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Channel: EMMILA GITANA
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MOTS FRUITS, MOTS SAUVAGES

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Certains livres étaient des pêches dont je buvais le jus
   la tête renversée
d’autres des coquillages d’où s’évadaient les fables.
Frissonnaient sur mon front telle une frange de
   cheveux sombres
les neiges, les mirages, les criquets pèlerins de
   l’inconnaissable.
Je dérivais dans l’ombre au sein d’une glace sans tain
étrangleuse d’images
caressant au passage le pelage des monstres
guidé par la voluptéà tête chercheuse éperdue de
   liqueurs
avide de froisser les dessous mauves de l’extase.
J’écrivais. Et mon être naissait de l’encre
   lettre à lettre :
j’avais lieu dans le mot à venir.
J’écrivais comme on meurt et c’était pour survivre
convaincu d’engendrer ainsi le dernier Livre
que déchiffreraient sans en saisir hélas toutes les nuances
les grands lézards créés à l’image de Dieu.

 


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MARC ALYN

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thami3

Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/

PARIS NAIT DE PARIS

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Paris des braseros, Paris des barricades,
Paris qui s’émerveille au bout de la journée
Quand l’amour fatigué des rideaux de cretonne
Respire à la fenêtre un air de liberté,
Paris qui ne dort pas quand le monde sommeille,
Paris naît de Paris dans son décor de suie.

Sous le vieux ciel rayé par le vent des émeutes,
Son grand bûcher troué de rires et de perles
Eclaire le sommeil paisible des amants.

Les objets oubliés au fond de la campagne,
Après le long travail des saisons de soleil,
Viennent toucher le coeur endormi de l’enfance,
Le bras des voyageurs étendus dans la nuit
Au pied du mur doré des avoines poudreuses.

En plein vent, la tête et les mains dans le silence,
Paris respire à peine et replie doucement
Sa songerie et ses longues jambes de pierre.

Alouette ou caille, on ignore le nom
De son bonheur, de ses soupirs, de ses fantômes,
Des boucles de la Seine entre les cils humides
Du matin, scintillante et fiancée au monde.

Mais je connais le bruit de son coeur de cristal
Et lis son nom parmi les étoiles mourantes.

L’été couvert d’oiseaux dans la force de l’âge,
L’été, les cheveux pleins de brindilles de feu
S’arrête sur Paris et se mouille les lèvres
Sur Paris qui écoute et rêve de bonheur.

 

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ALBERT AYGUESPARSE

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paris

HOMMAGE A MAYA ANGELOU

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 Je suis femme par les deux plateaux de mes mains

Comme deux générosités ouvertes

Je suis femme par la savane brûlée de mes yeux

Et par le bouclier de mon front  derrière lequel luttent mes pensées et mes rêves

Je suis femme par l’audace de mes lèvres où viennent pondre les baisers

Je suis femme par l’écho de mon prénom qui roule dans les vallées de la vie

Je suis femme par l’étreinte de mes bras autour du soleil

Je suis femme par le berceau de mon ventre

Je suis femme par la poulie de mes hanches où remonte l’eau vive de mon désir de femme

Je suis femme par l’unique étoile où s’accrochent les nuits

Je suis femme comme la terre est ronde

Je suis femme par la flamme de mes jambes au bal des songes

Je suis femme sans maître

Sans laisse

Sans vigile

Celle qui ne tombe pas

Celle dont les fruits repoussent sans cesse à force de mourir

Celle qui soulève les sphères de l’univers

Celle qui arrose les bourgeons du jour

Je suis femme pour rien et pour tout

Pour que le monde soit moins seul

Pour la vie

Et pour l’équilibre du monde

 

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ERNEST PEPIN

Faugas

juillet 2011

 

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maya-angelou-

LA ROSEE SUR LES MAINS...Extrait

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L’automne trempe ses prés dans le rêve

et les flammes du paysage se lèvent devant nous

à mi-chemin entre les touffes de ronces, les cailloux,

les puissances de la solitude

du côté des pommiers en retard sur la noce

pressée d’en finir

avec cette journée qui remue sous l’empois

une journée de grand vent

nue et sèche au milieu des prairies et des fièvres

quand passent dans la campagne une haleine de bataille

une lumière d’orage qui met tout à l’envers

le cœur de la mariée sous le voile couvert de baisers

les tristes lessives de la semaine

l’équilibre des voix sur les routes de la mer

et sous la blouse du marchand ambulant

au fond de sa carriole verte

dans l’odeur des pommes et des foins

la photographie pâlie d’un enfant qui ne vient pas bien

la tête pleine de géants, de sommeil

pendant qu’un grain venu sur le chemin des écoliers

emporte sur un petit nuage de sang

le char à bancs, les tables du verger et les musiciens en redingote. »



