Quantcast
Channel: EMMILA GITANA
Mark channel Not-Safe-For-Work? cancel confirm NSFW Votes: (0 votes)
Are you the publisher? Claim or contact us about this channel.
0

BERNARD PERROY...Extrait

0
0

j'écris sur le dos du monde
en grattant son écorce
dans la joie des sèves
et des fleurs multipliées
dont les couleurs jaillissent
de l'encre noire...

nuit transfigurée de nos âmes
dont la flamme murmure sans cesse
et monte en nous
avec obstination
comme aimantée
par le bonheur…

 

.

 

BERNARD PERROY

 

.

 

jef3

Oeuvre Jef Aérosol

( Jean-François Perroy )

 

 

TAHAR DJAOUT

0
0

« Je suis le déterreur de l’histoire insoumise et de ses squelettes irascibles enfouis dans vos temples dévastateurs. Je ne cautionnerais jamais vos cieux incléments et rétrécis ou l’anathème tient lieu de credo. Je ne cautionnerais jamais la peur mitonnée par vos prêtres-bandits des grands chemins qui ont usurpé les auréoles d’anges. Je me tiendrais hors de portée de votre bénédiction qui tue, vous pour qui l’horizon est une porte clouée, vous dont les regards éteignent les foyers d’espoir, transforment chaque arbre en cercueil. »

 

.

 

TAHAR DJAOUT

.

 

 

cristina torres3

Oeuvre Cristina Torres

 

EN MEMOIRE D'IZET SARALJIC

0
0

En mémoire d’Izet Sarajlic

« C'est quand la vie entre dans un poème que la poésie se révèle et devient poésie. Une poésie doit trouver son auteur, pas l'inverse »,
Izet Sarajlic.

 

.

 

Je ne connais pas Sarajevo, j'aurais voulu être des tiens
quand tes bras étaient enfouis sous la neige rouge.
J'ai beau dire que cette ville est une bouteille jetée à la mer,
mais je ne l'ai jamais touchée et je ne peux qu'imaginer ton cimetière.
Là :
Les sépultures sont cachées derrière les murs de plus en plus hauts.
Toutes les rafales sont sourdes au pied du vieux bouleau.
J'imagine quelques photos sous des vitres, une poignée de mots
Que tu écrivis pour les morts de Sarajevo.

La patience et la foi, c'est comme la lune et le soleil Izet,
Ils s'appellent dans la lumière du zénith et rapprochent l'horizon.
Les tunnels n'abolissent pas le labyrinthe de la déraison,
Le sommeil ne chasse pas le rêve en plein jour.

J'aurais aimé vivre d'obscurités, d'opacités,
D'insistantes pensées, d'obsédantes poéticités.
Mais tu avais dit qu'après cette horreur, le poème avait quitté
Sarajevo, et il m'a fallu écrire le vide sans cesse déchiré :
« Message à tous qui croient que la guerre n'aura pas lieu...
Vivre à Sarajevo, aussi pour survivre vieux frère ».
Tu écrivis pour le prochain sniper
Derrière la tombe de l'enfant,
Pour mesurer son front à l'éclat de l'instant.

« Marché noir convoi des Nations unies cigarettes de contrebande »...
« Cité de verre » et vieille ville : Bascarsija.
Quand tu sens le café tes mots pleurent Izet.

« Ordures et décombres », « Mont Igman » :
« Tous mes souvenirs : des livres brûlés ».
Obus pour Bosniaques têtus, ta poésie est fusillée Izet.

J'ai rejeté la bouteille dans la mer des solitudes.
Restent avec le mot, ces livres dans un carton, l'apocalypse
Au quotidien, puisque le monde entier y passe, Izet.

Peux-tu parler d'humanisme en te frappant la poitrine ?
Sur quelles rives la lumière pendue de Sarajevo ?
Il faut peindre la douleur qui nous lamine :
« Hormis la mort,
il n'est rien qui ne me soit déjà advenu ».

