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Channel: EMMILA GITANA
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L'HOMME AU KAMANTCHA

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Nous ne pouvons savoir ! — Nous sommes accablés
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères !
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l’infini !
Rimbaud, Soleil et Chair, mai 1870



Si dans le transvisible, on entre par une porte, — on y entre par effraction. J’en appelle aux perspicaces, aux clairvoyants, à ceux qui ont l’œil qui s’ouvre, comme il se ferme, de l’intérieur. Au seuil de l’invisible, là, où les fleurs s’entrouvrent et embaument l’espace. — Je vois les yeux d’un homme barbu de noir vêtu.

Dans ce monde de l’ouvert, la nuit brûle d’étoiles insensées, un paon passe au crépuscule, fait la roue, criaille et disparaît ; on entend de loin feuler un tigre, la nuit est mouvante et frémissante à souhait. Dans ce monde de l’impensé, — les résistances de la raison craquent. — Si l’on s’arrête on tombe. On avance donc.

La langue-ours tourne en son palais mouillé, — un chuchotis remonte du fond vers la surface. Un remugle saumâtre dans l’air est balayé. L’homme vu de dos embrasse une femme. — Elle étreint ses reins de ses belles jambes blanches. Elle n’est plus que lèvres. Et elle n’est plus que fruit. — Et tout lui échappe.

 

Si la vision est un pont, l’autre côté demeure dans le brouillard. Je vois le soleil d’or, celui de la nostalgie, au travers des longs cheveux d’une jeune et jolie rousse, entre des arbres toujours en mouvement, — se balançant. Je ne comprends pas ses mots qui me lacèrent pourtant. — Ses yeux sont pleins de larmes.

 

Par trois fois, le coq vient de chanter. La nuit vole, bris de verre dans les flaques. Or, un ange noir marche pieds nus sur l’herbe, unkamantchaà la main, suivi par deux enfants habillés de blanc. — Sa bouche ouverte pousse un long cri que nul n’entend.

 

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SERGE VENTURINI

 

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ROUSSE

 

 

 

 

LE TEMOIGNAGE SILENCIEUX D'UN CROISEMENT

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Nus de ce que nous sommes, nus de nos vides à tarir, nus de nos prières àdécoudre l’amertume de nos sacrifices et de nos renoncements. Nos merveilles sont dans l’exploit de nos rêves. Dans la grandeur et la magnificence de l’illusion qui bataille nos réels foudroyés d’abstinences. 

La nudité c’est la rencontre. C’est le lieu privilégié où se recoud le monde. C’est la gloire des profondeurs au service des ailes d’anges. Il n’y a qu’ici, que nous pouvons caresser l’idée de la réconciliation. Il n’y a qu’ici, que nous savons être en dehors de nous-mêmes. Il n’y a qu’ici que la résonance de l’écho peut infiltrer nos ventres, nos cœurs et nos âmes.

Nous ne sommes que cela. Ici et nus.

Présent au monde, le réel n’est-il donc plus que cette pensée subjective qui le façonne ?

Il n’y a de lien avec la réalité que les sens patronnés par la conscience. Mon réel est mon monde. Mon monde est ma vie. Ma vie est cette esbroufe de sens que je lui concède. Tout est fantôme et pantomime. Mon esprit devient alors le poème originel dans lequel le monde raconte mon être. Avant de survivre au monde, je me surviens.

Tout ce qui ne m’a pas suivi est en train de périr. Tous les lambeaux d’horizons croisés et non choisis s’évanouissent d’un oubli blanc, là où mes tanières n’ont pas d’accès. Voisine de l’aphorisme des dieux, une croix tissée d’amalgames célestes pèse le fardeau des ombres renouvelables. Elle est le témoignage silencieux d’un croisement, d’une rencontre et d’une perte. Nombreux sont ceux qui l’érigent en plein cœur de la tempête. Partout, où je descends l’escalier du jour, des pierres tombent de la nuit. Dans leur finitude, chaque aboutissement devient une ouverture, un lieu où l’implicite se margotte avec l’explicite. Mon existence aux pieds de chaque ruine demeure désemparée par toutes les conjurations ontologiques criant leur famine. Quelque part, la mécanique du destin croise les doigts aux supputations de l’imaginaire.

