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L'EMIGRANT DE LANDOR ROAD...Extrait

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Gonfle-toi vers la nuit Ô Mer Les yeux des squales
Jusqu’à l’aube ont guetté de loin avidement
Des cadavres de jours rongés par les étoiles
Parmi le bruit des flots et les derniers serments

 

.

 


GUILLAUME APOLINAIRE

1905

 

.

 

REDON16,

Oeuvre Odilon Redon

 

UNE FOI POUR TOUTES

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A Jean Bastien

 

Mon cœur
veine ou déveine
aura des ailes
dans les montagnes et dans la plaine
des hommes meurent pour la liberté

L’oiseau parle une langue inconnue
il n’a jamais penséà la chance
mais la chance est pour lui
dans les chansons mêmes de la peur
la vie n’est qu’un signe
pour ceux qui meurent dans la nuit
trahis par la clarté lunaire
par les regards obstinés du soleil

Il y parfois un homme qui vient d’Albanie
il parle de la liberté comme d’un sein de marbre
il y a des hommes qui viennent des villages perdus
ils parlent de la liberté comme d’une source pure
il y a d’autres hommes qui viennent des montagnes
ils en parlent par signes et par silences durs
il y a des hommes aussi qui viennent de n’importe où
aux comparaisons obscures et justes
il y a les hommes simples les hommes qui boivent
et les hommes qui ne boivent jamais
qui confondent la liberté la mort l’amour

le souvenir de leur maman

l’histoire de leur vie de leur patrie
de leurs amours
en mots très simples et en gestes de neige

 

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ACHILLE CHAVEE

 

 

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Montserrat-Gudiol,

Oeuvre Montserrat Gudiol

LE SILENCE N'AURA PAS NOTRE VOIX

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Nous pensons à toutes, tous les emprisonnés.es ainsi qu'à celles et ceux dont la liberté est menacée pour opposition au régime politique autoritaire qui règne sur la Turquie.

Nous partageons leur accablement car les valeurs et principes fondamentalement humains qui animent certains pays sur cette terre sont universels et sans frontières. Le combat qu'ils nécessitent pour leur sauvegarde ou leur instauration appartient au devenir de la condition humaine et aucune personne vivante au monde ne saurait y échapper. Ceci ne relève pas des seules solidarité et fraternité mais de l'équité au nom de laquelle nous sommes indissociables les uns.nes des autres. Chaque être présent à notre conscience et dont l'existence est aliénée par la lettre de lois liberticides, voit son combat être le nôtre.

 

Il y a devant et derrière les barreaux l'arbre d'appel

dont les branches tendues sont habillées de feuilles et d'ailes

Elles portent depuis les ténèbres de la déchirure d'homme

jusqu'au seuil d'absolu

le cri invincible d'un devenir oiseau

 

Levons les yeux

Goûtons le fruit intérieur de nos présences

pour la saveur d'une terre autrement sublime

où l'être ne se rend pas

délace les noeuds-mémoire autour de sa gorge

pénètre la lézarde que fait l'ombre de la branche

sur le mur

respire la clarté nomade des espaces rebelles

 

 

.

 

 

PHILIPPE TANCELIN

 

 

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montserrat-gudiol-litografia2

Oeuvre Montserrat Gudiol

C'EST A DIRE...Extrait

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Ainsi me suis-je mis à aimer ce qui était propulsé

dans ce monde

hors de l’écriture



Le petit jour dans les îles

Un simple oiseau revenu transfiguré de sa migration.



Il suffisait d’une barque

Il suffisait de ça.

 

...

 

si

vaste



était le mystère 

de la vie



si

profonde

l’anxiété

qu’elle

véhiculait



que

presque sans raison

nous demeurions émotifs



sans raison ai-je dit



simplement

comme des âmes singulières

doutant de tout

surtout d’elles-mêmes



ainsi se faufilaient les ans

si profond étant notre étrange désir de vivre

 

...

 

.

 

 

FRANCK VENAILLE

 

 

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Montserrat-Gudiol

Oeuvre Montserrat Gudiol

SAUF LE CREPUSCULE...Extrait

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Quelle vanité imaginer
Que je peux tout te donner, l'amour et la joie,
Des Itinéraires, de la musique, des jouets.
Il est vrai que c'est le cas :
Tout ce que je te donne, c'est vrai,
Mais tout ce qui est à moi ne te suffit pas.
Comme moi il ne me suffit pas que tu me donnes
Tout ce qui est à toi.