Ta voix résonne dans le poème mort.
Mystérieusement forte et douce.
Vukovar, Dubrovnik, Mostar, Sarajevo...
Bagdad, Kaboul, Grozny, Qana...
Faut-il faire la queue sur le champ de guerre pour écrire le poème,
Maintenant que les mots sont rationnés comme l'eau 


Cet enfant
pleure
devant le carrousel,
comme l'adulte
qui comprend son bonheur
après l'avoir égaré.

L'exil n'est qu'un mensonge
pour nier le Voyage.

Parcourir la différence
à deux
pour que la lumière
rassure le fruit noir.

Et ne plus
être
possible
en dehors
de l'universelle différence.

 

.

 

KHAL TORABULLY

 

.

 

MostarPeintre1,

Oeuvre ?

 

 

POEMES POUR AIME

0
0

   Mon cœur, préservez-moi de toute haine
ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine
car pour me cantonner en cette unique race
vous savez pourtant mon amour tyrannique
vous savez que ce n'est point par haine des autres races
que je m'exige bêcheur de cette unique race
                 Aimé Césaire (Cahier d'un retour au pays natal )              

 

 

Tu sais le cœur
Sans rime
Sans césure
Jamais
sans Césaire
Ces rythmes
Que le temps supprime
Que la mémoire rumine

Aimé
Ce dur pigment
Aux muqueuses des damnés
Il est temps
Dis-tu
De comprendre l’importance
De la poussière des négriers
Quand la maladie du sang maudit
Parle en nous
Des organes
Des viscères

Il s’est arrêté ce cœur aimé
Avec autant de temps à faire
Qu’à défaire,
Césaire sur césure.

Il est temps de regagner
Cette Terre natale
Et supplique suppute suppôt
Supplique supplie ces temps morbides
Comme le gros dogue bagué
Qui aboya sur le nègre
Sensé le mordre
Pour saborder son noir sort

D’où vient la vie
Te demandes-tu
De là
Que tu ne saurais nommer sans dommage

Penses-tu
À ces Afriques
Que tu nommas
En mes Indes ?

D’où te vient la poésie nègre ?,
Te demande-je,
Sinon du même lieu que l’apatride
Puisqu’elle est chant de la vie
Jetée en pâture
À ce dogue qui aboie
Devant la gale de Gorée.

Il est une seule direction
Face à ce rythme césuré
En Césarien
Pas de prosodie qui soit de l’ordre de l’impair
Non que le seul rythme noir
Soit celui qui bondit de coup de poing
En coup de pied.

Et encore
Il faudra demander au Congo
Ce qu’il connut du Brahmapoutra
Et Césaire
Qui nous mena à l’écoute du poème
En ce qu’il se pense,
D’énergie
De solitude pétrie
De joies flétries.

Hein Césaire né encore de l’impair
De l’impertinence du verbe

Du verbe chicane
Maître à paroles enchaînées.

Sombres comme l’orage contenu
Sur la lourde étuve des mélasses.

Et pourtant,
C’est souvent ici
Que la source ne se tarit
Point.

Glouton le cerbère
Couillon ce dogue

son artère
encrassé en cales pisseuses
le même foc tous les paresseux
ou les souillons encalminés

Mais il fut Aimé
un instant où le sang
se coagula
et remonta au cœur
l’air contrit
l’air marri
l’air nègre que l’on déchaîne

et ta vie
est en sursis
car la mort marronne
de boucan en bouquet

Le cœur a ses prisons
que la raison
ne rime pas
dis-tu,
il fut fou cet homme
qui osa cracher leur verbe en pétard,
de prétoire en poème
il hurla sa déférence
sur les fesses des purs suants

et dire qu’ici
la poésie négresse
devint attentive Pénélope
au souffle pourri
des capitaines interlopes

au murmure long
de longs sanglots
des couillons en automne
violant leurs violons
viole sur viols
violences sur violences

