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Channel: EMMILA GITANA
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AH, ERNESTO

L'ENERGIE DU SILENCE...Extrait

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Mes amis, le défi fondamental consiste à entrer soi-même en révolution et à permettre qu'un être humain naisse en soi. La voie à suivre pour cela est celle de la méditation. La méditation est une attention incluant tout.
Dans la méditation, le silence de l'esprit total aiguise votre être entier ; chaque cellule de l'être devient active. C'est pourquoi la totalité entrant en action et œuvrant avec le mouvement de la vie est un événement prodigieux.
Quand l'esprit total devient silencieux, ce silence imprègne l'être entier. Savez-vous ce qu'est l'imprégnation du silence dans l'être ? L'imprégnation du silence dans la totalité de votre être est pure conscience. Nous n'avons pas de motifs, nous n'avons pas de buts, rien à acquérir et rien à sauver ; ainsi le mécanisme de défense ne fonctionne pas. La totalité de votre être devient consciente de tout ce qui se passe en vous et en dehors de vous, exactement depuis les orteils jusqu'à la tête. Vous devenez ainsi mouvement de conscience pure en chair et en os. Oh ! la beauté de cela.
Un être humain est encore à naître. Et voici le défi : "Suis-je désireux de laisser le nouvel être humain naître en moi ? Suis-je désireux de passer par une révolution si radicale que je naîtrai à nouveau ?"
Nous sommes tellement centrés sur nous-mêmes que nos perceptions sont aussi centrées sur nous. Et une personne centrée sur elle-même ne peut jamais regarder quelque chose dans la vie, ne peut pas être en relation avec les autres êtres humains. Elle est si occupée par son propre moi, par son ego, par ce qu'elle aime, ce qu'elle déteste, ses pensées, ses émotions ! Elle aime le monde seulement si le monde lui permet de se projeter sur lui. Nous vivons, pour la plupart, de cette façon. Nous créons des écrans de résistance, et l'ajustement des résistances mutuelles est appelé relation. C'est cela la matière des relations humaines. J'adapte quelques-unes de mes idées préconçues et de mes préférences aux vôtres, vous adaptez les vôtres aux miennes et nous appelons cela une famille. Nous appelons cela amitié.
C'est pourquoi je dis que les êtres humains sont encore à naître. Ce sont seulement des fragments qui ont émergé de l'animal humain qui habite ce globe. Les fragments sont quelquefois charmants, mais l'être humain harmonieux, total, est encore à naître.
Le commencement d'une vie nouvelle, d'une vie fraîche, n'a rien d'utopique. C'est possible. Elle se produit. Le silence de l'esprit, qui est humilité, vous donne une nouvelle dimension de vie. Vous serez d'accord avec moi pour dire que nous existons et ne vivons pas. Les moments de paix et d'harmonie sont rares. Les moments non contaminés par l'émotion et par la pensée son rares. Arriver àêtre en relation l'un avec l'autre dans l'humilité, dans l'état de non-engagement, de non-identification, est la voie méditative de la vie. Elle s'épanouit en amour et en affection.
Comment naît cette nouvelle voie ? On peut se mettre à la rechercher si on le veut. Si on est vraiment désireux de se libérer de l'état d'ennui, de l'état où les actions sont répétitives et mécaniques, alors c'est possible. S'il y a une sensation d'urgence à cet égard, alors c'est possible. Le sentiment de l'urgence, créant un état de non-identification, peut conduire quelqu'un à ce mouvement de silence.
Méditer, c'est vous déshypnotiser, méditer c'est retirer les verres que surimpose le mental. Méditer, c'est désapprendre ce que vous avez appris... Et alors, la réponse à la situation que vous vivez vient d'un plan de conscience totalement différent... Oh ! la beauté de vivre dans un état de non-identification et de non-engagement ! La beauté de cela ! La liberté de cela... Vivre en méditation ou suivre la voie méditative, c'est se mouvoir en liberté. La méditation est une manière de vivre, une totale manière de vivre. C'est la voie de l'attention tendre et de l'affection

 


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VILAMA THAKAR


(Éd. Accarias - 1991)

 

 

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AEDAN...Extrait

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Sous mes pieds, le mystère.
Devant moi, l'inconnu.

