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Channel: EMMILA GITANA
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HONTE A LA CHIOURME AGRICOLE ! HONTE A NOUS !

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Que reste-t-il de la consécration de la nourriture et de son partage dont le cérémonial a marqué l’histoire de toutes les civilisations ?
Le sacre du lieu.
Le sacre du feu.
Le sacre du mangé et du bu (âme de toute religion).

Que reste-t-il du sacrifice de l’animal que l’on tue cérémonieusement avec l’autorisation des dieux… puis de Dieu ? Quelques religions exsangues en gardent encore les traces encombrantes et archaïques dans ce monde du vite-mangé, du vite-bu, du vite-baisé, du vite-vécu. Cette nourriture vidée du sacré, vidée de toute mémoire, vidée surtout du contenu magique de sa force transfusée, a permis les pratiques les plus horribles d’une production massive.

« La bidoche » a remplacé l’animal dont nous consacrions la force et les vertus en l’absorbant avec respect. Comment en sommes-nous venus si vite à ce répugnant mépris, à cette désacralisation de ce qui nous environne ? A cette désacralisation de « l’autre » ? Du Grand Tout ? Et donc de nous-mêmes ? Comment sommes-nous passés du compliqué au simple ? Du mystérieux à« l’utilitaire » ? Du chargé au vidé ?

Plongé depuis toujours dans le meurtre, le côtoyant, sachant l’odeur fade du sang, l’homme ne pouvait échapper à la fatalité qui l’obligeait à transfigurer le geste de la mort en un cérémonial qui sublimait cet acte en dialogue avec les Forces Obscures. Il vouait le corps (qu’il soit humain ou animal) à la sacralisation. Chaque parcelle de ce corps appartenait aux dieux… puis à Dieu. Il était impensable d’en faire une marchandise. La valeur de la chair, des os, des viscères, du sang était cosmique. Une parcelle échappée par mégarde au sacrifice pouvait polluer gravement la terre et fausser les desseins du ciel.

Mais voilà qu’avec le nombre et donc l’industrialisation de toute chose, par une brutale mutation, les barrières se sont effondrées. Les interdits ont été balayés par la marchandisation. Tout ce qui jusqu’à présent faisait le sacré, a été ramené aux lois du rendement. Le mystère a quitté les hommes. Et même quand ceux que l’on nomme encore du noble terme d’« agriculteurs » ou de « paysans » (quand on devrait les mépriser puisqu’ils sont devenus des producteurs de « bidoche ») nul pacte avec les forces supérieures ne vient troubler le sommeil d’une humanité indifférente de voir ses anciens nourriciers devenus les gardes chiourmes d’un système concentrationnaire qui n’est pas sans rappeler ces lieux de mort organisée qui feront à jamais la honte d’une humanité entrée en dissidence avec ses nobles aspirations.   

L’homme vient d’échapper à la Loi ! Désormais le « tout est permis » s’ouvre béant devant lui. Le pacte a été rompu. L’ère de la marchandise s’est ouverte à toutes les horreurs ! L’obscurité de l’univers a été balayée. Même le défi envers les Forces Obscures et ses excitantes folies a quitté les rêves d’une humanité qui planifie sa fin. Les choses sont devenues des choses et dans ces choses on compte aussi bien l’homme, ses organes, son sang, que ceux des bêtes, à tel point qu’il se conforte des xénogreffes comme, en attendant, il utilise sans scrupules les organes dérobés à des enfants du tiers monde qu’il sacrifie avec la même indifférence que si c’était des rats.

Sous un  ciel définitivement déserté, cet homme nouveau qu’est l’homme marchandise, s’affaire, usant du vivant comme s’il n’était pas souffrance (donc du sacré). Il accumule du vivant dans les plus horribles lieux d’agonie. Cette « viande sur pied », cette « bidoche », subit les entassements, les transports, les drogues, et pour finir l’abattage dans de telles conditions que ceux qui vivent de cette marchandise tiennent à garder secrètes les minutes honteuses de ce trafic.

