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Channel Description:

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco
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  • 10/19/17--03:37: DESERT
  • " On ne sort jamais indemne d'un séjour au désert. On a vécu dans l'invivable et côtoyé la négation de soi. On a connu le plus extrême, le miroir de sable qui brûle les reflets, les éclairs, les ombres, le rien du dehors, les mirages du dedans. On a levé le voile qui retenait le cœur, qui déguisait le néant. La moindre parole parle d'impossible rosée. La poussière se pare d'un halo d'épopée. Il y a des rapts, des cavaliers, des blessures, des baisers qui dansent dans la lumière et sombrent au ras du sol. Un seul pas suffit à brouiller la trace des empires, et une jarre brisée, toute l'histoire des hommes.
    Le temps des fiefs est passé, et passé celui des conquêtes. Salut Alexandre, bonsoir Kaniska, adieu Gengis, vous êtes de la poudre de songe, vous êtes un peu de fard sur des dagues rouillées. On ne vous envie pas vos mercenaires, vos concubines, vos victoires, vos banquets. Juste le goût du vent sur vos lèvres et ce geste de la main pour repousser l'horizon. Juste ce roulement des sabots contre la peau du monde. Juste ce mélange d'infini et de vide qui était comme l'ivresse de l'air du temps."

     

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    ANDRE VELTER

     

     

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    desert2

     


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  • 10/20/17--09:06: LA SOLITUDE DE L'ENFANT

  • C’est souvent tard dans la vie que nous découvrons, en leur profondeur, nos solitudes d’enfant, les solitudes de notre adolescence. C’est dans le dernier quart de la vie qu’on comprend les solitudes du premier quart en répercutant la solitude du vieil âge sur les solitudes oubliées de l’enfance. Seul, très seul, est l’enfant rêveur. Il vit dans le monde de sa rêverie. Sa solitude est moins sociale, moins dressée contre la société, que la solitude de l’homme. L’enfant connaît une rêverie naturelle de solitude, une rêverie qu’il ne faut pas confondre avec celle de l’enfant boudeur. En ses solitudes heureuses, l’enfant rêveur connaît la rêverie cosmique, celle qui nous unit au monde. A notre avis, c’est dans les souvenirs de cette solitude cosmique que nous devons trouver le noyau d’enfance qui reste au centre de la psyché humaine. C’est là que se nouent au plus près l’imagination et la mémoire. C’est là que l’être de l’enfance noue le réel et l’imaginaire, qu’il vit en toute imagination les images de la réalité. Et toutes ces images de sa solitude cosmique réagissent en profondeur dans l’être de l’enfant ; à l’écart de son être pour les hommes se crée, sous l’inspiration du monde, un être pour le monde. Voilà l’être de l’enfance cosmique. Les hommes passent, le cosmos reste, un cosmos toujours premier, un cosmos que les plus grands spectacles du monde n’effaceront pas dans tout le cours de la vie. La cosmicité de notre enfance demeure en nous. Elle réapparaît en nos rêveries dans la solitude.

     

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    GASTON BACHELARD

    Extrait de Les rêveries de l’enfance " La poétique du rêve "

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    enfant rêve

     


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  • 10/20/17--11:16: COMMENT
  • Comment n’entends-tu pas mon amour silencieux et muet

    La mer le dit pour moi en battant son jeu de vagues bavardes

    La pluie l’étale au carrefour

    Le répète à chaque citerne assoiffée

    Ou bien le chante en notes discrètes au feuillage surpris

    Comment n’entends-tu pas le silence du soleil

    La cadence du silence

    Ce qui vit en silence dans le jardin des yeux

    La rancune gonflée d’absence

    Et la valse immobile des élans étouffés

    Comment

    Dire

    Suggérer

    Faire comprendre

    Mes bras toujours tendus

    Mon corps toujours malade

    Mon cœur aux feuilles sèches

    Comment n’entends-tu pas

    Le silence qui s’effondre dans la bouche

    Et la bouche plus lourde qu’un aveu

    Le vent le dit aux pétales

    L’arbre le dit tout bas au rendez-vous de l’ombre

    C’est vrai mon amour se tait

    Marche à petits pas  dans le sentier des mots

    Fait semblant de croire à l’habitude

    Sort de temps en temps la tête de son trou

    Dit mille et une choses lisses et banales

    Mais il couve

    Mais il crie

    Mais il attend

    Tu peux ne pas le prendre

    Tu ne peux pas ne pas l’entendre

    Il crépite trop

    Comme un silence qui prend feu

     

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    ERNEST PEPIN

     

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  • 10/22/17--10:45: PATRICK CHEMIN...EXTRAIT
  • Nous sommes laissés à l’abandon par l’espérance déçue et la réalité frontale des pierres. La pluie partage la rumeur du vallon en deux. Et contre la mousse des troncs sont adossées les chimères et les amours parfaites. Ce sont des eaux anciennes qui dictent la mémoire troublée de la source. Ainsi, c’était hier, nous étions heureux d’échanger et d’échanger encore, de changer, d’échanger le mystère de notre différence. Quel est ce nuage porteur des hivers précoces. Qui est celui qui rit dans la coulisse, qui se moque du silence archaïque et de sa figure imposée. Ne perdons plus de temps, il est tard, le hasard va rentrer.

     

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    © PATRICK CHEMIN
    Le 22 octobre 2017

     

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    Oeuvre ?


