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Channel: EMMILA GITANA
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LE FEU DE CHAQUE JOUR...Extrait

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...

Entre le faire et le voir,

    action ou contemplation,

j'ai choisi l'acte des paroles :

    les faire, les habiter,

donner des yeux au langage.

    La poésie n'est pas la vérité :

elle est résurrection des présences,

    histoire

transfigurée en vérité du temps sans date.

La poésie,

    comme l'histoire, se fait ;

        la poésie

comme la vérité, se voit.

    La poésie :

        incarnation

du soleil-sur-les-pierres en un seul nom,

    dissolution

du nom dans l'au-delà des pierres.

La poésie,

    pont suspendu entre histoire et vérité,

n'est pas un chemin vers ceci ou cela :

    c'est voir

la quiétude dans le mouvement,

    le passage

dans la quiétude.

    L'histoire est le chemin :

en marche vers nulle part,

    notre chemin à tous,

le parcourir est notre vérité.

    Nous n'allons ni ne venons :

nous sommes dans les mains du temps.

    La vérité :

nous savoir,

    dès l'origine,

        en suspens.

Fraternité sur le vide.

 

.

 

OCTAVIO PAZ

Traduction Claude Esteban

 

.

 

paz 2

 

 

 

 

LES MOTS QUI CHALINENT...Extrait

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Cueille cueille au-delà de l'île de tes cils

filant de l'aile de fragiles jonquilles

 

l'alouette tirelire tirelire l'alouette

 

qui frissonne dans ton cœur.

 

Aux fenêtres de l'éveil

 

que meurent les nuages hagards

 

les maigres minces brindilles

 

l'épaisseur de l'ombre

 

et la crainte du trop bas.

 

Lumière nous appelle

 

et nos peaux, d'anis et de miel

 

tendres, de sève essaiment

 

sous une pluie de lilas.

 

.

 

PATRICIA MARTINEAU

 

.

 

LILAS

Oeuvre Valentin Serov

 

 

 

 

LE DROIT DE RÊVER...Extrait

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C'est pour construire un instant complexe, pour nouer sur cet instant des simultanéités nombreuses que le poète détruit la continuité simple du temps enchaîné.

.

 

GASTON BACHELARD

 

.

 

bach

 

 

 

APPELS OCEANIQUES

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Viens avec moi et participe du tout de l'immensité
Toi l'hôte de l'azur fais comme la goutte d'eau qui m'anime 
Et sois de mes  sibyllines clartés  Ainsi de l'océan éternel
Prends ton aile et pareil à l'oiseau des hautes latitudes
Trace sur le ciel les songes d'une même passion
Qui telles la foi et la vertu gravent pour toujours l'empreinte des coeurs
N'est-ce pas ici que tu renoueras profondément 
Avec la terre et ses vastes miroirs en leurs pulsations lointaines
Qui te sont familières et que tu reconnais
A l'aune de la liberté et de la fidélité des tempêtes
Que ta traversée en ces lieux d'harmonie
D'osmose et de symbiose ne soient pas un accroc
Portéà l'encontre de la diversité de la différence
Une blessure engendrée à la mère-nature
Mais un long poème aux rimes bercées de l'au-delà
Sais-tu qu'en ce Choeur monte comme un plain chant
Le cantique des vagues que louange " frère soleil "*
Sous le regard médusé des îles de la lune et des étoiles
Tu y trouveras sans fin ni jamais faillir
La force d'aimer l'onde qui abreuve la longue attente
Ces quelques brins de vie germant à travers l'Univers
Et qui ensemble entonnent le chant que le Tout en toi seul espère et essaime

 


* Frère Soleil - Référence au Poème de St-Augustin .

 

.

 

CRISTIAN-GORGES CAMPAGNAC

http://www.marin56.canalblog.com

 

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CRIS

 

 

 

LOUIS CALAFERTE

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Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.


.

 

LOUIS CALAFERTE

 

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CAL

 

 

SUR LA DERNIERE LANDE...Extrait

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Que tout soit léger, qu'il y ait à peine
un peu de vent

et qu'il nous emporte comme ces pollens
que les arbres perdent

que nos âmes
se dispersent dans l'espace

et qu'un jour quelqu'un sache
que nous avons vécu

en respirant une fleur quelconque.

 

.

 

CLAUDE ESTEBAN

 

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VVV

 

 

 

FAYOUM....Extrait

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Là où quelqu'un n'a plus d'yeux
quelqu'un pleure

là où la chair ne ressent rien
reste la douleur

là où l'espace est sans limites
un cœur s'étouffe

est-ce tout, faut-il
qu'on imagine dans l'obscur ce qui transcende

l'obscur, c'est moi
cette chose dont on dit qu'elle n'est qu'une ombre

j'ai peur
de ne mourir jamais.