C'est pour ça que nous ne serons jamais
Le couple parfait, la carte postale,
Si nous ne sommes pas en mesure d'accepter
Que seulement dans l'arithmétique
Le deux naît de l'un plus l'un.

Un petit bout de papier.
Il dit :

Tu as toujours été mon miroir,
Je veux dire, pour me voir, il fallait que je te regarde.

Et ce fragment :

La lente machine du désamour
Les vitesses de reflux
Les corps qui abandonnent les oreillers
Les draps les baisers

Et debout devant le miroir interrogeant
Chacun à soi-même
Ils ne se regardent plus entre eux.
Plus nus pour l'autre
Je ne t'aime plus,
Mon amour.

 

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JULIO CORTAZAR

 

 

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montserrat-gudiol-61

Oeuvre Montserrat Gudiol

C'EST MOI-MÊME TERREUR, C'EST MOI-MÊME

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Les rêves échoués desséchés font au ras de la gueule des rivières de formidables tas d'ossements muets
les espoirs trop rapides rampent scrupuleusement 
en serpents apprivoisés
on ne part pas on ne part jamais

pour ma part en île je me suis arrêté fidèle
debout comme le frère Jehan un peu de biais sur la mer
et sculpté au niveau du museau des vagues et de la fiente des oiseaux
choses choses c'est à vous que je donne
ma folle face de violence déchirée dans les profondeurs du tourbillon
ma face tendre d'anses fragiles où tiédissent les lymphes

c'est moi-mème Terreur, c'est moi-même

le frère de ce volcan qui certain sans mot dire
rumine un je ne sais quoi de sûr
et le passage aussi pour les oiseaux du vent
qui s'arrêtent souvent s'endormir une saison

c'est toi-mème Douceur, c'est toi-même

traversée de l'épée éternelle
et tout le jour avançant
marqué du fer rouge de choses sombrées
et du soleil remémoré

 

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AIME CESAIRE

 

 

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montserrat gudiol

Oeuvre Montserrat Gudiol

ECRIRE A VUE...Extrait

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Partir à dos de feuilles ou d’arbres
Partir vent léger
Souffler la sève jusqu’à la rouille
Traversée l’étendue entre mot et lumière
Tracer de longs signes d’espace
Toucher le geste
Et sa lumière

 

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JACQUES MOULIN

 

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fabienne monestier

Oeuvre Fabienne Monestier

LES LARMES...Extrait

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Un jour, des doigts osent, de façon circonspecte,

lente, timide, furtive, muette, une seconde,

se poser sur l'avant-bras de l'autre corps

qui se trouve en face des yeux.

Un autre jour, la paume de la main forme comme une coque

qui se referme sur le dos de la main qu'elle regarde

et la main, sous la main, ne se retire pas.

Les corps se font soudain plus proches de façon mystérieuse,

d'un coup,

sans qu'ils s'approchent en aucune façon.

Un jour, ils semblent à jamais proches,

sans qu'ils aient besoin de bouger.

Puis la bouche vient plus près de l'oreille

à qui l'on veut tout dire.

La bouche se glisse dans les cheveux noirs et roux où

elle vient chuchoter.

Les lèvres mêlent une espèce de soie

mais évitent de toucher cette étrange coquille.

Un jour, enfin, le regard s'attarde sur une partie du corps

qui vaut pour toutes les parties du corps.

Ce jour-là est le seul jour où il y a de l'amour.

Ce jour-là les vêtements pèsent.

Ce jour-là le corps a si chaud qu'il semble embrasé.

Une eau anime le fond des yeux.

...


La voix s'abaisse.

Les poignets quittent les manches,

les doigts s'avancent dans l'air qui glisse entre les corps,

ils dénouent des nœuds,

ils ôtent des agrafes,

dégagent des boutons, ouvrent, caressent.

Ils saisissent ce qui est doux. 

