albukai2

Oeuvre Najah Albukai

Peintre Syrien

 

 

 

SILVIA PEREZ CRUZ & ROCIO MOLINA - CORRANDES D'EXILI

MA VIE

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J'ai eu vingt ans et bientôt trente,

les quarante ont suivi et aussi les cinquante,
avec quelques unités pour perturber les comptes.
J'ai lu des magazines qui parlaient de mes rides,
de bouchers qui taillaient dans les bides
et remontaient des seins à la file
comme dans les usines pour les automobiles.
Rester jeune, peu importe le prix !
Info, intox, il paraît même que le botox...
Alors, là, moi, j'dis stop.
Remonter le temps? Avoir encore vingt ans ?
Ça va pas, non ? Tu sais quoi ? J'ai pas le temps !

Demain, dans un mois, dans un an,
j'irai me balader pas très loin sur la plage
et je ramasserai des galets arrondis
que je colorierai aux couleurs du bonheur.
Je lirai des légendes, écouterai des contes
et puis les offrirai à qui voudra entendre.
Je me ferai des amis, au hasard
sur la toile, dans la rue ou au bar;
on discutera jusqu'au bout de la nuit
de la vie, de l'amour et de la mort aussi.

Demain, dans un mois, dans un an,
j'aurai les bras câlins de mes petits enfants
à mon cou enroulés pour mieux me protéger.
Mes enfants seront là et nous nous sourirons,
heureux d'avoir su traverser sans sombrer
les tempêtes, les naufrages et puis quelques orages.
Il m'arrivera encore de chanter, de danser
et de me régaler de gâteaux, de bonbons,
de p'tits plats mijotés
sans penser aux kilos ou bien à ma santé.

Demain, dans un mois, dans un an,
Je sortirai la nuit avec tous les hiboux
et verrai le soleil sur la mer se lever.
Je marcherai longtemps en goûtant le silence
J'aimerai les odeurs de la mousse en automne
et du foin en été
et le chant des cigales et le soleil brûlant.
J'écouterai toujours le malheur qui se plaint.
J'éprouverai encore les bouffées de colère
face à la bêtise et la haine étalées.
Jamais ni l'injustice ni l'infamie je n'accepterai
et lèverai en l'air, mon poing avec rage.

Demain, dans un mois, dans un an...
Et si la mort survient,
car elle survient toujours, la garce,
elle me trouvera debout, occupée et ridée.

 

 

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 MIREILLE BERGES

 

 

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They-Key-to-Freedom2

BRUNO ODILE...Extrait

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Le temps n’existe pas, n’existe plus. Il est une matière souple et non déterminée. L’heure humaine exauce l’espace dans lequel chacun se compte par le contenu de son énergie. Une multiplication de l’infini s’ouvre au bout de nos langues et se referme sous nos pas.

Ainsi, nous habitons, tour à tour, les hautes et lointaines étoiles où le cœur va, en une fraction de secondes, de la lune jusqu’à la lumière intersidérale. Et l’on passe son temps à essayer de réconcilier l’angélique regard de l’enfant à celui du vieillard aguerri de mille et une turpitudes.

Le vent se lève et sur la corde à linge des serviettes et des gants se balancent allégrement aux rythmes de ses vagues. Dans un recoin abrité où viennent s’asseoir quelques rayons de soleil, un rouge-gorge picore quelques friandises dans une touffe d’herbes. Tout semble plus ou moins paisible alors que le bulletin météo prévoit une pluie abondante pour l’après-midi. Comme Ulysse attaché au mât du navire, je préserve mon esprit de la tentation de croire que la journée va se dérouler telle qu’elle est annoncée. Ne serait-il pas fou de résorber la sensation immédiate en accordant plus d’importance à une prévision ? Instants de bonheur, je ne vous lâche pas, je suis tout entier à vos côtés.

Tout ce qui nous arrache au bonheur que nous voudrions définitif nous saisit d’effroi. Cependant, je sais que celui qui a connu le bonheur une seule fois dans son existence est prédestinéà le rencontrer de nouveau. Parce que le bonheur est immuable, il va et il vient au gré des événements que nous traversons sans jamais disparaître pour toujours.

