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Channel: EMMILA GITANA
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AGNES SCHNELL...Extrait

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Voici 

fuyant
des mots pierres ou glaise.

Dépassant les eaux languies
les porte à faux de la mémoire
voici en équilibre
des mots au loin s’évadant.
Le mot expiré
dans une langue imparfaite

nomade chargé de trop d’impérieux
je feins de suivre
le bercement de l’eau
la nudité du temps…

 

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AGNES SCHNELL

 

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Bernard Liegeois4,

Photographie Bernard Liegeois

 

 

 

 

AGNES SCHNELL...Extrait

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Nuée de rêves
envol étourdissant
enlacement se reprenant
se défaisant.

Danse infinie
d’un côtéà l’autre du temps
reprise ad libitum
d’une cadence
à peine heurtée.

En toi
une joie primale
un instant muselée
embrumée
en toi l’élan
la pulsation accélérée
en toi la danse sauvage
libérée
et tous tes sens exaltés.

 

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AGNES SCHNELL

 

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AGNES,

LE TRES BAS...Extrait

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« La religion c'est ce qui relie et rien n'est plus religieux que la haine : elle rassemble les hommes en foule sous la puissance d'une idée ou d'un nom quand l'amour les délivre un à un par la faiblesse d'un visage ou d'une voix. (...) Il n'y a pas de terre sainte. C'est toute la terre qui est sainte, ou bien rien d'elle. »

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CHRISTIAN BOBIN

 

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bob

 

 

 

 

 

COURBE DU TEMPS ...Extrait

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quand le regard devient regard
la main s'arrête un peu
comme pour écouter
la lumière à quatre heures
est l'or déclinant d'un fruit
le ciel plus pur encore
que celui de l'enfance cachée
dans le vert tremblement des poires
sous l'arbre s'incline une tête
selon la courbe de sa vie
vivre vivre blessure lente comme neige

 

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JACQUES ANCET

 

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Yann Simon • Photographies2

Yann Simon Photographies

 

 

MEMORIAL DE L'ÎLE NOIRE...Extrait

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J’ai besoin de la mer car elle est ma leçon :
je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :
je ne sais si elle est vague seule ou être profond
ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
éblouissante de navires et de poissons.
Le fait est que même endormi
par tel ou tel art magnétique je circule
dans l’université des vagues.

Il n’y a pas que ces coquillages broyés
comme si une planète tremblante
annonçait une lente mort,
non, avec le fragment je reconstruis le jour,
avec le jet de sel, la stalactite,
et avec une cuillerée de mer, la déesse infinie.

Ce qu’elle
m’a appris, je le conserve! C’est
l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.

Cela semble bien peu pour l’homme jeune
qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,
et pourtant ce pouls qui montait
et descendait à son abîme,
le froid du bleu qui crépitait
et l’effritement de l’étoile,
le tendre éploiement de la vague
qui gaspille la neige avec l’écume,
le pouvoir paisible et bien ferme
comme un trône de pierre dans la profondeur,
remplacèrent l’enceinte où grandissait
la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,
et soudain mon existence changea:
j’adhérai au mouvement pur.

 

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PABLO NERUDA
Traduction de Claude Couffon

 

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GO3

Photographie Emmila

 

 

 

 