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ALBERT AYGUESPARSE

« La rosée sur les mains » 1938

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noce_bretagne

 

 

LA BELLE SAISON

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Je regarde d’ici les guerres fatiguées
Les mots qui sont des mouches sur les vitres
Prisonnières
Le poids mort de la pesanteur sur la nuque et ce temps que l’on tue
De peur
De croiser son regard d’y voir le décompte
A rebours et le va et vient qui finira
Les mêmes boucles la même fin qui ramène le naufragé
Toujours à la même vague quand le sol se dérobe

Je pense à Diogène avec sa lampe qui cherchait un homme
Quand j’écarte de mon chemin les humains en cherchant la lumière
Pourquoi
Est-il impossible d’être debout
Sans retomber
Et puis touchant la terre pour la millième fois de se relever, sans repos,
Reprendre la même place
Je danse, c’est mon rôle, trois petits tours,
Avant que ne se raniment et se rouvrent toutes les blessures
Toutes,
Ma vie fuit par cent portes rouges je me tais
Et mon silence coule jusqu’à mes pieds qui disparaissent
Combien de temps avant que toutes les portes ne s’effacent

Pourquoi
Ne se relève-t-on que pour retomber
Pourquoi rebâtir des villes avec les pierres des villes disparues
Poser les temples les maisons sur des ruines sans voir
Que la ville nouvelle ne sert qu’au prochain massacre
Que les dieux qu’on y convoque partiront comme ceux qui les ont précédés
La bouche amère pour ne pas revenir, si las, désabusés,
Quand je suis ces cailloux que dispersent les soudards qui rient dans les décombres
La mémoire qui s’éparpille les souvenirs sans date la vieille affiche déchirée
Sur le mur qui flotte écrite dans une langue que plus personne ne comprend
Comment pourrais-je vous appeler
Verrez-vous seulement que maintenant je me dépouille
Que je vous jette à la tête mon chapeau ses grelots et mon habit écartelé rouge et jaune
Mes rires qui provoquaient les vôtres et ma joie à vous regarder
Que la poésie qui vous amuse est justement la mouche prisonnière sur sa vitre
Elle se cogne et c’est à vous qu’elle se cogne
Croyant que vous êtes clarté
Pourquoi
Est-il avec vous impossible
De rêver

 

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ALEXO XENIDIS

 

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Soon Young Lee

Photographie Soon Young Lee

RAG-TIME...Extrait

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On ne refera plus les sapins aussi verts
ma sœur
Ni les cieux aussi cieux, ni les aubes si frêles
ni les goudrons fondants des routes de l'été
ni les canons de bronze aux jambes des enfants sur la grand-place,
à l'ombre insigne des vieux morts
d'autres guerres
Ma foi
on ne refera plus la gaieté d'autrefois
ma sœur
je n'y crois guère
Pas plus qu'aux longs comas de nos douillets hivers
mon cœur
ni aux calmes maisons avec leurs demoiselles
roses pour vous servir une tasse de thé
les seins jeunes dessous des corsages bouffants

De tout cela qui a été
ma sœur
Les rivières de nos pieds nus, et les cris d'or
au loin, des fiers couchants
qui s'en souvient encore ?
On ne refera plus ton ancienne candeur
mon cœur
Les oiseaux sont allés ailleurs
Les enfants et les demoiselles
Les grisons de l’été, l’hiver qui s’échevelle
Ailleurs…
Vois l’oubli mon cœur
Mon cœur voici la mort

 

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LOUIS CALAFERTE

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Andrey Remnev,

Oeuvre Andrey Remnev

LA NUIT A LA DERIVE ...Extrait

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« Moi, Olga Orozco, du fond de ton cœur je déclare à tous que je meurs.
J'aimais la solitude, l'héroïque durée de toute foi, l'oisiveté dans laquelle grandissent d'étranges animaux, des plantes fabuleuses, l'ombre d'une grande époque fluant au milieu des mystères, des hallucinations, et aussi le petit tremblement des bougies à la nuit tombante.
Mon histoire est là dans mes mains et dans les mains de ceux qui l'ont tatouée.
De mon séjour il reste les magies, les rites, quelques dates usées par le souffle d'un amour inhumain, l'épaisse et lointaine fumée de la maison où nous n'avons jamais vécu, et quelques gestes dispersés parmi les gestes d'autres gens qui ne m'ont pas connue.
Le reste s'accomplit encore dans l'oubli. Le malheur œuvre sur le visage de celle qui se cherchait en moi comme dans un miroir de souriantes prairies et qui te paraîtra si bizarrement étrangère: ma propre apparition condamnée àêtre ma forme en ce monde.
Elle aurait voulu me garder dans le dédain ou dans l'orgueil, dans un dernier instant aussi fulgurant qu'un éclair et non dans ce tumulus incertain où j'élève ma voix rauque et éplorée dans le tourbillon de ton cœur »