 

 

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BRUNO ODILE

 

 

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VINCE MAMMATUS2 

 Photographie Magnificent_Entropy

https://www.instagram.com/magnificent_entropy/?hl=fr

LE JOUR A PEINE ECRIT...Extrait

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 Cette voix qui vient 
de nulle part, comment faire, dites-moi, 
pour ne pas l'entendre, toutes 
les choses se sont tues, 
d'abord les grandes, celles qui nous
blessaient, puis les petites, 
et c'est dans le silence de la nuit
de l'âme, soudain la voix 
comme un effroi puis comme une allégresse
et puis la mort, simplement 

 

 

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CLAUDE ESTEBAN

 

 

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temps

MON CORPS ET MOI...Extrait

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 Je ne recollerai pas les morceaux du souvenir.

Le ciel craquelé des puzzles ne ressuscite point la féerie.

Ce que je me suis rappelé ne m'a jamais donné l'impression de vie que par de nouveaux regrets suscités. Aussi, de tous les hommes, les plus tristes et les plus malheureux m'apparaissent ceux qui naquirent doués des meilleures mémoires. Ils ne triomphent point de la mort mais, par la plus inexorable fatalité, chaque transsubstantiation qu'ils essaient, au lieu de prolonger leur passé, tue leur présent. Victimes de leur insuffisance, ils vont, condamnés à ne rien voir du spectacle nouveau qu'ils négligent dans un docile espoir de recommencements, dont au reste nul ne leur saurait suffire.

Pour moi, tout ce que j'ai appris, tout ce que j'ai vu, ne travaillera qu'à mon ennui et à mon dégoût, si quelque nouvel état ne me vaut l'oubli des détails antérieurs. Dès lors comment ne point baptiser ennemie une mémoire aux rappels obstinés?

Et puis rien ne se peut exprimer de neuf ni d'heureux dans un chant déjà chanté. Les lettres, les mots, les phrases bornaient nos avenues, nos aventures. Lorsque je leur ai demandé de définir mon présent, ils l'ont martyrisé, déchiqueté.

Bien plus, je n'avais recours à eux que parce que je doutais de ce présent.

Et certes, lorsqu'il s'agit de parole ou d'écriture, l'affirmation prouve moins une certitude qu'un désir de certitude né de quelque doute au fond.

Ce qui en moi fut indéniable, je n'ai jamais eu la tentation d'en faire part à qui que ce soit. Au contraire l'instable, l'inquiet exigent une proclamation. La pensée en mouvement ne désire rien plus que se figer dans une forme, car, de l'arrêt marqué, naît l'illusion de ce définitif dont la recherche est notre perpétuel tourment. Ainsi l'eau de la mer recueillie dans quelque bol se cristallisera, deviendra sel. Mais ce sel comment le confondre avec l'océan? S'il est tiré d'une masse livrée au tumulte des forces obscures, il ne nous appartient pas d'oublier que seule cette intervention, qui contraignit au repos son élément originel, lui permit de devenir ce qu'il est. Pour l'océan, je puis — usant d'une métaphore à tel point usée qu'elle possède enfin le mérite de n'être plus dangereuse par quelque pittoresque — le comparer à l'homme : je prétends qu'il ne doit vouer aucune reconnaissance à ces parois qui, faisant prisonnier un peu de lui, permettent à ce peu de se transformer. Ce qui revient à dire qu'un état premier se suffit à soi-même... et ne demande secours ni à la philosophie ni à la littérature. Il se subit et n'a d'autre expression qu'un chant affectif interne et sans syllabes. Ainsi, une page écrite à plume abattue, sans contrôle apparent de ces facultés domestiques, la raison, la conscience auxquelles nous préférons les fauves, sera, malgré tout, l'aboiement argotique et roublard, mais non le cri assez inattendu pour déchirer l'espace. Les mots appris sont les agents d'une police intellectuelle, d'une Rousse dont il ne nous est point possible d'abolir les effets. Effets bons ou mauvais?