Le seul sol que je sache assuré,
C'est la sincérité de mon cœur.

 

***

 

Perpétuellement, la fin.
Perpétuellement, le commencement.

Le jour, la nuit,
Et ce moment fragile entre tous de l'aube,

Quand la beauté du monde
Semble en hésitation
Entre la gravité de l'ombre
Et la vitalité amoureuse du jour.

Perpétuellement, la fin.
Perpétuellement : le commencement.

Et le déchirement lumineux d'exister.

 

***

 

Tout disparaît.

La peur évanouie,
À la lumière de notre inévitable défaite,
Nul ne combat que par amour.

 

 

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AEDAN

 

http://www.le-capital-des-mots.fr/2019/07/le-capital-des-mots-aedan.html?fbclid=IwAR29OSox-oO1jsakiPxxCH5XPpZUSRMUuegGXtVjXJXNNV1bSzYZD2R2mk8

 

 

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GAELLE DE TRESCADEC6

Photographie Gaëlle de Trescadec

L'AMITIE...Extrait

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Nous devons renoncer à connaître ceux à qui nous lie quelque chose d’essentiel ; je veux dire, nous devons les accueillir dans le rapport avec l’inconnu où ils nous accueillent, nous aussi, dans notre éloignement. L’amitié, ce rapport sans dépendance, sans épisode et où entre cependant toute la simplicité de la vie, passe par la reconnaissance de l’étrangeté commune qui ne nous permet pas de parler de nos amis, mais seulement de leur parler, non d’en faire un thème de conversations (ou d’articles), mais le mouvement de l’entente où, nous parlant, ils réservent, même dans la plus grande familiarité, la distance infinie, cette séparation fondamentale à partir de laquelle ce qui sépare devient rapport.

 

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MAURICE BLANCHOT

 

 

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maurice blanchot2

ANNE DUFOURMANTELLE...

HOMMAGE A ANNE DUFOURMANTELLE

LIBERTAD

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No quiero cantar mas de amor, no quiero hablar mas de abrazos
No tengo miedo del desierto, de las luces lejanas, de las noches mas negras y del mar sin color
Quédate
En el silencio nace el sol, y del silencio nace el llanto
Milagro de la madrugada, de tu cuerpo callado, salen barcos y niebla, salen mundos enteros
Quédate
Libertad. 
Quédate como el viento entre mis manos, quédate como el baile de los brujos gitanos, quédate como el rio que arraiga la luna, como las nubes que galopan en la vieja laguna.

 

 

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Je ne veux plus chanter à propos de l'amour, je ne veux plus parler de baisers
Je n'ai pas peur du désert, des lumières lointaines, des nuits les plus obscures, et de la mer sans couleur
Reste auprès de moi
Dans le silence nait le soleil, et du silence nait la plainte
Miracle du lever du jour, de ton corps muet, jaillissent des bateaux et de la neige, jaillissent des mondes entiers 
Reste auprès de moi
Liberté
Reste comme le vent entre mes mains, reste comme la danse des sorciers gitans, reste comme le fleuve qui accroche la lune, comme les nuages qui galopent au-dessus de la vieille lagune

 


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CLARA DUFOURMANTELLE ( CLARA YSE )

YULIAN MALAJ

 

 

 