Comme aux intimes
frémissements des mots
tu pus percer l’abcès
tu pus
par le seul rythme
des images tuméfiées
et des coups de pieds du méprisé
briser le mépris des scrofules

mais tout semble
se contenir
dans un mot

vie

vidée
de son sens
ou emplie de ton sang

Césaire aimé
comme un caillot livide
accroché entre le sang fluide
et la mort annoncée
de l’artère césurée

mais l’attente du cœur
nécessite une pensée
pour le bonheur Aimé

De n’avoir jamais penséà lui
jusqu’à cet instant
c’est cela qui damne
le bourreau au siège de son libido
aboyant comme le dogue
mordant l’étoile cannibale

Mais le nègre stellaire
Possède un paletot en fer blanc
Qui frôle la casserole des constellations

Ainsi la lumière
répond
à ton rythme
courant alternatif
en ton cœur
diastole systole
le même arrêt
programmé
une faille dans la continuité
cette prosodie qui fut l’arme
fatale du verbe renonçant
au crime de lèse-majesté

Mais qu’est le cœur du poète ?
A-t-il plus d’âme
que celui du mortel
dont les mots quotidiens
suffisent à peine
à cajoler la mort ?

Et-il plus sensible à la lumière
ou à l’ombre déchirée
quand les mots s’éclipsent en ses yeux ?

Son cœur arrêté
sent-il mieux les pensées
non dites ?

Noires desseins
noires Antilles
tout marronne entre le blanc et le noir,
Noirs ces oracles vidés de leurs entrailles
Peules sérères ou masaïs

Mots victuailles
Comme gangrène des canailles
Roussailles sur coussecailles
Voilà que la racaille
Se mêle de briser le vernis
Des mots susurrés de porcelaine bleue
en matité noire

Césaire rythme enfin
les brises éclatées
dans la mangue pourrie
éclaboussée de sa maturité

Sait-il mieux sentir
cette vie qui est prêtée
à tous et à toutes ?
Surtout celle qui est arrachée
Aux fronts d’impurs pigments ?

Ou bien en fait-il une immortelle
Temporalité, une logorrhée carniphage
où le poème s’érige en épitaphe
sans fin en désir de vie ?

Qu’a-t-il ce cœur
qui se penche trop sur l’abîme
ou la faille du continent noir ?

Aimé, es-tu ce nègre insulaire
que la lune évite
en se montrant à demi ?

Qu’a-t-il ce cœur
qui se retire trop vite
de la solitude du poète,
se pensant aimé de l’univers
alors que chaque étoile naine
s’embrase de son énergie indomptable ?

Là,
Une négresse berce la voie lactée
Au son d’une plainte brûlée
De naine rouge,
Là ta da tamoule
Te livre syllabe au lait des jaspes.

Mais c’est bien l’amour
Qui te guetta
Aimé
Surpris comme tout homme
Sur l’ombre de son poing fermé
Non par renoncement
Mais par désir de rendre
La lumière aux yeux des bannis

Après tout
le cœur n’est qu’un muscle autonome
qui raisonne contre les marées
des exils colossaux.

Il n’est pas cet organe
où l’âme siège seule
en face de l’éclaboussement
de l’oxygène
et des bouts de planètes.
Poète,
Tu mènes l’oraison
sur la plante de tes pieds
qui foulent pleinement
ce pays natal entre détroits et péninsules.

Ce sont ces limbes
qui ont tressé
le cordon ombilical
du poète :
ton poème utérin,
qui nous rendit césairien.

 

.

 

KHAL TORABULLY

 

.

 

hengki koentjoro

Photographie Hengki Koentjoro

 

 

   

EQUINOXE - Jean-Michel Jarre ...Extrait

CHEMIN DU VENT...Extrait

0
0

Parfois un ange nous traverse,
comme une absence,
un rire dont nous n’aurions perçu
que la transparence.

Un affluent nous a rejoint
au seul souci
de se mêler à notre eau.

Nous avançons plus forts,
sans même savoir que,
au plus profond de nous,
un visage
nous a fait don de disparaître.

 

.

 

PHILIPPE MATHY

 

.