La logique, la réflexion n'existent que faute de mieux.

Parce que certaine richesse qui faisait le lourd bonheur du sang et le poids de ce qui en nous est apte à percevoir et non à dire, parce que certaine richesse fut au long des siècles dilapidée, l'homme, en vengeance, a conçu l'amour des mots et celui des idées. C'est pourquoi, ce me semble, il faut dénoncer quelle faute de mieux fut, ce qui d'ailleurs continue à sembler aux moins indulgents, sujet du plus légitime orgueil. Au reste, par l'effet d'une loi d'aller et retour, sans quoi l'humanité serait trop vite arrivée au bout de son chemin, l'intelligence parvenue à certain point ne semble avoir rien d'autre à faire que son propre procès. Débats sans indulgence. Elle-même se condamne. Et c'est une telle tragédie qui met le plus profond désespoir dans la vie des plus audacieux et des plus francs.

Spontanément spontanés, nous n'aurions aucune raison d'aimer la spontanéité, d'en faire l'éloge. Seul un être à l'instinct moribond enviera la brute. Joie des anémiques, des épuisés qui entendent expliquer les vestiges de leurs appétits par l'instinct vital. à la vérité ce qui importe, ce n'est point une explication, mais le triomphe subi de l'instinct vital lui-même.

Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, parmi tant de plantes répétées, que monte enfin l'orgueil d'aujourd’hui. Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, ou bien arum dont les bords ourlés rendent, par leur voluptueuse innocence, plus terrifiante encore la couleur marécageuse d'une tige qui a pris pour elle seule les mauvais désirs de la terre. La fleur est si belle que, grâce à la joie des yeux, les narines commettent un abus de confiance et, bien qu'aucune odeur ne soit venue les griser, pensent que le nom n'est point arum mais arôme et qu'il fut justement donné.

Arums et lys, affirmations bien présentes, luisez davantage pour exagérer votre force, votre séduction spontanées et nous faire mépriser définitivement ces petites boules d'un mimosa trop sec : nos souvenirs.

Mémoire, mimosa. Mémoire mimosa. Joli titre pour une valse à jouer lorsque la vie boite et que la fenêtre est ouverte sur un jardin triste. Mimosa. Au plein midi nous avons penséà notre hiver. Nous avons voulu faire des provisions de soleil. Une plante s'offrait qui fut mise en panier. Aujourd’hui le ciel était lourd et pourtant il faisait froid. Nous avons cherchéà rappeler la lumière absente. Nous avons ouvert le panier. Mémoire, mimosa, mémoire, mimosa. Même la couleur s'est recroquevillée. Il n'y a plus de parfum, mais cette tristesse qui se respire, les jours de janvier, dans les salons de province. Mémoire, vos fleurs, votre mimosa sent le renfermé.

Si je prends une branche, toutes les petites boules tombent, s'écrasent. Mémoires, vos lampions ne sont pas seulement lamentables mais fragiles aussi. Aucun n'éclaire, et la tige qui les assemble n'offre pas l'unité du lys ni celle de l'arum.

Les moments antérieurs ne tiennent pas à la branche. J'ai dit que toutes ces petites boules jaunes qu'on avait prétendues d'or, j'ai dit que toutes les petites boules jaunes étaient tombées à terre. Les voici écrasées. Elles ont laissé de pauvres taches à mes doigts.

Alors pourquoi sans cesse recommencer? Pourquoi vouloir — et de quel droit — habiller notre mémoire selon la mode hypocrite des autres hommes? Il ne faut pas réincarner ce que nous avons le mieux aimé.