De plus, ces bêtes sans nom, exclues peu à peu par ces « agriculteurs-gardes chiourmes » des caractéristiques de leur espèce, sont nourries de farines d’engraissement tirées des carcasses, des os, des abats d’animaux malades dont les protéines sont ainsi « recyclées ». Ce cannibalisme, l’astuce de ces prétendus « paysans », l’étend même à toutes les espèces que l’humanité consomme ! Ces déchets d’abattoirs, ces viandes de morgue, l’homme s’en nourrit indirectement, mangeant du bœuf engraissé de mouton malade, réduit en poudre, mangeant du mouton engraissé de farines porteuses de germes que le mouton a repassé au bœuf et que le bœuf malade a repassé au mouton, au poulet, et pourquoi pas au poisson élevé industriellement aux farines des déchetteries animales ? Et comme rien ne doit se perdre de la chose marchande, le sang recueilli dans les cloaques des abattoirs, l’astucieux « garde chiourme nourricier » le sèche et en fait d’épouvantables engrais dont il enrichit ses productions de fruits et de légumes !

Nous voilà donc maintenant quelques milliards d’humains seuls dans un univers dont nous nions les mystères immémoriaux imaginés par les premiers pensants de notre bizarre espèce !
Rien n’a résistéà la vorace action de l’homme marchand qui a réussi à conquérir ce terrible « tout est permis » dont s’effrayaient nos philosophes du passé.

Serions-nous vraiment contaminés par milliards d’un mal qui s’attaquerait à nos consciences à jamais désertées par le sens du sacré ?

 

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SERGE REZVANI

http://www.sergerezvani.com/

 

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leonora carrington3

Oeuvre Léonora Carrington

CE QUI SE MEURT PARLE PLUS FORT

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" L’abandon se cambre de lui-même. Il nous offre sa face tactile et nous sommes rongés d’une corrida de gestes immobiles. Tout ce qui rompt avec la possession et le sentiment d’appartenance nous dépite. C’est la grande cascade de la mort qui ne se voit pas. L’engagement se débride et nous sommes contraints de nous en retourner seuls tout au fond de nos âmes. L’estocade trempe sa lame dans la nuit d’encre et t’écrire devient un râle, un entre-deux dans le creux de la fracture que je remplis de mots. Tu vois, il nous faut remplir, puis garnir le trou, bourrer le vide. Toute la vie est une fenêtre ouverte sur la promesse.

Nous partons prendre le plaisir au lieu même où il est né. Nous brandissons nos flammes inassouvies comme des étendards, des bannières où le « au secours » est écrit de notre sang. La joie chaotique ruisselle de ses sursauts, libre de ses errances, en quête du langage du rire, du langage universel des langues et des musiques personnelles. L’accès au silence surgit sous la langue et déploie nos eaux de roche comme un torrent de montagne à la fonte des neiges. Nous sommes la transition et l’éveil du monde. Nous sommes dans le devenir de l’ébullition qui fricote avec nos palabres anciennes, avec nos inconnus tramages de l’histoire du monde. Nos cadences ont quitté le soufre des volcans et nos braises deviennent de lentes sensations chaudes qui boivent à nos dilatements. Nous enflons dans l’immobilité du recueillement. Le mouvement agite nos fonds gazeux. La mer se réveille doucement et nos chairs rament dans la chair comme des chaloupes recouvertes par la brume. Nous retournons à l’obscurité et à la lumière dissoute avant de rebondir dans l’écho qui s’arrache de la poudre de l’air. Tu es la membrane duveteuse où s’habille l’ovation du jour qui vient.

Tu es cette miette de lumière qui illumine l’absence première et qui me fait redouter l’abandon sous toutes ses formes. Une douceur merveilleuse remonte de tes yeux clos et je comprends mon impuissance à franchir la distance qui nous sépare. Je m’y résous malgré moi en te supposant proche. Je construis pour toi un espace où le rêve s’épanche jusqu’à tes fragments. Dispersé en fragiles morceaux de cristal, je me détache de l’écorce où tes mots et mes épluchures se sont rassemblés dans le délié des vagues qui t’emportent.

Enfin, ton image sort des ténèbres. Et ton visage plane au-dessus du ruisseau qui parcourt l’encre de mes écritures. Des rafales de mots peignent les grappes de tendresse qui viennent s’essorer sur la page blanche.
J’ai vu des océans se remplir de moelles, j’ai vu ta mort embellir l’existence et des tirades d’amour se bâtir sur l’épreuve des jours.
Et pourtant, là où nous avons été, l’heure est dite.