JEAN-MARC LA FRENIERE...Extrait

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Il n’y a que l’homme pour faire une potence d’un arbre le plus beau, en chasser les oiseaux pour en faire une croix. La joie se heurte aux hommes. La haine a le champ libre. Ils se battent pour elle. Longeant le précipice du monde, je me raccroche à la ténacité des plantes. Je lance des mots à tout hasard pour sonder l’infini. On les entend cogner contre un mur invisible. La beauté n’a pas besoin qu’on la regarde. Elle nous prend par la main. Le geste le plus banal devient une caresse. Les bras du quotidien soulèvent l’espérance. Il est intimidant d’écrire sur la page blanche de l’amour. On se prend à rougir avec un bout de crayon, à faire chanter le papier, à mordre dans la chair. Quand les enfants dessinent, ils n’ont pas cette pudeur.
Ce qui est sera toujours comme il a été, que ce soit une couronne de neige sur la tête des arbres, des bottines de boue au pied des champignons, le sourire des fleurs au milieu des cailloux, le foulard de l’herbe sur les épaules des collines. Il ne faut pas perdre la vie de vue, perdre la main, égarer l’âme sous un bilan comptable. Il faut cueillir le oui en pleine floraison. S’il faut toucher du doigt toute la misère humaine, que ce soit par amour. J’écoute la musique silencieuse du cœur. Son léger battement s’apparente à la note bleue du jazz. Il vient un temps où la route perd sa maison comme l’homme sa raison. La mémoire se vide comme une vieille armoire. Tous les chemins s’éloignent. Le corps qui gèle n’est déjà plus de ce monde. Il s’exerce à la mort. J’écris pour éloigner le froid.
Le thermomètre d’un crayon indique la température de l’âme. À quarante-cinq degrés, même les mots se déshydratent. À vingt-deux sous zéro, ils éclatent comme des balles de neige. Je ne veux pas rester là où les chaises restent assises, là où les portes sont fermées. À force de coucher sur les mots, je m’éveille plein de ratures au corps. Je demeure étonné de me savoir en vie. Chaque seconde est différente de l’autre. Toutes les plantes me remontent à la gorge, les cris des bêtes, les pleurs des enfants, même les grains d’ambre des chapelets. Il y a toujours entre deux phrases un bouquet de silence que la parole effeuille. Quand on enterre un mort, on n’enterre pas ses mots.
J’ai recraché l’hostie, piétiné le drapeau, déchiré mes papiers. Je n’ai jamais voulu pisser dans l’eau, écraser une fleur, gaspiller un bout de pain. Je préfère une fée à la baguette brisée au soldat bien armé, un chien jaune à trois pattes au caniche rasé d’une riche héritière. J’ai troqué la grandeur de Dieu qui n’existe pas pour un instant de paix qui n’existe pas plus. J’ai remplacé ce qui a fait du bruit par une note de musique et la cacophonie humaine par le chant des oiseaux. Quand on chasse un démon, un peu de l’ange suit. C’est entier qu’il faut vivre pour respirer plus large. Que serait l’infini sans la mort pour y croire ? Il y a une fissure dans le grand mur du monde. Je la cherche du doigt ou de l’index d’un crayon.
Trop souvent, on ignore la lumière avant qu’elle ne s’éteigne. On néglige d’aimer. Le parfum le plus doux ne lave pas les taches de sang. Plus dénudé qu’un roc, il me reste à la main un frêle bouquet de mots, tous reliés par le mouvement du cœur. Je me demande parfois si l’homme fait vraiment patrie de la nature, et pourtant, la nature peut répondre à toutes les questions de l’homme. Ceux dont on dit qu’ils n’ont pas les pieds sur terre sont souvent les mieux enracinés. Ils touchent le cœur bien avant la raison. La tête dans les nuages, ils rejoignent la source. Ce qu’il faut sacrifier pour être libre ne vaudra jamais la liberté.

 

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JEAN-MARC LA FRENIERE

 

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JEAN-MARC

PETITES METANIES DU TEMPS...Extrait

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Si je dois désherber la douleur des jours
que ce soit avec des mains patientes.
Comme on prendrait un petit enfant
sur ses genoux pour lui dire
que celle qu’il attend ne reviendra plus —
qu’elle est partie rejoindre Tobie,
le chien de l’an passé.
Alors, il nous faudrait tenir
devant le regard grave soudain bondé de larmes,
prendre le temps de sourire
puis, comme un roi réconcilié,
ouvrir ses bras en couronne
et bercer, bercer éternellement.