Si je prétends encore savoir, me rappeler, que restera-t-il, finalement, que restera-t-il devant la glace? Moi avec la tête lourde du point d'interrogation et sans même, entre ce moi et la glace, un halo doux pour voiler des traits que mon ennui, toujours, retrouve. Le halo doux, c'est quelque histoire, une histoire qui déjà n'est plus vraie et dont je ne puis déjà plus penser qu'elle l'ait jamais été. Mais, après la mémoire, avant l'oubli, c'est la paix et son clair brouillard, un voile à ne pas déchirer. Mes doigts saignent d'avoir compté des vertèbres, mes paumes sont meurtries d'avoir caressé des squelettes. Exactitude des os, des chairs molles, mais qui n'est pas la vérité. Les couleurs sont absentes, seules aptes à parfaire la résurrection. Il faut que la mémoire se taise, entremetteuse des jours de pluie. Elle a vendu, hypothéqué toute chair, l'humaine et celle aussi des fleurs qui furent de nos jardins secrets, tout cela pour une petite rente viagère qui ne peut rien contre l'ennui.

 

 

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RENE CREVEL

 

 

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Katia Chausheva4,

 Oeuvre Katia Chausheva

 

DAVID DIOP...Extrait

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Aux gouvernements du monde...

 

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Le peuple que l’on traîne 

Traîne et promène et déchaîne à travers les théâtres 

électoraux 

Le peuple que l’on jette en pâture 

Dans les champs avides de boucherie 

Le peuple qui se tait 

Quand il doit hurler 

Qui hurle quand il doit se taire 

Le peuple lourd de siècle de servitude 

Sur ses épaules de bon géant 

Le peuple que l’on caresse 

Comme le serpent caresse sa proie 

Mais le peuple qui se soulève 

Se redresse 

Se cabre

Le peuple qui saura se venger

 

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DAVID DIOP

 

 

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OSWALDO GUAYASAMIN4,,

Oeuvre Oswaldo Guayasamin

 

 

 

AIR-POCALYPSE

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Tu as pris le pouls de Océan
tu perçois la palpitation des mers asphyxiées 
Les courants marins se diluent
dans la matière plastique qui dérive     Ô   Septième  Continent
Les températures de l'air vicié
virent à la surchauffe planétaire 
l'incendie    le déluge 
l'eau     le feu     les glaces       les particules accélérées
alertent     altèrent  le Monde en Marche     Il n' y a jamais eu  d'évents aux Pôles


Les décideurs   les  technocrates
éminemment zélés
en ont ainsi décidé      froidement 
au(x) nom(s) du sacro-saint déséquilibre 
des contes publics   de l'atome
La dette     opportunément      en crise 
légalise         uniformise et  banalise 
la pauvreté        la précarité 
L'exode  sourd      durable
La civilisation  signe   en chiffres 
le désordre    totalitaire   mondial

Ne laisses-tu plus    aux ciels 
de pointer ces étranges manifestations 
qui ne sauraient tromper 
le temps des rêves  
les étendues ravagées    inondées 
les racines animistes
Combien  de  migrations s'annoncent 
massives et climatiques

Gabegies     vastes curées     incuries 
les maîtres argentés     impudents alchimistes       sans légendes 
leurs valets en cols blancs     depuis les  hémicycles bondés 
trônent sur la mort  et la réclusion patentées
aiguisent l'appêtit vorace 
de la richesse affriolée et ses  atours affidés

Le pillage des ressources  perdure     naturellement   
décuple les termes d'un commerce sphérique  tentaculaire
depuis la nuit des temps 
commande aux affaires d'états
àétats      aveugles 
qui se placent    qui  pérennisent 
l'exploitation du vivant  par le dominant
Quelques minorités rayonnent en boucles
à la solde du meilleur profit      de la cote en bourse atavique 

De la mer      des Océans   vernissés de lune 
par les clartés sidérales de l'azur   des  astres 
pareil au petit Prince 
en orbite autour 
de Planète Bleue
qui pleure       grandit 
le désastre      le parjure      le vol organisé de    " Terre des Hommes "

Les sens pourtant suffisent     humblement 
décryptent et décèlent tout 
des vents fous       turpides 
des horizons turbides        des fumets
aux fonds cristallins déjà trépassés 
comme les étoiles
Le verdict chute et  tranche 

