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Channel: EMMILA GITANA
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A LA FIANCEE DU VENT

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Et ce n’était rien la pluie. 
Sinon la touche du vent, la cillée des nuages, les mains aux nœuds défaits, légères à pétrir le ciel de leurs doigts de fontaine. 


Rien sinon ce qui échappe. Et s’abandonne à l’air. 


Rien sinon ma danseuse d’automne. 
Suspendue. Flottante. 
En devenir dans le tourbillon de son âme déchirée. 


Rien sinon votre chair qu’aucun mot n’habille. Votre feu qu’aucun regard n’éteint. Votre sang et vos larmes qu’aucune bouche jamais ne parviendra à sécher. 


Ma danseuse, tout feu, tout flammes. Cœur au ciel et pieds légers, c’est toute la terre qui s’élève dans le chant rauque du bois. Dans les fibres qui se dénouent. Et tournent. 


Dans la nuit, j’irai voler les derniers muscats noirs. Je presserai leur chagrin. Et longtemps après m’enivrerai de leur vin de lune. Ce sera pour vous rejoindre, ma fiancée du vent. 
Et, ange, oublier ce qui blanchit mes nuits. 

 

 

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ALAIN FREIXE

 

 

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Katia Chausheva,

 Photographie Katia Chausheva

LA LUMIERE LA MÊME...Extrait

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Chaque jour emporte un bout de vie 
un éclat de lucidité 
chaque jour apporte plus de souffrance 
plus de silence et de résignation 

La vague avance et recule 
elle arrache au rivage un peu de sable une plume une feuille 
elle apporte sur le rivage des brindilles et une écume jaunie. 

Et pourtant tout recommence 
l'eau s’est refermée sur le caillou lancé par l’enfant 
le souvenir tombe dans l’oubli 
Dans l’invention du rêve 

Parfois un geste s’ébauche une phrase se forme on voudrait dire 
qu'on est bien arrivé annoncer une nouvelle raconter une anecdote 

On pense à autre chose 

On déplore l’abricot encore vert que le mistral a arrachéà l’arbre 
les pucerons sur le rosier 
on attend le bain du matin 

Et c’est très bien ainsi. 

 

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JOËLLE GARDES 

 

 

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joelle gardes

LES EPIPHANIES...Extrait

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Le lit des choses est grand ouvert. Je me suis endormi, pensant que c'était trop beau et que la terre s'échapperait. Je craignais tout des ventilations absurdes d'une nuit en colère. Les matins me fustigeaient. Je vivais crédu­lement. Sourcier infatigable, je cherchais l'Orifice originel, premier ouvrage par où passer la tête et crier au Soleil. J'ai trouvé! Je confectionne sur mesure une amoureuse. (En vérité, elle m'est venue d'une ville rêvée posée sur de grands boutons-d'or.)

Les peu­pliers s'organisent. Les rossignols composent. Il me souvient que l'ivresse nous emporta dans un vivant exercice : le mariage. Elle était si naturelle sous sa robe. Je fus sensible aux courbes aux frémissements particuliers aux aspérités inattendues de sa chair, à la marée montante ou descendante des muscles, à la dentelle des phrases ajourées de soupirs, à ses lianes ses diadèmes ses chevelures ses crépuscules d'Eve naissante, à la sagesse et à la déchirure de ses bords.

Elle me parla comme à un bouclier. J'avais autorité pour prendre sa défense. Pieds nus sur le fil blanc du rêve, nous courions après nos vêtements en allés. Jamais funambules ne furent si heureux de se rejoindre. Et je m'éveille, à l'unisson des terrasses où nos corps à bien menèrent leur cure. Désormais l'invention demeure. Ma femme sera mon paysage sen­suel, le diorama de mon âme. Le monde s'est embelli. J'aspire littéralement l'avenir. La clarté du jour m'assiste. Je grimpe à l'échelle de corde de l'enthousiasme.