Je me suis déjà bercé mille fois de mes grappes sensibles, de mes bouquets de tendresse fragile et de mes étourdissements d’amour. J’aime signifier à l’absence les frontières que j’occupe. Mon hoquet transporte le goût profond des résiliences. De fait, la vie m’habille de ces maillons graveleux pour tisser l’improbable. Sa constance dérisoire ébauche la traduction de mes limons tumultueux. Je suis là où rien ne saurait exister sans mon consentement. Il pleut du temps et je trempe dans l’auge de la durée incommensurable. Je signe l’heure dans laquelle je baigne.

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BRUNO ODILE

http://brunoodile.canalblog.com/archives/p20-10.html

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martine cros2

Oeuvre Martine Cros

http://allerauxessentiels.over-blog.com/

 

GASTON MIRON...Extrait

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...

Le vent rend l'âme dans un amas d'ombre
les étoiles bourdonnent dans leurs feux d'abeilles
et l'air est doux d'un passage d'écureuil
tu déjoues le monde qui assiège nos lieux secrets
tu es belle et belle comme des ruses de renard

Par le vieux silence animal de la plaine
lorsque fraîche et buvant les rosées d'envol
comme un ciel défaillant tu viens t'allonger
mes paumes te portent comme la mer
en un tourbillon du coeur dans le corps entier

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GASTON MIRON

 

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vince,,

 

 

ANECDOTES...Extrait

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Quelque chose
faisait signe

- dans le coeur du caillou
dans la feuille effrayée
dans la douce insistance
de la pluie sur le toit
dans la goutte
dessinant
le hasard sur la vitre-

quelque chose
ou quelqu'un

-dieu peut-être Mais dieu
n'existait pas encore-

Je ne demandais rien
Je me contentais d'être

 

Le vieux chien
se heurtait aux chaises
invisibles depuis longtemps

 


Je ne sais qui
inventait l'ange
en s'envolant

loin de son apparence
où l'on avait dû l'oublier

 

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RAYMOND  FARINA

 

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sudek

Photographie Josef Sudek

 

 

 

 

 

 

MARC ALYN

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Le temps enfant s’arrête de courir
pour marauder un fruit
le cœur flambé, au bras de la Folie
tandis que luit
fraîche comme un gardon - la poésie.

Abondance de seuils et de feuilles !
Chacun a son âge plus neuf mois
au fond de la pénombre lumineuse
où nagent les images.
« Je pomme dans les tombes »
jubile l’enfant ébloui.

Plus tard il saura se cacher
en compagnie de chats alchimistes
dans des cartons de livres oubliés
jusqu’à ce que la pluie
ranime les défuntes photographies.



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MARC ALYN

 

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jaya suberg5

Oeuvre Jaya Suberg

 

 

ECOUTEZ, ECOUTEZ...

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Peuple bâillonné aux tréfonds de l'Histoire muselé enfiévréétouffé Vienne le jour qui prendra date à visage découvert
Mordront la poussière les grands totalitaires harponnés en eaux troubles par des foules mains nues
Sursaut d'envie majeure de liberté
Viendront le temps des cerises des lilas et la fin des murailles
La nuit a dérivée aux cils de mes paupières
Naissante l'aube nouvelle de certitudes enfouies
Non aux geôliers oui aux lèvres balbutiantes
Parle mon cœur parle ma terre mutilée parle mon peuple humilié ne soit plus solitaire
Avec ceux de Harlem de Miami du métro de Paris fait chorus... Silence!...
Ecoutez mon pays!...
Ecoutez mon exil...
Ecoutez...
Ecoutez haleter ma planète...