La forfaiture    le diktat   gardent le miasme en poupe
chaque jour qui passe        défolie
pille    massacre     chasse     souille     rejette
gaspille    empoisonne     pollue 
investit une grille de Civilisation 
oeuvrant et  ouvrant  aux  soupiraux de l'enfer      loin de Dante
sous couvert  de l'ultime roi       du parachute doré 

Les bailleurs de fonds      les créanciers 
temporisent       délaient 
le mal perpétué   à travers les arcanes 
du sursis    de la durée complaisante
prônent un calcul insane 
ne lâchent rien des crocs acérés 
du privilège      de l' habitus 
structurant le marasme
arguant sans freins 
d'une légitime et souveraine tutelle

 

 

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CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

http://marin56.canalblog.com/archives/2018/07/10/36551220.html

 

 

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Oswaldo Guayasamin (11),,

Oeuvre Oswaldo Guayasamin

 

 

VRAI LIEU...Extraits

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Qu'une place soit faite à celui qui approche, 
Personnage ayant froid et privé de maison. 
Personnage tenté par le bruit d'une lampe, 
Par le seuil éclairé d'une seule maison. 
Et s'il reste recru d'angoisse et de fatigue, 
Qu'on redise pour lui les mots de guérison. 
Que faut-il à ce cœur qui n'était que silence ?


...


Par la brièveté de la porte, vois 
Le pain brûler sur la table. 
Par le bois cloué mort dans la porte, 
prends Mesure de la nuit qui couvre la terre. 
Par le déchirement de la couleur, 
Par le gémissement des gonds de la porte, sens 
Se déjointer dans l'énigme du temps 
L'être de la présence et de la promesse. 
La nuit est prompte et lourde à retomber.

 

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YVES BONNEFOY

 

 

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antan

ALBERTINE BENEDETTO ...Extrait

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Anna Marta Maria Margherita !

Cris des mères sur le seuil appelant marmaille à la volée, mains mouillées essuyées vite au tablier, appellent leurs fillettes en bande sur le chemin, poissées des myrtilles écrasées par poignées dans les bouches rieuses, lèvres barbouillées retroussées sur leurs dents inégales, pointues, jeunes renardes ensauvagées courent à toutes jambes vers le giron qui sent l’âtre et le lait, vers les mères inquiètes la voix rauque d’avoir tant appelé au soir les bras lourds de la lessive soulevée ruisselante des cuves tourbillonnantes de cendre, l’œil arrêté au bout du hameau, cillant dès les premiers rires qui fusent, l’éboulis des cailloux sous les petits talons, et quand déboulent les plus véloces, robes tâchées de jus et d’herbe mouillée, prêtes à gronder avec des caresses dans la gorge attrapent au passage les bras hâlés chacune les siens ni bonsoir ni rien referment leur bouche leur porte déjà reprises par les gestes qui les gouvernent quand la nuit tombe, d’un tournemain débarbouiller les visages un enfant au sein un autre dans les jupes, les dos portent le fardeau, les pieds portent la journée et bientôt l’homme entre les jambes, cet enfant éternel qui a peur de la nuit et son cri s’abat comme un poing sur le vide quand elles ferment les yeux peut-être saoules de fatigue ou bien les tiennent grands ouverts par habitude parce que toujours elles guettent ce qui vacille, aux aguets toujours, elles qui ont couru aussi sur les sentiers… ah les premières fraises premiers baisers à l’orée du bois, vite, vite avant que mère ne les gronde, dans la peur innommée de la première fois, vite oublié tout ça, peut-être une autre vie, Anna soror ! Toutes les mêmes Marta Maria Margherita, ces noms passés comme témoins au fil des ans, des ventres, à peine le temps de savoir ce qui arrive et c’est la nuit derrière les paupières closes. Toutes pareilles lèvres tirées comme un trait sur leur silence, bouche cousue et les yeux durs qui parlent à leur place, femmes de bois sec et de cris rentrés, raides dans la robe noire où on les a couchées.

