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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 08/03/16--08:28: AGNES SCHNELL...Extrait
  • Voici 

    fuyant
    des mots pierres ou glaise.

    Dépassant les eaux languies
    les porte à faux de la mémoire
    voici en équilibre
    des mots au loin s’évadant.
    Le mot expiré
    dans une langue imparfaite

    nomade chargé de trop d’impérieux
    je feins de suivre
    le bercement de l’eau
    la nudité du temps…

     

    .



    AGNES SCHNELL

     

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    Bernard Liegeois4,

    Photographie Bernard Liegeois

     

     

     

     


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  • 08/03/16--09:18: AGNES SCHNELL...Extrait
  • Nuée de rêves
    envol étourdissant
    enlacement se reprenant
    se défaisant.

    Danse infinie
    d’un côtéà l’autre du temps
    reprise ad libitum
    d’une cadence
    à peine heurtée.

    En toi
    une joie primale
    un instant muselée
    embrumée
    en toi l’élan
    la pulsation accélérée
    en toi la danse sauvage
    libérée
    et tous tes sens exaltés.

     

    .

     


    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    AGNES,


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  • 08/03/16--09:25: LE TRES BAS...Extrait
  • « La religion c'est ce qui relie et rien n'est plus religieux que la haine : elle rassemble les hommes en foule sous la puissance d'une idée ou d'un nom quand l'amour les délivre un à un par la faiblesse d'un visage ou d'une voix. (...) Il n'y a pas de terre sainte. C'est toute la terre qui est sainte, ou bien rien d'elle. »

    .

     

    CHRISTIAN BOBIN

     

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    bob

     

     

     

     

     


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  • 08/03/16--12:08: COURBE DU TEMPS ...Extrait
  • quand le regard devient regard
    la main s'arrête un peu
    comme pour écouter
    la lumière à quatre heures
    est l'or déclinant d'un fruit
    le ciel plus pur encore
    que celui de l'enfance cachée
    dans le vert tremblement des poires
    sous l'arbre s'incline une tête
    selon la courbe de sa vie
    vivre vivre blessure lente comme neige

     

    .

     

    JACQUES ANCET

     

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    Yann Simon • Photographies2

    Yann Simon Photographies

     

     


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    J’ai besoin de la mer car elle est ma leçon :
    je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :
    je ne sais si elle est vague seule ou être profond
    ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
    éblouissante de navires et de poissons.
    Le fait est que même endormi
    par tel ou tel art magnétique je circule
    dans l’université des vagues.

    Il n’y a pas que ces coquillages broyés
    comme si une planète tremblante
    annonçait une lente mort,
    non, avec le fragment je reconstruis le jour,
    avec le jet de sel, la stalactite,
    et avec une cuillerée de mer, la déesse infinie.

    Ce qu’elle
    m’a appris, je le conserve! C’est
    l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.

    Cela semble bien peu pour l’homme jeune
    qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,
    et pourtant ce pouls qui montait
    et descendait à son abîme,
    le froid du bleu qui crépitait
    et l’effritement de l’étoile,
    le tendre éploiement de la vague
    qui gaspille la neige avec l’écume,
    le pouvoir paisible et bien ferme
    comme un trône de pierre dans la profondeur,
    remplacèrent l’enceinte où grandissait
    la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,
    et soudain mon existence changea:
    j’adhérai au mouvement pur.

     

    .

     

    PABLO NERUDA
    Traduction de Claude Couffon

     

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    GO3

    Photographie Emmila

     

     

     

     