 

 

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 PASCAL QUIGNARD

 

 

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francoise de_Felice 1

Oeuvre Françoise de Felice

OUI, NOUS PARLONS

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Nous parlons la démesure
nous parlons l’appartenance à un sourire et le dédale de ses secrets
nous parlons l’attente tournée vers l’horizon
sans possession dissimulée dans la voix
sans usage d’un lieu de la parole

nous parlons entre le réel inquiet et le mystère de son appel
nous parlons depuis les veilles rauques des délaissés
nous parlons la mélancolie de l’étendue portant d’escale en demeure l’épreuve de chacun
nous parlons l’éclair élucidé du dire vrai
quand n’apparaît plus que l’attention de l’horizon au jour

nous ouvrons la volière des plaintes
la frondaison des voies de l’épuisé
nous croyons l’heure venue d’atteindre la parole les gestes de tout ce qui fut aveugle et sourd quand nous n’entendions plus quand nous ne voyions plus tant nos sens étaient captifs

Une faim insoumise au banquet des mots se dresse
sans autre richesse à offrir que le mystère de sa danse
cette danse est le véritable complot de la pensée en sa plus grande contradiction lorsqu’elle s’accueille enfin étrangère à elle-même.
Elle s’appelle l’idée poétique et nous permet d’espérer en réapprenant le métier d’innocence.

 

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PHILIPPE TANCELIN

 

 

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François Schortgen2,

Oeuvre François Schortgen

TROISIEMES COUTEAUX

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Devant nous l'an 2000. Quelques heures nous séparent.
N'en parlez pas m'a-t-on dit.
Et pourtant ce silence a comme un balancement maudit
Qui vous met la pendule à l'heure.
C'est le moment, c'est pas trop tôt
Pour parler des troisièmes couteaux.

Ils ne font rien, ils se situent.
Ils sont consultants ambigus
Des hydres multinationales.
Pas de nom, que des initiales.
Ils ont de grands ordinateurs.
Poules de luxe, hommes de paille.
Requins, banquiers, simples canailles.
Pas de nom et pas de photo,
Leurs sociétés sont étrangères.
Plus compliqué est le réseau
Qui les relie à leurs affaires.

Il était grand, il était beau.
Il sentait bon son Lugano,
Mon gestionnaire.

Justement près de Lugano
Etait la banque Ambrosiano.
Là où les vierges vaticanes
Faisaient fructifier leur magot.
Loge P2 dans ses arcanes
A deux massifs cardinaux
Pour les consultations diaphanes
Avec de joyeux mafiosos.
Le fameux compte à numéro
Passe de Zurich à Lausanne,
De Bâle à Londres, près de Soho,
Rencontra le troisième couteau

Il était chauve, il était gros.
Il portait des fringues de chez Smalto,
Mon mercenaire.

Les politiques, drôles d'oiseaux,
Prennent toujours pour plan de vol
Les bulletins de la météo
Ils vont toujours où il fait beau.
Il fait beau dans les audimats,
Dans les sondages du Figaro.
Il fait très beau chez la misère
Et dans les œuvres humanitaires.
Il fait beau sur les droits de l'homme.
Il fait beau chez l'intégration,
Le plein emploi, l'immigration.
On se les gèle dans le pognon.

Politiquement leurs idéaux
Sont très ciblés sur deux critères:
Entre Mad Max et l'abbé Pierre

Pas de nom et pas de photo,
Leurs sociétés sont étrangères.
Plus étonnant est le réseau
Qui les réunit entre frères.
Ils ne font rien, ils se situent.
Ils prennent, ils se gavent, ils se tuent,
Trivialité derrière les mots,
La réussite dans les crocs.
Ils sont làà tous les niveaux.
C'est le règne des troisièmes couteaux.

 

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BERNARD LAVILLIERS

 

 

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A lire...!

https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/un-marcheur-sachant-chasser

 

 

chasseur-hulot

Illustration Rita Mercedes pour le Magazine Littéraire 

 

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LES PLUMES D'EROS...Incipit

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Désormais, l’état lumineux a changé d’orientation : il est à présent isolé et n’ouvre que sur lui-même. Si j’essaie d’en préciser la nature, je n’aperçois que sa ressemblance avec l’espace qu’autour de moi ouvre le regard. Non, ce dernier est substantiellement le même que l’état ancien mais il n’est pas environné du même lieu. L’ancien est dans mon corps : c’est une poche lumineuse qui se dilate, qui envahit tout mon volume intérieur, et qui l’illumine en abolissant toute frontière entre dehors et dedans. Le bonheur est dans cette abolition-là…

Il en va pourtant de même avec le nouveau quand le regard déchaîne un torrent spatial qui emporte ma face et mon dos pour m’unir, non pas à une Figure en soi restrictive, mais à l’énergie spatiale à jamais courante. Et tout s’accélère dans une perdition de l’identité… Perdition devenue l’essence du plaisir de voir puis du plaisir d’écrire, qui eux aussi déclenchent (parfois) l’unité des espaces intérieur et extérieur en me plongeant dans l’oubli de tout ce dont m’écarte leur activité.

