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Channel: EMMILA GITANA
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L'ECRIN VERT...Extrait

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La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent
nuit et jour au fond du ciel –
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs-
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

 

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RABINDRANATH TAGORE

 

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ecrinvert

 

 

L'ARBRE DE VIE DU VIDE...Extrait

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Quand le silence devient-il effectif,
charnellement présent?
Dans l’érotisme, l’oeuvre d’art et la mort :

confondus d’un seul tenant
dans leur propre silence.

Seul le silence de l’amour peut combler
de lumière
les bouches d’ombres de nos pensées.

Le silence fermé sur soi du monde minéral
ne s’ouvre qu’aux racines
de l’arbre de vie du vide.


Ressourcer la parole dans le silence, certes,
mais par moments l’oublier,
s’oublier dans le silence.

Car si la quintessence de l’homme
est aussi illimitée que le silence,
la parole a les mêmes limites que l’homme.

Comment se délivrer de soi-même?
(Ghérasim Luca)

En délivrant l’homme de la langue,
le silence délivre l’homme de l’homme.


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MICHEL CAMUS

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cam

 

 

 

 

LES VAGUES...Extrait

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Tout au fond, le ciel lui aussi devient translucide comme si un blanc sédiment s’en était détaché, ou comme si le bras d’une femme couchée sous l’horizon avait soulevé une lampe : des bandes de blanc, de jaune, de vert s’allongèrent sur le ciel comme les branches plates d’un éventail. Puis la femme invisible souleva plus haut sa lampe; l’air enflammé parut se diviser en fibres rouges et jaunes, s’arracher à la verte surface dans une palpitation brûlante, comme des lueurs fumeuses au sommet des feux de joie. Peu à peu, les fibres se fondirent en une seule masse incandescente; la lourde couverture grise du ciel se souleva, se transmua en un million d’atomes bleu tendre. La surface de la mer devint lentement transparente ; les larges lignes noires disparurent presque sous ces ondulations et sous ces étincelles. Le bras qui tenait la lampe l’éleva sans hâte. Une large flamme apparut enfin. Un disque de lumière brûla sur le rebord du ciel, et la mer tout autour ne fut plus d’une seule coulée d’or.

 ...

Je suis vert comme un if à l’ombre de la haie. Mes cheveux sont des feuilles. J’ai pris racine au milieu de la terre. Mon corps est une tige. Je presse la tige. Une goutte lance, épaisse, suinte de l’orifice de ma bouche, et s’arrondit sans cesse.

 ...

Je frémis, j’ondule. J’ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais solidement enracinée sous l’eau, de sorte qu’on peut s’en approcher sans crainte que le courant ne l’emporte. Et soudain, avec une petite secousse, je me détache comme un caillou se détache de la masse du rocher…Nous nous abandonnons au cours hésitant et lent de la musique, le flot de la danse est arrêtéça et là par des rochers ; il oscille, il s’entrechoque. Nos allées et venues sont enveloppées dans une seule grande figure de danse; elle nous unit. Nous ne parvenons pas à sortir de ces murailles hésitantes, abruptes, sinueuses, parfaitement circulaires.

 

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VIRGINIA WOOLF

 

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femmes

Oeuvre ?

EL ROMANCERO GITANO...Extrait

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Passés les mûres sauvages,
Les épines et les joncs,
Elle a défait ses cheveux,
Aplani pour nous la rive.
J’ai enlevé ma cravate.
Elle a enlevé sa robe.
Moi, ceinture et revolver,
Elle, ses quatre corsages.
Odorant nard, coquillages,
Rien ne se peut voir si fin.
Ni le miroir sous la lune
N’éblouit de cet éclat.
Ses cuisses, qui m’échappaient
Comme des poissons surpris,
C’était le feu tout entier,
Et aussi la fraîcheur même.
Cette nuit-là, j’ai couru
Dans le meilleur des chemins,
Montant pouliche de nacre,
Sans étriers et sans brides.
Je n’ose dire, étant homme,
Les choses qu’elle m’a dites.
Le grand jour de la raison
M’incite à plus de réserve.
Je la ramenai salie
Par les baisers et le sable.
Contre le vent bataillaient
Les iris et leurs épées.