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L'ETE....Extrait

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   Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même. Du haut d'un ciel qui semblait inépuisable, d'incessantes averses, visqueuses à force d'épaisseur, s'abattaient sur le golfe. Grise et molle comme une grande éponge, la mer se boursouflait dans la baie sans contours. Mais la surface des eaux semblait presque immobile sous la pluie fixe. De loin en loin seulement, un imperceptible et large mouvement soulevait au-dessus de la mer une vapeur trouble qui venait aborder au port, sous une ceinture de boulevards mouillés. La ville elle-même, tous ses murs blancs ruisselants d'humidité, exhalait une autre buée qui venait à la rencontre de la première. De quelque côté qu'on se tournât alors, il semblait qu'on respirât de l'eau, l'air enfin se buvait. 
   Devant la mer noyée, je marchais, j'attendais, dans cette Alger de décembre qui restait pour moi la ville des étés. J'avais fui la nuit d'Europe, l'hiver des visages. Mais la ville des étés elle-même s'était vidée de ses rires et ne m'offrait que des dos ronds et luisants. Le soir, dans les cafés violemment éclairés où je me réfugiais, je lisais mon âge sur des visages que je reconnaissais sans pouvoir les nommer. Je savais seulement que ceux-là avaient été jeunes avec moi, et qu'ils ne l'étaient plus. 
   Je m'obstinais pourtant, sans trop savoir ce que j'attendais, sinon, peut-être le moment de retourner à Tipasa. Certes c'est une grande folie, et presque toujours châtiée, de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir revivre à quarante ans ce qu'on a aimé ou dont on a fortement joui à vingt. Mais j'étais averti de cette folie. Une première fois déjà, j'étais revenu à Tipasa, peu après ces années de guerre qui marquèrent pour moi la fin de la jeunesse. J'espérais, je crois, y retrouver une liberté que je ne pouvais oublier. En ce lieu, en effet, il y a plus de vingt ans, j'ai passé des matinées entières à errer parmi les ruines, à respirer les absinthes, à me chauffer contre les pierres, à découvrir les petites roses, vite effeuillées, qui survivent au printemps. À midi seulement, à l'heure où les cigales elles-mêmes se taisaient, assommées, je fuyais devant l'avide flamboiement d'une lumière qui dévorait tout. La nuit, parfois, je dormais les yeux ouverts sous un ciel ruisselant d'étoiles. Je vivais, alors. Quinze ans après, je retrouvais mes ruines, à quelques pas des premières vagues, je suivais les rues de la cité oubliée à travers des champs couverts d'arbres amers, et, sur les coteaux qui dominent la baie, je caressais encore les colonnes couleur de pain. Mais les ruines étaient maintenant entourées de barbelés et l'on ne pouvait y pénétrer que par les seuils autorisés. Il était interdit aussi, pour des raisons que, paraît-il, la morale approuve, de s'y promener la nuit ; le jour, on y rencontrait un gardien assermenté. Par hasard sans doute, ce matin-là, il pleuvait sur toute l'étendue des ruines. 
   Désorienté, marchant dans la campagne solitaire et mouillée, j'essayais au moins de retrouver cette force, jusqu'à présent fidèle, qui m'aide à accepter ce qui est, quand une fois j'ai reconnu que je ne pouvais le changer. Et je ne pouvais, en effet, remonter le cours du temps, redonner au monde le visage que j'avais aimé et qui avait disparu en un jour, longtemps auparavant. Le 2 septembre 1939, en effet, je n'étais pas allé en Grèce, comme je le devais. La guerre en revanche était venue jusqu'à nous, puis elle avait recouvert la Grèce elle-même. Cette distance, ces années qui séparaient les ruines chaudes des barbelés, je les retrouvais également en moi, ce jour-là, devant les sarcophages pleins d'eau noire, ou sous les tamaris détrempés. Élevé d'abord dans le spectacle de la beauté qui était ma seule richesse, j'avais commencé par la plénitude. Ensuite étaient venus les barbelés, je veux dire les tyrannies, la guerre, les polices, le temps de la révolte. Il avait fallu se mettre en règle avec la nuit : la beauté du jour n'était qu'un souvenir. Et dans cette Tipasa boueuse, le souvenir lui-même s'estompait. Il s'agissait bien de beauté, de plénitude ou de jeunesse ! Sous la lumière des incendies, le monde avait soudain montré ses rides et ses plaies, anciennes et nouvelles. Il avait vieilli d'un seul coup, et nous avec lui. Cet élan que j'étais venu chercher ici, je savais bien qu'il ne soulève que celui qui ne sait pas qu'il va s'élancer. Point d'amour sans un peu d'innocence. Oùétait l'innocence ? Les empires s'écroulaient, les nations et les hommes se mordaient à la gorge ; nous avions la bouche souillée. D'abord innocents sans le savoir, nous étions maintenant coupables sans le vouloir : le mystère grandissait avec notre science. C'est pourquoi nous nous occupions, ô dérision, de morale. Infirme, je rêvais de vertu ! Au temps de l'innocence, j'ignorais que la morale existât. Je le savais maintenant, et je n'étais pas capable de vivre à sa hauteur. Sur le promontoire que j'aimais autrefois, entre les colonnes mouillées du temple détruit, il me semblait marcher derrière quelqu'un dont j'entendais encore les pas sur les dalles et les mosaïques, mais que ,plus jamais je n'atteindrai. Je regagnai Paris, et je restai quelques années avant de revenir chez moi.
   Quelque chose pourtant, pendant toutes ces années, me manquait obscurément. Quand une fois on a eu la chance d'aimer fortement, la vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière. Le renoncement à la beauté et au bonheur sensuel qui lui est attaché, le service exclusif du malheur, demande une grandeur qui me manque. Mais, après tout, rien n'est vrai qui force à exclure. La beauté isolée finit par grimacer, la justice solitaire finit par opprimer. Qui veut servir l'une à l'exclusion de l'autre ne sert personne ni lui-même, et, finalement, sert deux fois l'injustice. Un jour vient où, à force de raideur, plus rien n'émerveille, tout est connu, la vie se passe à recommencer. C'est le temps de l'exil, de la vie sèche, des âmes mortes. Pour revivre, il faut une grâce, l'oubli de soi ou une patrie. Certains matins, au détour d'une rue, une délicieuse rosée tombe sur le cœur puis s'évapore. Mais la fraîcheur demeure encore et c'est elle, toujours, que le cœur exige. Il me fallut partir à nouveau. 