 

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GERALD BLONCOURT

 

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BOAT PEOPLE HAITI

 

 

DE LA VERITE...Extrait

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......


La vérité, c'est l'être, et être, c'est être un , uni, accordé, et que le dehors exprime le dedans.
Qu'est-ce que la vérité de la connaissance ?
C'est la perception, à travers la forme extérieure, de ce qu'il y a dedans, la substance.
Qu'est-ce que la vérité de l'expression?
La sincérité.
Qu'est-ce que la vérité des actes?
C'est la justice .
Qu'est-ce que la vérité de la conscience?
C'est l'unification intérieure et la connaissance de soi.
Qu'est-ce que la vérité de l'amour?
C'est la reconnaissance de soi en autrui.

....

 

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LANZA DEL VASTO

 

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josef sudek,,,

Photographie Josef Sudek

ISSUES...Extrait

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Au bord de quelque chose, toujours.
Dans l’insécurité native.
Au bord d’une compréhension. Ou d’une décision définitive.
Au bord d’une imminence.

Un franchissement de col, à partir duquel tout pourrait s’inverser, la vision s’agrandir, le souffle s’apaiser.

Ne plus avoir à haleter pour atteindre le sommet, jouir du paysage en amorçant la descente, laisser aller un pied après l’autre sur le sentier accueillant, celui qu’on sait rejoindre le havre, là-bas au creux de la vallée, ardemment pressenti depuis l’autre versant.

Mais le col n’est jamais là où l’on croit.

Est-ce le col de la Mort, miroir du tout premier franchi, écho du col dilaté des mères,
nous expulsant hors de l’ombre chaude?

Légèreté, légèreté, je t’appelle,
Je te donne en secret un nom d’oiseau,
Je te nourrirai dans ma paume avec le meilleur de moi-même,
J’abandonnerai mes lourds vêtements,
je te laisserai rompre du bec les attaches usées mais tenaces,
les dépouilles mortes qui encombrent le champ du ciel
J’aurai pour toi le bleu soyeux des étangs du désir
J’attiserai le feu qui consume,
Je brûlerai les oripeaux pendus à mon cœur,
viandes flasques pourvoyeuses de pourriture
sang sale virant au noir
attirant mouches et vers voraces

Légèreté légèreté,
Je chanterai pour toi un air soufi jamais entendu
J’inventerai dans ma gorge une coulée de miel né des roseaux
un souffle sûr
porteur de messages clairs
un souffle vaste autant que ferme
sur lequel nous embarquerons
et tu m’enseigneras l’art et le savoir-ailé
le pur-ici sans poids
la transparence cachée sous tes paupières
au centre de ton iris
de mésange de rouge-gorge de libellule de grenouille de lézard couleuvre vairon cétoine abeille grillon vanesse chat lapin chien folâtre
de ton iris de nouveau-né
un instant surpris
dans l’enchantement dérobé
du monde

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FRANCOISE ASCAL

 

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CARMELO BLANDINO2,,

Oeuvre Carmelo Blandino

NOIR-RACINE

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Cela commence toujours par un mélange de noir et d’odeur.

 

On ne baisse pas la tête pour franchir le seuil. On appartient au monde de l’enfance. Les adultes, eux, courbent leurs épaules au passage.

 

*

 

D’abord, on est aveugle.
Le soleil tape trop fort dehors, les ouvertures sont minuscules dedans. On tâte du pied les grandes dalles du sol, irrégulières, toujours un peu humides malgré juillet. Ici, tout est mouillé. Les murs suintent, des fleurs d’écume y naissent qui s’effritent entre les doigts. L’odeur elle-même charrie du moite. Choux en fermentation, prunes pourries, pommes blettes. Les vaches, de l’autre côté de la cloison, piétinent la paille souillée d’urine. L’odeur est un couffin , un giron. On peut s’y abandonner, c’est chaud et suffoquant. Peut-être que cela empêche la peur d’entrer ? le temps de fuir ?

