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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco
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    L’année était du temps des souvenirs, 
    Le mois était de la lune des roses, 
    Les cœurs étaient de ceux qu’un rien console.

    Près de la mer, des chants doux à mourir, 
    Dans le crépuscule aux paupières closes ; 
    Et puis, que sais-je ? Tambourins, paroles.

    Cris de danse qui ne devaient finir, 
    Touchant désir adolescent qui n’ose 
    Et meurt en finale de barcarolle.

    — T’en souvient-il, souvient-il, Souvenir ? 
    Au mois vague de la lune des roses. 
    Mais rien n’est resté de ce qui console.

    Est-ce pour dormir, est-ce pour mourir 
    Que sur mes genoux ta tête repose 
    Avec la langueur de ses roses folles ?

    L’ombre descend, la lune va mûrir. 
    La vie est riche de si douces choses, 
    Pleurs pour les yeux, rosée pour les corolles.

    Oui, vivre est presque aussi doux que dormir... 
    Poisons tièdes pris à petites doses 
    Et poèmes pleins de charmants symboles.

    Ô passé ! pourquoi fallut-il mourir ? 
    Ô présent ! pourquoi ces heures moroses, 
    Bouffon qui prends au sérieux ton rôle !

    — L’année était du temps des souvenirs, 
    Le mois était de la lune des roses, 
    Les cœurs étaient de ceux qu’un rien console.

    Mais tôt ou tard cela devait finir 
    De la très vieille fin de toutes choses 
    Et ce n’est ni triste, vraiment, ni drôle.

    Des os vont jaunir d’abord, puis verdir 
    Dans le froid moisi des ténèbres closes, 
    — Fin des actes et fin des paraboles.

    Et le reste ne vaut pas une obole.

     

     

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    OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ-MILOSZ

     

     

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    susan hall

    Oeuvre Suan Hall


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  • 12/02/18--11:34: FAUX PAS ENTRE DEUX ÉTOILES
  •   Merci à André Chenet...

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    Il est des gens si malheureux, qu’ils n’ont même pas
    de corps ; quantitative est leur chevelure,
    bas, calculé en pouces, le poids de leur intelligence ;
    haut, leur comportement ;
    ne me cherche pas, molaire de l’oubli,
    ils semblent sortir de l’air, additionner mentalement les soupirs,
    entendre de clairs claquements de fouet dans leur gosier.

    Ils s’en vont de leur peau, grattant le sarcophage où ils naissent
    et gravissent leur mort d’heure en heure
    et tombent, au long de leur alphabet gelé, jusqu’à terre.

    Pitié pour les « tellement » ! pitié pour les « si peu » ! pitié pour eux
    Pitié, dans ma chambre, quand je les écoute avec mes lunettes !

    Pitié, dans mon thorax, quand ils s’achètent des habits !
    Pitié pour ma crasse blanche, solidaire dans leur ordure !

    Aimées soient les oreilles martin,
    aimées soient les personnes qui s’assoient,
    aimés soient l’inconnu et sa femme,
    notre semblable par les manches, le col et les yeux !

    Aimé soit celui qui a des punaises,
    celui qui porte un soulier percé sous la pluie,
    celui qui veille le cadavre d’un pain avec deux allumettes,
    celui qui se prend un doigt dans la porte,
    celui qui n’a pas d’anniversaires,
    celui qui a perdu son ombre dans un incendie,
    l’animal, celui qui ressemble à un perroquet,
    celui qui ressemble à un homme, le pauvre riche,
    le vrai miséreux, le pauvre pauvre !

    Aimé soit
    celui qui a faim ou soif, mais n’a pas assez de faim
    pour étancher toute sa soif
    et pas assez de soif pour rassasier toute sa faim !