   Et, à Alger, une seconde fois, marchant encore sous la même averse qui me semblait n'avoir pas cessé depuis un départ que j'avais cru définitif, au milieu de cette immense mélancolie qui sentait la pluie et la mer, malgré ce ciel de brumes, ces dos fuyants sous l'ondée, ces cafés dont la lumière sulfureuse décomposait les visages, je m'obstinais à espérer. Ne savais-je pas d'ailleurs que les pluies d'Alger, avec cet air qu'elles ont de ne jamais devoir finir, s'arrêtent pourtant en un instant, comme ces rivières de mon pays qui se gonflent en deux heures, dévastent des hectares de terre et tarissent d'un seul coup ? Un soir, en effet, la pluie s'arrêta. J'attendis encore une nuit. Une matinée liquide se leva, éblouissante, sur la mer pure. Du ciel, frais comme un œil, lavé et relavé par les eaux, réduit par ces lessives successives à sa trame la plus fine et la plus claire, descendait une lumière vibrante qui donnait à chaque maison, à chaque arbre, un dessin sensible, une nouveautéémerveillée. La terre, au matin du monde, a dû surgir dans une lumière semblable. Je pris à nouveau la route de Tipasa. 
   Il n'est pas pour moi un seul de ces soixante-neuf kilomètres de route qui ne soit recouvert de souvenirs et de sensations. L'enfance violente, les rêveries adolescentes dans le ronronnement du car, les matins, les filles fraîches, les plages, les jeunes muscles toujours à la pointe de leur effort, la légère angoisse du soir dans un cœur de seize ans, le désir de vivre, la gloire, et toujours le même ciel au long des années, intarissable de force et de lumière, insatiable lui-même, dévorant une à une, des mois durant, les victimes offertes en croix sur la plage, à l'heure funèbre de midi. Toujours la même mer aussi, presque impalpable dans le matin, que je retrouvai au bout de l'horizon dès que la route, quittant le Sahel et ses collines aux vignes couleur de bronze, s'abaissa vers la côte. Mais je ne m'arrêtai pas à la regarder. Je désirais revoir le Chenoua, cette lourde et solide montagne, découpée dans un seul bloc, qui longe la baie de Tipasa à l'ouest, avant de descendre elle-même dans la mer. On l'aperçoit de loin, bien avant d'arriver, vapeur bleue et légère qui se confond encore avec le ciel. Mais elle se condense peu à peu, à mesure qu'on avance vers elle, jusqu'à prendre la couleur des eaux qui l'entourent, grande vague immobile dont le prodigieux élan aurait été brutalement figé au-dessus de la mer calmée d'un seul coup. Plus près encore, presque aux portes de Tipasa, voici sa masse sourcilleuse, brune et verte, voici le vieux dieu moussu que rien n'ébranlera, refuge et port pour ses fils, dont je suis. 
   C'est en le regardant que je franchis enfin les barbelés pour me retrouver parmi les ruines. Et sous la lumière glorieuse de décembre, comme il arrive une ou deux fois seulement dans des vies qui, après cela, peuvent s'estimer comblées, je retrouvai exactement ce que j'étais venu chercher et qui, malgré le temps et le monde, m'était offert, à moi seul vraiment, dans cette nature déserte. Du forum jonché d'olives, on découvrait le village en contrebas. Aucun bruit n'en venait : des fumées légères montaient dans l'air limpide. La mer aussi se taisait, comme suffoquée sous la douche ininterrompue d'une lumière étincelante et froide. Venu du Chenoua, un lointain chant de coq célébrait seul la gloire fragile du jour. Du côté des ruines, aussi loin que la vue pouvait porter, on ne voyait que des pierres grêlées et des absinthes, des arbres et des colonnes parfaites dans la transparence de l'air cristallin. Il semblait que la matinée se fût fixée, le soleil arrêté pour un instant incalculable. Dans cette lumière et ce silence, des années de fureur et de nuit fondaient lentement. J'écoutais en moi un bruit presque oublié, comme si mon cœur, arrêté depuis longtemps, se remettait doucement à battre. Et maintenant éveillé, je reconnaissais un à un les bruits imperceptibles dont était fait le silence : la basse continue des oiseaux, les soupirs légers et brefs de la mer au pied des rochers, la vibration des arbres, le chant aveugle des colonnes, les froissements des absinthes, les lézards furtifs. J'entendais cela, j'écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi. Il me semblait que j'étais enfin revenu au port, pour un instant au moins, et que cet instant désormais n'en finirait plus. Mais peu après le soleil monta visiblement d'un degré dans le ciel. Un merle préluda brièvement et aussitôt, de toutes parts, des chants d'oiseaux explosèrent avec une force, une jubilation, une joyeuse discordance, un ravissement infini. La journée se remit en marche. Elle devait me porter jusqu'au soir. 
   À midi sur les pentes à demi sableuses et couvertes d'héliotropes comme d'une écume qu'auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d'un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu'on ne peut tromper longtemps sans que l'être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd'hui, mourons de ce malheur. C'est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue revendication de la justice épuise l'amour qui pourtant lui a donné naissance. Dans la clameur où nous vivons, l'amour est impossible et la justice ne suffit pas. C'est pourquoi l'Europe hait le jour et ne sait qu'opposer l'injustice à elle-même. Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu'une pulpe amère et sèche, je redécouvrais à Tipasa qu'il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l'injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise. Je retrouvais ici l'ancienne beauté, un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m'avait jamais quitté. C'était lui qui pour finir m'avait empêché de désespérer. J'avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours neuve. O lumière ! c'est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant. Au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un été invincible. 