 

.

 

CLAUDE ESTEBAN

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/

 

.

 

llll

 

 

SERGE SAUTREAU

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 De toutes leurs faibles forces ils faisaient face.

 

Puissamment seule, l’adversité avait coutume de vaincre.

 

Aucune accalmie ne se présentait.

 

Des millénaires que ça durait.

 

De toutes leurs faibles forces ils faisaient face.

 

Le travail les écartelait.

 

Impossible de croiser les bras une fois pour toutes.

 

Où diable trouvaient-ils donc moyen de rire, de pleurer,

 

de vivre ?

 

Des siècles et des siècles que ça durait.

 

Dédale de lianes, jungles obscures des lois contre eux.

 

Menaces contre eux, menace.

 

De toutes leurs faibles forces ils relevaient pourtant le front.

 

Ils faisaient face.

 

*

 

Un passage dérobé dans les coursives de l’entendement.

 

Nul n’y entre qu’à pas de loup.

 

Ce jour-là je nageais personne ne m’a vu.

 

La suite se devinait à vue d’œil.

 

Avec de l’or et des flammes ils faisaient des présages.

 

Avec de l’or, des flammes, des loups.

 

Passage de l’entendement les coursives se dérobent.

 

Je nage aveuglément dans l’œil qui devine tout.

 

*

 

Quoi vous ne le saviez pas que j’étais immortel

 

Que je forge sans fin de la rime assoiffée

 

Chaque jour sur l’enclume à mains nues je martèle

 

Du mot porté au rouge le marteau y fait

 

La courbe et l’angle vif et Vulcain et Morphée

 

Un mythe sous le coude et l’autre à la bretelle

 

Ainsi vous ignoriez que je suis immortel

 

Que je lis dans le feu et le marc de café

 

Que j’ai forgé aussi la flèche du grand Tell

 

Des siècles que ça dure à ne pas voir les fées

 

Des siècles d’Alexandre et de rois et d’autels

 

La rime est riche hélas c’est un très vieux forfait

 

La rime est rouge assurément comme un orage

 

*

 

A force de faiblesse, quel feu soudain quel feu.

 

A incendie à vendre à spécial petit prix.

 

A brûlez-moi ça tout de suite ou je fais un bonheur.

 

A brides abattues sans fouet sans cheval et sans éperons.

 

A fond de cale et jusqu’aux greniers ivres.

 

A la va comme je te tousse.

 

A la déroute des collimateurs.

 

A mets-toi là que je m’en aille.

 

A lames tirées il faut l’éclair.

 

A crime perdu à vis sans fin à puits sans fond.

 

A incendie à vendre à spécial petit prix.

 

A force de faiblesse.

 

A feu.

 

A feu.

 

A feu.

 

*

 

Et je déteste effrayer terrifier épouvanter tous pouvoirs au demeurant hors de portée et quant à sidérer la mort elle-même rions un peu sourions beaucoup et soupirons les bras m’en tombent puisque ladite mort me clouera tranquillement sur place avant que je n’atteigne la première patte de mouche de cette nébuleuse d’alphabet de ce qui s’appelle écrire et dont je ne peux que rêver de loin avant d’y passer mais c’est ainsi que roulent les fameux dés qui carambolent pour m’assurer que si j’écrivais vraiment de ce qui s’appelle écrire il surviendrait des phénomènes dont nous n’avons pas le moindre commencement de début d’initiale d’idée et pourtant nous le savons comme je le sais d’ignorance vive et grave et pas de quoi se vanter nous le savons bien du plus lointain qu’il y aurait du sport du grabuge du kâli-yugâ pour un lâcher de mémoire sur les rives du grand fleuve avec du feu bleui d’iceberg et des symboles incontrôlés gravés dans les lichens tandis que le vertige du mot de passe sous les météores nous fouaillerait le cœur nous le savons bien qu’il se passerait sous cape des choses inouïes et que des éclaircies radieuses nous attendraient à la surface de l’encre noire de la tulipe qui nous tiendrait lieu d’ivresse et de partage et tout ceci ne serait encore qu’un battement de cils de l’ourlet du rideau de ce théâtre à ciel ouvert où se jouerait le prologue annonciateur de l’alphabet si longuement pressenti de ce qui s’appelle écrire et si je l’écrivais il n’y aurait rien de tout ceci ni de l’ourlet du rideau de prologue ni de l’encre noire de la tulipe ni des radieux lichens ni du passage du mot de passe ni de l’iceberg en feu ni des symboles ni du grand fleuve ni des lâchers de mémoire dans les combles à minuit puisqu’il n’y aurait à proprement parler plus d’heure si j’écrivais vraiment de ce qui s’appelle écrire sinon des grappes d’éternité encore et encore à guetter la première lettre comme on se prend à chuchoter pour

 

*

 

Longtemps que la joie. Longtemps.