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    Il n’y a que l’homme pour faire une potence d’un arbre le plus beau, en chasser les oiseaux pour en faire une croix. La joie se heurte aux hommes. La haine a le champ libre. Ils se battent pour elle. Longeant le précipice du monde, je me raccroche à la ténacité des plantes. Je lance des mots à tout hasard pour sonder l’infini. On les entend cogner contre un mur invisible. La beauté n’a pas besoin qu’on la regarde. Elle nous prend par la main. Le geste le plus banal devient une caresse. Les bras du quotidien soulèvent l’espérance. Il est intimidant d’écrire sur la page blanche de l’amour. On se prend à rougir avec un bout de crayon, à faire chanter le papier, à mordre dans la chair. Quand les enfants dessinent, ils n’ont pas cette pudeur.
    Ce qui est sera toujours comme il a été, que ce soit une couronne de neige sur la tête des arbres, des bottines de boue au pied des champignons, le sourire des fleurs au milieu des cailloux, le foulard de l’herbe sur les épaules des collines. Il ne faut pas perdre la vie de vue, perdre la main, égarer l’âme sous un bilan comptable. Il faut cueillir le oui en pleine floraison. S’il faut toucher du doigt toute la misère humaine, que ce soit par amour. J’écoute la musique silencieuse du cœur. Son léger battement s’apparente à la note bleue du jazz. Il vient un temps où la route perd sa maison comme l’homme sa raison. La mémoire se vide comme une vieille armoire. Tous les chemins s’éloignent. Le corps qui gèle n’est déjà plus de ce monde. Il s’exerce à la mort. J’écris pour éloigner le froid.
    Le thermomètre d’un crayon indique la température de l’âme. À quarante-cinq degrés, même les mots se déshydratent. À vingt-deux sous zéro, ils éclatent comme des balles de neige. Je ne veux pas rester là où les chaises restent assises, là où les portes sont fermées. À force de coucher sur les mots, je m’éveille plein de ratures au corps. Je demeure étonné de me savoir en vie. Chaque seconde est différente de l’autre. Toutes les plantes me remontent à la gorge, les cris des bêtes, les pleurs des enfants, même les grains d’ambre des chapelets. Il y a toujours entre deux phrases un bouquet de silence que la parole effeuille. Quand on enterre un mort, on n’enterre pas ses mots.
    J’ai recraché l’hostie, piétiné le drapeau, déchiré mes papiers. Je n’ai jamais voulu pisser dans l’eau, écraser une fleur, gaspiller un bout de pain. Je préfère une fée à la baguette brisée au soldat bien armé, un chien jaune à trois pattes au caniche rasé d’une riche héritière. J’ai troqué la grandeur de Dieu qui n’existe pas pour un instant de paix qui n’existe pas plus. J’ai remplacé ce qui a fait du bruit par une note de musique et la cacophonie humaine par le chant des oiseaux. Quand on chasse un démon, un peu de l’ange suit. C’est entier qu’il faut vivre pour respirer plus large. Que serait l’infini sans la mort pour y croire ? Il y a une fissure dans le grand mur du monde. Je la cherche du doigt ou de l’index d’un crayon.
    Trop souvent, on ignore la lumière avant qu’elle ne s’éteigne. On néglige d’aimer. Le parfum le plus doux ne lave pas les taches de sang. Plus dénudé qu’un roc, il me reste à la main un frêle bouquet de mots, tous reliés par le mouvement du cœur. Je me demande parfois si l’homme fait vraiment patrie de la nature, et pourtant, la nature peut répondre à toutes les questions de l’homme. Ceux dont on dit qu’ils n’ont pas les pieds sur terre sont souvent les mieux enracinés. Ils touchent le cœur bien avant la raison. La tête dans les nuages, ils rejoignent la source. Ce qu’il faut sacrifier pour être libre ne vaudra jamais la liberté.

     

    .

     

    JEAN-MARC LA FRENIERE

     

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    JEAN-MARC


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    Si je dois désherber la douleur des jours
    que ce soit avec des mains patientes.
    Comme on prendrait un petit enfant
    sur ses genoux pour lui dire
    que celle qu’il attend ne reviendra plus —
    qu’elle est partie rejoindre Tobie,
    le chien de l’an passé.
    Alors, il nous faudrait tenir
    devant le regard grave soudain bondé de larmes,
    prendre le temps de sourire
    puis, comme un roi réconcilié,
    ouvrir ses bras en couronne
    et bercer, bercer éternellement.

     

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    PATRICK  MAURY

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    guy denning33,,

    Oeuvre Guy Denning

     


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  • 08/06/16--09:17: CHANSON POUR BAB TOUMA
  • Jolis les yeux des femmes à Bab Touma*
    jolis jolis…
    lorsqu’ils contemplent tristement la nuit le pain les ivrognes
    et belles sont ces épaules gitanes sur les lits
    qu’elles m’accordent les pleurs et le désir ô mère
    ah que ne suis-je un caillou coloré sur le trottoir
    ou une chanson longue dans la ruelle
    là-bas dans un creux de boue lisse
    qui me rappellerait la famine et les lèvres sans abri
    où les petits enfants
    surgissent comme la malaria
    devant Dieu et les rues sombres.
    Ah que ne suis-je une rose dans un jardin quelconque
    un poète mélancolique m’accueillerait à la fin du jour
    ou une taverne en bois rouge
    que les étrangers et la pluie fréquentent
    et de mes fenêtres tachées de vin et de mouches
    sortirait le tapage paresseux
    dans notre ruelle qui fabrique
    la mélancolie et les yeux verts
    où les pieds décharnés festoient
    sans but dans l’obscurité.