 

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PATRICK  MAURY

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guy denning33,,

Oeuvre Guy Denning

 

CHANSON POUR BAB TOUMA

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Jolis les yeux des femmes à Bab Touma*
jolis jolis…
lorsqu’ils contemplent tristement la nuit le pain les ivrognes
et belles sont ces épaules gitanes sur les lits
qu’elles m’accordent les pleurs et le désir ô mère
ah que ne suis-je un caillou coloré sur le trottoir
ou une chanson longue dans la ruelle
là-bas dans un creux de boue lisse
qui me rappellerait la famine et les lèvres sans abri
où les petits enfants
surgissent comme la malaria
devant Dieu et les rues sombres.
Ah que ne suis-je une rose dans un jardin quelconque
un poète mélancolique m’accueillerait à la fin du jour
ou une taverne en bois rouge
que les étrangers et la pluie fréquentent
et de mes fenêtres tachées de vin et de mouches
sortirait le tapage paresseux
dans notre ruelle qui fabrique
la mélancolie et les yeux verts
où les pieds décharnés festoient
sans but dans l’obscurité.

J’aimerais être un peuplier vert près de l’église
ou une croix d’or sur la poitrine d’une vierge
qui fait frire les poissons pour son bien-aimé de retour du café
et dans ses beaux yeux palpitent deux colombes en violettes
j’aimerais embrasser un petit enfant à Bab Touma
et de ses lèvres roses monterait l’odeur du sein qui l’a nourri
car je suis encore seul et dur
je suis étranger ô mère.

 

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MOHAMMED  AL-MAGHOUT

" Le journal des poètes "

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*La Porte Saint-Thomas (en arabe : باب توما, Bab Touma) est l'une des sept portes de la ville de Damas, capitale de la Syrie. Elle se trouve à l'est de la ville et a donné son nom au quartier qui l'environne. Elle doit son nom à l'apôtre St Thomas.

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guy denning2a

Oeuvre Guy Denning

www.guydenning.org

 

 

 

 

 

JOCELYN...Extrait

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Mon cœur me l'avait dit : toute âme est sœur d'une âme ;
Dieu les créa par couple et les fit homme ou femme ;
Le monde peut en vain un temps les séparer,
Leur destin tôt ou tard est de se rencontrer ;
Et quand ces sœurs du ciel ici-bas se rencontrent,
D'invincibles instincts l'une à l'autre les montrent ;
Chaque âme de sa force attire sa moitié,
Cette rencontre, c'est l'amour ou l'amitié,
Seule et même union qu'un mot différent nomme,
Selon l'être et le sexe en qui Dieu la consomme,
Mais qui n'est que l'éclair qui révèle à chacun
L'être qui le complète, et de deux n'en fait qu'un.

Quand il a lui, le feu du ciel est moins rapide,
L'œil ne cherche plus rien, l'âme n'a plus de vide,
Par l'infaillible instinct le cœur soudain frappé,
Ne craint pas de retour, ni de s'être trompé,
On est plein d'un attrait qu'on n'a pas senti naître,
Avant de se parler on croit se reconnaître,
Pour tous les jours passés on n'a plus un regard,
On regrette, on gémit de s'être vu trop tard,
On est d'accord sur tout avant de se répondre,
L'âme de plus en plus aspire à se confondre ;
C'est le rayon du Ciel, par l'eau répercuté,
Qui remonte au rayon pour doubler sa clarté ;
C'est le son qui revient de l'écho qui répète,
Seconde et même voix, à la voix qui le jette ;
C'est l'ombre qu'avec nous le soleil voit marcher,
Sœur du corps, qu'à nos pas on ne peut arracher.

 

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ALPHONSE DE LAMARTINE

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vera pavlova2

Oeuvre Vera Pavlova

 

 

 

 

FREDERIC CHOPIN - Nocturne In E Minor, Op. 72, No. 1

LE CHANT DE SAMA N'DEYE...Extrait

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-Tondisa bomoyi nanga na bandoto…

[-Remplis ma vie de songes…]

Carlito Lassa

 

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Au milieu de mille images,

ton visage apparaît.

J’étreins la visite qui précède ton corps

et je remplis la maison qui t’attend

de chants d’accueil.  

 

Le feu de mes appels

a brûlé leurs yeux,

les voyants sont devenus aveugles.  

 

Et sur la natte de vérité,

les cauris qui ont roulé

se sont trompés.

- Ils prédisent des douleurs

quand mon cœur fleurit.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Je ne clame plus ton nom,

il résonne entre mes seins

dans le désarroi du sang.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant :

 

- J’ai parfumé ma bouche,

je chante mes vœux.  