Le projet, que dicte une nécessité inqualifiable, est d’aller sans illusion vers un éclat dont on ne saura jamais s’il permet d’entrevoir une révélation ou la destruction. Les deux, probablement : elles sont inséparables. La seule certitude, c’est qu’il n’y a pas de « visitation » verticale car tout va du bas vers le haut : le sacré ne descend pas, il monte. Et durant cette montée, l’élan abolit parfois la différence entre l’intime et l’impersonnel. À cet instant, l’extrême n’a plus de sens : à quoi bon le sens quand l’espace est infini !

L’état de grâce liéà la pratique religieuse n’eut pour effet que la rupture avec le contexte qui l’avait préparé tandis que la grâce liée au regard peut, une fois connue, se convoquer à volonté. L’observation du lieu du regard, de son volume et de son élément, m’occupe depuis je ne sais depuis quand faute de repères, m’occupe en tout cas depuis que j’écris. Ce qui était latent fut tout à coup dévoilé par une révélation aussi violente que la première. Je travaillais sur l’œuvre de Matisse. J’ai lu de lui cette phrase : « Quand je peins, je vois dans mon dos ! » Je contemplais en même temps la toile intitulée L’Atelier. Aussitôt, mon dos disparut, volatilisé : le flot élémentaire de l’espace l’avait emporté. L’extérieur déferlait dans l’intérieur et rétablissait leur unité…

Il n’a pas osé se répéter une fois de plus que, parallèlement à l’espèce, la langue est la seule autre transcendance indubitable, et que toutes deux nous pénètrent par le bas au lieu que les sornettes divines empalent verticalement notre cerveau… Reste qu’en se croisant, la langue et l’espèce dégagent à leur point d’intersection des moments de grâce !

 

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BERNARD NOËL

 

 

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Witold Pruszkowski

Oeuvre Witold Pruszkowski

POESIE VERTICALE ...Extrait

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Il ne suffit pas de lever les mains.
Ni de les abaisser
ou de dissimuler ces deux gestes
sous les embarras intermédiaires.

Aucun geste n'est suffisant,
même s'il s'immobilise comme un défi.

Reste une seule solution possible:
ouvrir les mains
comme si elles étaient des feuilles.

 

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ROBERTO JUARROZ

 

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Sculpture Rodin

LA COMBUSTION DE L'ANGE

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Au détour d’un poème en marche vers le Rien
j’ai rencontré Quelqu’un
qui dans l’ombre me parle en silence
et qui est mon chemin
connaissant tout de moi depuis bien avant ma naissance
au point que je défaille soudain
de surprise d’effroi et d’une étrange joie
devant cette Existence immense qui me tutoie.

 

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MARC ALYN

 

 

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shmuel Ovadyahu

Oeuvre Shmuel Ovadyahu

 

ANNE MARGUERITE MILLELIRI...Extrait

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Les trésors oubliés du souvenir
et les ombres fantômes 
aux noirs placards scellés
dans la maison
l'enfance 
une maison dessinée sur le sable
une pensée-image
fugace

le premier mot prononcé 
comme cette "maman" sortie tout entière 
de ta bouche étonnée

avec le mot 
ce premier silence advenu
cette ombre blanche du mot 
comme une fleur éclose aux lèvres muettes
pétales essaimant d'un blanc à l'autre

toute blancheur contaminée

le silence

advient

dans un depuis toujours à jamais 
saturé de sons qui s'effeuillent
hanté de voix errantes

presque éteintes.

 .

 

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 ANNE MARGUERITE MILLELIRI

 

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milk berry

Photographie Milk Berry

 

BABIL DU SONGER...Extrait

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Un oiseau passe éclair de plumes
Dans le courrier du crépuscule
Va vole et dis-leur !