    J’aimerais être un peuplier vert près de l’église
    ou une croix d’or sur la poitrine d’une vierge
    qui fait frire les poissons pour son bien-aimé de retour du café
    et dans ses beaux yeux palpitent deux colombes en violettes
    j’aimerais embrasser un petit enfant à Bab Touma
    et de ses lèvres roses monterait l’odeur du sein qui l’a nourri
    car je suis encore seul et dur
    je suis étranger ô mère.

     

    .



    MOHAMMED  AL-MAGHOUT

    " Le journal des poètes "

    .

    *La Porte Saint-Thomas (en arabe : باب توما, Bab Touma) est l'une des sept portes de la ville de Damas, capitale de la Syrie. Elle se trouve à l'est de la ville et a donné son nom au quartier qui l'environne. Elle doit son nom à l'apôtre St Thomas.

    .

     

    guy denning2a

    Oeuvre Guy Denning

    www.guydenning.org

     

     

     

     

     


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  • 08/06/16--10:09: JOCELYN...Extrait
  • Mon cœur me l'avait dit : toute âme est sœur d'une âme ;
    Dieu les créa par couple et les fit homme ou femme ;
    Le monde peut en vain un temps les séparer,
    Leur destin tôt ou tard est de se rencontrer ;
    Et quand ces sœurs du ciel ici-bas se rencontrent,
    D'invincibles instincts l'une à l'autre les montrent ;
    Chaque âme de sa force attire sa moitié,
    Cette rencontre, c'est l'amour ou l'amitié,
    Seule et même union qu'un mot différent nomme,
    Selon l'être et le sexe en qui Dieu la consomme,
    Mais qui n'est que l'éclair qui révèle à chacun
    L'être qui le complète, et de deux n'en fait qu'un.

    Quand il a lui, le feu du ciel est moins rapide,
    L'œil ne cherche plus rien, l'âme n'a plus de vide,
    Par l'infaillible instinct le cœur soudain frappé,
    Ne craint pas de retour, ni de s'être trompé,
    On est plein d'un attrait qu'on n'a pas senti naître,
    Avant de se parler on croit se reconnaître,
    Pour tous les jours passés on n'a plus un regard,
    On regrette, on gémit de s'être vu trop tard,
    On est d'accord sur tout avant de se répondre,
    L'âme de plus en plus aspire à se confondre ;
    C'est le rayon du Ciel, par l'eau répercuté,
    Qui remonte au rayon pour doubler sa clarté ;
    C'est le son qui revient de l'écho qui répète,
    Seconde et même voix, à la voix qui le jette ;
    C'est l'ombre qu'avec nous le soleil voit marcher,
    Sœur du corps, qu'à nos pas on ne peut arracher.

     

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    ALPHONSE DE LAMARTINE

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    vera pavlova2

    Oeuvre Vera Pavlova

     

     

     

     


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    -Tondisa bomoyi nanga na bandoto…

    [-Remplis ma vie de songes…]

    Carlito Lassa

     

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    Au milieu de mille images,

    ton visage apparaît.

    J’étreins la visite qui précède ton corps

    et je remplis la maison qui t’attend

    de chants d’accueil.  

     

    Le feu de mes appels

    a brûlé leurs yeux,

    les voyants sont devenus aveugles.  

     

    Et sur la natte de vérité,

    les cauris qui ont roulé

    se sont trompés.

    - Ils prédisent des douleurs

    quand mon cœur fleurit.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Je ne clame plus ton nom,

    il résonne entre mes seins

    dans le désarroi du sang.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant :

     

    - J’ai parfumé ma bouche,

    je chante mes vœux.  

     

    J’ai rassemblé la beauté et l’amitié,

    pour la fête qu’ont éveillée tes mains.  