 

Mais celui-là, y est-il ?

 

Que fait-il dès que j’ai trois minutes de feuille blanche ?

 

A part apparaître, que fait-il ?

 

Il surgit comme la grâce – mais est-ce bien la grâce ?

 

Avec fourrure – il n’en a pas.

 

Avec souffrance – il en a presque.

 

Dès que j’ai trois minutes de feuille blanche

 

Il monte il neige il envahit.

 

Déchirer la page n’y changerait rien.

 

Son visage serait de la prochaine.

 

Même recouvert de dizaines de lignes noires écrites à l’encre noire dans une rage d’effacement de l’intrus, de l’inadmissible intrus, de l’inadmissible intrus en pleine félicité d’on ne sait quelle transe,

 

Même absolument nié par l’hérésie des mots lui qui s’en passe et les dépasse,

 

Il persiste, il persiste.

 

Longtemps que la joie, semble-t-il dire en ne disant rien.

 

Longtemps que la joie.

 

Pour un peu, avec des mains,

 

Il signerait.

 

*

 

A la trappe mesdames messieurs on ferme

 

à la trappe les trappeurs d’astres

 

à la trappe les satrapes

 

à la trappe les ça-ne-s’attrape-qu’au-ciel

 

à la trappe-moi ça ou je pleure un tango

 

à la trappe les trappistes

 

à la trappe les millimétreurs de sensation

 

à la trappe les paillettes les tremblements les nerfs

 

à la trappe le spectacle ses environs ses tueurs

 

on verra s’il en reste des irréductibles

 

pour refuser encore la godille du big bang

 

à la trappe les têtes brûlées

 

les pistes les papistes les soupapes à la trappe

 

les flèches les anses les isthmes

 

les gongs les cloches les cataclysmes

 

– rien que fagots dans l’âtre

 

poivres d’ascèse en robe de givre

 

un feu pour s’y frotter les mains

 

*

 

A genoux mouchez-vous signez-vous.

 

Sortez toutes vos majuscules sur les trottoirs

 

Et puis criez bravo bravo bravo ?

 

Le p le pr le pré approche.

 

Bravo bravo bravo.

 

Le président ah kilébo

 

Le président de la courte échasse va

 

Passer.

 

Ah kilébo bravo bravo.

 

Le présichasse de la courte dent

 

Passe.

 

Bravo bravo ah kilébo.

 

Le dentichasse de la courte pré–

 

Zip kilétébo bravo bravo brav

 

O.

 

O-o – ho-au.

 

Au travail maintenant au

 

Travail.

 

Genoux mains jointes narine fière bravo bravo.

 

Au beau travail qui tue vous serez les meilleurs.

 

Bravo.

 

*

 

Travaillez+plus+.com :

 

Les plus

 

Performantes recettes de suicide en milieu salarié

 

Vous attendent.

 

Votre prochaine visite sera la bonne.

 

Sans hésiter gagnez devenez propriétaire.

 

Votre tombe ne s'ennuiera plus.

 

*

 

Le miracle.

 

Explorer sa misère, sa maladie, sa mort, son absence

 

De résurrection, et lui caresser la glotte

 

Avec des syllabes muettes.

 

Qu’il puisse se taire.

 

Qu’il aille où il veut.

 

Qu’il neige.

 

Qu’il se passe de signaux.

 

Qu’il ignore les témoins.

 

Qu’il soit libre, enfin.

 

Libre de ne pas croire, de ne pas se croire.

 

Sans reflet dans la glace,

 

Hors miracle,

 

Le miracle de mourir libre.

 

*

 

J’ai pratiqué des hérésies, pratiqué des croyances, pratiqué des distances, pratiqué des silences , pratiqué des pratiques. Heureux moments. Me voici sans pratique, sans silence, sans distance, sans croyance, sans hérésie, et pourtant le niveau des mers, les climats démâtés, , le Gulf Stream à l’envers, les continents changés d’adresse, la fin des temps, tous contre tous dans les ténèbres – avec d’invraisemblables obstinés du bonheur qui opteront pour une lumière intense et la découvriront.

 

*

 

Glisser

 

glisser en chute libre

 

hors les vents

 

sur un fil

 

il peut bien hululer l’oiseau aux yeux immenses

 

glisser

 

glisser sans mots de passe

 

sans royaume

 

sans exil

 

*

 

Glisse te dis-je il n’y a pas de main courante.

 

.

 

SERGE SAUTREAU

 

.

 

 

YAHNE

Oeuvre Yahne Le Toumelin

 

 

 

 

 

 

 

MA RESPIRANTE...