   J'ai quitté de nouveau Tipasa, j'ai retrouvé l'Europe et ses luttes. Mais le souvenir de cette journée me soutient encore et m'aide à accueillir du même cœur ce qui transporte et ce qui accable. À l'heure difficile où nous sommes, que puis-je désirer d'autre que de ne rien exclure et d'apprendre à tresser de fil blanc et de fil noir une même corde tendue à se rompre ? Dans tout ce que j'ai fait ou dit jusqu'à présent, il me semble bien reconnaître ces deux forces, même lorsqu'elles se contrarient. Je n'ai pu renier la lumière où je suis né et cependant je n'ai pas voulu refuser les servitudes de ce temps. Il serait trop facile d'opposer ici au doux nom de Tipasa d'autres noms plus sonores et plus cruels : il y a pour les hommes d'aujourd'hui un chemin intérieur que je connais bien pour l'avoir parcouru dans les deux sens et qui va des collines de l'esprit aux capitales du crime. Et sans doute on peut toujours se reposer, s'endormir sur la colline, ou prendre pension dans le crime. Mais si l'on renonce à une part de ce qui est, il faut renoncer soi-même àêtre ; il faut donc renoncer à vivre ou à aimer autrement que par procuration. Il y a ainsi une volonté de vivre sans rien refuser de la vie qui est la vertu que j'honore le plus en ce monde. De loin en loin, au moins, il est vrai que je voudrais l'avoir exercée. Puisque peu d'époques demandent autant que la nôtre qu'on se fasse égal au meilleur comme au pire, j'aimerais, justement, ne rien éluder et garder exacte une double mémoire. Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l'entreprise, je voudrais n'être jamais infidèle, ni à l'une ni aux autres. 
   Mais ceci ressemble encore à une morale et nous vivons pour quelque chose qui va plus loin que la morale. Si nous pouvions le nommer, quel silence. Sur la colline de Sainte-Salsa, à l'est de Tipasa, le soir est habité. Il fait encore clair, à vrai dire, mais, dans la lumière, une défaillance invisible annonce la fin du jour. Un vent se lève, léger comme la nuit, et soudain la mer sans vagues prend une direction et coule comme un grand fleuve infécond d'un bout à l'autre de l'horizon. Le ciel se fonce. Alors commence le mystère, les dieux de la nuit, l'au-delà du plaisir. Mais comment traduire ceci ? La petite pièce de monnaie que j'emporte d'ici a une face visible, beau visage de femme qui me répète tout ce que j'ai appris dans cette journée, et une face rongée que je sens sous mes doigts pendant le retour. Que peut dire cette bouche sans lèvres, sinon ce que me dit une autre voix mystérieuse, en moi, qui m'apprend tous les jours mon ignorance et mon bonheur : 
   « Le secret que je cherche est enfoui dans une vallée d'oliviers, sous l'herbe et les violettes froides, autour d'une vieille maison qui sent le sarment. Pendant plus de vingt ans, j'ai parcouru cette vallée, et celles qui lui ressemblent, j'ai interrogé des chevriers muets, j'ai frappéà la porte de ruines inhabitées. Parfois, à l'heure de la première étoile dans le ciel encore clair, sous une pluie de lumière fine, j'ai cru savoir. Je savais en vérité. Je sais toujours, peut-être. Mais personne ne veut de ce secret, je n'en veux pas moi-même sans doute, et je ne peux me séparer des miens. Je vis dans ma famille qui croit régner sur des villes riches et hideuses, bâties de pierres et de brumes. Jour et nuit, elle parle haut, et tout plie devant elle qui ne plie devant rien : elle est sourde à tous les secrets. Sa puissance qui me porte m'ennuie pourtant et il arrive que ses cris me lassent. Mais son malheur est le mien, nous sommes du même sang. Infirme aussi, complice et bruyant, n'ai-je pas crié parmi les pierres ? Aussi je m'efforce d'oublier, je marche dans nos villes de fer et de feu, je souris bravement à la nuit, je hèle les orages, je serai fidèle. J'ai oublié, en vérité : actif et sourd, désormais. Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d'épuisement et d'ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m'étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais. » 
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ALBERT CAMUS 
"Retour à Tipasa"
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TIPASA2