Certes, il y a nous et ce que nous désirons. Certes, nous sommes hantés par le rêve que nous confions à nos raisons désordonnées. Mais, je suis déterminéà corriger cette foison d’actes inachevés. Chaque écho d’avalanche nous rappelle le lit brûlant de nos fantômes. Toute notre fortune est un caveau à vin pour nos prochaines ivresses. Là-bas, plus loin que la colline, la couture des ombres dessine nos langues meurtries. Et, j’ai déposé mon silence dans le tien.

Le bruit de la résurrection souhaitée frôle l’imaginaire. Tu m’occupes comme une fontaine perdue dans la garrigue. Tu es une trouée au cœur du néant. Des sensations trempent dans la neige et des flocons froissent les mandibules de notre apaisement.

L’amour est-il cette différence dans laquelle nous nous confondons ?

Un bruit d’eau lointain retentit dans l’auge de mon corps. Sans doute de la glace qui fond dans la cave de l’éternité. Un écoulement inévitable transpire dans les ravins de l’absence.
L’obscurité est entièrement désossée par le vertige qui l’accompagne. Le noir est devenu un chemin routinier pour le squelette de la nuit. Je vais à l’aveugle, laissant à mes sens le choix de la route. Regarde-moi, regarde-toi, le jour est en train de revenir et tout persiste à vouloir finir.

Non décidemment, aujourd’hui, il fait trop noir pour imaginer une quelconque dimension. L’essentiel est enfoui dans des a priori nébuleux. Retrouver l’apaisement en t’invitant dans mon esprit serait une gageure. Mon présent est une étuve où s’hérisse la clairvoyance. Tu es une pierre dans mes yeux et le lit du temps y coule comme un ruisselet au milieu de la bouche. Je rampe en moi-même. Dans cet enclos de fumée, quelques scintillements cahotent sur des trajectoires hâtives. Des mélos oscillent entre l’amas de cendre et la brûlure. Un flot de lumière arrêtée discrédite le mouvement des pensées en ébullition. Je vais dormir. Dormir de mes mille yeux fictifs dans les couloirs d’un exil provisoire. Un cristal de roche à l’intérieur de mon ventre répète le temps. Je sommeille auprès d’un bonheur clandestin qui s’émiette. Des meules d’air affûtent les années qui te recherchent. Entre sang et pensées, une musique agite la distance qui nous sépare, et je me heurte encore à ta mort inachevée.

La vie, l’écriture, l’amour : cela se termine toujours dans le sable creusé par le vent. La parole ameutée entre l’ombre et la clarté se presse sur la plage déserte. Il n’y a rien à combler malgré la virginité renouvelée des murmures évanescents. Il est des vides qui ne se comblent pas. Jamais. La terre promise aux cœurs parallèles n’est plus qu’une lande atrophiée où s’interfèrent amnistie et coups de fouet. J’entends sonner la cloche des rémissions sans pour autant qu’une trêve n’écarte du néant la part gouleyante des ténèbres. L’inassouvi se livre à la croisée des terres et de l’eau. Là, un minuscule espace dans lequel s’étouffent les actes inaccomplis. Chaque prière énoncée à tire d’ailes se dissipe dans le cœur sans frontière. Tu dépasses maintenant l’aurore. Tes mains sont des pendules oscillant d’une ombre à une autre. Ton visage est une lune légère qui voile ma mémoire.


L’ardeur de chaque mot se détache du sens donné. Le non-dit bâillonne les lèvres truculentes de l’espoir. Les yeux sont couverts d’images mais les vagues rechutent et les frissons de l’eau troublent mon existence. Ce qui se meurt parle plus fort.

Dans le gouffre des disparus errent des nuits étroites, des espaces étriqués où l’air se ramone tout seul. Le noir, complice du silence, effraie l’enfance de nos cœurs. Qui d’autre que toi peux venir jusqu’ici ? Des limbes sans voix accompagnent le jet de désespérance. J’ai la tête haute, pourtant elle ne dépasse pas les herbes qui m’entourent. Mon enfance dort dans l’abandon des stries inoccupées. J’ai toujours cinq ans lorsque mon ignorance se conjugue à l’abîme. Un remugle d’étoiles grille sur l’horizon décimé et ta mort découpe mon existence au rasoir du vertige. L’adieu de cristal souffre de l’inconstance des anges. Le souffle n’accède pas jusqu’à ton immobilité et il ne remplit plus l’auge de mes dénonciations. J’en viens à vénérer l’ombre qui vomit la lumière. Toute ma vie s’échoue dans l’imperceptible frisson arrachéà la conscience.