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ma précieuse rencontre
ma folie vibratoire
ma muse voluptueuse
ma lumière d'après-minuit
ma confiture de baie sauvages
mon église paillarde
ma paille de bergerie
pleine d'odeurs entêtantes
ma vitrine enchantée
où s'exposent mes désirs
ma libellule d'émois
comme flèche de jade
entre les nélumbos du plaisir
ma mousson féconde
ma savane crissante
comme les vagues sur le sable
ma blessure ravivée
où es-tu dis-moi où tu es ?
ma machine amoureuse
au regard de radium
mon épouse célibataire
qui me hausse sur la terre
de toutes les ailes de ton rire
ma respirante ma suffocante
ma diablesse biblique
au milieu des flammes et du sang
comme une prêtresse vaudou
mon alarmante souveraine
aux larmes de sirène
sur les joues des beaux jours
ma liane chasseresse
tressée avec une douceur de Licorne
ma fièvre d'Amazonie
ma provocante ma serpentueuse
Mélusine des métamorphoses
où es-tu dis-moi où tu es ?

.

 

ANDRE CHENET

 

.

 

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D'INFINIS PAYSAGES...Extrait

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Nous avons beau nous éloigner
le paysage ne nous quitte pas

Qu’il s’ouvre comme un livre d’heures
à chaque levée matinale des arbres
sur les talus
nous le savons en nous lové
si intérieur
qu’il instille sa sève goutte à goutte
dans notre sang
jusqu’à se ramifier


Et si marcher n’était
qu’aller à sa rencontre
pour mieux s’empayser des autres ?

Et si écrire ou lire
n’était que traverser sa vie
comme on traverse un paysage,

laisser à la neige des pages
le soin de consteller
le silence des marges,

à ces mots simples le pouvoir
de ralentir le cœur,
le pouls de la pensée ?


Désir
D’accorder nos regards
- seule harmonie
qui nous requiert –
à cette extase des lointains

Là-bas
tremble l’indécision tonale des lisières
ou l’horizon se perd de vue
pour être tout entier
respiration des brumes


Il n’y aurait que les étoiles
à rêver tout haut en plein jour,
et nous, veilleurs,

debout entre l’âme et le monde,
par quelle familière étrangeté
nous n’aurions qu’à tendre la main
pour accueillir l’instant
du rossignol et qu’à nous élever
jusqu’à hauteur d’enfance

délestés de nous-mêmes
en pauvres hères dans la clarté nue
de nos prières

 

.

 

GILLES BAUDRY

 

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LES VOIX DU POEME...Extrait

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  Dans les voix du poème, le silence des pauvres
Voix des brumes
Au pieds des feux
Sur la mer
L'âme des marins morts
Aile de vague douce
Chant lointain des eaux vives
Lever de lune sous un ciel d'or
Vaisseau fantôme
Hommes de flammes
Rire des enfants d'Alep
Aux chars abandonnés
Houles et vents
Réinventent les gris
Pour des nuages qui dansent
Table de roses et de lumières
Pétales embarqués
Rêve d'un soir flouté
Tremblant de deviner le chant du monde
Voix des chimères
Voix réfractaire voix solaire
Voix blanche voix caverneuse
Dire des maux simples
Des mots pour tous
Les damnés de la Terre
Difficiles à trouver
Les mots légers pour dire le lourd
Des mots d'écume pour les abysses
De petites fleurs de terril
Pour la vie sacrifiée des mineurs
Voix du secret
Voix des Roms
Cailloux jetés aux routes d'infamie
Loin de la belle errance
Cris de colère en torches violentes
Pour que surgissent
Les rencontres enflammées de la vie chatoyante.

 

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SONIA BRANGLIDOR

 

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-matie-coussens-20e

Oeuvre Armand Coussens

 

 

 

 

 

CHANTS D'EN BAS...Extrait

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Parler donc est difficile, si c’est chercher… chercher quoi ?

Une fidélité aux seuls moments, aux seules choses

qui descendent en nous assez bas, qui se dérobent,

si c’est tresser un vague abri pour une proie insaisissable….

 

Si c’est porter un masque plus vrai que son visage

pour pouvoir célébrer une fête longtemps perdue

avec les autres, qui sont morts, lointains ou endormis

encore, et qu’à peine soulèvent de leur couche

cette rumeur, ces premiers pas trébuchants, ces feux timides

– nos paroles :

bruissement du tambour pour peu que l’effleure le doigt inconnu…

 

.

