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L'ARRACHE COEUR...Extrait

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quand ta mer ne dira plus la mer
mais son brasier de fleurs
quand tes aubes ne feront plus mes jours
soleils par nous versés
pierre à pierre en chemin
notre lumière et notre écho
tranchés perdus

tu souriras

dans le silence lent et blanc
d’une pluie endormie aux pieds des parcs
ton coeur miraculeux dessinera
d’une main de cristal
et si loin de tous les regards possibles
sans trembler
ma couleur immédiate

 

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FRANCIS ROYO

 

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BERNARD LIEGEOIS 227

Oeuvre Bernard Liégeois

http://www.bernardliegeois.com

 

 

 

L'ARRACHE COEUR...Extrait

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...

il y a
ce temps immobile
mots qui se tressent parole qui s’éclaire
dans la gorge détranglée

et la chambre de roses au sourire secret

il y a des cendres
du feu perdu
bûches rentrées trop tôt
ma main les pèse

il y a le miel les anges
une fleur à ton nom
au jardin mon linceul

tu es belle
à mon vent dévêtue

il y a
aux heures de créance et de séparation
le ciel qui nous délivre
sa grâce douce en pleurs

et notre demeure ce miroir
tout entourée de pierres
un livre inachevable

jusqu’au bout du chemin dis-tu

où le désir serpente

il y a mon corps
massacré
ce soleil

...

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FRANCIS ROYO

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Peter Mitchev (7)

Oeuvre Peter Mitchev

 

HORS SAISON ( à paraître )...Extrait

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L'indifférence, la méchanceté, la débacle, l'agitation, les petitesses, sont affaires d'hommes. Leurs ego bétonnent, leurs monnaies enterrent, leurs croyances mentent, leurs pouvoirs détruisent. Loin de ces jeux morbides, un seul lilas sauvage, un pan de mur éboulé, le trait roux d'un renard, un geste de moineau, un ru sur la poussière, des pépites de rires, donnent inlassablement la clé, le sens du vivant. L'écriture brûle comme un fagot bien sec. Ses cendres iront nourrir le vent et les graines qui ne demandent rien. Loin des météos, toujours les saisons remontent, les aubiers fendent, les herbes tapissent, les nids réchauffent, les fleurs décorent, les fruits nourrissent, les racines veillent, les bêtes repeuplent. Rien de secourable dans l'obstination éveillée mais chaque jour offert, seul et unique, mêlant son lait materne au café noir des nuits. La gratuité toujours renouvelée. Est-ce une colère ou un accablement mes mots qui cherchent ailleurs loin des affaires d'hommes ?

 

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ILE ENIGER

 

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CHAGALL 2,

Oeuvre Marc Chagall

 

L'ETENDUE

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Herbes maigres, genêts et pins : amont d’aiguilles

où chaque ruine abrite un figuier, son enfant.

(Conversation toujours la même, trop secrète

que le vent ralentit ou suspend, dans ses foules)

Muraille désertée des nids, faute de feuilles ;

mais le soleil qui l’a lézardée sait s’y fendre.

Une poudre, limon d’espace, couvre tout :

pierres, fruits, feuilles, même le dos des chevaux.

Trois éléments dans ces atomes de poussière :

air, feu, terre. Mais si étroitement liés

que sans eau le prodige eût été impossible,

au moins à leur début, puisque longtemps après

ils gardent trace, résistante aux érosions,

d’une fraîcheur plus souterraine, sans sillage.

Quel ciment autre les scellait, hors cette goutte ?

Réponse unique : le silence, les parfums.

L’eau est pourtant présente à ces hauteurs. On sent

qu’elle s’est seulement plus inhibée encore,

insinuée sous les chemins et les sentiers,

irriguant ses tissus comme un vaisseau sanguin.

Au creux de cette sécheresse, on peut la croire

occupée à se rassembler, se recueillant

pour gagner un instant l’arène de la source.

