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ECLATS DE VIVRE ...Extrait

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Chairs en feston

au grand soleil

charniers que hument

lune &vents

fumées

que happe le néant

 

Sorts que lâche le noir

Morts que mâche la terre

si près du ciel des radicelles

qui boivent leur prière

 

Sommeil effrayé

sur les seuils

Portes forcées

 

Pires que loups

& bien moins qu'hommes :

ceux qui égorgent

& qui éventrent

tout ce qui dans l'ombre respire

 

Afflux de fange dans leur coeur

fleuve de sang dans leur sillage

thrène des mères qui devient

cette ample douleur animale

cette haine infinie

où les noms

perdent leur soleil

 

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RAYMOND FARINA

 

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marianne-catzaras1,

Photographie Marianne Catzaras

MAMAN, J'AI OUBLIE LE TITRE DE NOTRE HISTOIRE...Extrait

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Aux 343 « salopes » et à leur beau combat

 

 

« Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. »
Evangile selon saint Jean

.

 

La pilule n’existait pas encore et elle était donc amère pour ces femmes qui avaient eu le malheur d’aimer simplement un homme « interdit » ou un de ceux qui passent très vite. Elle était donc amère pour ma future mère, embarquée pour la troisième fois (au moins) avec un petit œuf au creux de ce ventre que j’ai toujours connu rond comme si Maman portait, en pénitence, ses grossesses pour la vie.
Elle habitait la campagne. Elle était déjà fille-mère deux fois, autant dire pour ce village de trois cent âmes bien catholiques et bien nées, « putain ». D’ailleurs, il dut y avoir encore avant d’autres promis ou promises à la vie en dehors de mes deux grandes sœurs qui avaient, elles, tenu leurs promesses… car Maman connaissait alors, comme elle me le raconta bien plus tard, un « truc qui marchait » parfois et pouvait empêcher à jamais le petit œuf de marcher justement : oh non pas de ces histoires d’aiguilles à détricoter mais plutôt une histoire de botte de foin sans aiguille.
Quand la « petite graine » restait accrochée, quand Maman ne « voyait pas », elle se mettait à faire du sport. Simplement. Elle avait même inventé une nouvelle discipline qui ne fut jamais admise par les imbéciles du Comité au rang de discipline olympique : le saut de bottes de foin. Et Maman s’entraînait dur, très dur.
Elle empilait les balles de foin et puis sautait tant qu’elle pouvait du haut de ces Tours de Pise improvisées. Elle s’est ainsi entraînée plusieurs semaines mais n’a pas gagné la médaille. La preuve… c’est que je peux vous raconter tout cela.
C’était un duel entre elle et ce petit oeuf idiot qui allait lui pourrir la vie. Il fallait un choc violent pour que «ça se décroche ». Mais je tenais bien les chocs et je m’accrochais déjà comme je pouvais à mon petit bout de ficelle ou à je ne sais quoi12. Elle s’entraîna donc tant qu’elle put et finalement elle se résigna à sauter… sur la première occasion de déménagement venu. Direction le Nord afin d’éviter que les langues se délient à nouveau pour la lapider de leur horrible venin quand je me délierais de moi-même pour le plongeon dans la vie. « Courage, fuyons ! », puisque désormais elle pouvait dire « nous » en parlant d’elle.
C’est ainsi que je suis né bien loin du lieu de ma conception et je n’eus jamais, de la part de Maman, d’explications très plausibles sur celle-ci. Mon père était mort au front en Indochine ; il était marié de plus à une femme qui était internée et n’avait donc jamais pu divorcer pour vivre avec la mère de « ses » trois enfants… Maman aurait fait, à coup sûr, une excellente romancière. Quand on lutte contre l’opprobre, contre l’injuste opprobre, cela crée bien des talents et on réinvente sa vie à chaque pas. Pour moi, j’ai dû me faire romancier pendant plusieurs années en me fabriquant un papa à ma mesure contre cet horrible parâtre que Maman installa ensuite auprès de nous. Je racontais même à mes copains que Papa, mon vrai papa, me parlait parfois depuis son pays des non-revenus.
Je n’ai appris la vérité« officielle » que bien des années plus tard. Mais je me suis toujours dit qu’une vérité plus « officieuse » pouvait être plus horrible encore. Mieux valait ne pas trop fouiller… dans le linge sale de notre famille.
Mais pour ce qui concerne les balles de foin, Maman m’a bien raconté. On m’a souvent dit qu’elle n’aurait pas dû. Quel manque de psychologie, vraiment ! Le mal qu’elle avait pu me faire! Bon, il me semble que j’ai survécu là encore. Et que ce fut peut
être moins douloureux et dangereux que ces sauts sans parachute que j’avais affrontés.