Les mots, inutiles prédicats, s’enfoncent dans le tourbillon des heures perdues. Ton fantôme inépuisable fait les cents pas devant les distiques élégiaques de mes parcmètres. Un étrange sentiment est né dans l’absolu. Plus rien ne se saisit dans la brièveté des heures convalescentes. Je t’aime et je m’endors sur le bord de tes marées."

 

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BRUNO ODILE

 

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BRUNO

LE CHANT DE SAMA N'DEYE...Extrait

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...


Ecoute le chant de N’déye

écoute mon chant.  

 

Précipite ton retour

comme l’oiseau qui revient au nid.  

 

Fais de l’éventail de tes ailes

le bouclier qui me couvre et m’abrite

des harpons de leurs désirs,

et que ton souffle couse

les blessures de ma fidélité.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant

 

Ta voix

est le vêtement de mon âme ;

parle, et tu m’habilles,

et tu me déshabilles,

de plus près que ma peau.  

 

De la chaleur de ton souffle

et de la vie de tes mains,

tisse pour l’offrande de mon corps

une tunique de guipure.  

 

Révèle-moi !

par la magie du vertige

de ton sang !  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Mon corps, comme un champ

labouré par ton nom… Sème

dans l’irrigation de mon sang,

et que soient mes veines les routes

où coulent tes racines.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Mon lait naîtra de ton eau,

tu n’échapperas pas à l’aube.

Il n’y a pas d’aurore

que la lueur de mon corps.

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.

 

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LEOPOLD CONGO MBEMBA

 

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ndeye2

SONIA BRANGLIDOR

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Une étrange lumière jaune
Surgie de la page froissée
    D’un très vieux livre
Dessine sur le mur aux oiseaux
L’ombre d’un chant mystérieux
Rêve éveillé sous un bel arbre
L’écorce d’un jeu de mots dits
Le silence se fait mélodie
Pour donner des couleurs aux voyelles
Écrire la musique des larmes de l’automne
Entre mémoire et des espoirs
La poésie au cœur des arts

 

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SONIA BRANGLIDOR

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andres zineb2

Photographie Zineb Andres Arraki

http://www.zinebandressarraki.com/zinebarraki/2011/05/

HERITAGE SENAN

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Nous sommes du pays où la mer et le vent
Ont donné aux rêves des enfants
Le goût salin des pierres usées par les embruns
Et la pluie compagne des chagrins  
Un pays si petit face au grand océan
Qu'on ne voit pas son ombre au couchant
Un trait sur l'horizon fait de quelques maisons
De granit et de brun goémon.
Ici par grand soleil aux langueurs des étés
Peu de plages où l'on vient se dorer
Un nuage effacé ne fait pas oublier
Qu'une vague peut tout emporter (bis)
D'une roche fragile à l'abord des gros temps
Bateau frêle à la cape souvent
Quand la Vieille au levant et l'Ar Men au Ponant
Veillent toujours la vie des Sénans.

Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou

L'Ile de Sein rebelle à l'usure des vents
Tient debout et porte ses enfants
Ceux qui restent l'hiver ou ceux qu'une misère
A poussés vers d'autres continents
C'est la Voix de notre île entendue dans la ville
A l'écho des douleurs de l'exil
Qui unit chaque feuille que la vie éparpille
Et refait l'arbre de la famille.
Ce bel arbre nomade aux branches vagabondes
Qui jetait des ponts vers d'autres mondes
Revient toujours à terre au cœur de l'île-mère
Où ses pas mènent au cimetière
Croisée des grands chemins des vivants des défunts
Quand de loin le passé nous revient
En écriture d'or près d'un nom familier
On découvre « Joie aux trépassés »

Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou

Des pierres du village aux murs des petits champs
Chacun porte héritage d'antan
Quand l'horizon marin vers la Chaussée de SeinPrières Sénanes
Etait pour l'île son grand jardin.
Des siècles disparus le Sénan est têtu
Il a pris Patience pour vertu
Quand du Sud en Guilcher, du nord en « Loup de mer »
Quelqu'un porte toujours nos bannières.
Dans le noir dont les femmes habillent la tristesse
Un îlien voit toujours la tendresse
Qui éclaire sous la Jibilinenn austère
Le beau visage d'une grand-mère
Lui racontant le soir de si belles histoires
Qu'elles sont restées dans sa mémoire
Comme autant de chansons empreintes du breton
Le plus beau, celui de la Maison

Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou

Sur la route du phare où l'on flâne rêveurs
Au Nifran, au Lenn ou au Gueveur
Au Men Brial en vue des bateaux attendus
On jette l'ancre sur l'imprévu (bis)
Le monde se refait dans les bistrots des quais
Où l'on va Iliens ou Paimpolais
Par marées de bonheur ou de mélancolie
On pourrait chanter toute la nuit

Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou

« Qui voit Sein voit sa fin » , « Nul n'a franchi le Raz
Sans connaître ni peur ni Dégâts »
Ces dictons répétés qu'on voudrait oublier
Reviennent à l'heure d'embarquer
D'Audierne ou Douarnenez l'Enez Sun est passé
Par des grains, des vagues déchaînées
Mais l'on garde quand même cette crainte du jour
D'un possible départ sans retour.
Mille roches aux terribles visages
Nous apporte la paix lorsque le vent se tait
Que l'île reprend vie sur les quais
Des ruelles on entend le rire des enfants
Ou Kornog à l'église en passant
Quitter l'île à l'instant s'éloigner du rocher
Ce serait partir à l'étranger

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LOUIS CAPART

 

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N I C H O L A S • J A V E D

Photographie Nicholas Javed

ROLAND TCHAKOUNTE - CHUBATA AFRICA

ESSAIS DE VOIX MALGRE LE VENT...Extrait

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Il faut quelquefois pousser les passants, s'extraire
de la foule, de la rumeur du monde, sans bien savoir
s'il y a mieux à faire vraiment que plonger ici-bas,
s'indigner, s'en tenir au journal, à la bataille utile
après tout contre les mots mis à l'envers,
ou le glaive aberrant : ces larmes
du moins sont vraies, et ne suffisent
pourtant pas. On va glanant
d'autres chagrins plus haut que les pavés, plus loin
que la pauvre terre à notre hauteur. On cherche
d'autres drames dans le jour jaune, on ne sait trop
quelle énigme dans du cristal : si le ciel pleure,
ce que cachent sous leur voilage les tentures des nuées.
Malgré tout ce qu'on peut en dire,
le refus répété du mystère, le clair déni,
maintenant ne suffit pas, la chair humaine semble
le cadre de la lyre - les cordes sont là-bas.

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OLIVIER BARBARANT

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justynia kopania

Oeuvre Justynia Kopania

 

 

 

UNE SUITE DE MATINS...Extrait

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...Tout livre vrai est un
comme cette écriture d'oiseau
sur la vitre que le soleil révèle
nous avons besoin de tracements
sur nos transparences et d'une
certaine lumière à la fenêtre...

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HEATHER DOHOLLAU

 

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tham59,

Photographie Thami Benkirane

benkiranet.aminus3.com

ESPACE TEMPS...

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« Le temps et l'espace vivent et prospèrent aux dépens l'un de l'autre. Quand le premier s'accroît, le second diminue et réciproquement. Tout corps se prolonge dans le temps aussi bien que dans l'espace ; sa tête baigne dans la durée, ses pieds plongent dans l'étendue. L'espace est du présent visible. Le temps est de l'espace qui s'ébranle et devient avenir ou passé.
L'espace, c'est du temps étendu, du temps horizontal ; le temps, c'est de l'espace à pic, de l'espace vertical.
L'espace c'est du temps qui dure ; le temps, de l'espace qui fuit... On pourrait dire que l'espace est le temps de notre corps et le temps l'espace de notre esprit... Presque toujours l'espace est limité par le temps, et le temps est entouré d'espace. Ils confondent leurs frontières et s'évanouissent dans le même inconnu. L'espace existe nécessairement dans le temps ; et, d'autre part, où se tiendrait le temps s'il n'avait pas l'espace ?... Faute de mieux, nous considérons le temps comme le mouvement de l'espace et l'espace comme le repos du temps. En réalité, le temps est aussi immobile que son frère. Nous le représentons comme un fleuve qui coule sans cesse, venant on ne sait d'où, allant on ne sait où. En vérité il n'a jamais bougé ; ce n'est pas lui qui coule, c'est nous qui nous écoulons. »

 

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MAURICE MAETERLINCK

 

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mohamed jaamati

Oeuvre Mohamed Jaamati

 

 

D'ARGILE ET DE SOUFFLE...Extrait

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Il n’existe aucun chemin ;
la quête que nous poursuivons
repose en chaque chose approchée
en chaque instant qui délivre ses clartés.