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HENRI-LOUIS PALLEN

 

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VAN GOGH,,,,2

Oeuvre Vincent Van Gogh

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CE MONDE N'EST PAS LE MIEN

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Ce monde n'est pas le mien
et je n'ai pas d'autre monde
Je ne dispute à personne son royaume
je ne convoite
que ce qui a été délaissé
par les convoitises :
un arpent de terre en jachère
un mouchoir de ciel
imbibé de lavande
un filet d'eau
plus pour le plaisir des yeux
que pour la soif
un fruit resté seul sur l'arbre
des livres hors commerce
usés à force d'être lus
des amitiés pour le simple repos du cœur
une étoile complice pour les confidences
en cas de douleur
des miettes pour attirer
les hirondelles de la vision
un bâton solide de pèlerin
pour entreprendre
encore et toujours
le seul voyage qui en vaille la peine
celui au centre de l'homme



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ABDELLATIF LAÂBI

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TCHOBA DREAMS2

Oeuvre Tchoba

L'ESCAPADE DES SAISONS

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Je t'aimais
Dans l'orage des rêves
Je t'aime
Sous l'ombrage des ans

Je t'aimais
Aux jardins de l'aube
Je t'aime
Au déclin des jours

Je t'aimais
Dans l'impatience solaire
Je t'aime
Dans la clémence du soir

Je t'aimais
Dans l'éclair du verbe
Je t'aime
Dans l'estuaire des mots

Je t'aimais
Dans les foucades du printemps
Je t'aime
Dans l'escapade des saisons

Je t'aimais
Aux entrailles de la vie
Je t'aime
Aux portails du temps.

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ANDREE CHEDID

 

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raul canestro

Oeuvre Raul Canestro

LE LIVRE A VENIR...Extrait

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«Le désert, ce n'est encore ni le temps, ni l'espace, mais un espace sans lieu et un temps sans engendrement. Là, on peut seulement errer, et le temps qui passe ne laisse rien derrière soi, est un temps sans passé, sans présent, temps d'une promesse qui n'est réelle que dans le vide du ciel et la stérilité d'une terre nue où l'homme n'est jamais là, mais toujours au-dehors. Le désert, c'est ce dehors, où l'on ne peut demeurer, puisque y être c'est être toujours déjà au-dehors»

 

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MAURICE BLANCHOT

 

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PHILIPPE LE FERRAND

Oeuvre Philippe Le Ferrand

STABAT MATER FURIOSA...Extrait

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" Je suis venue dire un songe, naïf et frêle comme les songes. C'était, oui, c'était dans la paix fraîche d'un matin et soudain, à l'heure non dite, d'un même mouvement, l'armée des faibles s'est levée sur les routes, dans les rues de nos villes, sur les pistes du désert , au bord des fleuves millénaires , face à l'ombre énorme des montagnes.
Des millions se sont levés, affamés, vieillards, éclopés , vagabonds, enfants, malades mutilés. Des hommes forts aussi, oh mais... Pas des forts à votre manière; des hommes plus effarouchés que la jonquille et qui cachaient leur grosse voix dans des chansons de vieilles...
Des millions de choses humaines, nues et légères se pressaient sur les routes, comme soudain issues des pierres, des arbres, des vagues, des caves, des trous de rats...
Des foules silencieuses et verticales sans rites et sans appartenance, le front levé, l'œil immobile fixant le jour.
Rien d'autre, savez-vous, dans mon songe que l'innombrable peuple des faibles, des écartelés . Debout , muet dans la demeure splendide du paysage. Un vent de silence courait sur le monde.
Je ne sais rien d'autre sinon qu'il n'y avait ni hommes, ni fils de guerre, ni chefs de guerre, ni dieu, ni prophètes ...Pas même l'épée de feu des archanges.
Rien que des millions de choses humaines légères et nues debout sur tous les horizons du monde.
Le songe est dit. C'est l'obstination du cerisier qui fait déborder la lumière.
Et voici ma prière furieuse dans la sueur du soir dispersée ."