Bien sûr, il y en a qui ont profité, des années durant, de ce passé qui aurait pu n’être même pas un passé. Puisque j’avais failli ne pas exister, autant admettre que je n’existais pas et me tenir pour quantité négligeable. Presque un « résidu de fausse couche » comme on disait à une époque. Déjà que je ne sortais pas de la cuisse de Jupiter !
On peut toujours donner des leçons. Traiter ma mère de mère « indigne ». Mais une mère indigne qui aura élevé, avec les moyens du bord et contre vents et marées, les quatre enfants qui restèrent finalement accrochés à son ventre. Aux vertus que l’on exige chez une mère célibataire… connaît-on beaucoup de femmes mariées qui fussent dignes d’être ces « putains » que l’on méprise ?...
Maman misère… Je t’écris aujourd’hui comme si tu étais là encore, toi qui as décroché, depuis déjà bien longtemps, de cette vie que tu as toujours bue sans sucre comme tu le disais. Je ne peux et ne pourrai jamais t’en vouloir, même un peu. Je ne pourrai jamais te juger, avec cette poutre que j’ai dans l’œil, mais au contraire je te remercie d’avoir mal sauté finalement, de n’avoir pas gagné ce premier combat contre moi.
On m’a traité de « bâtard » mais j’ai appris, par la bouche de mon grand maître de littérature, que souvent, à l’époque romantique, les bâtards pouvaient devenir aussi des héros. Je me suis ainsi trouvé un petit frère du nom de Gavroche, avec qui je suis parfois le nez dans le ruisseau, et un grand frère du nom de Julien. Ce dernier m’a même donné des leçons d’«énergie sorélienne » et je pense souvent à lui, même s’il n’a plus la tête sur les épaules.
Et puis, comme il y a des soldats inconnus, il faut dire qu’il y a pas mal de bâtards inconnus que les mamans déshonorées n’honorent guère. Toi, tu as su « me reconnaître »13. Même si j’étais un garçon quand tu aurais préféré une fille (c’est vrai que les garçons ne t’avaient pas fait de cadeau, ou plutôt t’en avaient fait un peu trop…). Même si la sage-femme qui t’a accouchée t’avait promis que cela ferait de la « belle chair à canon » vingt ans plus tard. Ça encore, tu me l’as dit et tu n’aurais pas dû, paraît-il…
Des décennies après, je suis toujours là. La chair s’est flétrie sans que les canons passent. Ça ne fera plus jamais de la « belle » chair à canon. Merci, l’Europe ! Vingt ans plus tard, je n’ai pas connu la guerre redoutée mais les canonnades espérées de la parenthèse enchantée. Après la loi Neuwirth, les hommes y allaient toujours la « fleur au fusil » mais ne laissaient d’autre trace, sur le bord des routes où ils passaient, que quelques innocents pétales. Les aiguilles à détricoter pouvaient se faire plus rares, même si elles ne rouillaient pas encore toutes dans les placards, et il n’était plus besoin, vraiment, de reconnaître la discipline sportive que tu avais inventée.
La pilule n’était pas amère mais quotidiennement heureuse. Il n’était amer que de l’oublier. La maladie qui avait emporté Baudelaire, Maupassant ou Nietzche se soignait comme un rhume et si l’urine était parfois chaude à force de mettre son « zobe dans des coinstots bizarres »14, quelques antibiotiques vous aidaient à la refroidir au plus vite. Pour la première fois de l’histoire, les femmes pouvaient offrir, sans trop d’appréhension, leur plus belle rose juste pour un sourire. C’était simplement beau. Bien sûr, il convenait toujours, et heureusement, de ne pas oublier, comme un vêtement inutile sur le porte-manteau, le respect dûà l’autre. Dieu, s’il existe, pouvait admirer, sans honte, sur son écran multicolore, une partie de sa création batifoler librement. De belles séances érotiques auxquelles j’ai pu moi-même participer comme simple
figurant… C’était sans chichi et sans tralala mais le coeur était bien au rendez-vous de ces « amours d’antan ».
On a même pu penser qu’il suffisait de faire l’amour pour « changer la vie »… Ça le grand frère Rimb’ n’y avait pas pensé. C’est que le cerveau de nos vingt ans se reposait où l’œil se posait. Après tout, il est de plus terribles illusions. Et mes copains qui terminaient leur copie de philo au bac par un « Vive le marxismeléninisme ! » pourraient maintenant en témoigner.
Souvent, alors même que tu t’éloignais à toute vitesse de ce monde, je pensais à toi tout en jouant à touche-pipi dans les bras de mes petites copines d’un soir et de toujours. Nous nous aimions, même si ce n’était que le temps d’une nuit infinie. Nous nous respections et nous ne nous mentions jamais.
Je pensais à toi, Maman, et à ce bonheur simplement innocent, ce bonheur sans peur et sans reproche que tu n’avais pas connu.
Que tu ne connaîtrais jamais.

