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CE QUE DISENT LES VENTS...Extrait

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Marcher parfois longtemps dans la prairie du vent.

Ses bottes malmènent les fleurs,

l’herbe aux rêves de voyage.

 

Puis le petit village près d’un bois.

L’harmonica d’une eau rapide qui se cache

pour voir le ciel et l’ombre, et les cailloux

entraînés de ferveur, sur leurs genoux qui brûlent.

 

Entendre alors la persuasion très tendre

et douce d’un oiseau qui solfie les mesures

d’une clairière. Deux fois peut-être. Puis se tait. Se dissout

dans la perfection pure et simple du silence.

 

.

 

 

PHILIPPE DELAVEAU

Editions Gallimard

2011

 

 

 

.

 

 

prairie

 

 

 

 

 

SOLEIL CIGALES

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 Le lézard du souvenir bondit

et c'est furtif entre tes ombres

le passé perdu des provences pauvres

 

tu écrivais sous le figuier

sur la table usée de rotin bancal

dans la campagne abandonnée

et l'importance de parler

dans le bleu hébété tentait de t'emporter

à brides lâchées    

à encrier ouvert

 

où une mouche

finissait toujours par tomber

et noire sur noir vibrionnait

comme confus tes jeunes mots

dans l'ouverture d'un monde plein

 

mais maintenant que la table

et le jardin sont un peu mieux

mais maintenant que tu peux

en lui   en toi   ailleurs

presque tout lire à lire ouvert

 

seule t'affronte amère et sûre

jour après jour en son contraire

et jusqu'au noir plus noir que l'encre

l'autre importance de se taire

 

.

 

JEAN PEROL

Inédit Revue "Autre Sud" No 28

 

.

 

 

ROBERT MESTELAN2

Oeuvre Robert Mestelan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POEMES POUR ROBINSON

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" En pensant à Cé qui a aujourd'hui cinq ans "

.

J'ai un petit-fils
Quelque part dans le monde
Je ne sais où
Il vit bien loin de moi
Il ne sait rien de moi

Je l'aime tant et pourtant
Si nous nous rencontrions
Il ne me reconnaîtrait pas
Je ne le reconnaîtrais pas

Je lui envoie des jouets
Des cartes des poèmes
Et ces sourires
Qui cachent les larmes
Il ne les reçoit pas... peut-être
Ne me répondra jamais... peut-être

Et un jour
Tout doucement
Le papy inconnu
S'effacera comme une photo vieillie
Que jamais
Le petit Robinson n'aura tenue entre ses bras câlins

.

 

GUY ALLIX

 

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Garcon-de-dos

Oeuvre Guy Gaudenèche

http://guygaudeneche.artblog.fr

 

 

 

 

 

 

 

QUE FAIS-TU GRAND-MERE ?

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Que fais-tu grand-mère?
J’apprends la patience et l’ennui,
Le goût de l’instant, la joie de chaque jour,
J’apprends que la tristesse du cœur est nuage,
Et nuage aussi le plaisir…

Que fais-tu grand-mère, assise-là, dehors, toute seule?
Eh bien, vois-tu, j’apprends.
J’apprends le petit, le minuscule, l’infini,
J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne.
J’apprends àêtre transparente.
À regarder au lieu d’être regardée.
J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent,
La précipitation du cœur qui bat trop vite.
J’apprends à marcher doucement,
A bouger dans les limites plus étroites qu’avant
Et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère ?
J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux.
J’apprends avec les nuages.
J’apprends à rester en place et à vivre dans le silence.
J’apprends à regarder les yeux ouverts et àécouter le vent.
J’apprends la patience et aussi l’ennui:
J’apprends que la tristesse du cœur est un nuage,
Et nuage aussi le plaisir:
J’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
J’apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l’automne,
A voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie
Et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre.
J’apprends que les chemins se divisent et se perdent,
Que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent
Et qu’il est meilleur que nos mains restent ouvertes…
J’apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis,
Et toutes les joies qui se faufilent, poissons d’argent dans la masse de notre vie.