 

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JEAN-PIERRE SIMEON

 

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Bernard Liegeois3,

Photographie Bernard Liégeois

http://www.bernardliegeois.com

 

JACQUES DERRIDA

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Ainsi se lève en toi le rêve d’apprendre par cœur. De te laisser traverser le cœur par la dictée. D’un seul trait, et c’est l’impossible et c’est l’expérience poématique. Tu ne savais pas encore le cœur, tu l’apprends ainsi. De cette expérience et de cette expression. J’appelle poème cela même qui apprend le cœur, ce qui invente le cœur, enfin ce que le mot de cœur semble vouloir dire et que dans ma langue je discerne mal du mot cœur. Cœur, dans le poème «apprendre par cœur» (à apprendre par cœur), ne nomme plus seulement la pure intériorité, la spontanéité indépendante, la liberté de s’affecter activement en reproduisant la trace aimée. La mémoire du «par cœur» se confie comme une prière, c’est plus sûr, à une certaine extériorité de l’automate, aux lois de la mnémotechnique, à cette liturgie qui mime en surface la mécanique, à l’automobile qui surprend ta passion et vient sur toi comme du dehors: auswendig, «par cœur» en allemand. Donc: le cœur te bat, naissance du rythme, au-delà des oppositions, du dedans et du dehors, de la représentation consciente et de l’archive abandonnée. Un cœur là-bas, entre les sentiers ou les autostrades, hors de ta présence, humble, près de la terre, tout bas. Réitère en murmurant: ne répète jamais... Dans un seul chiffre, le poème (l’apprendre par cœur) scelle ensemble le sens et la lettre, comme un rythme espaçant le temps.
Pour répondre en deux mots, ellipse, par exemple, ou élection, cœur ou hérisson, il t’aura fallu désemparer la mémoire, désarmer la culture, savoir oublier le savoir, incendier la bibliothèque des poétiques. L’unicité du poème est à cette condition. Il te faut célébrer, tu dois commémorer l’amnésie, la sauvagerie, voire la bêtise du «par cœur» : le hérisson. Il s’aveugle. Roulé en boule, hérissé de piquants, vulnérable et dangereux, calculateur et inadapté (parce qu’il se met en boule, sentant le danger sur l’autoroute, il s’expose à l’accident). Pas de poème sans accident, pas de poème qui ne s’ouvre comme une blessure, mais qui ne soit aussi blessant. Tu appelleras poème une incantation silencieuse, la blessure aphone que de toi je désire apprendre par cœur. Il a donc lieu, pour l’essentiel, sans qu’on ait à le faire: il se laisse faire, sans activité, sans travail, dans le plus sobre pathos, étranger à toute production, surtout à la création. Le poème échoit, bénédiction, venue de l’autre (…) Le don du poème ne cite rien, il n’a aucun titre, il n’histrionne plus, il survient sans que tu t’y attendes, coupant le souffle, coupant avec la poésie discursive, et surtout littéraire. Dans les cendres mêmes de cette généalogie. Pas le phénix, pas l’aigle, le hérisson, très bas, tout bas, près de la terre. Ni sublime, ni incorporel, angélique peut-être, et pour un temps.
Tu appelleras désormais poème une certaine passion de la marque singulière : un animal converti, roulé en boule, tourné vers l’autre et vers soi, une chose en somme, et modeste, discrète, près de la terre, l’humilité que tu surnommes, te portant ainsi dans le nom au-delà du nom, un hérisson catachrétique, toutes flèches dehors, quand cet aveugle sans âge entend mais ne voit pas venir la mort.

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JACQUES DERRIDA

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herisson 2

 

LES VRILLES DE LA VIGNE...Extrait

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"« Je veux faire ce que je veux. Je veux jouer la pantomime, même la comédie. Je veux danser nue, si le maillot me gêne et humilie ma plastique. Je veux me retirer dans une île, s’il me plaît, ou fréquenter des dames qui vivent de leurs charmes, pourvu qu’elles soient gaies, fantasques, voire mélancoliques et sages, comme sont beaucoup de femmes de joie. Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme… Je veux sourire à tous les visages aimables, et m’écarter des gens laids... Je veux chérir qui m’aime et lui donner tout ce qui est à moi dans le monde : mon corps rebelle au partage, mon cœur si doux et ma liberté ! »

 

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COLETTE

 

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colette,,4

Colette et un de ses chats

ERIC BIBB -

LETTRE A LA FOLIE

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Madame,

 

J’étais dans une table des matières à me morfondre — dans un livre de références — entre un terme de marine et un terme de numismatique, et je vivais d’expédients, soudoyant la syntaxe, crachant du vocabulaire, improvisant des épithètes. J’eusse donné mon néant pour me sortir de cette impasse, que l’on me prît avec ma pauvre syllabe, mon informe phonation, pour faire n’importe quoi, pour servir n’importe quel prétexte. J’étais le mot « CROUP ». À France-Soir on ne voulut pas de moi. Alors vous m’avez donné la main.