 

 

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ALBERTINE BENEDETTO

 

 

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william-russell-flint-street,

Oeuvre William Russel Flint

 

 

LA FRANCE EN MARCHE...

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On leur augmente la CSG 
On leur augmente le gaz, le carburant, les cigarettes 
On leur augmente leur temps de travail 
On leur diminue leurs APL
On leur brade leur Sécu et leurs retraites 
On leur piétine leurs droits du travail 
On leur enchaîne leurs droits à l'expression 
On leur dérembourse leurs médicaments 
On les attaque de toute part et on les insulte
MAIS ILS SONT CONTENTS, LA FRANCE EST EN FINALE...
Finalement ils n'ont que ce qu'ils méritent...
Pauvres moutons qui exultent en allant à l'abattoir...

 

 

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NATHALIE LEIGNEL

 

 

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PLAN MACRON,

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PLAN PAUVRETE

ANA NON...Extraits

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Ma solitude, c'est quatre lits où s'épanouissaient quatre corps d'hommes, jadis. Vides, les lits. Morts, les hommes. Ma solitude, c'est une barque blessée dans son corps , qui se dessèche au bord de la mer, barque désertée que n'accueille plus le salut des mouettes tous les petits matins de la joie du retour. Ma solitude, c'est ce nom heureux que je ne pourrai pas donner à mes petits-enfants, morts avant d'être nés. Ma solitude, c'est ce nom de grand-mère que je n'entendrai jamais, sauf dans le trou noir de mes rêves.

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La main qu'elle tend vers la charité n'est pas sa main. Caressée par les mains fortes de son mari, elle avait mis au monde trois autres paires de mains, fortes elles aussi, qui auraient su toujours porter à sa bouche le pain du travail, garnir ses poches de l'argent nécessaire pour se procurer le feu et les chaussures, le lit de la nuit et la lumière du jour. Mais la guerre a amputé ces prodigues mains d'hommes. La main qu'elle tend maintenant lui a été greffée par la guerre. La fière Ana non n'a pas une âme de mendiante. Sans cette amputation sa main aurait continué de confectionner les filets pour ses hommes de mer.

...

 

Quatre noms à prononcer : Pedro, Juan, José, Jésus, à modeler dans sa bouche comme quatre globes terrestres, à articuler selon ses humeurs, avec amour ou colère, et d'un seul coup, plus personne à appeler, plus rien à dire. Trente ans de silence, au jour, à l'heure, à la minute près. Trente ans de nuits. Bien sûr, elle disait bonjour et au revoir, que c'est gentil à vous et merci bien. Mais ça, ce n'est pas parler. C'est aggraver le silence.

 

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La neige se remet à tomber, sereine, fidèle, enveloppant dans son suaire le cadavre d’une femme nommée Ana Paücha, soixante et quinze ans, qui fut épouse, mère et veuve de quatre hommes Paücha, fauchés par la guerre civile espagnole et ses prisons de la haine. Nulle pierre tombale ne perpétue ces cinq noms : 
Ana Paücha
Pedro Paücha
Jose Paücha
Juan Paücha
Jesus Paücha dit le « petit »
Nul œil ne les pleure.
Nul mémoire n’en garde trace.
Ce ne sont que les noms de cinq saints sans église. Des anti-noms.
Des non.

 

 

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AGUSTIN GOMEZ ARCOS

 

 

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ana non2

 

 

 

LE BATEAU DE TERRE CUITE...Extrait

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Ombres minuscules sur la blancheur du mur 
labyrinthe éphémère 
de l’instant 

nous avons besoin de la mer 
non pour laver nos oreilles 
mais pour plonger dans les confins 
des profondeurs 
les yeux fermés sous l’eau 
de notre soif 
au milieu du bleu 

le corps dressé par l’éphémère 
le regard aiguisé par le lointain 

nous avons besoin de la mer 
pour renaître 
sur la plage 
à l’ombre d’un murmure 
en fleur 