Le temps ne s’écoule pas. Le temps
brûle à nos côtés, silencieux
et bordé de roc qu’il fissure
lentement, dans le désert intérieur.

Aucun chemin. Juste quelques pas
à la lisière de l’aube.

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HELENE DORION

 

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Jaanika Talts,

Oeuvre Jaanika Talts

J'AI APPRIVOISE UNE MAISON

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J'ai apprivoisé une maison à flanc de colline. C'est une petite maison sans prétention, pas très belle, pas vraiment sauvage non plus mais elle avait sa fierté. Je n'étais rien pour elle. La première fois où je suis venue, j'ai pensé que c'était un lieu où je pourrais me sentir bien. Une hypothèse de départ en somme. Il me fallait un toit et cette maison vide, avec son petit jardin brouillon et sa cour en terre, ressemblait à ce que je cherchais.
Une maison ne peut rien dire bien sûr. Elle est choisie et il est fort probable qu'en général, on ne s'interroge pas sur l'âme des murs. J'ai signé des papiers, montré des feuilles de paie, rassuré ses propriétaires sur ma solvabilité, tout ça. Et puis je suis venue pour de bon, avec mes maigres affaires, intimidée presque. J'ai tout posé en désordre dans son grand salon en remerciant les deux costauds qui m'avaient aidée.
Nous étions seules, elle sur la réserve, me jetant comme un défi son néon brut dans les yeux, moi perplexe, ne sachant pas du tout comment disposer les choses. C'est qu'il n'est pas si facile d'habiter une maison. Les pièces désignées d'office nous guident au début. La vaisselle dans la cuisine. Le lit dans la chambre, les brosses à dents dans la salle de bain. Mais pour le reste ? Je n'ai jamais très bien su faire. Il faudrait sentir l'emplacement de chaque objet comme une invitation. Les murs parlent au regard, les ombres rendent vivante l'intention des lieux. Moins maître qu'on le pense, on se laisse guider par une esthétique domestique, invisible, qui ne parle qu'à nous et que parfois certains ressentent en entrant : " Oh, on est bien chez toi ", alors que franchement, hein, c'est juste une petite bicoque ordinaire avec des meubles ordinaires.
J'ai donc mis le matelas dans la chambre et nous avons passé notre première nuit ensemble. J'ai écouté les bruits du quartier, les grillons dans le jardin (elle n'a pas de fenêtres fermée). Il y avait des chiens furtifs, le caquètement des geckos, des animaux inconnus qui farfouillaient dans les broussailles. Il y avait aussi la course de la lune à la fenêtre, et par moment, le silence de la nuit sur les murs. J'ai ronchonné quand le muezzin a fait hurler son micro avant l'aube, et je crois que ça l'a bien fait rire. La glace était rompue et au matin, sur la murette en béton grossier de la varangue, le café avait une saveur de quiétude. La maison était habitée, une fois de plus, et l'indifférence du jardin tout entier concentré sur le vol des souimangas et des oiseaux lunettes était, malgré tout, un clin d'œil de bienvenue.
J'ai mis du temps à disposer mes quelques étagères. C'est qu'il y avait vraiment très peu de choses, et tout semblait perdu dans cet espace inhabituel. J'ai apprécié très vite d'avoir beaucoup de place pour ce rien. Pour notre plaisir commun, j'ai repeint les murs en blanc. J'ai bricolé quelques petites réparations et en retour, la maison m'a prêté un grand espace tout blanc, tout vide, pour y suspendre mes fantaisies, et un couloir très long pour aérer mes écritures (un bureau, ça confine). Les murs maintenant savent tout de moi et de mes états d'âmes. Je ne leur parle pas, mais un regard suffit. Nous nous comprenons.
Quand je reviens d'ici où là, je vois bien que j'arrive chez moi. Quelque chose m'attend ici, quelque chose de moins évident qu'une présence. C'est peut-être juste l'air, un souffle, la répétition des gestes, de petites habitudes, des trajets infimes, quelques pas – toujours les mêmes. Je ne sais pas. J'appartiens un peu à ce lieu, bien plus qu'il ne m'appartient. Le bonjour du voisin, la manière dont les enfants viennent à ma porte (que je ne ferme pas souvent) me demander des gâteaux, le sourire des femmes qui cueillent le jasmin du jardin, tout cela me relie à la maison un peu plus chaque jour.
Si je ne suis pas tout à fait d'ici, je ne suis pas une étrangère non plus. Je me tiens là, à mi-chemin entre ici et nulle part. Ceux qui ont construit ignoraient bien sur qui viendrait vivre. Mais que ce soit ici avant moi ou après moi, ou encore ailleurs avec moi il y a dix ans ou dans trois ans, c'est toujours une histoire singulière. J'écris sur la varangue la plupart du temps. Je lis dans le hamac. Que faisait Florent, le locataire précédent ? Comment habitait-il ces mêmes murs ? Je me le demande parfois. Peut-être d'autres viendront et ce sera une famille à marmaille ? Différent et unique, toujours.
Il nous faut apprivoiser les murs, le toit, le jardin qui nous accueillent. Une maison ne se donne pas à vivre simplement parce qu'on verse des sous. Petit à petit seulement elle devient notre abri, le lieu qui nous ressemble, le noyau d'un vaste cercle d'où on peut rayonner dans toutes les directions et nous apprenons à l'aimer pour cela. Parce qu'elle est l'un des éléments de notre liberté.
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LEILA ZHOUR
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LEILA2