 

MAM 1950

 

DEBOUT SUR UN BRIN D'HERBE...Extrait

0
0

Une boule de neige
Lancée depuis l’enfance
Explose sur la vitre
Où mon front se souvient

Quel seuil à franchir
Quelle coupe à ne pas boire
Pour entendre le rire
De ce papillon blanc
Immobile maintenant
Qui fond dans la mémoire?

Le fil est toujours plus petit
Qui déroule pourtant
La toupie de la vie…

 

.

 

PHILIPPE MATHY

 

.

 

Bernard Liegeois

Oeuvre Bernard Liégeois

PIERRE-ALBERT JOURDAN...Extrait

0
0

Tremblement du matin.
Souffle si léger qu'on le dirait messager.
Feuillages caressés sans bruit.
 Douce toilette.
Simple messager, porteur de baume, de la liqueur de vie.
Messager qui efface les murailles, ne laisse qu'une façade.
Qui te laisse cette façade, que tu l'effaces, que tu rejoignes ce messager.
Pas besoin de gaspiller tes forces.
Comment dire ? C'est un travail d'esprit à esprit, d'éliminations successives.
 Le messager est immobile, il te voit nommer les distances
 mais que pourrait-il savoir de l'éloignement, lui qui est proximité,

qui est matin ?

.

 

PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

.

 

remedios-varo-jardin-del-amor-

Oeuvre Remedios Varo

 

 

 

 

LE COEUR D'OCTOBRE...Extrait

0
0

Quand l'été reviendra
le ciel des lavandes ô coeur!
Le poème aura accompli
un peu du chemin de poussière
la beauté n'aura cessé de veiller
à la consommation de ses registres
le lézard dressé auprès d'elle
mourra intouché dans ce feu
foulant les hautes herbes
je saisis l'amertume de l'air
l'âpre semonce
au levant le nom déjà s'efface
le ciel maternel soudain
par-delà les combes noires
(la paille dorée bientôt foulera
les terres patientes)
la pureté du silence
et les lèvres dans un souffle
formant un oui.

 

.

 

PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

.

EDITH BERGER,

Oeuvre Edith Berger

 

 

 

 

 

 