Grand-mère, je ne comprends pas : pourquoi apprendre tout cela ?
Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains,
A accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée.
Par ce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées,
J’apprends à voir du bout des doigts et àécouter avec les yeux.
J’apprends qu’il n’est pas de temps perdu ni de temps gagné,
Mais que l’infini est là, dans chaque instant… Cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur,
Que leurs yeux se reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs.
J’apprends à marcher sur des sentiers étroits sans peur,
A regarder les montagnes qui se profilent au loin et que je n’atteindrai pas:
J’apprends les milliers de pas qui ont marché avant moi sur ces même sentiers.
J’apprends les vieilles traces et les jeunes nuages.
J’apprends qu’il faut se tenir prêt à partir quand le vent souffle:
Qu’on avance mieux en se donnant la main:
Que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille.
Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu grand-mère ?
J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends àêtre vieille.

 

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AUTEUR INCONNU

 

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vuillards

Oeuvre Edouard Vuillard

 

 

 

 

PLUS RARES SONT LES ROSES, S'ENVOLENT LES COLOMBES...Extrait I

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Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne 
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole. 

 


Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu. 
Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne dans la cohue. 

 

Le dernier train s’est arrêté au dernier quai, et personne 
Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs de la pénombre 

 


Où laisserai-je ma dernière description de ce qui m’est advenu comme corps ? 
Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ? 

 

Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes se sont envolées, envolées 

 

Le dernier train s’est arrêté au dernier quai … et personne.

(…)

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MAHMOUD DARWICH


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RAILS

 

 

 

 

 

 

PLUS RARES SONT LES ROSES, S'ENVOLENT LES COLOMBES...Extrait II

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S’envolent les colombes

Se posent les colombes

Prépare-moi la terre, que je me repose

Car je t’aime jusqu’à l’épuisement

Ton matin est un fruit offert aux

chansons

Et ce soir est d’or

Nous nous appartenons lorsque l’ombre

rejoint son ombre dans le marbre

Je ressemble à moi-même lorsque je me

suspends

Au cou qui ne s’abandonne qu’aux

étreintes des nuages

Tu es l’air se dénudant devant moi

comme les larmes du raisin

L’origine de l’espèce des vagues quand

elles s’agrippent au rivage

Et s’expatrient

Je t’aime, toi le commencement de mon

âme, toi la fin

S’envolent les colombes

Se posent les colombes

Mon aimé et moi sommes deux voix en une

seule lèvre

Moi, j’appartiens à mon aimé et mon

aimé est à son étoile errante

Nous entrons dans le rêve mais il

s’attarde pour se dérober à notre vue

Et quand mon aimé s’endort je me

réveille pour protéger le rêve de ce

qu’il voit

J’éloigne de lui les nuits qui ont

passé avant notre rencontre

De mes propres mains je choisis nos

jours

Comme il m’a choisi la rose de la table

Dors, ô mon aimé

Que la voix des murs monte à mes genoux

Dors, mon aimé

Que je descende en toi et sauve ton

rêve d’une épine envieuse

Dors, mon aimé

Sur toi les tresses de ma chevelure.

Sur toi la paix

(…)

J’ai vu le pont

L’Andalousie de l’amour et du sixième

sens

Sur une larme désespérée

Elle lui a remis son coeur

Et a dit : l’amour me coûte ce que je

n’aime pas

Il me coûte mon amour

Puis la lune s’est endormie

Sur une bague qui se brisait

Et les colombes se sont envolées

L’obscurité s’est posée

Sur le pont et les amants

S’envolent les colombes

S’envolent les colombes

 

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MAHMOUD DARWICH

 

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MAH

 

DESTIN DE SABLE....Extrait

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A tous les amants que l'ombre de la mort torture.

 

Combien de jours
encore

Il y aura des lames striant les océans
chahut du diable grands rires blancs
dans la marée des coquillages
l’écume sur ta chair
et des torrents à tir ouvert
aux flancs hallucinés des rocs


Il y aura la neige en abondance
fleurs étincelles sur tes cils
pavois muet pour nos baisers
de lents étages dans les nuages
des lacs où nous couler
et puis l’abîme
originel
où grelotter d’extase
moi l’épouse épuisée toi
première vigie du jour


Combien de jours

 

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FRANCINE SEGESTE

 

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AMOUR ET MORT2

 

 

 

L'ANGE DEBOUT...Extrait

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À mille lieues sous terre
Mûrit l’orange de l’amour
L’amour aux phalanges serrées
Cuit sa terre sous l’arbre

Cuit sa terre
D’homme et femme
Emmêlés muscles
Nus noués
Ligature d’ombilic

Cuit sa terre
Comme un gâteau d’anis
Cuit sa terre écarlate

Sphère rouge
Soleil fort
Sous l’arche de la mort.