 

PHILIPPE JACCOTTET

 

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ccc

Oeuvre Philippe Charpentier

 

 

 

 

 

 

L'INVENTION

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 (...)

de la naissance à la mort
nous avons bouche pleine
bouche pleine mater
bouche pleine ma terre
nous sommes repus

nous avons les mots
contre cet excès
contre le vacarme
de la manducation

 

bouche pleine mater
bouche pleine ma terre

 

nous avons les cris
contre ces absentes
mater ma terre ma langue

 

nous parlons pour n'avoir
pas à crier

 

nous sommes repus et
nous parlons contre la faim
pour apprendre à vivre
avec les absentes
mater ma terre ma langue

 

nous prenons la plume ou la pelle
pour enfouir les cris
sous les mots

 

nous avons inventé le silence
nous en tournons les pages

 

.

 

MICHAËL GLÜCK

 

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Oeuvre Anne Carasso

http://www.artkso.com

 

 

 

 

 

L'AMOUR, LA FANTASIA...Extrait

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Long silence, nuits chevauchées, spirales dans la gorge. Râles, ruisseaux de sons précipités, sources d'échos entrecroisés, cataractes de murmures, chuchotements en taillis tressés, surgeons sussurant sous la langue, chuintements, et souque la voix courbe qui, dans la soute de sa mémoire, retrouve souffles souillés de soûlerie ancienne.
Râles de cymbale qui renâcle, cirse ou ciseaux de cette tessiture, tessons de soupirs naufragés, clapotis qui glissent contre les courtines du lit, rires épars striant l'ombre claustrale, plaintes tiédies puis diffractées sous les paupières closes dont le rêve s'égare dans quelque cyprière, et le navire des désirs cule, avant que craille l'oiseau de volupté.
Mots coulis, tisons délités, diorites expulsés des lèvres béantes, brandons de caresses quand s'éboule le plomb d'une mutité brutale, et le corps recherche sa voix, comme une plie remontant l'estuaire.
De nouveau râles, escaliers d'eau jusqu'au larynx, éclaboussures, aspersion lustrale, sourd la plainte puis le chant long, le chant lent de la voix femelle luxuriante enveloppe l'accouplement, en suit le rythme et les figures, s'exhale en oxygène, dans la chambre et le noir, torsade tumescente de "forte" restés suspendus.
Soufflerie souffreteuse ou solennelle du temps d'amour, soufrière de quelle attente, fièvre des staccato.
Silence rempart autour de la fortification du plaisir, et de sa digraphie.
Création chaque nuit. Or broché du silence.
 
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ASSIA DJEBAR
 
 
 
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RRR


AMERS...Extrait

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"Et c'est un chant de mer comme il n'en fut jamais chanté, et c'est la Mer en nous qui le chantera:

La Mer, en nous portée, jusqu'à la satiété du souffle et la péroraison du souffle,

La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large et toute sa grande fraîcheur d'aubaine par le monde.

 

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SAINT JOHN PERSE

 

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Oeuvre Bona Mangangu

http://bonamangangu.webs.com

 

 

 

 

 

LETTRES AU VIVANT...Extrait

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Je te parlerai à tu et à toi de sorte
que tu ne saches plus lequel est ton endroit.
Amour Frère en complice et l'argument
du trouble. Tu es cela plus ce que nous
ignorons
l'un de l'autre.
Je suis toi comme tu es probablement moi.
Je t'appelle et t'embrouille et te devance
pour nous éprouver pour te posséder
et nous déposséder à corps et à coeur
toi le vivant que je ne cesse de harceler
toi l'urgent fiché dans le tohu bohu
Ma patience nous épaulera.
J'étaille l'incertitude. L'aujourd'hui
est trop bref pour remâcher l'indécision.
L'aujourd'hui en plein velours de nos caresses
au tranchant du présent.

 

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MARIANNE AURICOSTE

 

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Oeuvre Oskar Kokoschka

 

