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Channel: EMMILA GITANA
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DJAFFAR BENMESBAH...Extrait

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La galanterie est une forme élevée de l’hypocrisie. L'authenticité est meilleure.

Ainsi donc, j’humilie la femme kabyle en la dénudant ! Tu me demandes de la pudeur dans mes écrits et un peu de hchouma dans mes peintures ? Pour que le corps d’une femme exulte, celle-ci devrait se nommer Brigitte, Lucie, Stéphanie ou Béatrice ? Avant, les traditions débiles et la religion des hommes vous invitaient à croire que Dieu, quand Il avait créé la femme avait omis de lui enlever la faculté de penser et de lui fermer l’usage de la parole. Aujourd’hui, c’est pire, son corps a des revers déplaisants, quand il est découvert, se produisent automatiquement des tremblements de terre en guise de représailles divines !
Prétentiard à deux sous de jugeote, ce n'est pas parce que la nuit j'hulule des désirs en proses comme un hibou à sa chouette compagne que vont pleuvoir des pierres sur ton honneur de kabyle ; ce n'est pas parce je peins de la mémoire sur les bustes des femmes en fouta que ta dignité va s’éteindre comme un brasier mouillé de tes frustrations avec la rage de t’armer de marteau pour foncer comme un cheval fou contre les seins de bronze. Les critiques sur les seins des femmes ne sont que soupçons des râleurs qui aiment entendre siffler, huer et conjurer la beauté afin de la vouer aux orties.
Tu es l’élément d’une camarilla aux influences occultes et néfastes qui tire le lendemain des femmes à pile ou face et moi, je suis du parti qui prévoit des écussons thermocollants comme symboles de la liberté des femmes et j’y veille au grain avec des projets de lutte en réserve. 
Si tu es artilleur des mœurs, je m’en moque comme je ris du brocanteur des duplicités. Oui, je ris du vendangeur des discrédits, du balayeur sans cœur des fraîcheurs, du confiseur de rancœurs sans goût pour la vigueur. Je ris et je pleure du remorqueur des frayeurs, moissonneur sans chaleur ni douceurs des langueurs. Je me moque du falsificateur du mot qui cherche dans la pudeur l’ombre d’une reconnaissance alors qu’il n'est qu’un explorateur des erreurs dans le déséquilibre de la morale comme un clown danseur sur un plaid de sueurs. Je prends de la pudeur le nécessaire dans le parler et dans le littéraire et je me moque du rôle de l’instrumentaire. Oui, je prends de la pudeur ce que je peux tenir pour me définir sans offusquer mon vis-à-vis outre mesure. Ceux qui prennent la pudeur comme armure sont souvent des êtres obscurs qui excellent dans l’anathème et l’injure. La pudeur n’a de procédure que la censure d’où elle tire son envergure. À bien des égards, la pudeur dans le lexique, comme un courant d’énergie dans la lenteur, est stérile. Il n’y a ni blancheur ni fleur dans la pudeur.

Permets-moi de me redire, je suis le baiser maudit qui saigne de tes croyances quand il caresse les lèvres des muses, l’incrédule qui s’immole de ses lumières mille fois proscrites car émergées de la bouche des non-vierges. Je suis le cardinal suffragant des liaisons sublimées, l'incitateur en free-lance des révoltes et des chuchotements fantasmés. De mes mots coulent mes vignes et mon jasmin ramollit la relique des ires empourprées dans la peau de l’ours mal léché. Et tant pis si les chapelles tombent en ruines et les prières païennes peuvent s’écrouler sous le rire osé et moqueur des nains de jardins. Je suis ainsi, pire que moi-même.

 

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

 

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DJAFFAR2,

Oeuvre Djaffar Benmesbah

L'ANDATU

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Le Chemin de traverse...

Faudra que tu me dises:
Oui...
Nous partirons vers de vertes prairies où les pâquerettes viendront égayer tes cheveux quand tu te relèveras de nos longues ballades, de nos chaudes roulades...cabrioles et poursuites à faire rougir les blés.

Faudra que tu me dises :
Oui...
Per a machja andaremu à mezu à scopa è fiori induve u rusignolu vinaràà cantà nantu a to spalla nuda à pelle amuriscata da dolce labbre è sole.