Dis leur que tu viens d’un pays
Formé dans une poignée de mains
Un pays simple comme bonjour
Où les nuits chantent
Pour conjurer la peur des lendemains

Dis-leur
Que nous sommes une bouchée
Répartie sur sept îles
Comme les sept couleurs de la semaine
Mais que jamais ne vient
Le dimanche de nous-mêmes

Dis leur que les marées
Ouvrent la serrure de nos mémoires
Que parfois le passé souffle
Pour attiser nos flammes
Car un peuple qui oublie
Ne connaît plus la couleur des jours
Il va comme un aveugle dans la nuit du présent

Dis leur que nous passons d’île en île
Sur le pont du soleil
Mais qu’il n’y aura jamais assez de lumière
Pour éclairer nos morts

Dis leur que nos mots vont de créole en créole
Sur les épaules de la mer
Mais qu’il n’y aura jamais assez de sel
Pour brûler notre langue

Va vole et dis-leur !

Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
Nous avons appris à aimer l’arc en ciel
Et surtout dis-leur
Qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
Qu’il nous suffit d‘avoir des contes à raconter
Pour ne pas avoir peur de la nuit
Qu’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau
Pour ouvrir nos ailes d’hommes libres
Va vole et dis-leur !

 

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ERNEST PEPIN

 

 

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Jan-van-Kessel-Concert-of-Birds-1660-1670©

Oeuvre Jan Van Kessel

1626-1679

LES CHÂTIMENTS...Extrait

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Merci à Anne Tempelhoff

 

 

Ils ont dit : Nous serons les vainqueurs et les maîtres.

Soldats par la tactique et par la robe prêtres,
Nous détruirons progrès, lois, vertus, droits, talents.
Nous nous ferons un fort avec tous ces décombres,
Et pour nous y garder, comme des dogues sombres,
Nous démusèlerons les préjugés hurlants.

Oui, l'échafaud est bon; la guerre est nécessaire;
Acceptez l'ignorance, acceptez la misère;
L'enfer attend l'orgueil du tribun triomphant;
L'homme parvient à l'ange en passant par la buse.
Notre gouvernement fait de force et de ruse
Bâillonnera le père, abrutira l'enfant.

Notre parole, hostile au siècle qui s'écoule,
Tombera de la chaire en flocons sur la foule
Elle refroidira les coeurs irrésolus,
Y glacera tout germe utile ou salutaire,
Et puis elle y fondra comme la neige à terre,
Et qui la cherchera ne la trouvera plus.

Seulement un froid sombre aura saisi les âmes,
Seulement nous aurons tué toutes les flammes
Et si quelqu'un leur crie, à ces français d'alors
Sauvez la liberté pour qui luttaient vos pères!
Ils riront, ces français sortis de nos repaires,
De la liberté morte et de leurs pères morts.

Prêtres, nous écrirons sur un drapeau qui brille
- Ordre, Religion, Propriété, Famille. -
Et si quelque bandit, corse, juif ou païen,
Vient nous aider avec le parjure à la bouche,
Le sabre aux dents, la torche au poing, sanglant, farouche
Volant et massacrant, nous lui dirons : c'est bien!

Vainqueurs, fortifiés aux lieux inabordables,
Nous vivrons arrogants, vénérés, formidables.
Que nous importe au fond Christ, Mahomet, Mithra!
Régner est notre but, notre moyen proscrire.
Si jamais ici-bas on entend notre rire,
Le fond obscur du coeur de l'homme tremblera.

Nous garrotterons l'âme au fond d'une caverne.
Nations, l'idéal du peuple qu'on gouverne,
C'est le moine d'Espagne ou le fellah du Nil.
A bas l'esprit! à bas le droit! vive l'épée!
Qu'est-ce que la pensée ? Une chienne échappée.
Mettons Jean-Jacques au bagne et Voltaire au chenil.

Si l'esprit se débat, toujours nous l'étouffâmes.
Nous parlerons tout bas à l'oreille des femmes.
Nous aurons les pontons, l'Afrique, le Spitzberg
Les vieux bûchers sont morts, nous les ferons revivre
N'y pouvant jeter l'homme, on y jette le livre;
A défaut de Jean Hus, nous brûlons Gutenberg.

Et quant à la raison, qui prétend juger Rome,
Flambeau qu'allume Dieu sous le crâne de l'homme,
Dont s'éclairait Socrate et qui guidait Jésus,
Nous, pareils au voleur qui se glisse et qui rampe,
Et commence en entrant par éteindre la lampe,
En arrière et furtifs, nous soufflerons dessus.

Alors dans l'âme humaine obscurité profonde.
Sur le néant des coeurs le vrai pouvoir se fonde.
Tout ce que nous voudrons, nous le ferons sans bruit.
Pas un souffle de voix, pas un battement d'aile
Ne remuera dans l'ombre, et notre citadelle
Sera comme une tour plus noire que la nuit.