 

Tipasa

ECLATS ET BRECHES...Extrait

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Est-ce bien nous
ce tremblement fragile du ciel
ce rire évanoui ?

Nous sommes brèches, éclats ,
explosions éphémères 
Les creux laissés par nos corps
sur la plage
se sont remplis de sable
plus d'une fois

Nos cris ont la fragilité de la craie,
la vitesse du goéland 
Nos tendresses sont torturées 
Nos mots s'ėcaillent
Nos rêves n'ont pas toujours le temps
de nous parvenir

Et c'est dans cette incertitude
que nous nous plaisons à vivre.

 

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COLETTE GIBELIN

 

 

 

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tham12,

Photographie Thami Benkirane

ILS Y SONT

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Ils y sont : 
L’un à l’autre, un mot dans l’autre… caillou de mots sur la langue d’un cœur chagrin. 
Ils y sont : 
Enfants de la Terre et du Ciel, que le vent porte sur un ruban de sable et d’amer… très loin, très loin dans des rêves de poudre et lames de sel. 
Ils y sont : 
Enfants marins, l’un pour l’autre et l’un sans l’autre… enfants rois, écorce de mère. Chérubins à la peau de nacre et pépites d’albâtre.
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MARIA-DOLORES CANO
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camille_claudel_paris-3371699