Ô c'est plus que jamais l'heure des diamants érectiles ! Les alentours se métamorphosent. De coutume le coeur de la biche ne boule pas ainsi, l'eau a moins de charme, les oiseaux ne tombent pas si verticalement sur le ciel, l'air n'offre pas sa charpente avec autant de pompe ou de vigueur. Je vois enfin le plus beau frisson de l'arbre. Et le silence a trop vite plongé son glaive dans la pierre pour que je ne devine rien : Tu es là.

 

 

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HENRI PICHETTE

 

 

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adele pinson,

Photographie Adèle Pinson ?

 

CATHERINE SMITS...Extrait

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Tu m'as dit:
As-tu remarqué
que dans le mot "Nous"
il y a "os" et "nu"?

Je comprends mieux maintenant
le terrible secret
de notre solitude
l'indigence de ma peau 
et le bruit sourd
qui s'insinue
pulsion de sang 
battant le manque
dès que s'étirent
jusqu'au silence
nos cris de bêtes 
cherchant
l'une dans l'autre
l'essentielle substance

 

 

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CATHERINE SMITS

 

 

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catherine smits,

HENRI GUERIN...Extrait

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Nous ignorons de moins en moins de choses, nous commençons à savoir comment s'établirent les montagnes, quand les océans refluèrent, pourquoi ils battent sur nos berges. Nous connaissons mieux les caprices du ciel et de la terre, nos vieilles terreurs semblent reculer à mesure que s'étirent vers le bas autant que vers le haut, nos lunettes du dedans jointes à celles du dehors. De nouveaux aventuriers, guetteurs de vie et nouveaux poètes, du biologiste à l'astrophysicien, scrutent les infinies combinaisons de la matière que voile à voile ils soulèvent alors que le mystère plus encore recule et se dérobe.

 

N'y a-t-il pas quelques puérilités à s'attarder ainsi pour vouloir saisir encore les signes anciens des apparences, signes défrichés plus qu'établis depuis qu'au monde un cœur bat, les yeux ouverts pour s'accorder avec la main et tenter de les saisir ? D'autres êtres jamais ne cessèrent de se lever pour arrêter l'insaisissable temps, pour l'immobiliser dans sa course, en filtrer l'écho et l'offrir en partage, toutes fleurs cueillies d'un merveilleux jardin, d'où l'arbre peint ne perdra plus ses feuilles, la musique son silence, le poème, sa prière.

 

N'y a-t-il pas quelque effroi à conjurer quand ces quelques-uns découvrent à force de fréquenter les saisons et leur déclin que tout est marqué sur terre d'un signe inéluctable, que peu veulent regarder et voir. Oui, ce qu'ils ont appris à voir, laissera toujours ceux-là aussi démunis devant le bout de bois sec d'un rosier tailléà mort, lorsque la lente procession des sèves suscitera cette infime congestion de vie, promesse d'un bourgeon d'où tant de matières inouïes surgiront. Regard qui pressentira tout autant le tragique d'une saison des lilas quand il mesure que quelques jours suffiront pour que cette grappe miraculeuse, saisie d'éphémères parfums, ne s'affaisse et se décolore en cet amas de pourriture dont la fermentation d'une seule graine assurera la survie. Loterie pour une fécondité promise à des oiseaux distraits, quand cette graine risque de ne pas échapper à la multitude dévoreuse de l'ombre, tapie sous la terre.