 

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GUY ALLIX

Librairie Galerie Racine 2008

 

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HENRI BOUTET7

Oeuvre Henri Boutet

 

 

 

FEUILLETS D'HYPNOS...Extrait

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 La contre-terreur c’est ce vallon que peu à peu le brouillard comble,

c’est le fugace bruissement des feuilles comme un essaim de fusées

engourdies, c’est cette pesanteur bien répartie, c’est cette circulation

ouatée d’animaux et d’insectes tirant mille traits sur l’écorce tendre

de la nuit, c’est cette graine de luzerne sur la fossette d’un visage

caressé, c’est cet incendie de la lune qui ne sera jamais un incendie,

c’est un lendemain minuscule dont les intentions nous sont inconnues,

c’est un buste aux couleurs vives qui s’est plié en souriant, c’est l’ombre,

à quelques pas, d’un bref compagnon accroupi qui pense que le cuir de

sa ceinture va céder… Qu’importe alors l’heure et le lieu où le diable

nous a fixé rendez-vous.

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RENE CHAR

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CHAR

 

 

 

LAMENTACION

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Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

 

Prodigiosas palabras jóvenes

para herir los oídos viejos.

Maravillosas melodías,

cantos inéditos.

Hemos cantado todos juntos

y hemos llorado en el silencio.

Aprendimos muy dura ciencia

a costa de los propios sueños.

 

¡Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

¡Hemos salvado tan alegres

los sombríos presentimientos!

Hemos amado cada tallo,

cada frío harapo de invierno,

cada gota de madrugada

con tan loca avidez, sabiendo

que éramos carne de una fábula

que alguien vivía en el misterio!

Tan hermosas canciones! Ráfagas

tan ardientes que nos hirieron.

 

 

Música de astros interiores

que nacían en nuestro reino.

Flautas tañidas, en la tarde,

por las manos vagas del sueño.

¡Y tantas limpias hermosuras

como cayeron!

Y girar sin fin en el alba

con la oscura palabra dentro,

con el cantar a flor de vida

ignorando el remoto término.

 

¡Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

Y miramos cómo en el aire

vuela la música sin dueño,

sin que podamos apresaría

con nuestros torpes instrumentos.

 

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JOSE HIERRO

 

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frede & vous,

Photographie Frede & Vous

LAMENTATION

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Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

 

Prodigieuses paroles jeunes

pour heurter les ouïes vieilles.

Merveilleuses mélodies,

chants inédits.

Nous avons chanté tous ensemble

et nous avons pleuré dans le silence.

Nous avons appris une dure science

au détriment de nos propres rêves.

 

Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

Nous avons évité si gaiement

les sombres pressentiments !

Nous avons aimé chaque pousse,

chaque froide guenille d’hiver,

chaque goutte de petit matin

avec une avidité si folle, conscients

que nous étions la chair d’une fable

vécue par quelqu’un dans le mystère !

Tant de belles chansons ! des rafales

si ardentes qu’elles nous ont blessés

 

Musiques d’astres intérieurs

qui naissaient dans notre royaume.

Flûtes jouées, le soir venu,

par les mains vagues du rêve.

Et tant de beautés si limpides

qui sont tombées !

Et tourner sans fin dans l’aube

avec la sombre parole au-dedans,

avec le chant à fleur de vie,

ignorants de la fin lointaine.