Oeuvre Camille Claudel

ICI LA AILLEURS ET AUTRE PART

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Que de douleur, que de souffrance, et ces petits, tout petits, cœurs palpitants que l'on a envie de cajoler, de bercer et consoler. Petits éclats de chair si tendre, entends-les pleurer leur sang si rouge, "et que la grenade est touchante dans nos effroyables jardins"(*).
Un baptême et une bague, et au cou l’opulence de la mort et du noir. Une absence, une présence, un collier de souffrance. Dans la tête une voix qui tamise le silence, et le noir de la nuit dans le cœur de l’enfant qui se noie dans son sang. Une chemise blanche brodée d’or et d’argent, un trésor dans la manche, un voyage sous le bras. Qui les soulagera… ? 

 

 

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MARIA-DOLORES CANO

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JOËL GRENIER...Extrait

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Parfois, quand les rives fleurissaient, ils se faisaient voyage et la brise murmurait.
Couchés au même flanc, ils attendaient la vague qui les emporterait.
La mer était immense, pleine de promesses et des goélands blancs remplaçant les mots, se posaient sur le haut de l'écume d'un rêve que personne ne savait.
Une tête se nichait dans l'offrande des désirs et c'était la conquête des corps, à petits coups de rames. 
Invincible armada de l'amour. 
Et les flots étaient bleus comme les blés sont blonds dans tous les voyages. Il n'y aura pas de naufrage. Le temps est trop beau.

 

 

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JOËL GRENIER

 

 

 

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Oeuvre Fréderic Childe Hassam

SOMNAMBULE DU JOUR - POEMES CHOISIS -

CA REPART POUR UN SOLILOQUE...Extrait

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Mon idée est que pour écrire, il faut surtout bien lire. Un passage de main à main. Mais les contes pour enfants, c'est bien autre chose : c'est dans le souvenir, dans cette peur au fond de la cour quand le crépuscule est là, quand les ombres se taillent la part du lion au-dessus de notre monde. Et rien de ce qui donne aux femmes le souci de n'appartenir à rien ne m'échappe et je résiste, je veux résister encore, être le nouveau départ d'une ère nouvelle où l'éternité se brode au coin des mouchoirs. J'ai soif d'amour seul et j'abandonne aux autres les mauvaises fortunes des cœurs inélégants.

 

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NILDA FERNANDEZ

 

 

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nilda fernandez,

Nilda Fernandez

AUX SOUVENIRS

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Aux souvenirs       qui demeurent
battant aux vantaux d'une vie
comme ils se rappellent aux jeux 
des reflets furtifs
des mots de givre  des pensées 
qui s'entent      au choeur de la nuit

L'absence    m'est une ombre 
que fige l'albâtre 
des nuées océanes 
Sombres allants 
des - dalles tumulaires
immensité

Durer    sur la mer   ne laisse 
aucune empreinte
A terre
le temps perd en voyage 
le fil de la légende
le chant onirique 
des forêts d'antan

Tant d'années se sont enfuies
Un tout naufrage 
Je souhaite leur parler
voler à leur secours 
Mais en vain

Ainsi du passage
Etrange aparté 
dénué de sens
quand il manque à l'appel
à l'océan du vide
le sillage de la sagesse

Mais du faisceau nitescent 
des - astres morts 

 

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CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

http://marin56.canalblog.com/archives/a_la_recherche_du_temps_perdu_/index.html

 

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Oeuvre Kim keever

 

JEAN DIHARSCE...Extrait

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...

les enfants
de mon temps
(nous eumes de la chance)
levaient les yeux au ciel

Picasso y traçait des colombes
les adultes d'alors avaient tant de mémoire
qu'ils savaient se tenir
au moins pour l'essentiel

se taire 
pour recueillir l'oiseau

 

 

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JEAN DIHARSCE

 

 

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picassorondearches2

 Oeuvre Pablo Picasso

 

 

NIZAR QABBANI...Extrait

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Je cherche les hommes de la fin du temps
Et je ne vois pas la nuit à l'exception des peureux
Dont les âmes ne craignent que le pouvoir des rats
Nous nous sommes habitués à notre offense.
Qu'est-ce qu'il reste de l'homme
Quand est-ce qu'on s'habitue à l'insignifiance ?