LES FRERES KARAMAZOV...Extrait

0
0

“ Regardez les mondains, et ce monde qui se hausse au-dessus du peuple de Dieu, l’image et la justice de Dieu n’y sont-elles pas déformées ? Ils ont une science, mais, dans la science, il n’y a que ce qui est soumis aux sensations. Le monde spirituel, la moitié supérieure de l’être humain, est rejeté complètement, est chassé avec même une espèce de triomphe, voire avec haine. Le monde a proclamé la liberté, ces derniers temps surtout, et, nous, que voyons-nous dans ce qu’ils appellent la liberté : rien que de l’esclavage et du suicide ! Car le monde dit : « Tu as des besoins, et donc satisfais-les, car tu as les mêmes droits que les hommes les plus riches et les plus notables. N’aie pas peur de les satisfaire, et même, fais-les croître » - voici la doctrine actuelle du monde. C’est en cela qu’ils voient la liberté. Et quel est le résultat de ce droit à multiplier les besoins ? Chez les plus riches, l’isolement et le suicide spirituel, et, chez les pauvres, la jalousie et le meurtre, car, les droits, certes, sont donnés, mais les moyens de satisfaire ces besoins, eux, on ne les indique pas encore. Ils assurent que, plus le monde évolue, plus il se réunit, plus il se forme en communauté fraternelle du fait qu’il raccourcit les distances, qu’il transmet les pensées par les airs. Hélas, ne croyez pas en une telle unité des hommes. En comprenant la liberté comme une multiplication et une satisfaction rapide de leurs besoins, ils déforment leur nature, car ils font naître en eux une multitude de désirs absurdes et stupides, d’habitudes et de lubies des plus ineptes. Ils ne vivent que pour s’envier les uns les autres, pour satisfaire leur chair et leur vanité. Avoir des dîners, des sorties, des équipages, des grades et des domestiques esclaves, ils le considèrent comme une nécessité si impérieuse qu’ils seraient prêts à y sacrifier leur vie, leur honneur et leur humanité, rien que pour assouvir cette nécessité, et, même, ils iraient jusqu’à se tuer s’ils n’avaient pas les moyens de l’assouvir. Pour ceux qui ne sont pas riches, nous voyons la même chose, mais, pour l’instant, la satisfaction des besoins et l’envie des pauvres sont étouffées par l’alcoolisme. Pourtant, bientôt au lieu de vin, ils boiront du sang, c’est à cela qu’on les mène. Je vous le demande : un tel homme est-il libre ? J’ai connu un « combattant pour l’idée », qui m’a raconté lui-même qu’au moment où, en prison, on lui avait supprimé son tabac, il s’était vu si torturé par ce manque qu’il en aurait presque trahi son « idée », juste pour qu’on lui donne du tabac. Et cet homme dit : « Je vais combattre pour l’humanité. » Or, où ira-t-il donc, et de quoi est-il capable ? D’un acte rapide, peut-être, mais jamais de rien qui demande persévérance. Et il n’est pas étonnant qu’au lieu de la liberté on soit tombé dans l’esclavage, et qu’au lieu de servir la fraternité et l’union de l’humanité on tombe, au contraire, dans l’isolement et dans la solitude, comme me l’avait dit dans ma jeunesse mon visiteur mystérieux et mon ami. Voilà pourquoi s’éteignent de plus en plus dans le monde l’idée de servir l’humanité, celle de la fraternité, d’une communauté des hommes et, réellement, cette idée-là est maintenant accueillie par le rire, car, comment abandonner ses habitudes, où donc ira ce prisonnier s’il est si habituéà satisfaire les besoins innombrables qu’ils s’est inventées lui-même ? Dans son unicité, qu’ira-t-il faire du tout ? Et, pour finir, plus les objets s’accumulent, plus la joie disparaît. »

 

.

 

FIODOR DOSTOÏEVSKI

 

.

 

MARIA FORTUNY

Oeuvre Maria Fortuny

AU DERNIER SOIR SUR CETTE TERRE...Extrait

0
0

J'ai derrière le ciel un ciel pour revenir, mais
Je continue à polir le métal de ce lieu, et je vis
Une heure qui discerne l'invisible. Je sais que
le temps
Ne sera pas par deux fois mon allié, et je sais
que je sortirai de ma bannière,

oiseau qui ne se pose sur nul arbre
Je sortirai de toute ma peau, et quelques mots sortiront
de ma langue sur l'amour chez Lorca
Qui habitera ma chambre
Et verra ce que j'ai vu de la lune bédouine.

Je sortirai des amandiers,

duvet sur l'écume de la mer.

L'étranger est passé
Portant sept siècles de chevaux.

Il est passé làl'étranger
Pour que l'étranger passe là-bas.

Je sortirai sous peu
Des rides de mon temps, étranger à Shâm et à
l'Andalousie
Cette terre n'est pas mon ciel, mais ce soir est mien
Et les clefs m'appartiennent, et les minarets et les
lanternes,

et moi également, je m'appartiens.

Je suis l'Adam des deux Éden
L'un et l'autre perdus
Alors chassez-moi lentement,
Et tuez-moi lentement
Sous mon olivier
Avec Lorca

 

.



MAHMOUD DARWICH

.