 

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FEDERICO GARCIA LORCA

 

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Ettore Tito 2

Oeuvre Ettore Tito

 

 

 

LE PAROXYSME SEUL...Extrait

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Ecoute
J'atteins de nouveau l'instant nul où l'avant et l'après s'anéantissent,
Foudroyés
Des grains de mimosas m'éclaboussent dans l'ombre
Je n'ai rien à t'apprendre
Je ne dure pas
Je ne perpétue que le défi de chaque seconde
Ne dis rien
Le présent est ce plaisir absolu de n'avoir pas de lendemain
Précédé de rien
Suivi de rien
Total

 

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COLETTE GIBELIN

 

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PIERRE BONNARD

Oeuvre Pierre Bonnard

CARNETS DE MARCHE...Extrait

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Je sens le chuintement des roches

une goutte puis une autre

les oasis minuscules dans les replis

Utah miniatures forgés

à même les schistes verts

superpositions de strates

feuilletés de pâte fine



ça gargouille ça pleut

ça frissonne ça sommeille

ça s'écaille ça se délite



menues trouées de nacre

qui s'effrite sous le graphite



les nuages se lèvent

la mer se libère de son poids de brume

les gris du ciel se diluent acier de l'horizon

le maquis s'enracine

la nature s'ébruite



dans le recueilli de son silence

 

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ANGELE PAOLI

Les éditions du petit pois 2010

 

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pascale boulon2

Oeuvre Pascale Boulon

 

 

 

 

 

 

 

 

NOIR ECRIN...Extrait

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Peut-être



Tout à l'heure

dans une demi-attente

ou peut-être

dans un demi-sommeil

bercée dans l'entre-deux des jours

dans un halo en demie-teinte

ou peut-être de demi-soupir

à mi-voix entrebue

entre veille et trêve

à mi-contrée

de la terre et de l'eau

dans l'entre-deux du ciel

à demi-mots

à demie-nue



peut-être.

 

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ANGELE PAOLI

Editions A fior di carta 2007

 

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degas2

Oeuvre Edgar Degas

 

 

PERDONU / PARDON

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Perdonu
per l’offese à u ventu
à l’erba fresca
à l’arburi maestri

à i monti d’argentu
Perdonu
pè e voce celeste
chìùn  intesi
una volta
à u fà di a parolla
Perdonu
pè e preghere mai dette
chìà tè m’incatenanu
quandu ballanu in l’aria
i culori di a pace.

 

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Pardon
pour l’offense au vent
à la fraîcheur de l’herbe
aux fûts majestueux


aux montagnes d’argent
Et pardon
pour ces voix
que je n’entendis pas
un jour aux cieux
quand naissait la parole
Pardon
pour les prières imprononcées
qui m’enchaînent à toi
quand dans les airs s’envolent
les couleurs de la paix.

 

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PATRIZIA GATTACECA

 

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Corse2

POEMES DE SAMUEL WOOD...Extrait

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...

Feindre d’ignorer les lois de la nature,
Réincarner en songe la forme abolie,
Prêter au mirage les vertus d’un miracle
Est-ce pour autant faire échec à la mort ?
Tout au plus douter qu’elle nous sépare,
Que soit un fait le fait de n’être nulle part

Irréparable cassure. Prenons-en acte.
Nous voilà désolés la vie durant,
notre mémoire ouverte comme une blessure,
C’est en elle que nous la verrons encore
Mais captive de son image, mais recluse
Dans cette obscurité dévorante
Où, pour lier son infortune à la nôtre,
Nous rêvions d’aller nous perdre ensemble
Toute amarre tranchée, et joyeux peut-être
Si le pas eût été moins dur àfranchir,
Ne faire qu’un avec elle dans la mort
Choisie comme la forme parfaite du silence.