     

    Que le vent s’empare de mon chant,

    et l’ébruite jusqu’en cette contrée

    qui te retient captif.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Suis ma voix et

    remonte mon haleine,

    jusqu’à ce que tu atteignes la source

    d’où jaillissent mes appels.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Ma vie est toute dans cette voix,

    il n’est tenu en réserve

    que la chaleur de la terre

    qui va t’accueillir.

    Mon sang et mon âme s’offrent

    dans cet appel.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.

     

    Dans le bégaiement de la langue de l’oracle,

    sensibles aux suppliques des cœurs meurtris,

    j’ai entendu les morts

    répondant à la détresse des vivants.  

     

    J’ai vu,

    approchant l’enfant qui garde leur âme,

    les morts rendant visite

    aux orants.

    - Je crois à la pluie qui répond aux appels

    des terres que calcine la soif.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Je sais le songe

    éclaircissant la nuit des veuves,

    er versant dans leur sommeil

    la vague sanguine des eaux maritales

    dans le ressac des souvenirs.  

     

    Je sais dans le vent,

    l’orpheline qui frissonne et se glace,

    qui du père perdu sent la caresse

    et entend la voix.  

     

    Mais à toi,

    mes appels et mes prières vont,

    comme au tombeau le message et la foi

    des martyrs.

    Et la terre demeure sourde…

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.

     

    Tes mains me ressusciteront

    de la mort qui est devenue mienne,

    parce que je veille sans trahir

    la momie de ton absence.

     

    Envahis mon corps

    de baisers purs de tes lèvres,

    rafraîchis-moi

    où j’ai brûlé des soifs de l’attente,

     et réchauffe cette part

    que givre l’angoisse.  

     

    Mon corps,

    comme la terre de ton règne…  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.

     

    Approche tes yeux

    quand lumière nue et offerte,

    je ne suis plus que puissance.  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.

     

    Brûle mon ventre !

    embrase dans ton feu

     le cri de mes seins !

    Et portée aux crêtes de l’haleine,

    tisse de lanières de ton étreinte,

    à même mon corps,

    mon habit d’offrande.

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Que n’as-tu pas encore atteint

    les confins de la terre ?

    Arrête ta quête et retourne tes pas…  

     

    Ecoute le chant de N’déye,

    écoute mon chant.  

     

    Dans l’abandon,

    la femme seule est soleil de convoitise

    du jour des hommes,

    ils brûlent de sa lumière.

    Et dans l’enfer de leurs regards

    elle devient la proie

    - mille fois réchappée,

    mille fois fusillée.

    Et dans la tourmente de leur nuit,

    elle, chair d’une étoile nue,

    déchirée des griffes de leurs rêves.  

     

     

    .

     

    LEOPOLD CONGO MBEMBA

     

    .

     

    LEO

     

     



     


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     Cambia lo superficial
    Cambia también lo profundo
    Cambia el modo de pensar
    Cambia todo en este mundo

    Cambia el clima con los años
    Cambia el pastor su rebaño
    Y así como todo cambia
    Que yo cambie no es extraño

    Cambia el mas fino brillante
    De mano en mano su brillo
    Cambia el nido el pajarillo
    Cambia el sentir un amante

    Cambia el rumbo el caminante
    Aúnque esto le cause daño
    Y así como todo cambia
    Que yo cambie no es extraño

    Cambia todo cambia

    Cambia el sol en su carrera
    Cuando la noche subsiste
    Cambia la planta y se viste
    De verde en la primavera

    Cambia el pelaje la fiera
    Cambia el cabello el anciano
    Y así como todo cambia
    Que yo cambie no es extraño

    Pero no cambia mi amor
    Por mas lejo que me encuentre
    Ni el recuerdo ni el dolor
    De mi pueblo y de mi gente

    Lo que cambió ayer
    Tendrá que cambiar mañana
    Así como cambio yo
    En esta tierra lejana

    Cambia todo cambia

    Pero no cambia mi amor

     

    .

     

    JULIO NUMHAUSER

    Chant Mercedes Sosa

     

    .

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    .