Faudra que tu me dises...
Oui...
Nous irons, sous la cascade fraîche, nous faire masser le dos et, en éclats de rires, faire éclater les bulles et chanter le cours d'eau tout en écume blanche allant vers nos vallées où le courant frémit.

Faudra que tu me dises...
Oui...
Andaremu per boschi è per fureste fosche, è po à l'achjatrata, ci addurmenteremu, annantu à paglia dolce, sott'à frascali freschi, induve à tramuntanella, da fronda à frundarella, face ballà e stelle, tutte à lume accese.

Faudra que tu me dises...
Oui...
Notre nuit sera courte à compter les étoiles et bien des frôlements sous les buissons épais et de bien des fourrés où les hérissons laissent tomber leurs pics sous les chaudes caresses dans ce calme apparent, là, où même la Pie se tait, sous l'aile caressante de son voisin de nid. Chaud.

Faudra que tu me dises...
Oui...
Da Diana serena fin'à Diana di l'alba ci diceremu tuttu di ciò chì u nostru core piatta è tene tantu piattu. Tante parulle ciatte, ci vinaranu à bocca. E ci barattaremu, à labbre abbulighjate nantu à soffiu mischiatu...in st'Andatu di vita.
Pò, u to core à palesu...à sole altu... Andarei.

Va !. Le chemin de traverse sera toujours coté soleil

Vai...l'andatu sarà sempre à sulana.

Iè...
Pensa à dimi...

 

 

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GHJISEPPU MAESTRACCI

 

 

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BOGDAN GRIGORE2,

Photographie Bogdan Grigore

LE CHANT DE SOLITUDE

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Laissez venir à moi tous les chevaux toutes les femmes et les bêtes

bannies

Et que les graminées se poussent jusqu'à la margelle de mon établi

Je veux chanter la joie étonnamment lucide

D'un pays plat barricadé d'étranges pommiers à cidre

Voici que je dispose ma lyre comme une échelle à poules contre le ciel

Et que tous les paysans viennent voir ce miracle d'un homme qui

grimpe après les voyelles

Étonnez-vous braves gens ! car celui qui compose ainsi avec la Fable

N'est pas loin de trouver place près du Divin dans une certaine

Étable !

Et dites-vous le soir quand vous rentrez de la foire aux conscrits ou

bien des noces

Que la lampe qui brûle à l'avant du pays très tard est comme la

lanterne d'un carrosse

Ou d'un navire bohémien qui déambule

Tout seul dans les eaux profondes du crépuscule

Que mon Chant vous atteigne ou non ce n'est pas tant ce qui

importe

Mais la grande ruée des terres qui sont vôtres entre le soleil et ma

porte

Les fumures du Temps sur le ciel répandues

Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !

Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !

Peut-être qu'un cheval à l'humeur insolite

Un soir qu'il fera gris ou qu'il aura neigé

Posera son museau de soleil dans mes vitres.

 

 

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RENE GUY CADOU

 

 

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cheval2,

LE SILENCE LÉTAL DES POÈTES

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Les poètes isolés et désintéressés, réfractaires aux honneurs officiels, lorsqu'ils ont fait leur temps, c'est à dire qu'ils sont épuisés par la maladie, leurs excès mais surtout par leur quête incessante d'expérience et de voyances, sont jetés sans états d'âme en pâture aux médecins assermentés qui les bourrent de médicaments, de produits chimiques quand ils ne sont pas charcutés au bistouri ou objets d'expérimentations pour “essayer” de nouveaux traitements. Ils sont placés de force dans des maisons de soins et c'est avec des anesthésiants, des anti-anxiolytiques que l'institution vient enfin à bout de leur révolte ultime, de leur colère conséquente, de leur conscience dissidente.

 

Christian Erwin Andersen n'est pas content? Doublez la dose de somnifère. Tristan Cabral veut rentrer chez lui? Expliquez-lui que c'est impossible, qu'il n'a plus de maison et qu'il est sous curatelle et qu'aucune décision ne saurait être prise sans le consentement de sa tutrice légalement désignée. faites-lui avaler une dose de barbituriques pour qu'il renonce une fois pour toutes à s'évader. Ici on n'est pas là pour s'amuser. 