CHAOS

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Il n'y a personne pour nous dans le monde
tant l’incandescence emporte tout
passage ardent, amour fervent,
j’ai cru à la rédemption des sillons de feu du poème
j’ai cru à la tourmente des ailes de papillon dans la lumière
j’ai cru à la nostalgie de l’enfant du vieil homme et la mer
s’est levée la tempête, le bateau de l’amour s’est heurté au réel
des torches brûlantes ont incendié les habitudes
et nul n’a su dompter les mots de l’horreur

Pour vous les brulées vives
D’avoir résisté au viol
Pour vous les égorgés,
D’avoir osé votre parole

Des monceaux de corps assassinés
Voilà la frontière de l’humanité


Où sont la lune et les étoiles ?
Où est le soleil ?
Où est la galaxie fraternelle
Et la tendre voie lactée ?

Dévastée, les douleurs, les massacres
Notre refus des choses, nos chants
Rien, pas même la pitié
Nous tentons d’inventer la langue
La phrase déchiquetée des chairs,
La violence, la guerre
Nous écrivons dans la terreur du miroir

La crue nous inonde
Et noie nos espérances
dans les tranchées du temps
nous voulons porter la rage de vivre
dans la laine frémissante du désir.

 

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NICOLE BARRIERE

 

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yveline wood ,

Photographie Yveline Wood

 

 

 

DE KATEB YACINE A REZKI RABIA

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L’hymne séducteur du clair de lune évacue les prières sans lumières des passions qui croquent du pain nu entre les actes d’une comédie du bonheur. Quand tout solitaire à la main veuve et vierge est en majesté sous le froc, toute amante désire être aux anges alors que le diable, grelottant d’envie sous les huiles, hue l’humour de se surprendre nu aussi. Quoi qu’en dise, le diable également s’implique de ses farces dans le jeu des proses et le vouloir d’aimer sous les aubes en fuites. Disons, qu’il sait faire causer l’airain sous les temples des références. Dans les temples, la raideur des bustes épurés est incertaine, le marbre avertit du soupire du bronze comme la vague qui renvoie l’écume en flot et nous pousse à sourire alors qu’on est proche des sanglots. C’est dur de déprécier le désespoir conçu de regards reçus et divulguer à l’autre ses pleures anonymes sans avouer que le calvaire est juste et vrai.
Ô ciel ! Je me livre au recueillement des signes anciens, je te renvoie donc mes amours sans flatterie, sans l’extase d’une caresse, leur source s’est tarie à trop vouloir conjurer l’impuissance d’un nain de jardin au sourire osé. Et je jure par les eaux de révoltes conquises à travers les flammes et par la halte de la tempête des poètes, de Kateb Yacine à Rezki Rabia, que ma bouche ruissellera encore des flots du vin admis aux rapsodes fusillés par un doux peloton de jasmins.

