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Channel: EMMILA GITANA
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LE JARDIN BOREAL ...Extrait

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S’il était

un espace

compris

entre mes yeux

et le monde

ce serait toi

le bleu infini

la mer exaltée de soupir ou de rêves

incessants

la mer que je regarde

dans le silence et le tétanie

de mon vieux corps

 

Ce serait

la verte prairie

recevant le soleil

pour amant

 

le chemin forestier

les pas triomphants

des enfants

que nous avons été

 

S’il était un espace

entre ton vide

et mon vide

 

ton sourire

simplement

 

ton infini sourire


.


CORINNE CORNEC-ORIESKA



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COR

 

 

MORGAN RIET

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De toutes les couleurs,
les salades,
de toutes les rancoeurs,
tu te souviens ?

Les yeux brouillés,
tu priais pour que le vin
et les têtes
ne tournent plus
autour du pot

pourri

et l’amour au vinaigre.

Et tu voyais
les poings hauts qui se mettaient
sur les I tout en jetant
de l’huile
sur les feus sans cesse

mal exhumés, sans

jamais percer
l’absence
pour que coule enfin,

une bonne fois pour tous et toutes,

l’épais jus de famille

décomposée.



.

MORGAN RIET

 

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famille

 

 

REPEINDRE LA MEMOIRE...Extrait

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Pourtant,
l’enfance avait le goût du pain,
l’odeur du bois brûlé,
des lits cirés,
des petits pots de confitures
 
Odeurs
marquant la même saison fragile,
 
Petite chair blanche,
la peau tendue
contre le vent,
bardée d’envies secrètes.
 
Chair exilée
à l’intérieur des interdits.
 
Odeur de paille
où nos refus se déchiraient.

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EMILE HEMMEN

 

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dej3

 

 

ALBORADA / POINT DU JOUR

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Adiós — dice el dolor con voz descalza
Cansado de sufrir bebe su llanto
Sepulta entre hierbas sus recuerdos
Y súbita resurrección, no tiene rostro
No es sino un lienzo en acecho al óleo.
El amor solfea su cuerpo inexplorado
Y las magnolias de su piel son un jilguero.
Es invencible el dolor enamorado,
Ya no es tormento sino melodía
El amor rebautiza el mundo.

.


Adieu — dit la douleur d’une voix déchaussée
Fatiguée de souffrir, elle boit ses pleurs
Ensevelit ses souvenirs parmi les herbes
Et, soudaine résurrection, elle n’a pas de face
N’est qu’une toile qui guette l’huile.
L’amour solfie son corps inexploré
Et les magnolias de sa peau sont chardonnerets.
La douleur amoureuse est invincible,
Ce n’est plus tourment mais mélodie
L’amour rebaptise le monde.

 

.

 

CRISTINA CASTELLO

 

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redon7;;;

Oeuvre Odilon Redon

 

 

MICHEL DEPRETTE

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Pauvre Monde de fous
Qui charrie ses caillots de sang mort
Par pleins tombereaux d'Aurore....

Entre l'ombre du réel et son image
Tous les signes grandioses apparaissent
Et le ciel se colore de mauve
Et le ciel se colore de mauve

Il y a dans l'horizon fluide
Comme une goutte de sang
Qu'on verrait flamboyer

Tous les objets de la Terre
Toutes les choses
Ne sont que zones arrêtées de l'espace
Et ton futur vient s'y briser
Prisonnier

Vient l'heure d'en recueillir le silence et d'en dire la vérité

Il y a comme un destin étrange
Pris dans ces pierres
La détresse
Que l'homme a là psalmodiée

Tous les mythes du monde sont là
Entre la grue rouge et rouillée
Et le damier cassé des fenêtres

Heureux celui qui sait dire
Ce qui d'accoutumée empêche de dire

Une femme crie au loin
Qu'on assassine.

.

 

MICHEL DEPRETTE

 

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femme

 

PARTITION DE LA NUIT...Extrait

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Nous poètes et partisans
Nous la mémoire de ces rues
De ces gens sans importance
Nous de l’éternelle pluie
Du chômage et de la démence
Nous et pourtant
Cette passion intacte
Cette impatience
Et ce corps qui nous punit
Des excès de prudence

Nous poètes et partisans
Nous intérimaires
Nous précaires
Désorientés
Nous perdants
Nous les nains
Tombés sous les trains

Nous poètes et partisans
Nous qui avons pris la parole
Pour une échelle de corde
Une porte de toutes ces vies possibles
Nous voici rendus…
Ce soir nous sommes sous le ciel
Certains ont cessé d’écrire
D’autres ont disparus
Nous ne savions rien
Du futur des rebelles
Nous ne sommes plus rebelles
Mais Passé
Mais nous n’avons rien perdu
Ni déposé les armes
Nous sommes simplement devenus
Des portées plus près du silence

.