Dans notre pays hautement civilisé la prise en charge des exclus, des parias et des plus démunis a été scientifiquement encadrée, avec des normes obligatoires aux conséquences effroyablement inhumaines. Sur la planète entière, les gens de ma génération auront été les témoins plus ou moins consentants du triomphe hypocrite de l'hygiène mentale aseptisant et détruisant l'espace vital de nombreuses espèces vivantes en voie de disparition... jusqu'à leur complète éradication parfois. Des réserves naturelles subsistent ça et là, reliquats d'un monde confisqué.

à suivre sur  poésiedanger

 

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ANDRE CHENET

 

 

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Tristan-Cabral

Tristan Cabral

 

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Andersen

Christian Erwin Andersen

 

L'ALPE...

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Il suffit de si peu….

Une journée idéale à l’Alpe. Rien qu’une journée. Je ne sais pas, un jour de juin, par exemple. Elle commencerait par un lever à l’aube. L’anfractuosité du volet dirait le temps qui s’annonce. Forcément, il ferait beau. On le verrait à la densité de l’éclaircie qui envahit la chambre. On se lèverait, on irait vers le café. L’arôme de l’enfance, le bol de la mère ébréché. Souvenir de chocolat chaud avant le sentier gelé de l’école du hameau. On se rendrait au village à pied. On goûterait aux taillis les senteurs dégagées par les vignes qui penchent aux haies ou par les capucines tenaces. On reboirait un café au bistrot, juste écouter les amis. Histoire de se rassurer qu’ils sont encore là et que le jour sera paisible avec eux. On reviendrait vers la maison par un autre couloir d’odeurs. On se mettrait à l’écriture, on affronterait les mots, un morceau de chocolat noir en bouche, histoire de faire face. Il faut de la santé pour écrire... 
Après ce serait vite 11 heures. On prendrait une boîte de sardines, un quignon de pain, une orange, un sac à dos, un livre. On avalerait le sentier. On retrouverait les fragrances d’armoise. Il y aurait des troncs d’arbres qui sueraient au soleil leur coulis de miel, on entendrait les sources bousculer le silence des forêts, les pierres se fendre aux lumières montantes, les oiseaux vous saluer. Une mésange charbonnière, un coucou. Peu à peu s’éloignerait le chahut que font les hommes pressés. On marcherait longtemps se rassurant au coulis d’une fontaine, laissant parfois son dos à la paroi comme le faisaient les anciens. Monterait en vous peu à peu, cette sensation d’absolu qui vous saisit quand tout est beauté, quand il n’y a plus rien entre vous et le monde. Rien d’autre qu’une harmonie subite qui pourrait vous faire croire à la transcendance. Une saponaire rouge, les cheveux d’un érable qui s’habille, une source sous un lever de mousse, la main d’un arbre sur votre épaule. 
Le village après les courbures de la pente. Les maisons nichées au creux des pommiers, des aulnes rompus par l’âge. On s’étendrait sous la brise fraîche, on regarderait le ciel. Les névés au loin posés sur les verts tantôt sombres tantôt lumineux. Les nuages qui courent et se reposent sur une crête avant d’autres voyages. On mangerait doucement. On savourerait plutôt et puis on sortirait le livre. Un autre carreau de chocolat et des mots. Je ne sais rien d’autre de plus doux, je n’attends rien d’autre de la vie. Cet instant de communion avec les mots, les senteurs d’une nature alpine qui vous offre son nid. Il ne reste que le vent, le bruissement d’un frene et puis toujours ces mots qui se confondent à vous-même ou à l’ombre de ceux qui autrefois hantaient les lieux et dont la présence s’est enlisé dans la terre. Et puis rester là sans rien dire. Des heures. Attendre l’or du soir, retrouver les lignes, le crépuscule qui chiffonne vos balcons tandis que vous ouvrez un nouveau livre. Parmi les ultimes chants d’oiseaux, danse déjà une nuit paisible, disponible comme peut l’être l’encre qui dort dans les vieux grimoires.