RÊVERIES DE PAROLES

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Parole. Un mot intraduisible. J'aime ces mots qu'on ne peut pas imaginer dans une autre langue, infréquentables s'ils perdent leur sonorité. Ils se dessèchent, ils fanent et s'étiolent. Des papillons de nuit au matin. Plus rien dans les mains, dans la bouche, la salive. Des mots du dictionnaire. La langue raisonnable, balisée, signalisée, carrée. Des mots codes, des boîtes, des carcasses.
Des mots privés d'enfance, d'intimité, d'expérience, de sensualité. "Parole", je me le répète, je l'arrondis avec ma langue. Je le déguste, je le savoure. Je l'explore. Je le peuple.
Parole, un domaine, un territoire, un continent, un sentiment. Un mot privé. Je m'étonne si quelqu'un le franchit devant moi, je le suspecte, prête à griffer. De quel droit ? Chasse réservée. Il existe assez d'autres mots. Pourquoi m'emprunter justement celui-là ? Pourquoi me déposséder. Etrange jalousie.
Chacun d'entre nous occupe son terre-plein de mots, son langage privilégié qui le protège du néant, de la bêtise, de la vulgarité. On s'abrite derrière ses mots. On se retranche dans son campus. Des mots à soi, pour soi, des mots lovés. On les mâchouille, on les caresse, on les encre sur le papier.
Si par raison on les écarte, ils réapparaissent sournoisement, ils s'insinuent malgré vous. Pire que des leitmotifs, des idées fixes. Facile à vérifier. Il suffit de relire nos classiques pour repérer l'obsession. Bien sûr, les écrivains se méfient. Ils censurent, détournent le mot idée fixe. Ils dépistent l'apparition du germe, mais le mot réapparaît insiste, s'impose. Si on le remplace, la phrase se disloque, s'aplatit. Elle perd sa substance. Pas moyen d'échapper à soi-même. Nous sommes prisonniers de notre conformité intérieure, de nos structures. Comme l'oiseau qui fabrique son nid pour accueillir l'oeuf, nous creusons nos mots pour y déposer nos pensées et ces pensées nous dépassent autant que les mots, autant que l'obsession qui nous entête.
Les mots existent pour tout le monde, comme le ciel, comme la lumière, comme l'eau. Difficile à admettre. Constat irritant et tout à la fois excitant. On peut toujours espérer les réanimer, leur insuffler une énergie neuve, les aiguiser, les transfigurer, déposer sur eux nos empreintes. Cela est :"Les Misérables" appartiennent pour toujours à Hugo, "Le temps perdu"à Proust, "Le ciel par dessus le toit"à Verlaine. On n'en finirait plus de dresser la liste des détenteurs de verbes et d'adverbes.
Et nous autres, usagers de la parole, petits enfants et arrières petits enfants de ces géants, nous n'avons d'autres solutions que d'enjamber les mots ou de les poinçonner. Reste la perversité ou bien l'ingénuité.
Aussi bien admettre que les mots appartiennent à ceux qui les rendent meilleur, ou qui leur donnent "un sens plus pur".
En attendant, je creuse et je fouille pour comprendre la substance du mot "parole" et pourquoi il m'est à ce point vital et singulier? Pourtant, dieu sait qu'il est galvaudé, manipulé, accommodé et même badigeonné. J'aurais dû m'habituer, me faire une raison. Eh bien non. " Parole, parole, parole" Je le répète comme une incantation. Plus je le mâche, plus il se gorge d'enfance, de présence, d'odeurs, de goûts, de bruissements. Plus il se démultiplie. Il s'ouvre, il murmure, il prend le vent, le soleil, il crépite de vert. Il éclate en été, il mûrit des fruits dorés. C'est un arbre.
Depuis l'enfance, la parole pousse en arbre, mi peuplier, mi figuier. Une racine magique. L'arbre à palabres ? Non, pas celui-là. Un arbre bien de chez nous, de nos campagnes. Les miens d'arbre, ils étaient d'abord peupliers à cause du froissement de leurs feuillages sous le vent.
Parole-ombrage, parole touffue, charnue, croquante comme une mastication de chardon bleu. Odoriférante comme la menthe.
Parole, un mot luxuriant, ombreux, silencieux. Un mot à frotter comme un cuivre. Un mot tulipe, pavot, tournesol, genêt.
Parole cousue sous la peau.
Parole source, torrent, cascade.
L'homme nait, la parole surgit.
L'homme meurt, la parole lui survit, rebondit, dépérit, s'amenuise, se renouvelle. Comme la mer, on la pollue. Elle ré-attaque. Elle mugit et rugit. Elle nous provoque. Elle intervient. Elle nous bouleverse. Elle peut le faire. Personne n'est à l'abri.
La parole chemine dans l'obscur. Elle germe dans les profondeurs. Elle a ses labyrinthes, ses crevasses, ses souterrains, ses lois. Au moment où elle parait désemparée, déshabitée, soudain elle explose et ratisse l'horizon.
Plus d'issue, elle nous dénude, nous renie et nous laisse démunis, au milieu de nos bavardages, de nos bienséances.
La parole intempestive peut nous tomber dessus à l'improviste. Une fois par siècle, quelque fois plus elle se jette dans l'arène et arrache nos masques, nos plis, nos credos.
Cette parole, nous l'espérons. Nous la redoutons aussi. Pas facile à supporter, pas facile de composer avec elle. Elle provoque, elle épouvante. Elle dénude.
Alors, pour nous distraire, en attendant, nous tricotons des histoires, des romans, des séries noires. On fait comme si ce grand bazar des mots pouvait combler un vide. Personne n'est dupe, ou presque. On s'aménage une ère de paroles, on y circule en touriste, en pédagogue, en prêtre, en connivence.
Notre parole a perdu sa forêt, elle a gagné sur le marché du change. On peut l'enregistrer, la diffuser et l'infuser, quand ce n'est pas l'inoculer. Tout est permis, il suffit d'y mettre le prix. Et pour l'instant, c'est nous qui manipulons les armes, le langage et les consciences. Le camp des damnés est ailleurs.
En vérité, la parole est d'abord prophétique. Elle est la langue des fous, des poètes, des saints. Le noyau dur. Le reste, un emballage.
Parler, un acte de survie. Parler pour saisir, comprendre, capter, intercepter.
Dire "je t'aime", se convaincre soi-même avant d'être entendu.
Si je te parle, j'existe. Si tu m'écoutes, je deviens pommier, je fabrique mes fruits. Je décuple mon énergie.
Mais mâcher la parole en tête à tête, monologuer, qu'est-ce que c'est ? Quel genre de vice, de manie ? Est-ce pour éprouver son identité ou bien pour sonder le langage et vérifier sa profondeur, comme on plonge un seau dans le puits en espérant rencontrer l'eau.
Parler aux arbres, au vent, aux labours, à l'espace, c'est planter ses deux pieds dans la parole et l'exercer, la fortifier. Entretenir sa parole, la maintenir vivante, ardente, exigeante, déroutante. Intègre.
Perdre ses mots doit équivaloir à perdre son sang, s'anémier, s'étioler, s'asphyxier.
Si les mots s'échappent, tout le vécu se désagrège, s'abrège. C'est la fin, l'agonie.
Parler, manifester sa vitalité, la transmettre, l'éprouver. Même un murmure charrie son énergie. Chuchoter ou hurler façonne le réel, l'assure, le réconforte.
Dire, contredire, laisser rouler les mots comme la pluie sur un paysage trop sec.
Un orage de paroles, une bourrasque de mots pour entretenir le terreau humain.
Parler, embarquer le corps entier, danser avec les mots, se laisser traverser par eux.
Les mots travaillent la matière corps, son espace, sa densité. La tête intervient ensuite pour réguler, juguler, distancer ou censurer.
Parler, une tentation de sourcier, un projet de sorcier.
La parole détecte, dépiste, éveille, réveille les monstres, le chaos, les fantasmes, les désirs. Illumine.
Elle magnétise, elle percute, électrocute. Elle guérit quelque fois.
La parole engrosse le silence, l'ensemence.
Je me méfie de la parole, je la suspecte. Je l'aime, je la défie. Je l'épluche comme un oignon, je soulève ses dorures, je la gratte et la ponce. Je l'étrillle. Je la laboure. Je la harcèle. Je veux son coeur entier.
Je suis chasseur, braconnier. Je ruse. Je débusque.
Saisir la parole vivante, la capturer, palper sa consistance.
Parole fauve, indomptée, rétive.
Parole phare, parole percée, trouée, échappée, clairière. Ombre et lumière, fruit éclaté, torche. Tohu bohu.
Paroles mouvantes, troublantes. Peuplées.
Paroles inachevées, interrompues.
Paroles nomades. Fragments éclats, brisures.
Paroles échos, flèches, harpons.
Paroles nuages.
Paroles présentes. Instant. Urgence. Prémonitions.
Paroles fichées dans le vif, sans traces, sans preuves.