 

J’avais des hiboux de choc plantés sur l’éclairage municipal et qui défendaient mes yeux de dormeur éveillé. Je passais mes nuits sous leurs ailes. Nous avions des radios optiques pour communiquer. Les sons, je les voyais. Je voyais l’aigle d’Hutchinson trompetter, les chevaux de mon ID s’ébrouer, la souris de la rue des Capucines chicoter. Je voyais les clameurs de la rame sous le massicot et Flaubert, impassible, la tête sous le subjonctif, les gorges des rossignols peintes au gargyl et chantant des sérénades pharmaceutiques, les sanglots du gravier malmené sous le flux de mes pas. Je voyais le chameau de mon manteau de 1928 blatérer, les chiens de fusil d’après l’amour clabauder, l’éléphantiasis barrir. Je voyais la plainte du pointillé justement découpé d’après la notice, les lamentations dunlopillo dans le silence du rayon d’ameublement de l’éternel Printemps après l’Opéra, les protestations métalliques de la boîte des petits pois surfins ébouillantés deux fois. Alors, vous m’avez souri.

 

Nous marchions ensemble, depuis la dernière glaciation

 

Je voyais d’autres cris, l’obésité de la rue quand les services de voirie la laissait s’empâter et qu’elle gémissait sous sa peau tendue. La poétique de la ville n’était qu’une vision extatique que mon œil formulait et que je contrôlais en permanence à l’aide de petits instruments que j’avais fabriqués : une lunette spéciale pour voir les glouglous s’échappant du caniveau, place Clichy, à l’aube du 12 mars 1953, les bras en ficelle autour de l’abstraction et l’œil auditeur, bien entendu, un papier-verre pour nettoyer les idées imbéciles se promenant dans la rue, en rang d’écoliers, un couteau à trancher le spectre, une bille à rouler l’indicible, une bille qui n’amassait pas la mousse et qui changeait de couleur à chaque révolution autour de mon système solaire, une grille pour lire les écritures : une pour l’indo-européen, une pour le sanscrit, une pour les cigales, une pour les microbes criant sous le flot de pénicilline et qui attendent le jusant sous le doigt de Dieu du thermomètre minute. J’étais toujours le mot « CROUP ». Alors, vous m’avez dit : « Viens ! »

J’en voyais de toutes sortes.

Un soir, à Montparnasse, une vieille de soixante, et qui s’ouvrit à ma voix, derrière une roulotte abandonnée, et cette femme dérivait sur mon orbite, et elle me parlait avec l’accent yiddish… et maman dans la poche, je rentrais à l’hôtel Excelsior et me rebâtissais sa jeunesse. L’inquiétude de la chair, chez une vieillarde, cela me semblait formidablement attachant. Je ne me lavais plus les mains. J’en avais pour quelques jours à susciter ma mémoire… Je la hélai, elle s’arrêta, nous nous signâmes d’un commun accord et j’étais sous elle. Son système ébahi, je me revis dans la pénombre de sa chair non datée et vibrante comme à ses premières richesses, autrefois. L’huile des femmes est douce comme l’olive, parfumée comme l’arachide, persistante comme la noix.

 

Glisser dans leurs couloirs cette perle inconsciente…

Alors vous m’avez dit : « Tu es Fou, mon petit… »

Que d’enfants ai-je fait aux femmes inconnues

Des rouges des pâlis des portes de secours

Dans les cafés souvent je buvais leurs vertus

Devant mon verre blême une source d’amour

MA tête dans la broussaille de leur fente

Je demandais de la monnaie au préposé

Cent francs et quatre femmes mesurant la pente

Que je leur musiquais avec mes yeux gavés…

 

Le petit père Kanters n’en croyait pas son comité de lecture, il gardait de Denoël cet air absent et catéchiste qui fait les grands éditeurs méconnus. La tristesse de cet individu me coupait comme une boîte de conserve mal vidée, quand on y va avec la langue. Et lux perpetua luceat eis… Alors, vous vous êtes mise à ressembler à quelqu’un. Mon Dieu, quelle bouche !… une cerise en hiver…

Madame, vous êtes une feuille d’automne. Votre parure est couleur feu et mes yeux mimétiques vous enveloppent de flammes quand ils vous regardent. Vous avez un joli nom, folie, un nom de cosmétique sur la tête du corbeau de monsieur Poe. Jamais plus de rideaux à mon théâtre, jamais plus… Je suis votre boulet, votre haine, votre supplice, et vous êtes ma contrebasse et ma brosse en cheveux d’étoiles fileuses qui filent le parfait amour sur cet univers à bulles de savon et à nègres authentiques, qu’ils soient noirs dehors ou dedans, peu importe. La couleur est affaire de sentiment.