Perdu, le sacrifice de Desnos
Revirements et volte-face
Reniements glacials
Deal et compromis
Entre les protagonistes du drame.
Hier, résistants face aux pressions
Au chantage et aux tortures
Aujourd'hui, à genoux
Devant l’exigence du ventre
Et du bas ventre
Prend ta verve kabyle, Rezki Rabia
Ta tâche est d’avance violée
Maudis, dis et maudis
L’ennuyeuse complicité de la mémoire
Corrompue et soumise
Aux conditions et aux traités
Maudis
L’arrogance des concessions insipides
Et les folles ambitions
Roulées dans les quartiers subversifs des tripes

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

 

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Djaffar Benmesbah

AU SUD DU SILENCE...Extrait

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Parce que leurs noms étaient trop larges pour leurs corps d’étrangers

ils se taillèrent des noms de voyage dans le tissu rêche des chemins

 

Des noms pliables sous la peau

pour les villes qui fument leurs hauts fourneaux pour oublier les prairies asphaltées.

 

Sur les cils de la lune il y a de la poussière disent-ils

et ils frappent aux portes des femmes pour retrouver une patrie.

 

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VENUS KHOURY GHATA

 

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temps des rêves,

Caroline Ortoli

 

 

ORIENTALE

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 Trouble sensualité anamnèse de la mélopée
Démence du rythme lancinant
Systole diastole
Blanc le ventre sous l'orange vaporeux d'un voile
L’œil du nombril plénitude ovée
Rouge arabesque noir khôl
S'étire en un regard de connivence
Mémoire-cyclope des origines
Au diapason des accords intimes
Et de la cadence harmonieuse des breloques
Qui tintinnabulent en incantations
Le Merveilleux ensemence l'Absolu
Substance de l'ultime danse
Re-naissance sur l’hystérie du monde

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CAROLINE ORTOLI

 

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danseorientale

 

 

FÊTE DE LA MUSIQUE...KOKO TAYLOR- WALKING THE BACKSTREETS

FÊTE DE LA MUSIQUE...SIA TOLNO - MALAYA

FÊTE DE LA MUSIQUE...TITI ROBIN - CES VAGUES QUE L'AMOUR SOULEVE

ANDREE CHEDID...Extrait

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Au-dessus du Poète
Il y a la Poésie
Cette langue des dieux
Et par-delà
L’imaginaire est Roi
J’étais le Commandeur
De ce domaine
Devenu mon Royaume

Je me rappelle
Les Mots et les Paroles
Je les traque
Et les retraque
Je les attrape
Puis je les perds
Je les rattrape
Puis les reperds
Ont-ils un sens
Ces Mots ?
Ces Paroles ?
Quelle importance
Leur nom est Amour
Et je me nomme Poète.

 

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ANDREE CHEDID

 

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Anna Horvath2

Oeuvre Anna Horvath

 

 

RONDEUR DES JOURS...Extrait

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Comme les hommes, les pays ont une noblesse qu'on ne peut connaître que par l'approche et la fréquentation amicale. Et il n'y a pas de plus puissant outil d'approche et de fréquentation que la marche à pied.

(…)

Le plus magique instrument de connaissance, c'est moi-même. Quand je veux connaître, c'est de moi-même que je me sers. C'est moi-même que j'applique, mètre par mètre, sur un pays, sur un morceau de monde, comme une grosse loupe. Je ne regarde pas le reflet de l'image; l'image est en moi. Le grossissement, c'est au milieu de mes nerfs, de mes muscles, de mes artères et de mes veines qu'il s'écarte. Il n'est pas question de théâtre antique, d'arc de triomphe, d'alignement de pierres tombales : la connaissance que j'ai des choses est aussi entièrement moderne que le battement de mon coeur, et les jouissances de ma curiosité successivement satisfaite me font vivre en leur succession comme les battements de mon coeur. A ce moment-là, le monde extérieur est dans un mélange si intime avec mon corps qu'il m'est impossible de faire le départ entre ce qui m'appartient et ce qui lui appartient. L'instinct supérieur qui accorde le sens de ma vie au flux de mon sang, l'accorde avec la même exquise intelligence à l'architectonie des volumes et des couleurs de la matière dans laquelle je vis et je marche.

 

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JEAN GIONO

 

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serge fiorio1

Oeuvre Serge Fiorio

sergefiorio.canalblog.com