 

Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

Et nous regardons dans l’air

voler la musique sans maître,

sans que nous puissions la saisir

avec nos instruments maladroits.

 

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JOSE HIERRO

Traduction Claude de Frayssinet

 

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thami 4

Photographie Thami Benkirane

benkiranet.aminus3.com

SOHRÂB SEPEHRI...Extrait

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Moi dans cette obscurité
Je songe à un agneau lumineux
Qui viendrait paître l'herbe de ma fatigue.

Moi dans cette obscurité
Je vois le prolongement humide de mes bras
Sous la pluie
Qui mouilla les premières oraisons de l'homme.

Moi dans cette obscurité
J'ai ouvert la porte aux prairies antiques,
Aux ors que nous contemplâmes sur le mur des mythes.

Moi dans cette obscurité
J'ai vu les racines
Et au tout jeune buisson de la mort, j'ai expliqué l'eau.

 

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SOHRÂB SEPEHRI

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COUVENT

Couvent St François , Nonza, Cap Corse

MON AMOUR...

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Mon amour,

le désespoir est une discipline du soir

de ce moment soudain léger où les poids semblent envolés

de ce moment perfide dont j'essaye d'écrire la couleur

Mon amour,

l'ivresse des choses uniques installe sa dentelle

La vie soudain exaltée est sublime et dérisoire

Tu entres dans l'inconstance du temps,

les solides se liquéfient,

l'air est sensible au geste

 

...

 

Mon amour,

j'ai parcouru toutes les pages

en vain mais sans regret,

étais-tu là,

tapi dans la pénombre des lettres usées,

dans ces signes si fragiles dont le parcours m'est familier,

cette avenue prendra-t-elle fin,

quel livre encore à lire

pour y trouver cette goutte de l'élixir secret,

mon amour,

inconnu,

infiltré dans les rainures des parois de calcaire,

glissant entre les platanes tachés,

attendant ton tour dans la foule de la procession domestique,

je n'abandonne rien au hasard

 

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FUMI YOSANO

 

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anja matko

Photographie Anja Matko

 

 

 

GUISANE...Extrait

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Ecrire,

c’est poser sur la mélancolie du miel.

C’est placer la ruche de vivre au cœur de l’abeille des jours.

Ecrire,

c’est se placer sous l’ombre latérale de la lune.

Invoquer sa puissance minérale.

Partager la ligne inconnue des étoiles avec les fourmis et les passants de l’herbe.

Ecrire,

c’est dire un monde qui hésitait à naître.

Il y a dans chaque ruelle du sens et des fragrances.

Ecrire est une femme d’argile.

Puissante et visionnaire.

Ecrire est un homme d’ambre.

Qui dans son silence détient la clef du passage.

Ecrire,

c’est pousser une porte.

C’est traduire la brume de l’âme.

Ecrire,

c’est entrer dans la fratrie des humains.

Partager le sel et l’ocre de la terre.

Partager la souffrance et le miroir d’une joie humble.

Partager l’intérieur avec la ligne d’horizon du grand imaginaire des hommes.

Ecrire,

c’est donner. C’est prendre.

Et restituer la parole dans un frémissement.

Ecrire,

c’est oublier des milliers de mots pour choisir le mot juste.

Celui qui ouvre le ciel dans sa densité et son mystère.

Ecrire,

c’est donner une chance à l’ange de demeurer dans l’intégrité du don.

Ecrire,

c’est la vie et la mort.

Le soleil et la pluie rouge.

Ecrire,

c’est pour chacun le lien précieux avec l’inventaire du temps qui passe

et la mémoire d’une vie.

Ni grande. Ni petite. Ni sublime. Ni insignifiante.

Une vie dans la lumière acquise et dans l’ombre redoutée.

Ecrire

est une pierre précieuse dans l’incarnation d’un tout petit caillou.

Qui contient à la fois l’humilité et le point-virgule de l’éternité.

 

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© PATRICK CHEMIN

(2013)

 

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pat

CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS...Extrait

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Îles que j'ai habitées
vertes sur des mers immobiles.