Je sentais l’absurde, une odeur de végétal trahi, un paravent, une chimère. J’étais malade, cassé. Mes béquilles de verre faisaient un bruit de pattes mathématiques sur les pavés de marbre de votre maison. Alors vous m’avez dit : « Entre ! »

Quelle maison ! je m’en souviens, les pièces mûres comme des fruits tropiques, des meubles indifférents comme le style du vide, les effrayants tapis de laines voyantes, et la vaisselle… la vaisselle du creux de l’ennui où je buvais longtemps, et vos objets !, les délices du verbe, l’accent aigu sur l’or des hommes, la préposition devant l’âtre, et vos propositions devant l’Être… Mort debout, tout contre votre idée, je ne pourrissais plus. Mais avant, nous fîmes l’amour, du mauve, rien que du mauve et puis de l’innocence. Dehors il plut. Nous sortîmes par vos masques, lentement, avec préciosité, et tout penchait autour de nous, les arbres, les plis d’ombres, les roses pâleurs du soleil couchant. On était bien. On calculait nos chances et le sublime s’y mêlant, des lianes nous enroulaient de Palestrina ; tout chantait autour de nous, tout palpitait, tout coulait comme un miel, tout finissait comme un missel. C’était très beau, follement beau. Nous étions toujours l’un à l’autre, comme deux feuilles accolées d’un papier bible et pour nous séparer il fallut qu’un oiseau des îles infime, petit, petit, vint immiscer son bec entre nos songes.

 

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LEO FERRE

http://www.deslettres.fr

 

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remedios varo4,

Oeuvre Remedios Varo

 

 

LETTRE DE FRANCOISE GIROUD A JEAN-PAUL SARTRE

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Monsieur,

Je ne suis pas agrégée de philosophie, je ne prétends pas apprendre à penser à mes contemporains et quand il s’agit de savoir si un garçon de vingt ans doit ou non déserter, je ne peux me référer ni à Hegel ni à Lukács. Vos collaborateurs ont d’ailleurs largement insultéà mon inculture, dans votre journal, pour que vous n’ignoriez pas la crasse de mon esprit. Tout le monde n’a pas hélas, comme les membres de votre gauche, les moyens de s’instruire aux frais de papa.

Seulement j’ai moi un fils de vingt ans. Alors vos théories et celles de vos satellites, qu’il s’agisse d’argent – alors qu’aucun de vous n’a jamais connu le prix d’une livre de pain – ou de désertion – alors que vous parlez des enfants des autres -, je veux bien croire qu’elles sont géniales. Mais mon domaine à moi, ce n’est pas le génie. C’est la vie. Vous en avez entendu parler ?

Parfaitement consciente de mon abjection, je vous prie de croire, Monsieur, au respect que je continuerai imperturbablement à vous porter.
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FRANCOISE GIROUD
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FRANCOISE GIROUD

Françoise Giroud

 


LETTRE DE GEORGES BRASSENS A ROGER TOUSSENOT

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31 août 1948

 

Mon cher ami,

 

Nous avons longuement discuté avec toi ce dernier dimanche. Corne d’Auroch s’obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J’ai gueulé. Je lui ai dit qu’aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Emile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j’insiste ! Sans doute, ta récente définition de l’art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l’écran. Le reste se fait tout seul. Ce n’est pas à toi d’expliquer les mécanismes ; c’est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d’opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t’exténues en t’imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n’a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l’as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