 

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FRANCINE SEGESTE

 

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Enlacement-t

 

 

POEMES INDIENS - TEMPS ET MORT A COPAN

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Il fut autre, couleurs extraites de la terre,
cet acte de peindre des parois, des tatouages,
par horreur du vain, temps et mort;
cet acte d'enfermer l'espace entre des murs,
par horreur du vide, temps et mort;
cet acte de frapper sur la pierre et le bois,
par horreur du silence, temps et mort.

Il fut autre, calendrier du feu des astres,
cet acte de remonter dans d'Histoire,
par horreur de l'avenir, temps et mort;
cet acte d'abriter sa face sous des masques,
par horreur du présent, temps et mort;
cet acte d'effacer l'abstrait avec des nombres,
par horreur de l'éternel, temps et mort,

Il fut autre, racines et grains dans la terre,
cet acte de peupler de semis les humus,
par horreur de la faim, temps et mort ;
cet acte de répartir les eaux en artères,
par horreur des sècheresses, temps et mort ;
cet acte de choyer la lune avec les yeux,
par horreur des ténèbres, temps et mort.

Il fut autre, religieux engrais transparent,
cet acte d’adorer la pluie, le soleil et la terre,
par horreur de l’incertain, temps et mort ;
cet acte de percer sa langue avec l’épine,
par horreur du doute, temps et mort ;
et cet acte d’apprendre les noms du chemin,
par horreur du retour, temps et mort.

Il fut autre, les sens en amoureuse mousse,
cet acte de gésir dans l’écorce femelle,
par horreur de se dessécher, temps et mort ;
cet acte de lancer les flèches de la vie,
par horreur de les garder siennes, temps et mort ;
et cet acte de rester en fils de la chair,
par horreur de la tombe, temps et mort.

 

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MIGUEL ANGEL ASTURIAS

 

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COPAN1

Site de Copan

 

 

 

 

 

LE BATTEMENT DU MONDE...Extrait

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Tout est là. Tout commence avec la Nuit étoilée. Ce que tu cherches au plus obscur, ce que tu cherches sans chercher. Ce qui te traverse. Un abandon au monde. Et peut-être même un abandon de l'abandon. Tout est là. La nébuleuse spirale, les onze étoiles centrifuges et le croissant de soleil-lune, vestige d'éclipse, bouche de blessure-joie. Tout est là. Avec cette formidable force de réenchantement. Ecoute. C'est la vie même, qui veut la nuit comme le jour. C'est la vie comme une naissance continue. Combien de naissances dans une vie? Van Gogh n'arrête pas de poser des questions, des questions pour répondre à d'autres questions. Voilà, dit Van Gogh, si tu veux connaître le goût de la peinture, il faut que tu la boives. Que tu consentes à cette onde qui te lave les yeux. Que tu t'enfouisses, en apnée, dans la connexion des atomes. C'est Dieu plus l'énigme. Voilà ta vie est une question, et tous les matins, le sphinx te la pose. La même question. C'est quoi, dis-moi, la question de la vie? Et Van Gogh répond, c'est pas si mal, je descends à pic dans l'infini. (...) il pressent que l'air est constellé d'étincelles vivantes. Que le corps des éléments est travaillé par une violence électrique. Que la lumière noire des âmes s'y propage, aveuglante. Ça mine, ça brûle, ça ronge. L'art n'est pas un passe-temps, mais la chose la plus sérieuse de la vie. c'est la parure du chaos. C'est oublier tout ce que l'on sait à son propre sujet. C'est le tremblé d'Artaud qui en finit avec le jugement de Dieu. C'est le fuselé de John Coltrane ciselant India au Village Vanguard. C'est l'obstiné de Virginia Woolf exigeant de saturer chaque atome. Le rougi de Marina Tsvétaïéva dont les joues s'embrasent en lisant les premières pièces. Trop de souffle en moi pour une seule flûte. C'est le caressé de Chet Baker qui te demande - écoute, as-tu jamais songéàêtre libre? Ecoute, l'aube n'a plus de mémoire, et le soleil a oublié ses souvenirs. C'est un monde absolument neuf. Celui d'une toujours première fois. L'élégance du silence en hiver. Oui, tout à coup, ce silence assourdissant. Cette teneur en silence des êtres et des choses. Réfléchis - pas de beauté possible sans silence. Rien dans la création ne s'apparente plus à Dieu que le silence, note Eckhart. L'odeur des buis sous la pluie. Le cyprès au fond du jardin. Partir sur la grande roue du temps. Contempler jusqu'à l'éblouissement. Un morceau de tuile heurte un bambou. C'est le son du battement d'une seule main. Et Van Gogh sait déjà ce que dira plus tard Simone Weil : toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi. Il ne cède pas un pouce de son coeur. Il goûte le foisonnement de l'illimité. Jamais en arrêt. Pour explorer à l'extrême de soi le meilleur de soi. Avec cette griffe de violence qui ramène tout au sentier. Dans la danse de la douleur. Dans la danse de la lenteur. De cette lenteur fusante - saut d'un cheval qui passe un ravin. De cette invraisemblable vitesse de la lenteur qui permet à Van Gogh de se régénérer aux plus hautes fatigues.