D'algues sèches et de fossiles marins
les plages où galopent fous d'amour
les chevaux de la lune et des volcans.
Au moment des secousses,
les feuilles, les grues assaillent l'air :
dans la lumière des alluvions
brillent des ciels chargés ouverts aux astres ;
les colombes s'envolent
des épaules nues des enfants.
Ici finit la terre :
avec de la sueur et du sang
je me construis une prison.
Pour toi je devrais me jeter
aux pieds des puissants,
adoucir mon cœur de brigand.
Mais traqué par les hommes
je suis encore en plein dans l'éclair,
enfant aux mains ouvertes,
aux rives des arbres et des fleuves :
ici la latomie féconde
l'oranger grec pour les noces des dieux.

 

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SALVATORE QUASIMODO

 

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REZVANI8,

Oeuvre Serge Rezvani

http://www.sergerezvani.com/

 

 

L'EAU ET LES RÊVES, ESSAI SUR L'IMAGINATION DE LA MATIERE....Extrait

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« Pour qu’une rêverie se poursuive avec assez de constance pour donner une oeuvre écrite, pour qu’elle ne soit pas simplement la vacance d’une heure fugitive, il faut qu’elle trouve sa matière, il faut qu’un élément matériel lui donne sa propre substance, sa propre règle, sa poétique spécifique. Et ce n’est pas pour rien que les philosophies primitives faisaient souvent, dans cette voie, un choix décisif. Elles ont associéà leurs principes formels un des quatre éléments fondamentaux qui sont ainsi devenus des marques de tempéraments philosophiques. Dans ces systèmes philosophiques, la pensée savante est liée à une rêverie matérielle primitive, la sagesse tranquille et permanente s’enracine dans une constance substantielle. Et si ces philosophies simples et puissantes gardent encore des sources de conviction, c’est parce qu’en les étudiant on retrouve des forces imaginantes toutes naturelles. Il en va toujours de même : dans l’ordre de la philosophie, on en persuade bien qu’en suggérant des rêveries fondamentales, qu’en rendant aux pensées leur avenue de rêves. »

 

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GASTON BACHELARD

 

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rezvani-peinture2

Oeuvre Serge Rezvani

http://www.sergerezvani.com/

 

FERNANDO PESSOA

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Moment imperceptible,
à quoi ressembles-tu, car
il y a en moi maintenant quelque chose
qui ne finira jamais.

Je sais que les années passant,

de cela je me souviendrai
sans savoir alors de quoi il s'agit,
car maintenant déjà je ne le sais pas.

Même si un tel moment n'était rien,

il en reste quelque chose
qui me sera doux encore
quand je ne me le rappellerai plus.
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FERNANDO PESSOA
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pessoa

THE ALLMAN BROTHERS BAND WITH GUTHRIE GOVAN - STORMY MONDAY

LETTRE A LA FEMME AIMEE AU SUJET DE LA MORT

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Je veux te dire cette sorte de secret

qu’on ne lit qu’en soi loin

derrière les paupières fermées

longtemps après que sur le cercueil

se sont reformés les liens du jour

 

tes morts ne sont qu’à toi


toi seule sais leur nom véritable

celui qu’on n’écrit pas aux registres

parce qu’il n’est signe dans nulle langue humaine

et qu’il n’est pas d’oreilles pour la voix qui le dit


toi seule les vois tes morts

hors leur visage de cendres

et les vois sans faillir dans l’absence même

toi seule l’ombre plus claire dans l’ombre

où leur regard paraît


et l’exacte main de douceur sur ton front

pareille au flux des herbes dans la brise

toi seule la reconnais

qui n’est pas la matière des songes

ni comme le souvenir appariée au désert


toi seule sais

la douceur des morts qui t’appartiennent

car tu es né de leur douceur

et tu prolonges dans chacun de tes gestes

la douceur qui fut le pli heureux de leur vie

à tes yeux désormais

de voir clair dans la transparence

que fait leur disparition

à toi de comprendre dans la vie requise

l’effacement et le soleil unanimes

ta joie volontaire

et la beauté sans volonté des choses


comme endormis tes morts rêvent à tes côtés


tu ne guériras pas de leur nuit

mais tu accompliras

comme l’île continuant la terre où elle n’est plus

leur part perdue

car fille des tes morts

tu es ce qu’ils ignoraient d’eux-mêmes

 

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JEAN-PIERRE SIMEON

 

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La_Jeune_Fille_et_la_Mort-Marianne_Stokes-

Oeuvre Marianne Stokes

 

 

 

 

 

HOMMES ET BÊTES...