 

PATRICK CHEMIN

 

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po

 

 

DIRE A VOIX NUE...Extraits

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Ballet d’oiseaux dans les tilleuls.
Un ciel qui se réveille
dans les draps blancs de l’aube.
Le temps d’errer dans ton désir,
dans le tout-dire de nos silences.

(...)
              
Lumière de cuivre
suspendue dans nos poèmes
qui perdent leurs mots.
Le long voyage du sang
nous lave du froid
de nos étoiles déchues.
La nuit n’a que nos cris
pour s’opposer aux vents.

(...)

.

 

EMILE HEMMEN

 

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EM

ELLE M'A ...

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Car elle m’a brûlé les yeux pour m’en offrir de plus grands,
Puis m’a inondé le cœur pour y glisser un océan,
A ouvert toutes mes fenêtres, pour que j’y sois courant d’air,
Et enfin m’a noyé dans l’ombre pour m’y découvrir la lumière…

J’ai appris,
J’ai grandi,
Pas encore vraiment compris…
Je l’écoute,
Goutte à goutte,
Dans l’espace qu’elle remplit…

Quand elle a froissé mes mots, pour m’y offrir le silence
Elle m’a aussi offert son rire, pour ravauder mon enfance
Et lorsqu’elle a gommé mes rimes, pour dénuder la confiance
Elle m’a surtout perdu le nord : je m’y suis inventé un sens…

Je l’apprends,
Je m’apprends
Dans ses éclairs de soleil…
Dans sa pluie,
Dans son lit,
Où ne dort pas le sommeil…

Le vent virgule ma tête en tourbillons délicieux,
Et la pluie cogne à ma porte, jusqu’à m’en sortir des yeux.
Son regard :
Mon départ,
En balancelle affolée,
Envolé…

Les mots crissent sous mes doigts en frôlements dangereux,
En galops de chevaux fous, désordonnés et heureux.
Son départ :
Mon hasard,
Retombé sur le gravier,
Écorché…

Quand elle a ri de moi-même, pour gommer les apparences
Elle a aussi tourné la tête, pour m’épargner l’indécence
Puis elle a coupé mes ponts, pour que j’apprenne à voler
Et enfin a souri si haut, que je l’ai enfin enjambé…

Sans un cri,
Sans sursis,
J’ai sauté par-dessus bord…
Parti à ma découverte
Dessus ses chemins ailés…
Sans oubli,
Sans soucis,
Sans même le moindre effort,
J’ai sauté de ma fenêtre
Dans ses yeux enluminés…

J’ai enfin crevé le ciel des barrières de mon regard,
Et terrassé, d’un seul rire, tous les dragons de mes armoires ;
Et quand j’ai appris à lire dans le vertige de mes yeux,
Ce fût pour m’y voir, amusé, bégayer mes jours heureux.

En marelle
Arc-en-ciel,
Y mélanger mes couleurs.
Vibrer d’elle
En plein ciel,
A en oublier mes peurs.

M’inventer éclaboussé
De rires en gouttes dorées,
M’embarquer déboussolé
En spirales ensoleillées
Et puis retrouver le fil de mon cœur en cerf-volant
Qui se tend, se cabre et danse sous ses caresses de vif-argent ;
Et puis retrouver le fil de l’écheveau de ses mains
Qui me tend, me cabre et lit le grain de peau de mes chemins.

Epuisé,
Désarmé,
Le cœur en vagues marines,
M’endormir,
En soupirs,
Dans l’eau de sa peau saline.