 

darwich_y_lorca2

LE PAYSAN DE PARIS...Extrait

0
0

"Femme tu prends pourtant la place de toute forme. A peine j'oubliais un peu cet abandon, et jusqu'aux nonchalances noires que tu aimes, que te voici encore, et tout meurt à tes pas. A tes pas sur le ciel une ombre m'enveloppe. A tes pas vers la nuit je perds éperdûment le souvenir du jour. Charmante substituée, tu es le résumé d'un monde merveilleux, du monde naturel, et c'est toi qui renais quand je ferme les yeux. Tu es le mur et sa trouée. Tu es l'horizon et la présence. L'échelle et les barreaux de fer. L'éclipse totale.La lumière. Le miracle : et pouvez-vous penser à ce qui n'est pas le miracle, quand le miracle est là dans sa robe nocturne ? Ainsi l'univers peu à peu pour moi s'efface, fond, tandis que de ses profondeurs s'élève un fantôme adorable, monte une grande femme enfin profilée, qui apparait partout sans rien qui m'en sépare dans le plus ferme aspect d'un monde finissant... Montagnes, vous ne serez jamais que le lointain de cette femme... Voici que je ne suis plus qu'une goutte de pluie sur sa peau, la rosée... Passe à travers, passe à travers mes paumes, eau pareille aux larmes, femme sans limites, dont je suis entièrement baigné. Passe à travers mon ciel, mon silence, mes voiles."

 

.

 

LOUIS ARAGON

 

.

ELUARD

 

 

EDMOND JABES...Extrait

0
0

J’ai quitté une terre qui n’était pas la mienne,
pour une autre, qui non plus, ne l’est pas.
Je me suis réfugié dans un vocable d’encre, ayant le livre pour espace,
parole de nulle part, étant celle obscure du désert.
Je ne me suis pas couvert la nuit.
Je ne me suis point protégé du soleil.
J’ai marché nu.
D’où je venais n’avait plus de sens.
Où j’allais n’inquiétait personne.
Du vent, vous dis-je, du vent.
Et un peu de sable dans le vent.

 

.

 

EDMOND JABES

 

.

 

JOHN DERA

Photographie Johne Dera

 

 

CHANSON POUR UNE AMOUREUSE SECRETE

0
0

II y avait dans les feuilles
une femme qui riait
si petite qu’on pouvait en faire
une ardoise pour les toits.

Une femme pour chaque rire
si rose
pour couvrir tous les toits.

Je pouvais dans la douleur
la clouer comme un ciel
au sang, au vent
ou à l’ombre de l’arbre
ou encore à ses ailes.

Mais l’amour me surprit
dans ma haute nuit de haine
avec un oiseau mort dans les bras.
Jusqu’où chercherais-je à m’oublier ?

Il y avait une femme
au milieu de la terre,
si rongée de mystère
qu’on la prenait pour un fruit pourri.

Et les hommes la piétinaient
pour lui arracher ses rêves;
tiède jus échappé aux lèvres
que le sol à pleine bouche buvait.

Laisserai-je voguer un fruit pourri
dans sa saison de grande peine
avec ses cris de mort-né?

Il y avait une femme
aux contours de musique,
marguerite au halo d’or
confondue avec la lune.

Au réveil – en aurai-je le cœur net? –
effeuillée pour se distraire
au contact de mille doigts.
Et j’attendais son message
comme aux plus beaux jours de la vie.

Rien ne vint. Nul ne sut que j’étais ivre
de me mirer dans le lac
où l’oiseau abattu reposait.

Comment la nuit fait-elle à suivre
le mal que je nourris au secret?
Elle me livre comme un prisonnier
poings liés au désespoir.

Tant de larmes ont coulé depuis.
La nuit dévore ceux-là seuls qui tombent.

Il y avait une femme
sur le chemin pierreux du soir
qui ne voulut jamais dire son nom
mais qui s’appuyait à mon épaule et parlait d’avenir.

J’ignorais son visage.
Je ne me souviens que de ses lèvres
tant il y avait dans l’air d’étranges insectes lents
qui ressemblaient à des grains légers de riz.

Il y avait une femme qui riait sur mon épaule
et j’étais comme un arbre
emporté par un oiseau.
Je ne sais plus où je vais.
Le temps des fleurs est consommé

 

.

 

EDMOND JABES

 

.