 

Terre, notre planète, astre unique ! Peut-être le seul vaisseau habité de l'univers, minuscule planète perdue au sein des constellations, elle roule dans l'abîme à tombeau ouvert. Astre couvert d'herbes, de feuilles, de plumes, de poils, piétinant sur l'infime pellicule de vie qui le recouvre. Son terreau n'est que le résidu des milliards d'épaves, naufrages accomplis saison après saison : sables et limons, savanes et forêts, pollens, fleurs, fruits, graines et feuilles dans la chute du bruissement ailé d'insectes et d'oiseaux, joint aux cris des mammifères déchirant de leurs traques, fuites et étreintes, cette implacable décoration de vie. C'est dans ce même terreau d'infime épaisseur, levé par les siècles, couche après couche, que les hommes eux-mêmes, s'abîment et se défont, s'y dissolvent. Tous encore demeurent, répandus, enfouis, en cette surface féconde, ils nous accompagnent en notre vaisseau clos, dans sa course éperdue. 

 

 

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HENRI GUERIN

 

 

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TERRE

 

 

HENRI GUERIN...Extrait

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Comme une couturière en journée

Le vent a coupé, taillé, rogné

Tout au long du jour

Dans le coupon du ciel.

Dès le soir venu,

Il a ramassé minutieusement

Toutes les chutes d’étoffes épandues

Pour en faire un petit tas coloré

Qu’il a poussé

Dans un des coins de l’horizon.

Il est parti en emmenant

Pour tout paiement de sa journée

Dans son vieux cabas de couturière

Le soleil, rond et doré

Comme un écu.

 

 

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HENRI GUERIN

 

 

 

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HENRI GUERIN,

Vitrail Henri Guérin

DREAM A LITTLE DREAM OF ME - MARILYN MONROE

L'ADOLESCENCE...

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C'est un coin d'herbes folles, de bleuets, de chiendent,
Blotti entre la jungle infernale des grands
Et le petit jardin tranquille de l'Enfance,
C'est une île inconnue de vos cartes adultes,
Un lagon épargné, une prairie inculte,
Une lande battue où les korrigans dansent,
L'Adolescence...

C'est l'échelle de soie, c'est Juliette entrevue,
Debout dans le miroir c'est la cousine nue
Qui s'émerveille et crie au fond de mon silence,
C'est un baiser voléà la barbe du Temps,
C'est deux enfants qui s'aiment à l'ombre d'un cadran
Où sous chaque seconde l'Immortalité danse,
L'Adolescence...

C'est "Toujours", c'est "Jamais", c'est éternellement
Le cœur au bord des lèvres, le spleen à fleur de dents
Et au ventre-volcan l'Amour-incandescence,
C'est "Je t'aime : on se tient !" c'est "Je t'aime : on se tue !"
C'est la Vallée d'la Mort de l'autr' côté d'la rue,
Vers les noirs pâturages la haute transhumance,
L'Adolescence...

C'est les poings dans les poches fermés à double tour,
C'est "Familles, je vous hais !", c'est Renéà Combourg,
Ophélie qui se noie, c'est Lucile qui s'avance,
C'est notre Diable au corps, c'est le Grand Meaulne en route,
C'est ce vieux Bateau Ivre qui reviendra sans doute
Les flancs chargés d'oiseaux, de fleurs et d'innocence,
L'Adolescence...

Depuis plus de vingt ans que j'y ai jeté l'ancre
Dans ce pays de fous, de chiens tièdes et de cancres,
Depuis plus de vingt ans j'y passe mes vacances,
Et comme ce vieillard de quatre-vingts printemps
Qui s'endort, un beau soir, et qu'on couche dedans
Son petit, tout petit coin de terre de Provence,
Couchez-moi, je vous prie, quand viendra le moment,
Dans ma terre, mon pays, couchez-moi doucement
En Adolescence, en Adolescence !

 

 

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HENRI TACHAN

 

 

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PATRICK ASPE...Extrait

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Suis-je déjà mort... 