la matière de nos paroles 
est la lumière 
la matière de notre connaissance 
est le néant 
la lumière du regard 
habite le poème 
comme la danse d’une abeille apprivoisée 
l’intérieur d’une bulle 
transparente 
irisée 

je la lève dans ma main 
je la porte avec moi 
vers le soleil 
je prend soin de sa peur 
et de son envie de s’envoler 
vers 
nulle part 

une abeille 
comme un poème 
égaré 
dans le coin d’un miroir maison 
pont ou bateau de terre cuite creuset lumière de la parole calcinée 
au milieu de la galaxie 
nous sommes les dissidents de la ville disparue 
à l’écoute de l’au-delà d’ici 
ici et là-bas mais seulement peut-être 
ici et là-bas 

je m’approche du chant de la sirène 
sur la pointe des pieds 
je la touche avec la pointe de ma langue 
je caresse la pointe de ses seins 
et de ses lèvres 
vous les heureux 
vous les démons 

je vous parle d’ un cri antérieur à la bouche d’un regard antérieur à la lumière d’un visage antérieur à la naissance de mes lèvres 
modelés dans la boue du paradis je vous parle de l’amour à l’état sauvage 
semblable aux cristaux 
arrachés aux mines du midi 

 

 

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LUIS MIZON

 

 

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thami benkirane,

Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/

DIT C'EST UN POEME D'AMOUR...Extrait

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Comment dire l’amour

le temps de l’amour

la fin de l’amour

comment éclairer les temps lumineux

et ne pas tricher sur les défaites les oublis

comment dire l’amour

le temps de la tempête

l’amour qui voyage

qui rend à l’enfance

comment dire ce qui rugit

ce qui rougit

ce qui cache

ce qui éclaire le visage

transperce le regard

comment dire l’amour qui se partage

qui se disloque

qui se reloque

qui s’oublie

comment dire la parole qui bégaye

l’interrogation des mains des yeux

comment nourrir la prière

comment saisir la friche sombre et les caresses inachevées

comment l’amour s’écrit-il sur la pierre

sur le lit d’amertume

sur le froissement des éponges

sur le sable trop grinçant

comment ne pas tricher avec des mots

trop faméliques trop tendres trop raides trop froids trop rêches

comment dire les corps ensevelis noués de sueurs

les effleurements des oiseaux blancs ou sombres

comment dire l’impalpable étrangeté

l’irraison continue

la terreur narquoise

comment dire l’amour dans sa langue

dans ses voix

dans ses cris

comment dire l’amour dans son ingratitude

dans sa mort

dans sa coupure

comment dire l’entaille du monde qui sépare depuis toujours

comment dire l’hantise de l’amour

le verbe muet

le graffiti fortuit et les murs d’innocence

comment dire encore

comment le dire et pourquoi

et pour qui et alors et aussi et pourtant

comment le dire et le redire le cracher le recracher

comment le marmonner

comment le susurrer le satiner

comment dire l’indicible éclat du jour que chacun un jour

comment dire le poème de tous les poèmes

de tous les jours

de toutes les vies

comment dire et le redire et pour commencer .

 

 

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GERMAIN ROESZ

 

 

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mohamed jaamati2

Oeuvre Mohamed Jaâmati

QUELQUES GOUTTES DE SOLEIL ET APRES...Extrait

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Des brins de paille dans les cheveux 
nos cris et ceux des hirondelles 
frôlant les champs de lavande 
dans la lourdeur de l'air 

tant de chaleur tant de secrets 
les cachettes du buis 
le froid de l'arrosoir sur les lèvres 
et les grelots des chèvres le soir 
à la même heure sur les mêmes chemins 

on serre contre soi 
ces images sans serrure 
comme on vole 
une fleur sur un talus 

...


Nos demeures s'attardent en nous 
longtemps après notre départ 

leur odeur la couleur des murs 
le réconfort des lampes 

jusqu'à leur manière singulière 
d'accueillir les voix 
qui montaient de la cour 

elles gardent l'écho des cœurs 

 

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MIREILLE FARGIER CARUSO

 

 

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THAM30,

Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/