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     …Un faible sirocco, silencieux, va d’un bout de la chambre à l’autre. Il ne ventile pas plus la pièce que ne ferait un hibou prisonnier. Quand j’aurai quitté ces pages, couleur de jour clair dans la nuit, j’irai dormir sur le matelas de raphia, dehors.
    Le ciel entier tourne, sur la tête de ceux qui reposent à la belle étoile, et, si je m’éveille une ou deux fois avant le grand jour, la course des larges étoiles, que je ne retrouve plus à la même place, me donne un peu de vertige… Certaines fins de nuits sont si froides que la rosée, à trois heures, se fraye un chemin de larmes sur les feuilles, et que le long pelage de la couverture d’Angora s’argente comme un pré…

     

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    COLETTE

     

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    Oeuvre Susan Ryder

     


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    N’oublions pas que les premiers poètes et les premiers imagiers ont été d’instinct les chantres des sources, des gerbes, des faucilles, des charrues et des poteries. Ce n’est point que l’abstraction manquât de leur temps. Non, les richesses inscrites et comme fumantes dans le spectacle des choses leur semblaient suffire à tout emportement de plus haute essence. Aussi ce ne sont ni les peintres ni les poètes qui ont rompu toutes relations avec les simples, mais les ministres, mais ceux qui croient que la conception, les spirales de la subtilité pure, le romantisme ou l’ascétisme social comme volonté, ou l’audace des conseils de cabinet changeront quoi que ce soit au chant de l’alouette, à la récolte des pommes de Normandie, aux pluies, aux vents, aux nids, à cette éternelle navette que font les poules et les oies de la grange à l’abreuvoir, du potager au jardin, de la basse-cour à la lisière. Là-bas où sont les fermes, les possibles demeurent inconnus. Un chêne est un chêne, un cheval un cheval, et une mauvaise année une mauvaise année. Et rien de plus. L’esprit de l’homme est impuissant contre l’énergique distribution de cet échiquier. Il le voudrait, et Dieu sait qu’il ne s’en prive guère, il le voudrait qu’il n’y pourrait rien – sinon détruire ! Vues d’assez haut, de ce promontoire virgilien où le monde apparaît avec ses paysages de confiance et ses dieux agrestes, les guerres ne sont que des entreprises de l’esprit contre la matière, des révoltes cycliques de l’idée contre le sillon, le bouleau, l’écureuil, le goujon, le seigle, le lard, l’échelle ou le bœuf. Car l’idée s’irrite toujours devant l’indifférence que lui témoigne l’herbe ou le granit.

     

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    LEON PAUL FARGUE

     

     

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    Photographie Thami Benkirane

    https://benkiranet.aminus3.com

     

     

     

     

     

     

     


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  • 10/23/17--06:12: ANALOGIE
  • Elle se surprit à rêvasser à la fenêtre. Le paysage d’un jour d’octobre la portait à la mélancolie. Elle venait d’éplucher des pommes. Ses mains avaient encore un goût sucré, elle les lécha comme un enfant. L’odeur de ces pommes était évocatrice.

    Dans le jardin de ses grands-parents, un très vieux pommier refleurissait chaque année. Il offrait une maigre récolte de fruits acides, immangeables, mais jamais il ne fut question de l’abattre. L’arbre avait survécu à deux guerres, à des dizaines d’orages, à des meutes de gosses chapardeurs et maladroits. Il avait souffert d’hivers polaires, d’étés foudroyants, de pluies sans fin. Il portait en son écorce en ses fibres vieillissement et usure. Il s’était peu à peu déchargé de ses branches. Minées par les insectes xylophages, brisées par des gestes inconscients, arrachées par la violence du vent, elles s’étaient détachées, lentement, comme à regret. Moignon de tronc raviné, il proposait cicatrices et chancres à la caresse de la fillette.

     

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    AGNES SCHNELL

     

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    POMMIER AGNES2

    Phothographie Agnès Schnell

     


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  • 10/23/17--06:41: IL Y A DES JOURS COMME CA
  • ...


    On attend le frisson
    à nos pulsations agrippé
    ou terré plus loin
    quand la parole
    échappe.


    On attend le souffle
    le balbutiement
    la note perdue
    la voix vagabondant

    Il y a des jours
    comme ça
    où rien ne vient.


    On attend le poème
    le chant pur

    en équilibre
    entre deux mondes.


    On attend le silence
    l’écriture du silence
    ou son illusion.
    On aimerait être proche
    de l'immense.
    La rage au cœur
    on attend l’espace étroit.


    Un rythme alterne
    force à s’immobiliser
    à dériver
    ancrage raté
    entre les racines et la terre
    griffures au-dedans
    harpon de colère
    rouge tapageur envahissant
    rouge cris     meurtrissures
    rouge naufrage.


    Se taire soudain
    refuser le poème
    et les mots envahisseurs
    refuser la fièvre
    attendre      genoux fermés
    le flux d’une marée froide
    attendre pétrifiée
    immobile parmi les pierres.


    Il y a des nuits comme ça
    où rien n’est conçu
    mais où l'on continue
    quand même vers l’avant…
    par désespoir
    par dérision
    par crainte
    peut-être...

     

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    .

     

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    AGNES SCHNELL

     

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    Brooke Shaden Photography,

    Brooke Shaden Photography