 

J’ai rassemblé la beauté et l’amitié,

pour la fête qu’ont éveillée tes mains.  

 

Que le vent s’empare de mon chant,

et l’ébruite jusqu’en cette contrée

qui te retient captif.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Suis ma voix et

remonte mon haleine,

jusqu’à ce que tu atteignes la source

d’où jaillissent mes appels.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Ma vie est toute dans cette voix,

il n’est tenu en réserve

que la chaleur de la terre

qui va t’accueillir.

Mon sang et mon âme s’offrent

dans cet appel.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.

 

Dans le bégaiement de la langue de l’oracle,

sensibles aux suppliques des cœurs meurtris,

j’ai entendu les morts

répondant à la détresse des vivants.  

 

J’ai vu,

approchant l’enfant qui garde leur âme,

les morts rendant visite

aux orants.

- Je crois à la pluie qui répond aux appels

des terres que calcine la soif.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Je sais le songe

éclaircissant la nuit des veuves,

er versant dans leur sommeil

la vague sanguine des eaux maritales

dans le ressac des souvenirs.  

 

Je sais dans le vent,

l’orpheline qui frissonne et se glace,

qui du père perdu sent la caresse

et entend la voix.  

 

Mais à toi,

mes appels et mes prières vont,

comme au tombeau le message et la foi

des martyrs.

Et la terre demeure sourde…

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.

 

Tes mains me ressusciteront

de la mort qui est devenue mienne,

parce que je veille sans trahir

la momie de ton absence.

 

Envahis mon corps

de baisers purs de tes lèvres,

rafraîchis-moi

où j’ai brûlé des soifs de l’attente,

 et réchauffe cette part

que givre l’angoisse.  

 

Mon corps,

comme la terre de ton règne…  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.

 

Approche tes yeux

quand lumière nue et offerte,

je ne suis plus que puissance.  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.

 

Brûle mon ventre !

embrase dans ton feu

 le cri de mes seins !

Et portée aux crêtes de l’haleine,

tisse de lanières de ton étreinte,

à même mon corps,

mon habit d’offrande.

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Que n’as-tu pas encore atteint

les confins de la terre ?

Arrête ta quête et retourne tes pas…  

 

Ecoute le chant de N’déye,

écoute mon chant.  

 

Dans l’abandon,

la femme seule est soleil de convoitise

du jour des hommes,

ils brûlent de sa lumière.

Et dans l’enfer de leurs regards

elle devient la proie

- mille fois réchappée,

mille fois fusillée.

Et dans la tourmente de leur nuit,

elle, chair d’une étoile nue,

déchirée des griffes de leurs rêves.  

 

 

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LEOPOLD CONGO MBEMBA

 

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LEO

 

 



 

TODO CAMBIA - MERCEDES SOSA CHANTE JULIO NUMHAUSER, POETE CHILIEN

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 Cambia lo superficial
Cambia también lo profundo
Cambia el modo de pensar
Cambia todo en este mundo

Cambia el clima con los años
Cambia el pastor su rebaño
Y así como todo cambia
Que yo cambie no es extraño

Cambia el mas fino brillante
De mano en mano su brillo
Cambia el nido el pajarillo
Cambia el sentir un amante

Cambia el rumbo el caminante
Aúnque esto le cause daño
Y así como todo cambia
Que yo cambie no es extraño

Cambia todo cambia

Cambia el sol en su carrera
Cuando la noche subsiste
Cambia la planta y se viste
De verde en la primavera

Cambia el pelaje la fiera
Cambia el cabello el anciano
Y así como todo cambia
Que yo cambie no es extraño

Pero no cambia mi amor
Por mas lejo que me encuentre
Ni el recuerdo ni el dolor
De mi pueblo y de mi gente

Lo que cambió ayer
Tendrá que cambiar mañana
Así como cambio yo
En esta tierra lejana

Cambia todo cambia

Pero no cambia mi amor

 

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JULIO NUMHAUSER

Chant Mercedes Sosa

 

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Tout change
Ce qui est superficiel change
Ce qui est profond aussi
La mode de pensée change
Tout change en ce monde