    Aimé soit celui qui travaille à la journée, au mois, à l’heure,
    celui qui sue de peine ou de honte,
    celui qui se prend par la main pour aller au cinéma,
    celui qui paye avec ce qui lui manque,
    celui qui dort le dos tourné,
    celui qui ne se souvient plus de son enfance ; aimé soit
    le chauve sans chapeau,
    le juste sans épines,
    le voleur sans roses,
    celui qui porte une montre et qui a vu Dieu,
    celui qui a de l’honneur et ne meurt pas !
    Aimé soit l’enfant qui tombe et pleure encore, et l’homme qui est tombé et ne pleure plus !
    Pitié pour les « tellement » ! Pitié pour les « si peu » ! Pitié pour eux !

     

     

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    CESAR VALLEJO

    11 octobre 1937

     

     

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    Montserrat Gudiol (1933)

    Oeuvre Montserrat Gudiol

     

     


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  • 12/02/18--12:18: ALORS...DONC...
  • Alors... donc...

    L’arc de triomphe a été tagué...
    Combien de beautés architecturales en Syrie, Jordanie, Liban, Égypte....

    J’arrête tant la liste est longue!

    Le président de notre république n’est pas là?
    Mais qui l’a élu?

    Nous, parents et grands-parents creusons depuis des décennies le lit de la misère.
    Intellectuelle, psychique, morale, ontologique et... financière du présent pour nos enfants et ceux de demain.

    Cessons là les larmoiements sur le scandale.

    Assumons nos manques philosophiques, éducatifs, créatifs et mobilisons nous pour remettre l’éthique dans le factuel de la République avec une majuscule comme elle le mérite.

    Mobilisons nous avec la classe de la conscience éclairée et non du narcissisme individualiste.

    Oui Monsieur le Président, vous avez devoir de démissionner.

    Oui Mesdames et Messieurs les politiques de la noble cause, vous avez obligation de vous rassembler pour un projet qui donne des ailes aux générations dont nous portons responsabilités.

    Oui Nous, Citoyens sommes au Monde, avant d’être en France, sommes en France avant d’être au pied d’un arc.

    Il n’y a d’autre ciel en arc que celui de la Terre.

    Alors cessons là et assumons.

     

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    CORINNE GRANDEMANGE 

     

     

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    EVENEMENT

     

     


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  • 12/03/18--14:28: MA TERRE
  • Les platanes généreux, l'herbe forte malgré la soif, les vignes noires sacrant le vin, la paix d'oliviers séculaires, la tisane des tilleuls, l'ivresse des lilas, la friture des grillons quand dorment les cigales, les lucioles menant aux bals de villages, les chauves-souris radars de lune, les braises de géraniums rouges, les joues versicolores des belles-de-nuit, les flèches d'écureuils effrontés, les abeilles goulues aux guinguettes des fleurs, les potagers derrière les canisses et les haies de cyprès, la farine de châtaigne, l'éclair du renard roux, et le Mistral fougueux qui monte à cru tes flancs, ma Provence je t'aime. Je t'aime ma terre dure, sèche, austère, aride, aux paysans fourbus attelés à la houe. Je remercie tes blés porteurs de pain, tes grappilles vétilles de septembre, tes hérissements de lavandes, tes potions de thyms et romarins. De ton ciel métal fondu planté dans ta chair, à la transparence de tes cerises, à la flamboyance de tes parures, aux volets tirés quand l'étééperonne, à ton ventre blanchi préparant la première fleur d'amandier, je te salue et te bénis ma terre.

     

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    ILE ENIGER

     

     

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    felix tisot2,

    Oeuvre Felix Tisot


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  • 12/05/18--12:04: REVOLUTION
  • Assez