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    Tout change
    Ce qui est superficiel change
    Ce qui est profond aussi
    La mode de pensée change
    Tout change en ce monde

    Le climat change avec les années
    Le berger change son troupeau
    Et ainsi, comme tout change,
    Il n'est pas étrange que je change aussi

    Le diamant le plus fin change
    De main en main, sa brillance
    Le petit oiseau change son nid
    Un amant change son sentiment

    Le marcheur change de direction
    Même si cela lui fait mal
    Et ainsi, comme tout change,
    Il n'est pas étrange que je change aussi

    Ca change, tout change

    Le soleil change dans sa course
    Quand la nuit subsiste
    La plante change et se vêtit
    De vert au printemps

    Le fauve change de pelage
    Le vieux monsieur change de cheveux
    Et ainsi, comme tout change,
    Il n'est pas étrange que je change aussi

    Mais mon amour ne change pas
    Qu'importe la distance à laquelle je me trouve
    Ni le souvenir, ni la douleur
    De mon peuple et de mes gens

    Ce qui a changé hier
    Devra changer demain
    Tout comme moi je change
    Sur cette terre lointaine

    Ca change, tout change

    Mais mon amour ne change pas
    Qu'importe la distance à laquelle je me trouve
    Ni le souvenir, ni la douleur
    De mon peuple et de mes gens

    Ce qui a changé hier
    Devra changer demain
    Tout comme moi je change
    Sur cette terre lointaine

    Ca change, tout change...

    Mais mon amour ne change pas


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  • 08/07/16--09:38: L'ETE A GAZA
  • L’étéà Gaza n’est pas l’été d’ailleurs,
    C’est un été très particulier
    Un été merveilleux où surnage une beauté
    Qui transperce les yeux
    Un été lumineux , un été vivant
    Un été ensoleillé aux nuits tranquilles
    Un été plein d’espoir,
    Un été doux fleurit aux rayons de chaque heure.

    Mais c’est un été passionné, passionnant et bouleversé
    Qui apparaît , dans le sang et la patience,
    Un été que même la poésie la plus colorée
    Et le grondement des textes écrits
    Ne pourraient décrire,
    Un été sans vacances pour les enfermés.

    En été, à Gaza,
    A l’horizon sans nuages et dans le ciel
    L’ombre chuchote.
    En été, à Gaza,
    Le soleil est ardent .
    Il est magnifique l’étéà Gaza !
    Les arbres fruitiers sont couronnés de mille fleurs
    Le figuier, le raisiné , et le dattier donnent vite des fruits

    A Gaza, l’été semble s’éterniser
    Les soirées sont trop longues
    Sans lumières, sans électricité.
    Seules les étoiles tentent de briser l’obscurité
    De ce morceau de terre oublié
    Soumis aux atroces mesures d’une occupation
    Qui aime les ténèbres et déteste la clarté.

    Un occupant aveugle qui ne sait pas que
    Meurt chaque jour
    Celui qui brise les rêves d’un enfant innocent,
    Celui qui assassine les espoirs.
    L’oppresseur, il n’est pas besoin de le combattre,
    Ni de l’abattre,
    Il se détruit lui-même.

    L’étéà Gaza serait l’occasion rêvée
    De mettre fin à l’assassinat du ciel,
    De mettre fin au vrombissement des avions,
    Ces engins qui sèment la terreur et la mort
    Ces machines qui éparpillent dans le ciel
    Les cadavres d’oiseaux,
    Et les cerfs-volants n’y peuvent plus danser.

    En été , les familles de Gaza s’activent.
    C’est la saison des mariages.
    La plage est comble
    Et l’on boit le thé aux multiples arômes.
    En cet été de Palestine qui vit de l’espérance,
    Les fleurs s’ouvrent,
    Un dolmen s’érige
    Pour nourrir les esprits troublés.

    Gaza la prisonnière, comme l’oiseau en cage,
    Se souvient d’un autre été, un sombre été,
    Un été meurtrier,
    C’était en 2014 !
    Quand la guerre a commencé,
    C’était le début de l’été !
    Mais la guerre ignore les saisons.

    Un refrain de tragédie,
    Le lancement d’une dévastation de cinquante jours,
    Une guerre qui a duré longtemps, longtemps
    Jusqu’à ce que l’été commence à donner des signes de faiblesse
    Quand l’occupant commence l’œuvre macabre
    De sa folie meurtrière.
    Les combats faisaient rage,
    Les bombes illuminaient le ciel
    Et les missiles s’enfonçaient dans les champs
    Où l’on n’entendait que le ressac des vagues
    Tandis qu’ un petit vent faisait danser la lune douce.