...

 

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LOUIS-RENE DES FORÊTS

 

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goxwa

 Oeuvre Goxwa

 

REFAIRE LA NUIT

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Il n'y avait que le silence
Derrière chaque mot volé
La route expirait dans les pierres
Entre les murs écroulés

Et pourtant le dernier poète
Tendait l'oreille vers la mer
Et cherchait encore à saisir
L'insaisissable oiseau de la parole.

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JEAN ROUSSELOT

 

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goxwa2,

Oeuvre Goxwa

ASCENDANCE

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Nos pères et mères sont notre premier patrimoine, celui, inquantifiable, de la mémoire tacite. Nous avons avec le passé inconnu de notre famille, un lien fort (fort inconfortable aussi!) que nous ne maîtrisons faute de connaissance. Jamais tout n'est dit. Comme un iceberg, nous avons un aperçu superficiel de la vie de ceux qui nous ont façonnés et si, parfois, on entrevoit des couloirs inconnus dans le dessous d'une histoire, ils se perdent souvent trop vite dans le silence ou le secret d'un ressenti jamais transmis.
Il y a les légendes familiales. Nous en avons tous. Elles sont parfois tragiques, parfois truculentes, parfois navrantes, parfois cocasses, parfois attendrissantes. Tout le monde sait que l'oncle Machin a été furieux de ne pas hériter de ce bel objet qu'il aimait tant. Tout le monde sait que les deux fils de Bidule sont fâchés depuis longtemps pour une histoire de femme. Tout le monde a entendu raconter cent fois le mot d'enfant excellent qu'on a proféré un jour, à telle occasion. On ne s'en souvient pas, on était trop jeune, mais on sait qu'on l'a dit. Tout le petit monde de la famille le sait. il en va de même pour la mésaventure de notre grand-mère en telle année. Ce n'était pas de l'héroïsme, non, juste une histoire étrange, où soudain l'ordinaire a cédé le pas à l'insolite, la faute à l'Histoire, aux circonstances, on ne sait plus. C'est loin. Mais c'est en nous. Ce "tout le monde"- là est un peuple restreint mais varié qui a en commun notre histoire, ou du moins certains de ses pans. Une foule de récits sans cesse réitérés le transforme en conteur collectif d'un passé qui nous subjugue et autour duquel nous cherchons une place, à la bonne distance du noyau et de l'extérieur. Depuis le premier jour, nous calculons et recalculons sans cesse cette distance, qu'on le veuille ou non.
Ceci n'est cependant que la surface des choses. Il y a aussi tout ce qui n'a jamais été dit. Ce qui ne fait pas partie des légendes est rangé dans les placards familiaux. Secrets. Cadavres… Les mots ne manquent pas pour dire le non-dit, c'est drôle, non ? Ce qui se tait transpire, nous le savons et, en devenant nous-mêmes détenteurs de nos propres silences, nous apprenons à déchiffrer certains creux dans le regard de notre mère. Nous relisons année après année la vie de parents que nous croyons connaitre à la lumière de notre expérience. Et nous entrons parfois dans la pièce sans fenêtre où ils ont cru enfermer loin de nous ce qui les a blessés, ce qui les a détruits parfois.