 

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ZENO BIANU

 

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Vincent%20van%20Gogh%20Paintings%

Oeuvre Vincent Van Gogh

 

 

 

MONSIEUR FRANCOIS

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...Couvert d'une indétronable casquette en tweed d'où s'échappaient quelques bouquets de cheveux, un mégot enfoui  dans l'importante moustache grise, il  était  vêtu d'un gilet noir  sur une  chemise chaude , d'un pantalon confortable en grosse toile bleu, cassant sur des chaussures montantes en vieux cuir entretenu. Il semblait avoir été posé là, dans son fauteuil depuis toujours , et pour toujours.  Cet homme ne quittait jamais un couteau "0pinel" avec lequel il sculptait de petits objets en bois, tout autant tranchait le saucisson, se taillait un beau morceau de pain de campagne , coupait de la ficelle (il en avait toujours dans sa poche ,en Provence c'est incontournable !!! ), s'en servait aussi de fourchette, puis à l'occasion de cure-dents  ou se nettoyait les ongles. Lorsqu'il le repliait, après l'avoir essuyé entre le pouce et l'index très abimés , il le plaçait au plus profond  de sa poche, pour être sûr de ne pas le perdre, tirait la montre de sa giletière , regardait l'heure, rabattait son couvre-chef sur le nez et s'endormait un moment... le mégot  scellé dans la moustache. Il devait certainement avoir une bouche, mais  invisible derrière ce balai de poils drus. Ses yeux s'abritaient sous d'épais sourcils en bataille " pas rangée", et même, de petites touffes "poilantes" sortaient de ses oreilles.  Un drôle de spécimen !
         Impossible de savoir si cet homme pensait, il parlait bas et rarement, et avait dû naitre ainsi, avec son "0pinel" pour animer ses mains. Rien d'autre ne semblait avoir d'intérêt pour lui que ses petites pièces de bois qu'il transformait du bout de son couteau, en une barque, un petit animal, un personnage. Les enfants, curieux et admiratifs, auraient bien voulu posséder une de ses sculptures, mais ne se risquaient pas à demander. Ils l'observaient .
         Puis un jour, à côté de leur assiette, chacun découvrait le petit cadeau en bois qui leur était finalement destiné, en toute humilité...

Merci.... Monsieur François !!

 

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JOSIANE

 

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paysan 5

 

 

 

 

 

VIE D'UN HOMME...Extrait

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Pour un Dieu qui rirait comme un enfant,
Tant de cris de moineaux,
Tant de danses dans les branches,

Une âme se délivre de son poids,
Les près gagnent une telle tendresse,
une telle pudeur parmi les yeux revit,

Les mains, comme des feuilles
Dans l'air, qui s'enchantent...

Qui tremble encore, qui juge ?

 

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GIUSEPPE UNGARETTI

 

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VIE NATURE

 

 

 

 

 

 

 

L'ANGE DEBOUT...Extrait

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Mur de neige.

Téméraire avance l’Ange
Aux pieds pourpres
Phalange de feu
Gorge claire
Cheveux de foudre.