    Tout est détruit, brûlé, saccagé, même les pierres.
    L’interminable spoliation d’un peuple commence.
    Une terreur sans nom s’impose.
    Un champ de ruines effroyable et des cœurs endeuillés
    Les morts et les blessés s’accumulent,
    Les destructions se multiplient…
    C'est la mise en scène d’une exécution,
    D’un pilonnage qui a pour but d’attiser la défiance et la haine.
    Dans notre ciel aux étoiles fauves,
    L’escalade est ainsi imposée dans l’horreur,
    La paix est ainsi tristement amputée,
    Ainsi, les massacres passent et se ressemblent,
    Une mort rapide qui a remplacé la mort lente du blocus étouffant !

    Des images effroyables
    Gravées dans les mémoires pour toujours
    L’horreur!
    Nous étions là, impuissants devant la cruauté,
    Devant la barbarie, devant l’inhumanité,
    Avec la seule force de l’espoir
    Qui n’empêchait pas, hélas!
    Les immeubles de s’écouler
    Et les innocents de souffrir dans leur chair
    D’enterrés vivants
    Sous le glaive de feu et de sang.

    Lors de ce dramatique été
    Une nappe de brouillard s’étendait
    Sur le nord de Gaza
    Et le vent soufflait vers le sud,
    Quand une pluie de feu s’abattit sur la ville,
    Rayant de la carte un quartier nommé Chijaya.
    La peur étreignait le cœur de nos enfants .

    En chaque début d’été,
    Confrontéà sa réalité de prisonnier
    Et à ses souvenirs douloureux
    Chaque palestinien de Gaza s’interroge :
    Quand aurons-nous un été comme les autres étés ?
    Quand retrouvons-nous la liberté ?
    Quand retrouvons-nous la paix ?
    Quand ? quand ?........

     

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    ZIAD MEDOUKH

     

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    ABED ABDI3

    Oeuvre Abed Abdi

    Peintre Palestinien

     

     

     

     


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  • 08/08/16--02:44: UN SANG D'ENCRE...Extrait
  • La banlieue, même black ou basanée, ce n'est pas l'autre, mais une part de nous-mêmes entrée en dissidence. La part mal logée, mal nourrie, si mal irriguée qu'elle se gangrène. Et peut-être la plus intime, parce que la plus désenchantée. Qu'on l'oublie le jour, on la retrouve le soir, à son chevet, pour entrer dans le sommeil.

    Qu'est-ce donc qui leur manque, qui nous manque, en secret, dans ces parages du cœur ? Le pain ? Ils en ont assez, quoi qu’on en dise, pour ne pas crever. Du travail ? Sans doute, mais encore, mais après ? L'espoir ? La belle affaire ! Qu'apportons-nous dans la corbeille ? Travail-famille-patrie. Métro-Boulot-Dodo. Des trinités qui ont fait leur temps.

    Acceptons que les choses soient à la fois plus simples et moins terre-à-terre et risquons une hypothèse : ce sont peut-être les mots, bêtement, qui leur manquent. Oui, les mots. Sans eux, on marche sur les mains. Ou à quatre pattes. On parle avec les poings, avec les pieds et les barres de fer. Ou avec les seringues. Sans mots, on est bête, on devient fou parfois. Or les leurs, ceux qu'on leur lègue, sont usés, vidés, rabougris. Embourbés dans les fossés du consommable, vérolés par les slogans. Dévalués, contaminés, inutilisables pour se connaître, se reconnaître, s'appeler. Les mots – j'entends ceux qui nourrissent, éclairent le regard – aident à se poser, à marcher, à soutenir sa respiration et à trouver de petits passages dans le réel. Vers les autres.

    Oui, ils ont besoin des mots, les jeunes et les moins jeunes des banlieues. Ceux qu'on n'a pas su leur apprendre. Ceux qu'ils ne savent pas s'inventer. Ceux qui les laissent dehors, parce qu'ils n'ont pas les moyens de les amadouer. Et un mot qui vous refuse, c'est comme une porte qu'on vous claque au nez.