 

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MICHEL ETIEVENT

 

 

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L'ALPE

ACCUEILS...Extrait

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 L’âme… je n’emploie jamais ce mot. Je lui ai substitué le spirituel. En dehors de toute croyance religieuse, ce mot désigne pour moi : – l’aventure de la connaissance de soi, – la mutation de la naissance à soi-même, – l’observance d’une éthique, – le besoin de s’élever, de faire grandir le meilleur de soi. 

...

 

Un jour, alors qu’on avait plus d’espoir de la trouver, la source est là, au bout du sentier. La voix parle clair. La semi-obscurité a fait place au jour. L’être sait de toute certitude qu’il a vaincu la peur. Qu’il n’a plus à chercher.

...

 

Ce monde clos de l’inerte grisaille
Fissure-le, détruis-le
Et cet émerveillement
Quand déferle l’inconnu.
La vraie révolte, elle commence par la remise en cause de ce qu’on est.

 

 

 

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CHARLES JULIET

 

 

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CHARLES

ACCUEILS...Extrait

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Tant de choses pèsent rongent nous meurtrissent
Tant de choses me fatiguent me maculent
Tant de choses usent ma ferveur
Endeuillent mon amour des êtres et de la vie

Mais si avant au long des stagnantes années
Ces coups morsures déceptions
Me maintenaient dans la souffrance
Parfois dans l’accablement
Un insurmontable désespoir
Je dois reconnaître que maintenant
Depuis que j’ai traversé la nuit
Ils n’ont plus le pouvoir de me corroder
Me vouer à la détresse
Me contraindre au refus

Tout au contraire
Soumis à une alchimie qui les transmute
Ils ne cessent de me nourrir
De renforcer mon adhésion
De rendre plus grave et plus lucide
Le OUI par lequel j’accueille
Ce qui m’est consenti

 

 

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CHARLES JULIET

 

 

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SAFWAN DAHOUL2

Oeuvre Safwan Dahoul

L'OPULENCE DE LA NUIT...extrait

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 Le merle posé
près de moi
lance ses trilles

du noir s'élève
le chant de la vie

ce feu qui te privait
de l'eau qu'exigeait
ta soif
il t'a laissé
ces braises
qui t'accordent
chaleur et lumière

 

Vol en zigzag
du papillon

l'errance 
de la pensée 

 

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CHARLES JULIET

 

 

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papillon-WallFizz

VANESSA PARADIS - CES MOTS SIMPLES

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J'ai quelques mots à te dire
Des mots simples à te dire
On les entend souvent
Dans les films chez les gens
J'ai déjà dit ces mots simples
On y croyant ou en feinte
La première fois enfant
À moi-même de temps en temps


Ces mots simples
Pour te les dire
Je voudrais que tout soupir
Disparaisse dans ce vent
Que l'hiver soit aux amants
Je voudrais pour dire ces mots
Avoir inventé ces mots
Qu'on me les dise chaque fois
En ne pensant qu'à toi



Tout simplement dire ces mots
Il faut renaître de sa peau
Oublier qu'on fut avant
Pour d'autres un peu tremblants
Ces mots simples qui font frémir
Et certains autres mourir
Je te les donne à présent
C'est mon cœur, c'est mon sang


Je t'aime...

 

 .

 

 

VANESSA PARADIS

 

 

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VANESSA PARADIS- DU BOUT DES LEVRES

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Dites-le-moi du bout des lèvres. 
Moi, je l'entends du bout du coeur. 
Moins fort, calmez donc cette fièvre. 
Oui, j'écoute. 

Oh, dites-le-moi bien doucement. 
Murmurez-le simplement.

 

Je vous écouterai bien mieux 
Sans doute. 

Si vous parlez du bout des lèvres. 
J'entends, très bien du bout du coeur 
Et je peux continuer mon rêve, 
Mon rêve. 

 

Que l'amour soit à mon oreille, 
Doux comme le chant des abeilles, 
En été, un jour au soleil, 
Au soleil. 

 

 

Regarde, dans le soir qui penche 
Là-bas, ce voilier qui balance. 
Qu'elle est jolie, sa voile blanche 
Qui danse. 