Je ne connais pas un homme de plus (j’espère que tu ne vois pas du paternalisme ou de la prétention pédagogique dans mes propos…). Je suis né pour aimer, pour passer dans la vie comme un étranger et pour être indifférent à ce que l’on me raconte. Rien de toi ne me laisse insensible, mais comme ton cher Gide, comme toi et comme moi-même, je ne t’estime que dans ce que tu pourrais faire. Et j’ai tort de te redire ces choses, de même que tu as tort d’expliquer d’autres choses à d’autres êtres. Tout ce que tu peux me faire comprendre, je l’ai déjà entendu dans un concert. Montre-nous des gens qui marchent, qui s’aiment, qui font des choses charmantes et bêtes comme la vie, des moulins qui tournent… Sers-toi de l’absurde comme d’un bloc de marbre. Crée des images. Elles contiennent toutes les pensées, tous les axiomes possibles, tous les aphorismes. Bien sûr, tu me diras qu’un aphorisme est une image intérieure, et je le conçois fort bien. Mais 200 aphorismes font un traité de philosophie ou un livre de haute morale. Même Gide est un moraliste. Il énonce des idées, des justifications, il transforme la notion de plaisir en une notion de devoir ; il se croit obligé (noblesse oblige) de critiquer, de comparer, de créer des critères. Or, je l’aime mieux quand il s’agenouille au hasard et ne cherche plus Dieu, se disant que Dieu est partout. Rimbaud nous bouleverse plus qu’André Breton. Pourquoi ? Parce qu’il chante et n’apprend rien à personne. Si révélation il y a dans sa poésie, il ne s’en préoccupe pas d’une façon dialecticienne. Tu disais toi-même : « Les fruits nous consolent et les idées nous désespèrent. » Alors, nous sommes d’accord ? Excuse-moi, mon vieux, de te donner des conseils.

C’est Bonafé et les études littéraires et grammaticales qui remontent comme un mets que l’on a mal digéré. Tes erreurs sont certainement fructueuses. Nous raisonnons trop. Et moi je raisonne quand je te reproche de raisonner. Nous sommes des enfants pour qui le monde entier est un école. Mais nous sommes encore trop studieux. Il faudrait pouvoir crier avec Rimbaud: « Oh là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! »
Dans tous nos gestes et dans chacune de nos pensées, tu occupes la plus grande place, la seule possible. Nous t’embrassons.

 

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GEORGES BRASSENS

http://www.deslettres.fr

 

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brassens et roger_toussenot

Georges Brassens et Roger Toussenot

DES ANNEES-LUMIERE....

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L'amour nous va trop bien désormais
pour que nous allions bien sans lui
Nous aurons encore pour nous
je le sais je le sens
des heures de plein soleil
et des journées-lumière
Et nous prendrons encore
le grand large des tempêtes
et à nouveau
tu briseras mes amarres
Je veillerai
J'attendrai
J'espérerai
et le jour où refaire le monde
sera enfin possible
je serai là sans pour autant
avoir peuplé l'attente
d'autres amours et d'autres désirs
Et tu me retrouveras
fatiguée sans doute
d'avoir eu mal à creuser
tant de patience

L'amour nous va trop bien désormais
pour que nous allions bien sans lui
Nous aurons encore pour nous
je le sais je le sens
des heures de plein soleil
et des journées-lumière
mes mains arpègeront encore pour toi
des torrents de velours
et la violence nous reviendra
l'espace d'une douceur vive

A l'instant extrême des étoiles
je jetterai entre nous
le pont de notre seule différence
Ton nom
Ton nom que je nouerai au mien
au travers de l'orage
et l'écho qu'ils forgeront ensemble
s'en viendra déchirer
le silence de nos armures abandonnées
Alors nous ferons craquer l'écorce
inutile et insolite

L'amour nous va trop bien désormais
pour que nous allions bien sans lui
Nous aurons encore pour nous
Je le sais je le sens
des heures de plein soleil
et des années-lumière

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DANNY MARC

 

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maher naji

Oeuvre Maher Naji

AU COQ ET SES BEAUX SILENCES

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Ton cri, vulgarisé pour enfants par « cocorico »,
déchirant à mon sens car de la profondeur des âges,
enchevêtre aigûment la stridence et la raucité,
bruit en moi des plaintes d’une souffrance lucide.

Monté de la gorge et du ventre comme celui de Munch
il écorche non juste le matin mais tout temps calme,
contrairement à ce que d’aucuns disent supposer,
qui n’ont pas peur d’en faire un signe instinctif de triomphe.