Il est des temps où la raison l'emporte sur les choix du temps...
Mille raisons qui font la volonté des humains ...
Que demain m'apporte la nuit infinie des mots,
Morts joyeuses en éclats de vie,
allongé dans les fougères fraîches,
contemplations des cieux sous les grands arbres,
la tête proche des racines et des pierres,
monde oublieux...,

l’eau des sources me baigne - aux galets,
aux sables,
où est-il ce mystère des hommes...
Prendre son temps pour s'offrir aux vents...
Rires insouciants des enfants...
Les baisers déforment nos mémoires,
comme les craintes nos espoirs...
Oh que vienne cette tendre révolte,
illusion des bonheurs,
suis-je un bon sauvage ou un affreux civilisé,
homme des lumières et des ténèbres les plus affreuses, ...
A la morgue des poète le cri des affamés…
Misères secrètes,
…Combien de femmes condamnées dans les prisons de l’espérance...

 

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PATRICK ASPE

 

 

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cascade2

POESIE VII...Extrait

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Matin d’aurore fraîche

lune des grandes fuites

je m’éveillais

le vent cachait le feu

la table beige du bois

luisant les herbes hautes

dans le pré

à jamais l’heure des joies

un silence de roses

l’escalier,

l’évier, libre de son eau

un ailleurs

qui consume l’absence lente

nous imaginons le monde

à notre image

vertiges des hasards

croyons nous aux mêmes légendes,

aux ombres rugueuses

dans le livre des courbes bleues

devant la source

 

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PATRICK ASPE

 

 

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HERVE DESACHE3,

Oeuvre Hervé Desaché

 

 

 

ANNE MARGUERITE MILLELIRI

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Il y a ce ravage
que la raison écarte
un temps ; il y a
ce grésil craché du ciel, et l'aile 
alourdie de cendre est sang sec ; 
les eaux mêlées du fleuve vie
se figent dans les veines.

La vérité est blanche ou noire ;
solarisée, la vérité crève les yeux :
dans le réduit cubique de la question,
la lumière blanche 
ensanglante les murs,
la tache noire au fond de l'oeil
absorbe le cri,
le lisse, le lyse,
le silence-on-tue ;

le silence honteux
déchette. Ici naît l'homme-guenille
d'âme sans mémoire.
Sur la terre piétinée pousse l'herbe noire
nourrie de l'eau de morts, de phanères,
de scories vite éteintes.

Pas de traces reste trace de pas
le passé ne passe pas ;
et dans l'eau noire de boue, 
ce trou de blanche croix, le ciel
aile alourdie de cendres, 
phanères, scories vite éteinte --

Quelqu'un.

 

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI 

18.07.2018

 

 

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Anselm-Kiefer

 Oeuvre Anselm Kiefer

IL NEIGE DANS LA NUIT ET AUTRES POEMES...Extrait

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Enfant il n’a pas arraché les ailes des mouches
attaché des boîtes de conserve à la queue des chats
ni emprisonné les cafards dans des boîtes d’allumettes
ou détruit des fourmilières
il a grandi
et toutes ces choses on les lui fit
j’étais à son chevet quand il mourut
récite un poème dit-il
sur le soleil sur la mer
sur les cuves atomiques et les lunes artificielles
sur la grandeur de l’humanité

 

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NAZIM HIKMET

 

 

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Niraz Saeed,,

 Photo Niraz Saeed, mort ce 16 juillet 2018, dans une prison syrienne, après trois ans de détention.

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niraz saeed2,

 

Niraz Saeed

NOSTALGIE

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Pareilles à de grosses gouttes de miel les abeilles
les abeilles portent les ceps de vigne jusqu’au soleil
c’est de ma jeunesse qu’elles arrivent en volant
tout comme ces pommes
ces lourdes pommes
ce chemin à la poussière dorée
ces galets blancs tout au long de la rivière
et ma foi dans les chansons
et mon absence d’envie
de là aussi cette journée sans un nuage 
cette journée si bleue
et la mer couchée sur le dos toute nue et chaude
et cette nostalgie
et les dents lumineuses 
de cette bouche aux lèvres épaisses
avec les abeilles dans ce village du Caucase
comme de grosses gouttes de miel
me sont revenues de ma jeunesse
de ma jeunesse que j’ai laissée quelque part
sans avoir pu m’en rassasier…