Le climat change avec les années
Le berger change son troupeau
Et ainsi, comme tout change,
Il n'est pas étrange que je change aussi

Le diamant le plus fin change
De main en main, sa brillance
Le petit oiseau change son nid
Un amant change son sentiment

Le marcheur change de direction
Même si cela lui fait mal
Et ainsi, comme tout change,
Il n'est pas étrange que je change aussi

Ca change, tout change

Le soleil change dans sa course
Quand la nuit subsiste
La plante change et se vêtit
De vert au printemps

Le fauve change de pelage
Le vieux monsieur change de cheveux
Et ainsi, comme tout change,
Il n'est pas étrange que je change aussi

Mais mon amour ne change pas
Qu'importe la distance à laquelle je me trouve
Ni le souvenir, ni la douleur
De mon peuple et de mes gens

Ce qui a changé hier
Devra changer demain
Tout comme moi je change
Sur cette terre lointaine

Ca change, tout change

Mais mon amour ne change pas
Qu'importe la distance à laquelle je me trouve
Ni le souvenir, ni la douleur
De mon peuple et de mes gens

Ce qui a changé hier
Devra changer demain
Tout comme moi je change
Sur cette terre lointaine

Ca change, tout change...

Mais mon amour ne change pas

L'ETE A GAZA

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L’étéà Gaza n’est pas l’été d’ailleurs,
C’est un été très particulier
Un été merveilleux où surnage une beauté
Qui transperce les yeux
Un été lumineux , un été vivant
Un été ensoleillé aux nuits tranquilles
Un été plein d’espoir,
Un été doux fleurit aux rayons de chaque heure.

Mais c’est un été passionné, passionnant et bouleversé
Qui apparaît , dans le sang et la patience,
Un été que même la poésie la plus colorée
Et le grondement des textes écrits
Ne pourraient décrire,
Un été sans vacances pour les enfermés.

En été, à Gaza,
A l’horizon sans nuages et dans le ciel
L’ombre chuchote.
En été, à Gaza,
Le soleil est ardent .
Il est magnifique l’étéà Gaza !
Les arbres fruitiers sont couronnés de mille fleurs
Le figuier, le raisiné , et le dattier donnent vite des fruits

A Gaza, l’été semble s’éterniser
Les soirées sont trop longues
Sans lumières, sans électricité.
Seules les étoiles tentent de briser l’obscurité
De ce morceau de terre oublié
Soumis aux atroces mesures d’une occupation
Qui aime les ténèbres et déteste la clarté.

Un occupant aveugle qui ne sait pas que
Meurt chaque jour
Celui qui brise les rêves d’un enfant innocent,
Celui qui assassine les espoirs.
L’oppresseur, il n’est pas besoin de le combattre,
Ni de l’abattre,
Il se détruit lui-même.

L’étéà Gaza serait l’occasion rêvée
De mettre fin à l’assassinat du ciel,
De mettre fin au vrombissement des avions,
Ces engins qui sèment la terreur et la mort
Ces machines qui éparpillent dans le ciel
Les cadavres d’oiseaux,
Et les cerfs-volants n’y peuvent plus danser.

En été , les familles de Gaza s’activent.
C’est la saison des mariages.
La plage est comble
Et l’on boit le thé aux multiples arômes.
En cet été de Palestine qui vit de l’espérance,
Les fleurs s’ouvrent,
Un dolmen s’érige
Pour nourrir les esprits troublés.

Gaza la prisonnière, comme l’oiseau en cage,
Se souvient d’un autre été, un sombre été,
Un été meurtrier,
C’était en 2014 !
Quand la guerre a commencé,
C’était le début de l’été !
Mais la guerre ignore les saisons.

Un refrain de tragédie,
Le lancement d’une dévastation de cinquante jours,
Une guerre qui a duré longtemps, longtemps
Jusqu’à ce que l’été commence à donner des signes de faiblesse
Quand l’occupant commence l’œuvre macabre
De sa folie meurtrière.
Les combats faisaient rage,
Les bombes illuminaient le ciel
Et les missiles s’enfonçaient dans les champs
Où l’on n’entendait que le ressac des vagues
Tandis qu’ un petit vent faisait danser la lune douce.