 

*

 

Lorsque les yeux s’habituent à la pénombre, on la voit. Proche du fourneau. Ses mains vont et viennent, comme toujours. La laine, entre ses doigts, est noire. La robe, noire. Le tablier, noir. On ne sait pas encore qu’on lui appartient. Que le noir-racine qui la tient debout a lancé des germes au-delà d’elle-même, sautant d’une génération à l’autre. Ceux qui se sont arrachés à l’ici n’y pourront rien. Dès l’origine, on a les pieds soudés à la terre, terre battue et rebattue, comme ceux qui n’ont pas de nom et pas d’histoire.

 

*

 

Avec la première chasse au cétoine, la première pêche au vairon, on est ferré. Le trident s’est planté là où ce n’était pas prévu, dans la chair fraîche, à même la gorge.

 

Les poissons ne crient pas, juste quelques sursauts sur la berge, quelques torsions dans la poêle. Les insectes, les papillons meurent en silence, leurs ailes déchirées sous les coups maladroits du filet.

 

*

 

La langue du monde n’a pas de bouche.
Les lèvres de celle qui cache ses larmes sont cousues. Son savoir est muré, enfoui sous un amas de « chemises de peau » et jupons superposés.

 

Dans l’ombre stagnante de la maison, se glissent parfois d’étroites lueurs, des lézardes bleues.

 

*

 

Il faut courir.
Droit vers ce qui brille, écaille ou élytre.
Traverser le silence exorbitant de ce qui ne cesse de bruire, sans énoncer une parole.
Obéir à la voix sans contour, s’éloigner de, s’avancer vers, reculer, approcher, clairière ou grotte, on ne sait.

 

Courir chaque été, dans la dévorante battue, sans savoir où mène cette errance, sans la moindre assurance de recevoir la manne — quelques secondes d’apesanteur, quelques grains d’extase fissurant la nuit.

 

Mais l’on revient, chaque soir, vers elle et ses genoux usés. On réintègre le cœur du sombre, le vieux berceau noir qu’une vie entière ne suffira pas à déchiffrer.

 

*

 

Jusqu’au jour où, sans qu’on l’ait vu venir, c’est l’heure. La chute dans le temps. Non pas le temps qui suspendait le souffle dans la course vive, dans l’éperdu vagabondage, mais celui qui fait eau de toutes parts, emportant les choses, les instants, les êtres.

 

Loin.
Loin de soi, loin de la silencieuse aux mains agiles. Loin des seuils séparant l’ombre de la lumière. Loin de la paix qui peut-être est l’autre nom de la mort.

 

*

 

L’exil a la couleur de l’encre, l’odeur du papier. Bâtons répétés obstinément, lignes de lettres et bientôt de mots, jetés d’une rive à l’autre, par-dessus l’absence .

 

Tandis que la main s’enhardit, la toute-de-noire-vêtue décline.

 

On ne saura rien du sang répandu qui a noyé son âme, de la boue des tranchées pétrifiée dans son corps, ensevelissant l’aimé, puis le frère trop jeune, puis les rêves.

 

*

 

Les mots ont des dorures de cétoine, des pigments de truite arc-en–ciel. Sous leurs masses immobiles vibre la vie, il suffit de les soulever, un à un, avec précaution, comme on lève les pierres au fond de la rivière pour voir apparaître ce qu’on ignorait.

 

Les mots gonflent dans la gorge, là où d’anciennes morsures ont laissé leurs cicatrices.
Les mots roulent comme des larmes sur la page.
Les mots déferlent et courent sur le moindre brin d’herbe.
Le monde est rempli de signes.

 

Lire, écrire. Même emportement.
Lire, écrire. Contre l’obscur.