Je vous le dis du bout des lèvres : 
Vous m'agacez du bout du coeur. 
Vos cris me dérangent, je rêve, 
Je rêve. 

Venez donc me parler d'amour 
A voix basse, dans ce contre-jour 
Et faites-moi, je vous en prie, 
Silence. 

Prenons plutôt le soir qui penche, 
Là-bas, ce voilier qui balance. 
Qu'elle est jolie, sa voile blanche 
Qui danse. 

Je vous dirai du bout des lèvres : 
"Je vous aime du bout du coeur." 
Et nous pourrons vivre mon rêve 
Mon rêve.

 

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BARBARA

Chanté par Vanessa Paradis

 

 

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LAMBEAUX...Extraits

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Un soir d'été, tu t'échappes en cachette avec une couverture sous le bras. Tu déplies ceĺle-ci au milieu du pré, t'étends sur le dos et passes la nuit à contempler ce ciel où frémissent des millions d'étoiles. Tu interroges, scrutes, demeures longtemps dans une stupeur émerveillée. Puis soudain, la foudroyante conscience que tu n'es rien. Qu'un être humain n'est rien. Que ta vie n'a pas plus d'importance que ces brins d'herbe pris entre tes doigts. Grelottante, déprimée, tu regagnes ton lit quand le jour se lève, te demandant si l'on peut continuer de vivre quand on se trouve aux prises avec pareilles révélations.

...

Puis l'automne. Puis l'hiver. L'enfouissement sous la neige. Les lentes journées semblables. Le temps comme une inexorable agonie.

 

 

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CHARLES JULIET

 

 

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gerald bloncourt1

Gérald Bloncourt- récemment décédé - à 19 ans en 1946 

AUX ARMES...!

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C'est la lutte finale
Un combat d'initiés
Sont les perdants qui gagnent
Nos dames émancipées
Les médias sous le roi
Mon peuple articulé
D'un pantin au long bras
Faut pas venir pleurer !
Allons enfants de la patrie
Le jour de gloire est terminé
Entre nous deux, la tyrannie
Sous l'étendard, sang est levé
Entendez vous dans nos campagne,
Mugir nos pauvres, de faim de froid?
Qu'ils viennent jusque dans vos bras,
Pleurer dans nos ville, nos sarcasmes
Aux armes aux armes
Et cætera
Que veut cette horde de militaires
De traîtres et de rois conjurés?
Pour qu'ils nous prennent, quand ils nous traitent
De cons, de braves, de pauvres français!
Quoi? Ces cohortes étrangères
Feraient la lois dans nos foyer?
Quoi? Nos flics, soldats, mercenaires,
Alors qu'on est tous étrangers !
Aux armes aux armes
Et cætera
L'État comprime et la loi triche
L'impôt se rie des malheureux
Nul devoir ne s'impose aux riches
Le droit du pauvre est un mots creux
Des preuves qui se ramassent à l'appel
L'égalité n'existe pas
Pas de droits sans devoirs dit elle
Égaux à la naissance parfois...
Liberté lie bêtes et chérie
Ceux qu'on la tune, n'ont que l'odeur
Amour sacré de la patrie
Et la fraternité se meurt.
Aux armes aux armes
Et cætera
C'est la lutte finale
Un combat d'initiés
Sont les perdants qui gagnent
Nos dames «émancipées »
Les médias sous le roi
Mon peuple articulé
D'un pantin au long bras
Faut pas venir pleurer...
Aux armes aux armes
Et cætera
Faites entrer l'accusé!
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LE PASSE

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Une mémoire infaillible ne guide mon souvenir qu’à travers le jardin embrouillé de mon enfance. Demandez-moi de vous dire la forme et la couleur d’une seule feuille de ces giroflées marron, que la gelée et la neige confisaient, chaque hiver, dans le jardin, et qui ressemblaient, cuites de froid sur la terre blanche, à de pauvres salades ébouillantées… Demandez-moi si la glycine, vieille de deux siècles, fleurissait deux fois chaque année, et si le parfum de sa seconde floraison, exhalé de maigres grappes, semblait le souvenir affaibli de la première… Je saurai vous dire le nom de mes chattes et de mes chiens morts, je noterai pour vous le chant funèbre, le miaulement mineur des deux sapins qui berçaient mon sommeil, et la voix jeune, aigüe et douce, de ma mère criant mon nom dans le jardin… J’entrouvrirai pour vous les livres où se penchait mon front aux longues nattes, et, d’un souffle, j’en ferai s’envoler, humides encore, les pétales de pivoines roses, les pensées noires au visage froncé, les myosotis couleur d’eau bleue, que pressait entre leurs pages mon paganisme ingénu…