 

Alaoui_Guerra_2

Oeuvre et Photographie Yasmina Alaoui, Marco Guerra

NOTES INTIMES

0
0

"En ce temps-là, j'étais jeune et j'avais soif: il m'a donnéà boire. J'étais jeune et j'étais laide: il m'a fait croire que j'étais belle. J'étais sage et j'avais froid, j'avais peur et je tremblais, je craignais Dieu, je craignais les gens, je craignais mon père et ma mère, je me cachais en moi, je me cachais dans l'ombre, je me cachais en Dieu pour n'être pas trouvée: il m'a prise et ramenée sur la terre en plein soleil. J'avais dans le cœur une grâce, une fleur serrée, qui n'osait pas s'ouvrir: il l'a fait épanouir sur le pas de sa porte. J'avais dans le cœur un poème: il lui a donné la volée, il lui a ouvert le monde. Il m'a apprivoisée comme un petit oiseau sauvage et je suis venue manger dans sa main. Il m'a fait goûter la graine des champs, le miel de tous les poètes et de tous les pays, le lait de la tendresse humaine, la beauté des humbles choses, des humbles êtres. Était-ce moi, cette fille couronnée, sur les sentes des bois, sur la route et dans les rues de la ville?"

 

.



MARIE NOËL

.

 

Albert Watson2

Photographie Albert Watson

LE BONJOUR ET L'ADIEU...Extrait

0
0

Je viendrai mordillant une brindille de thym
fleurs minuscules d'un ciel accouru
ô terre en quelle nuit est né ce désir?
Je viendrai faire éclater ce cri
qu'il ne perde pas dans la longue fuite d'espace
quand se creusent et s'effacent les barrières...
Quand viendras-tu?
le chardon est jeté au feu
la poussière roule sous la porte
Ô paysage je t'ai rêvé trop démuni
traînant ma faim de toi
jouant de ce retour mais on ne guérit pas
de la blessure irréparable
un peu de vent qui frôle mon épaule
me lègue ton parfum.

.

 

PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

.

 

michelle anderson2,

Photographie Michelle Anderson

 

 

L'ARRACHE COEUR...Extrait

0
0

la paix trouvée d’un silence d’amour
je reviendrai
voyageur infatigable
vers la source douloureuse toujours
indivisible
de ton sourire

.

 

FRANCIS ROYO

 

.

 

Elin Danielson-Gambogi2

Oeuvre Elin Danielson-Gambogi

HERBES HERBES

0
0

herbes herbes
à quels vents ployées coupées
sur quel autel
en longue mémoire de nos moissons
la faux
nos vies usées
pierres mortes que plus un sel n’avive

je regarde devant
le futur libre de nous
la route si étrange maintenant
qui conduit nos paupières en ailleurs
pays sauvage que nous aimions
les ronces les étangs
les bruyères abstraites le sablier

je tremble

et le seul néant entre nous rameute sa chiennerie

on m’attend
la porte est lourde
la pousser m’illumine

 

.

 

FRANCIS ROYO

 

.

 

don smith photography2,

Photographie Don Smith Photography

BAB ASSALAM - CHECK POINT

APPEL ...Extrait

0
0

« J’ai rêvé d’une vie profonde, intense comme l’éclair. Lourde parfois et pénible à porter, mais plus riche, mais plus vraie que le lent déroulement monotone des jours qui suffit à trop de gens. Tout mon être se révolte contre la banalité de ces existences sans ferveur et sans merveilleux. Mais je rejoindrai ceux qui résistent et nous l’emporterons… Je cherche le soleil, je cherche l’humanité fraternelle. Je n’enterrerai pas mes rêves de jeunesse. Je veux une vie libre et pure, ouverte à l’inconnu et sans préjugés, une vie de ferveur, qui se renouvelle et se crée sans cesse. Je hais la stabilité, l’immobilité sombre. Je hais la mesquinerie, je hais la sécheresse de cœur… Je lance mon appel à tous ceux qui ont saisi l’infini dans la poussière des chemins…. »

 

.

 

COLETTE GIBELIN

 

.

 

Remedios Varo Energia Cósmica - 1956

Oeuvre Remedios Varo

Energia Cósmica - 1956