 

*

Avec l’âpre espoir de passer le seuil sans baisser la tête.

 

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FRANCOISE ASCAL

http://remue.net/spip.php?article2517

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MM

 

LA NUIT COMME LE JOUR....Extrait

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L’armoire s’ouvre,
et la fenêtre à deux battants.

Il entre dans la pièce
un léger coulis d’air
aux notes blanches,

et la lavande dans l’armoire
distribue ses parfums
qui se laissent rejoindre
par le parfum des fleurs
et des plantes sauvages,
dehors,

tandis qu’à l’intérieur,
les yeux de la solitude
se laissent laver
par tant d’accords.

 

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BERNARD PERROY

 

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michel charrier1,,

Oeuvre Michel Charrier

 

GILLES BAUDRY...Extrait

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Las, le temps réduit sa voilure
et dans l’ostinato des vagues
toute la mer se ride, mais
que veut le vent, que veut le vent ?

 

Clignotent, pianotent les étoiles
le braille de nos insomnies
sur un clavier pour quel nocturne, mais
que nie la nuit, que nie la nuit ?

 

La nuit est au bout de ses yeux
et la forêt se cache
derrière ses paupières, mais
que sait la sève, que sait la sève ?
 

Neige pétale par pétale,
cloche s’embrume et s’enveloppe
d’un linceul de silence, mais
que tait la terre, que tait la terre ?

 

La terre ? Cette part féminine de ce qui est devant nos yeux. Que tait cette terre là ? Nous voilà plongés en plein mystère. Et toute pensée en cette direction ne peut être qu’extérieure à ce que nous continuons à nommer « raison », un concept douteux.


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GILLES BAUDRY

 

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gilles2

 

 

 

 

SEUL UN CALICE

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Seul un calice rempli de larmes
a l’éloquence du discours
quand il parle de la grandeur humaine.

 

Qui donc encore a conscience
de l'opulence indécente
quand des enfants meurent de faim?

 

Je sais que "beauté" est un mot païen
qui se décline en cris de cœur.

 

Je viens de la lumière intérieure du verbe et des choses.
Je viens d’une lumière originelle
que la matière cache
à l’insignifiance de l’œil humain.

 

Je viens de la lumière matrice
qui articule l’atome pour donner la vie.
Je viens d’un seigneur de sang lointain.
Je viens de mes pères et du chemin.

 

Je sais l’impertinence de la conscience
dans un monde de calcul.
Je sais l’indispensable mutation
et le retour à la lumière.

 

Je sais que la Beauté
est toujours une prière.

 

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JEAN-MICHEL SANANES

 

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LUMIERE

LA MAIN OUVERTE...

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Je vis en état de provisoire permanent. Un merci sur les lèvres, j'avance où l'ombre s'étend, tenant par la main mon cortège de mots. Je suis parfois chemins étroits de musiques empruntées, pour les besoins de penser comme d'autre ceux de regarder, en fumées, partir leurs rêves. Les miens, je les plante et les arrose, pour qu'ils me donnent fruits bien murs, au matin lent de mes fatigues obscures. Je ne suis pas funambule, non, je tombe et me répand sur les pages en désordre. Je ne suis pas funambule, je vis la main ouverte, c'est tout, et c'est si peu !

 

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XAVIER LAINE

 

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MAIN2

LE BONJOUR ET L'ADIEU...Extrait

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Et pour s’en détacher
nous aurons ensemencé cette terre de mots
l’orage les emporte
L’image tronquée du ciel
les colore parfois – on dirait
de grands jarres éclatées
sous la poussée violente du désir
d’accéder à la lumière

Plus loin que la houle des oliviers
bien plus loin que le gel
comme un murmure incontrôlable
ce front naissant de l’aube
porteuse d’évidences

 

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PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

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LE CHEMIN

 

 

 