 

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NAZIM HIKMET

 

 

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ABEILLE

 

 

XAVIER LAINE ... Extrait

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Je reste muet. Fumées et éclairs dans la nuit d’orient, hier comme aujourd’hui brilleront de leur mille feux. La frappe est aveugle, ne regarde rien de ces petites vies qui n’ont rien demandé. Que des hommes en ce triste été puissent plonger leurs mains dans le sang versé et s’en réjouir, voilà qui m’offre la nausée jusqu’au vertige. Qu’il se nomme Allah ou Yahvé, votre Dieu doit souffrir mille martyres, puisqu’en son nom, c’est de sang innocent dont vous vous abreuvez. En cela et quoi qu’en dise les couards, c’est la shoah qui se poursuit, puisque nous n’avons rien appris. Demain peut-être, vous viendrez interdire le lent défilé de mes mots, mais l’histoire dira un jour de quels crimes vous fûtes complices

 

 

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XAVIER LAINE

 

 

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Niraz Saeed

 Photographie Niraz Saeed

Niraz Saeed avait 23 ans lorsqu'il avait remporté le concours de l'UNRWA et de l'UE ( ONU ) . Sa photo en noir et blanc, intitulée "Les Trois rois", représentait trois frères en bas-âge, attendant une évacuation pour recevoir des soins médicaux. Sur le cliché, la tristesse et la douleur peuvent se lire sur leur visage. "J'ai toujours eu l'impression que dans chaque portrait d'une famille palestinienne, on peut voir l'ombre d'un absent, et c'est pour cela que mes photos sont faiblement éclairées"...Niraz Saeed est décédé sous la torture, dans les geôles syriennes du bourreau Assad, le 16 juillet 2018

 

 

UMAR TIMOL...Extrait

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Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait

car toutes les haines emmêlées

à la liasse des remords 

ont saccagé les derniers relents de la lumière

 

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UMAR  TIMOL

 

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Anselm-Kiefer-

A MON PAYS RETROUVE

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Je reviens en septembre, le mois de ma naissance, dans un camion presqu’animal, et la

phrase sourde du moteur comme une berceuse de l’enfance conte l’histoire d’un homme et

de son sac de sable.

Mon pays est plus vaste que mon bagage.

Le ciel encombré d’un nuage géant et le dos basculant de la terre que je vois respirent comme

un bœuf à l’énorme poitrail.

C’est un matin enluminé de fermes blanches et d’arbres aux feuilles filantes comme mes

pensées, et depuis l’appel du premier corbeau piquant du bec et de l’âme le reste ensoleillé

des blés qui ont marché partout, ma joie déborde comme la paille des granges.

Des voix longtemps éteintes m’attendent dans la complicité de l’air.

Une touffe d’herbe haute me dit que les morts ont grandi.

Ici, j’ai vécu plusieurs vies,

l’une chercheuse, presque matinale, parmi les fleurs des sous-bois à la tendresse ridicule,

l’autre abondante à midi dans la lumière ronde des tournesols,

et l’autre encore, douloureuse, comme un journal quotidien ou la trahison d’un outil mais

toutes rêvées sans lassitude comme on entend la nuit le bruit des moissonneuses.

Que mon pays soit mes années, mon chiendent, ma route, mon nuage et ma carte postale et

si partir traverse encore ma tête que ce ne soit qu’un apparent voyage comme les adieux faits

à un mort à qui l'on ferme les yeux dans une chambre au royal sourire.