M’assoupir émerveillé,
Rêves doux et chaloupés,
Accoster à mes jetées,
En cris d’encre sur le papier.
Et puis accrocher mes mots sur le fil de nos départs,
Les laisser claquer au vent, à y fouetter ma mémoire ;
Et laisser glisser mes doigts sur les ciels de nos envies,
Les laisser tracer d’humide des chemins jamais finis…

Repartir en découvertes,
Les mains à jamais offertes ;
Laisser courir sous mes doigts
L’eau de mes sources de toi ;
Y plonger en un baiser
Ma bouche aux lèvres brûlées,
Asséchées…

Y boire des sentiers obscurs,
Aux ronces gorgées de mures ;
Y boire des prairies solaires,
Assommées par la lumière ;
Y boire le chant du silence,
Aiguisé par l’insolence
De ton absence…

Et puis me plonger entier,
Dans l’eau limpide et glacée,
Du torrent impétueux
Sous les galets de nos jeux ;
Laisser ma peau frissonner
Le long des routes embrasées
De tes baisers…

Et m’assoupir assouvi
Aux berges de nos envies,
Me réchauffer sur le sable,
Dans le soleil implacable
De nos deux corps mélangés
En respirations tressées,
Dévoilés…

Balançant
Dans le vent
De nos danses improvisées,
Doucement,
Calmement,
Apprendre à apprivoiser
Nos rencontres-montagnes russes et les vertiges de nos départs,
L’acéré de nos retrouvailles et le flou de nos au-revoir…

Accepter,
Fasciné,
Le bonheur qui en ruisselle,
Déposer,
De papier,
Des mots en battements d’ailes
Qui s’amoncellent et débordent en vagues souples et habitées,
Qui demandent asile à mes mains pour venir enfin se poser ;
Des mots de pierres à sertir,
Des mots de source à venir,
Mots d’argent à ciseler,
Mots de lune à décrocher…

Pas à pas,
Je reçois
Sa lumière et je souris…
Goutte à goutte,
Je l’écoute
Dans l’espace qu’elle remplit,
Infini…

 

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© JEAN-LUC MOULIN

 

 

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JEAN-LUC2

 

JOURS DE GRIS...Extrait

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On passe quelques mois
Quelques années sur la terre
Sans comprendre vraiment
Ni ses parents ni ses enfants.
On passe son temps à traverser la rue
Tout en récitant des prières
Pour finir par comprendre
Que le ciel est désolé ou désert.
Les Dieux sont des icônes de poussière
Au fond du jardin de son père

Comme le fatras de l’enfance dans les bassines
Les repas de famille sur les chaises du silence familier
Comme la brouette dans son nid d’étoiles oubliées
La mémoire est un désordre de locataire
Comme tout ce qui semble perdu
Comme tout ce qui pourrait servir un jour
Comme la fugue du temps ventre à terre
La mémoire est un fouillis pour son propriétaire
Au fond du jardin de son père

Je sais Varsovie et la Mer du Nord
Je sais le parfum concret
Le long des autoroutes Européennes
Je sais les comètes et les météores
La diction amoureuse des corps
Et la toute puissance de la matière
Je sais d’où je viens
Un pays de Guisane et de terre
Un petit bal perdu après la guerre
Au fond du jardin de mon père

 

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© PATRICK CHEMIN
Extrait de « Jours de gris »
Pour commander " Guisane "
livreguisane@orange.fr

 

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GUISANE 1jpg

 

 

 

 

GEORGES PERROS

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Ces envies de vivre qui me prennent 
Et cette panique, cette supplication
Cette peur de mourir
Alors que je n’ai pas encore vécu
Et que dans ces moments
J’ai ma vie sur ma langue
Il me semble que ça va être possible, enfin
Que je vais y aller d’une grande respiration
Que je vais avaler le soleil et la lune
Et la terre et le ciel et la mer
Et tous les hommes mes amis
Et toutes les femmes mes rêves
D’un seul grand coup
De poitrine éclatée
Quitte à en mourir, oui,
Mais pour de bon
Pas de cette mort ridicule
Déshonorante, inutile,
Qui accuse la parodie
Qui accuse le défaut
De ce qu’on appelle la vie
Sans trop savoir de quoi nous parlons.
 