 
C'est malgré soi. On a grandit avec ces blessures alors que tout a été fait pour nous en préserver. Le silence se voulait protecteur car l'ignorance de la peine semble toujours la meilleur des armures pour ces êtres si exigeants mais si perméables que sont les enfants. Nous avons été ces enfants. pourtant, ce n'est qu'à travers l'enfance des autres que nous comprenons comment cela a fonctionné. Nous voyons le mécanisme se mettre en place : charge explosive, détonateur et enfin minuteur, que nous ne maîtrisons pas, dans le champ d'une vie adulte qui nous échappe. La machine infernale... Un titre bien trouvé, et qui déborde la seule tragédie d'Œdipe.
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J'ai glané ceci sur les pages de Patricia Laranco : "Ma faculté actuelle de vivre dans un minimum de dépendance, de liens, en m'assumant pleinement telle que je suis (pour ne pas dire "seule, et le cœur léger"), je la lui dois. C'est pour le moins paradoxal, mais je n'hésite pas à l'affirmer. Quelque part, j'ai été"portée" par sa révolte intérieure, secrète. "
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Il s'agit de sa mère.
Pour d'autres ce sera un père, une tante, une sœur un oncle, peu importe la parenté. Il s'agit toujours de nous. Quand bien même certains crachent sur les liens du sang, c'est encore un lien, et le mépris qu'on peut afficher pour une famille qui ne nous aurait rien apporté, c'est proclamer combien ce lien compte. Si on se définit en opposition à lui, cela n'en reste pas moins une construction encore et toujours autour de cet axe. En famille mieux qu'ailleurs, on perçoit au-delà des apparences. Même le plus obtus des êtres peut accomplir cela. La mère et le père ne nous mentent pas. Leur autorité ou leur laxisme ne nous trompent pas, nous savons par le cœur, par nos tripes, ce qu'ils sont et leurs souffrances comme leurs joies nous parlent depuis l'en-dessous du langage. Parfois cela nous éloigne. Nous sommes une autre personne, la vie ne résonne pas de la même manière en nous. Nous trouvons un autre totem et, jeune vampire sans expérience, nous le singeons et en aspirons tous les nutriments. En tout état de cause, cela compte et c'est ainsi que nous apprenons qui nous sommes.
Tous ceux que j'ai croisés s'enracinent dans la vie de leurs ascendants. Ce sont eux qui m'ont montré mes propres racines. C’est que, voyez-vous, j'ignorais, au début de mon existence, que j'en avais. Cela paraît naïf n’est-ce pas ? A quinze ans, je croyais que j'allais inventer ma vie, et une partie du monde avec, pour faire bonne mesure. Ce n'étais pas entièrement faux bien sûr, mais j'ignorais combien mes petits choix avaient déjà une couleur d'histoire. Et puis j'ai entendu. J'ai écouté ces familles; elles composaient des massifs distincts les uns des autres, assez compacts quand j'y repense. Des motifs aussi. Cette famille juive imprégnée par la Shoah, les morts dans les camps, les émigrations pour survivre. Cette autre, juive aussi, polonaise, mais je ne sais pas, c'était plus léger. Il y avait une sorte d'adhésion au présent presque gourmande. Cette famille de province bourgeoise, ces héritiers sans biens vouant une haine féroce au revers de fortune qui avait pris un visage. Il y avait un méchant dans leur histoire. Cette famille algérienne brouillonne mais heureuse où on tirait toujours le diable par la queue, émigration foisonnante qui espérait une forme de mieux, avec le bled en arrière-plan, une nostalgie douce.
Ah, toutes ces familles croisées ! Parfois à travers un seul de ses membres (c'est peu, bien sûr) mais toujours quelque chose apparaît, et on sait qu'on est aux abords du noyau. Je relève l'empreinte d'une dépression à peine évoquée au détour d'une remarque anodine ou d'un événement, et je ne dis rien. Cela ne m'appartient pas. Je regarde cependant, et je vois les mêmes hameçons plongés dans mon passé. Ils piègent dans le courant du présent ces émotions qui résonnaient déjà hier pour les miens, ces étrangers si proches. Ce sont elles qui vibrent le plus fort en moi et m'affectent, même si je ne le sais pas toujours.
Nous devons quelque chose à ceux d'avant. Je leur dois quelque chose. J'ignore bien entendu si on paie un jour ce genre de dette, ni même si elle appelle un paiement quelconque. C'est seulement ainsi. Ce que je suis n'est pas que cet instant présent. Ce n'est même pas uniquement moi, esprit englobé dans ce corps et cette chimie organique qui me font vivante chaque jour. Il y a la trace de tout l'avant que je ne maîtrise pas, dont je n'imagine pas l'exacte part d'influence. Pourtant, et c'est là toute l'ambivalence de la chose, seul le présent où je me tiens existe. Je n'y viens pas vierge de tout, mais le geste qui va me propulser vers tel ou tel avenir, lui, m'appartient. C'est là, je crois, que se tient la dette contractée à l'égard de la famille. En sillonnant les sentiers parfois inconfortables d'un passé qui ne m'appartient pas exclusivement mais qui me compose malgré moi, j'ai acquis la capacitéà faire ce geste vers demain. En devenant d'une manière ou d'une autre, un élément de cette constellation historique et aléatoire, j'avance et je deviens davantage moi-même chaque jour.
Étrange alchimie de connaissance et d'inconscience en vérité, mais j'aime bien l'idée de cette appartenance implicite à un réseau puissant, dense, bien éloigné de l'ultra connexion des média modernes. Je suis reliée à quelque chose de très lointain qui se prolonge à chaque rencontre vers l'imprévisible. J'ai des mots pour le penser et pour le dire, mais avant tout, c'est une vie.
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LEILA ZHOUR
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Famille-arbre2,