FEDERICO GARCIA LORCA

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Aujourd'hui tremble en mon coeur
Un vague frisson d'étoiles
Mais mon sentier s'évanouit
Dans l'épaisseur du brouillard.
Le jour m'a brisé les ailes,
La douleur et le regret
Ont baigné les souvenirs
A la source de l'idée.
Toutes les roses sont blanches
Aussi blanches que ma peine ;
Il n'y a que les roses blanches
Car il a neigé sur elles
Et l'arc-en-ciel s'est éteint.
Il neige aussi sur nos âmes.
La neige de l'âme a ses
Flocons de baisers, d'images
Qui s'enfouissent dans l'ombre
Ou le jour de la pensée.
La neige des roses glisse,
Celle de l'âme demeure,
Et la griffe des années
La transforme en un linceul.
Fondra-t-elle, cette neige,
Quand la mort viendra nous prendre ?
Connaîtrons-nous d'autres neiges,
D'autres roses plus parfaites ?
...
L'amour n'est-il qu'illusion ?
Qui animera nos vies,
Si la pénombre nous plonge
Dans la véritable science
Du Bien qui n'existe pas
Peut-être, et du Mal tout proche ?
...
Si l'azur n'est plus qu'un songe,
Que sera donc l'innocence ?
 

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FEDERICO GARCIA LORCA

 

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LORCA

 

RETOUR A GRENADE

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Reconstituer le puzzle du monde
à flanc d'abîme sur le fil tendu à se rompre du rêve
j'étais toujours ce solitaire égaré dans les foules
car je n'ai jamais connu qu'une seule nécessité : l'amour

A Marrakech j'ai vu la soldatesque du roi
battre à coups de crosses une femme d'une beauté de jasmin
Place Jemma el Fna j'attendais un signe du Destin
j'entends encore des hurlements dans mon corps de prématuré

L'aube aux reflets saumonés sur l'Hudson
c'était en juillet 1995 avant que New-York ne s'effondre
je portais le poignard de la poésie à ma ceinture
J'entendais les chutes du temps rugir entre les buildings

Je sais la lenteur voluptueuse de la lune au-dessus du Bosphore
et ce fut pendant un couvre-feu aux environs de minuit
que j'ai dansé un alphabet d'extase avec des derviches tourneurs
dans un quartier en bois de cèdre d'Istambul près du vieux cimetière.

Tant de nuits blanches à pister l'avenir à tête de cheval
à confondre des fantômes imaginaires dans des villes dépossédées
retour à Grenade pendant la semaine sainte et ses processions morbides
où dans des bars clandestins j'ai fêté avec les gitans les ors et le feu de la vraie vie

 

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ANDRE CHENET

 

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George Owen Wynne Apperley7,,

 Oeuvre George Owen Wynne Apperley

 

 