    D’instinct je dis assez

    A tout ce qui bourdonne dans ma tête

    A tout ressac

    A toute marée

    A toute sieste de la justice

    Et à toute cicatrice qui me lie aux révoltes du monde

    Nous sommes dans l’antichambre des humains

    Et le crime continue

    Le ciel se décolore

    Nos voix piétinent toute tendresse fausse

    Piétinent les frontières

    Grattent l’obscurité où flambent les suppliciés

    Assez

    La douleur nous épingle

    Nous empaille

    Nous lape

    Broie les os même du malheur

    Et tout le monde sait que ce monde est trop lourd

    Que la terre s’empoisonne

    Que tout explose

    Assez de vos verdicts

    Assez de vos diktats

    Assez des vies volées

    La vie est en chômage

    La vie est insolvable

    Et de partout les Indignés hurlent à l’Apocalypse

    La vie n’est pas un abattoir

    Ni une ardoise de sang qu’on efface

    Assez

    Nous sonnons la trompette du printemps

    Nous n’avons plus rien à perdre

    Nous ne nous résignons pas

    Nous avons un cœur d’homme

    Mais ne vous trompez pas d’homme

    Il y a quelque part une révolution qui amasse sa colère

    Un torrent qui se lève

    Une place qui fait peuple à l’ombre d’une colère

    Un peuple qui chante

     

    Révolution

    Révolution

    Révolution à temps complet

     

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    ERNEST PEPIN

    Faugas/Lamentin

    Le 21 novembre 2011

     

     

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    André Victor Edouard Devambez,2

    Oeuvre André Victor Edouard Devambez 


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  • 12/06/18--00:41: FIN DU MONDE ?
  • La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

    Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les «élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.
    Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.

    En regard, les parcours habituels des manifestations et les rassemblements de « gilets jaunes » les 24 novembre et 1er décembre 2018.
    On lit que la directrice de BFM est restée interloquée d’entendre scander « BFM enculés » sur les Champs, et que le président de la société des journalistes a découvert, dans le même état, que « cela ne vient pas de militants mais de gens du quotidien ». Les pouvoirs de ce genre, ceux de la tyrannie des possédants et de leurs laquais, finissent toujours ainsi, dans la sidération et l’hébétude : « ils nous détestent donc tant que ça ». La réponse est oui, et pour les meilleures raisons du monde. Elle est aussi qu’après toutes ces décennies, le moment est venu de passer à la caisse et, disons-le leur dès maintenant, l’addition s’annonce salée. Car il y a trop d’arriérés et depuis trop longtemps.

    Lire aussi Alexis Spire, « Aux sources de la colère contre l’impôt », Le Monde diplomatique, décembre 2018.
    Depuis les grèves de 1995, la conscience de ce que les médias censément contre-pouvoirs sont des auxiliaires des pouvoirs, n’a cessé d’aller croissant. Du reste, ils ont œuvré sans discontinuer à donner plus de corps à cette accusation à mesure que le néolibéralisme s’approfondissait, mettait les populations sous des tensions de plus en plus insupportables, qui ne pouvaient être reprises que par un matraquage intensif des esprits, avant qu’on en vienne à celui des corps.

    C’est à ce moment que, devenant ouvertement les supplétifs du ministère de l’intérieur en plus d’être ceux de la fortune, ils se sont mis à rendre des comptages de manifestants plus avantageux encore que ceux de la préfecture, puis à entreprendre de dissoudre tous les mouvements de contestation dans « la violence »— et par-làà indiquer clairement à qui et à quoi ils avaient partie liée.

    C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper. Au reste, « condamner » ayant toujours été le meilleur moyen de ne pas comprendre, à plus forte raison poussé par des intérêts si puissants à la cécité volontaire, « la violence des casseurs » a étéérigée en dernière redoute de l’ordre néolibéral, en antidote définitif à toute contestation possible — sans par ailleurs voir le moins du monde le problème à célébrer le 14 juillet 1789 ou commémorer Mai 68 : folle inconséquence de l’Histoire embaumée, mise à distance, dévitalisée, et privée de tout enseignement concret pour le présent.