Tout est détruit, brûlé, saccagé, même les pierres.
L’interminable spoliation d’un peuple commence.
Une terreur sans nom s’impose.
Un champ de ruines effroyable et des cœurs endeuillés
Les morts et les blessés s’accumulent,
Les destructions se multiplient…
C'est la mise en scène d’une exécution,
D’un pilonnage qui a pour but d’attiser la défiance et la haine.
Dans notre ciel aux étoiles fauves,
L’escalade est ainsi imposée dans l’horreur,
La paix est ainsi tristement amputée,
Ainsi, les massacres passent et se ressemblent,
Une mort rapide qui a remplacé la mort lente du blocus étouffant !

Des images effroyables
Gravées dans les mémoires pour toujours
L’horreur!
Nous étions là, impuissants devant la cruauté,
Devant la barbarie, devant l’inhumanité,
Avec la seule force de l’espoir
Qui n’empêchait pas, hélas!
Les immeubles de s’écouler
Et les innocents de souffrir dans leur chair
D’enterrés vivants
Sous le glaive de feu et de sang.

Lors de ce dramatique été
Une nappe de brouillard s’étendait
Sur le nord de Gaza
Et le vent soufflait vers le sud,
Quand une pluie de feu s’abattit sur la ville,
Rayant de la carte un quartier nommé Chijaya.
La peur étreignait le cœur de nos enfants .

En chaque début d’été,
Confrontéà sa réalité de prisonnier
Et à ses souvenirs douloureux
Chaque palestinien de Gaza s’interroge :
Quand aurons-nous un été comme les autres étés ?
Quand retrouvons-nous la liberté ?
Quand retrouvons-nous la paix ?
Quand ? quand ?........

 

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ZIAD MEDOUKH

 

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ABED ABDI3

Oeuvre Abed Abdi

Peintre Palestinien

 

 

 

 

UN SANG D'ENCRE...Extrait

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La banlieue, même black ou basanée, ce n'est pas l'autre, mais une part de nous-mêmes entrée en dissidence. La part mal logée, mal nourrie, si mal irriguée qu'elle se gangrène. Et peut-être la plus intime, parce que la plus désenchantée. Qu'on l'oublie le jour, on la retrouve le soir, à son chevet, pour entrer dans le sommeil.

Qu'est-ce donc qui leur manque, qui nous manque, en secret, dans ces parages du cœur ? Le pain ? Ils en ont assez, quoi qu’on en dise, pour ne pas crever. Du travail ? Sans doute, mais encore, mais après ? L'espoir ? La belle affaire ! Qu'apportons-nous dans la corbeille ? Travail-famille-patrie. Métro-Boulot-Dodo. Des trinités qui ont fait leur temps.

Acceptons que les choses soient à la fois plus simples et moins terre-à-terre et risquons une hypothèse : ce sont peut-être les mots, bêtement, qui leur manquent. Oui, les mots. Sans eux, on marche sur les mains. Ou à quatre pattes. On parle avec les poings, avec les pieds et les barres de fer. Ou avec les seringues. Sans mots, on est bête, on devient fou parfois. Or les leurs, ceux qu'on leur lègue, sont usés, vidés, rabougris. Embourbés dans les fossés du consommable, vérolés par les slogans. Dévalués, contaminés, inutilisables pour se connaître, se reconnaître, s'appeler. Les mots – j'entends ceux qui nourrissent, éclairent le regard – aident à se poser, à marcher, à soutenir sa respiration et à trouver de petits passages dans le réel. Vers les autres.

Oui, ils ont besoin des mots, les jeunes et les moins jeunes des banlieues. Ceux qu'on n'a pas su leur apprendre. Ceux qu'ils ne savent pas s'inventer. Ceux qui les laissent dehors, parce qu'ils n'ont pas les moyens de les amadouer. Et un mot qui vous refuse, c'est comme une porte qu'on vous claque au nez.