Il s’en faut de beaucoup que cela corresponde au vrai
d’univers où les oasis de vie en paix sont rares,
les bonheurs sans faille peu durables ou mensongers,
les élans de vie contrecarrés par tant de limites.

Je n’éprouve jamais en percevant ta cantilène
autre chose que malaise et gêne à m’en réjouir
à la pensée de tout ce qui aujourd’hui nous menace
en Français humanistes, sans souci de confession.

Cocorico pour ceux qui s’abreuvent de la violence,
l’aiment, s’y reconnaissent, la suscitent par leurs mots,
légitiment la force pour garder leurs privilèges,
considérant que tous les hommes ne sont pas égaux.

Cocorico à la haine des pères, tantes et nièces,
cocorico à tant de beaux scandales financiers,
cocorico au choix des banques plutôt que des hommes,
aux politiques dont la parole ne fait plus sens.

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HENRI-LOUIS PALLEN

www.lierreentravail.com

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COCORICO2

 

 

 

BAJO TU CLARA SOMBRA

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Un cuerpo, un cuerpo solo, un solo cuerpo
Un cuerpo como día derramado
Y noche devorada;
La luz de unos cabellos
Que no apaciguan nunca
La sombra de mi tacto;
Una garganta, un vientre que amanece
Como el mar que se enciende
Cuando toca la frente de la aurora;
Unos tobillos, puentes del verano;
Unos muslos nocturnos que se hunden
En la música verde de la tarde;
Un pecho que se alza
Y arrasa las espumas;
Un cuello, sólo un cuello,
Unas manos tan solo,
Unas palabras lentas que descienden
Como arena caída en otra arena.

Esto que se me escapa,
Agua y delicia obscura,
Mar naciendo o muriendo;
Estos labios y dientes,
Estos ojos hambrientos,
Me desnudan de mí
Y su furiosa gracia me levanta
Hasta los quietos cielos
Donde vibra el instante;
La cima de los besos,
La plenitud del mundo y de sus formas.

 

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OCTAVIO PAZ

 

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dune

 

 

EN PAYS DE VERTIGE...Extrait

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Les chemins mènent tous au secret. Ils s'infléchissent à quelque tournant, on marche ainsi en pays réel et puis soudain hors du temps mesurable. On se retrouve enrichi de quelque épaisseur de vie étrange comme si l'on avait déjà vécu plusieurs existences. Pays à la brisure du crépuscule comme s'il voulait signifier qu'il est tard mais toujours temps. On ramène alors de ces sortes de regards, de ces voyages, la connaissance de l'être dilaté, perméable au possible, un réel annexé, magnifié. Dans ces randonnées en pays de vertige, toujours hâtives, on grandit. Il reste de ces fulgurations une ivresse toujours plus menaçante, une drogue plus exigeante qui demande, au péril de la vie, toujours plus d'audace. C'est la vie multipliée dans les humbles choses qui débouchent sur la largesse et l'illumination. Alors le respect devient amour.

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JEAN MALRIEU

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Oeuvre Léonor Fini

LA DEMEURE DES MOTS

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 Ce que fut sa demeure

Et son horizon de fuchsias

Encor là comme un zeste d'étoile

 

La demeure

Où le battement lent de son cœur

Épouse la souffrance

Et l'absence

 

Aujourd'hui

Murmure clair-obscur

La poussière des rayons engrange

Les versets d'un visage ébloui

 

Et même une voix d'ange

Se glisse dans les mots

Un visible silence d'amour

Se répand

Auréole

De la lueur d'étoile

 

Je pressens

La fraicheur inouïe du jasmin

Parfum de l'infini

Le ciel au fond de l'ombre

Naissant dans la demeure des mots

 

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JEAN-PIERRE BOULIC

 

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DEMEURE

 

 

SONNETS POUR UNE FIN DE SIECLE

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à Vénus Khoury-Ghata

Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu’un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.
 
Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu’au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.
 
Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d’un autre azur,
d’une autre vérité, d’une autre fable ; et nous,
 
adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s’attarder ici le temps d’un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles ?

 

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ALAIN BOSQUET

 

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jhanne treuffet,

Oeuvre Jeanne Treuffet