 

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OLGA OROZCO

Traduction de l’espagnol argentin Claude Couffon

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ARBOL2

LA CENTAINE D'AMOUR...Extrait

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Ces fleurs brusques avec des eaux et des menaces,
ce pavillon pris dans les tourments de l’écume,
ces rayons de miel et ces récifs incendiaires
sont devenus la paix de ton sang dans le mien,
une couche d’étoiles et bleue comme la nuit
et la simplicité sans fin de la tendresse. »

 

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PABLO NERUDA

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pablo2

SOUFFLES ET SONGES...Extrait

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Lumières d’octobre
comme un bonheur inespéré déployant ses filets
un félin assoiffé
qui voit venir l’hiver
Oh ! les feulements du vent
quand les temps se renversent
Soleils d’octobre
illuminant le ciel entre deux averses
La vie est douce, et lente, et douloureuse
Le présent bat le rythme
Cœur d’espace et de transparence
La beauté souveraine
rayonne en sa fragilité
Nous n’avons rien à dire
sinon cette caresse de lumière
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COLETTE GIBELIN
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colette gibelin 2

HÔTEL DES VOYAGEURS

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Hôtel des voyageurs
La fenêtre ouvre sur le ciel
Bleu soleil,
renversant
On y lit le vertige, et la fascination
des blancs bateaux glissant dans la lumière

Dedans est l’espace du cœur,
l’intime centre de la vie,
peut-être le bonheur
Nous habitons cette chambre furtive,
lieu d’étreintes sans lendemains

Dehors est l’inconnu
L’amour est dérisoire, face à la mer,
souveraine et brutale
avec tous ses pillards
Elle entre en toi,
te déchiquette
La mer,
pourvoyeuse de désespoir

La chambre rétrécit
L’espace du recueillement s’étiole
Jusqu’au petit matin
nous serons sans mémoire
L’amour est illusoire

Hôtel des voyageurs
De quel voyage sommes-nous ?

Quelle aventure ?
Mésaventure ?
Nos caresses n’empêchent pas l’obscur
qui gagne peu à peu

Je voudrais habiter l’univers,
abolir le dedans, le dehors,
rire aux étoiles
et trouver le point d’orgue

Je n’ai que cette chambre
Hôtel des voyageurs

 

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COLETTE GIBELIN

 

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colette gibelin

VIVANTE PIERRE FRICHES no 71...Extrait

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Nuit de Sisyphe,
sans halte, sans recours
Il n’y a pas d’aurore éclatante et fragile
Juste cette fatigue
et l’habitude du naufrage

Mais l’étincelle, la sauvage, la brusque,
nous la portons en nous,
malgré nous,
plus tenace que les désastres

Envole-toi, Sisyphe,
Un feu déjà se prépare
La nuit, la nuit éclatera
comme une graine prête à de nouveaux départs

 

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COLETTE GIBELIN

 

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LAUREOS2

Photographie Laureos

 

LA VAGABONDE...Extrait

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"Écrire, pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de flêchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé de papillon-fée…
Écrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort courbatu, abêti, mais déjà récompensé, et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge, dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe.
Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée…"

 

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COLETTE

 

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colette3

HARRY BELAFONTE - TRY TO REMEMBER

AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA...Extrait

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"Quelle est la plus haute espèce chez l’être et quelle est l’espèce la plus basse ? Le parasite est la plus basse espèce, mais celui qui est la plus haute espèce nourrit le plus de parasites. Car l’âme qui a la plus longue échelle et qui peut descendre le plus bas : comment ne porterait-elle pas sur elle le plus de parasites ?  

-  l’âme la plus vaste qui peut courir, au milieu d’elle-même s’égarer et errer le plus loin, celle qui est la plus nécessaire, qui se précipite par plaisir dans le hasard : –

– l’âme qui est, qui plonge dans le devenir ; l’âme qui possède, qui veut entrer dans le vouloir et dans le désir : –

– l’âme qui se fuit elle-même et qui se rejoint elle-même dans le plus large cercle ; l’âme la plus sage que la folie invite le plus doucement :

– l’âme qui s’aime le plus elle-même, en qui toutes choses ont leur montée et leur descente, leur flux et leur reflux : – oh ! comment la plus haute âme n’aurait-elle pas les pires parasites ? "

 

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FRIEDRICH NIETZSCHE

 

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FRIED

GILLES DELEUZE...Extrait

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"La bêtise est une structure de la pensée comme telle : elle n'est pas une manière de se tromper, elle exprime en droit le non-sens dans la pensée. La bêtise n'est pas une erreur, ni un tissu d'erreurs. On connaît des pensées imbéciles, des discours imbéciles qui sont faits tout entiers de vérités ; mais ces vérités sont basses, sont celles d'une âme basse, lourde et de plomb.