Il leur faut, il nous faut plus de mots, plus de langage, pour plus d'espace et de justesse. Pour chercher, pour définir, pour contester. Pour construire. Des phrases et puis des ponts. Des chansons. Des paroles. Des vraies : pas marchandes, mais données. Pas annexées, vitrifiées par la publicité, mais vivantes. Des mots à habiter. Comme des maisons. A lancer. Comme des bateaux, ou des jurons. A faire frémir. A échanger. A mettre au bout des mains, comme des outils, des caresses ou des lanternes. Pour faire un peu de lumière dans sa propre obscurité. Un peu de paix. Rassembler les morceaux du puzzle et dessiner enfin quelque chose qui ressemble à une vie, à une ville. Ou bien encore : à une jeunesse qu'on aimerait, plus tard, pouvoir raconter.

 

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MICHEL BAGLIN

 

 

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Gerald bloncourt

Photographie Gérald Bloncourt

www.bloncourt.net

 

 

ANGELE PAOLI

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blanches

les figues du figuier
blanches mais pas vraiment
vertes du même vert
que l'arbre qui les porte

feuilles en étoile
larges mains épanouies
tissu qui râpe la chair tendre
dénudée de l'été
tissu qui râpe
comme râpe épaisse l'écorce de l'arbre

douce

la figue le fruit du figuier
le fruit délicieux
androgyne parfait
bourse striée qui s'enfle
se gonfle et se rengorge
involucre dodu que savamment soupèsent
le regard puis les doigts
rondeur veloutée du jour

la peau se fendille
s'ouvre tendre et blanche de rainures
le pédoncule pivote sous la pression légère
que tu imprimes au fruit
un suc laiteux perle qui mollit la tige
souple se détache le fruit craquelé
qui se rend à ta main caressante

du regard tu désires la figue repue
avant que d'en ouvrir délicate la chair
d'écarter la robe docile en deux valves pareilles
l'aumônière cède au palper de tes doigts
libère sa pulpe charnue
tissée de filaments
impudique vulve
qui livre à ta lèvre gourmande
les secrets se ses brûlants rubis

 

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ANGELE PAOLI

 

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figues

 

 

VI LAVANDAS SUMERGIDAS

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Ví lavandas sumergidas en un cuenco de llanto y la visión ardió en mí.
Más allá de la lluvia ví serpientes enfermas -bellas en sus úlceras transparentes-, frutos amenazados por espinas y sombras, hierbas excitadas por el rocío. Ví un ruiseñor agonizante y su garganta llena de luz.
Estoy soñando la existencia y es un jardín torturado. Ante mí pasan madres encanecidas en el vértigo.
Mi pensamiento es anterior a la eternidad pero no hay eternidad. He gastado mi juventud ante una tumba vacía, me he extenuado en preguntas que aún percuten en mí como un caballo que galopase tristemente en la memoria.
Aún giro dentro de mí mismo aunque sé que voy a caer en el frío de mi propio corazón.
Así es la vejez: claridad sin descanso.

 

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ANTONIO GAMONEDA

 

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photo-lavande

 

 

 

ARTHUR RIMBAUD A PAUL DEMENY - " JE EST UN AUTRE "

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« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! (…) La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage. Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! »

 

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ARTHUR RIMBAUD

 

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SONNET

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J’aime, de la nuit, le prélude lorsque vous
venez,
Main dans la main et me prenez lentement,
strophe après strophe, dans vos bras.
Vous m’emporterez, tout là-haut, sur vos ailes.
Amis, restez, ne vous hâtez pas
Et dormez contre mes flancs pareils aux ailes
d’une hirondelle fatiguée.

Votre soie est chaude. A la flûte d’attendre un
peu
Pour polir un sonnet lorsque vous me trouverez
secret et beau
Comme un sens sur le point de se dénuder. Ne
parvenant à arriver
Ni à s’attarder devant les mots, il me choisit pour
seuil.

J’aime, de la poésie, la spontanéité de la prose
et de l’image voilée,
Dépourvue d’une lune pour l’éloquence :
Ainsi lorsque tu t’avances pieds nus, la rime
abandonne
L’étreinte des mots et la cadence se brise au
plus fort de l’essai.

Un peu de nuit auprès de toi suffit pour que je
sorte de ma Babylone
Vers mon essence – ma fin. Oint de jardin en
moi
Et tu es toute, toi.