Si tu veux assurer ton futur, retenir le passé, parle - écris, mais cesse d'entretenir la parole. Enferme là. Ferme.
Si tu aimes les certitudes, les finitudes, bloque la parole. Coffre là.
La parole, ni dieu ni maître. Comme la rose. elle mûrit et s'évanouit.
C'est un chiendent, plus on l'insecticide, plus elle s'enrage.
Parole proliférante, vivace, tenace. Liane, baobab. Jungle.
La mort nous tyrannise, nous hante. Nous voulons tout régir avant de disparaître. Nous verbalisons la parole.
Restent encore quelques fous qui jouent à la parole, quelques sages qui échappent aux catalogues, aux inventaires et qui parlent pour le plaisir, pour rien qu'attendrir la parole.
Parole, soif, douceur, amertume. Pulpe du devenir. Humus
Cantiques. Profanations.
Paroles sacrées. De quels dieux s'agit-il ? Quels esprits? Peu importe. Des dieux qui nous tenaillent, qui nous poussent à gratter l'apparence, à scruter l'horizon, à ausculter le néant.
Parler pour éprouver les forces de l'ombre, pour percer les ténèbres, pour approcher l'énigme ? Nous parlons par insoumission, contre notre impuissance.
A coups de paroles.
Plus nous parlons, plus les pistes se brouillent, plus les signes s'affolent.
La science parle, les mathématiques parlent, les chiffres, les codes .Les corps bredouillent. La parole vacille.
La fable des mots s'obscurcit. L'ambiguïté nous guette à chaque phrase. La parole charrie son désarroi. Toute parole contient son ombre.
Parler pour éprouver la fragilité, la corruption possible.
La parole pourtant ne peut rien trahir, rien trancher puisqu'elle n'achève rien. Elle est un flux perpétuel, une mouvance, une danse, une spirale. Ni début, ni fin.
Un autre poursuivra ma phrase inachevée. Un autre la prolongera ou la détournera. Peu importe pourvu que la parole vivifie le présent, tonifie l'aujourd'hui.
Parole mouvement. Elle se déploie, se referme. Elle s'enroule et se déroule. Un corps dans l'espace, les arabesques du corps qui s'achèvent à l'expiration du souffle.
Surgir dans la parole, la faire vibrer. Harmoniser son rythme. Eprouver le plein, le lourd, le ténu et le dense.
Parole subtile, inhalée, expirée. Parole choeur. Au coeur, chacun d'entre nous.
Parole singulière. Parole plurielle, à l'affût du battement commun.
A l'unisson, créer la partition.
Parole à fleur de peau, à fleur de vie.
Un métier la parole? Une patience, une impatience contenue.
Prendre la parole? Prendre quoi, à qui ? Non, tendre sa parole, l'étendre, la faire éclore.
Couver sa parole, la polir, l'arrondir, l'ambrer, la confier et puis se détacher.
Saisir, surprendre une autre parole, furtivement. Glaner.
Filer la parole, profiler la légende. Méditer.
Ebaucher un opera de paroles, silences, chuchotements, murmures, tintements, cloches et haut-bois.
Une fièvre de paroles. Un ruchier.
J'abolis les pouvoirs de la parole. Je les dénonce. Je déchire. Perversités des pouvoirs. Abus. Mascarades. Alibis.
Confusions.
Dessous les pavés, la césure.
S'aventurer aux lisières de la parole, là où les frontières s'estompent.
Parole fluide. Parole sensitive. Parole à rejoindre.
Parole pour s'aventurer, risquer, comprendre, interroger, s'égarer.