...

Lorsque quelqu'un demande à quoi sert la philosophie, la réponse doit être agressive, puisque la question se veut ironique et mordante. La philosophie ne sert pas à l'État ni à l'église, qui ont d'autres soucis. Elle ne sert aucune puissance établie. La philosophie sert à attrister. Une philosophie qui n'attriste personne et ne contrarie personne n'est pas une philosophie. Elle sert à nuire à la bêtise, elle fait de la bêtise quelque chose de honteux."

 

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GILLES DELEUZE

 

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BETISE

JOEL GRENIER...Extrait

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J'ai dormi à la rose, sous son collier de perles. Elle disait quelque chose dans la langue des pensées et ses pétales s'ouvraient aux magies des jardins de l'aube blanche
Des parfums de pluie se mêlaient à la terre au fond des vases sacrés. La nuit pleurait en cristal des larmes de velours comme font les vestales quand elles frôlent le bonheur.
J'ai dormi à la rose pendant un siècle et demi. Le temps était suspendu à la pointe d'un sein.

Rose...

 

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JOEL GRENIER

 

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BERNARD PERROY...Extrait

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Bien-sûr le temps demeure un lieu
de course folle ou d'immobilité,
de courses poursuites
entre nos élans et nos peurs,
nos belles heures et les plus sombres,
nos promenades, nos marches forcées,
nos territoires gagnés ou perdus,
nos flammes de vaste envolée
ou celle trébuchante à chaque seconde,
mais sûre abri en son indéchiffrable beauté
dont la lumière s'élève dans la nuit de nos cœurs
comme le tremblement obstiné de l'étoile…



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BERNARD PERROY

 

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BALLADE

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Je retrouve toujours mêlés à la souffrance
Le cri mal achevé de notre amour, le goût
De tes baisers, et comme au ciel de la nuit d’août,
La musique des mots s’évade et recommence.

Le temps du désespoir n’a fait que rendre vive
Cette soif que j’avais de l’eau de ton regard,
Car pour nous séparer, le sort venait trop tard
Si même notre amour est amour fugitive.

Le ciel peut refermer sur nous sa main de nues,
L’océan nous lier avec ses goémons,
Le pain avoir le goût mortel de la ciguë
Et les oiseaux mourir dans les cours des prisons,
Ton amour est plus fort que cette trahison
Et tes yeux sont plus beaux qui saluent le matin
Quand un monde va naître avec ses lourds poisons
Du peu de sang qui reste aux fleurs de nos jardins.

Je ne sais plus où commence ta bouche,
Je ne sais plus où finissent tes lèvres,
Où s’arrête le rire courageux du matin.
Mes doigts cherchent sans fin à briser le cristal
Du rêve opaque de ton torse de neige.
Je déchire la rose noire de l’oubli.

 

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ALBERT AYGUESPARSE

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albert

 

 

LUC BERIMONT...Extrait

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Mon amour, je t'associe à la senteur de l'herbe que l'on a coupée dans le pré

je te marie au chant du rossignol, à la splendeur des boutons d'or et des genêts

Mon amour, le corps universel que nous cherchons à travers nous deux, à tâtons

est présenté dans l'ombre des ombrelles, dans le bleu têtu des chardons

Mon amour, tenons bon la route, et la sente, et l'herbier des nuits

Tout nous est donné, sans le doute qui ronge les cours et les dents

Je parle d'astres, de survie. Par toi, je suis, de nouveau, né

Entends la flamme de l'été qui ronfle sur nos champs de vie

Et crois que l'accord est passé pour les cent mille ans du passé

autant que pour l'éternité .

 

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LUC BERIMONT

 

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GIGUE

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La guerre, on la dansait dans la cour de l’école
Bardés de cheveux fous et de tabliers noirs
On sentait l’encre amère, un peu la confiture,
Une mouche d’été dormait sur nos devoirs.
L’institutrice était une jeune bergère
Qui avait entendu la voix de Michelet.
Ses yeux fleurs préféraient le rêve à la lecture
Ses seins n’avaient jamais bourgeonné dans des doigts.
Parfois, les jeudis clairs, elle allait en voiture
Acheter à la ville un coupon de satin.
Son fiancé, était – disait-on – mort en guerre
C’est un très grand malheur quand on n’en compte qu’un.

Crève le ciel d’orage et meurt la bergère
C’est avec nos cœurs sourds que nous dansons la guerre.

 

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LUC BERIMONT

In Cahiers de l’école de Rochefort

 

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Robert-Doisneau

Photographie Robert Doisneau