On se renseigne auprès des autres
On leur pose des tas de questions
Avec cette hypocrisie de bonne société
On marque des points en silence
Ils souffrent autant que nous, tant mieux
On se dit même
Qu’on est un peu plus vivants qu’eux
O l’horreur
Et la fragilité
De nos amours.
.
GEORGES PERROS
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PERROS

 

ARME D'AMOUR

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Un jour, un jour, c'est sûr
Reviendra le jour pur
L´immense jour d'avant le Temps
Le couple moribond
Se lèvera d´un bond
Armé d'amour jusqu'aux dents
 
Mon bras c'est ton collier et tes doigts sont mes bagues
Tu es ma parure, je suis ton joyau
Mes orteils de soleil marchent sur tes vagues
Tu es ma pâture jusqu'au fond du boyau
Tu m'éclates de paix, je t'éclaire de rires
En dansant devant toi la nuit de Walpurgis
Puis je bois dans ton cou comme font les vampires
Mélangeant savamment nos vices à nos lis
 
Un jour, un jour, c'est sûr
Reviendra le jour pur
L'immense jour d'avant le Temps
Alors la femme et l'homme
Retrouveront la pomme
Sans la morsure dedans
 
Je me courbe vers toi ma tremblante statue
Le miel de mille ciels ruisselle de tes cils
Qu'une ombre te traverse, aussitôt je la tue
Que mon chant soit bloqué, tu en dénoues le fil
Calmement tu t'endors quand je pars pour mes guerres
Le casque de mon front pour tout arsenal
Je pars saigner de l'eau sous le feu des mystères
Une étoile de mer me fera général
 
Un jour, un jour, c´est sûr
Reviendra le jour pur
L'immense jour d'avant le Temps
Et l´on verra l'enfant
Que plus rien ne défend
Etre bercé par Satan
 
Cet enfant surgira d'un silence de perle
De nos vies échangées dans un éclair d'azur
Et le noir aujourd'hui et l'effroi qui déferlent
S´enfuiront à jamais poursuivis par les murs
Les murs d'une maison qui se nomme le monde
Ouverte à tous les vents fredonnant des oiseaux
Il renaîtra de nous, ma brune à l'âme blonde
Et la mort plus jamais ne fera de vieux os
 
Un jour, un jour, c´est sûr
Reviendra le jour pur
L'immense jour d'avant le Temps
Le couple moribond
Se lèvera d'un bond
Armé d'amour jusqu'aux dents.
 
 
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CLAUDE NOUGARO
 
 
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AGNES SCHNELL...Extrait

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...Elle rêvait beaucoup, alors. Elle multipliait les rêves comme si la vie, menaçante par son terme, avait besoin d’être doublée, prolongée par l’illusion du songe.
Son inconscient créait des lieux infinis. Elle passait de l’un à l’autre avec aisance, traversait le temps, les âges, les contrées sans s’étonner. Elle nouait le presque réel à l’absurde sans se réveiller. Il lui arrivait d’en rire dans son sommeil, d’en sourire encore se réveillant.

Souvent, elle transportait dans ses rêves des faits recueillis le jour. Elle y déposait aussi ses fougues, ses ardeurs, ses passions, ses folies. Elle traversait la brume, débarquait dans des lieux qu’elle croyait toujours reconnaître. Elle écoutait le chuchotis des voix familières, rencontrait le regard des absents, pénétrait leur corps et même leurs pensées. Elle croyait tout reconnaître, les arbres par le remuement de leurs feuilles, les sources par leur fraîcheur, le fleuve par son appel sourd, inaudible pour celui qui ne veille pas…
Elle se sentait embarrassée, encombrée. Lorsqu’elle regardait ses mains, elles étaient vides. Tendues, offertes ou tendrement nouées autour du corps d’un enfant. Or, elle percevait autour de son propre corps l’enserrement des mains nouées...

 

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L-arbre-femme2

Oeuvre Jibou

http://jibou.artblog.fr/1461607/L-arbre-femme/

SPHERE...Extrait

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Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains réunies:

Le caillou, l'herbe sèche,
L'insecte qui vivra,

Pour leur parler un peu,
Pour donner amitié

A soi-même, à cela
Qu'on avait dans les paumes,

Que l'on voudrait garder
Pour s'en aller ensemble

Au long de ce moment
Qui n'en finissait pas.

Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains rassemblées

Pour ajouter un poids
De confiance et d'appel,

Pour jurer sous le ciel
Que se perdre est facile.

Tout ce qu'on a tenu:
L'eau fraîche dans les mains,

Le sable, des pétales,
La feuille, une autre main,

Ce qui pesait longtemps
Qui ne pouvait peser,

Le rayon de lumière,
La puissance du vent

On aura tout tenu
Dans les mains rapprochées.