 

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Busco a los hombres del fin del tiempo
y no veo en la noche salvo a los miedosos
cuyas almas sólo temen el poder de las ratas
Nos hemos acostumbrado a nuestra ofensa.
¿Qué queda del hombre
cuando se acostumbra a la insignificancia?

 

 

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NIZAR QABBANI

 

 

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nizar

 

CAHIERS DE DOUAI...Extrait

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Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !Et tout croît, et tout monte !
                                        — Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénuphars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
— Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreille closes :
— Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les cœurs !
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ARTHUR RIMBAUD
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Roelant_Savery_-_The_Paradise_

 Oeuvre Roeland Savery

LA VIE COMME ELLE EST, LAISSER VENIR LES MOTS...Extrait

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La vérité de l'univers, ne serait-ce tout d'abord l'éclosion des pétales au soleil du matin,
l'explosion d'une étoile dans le vide sans fin, 
cette ronde sans but des comètes au ciel
- la puissance de la houle à la côte où elle miaule, 
le soulèvement des montagnes pour toucher à ce ciel qui leur échappe de toujours ? 
L'apparition de la Vie dans la vie qui scintille, 
le chant de l'Âme du monde où se déroule le fil tissé du destin tout autour des troncs secs des oliviers
- et des platanes ombreux ?

 

 

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MICHEL CAZENAVE

 

 

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jean haines5,

Oeuvre Jean Haines

 

FRAGMENTO PRIMERO, ESPACIO...Extracto

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"Los dioses no tuvieron más sustancia que la que tengo yo." Yo tengo, como ellos, la sustancia de todo lo vivido y de todo lo por vivir. No soy presente sólo, sino fuga raudal de cabo a fin. Y lo que veo, a un lado y otro, en esta fuga (rosas, restos de alas, sombra y luz) es sólo mío, presentimiento, olvido. ¿Quién sabe más que yo, quién, qué hombre o qué dios puede, ha podido, podrá decirme a mí qué es mi vida y mi muerte, qué no es? Si hay quien lo sabe, yo lo sé más que ése, y si quien lo ignora, más que ése lo ignoro. Lucha entre este ignorar y este saber es mi vida, su vida, y es la vida. Pasan vientos como pájaros, pájaros igual que flores, flores soles y lunas, lunas soles como yo, como almas, como cuerpos, cuerpos como la muerte y la resurrección; como dioses. Y soy un dios sin espada, sin nada de lo que hacen los hombres con su ciencia; sólo con lo que es producto de lo vivo, lo que se cambia todo; sí, de fuego o de luz, luz. ¿Por qué comemos y bebemos otra cosa que luz o fuego?

 

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"Les dieux n'ont pas eu d'autre substance que celle que j'ai moi-même." J'ai, comme eux, la substance de tout ce qui a été vécu et de tout ce qui reste à vivre. Je ne suis pas seulement un présent, mais une fugue torrentielle, de bout en bout. Et ce que je vois, de part et d'autre, dans cette fugue (avec des roses, des ailes brisées, de l'ombre et de la lumière) n'appartient qu'à moi, souvenirs et désirs bien à moi, pressentiment, oubli. Qui sait mieux que moi, qui, quel homme ou quel dieu peut, a pu, ou pourra me dire à moi ce que sont ma vie et ma mort, ce qu'elles ne sont pas ? Si quelqu'un le sait, je le sais mieux que lui, et si quelqu'un l'ignore, je l'ignore plus encore que lui. Une lutte entre cette ignorance et ce savoir, voilà ma vie, sa vie, voilà la vie. Passent des vents comme des oiseaux, des oiseaux comme des fleurs, des fleurs soleils et lunes, des lunes soleils comme moi, comme des âmes, comme des corps, des corps comme la mort et la résurrection; comme des dieux. Et je suis un dieu sans épée, sans rien de ce que font les hommes avec leur science; seulement avec ce qui est le fruit de la vie, ce qui change tout; oui, de feu et de lumière, de lumière. Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose que lumière ou feu ?

 

 

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JUAN RAMON JIMENEZ

 

 

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alphonse_osbert

Oeuvre Alphonse Osberg