 

 

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L'ACCENT

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A ma Joss

 

De l'accent! De l'accent! Mais après tout en-ai-je ?
Pourquoi cette faveur? Pourquoi ce privilège ?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
"Ces gens là n'ont pas le parler de tout le monde !"
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...
Eh bien non ! je blasphème ! Et je suis las de feindre !
Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre !
Emporter de chez soi les accents familiers,
C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,
C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne !
Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,
L'accent ? Mais c'est un peu le pays qui vous suit !
C'est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage !
C'est pour les malheureux à l'exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers !
Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,
Parler de son pays en parlant d'autre chose !...
Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent !
Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant !
Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l'oreille! 
Mon accent ! Il faudrait l'écouter à genoux !
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages! 
Ecoutez ! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord !
Mon accent porte en soi d'adorables mélanges
D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides !
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole !

 

 

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MIGUEL ZAMACOÏS

 

 

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Igor Shipilin,

Oeuvre Igor Shipilin

 

 

 

AGNES SCHNELL...Extrait

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Voici que déjà mon nom
s’efface
et rompt avec la partition
que j’avais déroulée.

Je l’ai jouée à m’y perdre
a cappella 
à l’envers sans répit.

Voici que déjà s’amenuise
l’espace tel un feu 
que l’on couvre brusquement,
des pattes d’oiseaux
sur l’humidité du sable,
le fantôme d’un arbre
où le vent reste prisonnier.

 

 

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AGNES SCHNELL

 

 

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paul delvaux

Oeuvre Paul Delvaux

CATHERINE ROSTAIN...Extrait

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 Alors je vais te raconter
Face à ce menhir au coeur du Gévaudan
C'est la voix des pères et des grands-pères qui m'a accueillie
Leurs bras m'ont entourée, remplie d'amour, 
Et puis sur la grande pierre plate devant le menhir
J'ai commencé ce chant-prière avec mon tambour,
Et c'est la voix des mères et des grands-mères qui s'est élevée
Un chant puissant
Un chant d'exortation pour la paix entre les hommes et les femmes
Un chant d'amour, un chant exigeant, 
Elles disaient 
La haine et les combats entre les hommes et les femmes de cette génération doit cesser,
Elles disaient
Nous sommes responsables nous les femmes de la guérison des lignées,
Nous devons guider nos hommes et nos frères sur le chemin de l'apaisement,
Nous devons oeuvrer à l'amour, sans faillir, droites, engagées, femmes debout,
Les guerres, toutes les guerres doivent s'arrêter maintenant.
J'étais traversée par cet appel puissant de toutes les femmes 
Et j'ai entendu la survie de Gaïa, notre Terre mère, est en cause. »

 

 

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CATHERINE ROSTAIN

http://cath-rostain.over-blog.com

 

 

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maria dolores Cano2

 

Maria-Dolorès Cano

http://lartelier.eklablog.com/

ANDRE HARDELLET...Extrait

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Le mystère - c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs et le parcours de la Grange- Batelière sous l'Opéra.
La peur - c'est un roulement de tombereau, la nuit, dans un bois où ne passe aucune route.
La douceur - c'est un vol de chouette, sous le taillis, au crépuscule.
Le contentement - c'est l'odeur d'une blonde qui, lente, efface ses bas noirs.
L'angoisse - c'est la congestion, comme une émeute violette, sur le bitume où bouge un soleil ahurissant.
L'été - c'est l'ombre de la jarre qu'emperle son frais et cette parole qui traverse encore le dédale de vacances.
L'Île-au-Trésor - c'est la touffe de parfums entre tes cuisses - salées.
Le désir - c'est la flèche de rubis qui voie par-dessus l'Orénoque en flammes et décochée sans bruit.
L'amour - c'est ce pays à l'infini ouvert par deux miroirs qui se font face.
L'enfance - c'est la clef rouillée que cachent les buis - celle qui forcerait toutes les serrures.
Le rêve - c'est l'instant où tombe enfin la robe des clairières.
La plus belle récompense de l'homme - c'est encore son sommeil.
Et le mien tarde bien à venir.

 

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ANDRE HARDELLET

 

 

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maia sikorskaia

Oeuvre Margarita Sikorskaia