 

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GUILLEVIC

 

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Oeuvre Léonard de Vinci

ART POETIQUE...Extrait

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Si je fais couler du sable
De ma main gauche à ma paume droite,
C'est bien sûr pour le plaisir
De toucher la pierre devenue poudre,
Mais c'est aussi et davantage
Pour donner du corps au temps,
Pour ainsi sentir le temps
Couler, s'écouler
Et aussi le faire
Revenir en arrière, se renier.
En faisant glisser du sable,
J'écris un poème contre le temps.

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GUILLEVIC

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GUILLEVIC

D'ICI LE SOIR....Extrait

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Une promesse
de livre,
comme l'eau répandue et le perron de pierre,
calcaire prend l'eau de pluie et son souvenir de mer
fait naître les mots-fossiles.
Je t'offrirai plus que l'eau des livres,
plus que les mots. Âme vive,
elle est certaine et belle
du retour menant au fond des mers
comme une ancre
prenant au sel sa densité.
La mer est une terre de mots
et les îles entrent souterraines, alcalines ou solitaires,
plus que la page, ce tournoiement des flots,
ce tourbillon nos mots ?
Ronde ondoyante, enceinte crénelée
tendue de toile
où nous écrivons encore : un temps dit le silence
et nous creusons nouvelle cette semence.
Cor au son-mémoire, appel
et dans la plaine accourt l'homme
que n'effraie pas sombre

le silence au risque du mot.

 

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ISABELLE LEVESQUE

 

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joel rea3,,§§

Oeuvre Joel Rea

http://www.joelrea.com.au/

TOUTE L'EXISTENCE

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Sous les arcades de la bonté, à l’ombre des rêves tu t’assieds. La mélodie de ta voix nous protège dans les jardins de l’errance.

 

Confiante comme un zéphyr, tu es la main qui ramasses mon dénuement et ma richesse et les jettes dans les compassions de l’abîme, abîme du passé de l’âge, l’âge qui ; s’effaçant sans pourtant effacer, ouvre ses tiroirs et me lance de nouveau vers les lacs des nuées fécondant l’arbre de la solitude par le pollen du voyage.

 

De plus petit que toi, je n’ai connu que l’esprit et de plus fort je ne connaîtrai que la mort. Je chantais quand j’étais en quête de liberté; en toi j’ai connu le chant le plus proche, celui de l’instant ultime: le fond du cœur, lorsque l’émotion des adieux noue la gorge jusqu’à l’étouffement, et l’instant s’est uni à la sérénité  en une union sans jeu aucun.

 

Sans jeu aucun et toi mon jouet. Comment alors l’espace ne se déchire-t-il pas par le poignard de la contradiction et comment l’univers ne s’enflamme-t-il pas par la folie de l’amour?

 

Dans tes yeux rieurs tu portes l’insouciance de l’innocence et la vieillesse de la mer, et quand je rencontre mon destin, la souplesse de ton corps me rend plus beau que mon destin. Quelle histoire qui n’en finit plus! Avant que je ne fusse déçu, je portais ma malédiction. Avant la découverte de la malédiction, j’étais une île insupportable, une île de transparence et d’extase. Après la déception, il ne resta rien. Semblable à la mort après la mort. Même les larmes avaient perdu la puissance de guérison, non pas qu’elles soient taries mais parce qu’elles sont devenues les pleurs d’un vaincu parmi des étrangers. 

 

Et je n’ai plus sollicité personne.

 

Mais tu t’es arrêtée.

 

Tu t’es arrêté parce que tu es un amour rebelle et parce que tu es aussi cette complicité plus légère que l’amour et cette association qui dépasse de loin l’amour. Et quel est l’amour dont le parfum est le senteur de l’oubli plus que cet amour?

 

Au milieu des villes où le parler est au-dessous du niveau de la terre, je réalise maintenant, lucide entre deux soûleries, que je n’avais pas tort. Mes fautes étaient des fautes de conduite, dont quelque-unes étaient impardonnables. Mais je n’avais pas tort quand j’avais peint ce tableau où j’avais tout mis aux pieds d’une femme qui surgit maintenant, toujours et pour tous les siècles, des vagues de mon imagination. Je n’avais pas tort, car entre les vagues de l’imagination qui m’engloutissent et la taille des vagues de la réalité, il y a des coïncidences parfois heureuses, incroyables, et qui sont toutes l’existence.