 

 

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COLETTE

 

 

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Alfred-Sisley-

Oeuvre Alfred Sisley

POUR MA MERE PAULE

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Je te vois, je t'approche, je t'entends.
La nuit est blanche, la lumière resplendit.
Tu me parles en silence, toujours.
Je te sais là, toujours.
Viens, partons, maman, vers les cieux, les terres, les mers, où tu veux.
Posons nos pieds sur les sables et les îles.
Volons, naviguons.
Tu me parles, comme ta voix est joyeuse et pure!
Tu ris, tu chantes, laisse-moi t'écouter, m'émerveiller. Où m'emmènes-tu? Qu'importe! Sur le courant porteur de ton désir, sur la barque dorée de ton amour, une simple brindille irait au bout du monde en riant.
Ces soleils d'octobre, en Afrique, dont nous jouions ensemble, nous nous sommes élevés au-dessus d'eux. Nous regardons maintenant danser leur ronde.
Nous regardons le monde, perchés au balcon de notre légèreté.
De là où nous sommes, des villes blanches renvoient leurs demandes et nous les exauçons.
Notre amour, par brassées, jette des gerbes de félicités à ceux qui espèrent à l'ombre des ruelles.
Faut-il parler à ces hommes qui s'interrogent? Il suffit que tu apparaisses pour apporter les réponses.
Je viendrai demain te chercher, nous irons le matin nous promener dans les jardins près du lac où les carpes s'amusent.
Tu pleurais au pied des oliviers centenaires, quand nous sommes passés près de la vasque en marbre qui faisait couler l'eau du monde, tu pleurais, de joie et d'émotion sur ce paradis terrestre.
Maintenant nous nous sommes élevés au-dessus des oliviers, dans un paysage de paix retrouvé, plus haut que les rameaux, au-delà de l'odeur du jasmin, des senteurs discrètes des fleurs au crépuscule; nous les avons dépassé ces marches célestes cultivées ou spontanées, construites à partir du sol, et désormais inutiles à nos ailes.
Nous cheminions sur la calèche, toi comme une petite fille, devant, près du cocher maure tu circulais dans la ville, étonnée, conquérante, jouant parmi les surprises: cette famille à califourchon sur un vélo, un enfant posé sur un panier, un autre attaché au foulard noué, la mosquée en pierre qui priait, l'hivernage précieux dans sa beauté, l'homme au chapeau de paille assis sur les planches d'une carriole, les jambes pendant d'un seul côté - tu l'aimais - et l'âne qui le conduisait hors de la ville de son sabot tranquille.
Maman, comme le monde est beau avec toi et aussi l'au-delà du monde.
Laisse-moi m'endormir sur ton épaule, va. Où tu m'amèneras, confiant, j'irai. Les aubes, les aurores, tout luit auprès de toi et les sources désaltèrent bien avant de se jeter dans le sel de la mer.
Maman, nous ne nous perdons pas, nous marchons dans les souks, au milieu de tous, ton rire, ton appel, ton "hou! hou!", éternellement vivant dans ma tête, musique inaliénable joue. 
Plus loin que les poètes fragiles, plus haut que les penseurs barbus, plus forts que les rois, au-dessus des palais et des beautés de pierre, plus enivrant que les fêtes, parlant le langage subtil, sans mots, des fées et des esprits légers, ton amour maman fleurit en toutes saisons, en tout jour, en toute nuit, car ton île est ceinte de lumière, entourée d'un halo de grâce et tu donnes à ton fils, et je réponds à tes dons par d'autres dons, c'est ainsi que nous nous parlons dans la félicité de notre osmose, dans la puissance fidèle, simple, unique, de notre amour.
Maman, y a-t-il puissance au monde plus forte et plus légère? Les mois d'enfantement ne sont jamais perdus. Ta voix. Ton souffle. Peut-on se contenter d'autre chose à part toi? Le reste… l'obtention laborieuse, les acquis transpirés, l'avoir, n'est-ce pas choir?
Maman, il pleut sur le quotidien maussade, un problème grossit comme un nuage noir, mais te voilà, la clarté t'accompagne, les pesanteurs s'estompent, les nuages s'enfuient en courant.
Les chemins les plus beaux te font signe et attendent tes pas. La perfection t'écoute et danse auprès de toi et danse auprès de nous.