    Il leur faut, il nous faut plus de mots, plus de langage, pour plus d'espace et de justesse. Pour chercher, pour définir, pour contester. Pour construire. Des phrases et puis des ponts. Des chansons. Des paroles. Des vraies : pas marchandes, mais données. Pas annexées, vitrifiées par la publicité, mais vivantes. Des mots à habiter. Comme des maisons. A lancer. Comme des bateaux, ou des jurons. A faire frémir. A échanger. A mettre au bout des mains, comme des outils, des caresses ou des lanternes. Pour faire un peu de lumière dans sa propre obscurité. Un peu de paix. Rassembler les morceaux du puzzle et dessiner enfin quelque chose qui ressemble à une vie, à une ville. Ou bien encore : à une jeunesse qu'on aimerait, plus tard, pouvoir raconter.

     

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    MICHEL BAGLIN

     

     

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    Gerald bloncourt

    Photographie Gérald Bloncourt

    www.bloncourt.net

     

     


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  • 08/08/16--05:16: ANGELE PAOLI
  • blanches

    les figues du figuier
    blanches mais pas vraiment
    vertes du même vert
    que l'arbre qui les porte

    feuilles en étoile
    larges mains épanouies
    tissu qui râpe la chair tendre
    dénudée de l'été
    tissu qui râpe
    comme râpe épaisse l'écorce de l'arbre

    douce

    la figue le fruit du figuier
    le fruit délicieux
    androgyne parfait
    bourse striée qui s'enfle
    se gonfle et se rengorge
    involucre dodu que savamment soupèsent
    le regard puis les doigts
    rondeur veloutée du jour

    la peau se fendille
    s'ouvre tendre et blanche de rainures
    le pédoncule pivote sous la pression légère
    que tu imprimes au fruit
    un suc laiteux perle qui mollit la tige
    souple se détache le fruit craquelé
    qui se rend à ta main caressante

    du regard tu désires la figue repue
    avant que d'en ouvrir délicate la chair
    d'écarter la robe docile en deux valves pareilles
    l'aumônière cède au palper de tes doigts
    libère sa pulpe charnue
    tissée de filaments
    impudique vulve
    qui livre à ta lèvre gourmande
    les secrets se ses brûlants rubis

     

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    ANGELE PAOLI

     

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    figues

     

     


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  • 08/09/16--22:41: VI LAVANDAS SUMERGIDAS
  • Ví lavandas sumergidas en un cuenco de llanto y la visión ardió en mí.
    Más allá de la lluvia ví serpientes enfermas -bellas en sus úlceras transparentes-, frutos amenazados por espinas y sombras, hierbas excitadas por el rocío. Ví un ruiseñor agonizante y su garganta llena de luz.
    Estoy soñando la existencia y es un jardín torturado. Ante mí pasan madres encanecidas en el vértigo.
    Mi pensamiento es anterior a la eternidad pero no hay eternidad. He gastado mi juventud ante una tumba vacía, me he extenuado en preguntas que aún percuten en mí como un caballo que galopase tristemente en la memoria.
    Aún giro dentro de mí mismo aunque sé que voy a caer en el frío de mi propio corazón.
    Así es la vejez: claridad sin descanso.

     

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    ANTONIO GAMONEDA

     

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    photo-lavande

     

     

     


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    « Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! (…) La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage. Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! »

     

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    ARTHUR RIMBAUD

     

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    arthur-rimbaud2


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  • 08/10/16--10:02: SONNET
  • J’aime, de la nuit, le prélude lorsque vous
    venez,
    Main dans la main et me prenez lentement,
    strophe après strophe, dans vos bras.
    Vous m’emporterez, tout là-haut, sur vos ailes.
    Amis, restez, ne vous hâtez pas
    Et dormez contre mes flancs pareils aux ailes
    d’une hirondelle fatiguée.

    Votre soie est chaude. A la flûte d’attendre un
    peu
    Pour polir un sonnet lorsque vous me trouverez
    secret et beau
    Comme un sens sur le point de se dénuder. Ne
    parvenant à arriver
    Ni à s’attarder devant les mots, il me choisit pour
    seuil.

    J’aime, de la poésie, la spontanéité de la prose
    et de l’image voilée,
    Dépourvue d’une lune pour l’éloquence :
    Ainsi lorsque tu t’avances pieds nus, la rime
    abandonne
    L’étreinte des mots et la cadence se brise au
    plus fort de l’essai.