    C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper.
    En tout cas, dans le paysage général de la violence, les médias, surtout audiovisuels, ont toujours pris ce qui les arrangeait en ayant bien soin de laisser le reste invisible, donc la violence incompréhensible, par conséquent à l’état de scandale sans cause : le mal à l’état pur. Mais pourquoi, et surtout au bout de quoi, les Conti envahissent-ils la sous-préfecture de Compiègne, les Goodyear séquestrent-ils leur direction, les Air France se font-ils une chemise de DRH, et certains gilets jaunes sont-ils au bord de prendre les armes ? Qu’est-ce qu’il faut avoir fait à des gens ordinaires, qui ont la même préférence que tout le monde pour la tranquillité, pour qu’ils en viennent à ces extrémités, sinon, précisément, les avoir poussés à toute extrémité ?

    Le déni de la violence sociale est cette forme suprême de violence à laquelle Bourdieu donnait le nom de violence symbolique, bien faite pour que ses victimes soient réduites à merci : car violentées socialement, et méthodiquement dépouillées de tout moyen d’y résister « dans les formes » puisque tous les médiateurs institutionnels les ont abandonnées, elles n’ont plus le choix que de la soumission intégrale ou de la révolte, mais alors physique, et déclarée d’emblée odieuse, illégitime et anti-démocratique — normalement le piège parfait. Vient cependant un moment où la terreur symbolique ne prend plus, où les verdicts de légitimité ou d’illégitimité volent à leur tour, et où la souffrance se transforme chimiquement en rage, à proportion de ce qu’elle a été niée. Alors tout est candidat à y passer, et il ne faudra pas s’en étonner : permanences de députés, banques, hôtels particuliers, préfectures, logiquement plus rien n’est respecté quand tout a failli.

    Il est vrai qu’à ceux qui ont lié leur position et leurs avantages au cadre du moment, et qui n’ont cessé de répéter qu’il n’y en avait ni de meilleur ni simplement d’autre possible, l’irruption du hors-cadre radical ne laisse aucune autre solution de lecture que « l’aberrant », le « monstrueux », ou mieux encore, quand elle est « avérée », la « violence ». Encore fallait-il qu’elle demeure marginale pour pouvoir être maintenue dans son statut de monstruosité, et puis aussi qu’on occulte systématiquement la responsabilité de celle des forces de police. Mais ce sont ces deux conditions qui sont en train d’être détruites en ce moment.

    La première parce que les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés ». « Enragé» normalement c’est « enragé», c’est-à-dire ultra-radical-minoritaire. Ça ne peut pas être « braves gens », qui veut dire majorité silencieuse — ou bien contradiction dans les termes. Or, si. Assez simplement même : on est enragé quand on est pousséà bout. Il se trouve qu’au bout de 30 ans de néolibéralisme parachevés par 18 mois macroniens de guerre sociale à outrance, des groupes sociaux entiers ont été poussés à bout. Alors enragés.

    Les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés »
    Croyant que ce dont ils ne parlent pas n’existe pas, les médias ne les avaient pas vu venir ces enragés-là. Mais voilà, ils sont là, produits d’une longue et silencieuse accumulation de colère, qui vient de rompre sa digue. Ceux-là on ne les fera pas rentrer facilement à la maison. Et ceci d’autant moins qu’avec la naïveté des « braves gens », ils ont expérimenté, à l’occasion de leur première manifestation pour beaucoup d’entre eux, ce que c’est que la violence policière. En sont restés d’abord sidérés. Puis maintenant, s’étant repris, dégoupillés pour de bon. Alors on ne compte plus ceux qui, à l’origine « braves gens » certifiés, sont pris dans un devenir-casseur — comme certains autres, débitant des palettes sur un rond-point pour construire une cabane, sont pris dans un étonnant devenir-zadiste.

    Gageons d’ailleurs que des révisions de grande ampleur doivent être en train de s’opérer dans leurs esprits. Car tous ces gens qui depuis 2016 et la loi El Khomri, jusqu’à 2018 avec Notre-Dame-des-Landes et les ordonnances SNCF, avaient été abreuvés de BFM et de France Info, invités à pleurer les vitres de Necker, se retrouvent aujourd’hui dans la position structurale des casseurs, en vivent la condition de violence policière et médiatique, et savent un peu mieux à quoi s’en tenir quant à ce que ces deux institutions diront désormais des « ultras violents radicalisés ». En tout cas c’est très embêtant pour les chaînes d’information en continu cette affaire : car si le devenir-casseur prend cette extension, que pourra donc encore vouloir dire « casseur » ?