Nous régnerons. La tourbe obéit comme l'onde.
Nous serons tout-puissants, nous régirons le monde
Nous posséderons tout, force, gloire et bonheur;
Et nous ne craindrons rien, n'ayant ni foi ni règles...

 

 

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VICTOR HUGO
Jersey. Novembre 1852

 

 

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tommy Ingberg,

Tommy Ingberg

PREVERT

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Le soleil brille pour tout le monde,

il ne brille pas dans les prisons,

il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine,

ceux qui écaillent le poisson

ceux qui mangent de la mauvaise viande

ceux qui fabriquent des épingles à cheveux

ceux qui soufflent vides les bouteilles que d'autres boiront pleines

ceux qui coupent le pain avec leur couteau

ceux qui passent leurs vacances dans les usines

ceux qui ne savent pas ce qu'il faut dire

ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait

ceux qu'on n'endort pas chez le dentiste

ceux qui crachent leurs poumons dans le métro

ceux qui fabriquent dans les caves les stylos

avec lesquels d'autres écriront en plein air

que tout va pour le mieux

ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire

ceux qui ont du travail

ceux qui n'en ont pas

ceux qui en cherchent

ceux qui n'en cherchent pas

ceux qui donnent à boire aux chevaux

ceux qui regardent leur chien mourir

ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire

ceux qui l'hiver se chauffent dans les églises

ceux que le suisse envoie se chauffer dehors

ceux qui croupissent

ceux qui voudraient manger pour vivre

ceux qui voyagent sous les roues

ceux qui regardent la Seine couler

ceux qu'on engage, qu'on remercie,

qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule,

qu'on fouille qu'on assomme

ceux dont on prend les empreintes

ceux qu'on fait sortir des rangs au hasard et qu'on fusille

ceux qu'on fait défiler devant l'Arc

ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier

ceux qui n'ont jamais vu la mer

ceux qui sentent le lin parce qu'ils travaillent le lin

ceux qui n'ont pas l'eau courante

ceux qui sont voués au bleu horizon

ceux qui jettent le sel sur la neige

moyennant un salaire absolument dérisoire

ceux qui vieillissent plus vite que les autres

ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l'épingle

ceux qui crèvent d'ennui le dimanche après-midi

parce qu'ils voient venir le lundi

et le mardi, et le mercredi, et le jeudi,

et le vendredi, et le samedi

et le dimanche après-midi.

 

 

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JACQUES PREVERT

 

 

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lazaro2,

Photographie  Lazaro Blanco Fuentes

LA PRIERE DES ROSES

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"..Je vous salue, ô roses, étoiles solennelles. Roses, rose joyaux vivants de l'infini, bouches, seins, vagues âmes parfumées, larmes, baisers! grains et pollen de lune, ô doux lotus sur les étangs de l'âme, je vous salue, étoiles solennelles. "

 

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FEDERICO GARCIA LORCA

 

 

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GOXWA-Variation-of-Flowers

Oeuvre Goxwa Borg

LE HUITIEME JOUR DE LA SEMAINE...Extrait

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À l'enfant qui me deman­derait ce que c'est que la beauté - et ce ne pourrait être qu'un enfant, car cet âge seul a le désir de l'éclair et l'inquiétude de l'essentiel - je répon­drais ceci : est beau tout ce qui s'éloigne de nous, après nous avoir frôlés.

Est beau le déséquilibre profond - le manque d'aplomb et de voix - que cause en nous ce léger heurt d'une aile blanche.

La beauté est l'ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légè­reté de vivre.

Je lui montrerais le ciel où les anges, en s'essuyant les mains dans un nuage, donnent une peinture de Turner, et je prendrais pour lui une poignée de cette terre, sur laquelle nous allons.

Je lui dirais qu'un livre c'est comme une chanson, que ce n'est rien, que c'est pour dire tout ce qu'on ne sait pas dire, et je couperais pour lui une orange.

La promenade se poursui­vrait loin dans le soir. Dans le silence, nous découvririons enfin, lui et moi, la réponse à sa question.

Dans l'immen­sité lumineuse d'un silence que les mots effleurent sans le troubler.

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CHRISTIAN  BOBIN

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Goxwa,,,

 Oeuvre Goxwa Borg

DIEGO EL CIGALA - EL RATON