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A toi Centaure, à ta moitié humaine ;
A vous chimères, et monstres incomplets ;
A vous, hybrides, à vous énergumènes,

que l'on traite d'impurs ou d'imparfaits ;
Nous rallions nos cœurs, nos âmes pleines,
Tous dans un même élan pour entonner
Cette chanson où l'on s'est retrouvé
A ce refrain toujours nous ramène :

Hommes et bêtes, venez dessiner

La carte de notre voyage immense,
A l'impossible on est destiné

Sur tous les chemins de TransHumance

La terre sous nos pieds comme semelle
Sur nos têtes les cieux comme chapeau
Partout ensemble nos âmes se mêlent
Aux étoiles pour faire un grand troupeau
Et transportés par tous les vents rebelles
Unis par nos souffles et nos sabots
Nous vous laissons bannières et drapeaux

C'est l'aventure qui nous appelle !
Hommes et bêtes, venez dessiner

La carte de notre voyage immense,
A l'impossible on est destiné

Sur tous les chemins de TransHumance

Que vaut un homme s'il est seul au monde
Si la terre n'a que lui à porter ?

Que peut une étoile, si, à la ronde
D'autres soleils ne la font pas briller ?
Dans les cieux sur la terre ou bien sur l'onde

Ne soyons plus qu'une grande marée !

Les éléments n'auront qu'à se plier
Au tumulte de nos pas qui gronde !

Hommes et bêtes, venez dessiner

La carte de notre voyage immense,
A l'impossible on est destiné

Sur tous les chemins de TransHumance

 

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MANU THERON

 

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frida khalo2

Oeuvre Frida Khalo

UMAR TIMOL

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Avec ce qu’il lui reste de sang,

il façonne l’argile de vos lèvres.

Avec ce qu’il lui reste de rêves

il façonne les paysages de vos exils.

Avec ce qu’il lui reste de larmes

il façonne ces fleuves qui dénoueront vos blessures.

Avec ce qu’il lui reste de mots

il façonne des poèmes pour que l’éternité puisse vous étreindre.

Avec ce qu’il lui reste de souffle

il façonne la genèse d’un corps,

 le vôtre, que le deuil n’osera effleurer.

Avec ce qu’il lui reste de silence,

il façonne ces cathédrales qui encenseront vos paroles.

Avec ce qu’il lui reste de désirs

il façonne ces terres peuplées par vos extases.

Avec ce qu’il lui reste de nostalgie

il façonne ce temps qui n’est autre que le temps de votre être.

Avec ce qu’il lui reste de solitude,

il façonne ces versets qui consoleront toute solitude.

Avec ce qu’il lui reste de force il façonne ce miroir,

- plus ample que nos nuits -, que votre beauté ne cessera d’éblouir.

Avec ce qu’il lui reste de révolte,

il façonne les sacrilèges qui conjureront la mort.

Avec ce qu’il lui reste d’amour,

il façonne une âme, pas votre âme-sœur,

mais une âme parfaitement semblable à la vôtre,

devenue son âme, qui ne cessera de vous contempler et de vous aimer.

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UMAR TIMOL

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ciels

 

AGNES SCHNELL

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Les jours ont perdu
parfums et couleurs
jusqu'à leur nom.
Le vent se traîne
sur l'ombre rougie
le souffle cherche les voiles
et la carène,
toi tu refuses de lâcher prise.

Voici la sente nue
où tu scandais par ton pas
un bout de poème,
l'harmonique lente
de quelques vers impérieux.

Derrière la brume,
le quotidien
dont tu t'ébrouais
avec insolence.

Derrière la brume,
tes songes rocailleux
tes mots tendres
que tu t'efforçais de nouer
à mains nues.

Mais qui retient le vent ?

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AGNES SCHNELL

 

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Monserrat Gudiol4,

Oeuvre Montserrat Gudiol

DERISOIRE

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Voici que déjà mon nom
s’efface
et rompt avec la partition
que j’avais déroulée.

Je l’ai jouée à m’y perdre
a cappella
à l’envers sans répit.

Les mots retournent aux lettres
et les lettres aux signes
réseaux hâtivement bâtis
entrelacs de lignes coléreuses
de points évasifs ou mourants.

Voici que déjà s’amenuise
l’espace tel un feu
que l’on couvre brusquement,
des pattes d’oiseaux
sur l’humidité du sable,
le fantôme d’un arbre
où le vent reste prisonnier.