 

Et ce sont les paroles de la séparation et en même temps le salut annonciateur du nouveau rivage. Et c’est grâce à toi, ô fille des deux vagues, que l’homme oublie que où qu’il regarde, il voit ce qu’il le pollue, et qu’il entend partout où qu’il écoute, des paroles plus stériles que le sable. Tes yeux ailés qui ravagent la tranquillité du cœur raniment l’espoir, à travers les tourments du délire, dans quelque chose qui mérite les souffrances.

 

Tu t’assieds à l’ombre des rêves sous les arcades de la bonté. La mélodie de ta voix nous protège dans les jardins de l’errance. Dorée comme le miel du matin tu aveugles le temps. Dorée comme la surprise de la fable, comme les braises des hauteurs, comme la couronne de la mariée, comme un miracle dans le péché. Dorée, le météore ralentit subitement sa chute pour te permettre de finir tes souhaits.

 

De plus petit que toi, je n’ai connu que l’esprit et de plus fort je ne connaîtrai que la mort. Délicieuse est cette répétition, fertile cette distance! Tu as fait halte auprès de ma solitude, car la nuit intrigue le soleil. Tu t’es arrêtée, car j’ai fait semblant de n’attendre plus personne.

 

Et demain tu deviendras cette aria, la plus belle de toutes, où l’oubli et son jumeau le souvenir se substitueront, se relaieront, s’entrelaceront, et chacun d’eux étouffera dans l’autre les feux de son enfer.

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OUNSI EL HAJJ

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ounsi

 

AKL AWIT

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C’est ainsi que je m’excuse
Pour chaque possible
Pour chaque impossible
Pour chaque vie antérieure
Pour la vie à venir
Pour les joies, les maux, les morts et les vivants
Pour les brigands, les anges et les voleurs de pommes
Pour ceux qui te dévorent par la solitude de leur corps
et te boivent avec la soif du désert dans les yeux
Pour moi-même chaque fois que te dévore un plus grand nombre
Pour toutes les générations
Pour ceux qui en mon nom t’aiment
Pour ceux qui en leur nom t’aiment
Pour ceux qui laissent pour toi des larmes
et des sentiments de vengeance sur les portes
Pour ceux qui t’envient et ne t’envient pas
Pour ceux qui détestent partager le spectacle que tu offres
Pour ceux qui t’aimeront chaque fois que tu seras partie
Pour ceux qui souffrent chaque fois que tu reviens
Pour le vertige qui défait mon habiletéà décrire
Pour la cohérence qui me séduit dans la fascination du lointain
et l’orgueil du départ
Pour ce mot moins éloquent que mon amour
Pour ce regard moins perçant que l’eau sur la pierre
Pour chaque fois que tu te dresses devant tes miroirs
et qu’ils t’effacent avec une gourmandise rieuse
Pour chaque fois que tu deviens une autre femme
Pour chaque fois que tu le deviens pour mes frères,
mes ennemis et moi
Pour l’enfant qui naît sept fois à ta manière
et dont la mort sept fois m’accompagne
Pour les sept femmes qui demeurent en toi
Pour tes sept prisons que tu prétends lieux d’évasion
Pour le dimancheoù, dans sa création, Dieu ne connaît pas de repos
Pour ton nombre lié aux jours de la semaine
et non à toi-même
Pour les hommes que tu aimes
Pour les hommes que tu n’aimes pas
Pour chacun des autres hommes que tu aimes
et détestes
Pour chaque regard qui veut rouler sur toi
Pour chaque main qui n’a pu toucher ta silhouette
Pour ma déception lorsque je rentre
et ne vois pas ton rire sur mon cœur
Pour ma jalousie chaque fois que je vois ton rire
tel un banquet dans les regards des autres
Pour chaque désir que je ne mérite pas
Pour chaque désir que tu mérites
et que tu ne mérites pas
Pour chaque mutisme dont tu ignorais la pensée à toi adressée
Pour les bavardages superflus
Pour toute la tristesse de ma main
et pour chaque peur
et chaque embarras qui font fi de ma douceur
Pour chaque départet chaque retour vers toi
Pour chaque sagesse que je donne
Pour chaque folie qui me condamne
Pour ma prétention et ma modestie
Pour mon intuition
dès que tu viens épuiser le reste de ma résistance
Pour mes ruses chaque fois que je t’invite à dîner
Pour mon bonheur chaque fois que j’ai préféré ma perte
Pour mon ignorance et ma compétence anticipée
Pour chaque tempête qui n’a pas émoussé
les épines de mes branches
Pour chaque tempête qui a rompu mes branches
et me rompt
Pour chaque abîme qui m’a jeté vers toi
Pour chaque abîme qui m’a jeté vers toi
où je n’ai pas sombré
Pour ma frayeur qu’un autre homme demeure en toi,
Pour ma frayeur que d’autres hommes dont je ne suis
Ni le voleur ni le fidèle et dont mon effacement inachevé
Me préserve d’être avec toi le soldat et l’ennemi
Alors, que crier ?
À qui recourir?