 

 

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CHARLES VERSINI

Ajaccio, en Corse, en été.

Extrait du livre "Une vision en été".
Ebook Kindle Amazone.

 

 

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Paule... 

 

GRANDIS PAS...

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A mes petits-enfants Mila, Emma, Cesare, Loreleï...

 

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Grandis pas, n'oublie pas 
Ce que tu sais 
Grandis pas, t'es déjà 
Ce que tu es 
Chaque centimètre 

Est comme un kilomètre 
Ne laisse pas le temps 
Faire de tes pas ceux d'un géant

 

Laisse tes jouets, rester là 
Que près de toi 
Laisse ton prince, ne quitte pas 
Ce royaume là 
Dis-moi qu'tu nous aimes 
Avec des poèmes 
Apprends de ma main 
Allons marcher dans tes dessins 

Et quand tu te tenais 
À moi face à l'inconnu 
J'aimais tellement te rassurer 
Maintenant c'est moi qui suis perdu 

Ma main 
Ma main sans ta main 

Quand ils parlent 
Laisse les grands 
Seuls dans leur monde 
Ne vise pas ton enfance 

À la fronde 
Ne va pas où les songes 
Deviennent des mensonges 
Ne quitte pas ton lit 
Pourquoi devient-il si petit ? 

Garde l'âge des nuages 
Tendres et légers 
Ce visage, paysage 
Tellement parfait 
Fais attendre cet homme 
Cet homme qui est en toi 
Qui nous séparera 
Malgré toi, malgré nous 
Malgré moi 

Et quand tu te tenais 
À moi face à l'inconnu 
J'aimais tellement te rassurer 
Maintenant c'est moi qui suis perdu 

Ma main 
Ma main sans ta main 

Et si on se ressemble 
C'est de grandir ensemble 
Attrape ma main 
Allons marcher dans tes dessins 

Grandis pas 
Grandis pas 

 

 

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MICHEL POLNAREFF

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI...Extrait

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Dans la maison déserte
viendrait danser la neige
tout un peuple d'oiseaux blancs 
à rimer du feu de l'hiver
une plume s'envolerait 
et ce serait
tout l'or du monde

soeur-étoile la neige
tout un peuple d'oiseaux blancs
à palpiter du feu de l'hiver
viendrait danser la neige
comme en pays d'enfance 
les elfes et les fées 
illuminer la nuit

allumeraient un feu
pour endormir la peine
et brûler le silence.

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI

 

 

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Fox's Garden

Oeuvre Camille Garoche  " Fox's Garden "

 

 

LA SUEUR DU MONDE...

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Ça grince dans les mâts, le fracas des voiles, tout qui déchire l’horizon. Nous sommes au bout des lassitudes, à défaire des vieux cordages. Nous nous interrogeons sur ce poids de trop de solitude sur nos épaules. On prépare toujours quelque part des brasiers. Des lampes s’allument sur la grève endormie. Je marche parmi vous, distribuant le café chaud du poème. Seul, je sais que je n’avance pas ou si lentement. J’embrasse vos sentinelles dans l’ombre. On ne sourit plus autour des abattoirs. Sentez-vous la sueur du monde ? La joie sonore de l’appel qui nous unit ?

 

 

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BRUNO RUIZ

2018

 

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APPEL D'UN MEDECIN, PASCAL TROTTA

LES SEPT SOLITUDES....Extrait

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L’année était du temps des souvenirs, 
Le mois était de la lune des roses, 
Les cœurs étaient de ceux qu’un rien console.