Pas sérieux la parole, pas définitif, aléatoire, impondérable, comme le temps, comme le corps, la pensée. Comme un destin de fleur.
Semer ses paroles. Cueillir, recueillir, lâcher le pollen.
Battements de paroles. Souffle. Espace. Echancrure.

La parole, une carrière où planter nos pioches, nos pics, nos rires, nos fous rires.

Un vertige.

 

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MARIANNE AURICOSTE

 

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MARIANNE

 

 

L'INTERDIT

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L’interdit qui le frappe me le rend ordinairement désirable. L’ail n’est pas seulement un ingrédient, à mi-chemin du condiment et de l’épice, il est, comme l’oursin, la truffe ou la coriandre, un élément premier, un goût impossible à réfuter. Aucune confusion. Un ail est un ail est un ail. Et parce qu’il est un ail, il ne fait pas bon le rencontrer à la table qui a perdu l’usage de la parole 
 

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LILIANE GIRAUDON

XAVIER GIRARD

 

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AIL2

 

 

 

J'ARPENTE LA VIE

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Je traque la démesure du désir. 

Je piste la mesure de l’abstinence.                   

 

Partout l’exil des affamés cambre le silence.

Partout la radio distille la mort.

Je ris je bois je meurs.

 

Je rêve d’un monde sans mesure.

Je rêve d’un monde ailleurs où chacun aurait sa place.

 

Où que j’aille,

l’amour est sous séquestre.

 

Où que j’aille, la haine a sa demeure.

J’arpente la question la vie et le silence.

 

Je cherche la vie sans frontière.

Je cherche je pleure,

je bois je ris.

Partout la radio distille la mort.

 

J’exhorte la Question.

Quelle est la religion de l’oiseau ?

Quelle est la démesure du désir ?

 

L’amour est sous séquestre.

Dans le sillage des grandes douleurs,

j’arpente l’inconséquence du bonheur.

 

Partout les dieux infidèles entaillent le chant de la vie.

Partout les fidèles vénèrent la mort.

 

J’arpente la vie, le silence et la question.

Partout l’indifférence

est un poignard au cœur du silence.

 

Je rêve d’un monde ailleurs.

Je rêve d'un monde sans démesure

où chacun aurait sa place.

 

Je vis je ris je bois je meurs.

 

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JEAN-MICHEL SANANES

 

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Photographie Dennis Bautista

 

 

LA FLEUR SAUVAGE

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La fleur
sauvage de la paroi
jamais moi je ne la couperais
c’est vous qui l’avez arrachée
et maintenant vous dites la tenir au frais
dans un vase en verre,
illusions
la fleur est morte
il faut le savoir
et il est inutile
voire nuisible dirais-je
d’avoir comme ornement
la mort

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TILEMACHOS CHYTIRIS

http://arbrealettres.wordpress.com/

 

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