Que c’est étrange !

Alice aux cheveux blanchis,
on cherchait un lieu
d’écriture lente
où déposer nos mains lassées…
On voulait passer
non comme passent les choses
mais traverser aller plus loin
de l’autre côté.

On a changé de train
en route
et on ne sait pas dans quel sens
il est dirigé.

Au loin la sibylle
noie la mer
dans ses yeux glauques.
Au loin elle appelle
mais son chant
est moins beau que l’écho
moins prégnant
que le cri des hérons
ou des palombes.

Montent alors
peurs et fièvres
comme dans l’enfance
quand on était tout petit
au fond d’un lit.

Que c’est étrange !

On craint soudain
les fissures de l’ombre
la mort de vieux amis
la lumière rongée mitée…
Ce serait peut-être l’autre côté
des choses
mais pas celui
qu’on attendait.

Alors on étreint
le vent qui flagelle
la source et les nœuds
et l’arbre trop grand
et la forêt telle une mer trompeuse
qui rougit
pour dire ses marées.

On étreint
jusqu’à la nausée
pour prendre appui
pour avoir prise
pour revenir…

On émerge de l’érosion
de la rumeur où se conjuguent
les cris de l’autre
le chant de l’eau et de l’automne
et les mots
en un poème
essoufflé…

 

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AGNES SCHNELL

 

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Delmeire François-xavier2

Oeuvre François Xavier Delmeire

http://reivaxbd.wix.com/collage

DU MENSONGE A LA VIOLENCE...Extrait

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La tromperie n'entre jamais en conflit avec la raison, car les choses auraient pu se passer effectivement de la façon dont le menteur le prétend. Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le menteur possède le grand avantage de savoir à l'avance ce que le public souhaite entendre ou s'attend à entendre. Sa version a été préparée à l'intention du public, en s'attachant tout particulièrement à la crédibilité, tandis que la réalité a cette habitude déconcertante de nous mettre en présence de l'inattendu, auquel nous n'étions nullement préparés

 

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HANNAH ARENDT

 

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MENSONGE

UN SI LONG PARCOURS...Extrait

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A la fin il y aurait la mer, visage déchirant, comme un grand désert violet, lente, très blanche, et musicale, peut-être un peu blessée, mais si remuée de soleil.
Et au-delà, cette matière nue, ce sel de désirs.
Toi, ma désarmée d’avant saison, mon indécis parmi les ronces, nous avançons dans les rires gonflés de questions, avec l’entêtement absurde des hublots.
Paupières battantes, la joie.
Toi, mon grand délire d’extrême raison, ma déchirée solaire, ô dites moi cet espoir insensé, et l’aube vive comme un chant de coquelicots.
A la fin peut-être nous pourrions être heureux ?

 

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COLETTE GIBELIN

 

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ode

Oeuvre Ode

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VIVANTE PIERRE...Extrait

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Frémissements de galets
lavés par la marée
Fissure en marche vers l’aurore
Quel vent des origines anime la matière
insuffle la vie
à la roche blessée ?

 


Alluvions, sédiments,
éboulis, effritements
Le temps gerce la chair minérale,
s’infiltre dans l’énigme
O mémoire du monde
close comme un fruit mûr
avant la chute.


Cœur de granit
et regard transparent du cristal
accrochant la lumière
pour ne pas renoncer
Turquoises, saphirs, opales
Ultimes flamboiements
des grandes forces telluriques


Stries, strates,
rayures vitales,
entassements millénaires
Le temps invente les fossiles
comme des étoiles oubliées


Et nous, imaginant bâtir d’éternelles montagnes
Nous, semant les cailloux de nos songes
Que sommes-nous sinon statues d’argile
et de sable, et poussière
périssables, comme la pierre
Nous, laves et scories
explosions et fragments

 


Lentement
une parole pétrifiée
sculpte la grotte aux statactites
et traverse
dans la nuit des météorites le silence de l’univers
Cependant qu’immobile, et pourtant vif,
travaillé d’énergie
comme un feu nucléaire
impassible, et pourtant écorché,
le rocher ardent
le rocher souffrant,
enseigne la genèse, et l’apocalypse
à qui voudra l’entendre.

 

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COLETTE GIBELIN

 

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Rocher anthropomorphe Corse du sud