    L’autre condition est de maintenir les agissements réels de la police hors-champ. Sur ce front-là, on se battra jusqu’au bout dans les chefferies audiovisuelles. Le mensonge par occultation est général, acharné, épais comme de la propagande de dictature. La population basculerait instantanément dans l’indignation si elle avait l’occasion de voir le dixième de ce que les grands médias audiovisuels lui cachent systématiquement, ainsi ces vidéos d’une vieille dame en sang gazée ou d’un retraité matraqué. Quand France Info nous avait saoulés jusqu’à la nausée des vitres de Necker ou du McDo en feu, aucun flash à la mi-journée de lundi n’avait encore informé de la mort d’une octogénaire tuée par une grenade lacrymogène. Les robots de BFM n’opposent jamais aucune image aux syndicalistes policiers qui disent qu’on les « matraque » (sic !) et qu’on les « mutile ». Mais, si les mots ont encore un sens, de quel côté du flashball ou du lanceur de grenades compte-t-on les éborgnés et les mains arrachées ? On se demande si Nathalie Saint-Cricq ou Apathie garderaient leur déjeuner si on leur montrait au débotté les photos proprement insoutenables (il s’agit de blessures de guerre) de manifestants mutilés — vraiment — par les armes de la police. On ne sache pas qu’il se soit encore trouvé un seul grand média audiovisuel pour montrer en boucle, comme ils le font d’habitude, aux « braves gens » pas encore devenus casseurs cette vidéo d’un jeune homme roué de coups par huit policiers, qui achèverait de les informer sur le degré de confiance qu’il convient d’avoir en la « police républicaine » quand on met tout ça — ces dizaines de vidéos, ces centaines de témoignages — bout à bout.

    Mais il y a une économie générale de la violence et on sait ce qu’elle donne quand elle est lancée : elle est réciprocitaire, divergente et peut emmener très loin. Nul ne sait jusqu’où dans la situation actuelle, et peut-être à des extrémités dramatiques. Mais qui l’aura déclenchée sinon Macron qui, après avoir déclaré la guerre sociale à son peuple, lui déclare la guerre policière, peut-être bientôt la guerre militaire, en compagnie des médias de gouvernement qui lui déclarent la guerre symbolique ? Le partage des responsabilités est d’autant plus clair que les offensés auront encaissé très longtemps sans mot dire : l’agression économique, le mépris élitaire, le mensonge médiatique, la brutalité policière. Or le mauvais génie de la réciprocité violente est une mémoire, et une mémoire longue. Sur un fil Twitter une baqueuse découvre sidérée — elle aussi, comme les primo-manifestants matraqués pour rien, mais en sens inverse, car, en définitive tout est affaire de sidération dans cette histoire, de sidérations opposées, qui passent les unes dans les autres, qui se nourrissent les unes les autres — la baqueuse, donc, découvre de quelle haine ses collègues et elle sont l’objet. Et l’on peine à le croire. Décidément toutes les institutions de la violence néolibérale tombent ensemble des nues. Les collégiens cernés et gazés au poivre par des flics accompagnés de chiens n’oublieront pas de sitôt ce moment de leur vie où s’est formé décisivement leur rapport à la police et, dans deux ans, cinq ans, cette police oublieuse qui les croisera de nouveau s’émouvra de la détestation brute qu’elle lira sur leurs visages — et n’y comprendra rien.