YVES BONNEFOY...Extrait

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Corps qui aimait la paix de l'autre corps
Peu visible à ces heures avant l'aube,
Mais plus que du visible, étant le souffle
infiniment régulier de l'esprit.

J'appelle esprit ce savoir qui s'éveille
Quand des lèvres s'unissent dans la paix
D'une main qui trouve une main dans la pénombre
Et on ne sait s'il fait encore nuit

Ou si c'est un ressac de proche rivage
Qui, s'accroissant, fait qu'ici ne soit plus
Que l'océan des lèvres confondues.

On dirait que la terre émeut sa chaîne,
Barque qui touche au flanc d'une autre barque,
Deux corps glissant dans le temps qui n'est plus.

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YVES BONNEFOY

 

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rodin2

Oeuvre Auguste Rodin

LA POESIE...Extrait

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"Je suis un souvenir qui n'attend pas le seuil
et erre dans les limbes où le reflet d'absinthe
quand le coeur de la nuit souffle par ses évents
bouge l'étoile tombée où nous nous contemplons."

 

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AIME CESAIRE

 

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tham62,

Photographie Thami Benkirane

http://www.benkiranet.aminus3.com

UNE COLOMBE UNE AUTRE...Extrait

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Moineau petit événement
moineau qui peux en te posant
changer le cours de la planète

 

moineau en qui Saba voyait
la sublimation du reptile
moineau pendu de Gombrowicz
moineau chinois de Neruda
en ton hécatombe terrible

 

merry sparrow de William Blake
comme échappé d’une aquarelle
ou sparrow des Nursery Rhymes
qui cherche dans arrow sa rime

moineau de Mutis souverain
des silences du Mexuar

 

moineau sautillant dans Catulle
moineau malin moineau sublime
moineau témoin moineau victime

moineau qu’un soir à Mahdia
je vis dans le rêve des morts
dont la mer caressait les cendres

 

moineaux vous êtes ma raison
de rester & de m’en aller
vous qui faites tout lieu
où passe mon voyage
si semblable à celui
de la fable natale

 

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RAYMOND FARINA

 

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goxwa5,

Oeuvre Goxwa

 

 

TERRE A BONHEUR...Extrait

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Je dis : douceur.

Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.

Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.

Je dis : douceur,
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
À des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
À des poignées de main.

Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
À des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

Cet air tout neuf,
Qui pour durer s'installera.

 

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EUGENE GUILLEVIC

 

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NATH MAGREZ2,

Photographie Nathalie Magrez

REQUIS, POEMES 1977-1982 ...Extrait

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Sur l'arbre, la feuille
Translucide encore
Et déjà
Le vent de la chute.