La langue en sang je parle
Des cristaux scintillants
De l’amour de la terre
Des bois de citronniers
Et des doigts emmêlés.

Je parle
Des eaux et de la tourbe
Des feuilles que l’on brûle
Des fleuves qui ondulent
De la vie qui s’efface.

Et le silence s’ouvre
Pour que j’invente un mot
Qui dure
À travers l’étendue
Sans désir ni mémoire.

 

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FRANCINE SEGESTE

 

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GERALD BLONCOURT

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23 Heures - La pluie...
La pluie toutes ces larmes de pluie milliers de gouttes qui claquent éclatent sur les pierres chantent sur les feuilles tapent sur les tôles et par moment changent de cadence chante cette multiplication effrénée obstinée rageuse ample ces coups d’archets profonds de violoncelle ces voix fantômes qui s’entrecroisent et qui semblent livrer la sourde plainte des bidonvilles ruissellements obstinés laborieux infatigables ces cordes de guitares fluides de sons désaccordés la pluie de mon enfance rêveuse de mes yeux étonnés ouverts dans la nuit de mon amour des autres de toi à venir de mon être tendu croisant le désespoir des rues et mes forces à tenir le monde entre mes mains à soutenir l’ennui à saccager la mort à cueillir l’offrande de ma terre de mes premiers émois la pluie tombe dans mon crâne déborde mon âme inonde ma plaine la pluie la pluie qui tombe sur moi entre nous dans ta maison dans ta chambre sur ton cœur sur ton corps la pluie saison-été-caraïbe-éclaboussée la pluie encore ton visage mouillé tes larmes d’hier au soir ta robe bleue si belle tes épaules tes hanches ta taille et la pluie la pluie qui goutte à présent lentement précautionneusement tintinnabule au-dehors frisson humide de tes lèvres la pluie la pluie goutte stalactite de mes mille pensées en vrac en foule de toi pour toi la pluie de tes paupières empierrées de sommeil la pluie sur ta fatigue la pluie douce des mots sur ton front la pluie dors Sabine pluie couleur de mon désir pluie d’espace si grand de ta présence pluie du petit mendiant de ce midi de sa détresse de notre impassible impossibilité pluie de ta fuite en taxi pluie source pluie crevant le roc pour sourdre à tes pieds sous tes pas pluie ma pluie notre pluie qui tombe à genoux devant toi sur nous qui nous aimons sous le ciel d’Haïti dans la nuit sourde de ton baiser fébrilement téléphoné fiévreusement cueilli... Je t’aime mon amour...Bonne nuit...

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GERALD BLONCOURT

 

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haiti2

 

 

 

 

LEURS YEUX TOUJOURS PURS

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Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d’aiguilles perdues
Jours de paupières closes à l’horizon des mers,
D’heures toutes semblables, jours de captivité.

Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’amour,
L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.

Pourtant, j’ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l’eau, je les ai vus.

Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe
Que leur vol qui secoue ma misère
Leur vol d’étoile et de lumière
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,

Ma pensée soutenue par la vie et la mort.

 

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PAUL ELUARD

 

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REGARD2

 

 

L'ARBRE DE VIE DU VIDE...Extrait

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Ressourcer la parole dans le silence, certes,
mais par moments l'oublier,
s'oublier dans le silence.

Car si la quintessence de l'homme
est aussi illimitée que le silence,
la parole a les mêmes limites que l'homme.

Comment se délivrer de soi-même?
(Ghérasim Luca)

En délivrant l'homme de la langue,
le silence délivre l'homme de l'homme.

 

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MICHEL CAMUS

 

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Slices

 

 