    Et voilà que le corps préfectoral se met à avoir des sueurs froides à son tour. C’est qu’ils ont de quoi se sentir un peu seulets dans leurs hôtels. Depuis que la préfecture du Puy-en-Velay a brûlé, on sait de quoi « les autres » sont capables — oui, maintenant, de tout. Alors il est urgent de négocier un virage sur l’aile sans attendre, pour faire savoir par « quotidien de référence » interposé que l’Élysée macronien a quitté terre, que, eux, préfets, ont conscience des malheurs du peuple, qu’ils pourraient même se reconvertir en lanceurs d’alerte si on les écoutait. On tâchera quand même de se souvenir que ce sont ces préfets qui depuis Nuit debout font éborgner, grenader, et tirer-tendu.

    Mais l’on y verra surtout le retour de ce qu’on pourrait appeler « la situation La Boétie », celle que le pouvoir s’efforce de nous faire oublier constamment, et d’ailleurs que nous oublions constamment, tant elle semble un incompréhensible mystère : ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir. Et c’est bien cet aveu touchant de candeur qu’a consenti samedi soir le sous-ministre de l’intérieur, en reconnaissant qu’il ne pouvait guère engager davantage de troupe à Paris quand toute la carte de France clignote et demande de la garnison. Un manager de la startup nation trouverait sans doute à dire que le dispositif est « stressé». Le « stress du dispositif », c’est le retour de La Boétie. Nous sommes les plus nombreux. Nous sommes même beaucoup plus nombreux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de progression. Tout ça se vérifiera bientôt : lycéens, étudiants, ambulanciers, agriculteurs, tant d’autres.

    Ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir.
    Mais alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre sa population des grenades qui sont des armes de guerre, et n’a-t-il pas fait placer des snipers avec fusils à lunettes au sommet de quelques bâtiments parisiens, image des plus impressionnantes, étonnamment offerte par Le Monde qui est peut-être en train de se demander lui aussi s’il n’est pas temps de lâcher son encombrant protégé dans un virage ?

    En tout cas, terrible moment de vérité pour l’éditorialisme « faites ce que vous voulez ». On avait adoré le dégagisme à Tunis ou place Tahrir. Mais expliqué que ce qui est là-bas un merveilleux sursaut de la liberté est ici du populisme crasseux qui rappelle les heures sombres. Jusqu’ici ça tenait. Et voilà que « mais votez Macron » pourrait bien tourner Moubarak, mon dieu dans quelle mouscaille ne nous sommes-nous pas mis ? Et forcément, plus on pagaye pour en sortir, plus on en met partout. Tout revient, tout éclabousse. Or nous en sommes là : quand un pouvoir verse une prime exceptionnelle à des forces de l’ordre qui se rendent chaque jour plus odieuses, c’est qu’il redoute par-dessus tout d’être lâché par elles et que, toute légitimité effondrée, il ne tient plus que par son appareil de force, dans la main duquel en réalité il se remet entièrement. Faites ce que vous voulez, mais votez Moubarak.

    Ce pouvoir est honni car il s’est méthodiquement rendu haïssable. Il paye une facture sans doute venue de très loin, mais dont il est le parachèvement le plus forcené, par conséquent l’endosseur le plus logique. Il n’a plus pour se cramponner que le choix de la répression sanglante, peut-être même de la dérive militaire. Il ne mérite plus que de tomber.

     

     

    .

     

     

    FREDERIC LORDON

     

     

    .

     

    macron_

    C'est lui qui le dit !!!


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  • 12/06/18--00:42: LE LEGS

  • Que faire maintenant

    de tous ces graffiti

    des adieux encombrants des choses

    des oiseaux des hasards

    désormais interdits

    dans cette cruauté d'horloge

     

    & à l'enfant seul comme une île

    -à son effroi & à sa soif-

    quel sésame quel schiboleth

    quelle chose apaisante & douce

    quel bienveillant symbole

    laisser

     

    si l'on n'a plus que l'art

    de questionner l'écho

    de voler au reflet

    ce qu'il sait du parfait

    aux maisons envolées

    le secret d'habiter

    & à la nostalgie

    la vérité d'ici

     

    comme un vieux ciel dément

    cherchant parmi ses bleus

    celui vif & vital

    perdu dans son fouillis d'oiseaux

    dans son trouble passé d'orages

     

    .