    Un peu de nuit auprès de toi suffit pour que je
    sorte de ma Babylone
    Vers mon essence – ma fin. Oint de jardin en
    moi
    Et tu es toute, toi.

    Et, de toi, déborde le moi libre et bon.

     

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    MAHMOUD DARWICH

     

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    MAHM


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  • 08/11/16--04:17: LE MENEUR DE LUNE...Extrait
  • Ma faute serait de croire que ce que je possède m'appartient. Tout ce que je suis m'est donné dans un miroir et est bel et bien tel que je le vois, mais, seul réel, me force à ne toucher de lui qu'une image. C'est que la mort est en moi. Qu'elle m'emporte si je n'accepte pas de l'épouser. Quand je touche un objet, elle abrite mes regards de la main pour me permettre de le voir.

     

    L'être est indivisible. A prétendre qu'un être est, on lui donne pour contenu tout ce dont on conçoit l'existence. Mais comment dire cela de sang-froid. L'affirmation de ma pensée m'enveloppe de toute l'existence, introduit celle-ci dans une négation. Rien ne peut assurer l'existence d'un homme que ce rêve d'exister qui brûle dans ce qui n'existe pas. Toute parole n'est que son écho et vit la parole qui la dément. L'essence de la vie consciente est dramatique.

     

    Aussi y a t-il une façon de dire les choses qui les détemporalise, referme sur ce qui se passe le cercle de ce qui est. Les faits n'absorbent la totalité de l'esprit qu'en la recevant pour sujet. Ne te tiens pas sur le seuil : entre la maison obscure où tes yeux brillent du feu qui te réconforte. La plénitude de l'être te fait scintiller dans le noir parce que tu fais ton unique pensée de ton ombre. Crois, le ciel est de la nuit voguant vers plus de nuit. Être n'est rien que croire. Sois, sois le salut de ce qui te brise; et la mort qui voudrait te saisir entrera dans la mort. Si tu t'échappais, l'éclair s'entourerait, pour te connaître, de la lumière qui couvrait le ciel, l'espace même te frapperait au front.

    Que les douze heures de chaque soleillée se prennent pour une seule grande fille et qui mène le temps au lieu de lui céder.

     

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    JOE BOUSQUET

     

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    alex


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    « - Mourir n'est qu'une conséquence de notre manière de vivre. Nous vivons d'une pensée à une autre pensée, d'un sentiment à un autre. Nos sentiments et nos pensées, au lieu de couler comme un fleuve paisible, nous "passent par la tête", nous "envahissent" et nous quittent: illuminations, éclairs, intermittences. En t'observant bien, tu t'aperçois que l'âme n'est pas une substance qui change de couleur par transitions nuancées, mais que les pensées en jaillissent comme des chiffres d'un trou noir. Tu as telle pensée, tel sentiment, et tout d'un coup d'autres les remplacent, surgis de rien. Si tu es très attentif, tu peux même saisir, entre deux pensées, l'instant du noir absolu. Cet instant est pour nous, une fois saisi, tout simplement la mort. Notre vie ne consiste en effet qu'à poser des jalons et à sauter de l'un à l'autre, franchissant ainsi chaque jour mille et mille secondes mortelles. Dans une certaine mesure, nous ne vivons que dans ces pauses entre deux bonds. Voilà pourquoi nous éprouvons un effroi si grotesque devant la dernière mort qui est ce que l'on ne peut plus jalonner, l'abîme insondable où nous sombrons. Pour cette manière-là de vivre, elle est vraiment la négation absolue. Mais elle ne l'est que dans cette perspective, que pour celui qui n'a jamais appris à vivre autrement que d'instant en instant. J'appelle cela le mal du sautillement; et tout le secret, c'est de le vaincre. Il faut apprendre àéprouver sa vie comme un long glissement calme. Au moment où l'on y parvient, on est aussi près de la mort que de la vie. On ne vit plus, selon nos critères communs, mais l'on peut davantage mourir, puisque avec la vie on a suspendu aussi la mort. C'est le moment de l'immortalité, le moment où notre âme, sortant de la prison du cerveau, pénètre dans ses merveilleux jardins. »

     

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    ROBERT MUSIL
    Traduction  Philippe Jaccottet

     

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    AIGRETTE

     

     


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