NICOLE BARRIERE

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Mon amant de silence

Ma terre d'origine

A l'instant fragile de l'entente

Nos chants de retrouvailles

Comme l'élixir de minuit

Mon peuple d'étoiles en couleur graffiti

Légende de pays, de siècles ou de visages

Voyageur affectueux au goût d'orange mûre

Tandis que la comète bascule dans le vide

J'ai la mémoire peu fiable, la gerçure des ténèbres

des fleurs de transe imaginaires

L'absence balafrée de fils farouches

Feu sauvage dune fugue à deux voix

Inventaire en débat de la vie

Cosmos laïc d'Isis et Cassiopée

Rêve païen de l'ange rebelle

Au logis inconscient des paraboles

La belle aux couleurs de l'abandon

La mémoire mêlée aux éphémérides

Itinéraires d'extase - Itinéraires d'oubli

La poésie secrète des tamaris

Matière première dansant dans l'interdit

Transparente envolée du rêve aux frontières de miroirs

Mon amant de silence, ma terre d'origine

Mon peuple d'étoiles

Feu sauvage aux couleurs poésie

Ton silence a ouvert les pans de solitude

Les pas dans la forêt ont effacé le jour

J'ai mis dans la douceur de tes mains

Le miroir

Qui, sans reflet, sans tain

Des risques de brûlures

Épanouit dans l'air

Un pétale d'amour

La solitude est douce

Dans ce satin de rose

Dans le mouvement immobile arrêté

tu pars à la rencontre

A mesure que dépose

Le chagrin de ton coeur

Aux dérives, blessé

Je n'attends, ni ne meurs

De cette solitude

Agrandie et sereine et pourtant dépassée

Je retourne à la vie

Aux chemins détournés

Et si l'amour ne veut

Que miroir se brise

Dans les passages ouverts

Les sentes entrelacées

Tu gardes le mystère

Des rêve où ne s'épuisent

Les accords de nos coeurs

Sur ces chemins croisés.

 

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NICOLE BARRIERE

 

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Rima Salamoun 2,,

Oeuvre Rima Salamoun

 

 

EN PELOTE...

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A penser et repenser on met en pelotes nos pensées, une pelote pour papa, une pelote pour maman, et d'autres pour le reste du monde. Quand l'une d'entre elles  se déroule,  c'est la vie, jalonnée de faits divers qui surgit en accéléré, et sur le fil qui défile , le passé accroché ne laisse pas de répit. Cela grouille de souvenirs. L'accumulation bouscule l'ordre chronologique, la pelote s'emmêle et les noeuds se multiplient; on perd le fil et la boule aussi, et pour les retrouver, on continue à réfléchir... On défait plus qu'on ne refait l'histoire, on met nos nerfs en pelote...Ce grand désordre intellectuel dérange. Pour finir, on jette les pelotes à pensées dans un  panier; une pause devient nécessaire ...Et là un chat déboule... Infernale imaginaire !

 

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JOSIANE

 

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CHAT,,

SOLITUDE DES SEUILS...Extrait

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le torrent roule ses eaux lourdes
les fusils claquent dans le soleil

 

j’invente sous la treille
la fraîcheur de l’aube
le conte blême de la lune

 

la tour là-bas
la tour de la mère tutélaire
me tient serrée dans ses entrailles

 

— depuis quand et toujours —

 

[un chien jappe qui jamais ne cesse
emplit le vallon de sa gouaille
les châtaignes boguent dans la mousse]

 

l’hiver est en suspens        à la lisière

 

l’avant-naître et l’après

 

même solitude même silence      lent
je cherche l’instant pérenne
qui me détache du passé      du futur
équilibre d’absence sur le fil

 

dans la tiédeur du jour
le vrillement incessant des insectes
je guette les signes avant-coureurs

 

de l’autre saison

 

[les coupes sourdes dans le maquis
les rondins abandonnés
à la clairière neuve
l’odeur de bûche fraîche
le grelot qui rythme les heures
les trouées de trilles dans les chênes
les froissements d’ailes
qui brouillonnent les feuilles]

 

la terre remuée s’évade
odeurs d’urine et de moisi

 

la mer plus proche
mer montgolfière
dure et sereine
monte à l’assaut du ciel

 

Immobilité du matin.

 

Le plumbago est en fleur       [Bleu du Cap]
malgré cette douceur
une brume blanche enveloppe

 

— ouate village
ouate clocher
ouate collines —


 

englouti enseveli
plus rien n’existe
ni présent ni passé
demain avalé
oubliée
la dentelaire douce

 

un petit vent frissonne frais
secoue l’eucalyptus
la mer mugit en contrebas

 

— happée —

 

surgit par trouées grises
griffonnées de crêtes blanches

 

[chaussures de montagne
bonnet de laine brune sur les oreilles
coupe-vent rouge
gants vert amande blonde]

 

tout en marchant (je) dévie
ma route (je) dérive
jusqu’aux confins de la Nouvelle Zemble

 

— nouvelle jusqu’à ce jour
(j’) en ignorais l’existence et le nom —

 

quelle carte pour dire
de quel Nord il s’agit
du petit qui n’existe pas ou du Grand ?