     

     

    RAYMOND FARINA

     

     

    .

     

    Kostis Moudatsos2

    Oeuvre Kostis Moudatsos - Katerina Dramitinou


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    A la mémoire de Ghyslaine Leloup, décédée le 5 décembre 2018

     

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    A la rose de Desnos

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    Et la plage se fait et se défait

    Coquilles, étoiles, varechs

    Écriture et réécriture illimitée

    De la matrice du monde



    Et un autre paysage affleure

    Boues, ferraille, béton

    Débris gris brun rouille

    De l’histoire des hommes



    Temps fixe lumière globale

    Et ce silence que la marée ponctue

    Et ce ciel que tracent les oiseaux


    Ta verticale contrant le vent

    L’écran de tes pensées

    Tu es aveugle quand tout se révèle sur le sable

    Ne pas poser de questions

    Pour ne plus attendre de réponses

    Que le simple advienne enfin

    L’être de peu qu’un moineau rassérène



    Un buisson d’églantines s’obstine dans une crevasse

    Tu t’irrigues à la rose originelle

    Sa nacre humide pour tout message

     

     

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    GHYSLAINE LELOUP

     

     

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    GHYSLAINE


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  • 12/06/18--09:22: LES RAISONS DE LA COLÈRE
  • On est en droit de s’étonner du temps qu’il a fallu pour que sortent de leur léthargie et de leur résignation un si grand nombre d’hommes et de femmes dont l’existence est un combat quotidien contre la machine du profit, contre une entreprise délibérée de désertification de la vie et de la terre. Comment a-t-on pu tolérer dans un silence aussi persistant que l’arrogance des puissances financières, de l’État dont elles tirent les ficelles et de ces représentants du peuple, qui ne représentent que leurs intérêts égoïstes, nous fassent la loi et la morale.

    Le silence en fait était bien entretenu. On détournait l’attention en faisant beaucoup de bruit autour de querelles politiques où les conflits et les accouplements de la gauche et de la droite ont fini par lasser et sombrer dans le ridicule. On a même, tantôt sournoisement, tantôt ouvertement, incitéà la guerre des pauvres contre plus pauvres qu’eux, les migrants chassés par la guerre, la misère, les régimes dictatoriaux.

    Jusqu’au moment où l’on s’est aperçu que pendant cette inattention parfaitement concertée la machine à broyer le vivant tournait sans discontinuer. Mais il a bien fallu s’aviser des progrès de la désertification, de la pollution des terres, des océans, de l’air, des progrès de la rapacité capitaliste et de la paupérisation qui désormais menace jusqu’à la simple survie des espèces – dont la nôtre.

    Le silence entretenu par le mensonge de nos informateurs est un silence plein de bruit et de fureur. Voilà qui rectifie bien des choses.

    On comprend enfin que les vrais casseurs sont les Etats et les intérêts financiers qui les commanditent, pas les briseurs de ces vitrines de luxe qui narguent les victimes du consumérisme et de la paupérisation croissante avec le même cynisme que les femmes et les hommes politiques, de quelque parti ou faction qu’ils se revendiquent.

    Celles et ceux qui prirent la Bastille, le 14 juillet 1789, n’avaient guère connaissance, si ce n’est par de vagues lueurs, de cette philosophie des Lumières, dont ils découvriront plus tard qu’ils avaient, sans trop le savoir, mis en pratique la liberté que voulaient éclairer les Diderot, Rousseau, d’Holbach, Voltaire.

    Cette liberté c’était d’abattre la tyrannie. Le refus viscéral des despotismes a résistéà la guillotine des jacobins, des thermidoriens, de Bonaparte, de la restauration monarchiste, elle a résisté aux fusilleurs de la Commune de Paris, elle a passé outre à Auschwitz et au goulag.