Et, de toi, déborde le moi libre et bon.

 

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MAHMOUD DARWICH

 

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MAHM

LE MENEUR DE LUNE...Extrait

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Ma faute serait de croire que ce que je possède m'appartient. Tout ce que je suis m'est donné dans un miroir et est bel et bien tel que je le vois, mais, seul réel, me force à ne toucher de lui qu'une image. C'est que la mort est en moi. Qu'elle m'emporte si je n'accepte pas de l'épouser. Quand je touche un objet, elle abrite mes regards de la main pour me permettre de le voir.

 

L'être est indivisible. A prétendre qu'un être est, on lui donne pour contenu tout ce dont on conçoit l'existence. Mais comment dire cela de sang-froid. L'affirmation de ma pensée m'enveloppe de toute l'existence, introduit celle-ci dans une négation. Rien ne peut assurer l'existence d'un homme que ce rêve d'exister qui brûle dans ce qui n'existe pas. Toute parole n'est que son écho et vit la parole qui la dément. L'essence de la vie consciente est dramatique.

 

Aussi y a t-il une façon de dire les choses qui les détemporalise, referme sur ce qui se passe le cercle de ce qui est. Les faits n'absorbent la totalité de l'esprit qu'en la recevant pour sujet. Ne te tiens pas sur le seuil : entre la maison obscure où tes yeux brillent du feu qui te réconforte. La plénitude de l'être te fait scintiller dans le noir parce que tu fais ton unique pensée de ton ombre. Crois, le ciel est de la nuit voguant vers plus de nuit. Être n'est rien que croire. Sois, sois le salut de ce qui te brise; et la mort qui voudrait te saisir entrera dans la mort. Si tu t'échappais, l'éclair s'entourerait, pour te connaître, de la lumière qui couvrait le ciel, l'espace même te frapperait au front.

Que les douze heures de chaque soleillée se prennent pour une seule grande fille et qui mène le temps au lieu de lui céder.

 

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JOE BOUSQUET

 

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alex

LES DESARROIS DE L'ELEVE TÖRLESS...Extrait

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« - Mourir n'est qu'une conséquence de notre manière de vivre. Nous vivons d'une pensée à une autre pensée, d'un sentiment à un autre. Nos sentiments et nos pensées, au lieu de couler comme un fleuve paisible, nous "passent par la tête", nous "envahissent" et nous quittent: illuminations, éclairs, intermittences. En t'observant bien, tu t'aperçois que l'âme n'est pas une substance qui change de couleur par transitions nuancées, mais que les pensées en jaillissent comme des chiffres d'un trou noir. Tu as telle pensée, tel sentiment, et tout d'un coup d'autres les remplacent, surgis de rien. Si tu es très attentif, tu peux même saisir, entre deux pensées, l'instant du noir absolu. Cet instant est pour nous, une fois saisi, tout simplement la mort. Notre vie ne consiste en effet qu'à poser des jalons et à sauter de l'un à l'autre, franchissant ainsi chaque jour mille et mille secondes mortelles. Dans une certaine mesure, nous ne vivons que dans ces pauses entre deux bonds. Voilà pourquoi nous éprouvons un effroi si grotesque devant la dernière mort qui est ce que l'on ne peut plus jalonner, l'abîme insondable où nous sombrons. Pour cette manière-là de vivre, elle est vraiment la négation absolue. Mais elle ne l'est que dans cette perspective, que pour celui qui n'a jamais appris à vivre autrement que d'instant en instant. J'appelle cela le mal du sautillement; et tout le secret, c'est de le vaincre. Il faut apprendre àéprouver sa vie comme un long glissement calme. Au moment où l'on y parvient, on est aussi près de la mort que de la vie. On ne vit plus, selon nos critères communs, mais l'on peut davantage mourir, puisque avec la vie on a suspendu aussi la mort. C'est le moment de l'immortalité, le moment où notre âme, sortant de la prison du cerveau, pénètre dans ses merveilleux jardins. »

 

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ROBERT MUSIL
Traduction  Philippe Jaccottet

 

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AIGRETTE