 

tout en marchant (je) rêve
aux brouillards de Barents
à cette île noyée — passage du Nord-Est —
qui depuis des jours vacille
toujours son nom échappe
entre un [k] … et un [v]
le tréma et l’arrondi d’un [o]
placés dans le désordre

 

qui pourrait le croire
un brouillard fibreux d’étoupe dense
engloutit montagne et crêtes
le village et ses piani
ses murets ses chapelles
le lampadaire bourgeois
au-dessus de la route

 

les chèvres surgissent au détour
une par une sonnailles au cou
le mugissement des vagues tout proche
le gros du troupeau se resserre [flanc à flanc]
les échancrures de chair brune retroussées
fièrement dans la broussaille de la laine

 

(je) sens le chuintement des roches
une goutte puis une autre
les oasis minuscules dans les replis
Utah miniatures forgés
à même les schistes verts
superpositions de strates
feuilletés de pâte fine

 

ça gargouille ça pleut
ça frissonne ça sommeille
ça s’écaille ça se délite


 

menues trouées de nacre
qui s’effrite sous le graphite

 

les nuages se lèvent
la mer se libère      de son poids de brume
les gris du ciel se diluent      acier de l’horizon
le maquis s’enracine
la nature s’ébruite

 

dans le recueilli de son silence

 

— et toi en ton centre
tu dis que cela est bien

 

crottes
serrées menu le long du talus
(ma) vie entière
dans ces déjections d’olives noires
petites niçoises fripées

 

dans le redoux du jour.

 

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ANGELE PAOLI

Sur http://www.terreaciel.net/Angele-Paoli#.U0wyOlfkJcp

 

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chevres2,,

 

 

LABYRINTHES...Extrait

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Quand elle eut relevé le front et tourné de nouveau ses yeux vers moi, elle recommença à me regarder. Je me tus encore et l’examinai trait à trait. Soudain, je me mis à penser à l’Inconnue. L’image d’Elisabeth et l’image de l’Inconnue se superposèrent. L’Inconnue était celle dont le corps se pare de toutes les perfections et l’âme de toutes les séductions. L’Inconnue peut toujours être comparée au ciel supérieur et immobile au-dessus des étoiles visibles : rien ne peut mettre une borne à l’imagination. L’Inconnue avait peut-être les yeux langoureux de Karin, mais le corps le plus parfait. Elle possédait, sans doute, cette pudeur sans laquelle il n’est pas de féminité accomplie et qui est une draperie vivante autour du corps de celle qu’on aime, l’éclat autour de la perle elle-même. Quel est l’homme qui ne préfère l’Inconnue aux plus belles femmes poursuivies par les hommes ? Le mathématicien ne poursuit-il pas une Inconnue à la pureté parfaite, précise et déliée, dont la ligne s’apparente moins aux peintures qu’à ces marbres nets qui ne sont qu’un frisson de l’esprit ? L’aéronaute, plus sensuel, ne s’élevait-il pas vers le ciel, en 1830, avec cette volupté qu’éprouve la main qui va caresser : et lui ne caressait-il pas une femme d’azur dont il ne savait pas les traits, mais qui était peut-être la Cielleéternelle de Vausard ? Le physicien ne poursuit-il pas une Inconnue dont il sait le grain de la peau, d’une peau qui l’affole à force de ne lui montrer qu’une petite partie d’elle-même et de se refuser au moment où il va l’atteindre ? Son Inconnue n’est-elle pas capricieuse, inconstante et joueuse ? Le métaphysicien n’aime-t-il pas ce qu’il devine derrière des voiles divins ? Moins ardent que les autres, il est plus contemplatif : la pudeur du corps qui se dérobe le rassasie presque autant que le corps lui-même.

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LOUIS-PAUL GUIGUES

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inconnue