Près de la mer, des chants doux à mourir, 
Dans le crépuscule aux paupières closes ; 
Et puis, que sais-je ? Tambourins, paroles.

Cris de danse qui ne devaient finir, 
Touchant désir adolescent qui n’ose 
Et meurt en finale de barcarolle.

— T’en souvient-il, souvient-il, Souvenir ? 
Au mois vague de la lune des roses. 
Mais rien n’est resté de ce qui console.

Est-ce pour dormir, est-ce pour mourir 
Que sur mes genoux ta tête repose 
Avec la langueur de ses roses folles ?

L’ombre descend, la lune va mûrir. 
La vie est riche de si douces choses, 
Pleurs pour les yeux, rosée pour les corolles.

Oui, vivre est presque aussi doux que dormir... 
Poisons tièdes pris à petites doses 
Et poèmes pleins de charmants symboles.

Ô passé ! pourquoi fallut-il mourir ? 
Ô présent ! pourquoi ces heures moroses, 
Bouffon qui prends au sérieux ton rôle !

— L’année était du temps des souvenirs, 
Le mois était de la lune des roses, 
Les cœurs étaient de ceux qu’un rien console.

Mais tôt ou tard cela devait finir 
De la très vieille fin de toutes choses 
Et ce n’est ni triste, vraiment, ni drôle.

Des os vont jaunir d’abord, puis verdir 
Dans le froid moisi des ténèbres closes, 
— Fin des actes et fin des paraboles.

Et le reste ne vaut pas une obole.

 

 

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OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ-MILOSZ

 

 

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susan hall

Oeuvre Suan Hall

FAUX PAS ENTRE DEUX ÉTOILES

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  Merci à André Chenet...

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Il est des gens si malheureux, qu’ils n’ont même pas
de corps ; quantitative est leur chevelure,
bas, calculé en pouces, le poids de leur intelligence ;
haut, leur comportement ;
ne me cherche pas, molaire de l’oubli,
ils semblent sortir de l’air, additionner mentalement les soupirs,
entendre de clairs claquements de fouet dans leur gosier.

Ils s’en vont de leur peau, grattant le sarcophage où ils naissent
et gravissent leur mort d’heure en heure
et tombent, au long de leur alphabet gelé, jusqu’à terre.

Pitié pour les « tellement » ! pitié pour les « si peu » ! pitié pour eux
Pitié, dans ma chambre, quand je les écoute avec mes lunettes !

Pitié, dans mon thorax, quand ils s’achètent des habits !
Pitié pour ma crasse blanche, solidaire dans leur ordure !

Aimées soient les oreilles martin,
aimées soient les personnes qui s’assoient,
aimés soient l’inconnu et sa femme,
notre semblable par les manches, le col et les yeux !

Aimé soit celui qui a des punaises,
celui qui porte un soulier percé sous la pluie,
celui qui veille le cadavre d’un pain avec deux allumettes,
celui qui se prend un doigt dans la porte,
celui qui n’a pas d’anniversaires,
celui qui a perdu son ombre dans un incendie,
l’animal, celui qui ressemble à un perroquet,
celui qui ressemble à un homme, le pauvre riche,
le vrai miséreux, le pauvre pauvre !

Aimé soit
celui qui a faim ou soif, mais n’a pas assez de faim
pour étancher toute sa soif
et pas assez de soif pour rassasier toute sa faim !

Aimé soit celui qui travaille à la journée, au mois, à l’heure,
celui qui sue de peine ou de honte,
celui qui se prend par la main pour aller au cinéma,
celui qui paye avec ce qui lui manque,
celui qui dort le dos tourné,
celui qui ne se souvient plus de son enfance ; aimé soit
le chauve sans chapeau,
le juste sans épines,
le voleur sans roses,
celui qui porte une montre et qui a vu Dieu,
celui qui a de l’honneur et ne meurt pas !
Aimé soit l’enfant qui tombe et pleure encore, et l’homme qui est tombé et ne pleure plus !
Pitié pour les « tellement » ! Pitié pour les « si peu » ! Pitié pour eux !

 

 

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CESAR VALLEJO

11 octobre 1937

 

 

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Montserrat Gudiol (1933)

Oeuvre Montserrat Gudiol