Tu veux croire
Que cette feuille-là
C'est pour toi
Qu'elle traduit l'humus.

Tout l'inoubliable
Que les jours
Ont consommé
Du lierre au rocher,
Il y en a toujours
Pour te murmurer :
Dis-le moi.

Tu t’es fait des chemins
Là où il ne fallait pas
Laisser de traces.

Que tes yeux
Ne quittent pas
Trop longtemps le sol
Où tu es requis.

Ce qui
En toi se tait
Croit que ton corps
Est sans limites.   

 

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EUGENE GUILLEVIC

 

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Mark Briscoe‎3

Oeuvre Mark Briscoe

 

SPHERE...Extrait

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J'ai logé dans le merle.
Je crois savoir comment
Le merle se réveille et comment il veut dire
La lumière, du noir encore, quelques couleurs,
Leurs jeux lourds à travers
Ce rouge qu'il se voit.

J'ai fait leur verticale
Avec les blés.
Avec l'étang j'ai tâtonné
Vers le sommeil toujours tout proche.

J'ai vécu dans la fleur.
J'y ai vu le soleil
Venir s'occuper d'elle
Et l'inciter longtemps
A tenter ses frontières.

J'ai vécu dans des fruits
Qui rêvaient de durer.

J'ai vécu dans des yeux
Qui pensaient à sourire.

 

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EUGENE GUILLEVIC

 

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Nora douady,

Oeuvre Nora Douady

SOPHIA CHARAÏ - CANCION DE LA LUNA

AMITIE, J'AI DIT AMITIE

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On construit ceux qu’on aime et on se construit avec eux,
ne pourrait nous les faire désaimer aucune faille :
toujours s’oriente vers eux la boussole du cœur,
on ne peut en recevoir nulle peine intentionnelle.

Même disparus ils continuent de nous augmenter,
effaçant la frontière entre visible et invisible,
capables d’abolir leur absence aux moments choisis
en nous apparaissant sous des formes les plus diverses.

Alliés, parents et amis, vous nous circonscrivez
de fait, sans intention, cette sorte de territoire
de notre toujours proche et lointain Monomotapa
où la plupart des choses n’ont nul besoin d’être dites.

Les frontières nous délimitant sont de cellophane,
la main peut les percer, ce qu’aucun de nous ne fera :
entre amis nous sommes protégés par la transparence,
rien, puisque l’amour de l’autre, d’abord, est du respect.

Si bien opère la magie de notre confiance
qu’en quêtes de preuves point n’est besoin de s’avilir :
on donne à l’émergence de nos signes, même rares,
plus de valeur qu’à l’or et au platine, au diamant.

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© HENRI-LOUIS PALLEN

http://www.lierreentravail.com/

 

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Léopold-Gottlieb

Oeuvre Léopold Gottlieb

 

 

 

ARMENIE, VOYAGE EN ARMENIE & POEMES...Extrait

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Emmaillote ta main dans un foulard
Et sans craindre les épines de celluloïd
Dans le diadème des roses sauvages
Plonge-le jusqu’au craquement sec.
Point de ciseaux pour l’églantine !
Prends garde cependant, un rien la défeuille –
Copeaux de rose – mousseline – pétales de Salomon,
Sauvageonne impropre au sorbet, sans essence, sans parfum



...

 


Azur et argile, argile et azur,
Que te faut-il de plus ? Pareil au shah myope
Qui scrute sa bague turquoise, plisse plutôt les yeux
Pour mieux voir le livre des argiles sonores,
La terre écrite, le livre séreux, l’argile bien-aimée
Qui nous tourmente comme la musique et comme le mot

 

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OSSIP MANDELSTAM

Tiflis, 16 octobre-5 novembre 1930.

Traduction Christian Mouze

 

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Oeuvre Danièle Krol

http://www.danielekrol.com/tag/peinture/page/3/