UN ESSAIM AMOUREUX...Extrait

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Rien n'est plus beau
qu'un amour qui ne se croit pas immortel
qui a la souple respiration du voilier
endormant la vague
prodige oui mais qui se sait tributaire
d'un vent si incertain
qu'il voudrait d'un seul déploiement de son erre
boire toute une nuit d'étoiles et de lune pleine

un amour comme une joie d'enfance
grandie de sa fin trop proche
et qui se tient timide
au faîte de l'instant

nid d'hirondelle
dans le noir
ah ce n'est pas cela un amour de légende
qui se targue des mélancolies
et geint à genoux sous la couronne des roses

toi mon aimée demeure princière en ton rire
chaque matin devant ta mort et ma mort
sois libre et fière et ferme
car il suffit de la caresse d'un rire
pour que tout en nous se recompose
et que soit le monde uniment
sous nos mains le passage et la durée
la nudité d'une âme dans la douceur du corps

nous mourrons mon amour sans rien en perdre
si nous séjournons visages étonnés
dans l'instant qui nous prolonge
et fait de nos gestes les plus simples
-baiser murmure épaule lente-
un feu dormant

demeurons mon aimée
fût-ce au coeur d'un sanglot silencieux
une joie ouverte

sommet de l'éclair
rire et bonté persistants
dans la disparition

 

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JEAN-PIERRE SIMEON

 

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enlacement2

 

 

MA VIE SANS MOI...Extrait

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Je connais des mots doux, des mots d’écoliers

Des veillées qui tardent à mourir à s’éteindre dans le carreau des feux, la cheminée pâlit de ses charbons manquants

La soirée traîne de ses voiles en crépon noir

Si la nuit noire dehors tombe et éteint tout par son effet domino

Où fuit-elle en si peu de vacarme ?

Je distingue à peine l’ombre de la lune qui veut vivre

 

Il se peut que le jour s’achève alors qu’il avait peine à débuter

Dans les pluies grasses et larges de nos oublis

Ce sera ce jour où chacun peine à trouver où se terrer

A trouver son rythme, sa voix, sa voie, ses gestes

 

Se défaire de ses secrets, de ses alcôves

Tenir enfin la dragée haute

Au désespoir qui pend et qui luit

Se tenir droit contracté ;  se dire de tenir

Se dire

« vivant » après tout ! ou « vivant » finalement

et le nœud de pendu qu’il nous tend, uriner dessus

 

plonger dans l’espérance sans faille

et tu pulses vers moi tes désirs enfin

tes désirs sans faim, tes désirs sans fin

je titube enfin de tes clairières

 

on dirait donc que ton corps serait vivant

que la peau même saignerait si on la coupe

 

si seuls, nous allions mourir

unis, allons-nous enfin vivre ?

 

 seul dans cette nuit  totalement noire

Le bruit des espaces naturels est mon seul compagnon

 

On dirait que tu viendrais

Accompagner ces derniers sursauts, les ultimes battements d’un cœur déserté

Les traces des vies comme les sentes des baves d’escargots

Tu t’es trainée là

Tu as tendu la main / je t’ai vu aussi mourir finalement

 

Je n’étais donc pas seul à l’extinction

L’aube viendra t elle ?

dans son fouillis de fleurs et de lumières

L’aube ? La lumière ? recommencer ? réapprendre ? refaire ?

 

"Que le poème aille se glissant

Dans la bouche ouverte des mourants !

Qu’il y ait le cri : « Que la Terre est belle ! »

 

      Pas besoin des fleurs

             D’ailleurs !"

 

 

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ARMAND ROBIN

 

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SOURCE

 

 

 

 

 

A L'ORIENT DE TOUT...Extrait

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Chacun de nous est finitude
L'infini est ce qui naît d'entre nous
fait d'inattendus et d'inespérés
Célébrer l'au-delà du désir, l'au-delà de soi
Seule voie en vérité où nous pourrions encore
tenir l'initiale promesse
Célébrer le fruit, plus que le fruit même
mais la saveur infinie
Célébrer le mot, plus que le mot même
mais l'infinie résonance
Célébrer l'aube des noms réinventés
Célébrer le soir des regards croisés
Célébrer la nuit au visage émacié
Des mourants qui n'espèrent plus rien
mais qui attendent tout de nous
En nous l'à-jamais-perdu
Que nous tentons de retourner en offrande
Seule voie où la vie s'offrira sans fin
paumes ouvertes

 

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FRANCOIS CHENG

 

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orient

 

 

 

ART POETIQUE...Extrait

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Le poème
Ne tue pas le vide,
Il l’éloigne.

Le poème fait toucher
Le vide
Qui le borde.

Ce vide plus fort,
Plus dominateur que lui.

Si bien
Que c’est sa présence
A la lisière

 

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GUILLEVIC

 

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Mangangu

Oeuvre Bona Mangangu