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AKL AWIT

 

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CHANT POUR LE JARDIN DE L'EAU

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 L’eau inaugure le lieu

L’eau, âme libre venant à toi

 d’un obscur si proche

 Ecoute l’eau

 toi

 qui passes cette porte

 

 

 Premier pas

 est l’amour

 Tous les pas suivants

 gravissent la mémoire

 pour saluer les passants

 

Ici, nul étranger

 tous frères nous sommes

 venus pour célébrer la pureté de l’eau

 

 

 Ô souveraine

 qui veilles à la pureté

 n’oublie pas

 qu’entre tes mains

 l’eau fait fleurir l’âme

 et coule jusqu’à l’infini

 

Rien ne te sépare de cette brise

 Rien de ce silence

 

 

 Que je touche une plante

 est comme

 si je touchais

 l’étoile

 

Nous sommes

 de même nature

 Ici, j’écoute les entrailles qui scandent

 Ecris le salut

 Ecrits l’absence

 

Si j’avais été ici une fois

 je serais toujours ici

 Les toits ne sont pas moins hauts que le ciel

 les branches pas plus lentes que l’aile d’une tourterelle

 L’escalier qui conduit à ma chambre

 mène aussi au théâtre des mots

 

Scrute cette lumière

 jaillissant de la pierre

 Les coins éloignés

 du jardin

 se rapprochent les uns des autres

 Le courant d’eau les pousse

 dans la paix de la vasque solitaire

 

Soumise, l’ombre avance

 portant nos pas

 vers ce que nous ne connaissons guère

 Libère – toi de l’allégresse de la fin

 tu es vouéà cette marche

 entre âme et âme

 et les revenants ne se rappellent plus qui tu es

 

 

Habite la chambre du silence

 comme un sourire discret

Les scintillements reproduisent

 des fleurs qui jamais ne se ressembleront

 Chaque fois le jardin accueille les premiers souffles

 

 

A chaque pas

 commence

 la danse

 

L’Andalousie n’est pas un vocable

 Regarde

 Couleur de musique

 Traces

 d’amants

 Ne cherche pas un autre lieu

 Ici

 l’Andalousie de l’eau

 est ton Andalousie

 

Le jardin des déserts

 recueille

 mes amis errants

 l’un

 après l’autre

 Ils sont ici

 échangeant des coupes de vin

 Ils ne se lassent pas

 

Les nuits se répandent

 sur des versants qui descendent

 vers les vallées du silence

 Mais les amis se réunissent ici

 nuit

 après nuit

 Jardin

Désert

 

 

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MOHAMMED BENNIS

 

 

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oasis

 

 

 

 

 

FES...Extrait

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Fès colline vibrante

déviant

horizon de fête

blanc torride

hors mémoire

de celui qui est mort

et celui qui mourra

 

 

Fès vergers de l’âme

païenne

grenadiers

pampres

bigaradiers

fleurs de Ghombaz

 

 

Fès un fou en quête de sa folle

chancelant entre les trémolos ultimes

d’un rebec andalou

et de fêtes sans rêve

de la genèse d’un soir instable

de caprices exilés

d’eau anonyme

 

 

Fès de briques entrelacées

poncées

satinées

par vents lointains

Sang

s’amenuisant en moment furtif

par quatrains

et pâleurs matinales

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....

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MOHAMMED BENNIS

 

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Fes

 

 

LE MOT

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Je cherche un mot vaste et chaud
Comme une chambre
Sonore comme une harpe
Dansant comme une robe
Clair comme un avril

Un mot que rien n’efface
Comme une empreinte dans l’écorce
Un mot que le mensonge ne séduit pas

Un mot pour tout dire
La mort, la vie,
La peur, le silence et la plainte
L’invisible et le doux
Et les miracles de l’été

Depuis si longtemps je cherche
Mais j’ai confiance en vous :

Il va naître de vos lèvres.

 

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JEAN-PIERRE SIMEON

 

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MOT