    Certes s’emparer de l’Elysée serait faire trop d’honneur à l’ubuesque palotin que l’Ordre des multinationales a chargé des basses besognes policières. Nous ne pouvons nous contenter de détruire des symboles. Brûler une banque, ce n’est pas foutre en l’air le système bancaire et la dictature de l’argent. Incendier les préfectures et les centres de la paperasserie administrative, ce n’est pas en finir avec l’État (pas plus que destituer ses notables et prébendiers).

    Il ne faut jamais casser les hommes (même chez quelques flics, il reste une certaine conscience humaine à sauvegarder). Que les gilets jaunes aient plutôt choisi de casser les machines qui nous font payer partout et de mettre hors d’état de nuire les excavatrices qui creusent à travers nos paysages les tranchées du profit, c’est un signe encourageant du progrès humain des révoltes.

    Autre signe rassurant : alors que les foules, les rassemblement grégaires, sont aisément manipulables – comme ne l’ignorent pas les clientélismes qui sévissent de l’extrême gauche à l’extrême droite – on note ici, au moins pour le moment, l’absence de chefs et de représentants attitrés, ce qui embarrasse bien le pouvoir ; par quel bout saisir cette nébuleuse en mouvement ?

    On observe çà et là que les individus, habituellement noyés dans la masse, discutent entre eux, font preuve d’un humour créatif, d’initiatives et d’ingéniosité, de générosité humaine (même si des dérapages sont toujours possibles.)

    Du mouvement des gilets jaunes émane une colère joyeuse. Les instances étatiques et capitalistes aimeraient la traiter d’aveugle. Elle est seulement en quête de clairvoyance. La cécité des gouvernants est toujours à la recherche de lunettes.

    Une dame en jaune déclare : « je voudrais bien qu’il m’explique Macron, qui habite un palais, comment je peux vivre avec 1 500 euros par mois ». Et comment les gens peuvent supporter les restrictions budgétaires qui affectent la santé, l’agriculture non-industrielle, l’enseignement, la suppression des lignes de chemin de fer, la destruction des paysages au profit de complexes immobiliers et commerciaux ? Et la pétrochimie et la pollution industrielle qui menace la survie de la planète et ses populations ?

    Ce à quoi Palotin Ier répond par une mesure écologique. Il taxe le carburant que doivent acheter les usagers. Cela le dispense de toucher aux bénéfices de Total et consorts.

    Il avait déjà montré son souci environnemental en envoyant 2 500 gendarmes détruire, à Notre-Dame-des-Landes, les potagers collectifs, la bergerie, les autoconstructions et l’expérience d’une société nouvelle.

    Et que dire des taxes et des impôts qui loin de profiter à celles et ceux qui les paient servent à renflouer les malversations bancaires ? Des hôpitaux manquant de personnel médical ? Des agriculteurs renaturant les sols, privés de subventions qui vont à l’industrie agroalimentaire et à la pollution de la terre et de l’eau ? Des lycéennes et des lycéens parqués dans des élevages concentrationnaires où le marché vient choisir ses esclaves ?

    « Prolétaires de tous les pays », disait Scutenaire, « je n’ai pas de conseils à vous donner. »

    À l’évidence, comme le vérifie la vogue du totalitarisme démocratique, tous les modes de gouvernement, du passéà nos jours, n’ont fait qu’aggraver notre effarante inhumanité. Le culte du profit met à mal la solidarité, la générosité, l’hospitalité. Le trou noir de l’efficacité rentable absorbe peu à peu la joie de vivre et ses galaxies.

    Sans doute est-il temps de reconstruire le monde et notre existence quotidienne. Sans doute est-il temps de « faire nos affaires nous mêmes », à l’encontre des affaires qui se trament contre nous et qui nous défont. Si l’on en juge par les libertés du commerce, qui exploitent et tuent le vivant la liberté est toujours  frêle.

    Un rien suffit pour l’inverser et la changer en son contraire. Un rien la restaure.
    Occupons nous de notre propre vie, elle engage celle du monde.

     

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