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DEUX MILLE ET DES POUSSIERES

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je raye un millénaire sur le calendrier.
- Comment trouvez-vous cette vie? - Palpitante!
- Et ce siècle? - Passable.
L'éternité ne fait pas son âge, ce matin
Et moi, poète confidentiel d'une langue partout étrangère,
Je vous dis que les rues regorgent d'êtres qui n'ont jamais vécu
Et prennent néanmoins la mort en marche ainsi qu'un autobus
Pour des odyssées sans issue vers d'abstraites Sibéries ou de scabreuses Babylones.
Ceux qui n'existèrent qu'à reculons, nourris d'absence et d'avenir posthume
Savent combien il est dangereux de lancer des prières aux dieux
Ou de glisser son âme entre les grilles à portée de leurs griffes.
Serons-nous remboursés à la fin du spectacle?
Vagabond de l'entre-deux-mondes, je guette les oiseaux qui saccagent le ciel.
L'automne a mis partout des fruits qui te ressemblent.

 

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MARC ALYN

 

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POUR UNE HEURE INCERTAINE

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« Le silence étouffe tes mots. Quelle langue habites tu ? Ta voix creusée dans le lourd manteau de ['oubli, ta voix revendique migre soudain, s'arrête aux frontières d'un jour moribond. Et s'animent les mots qui dormaient dans la nuit profonde du passé. Mais où es-tu ? Qu'écrira-t-elle malgré toi cette main qui t’échappe sur le revers trouble du jour ? Ta vie bat dans le mot. Mais d'où vient-il ce mot, fragile appel surgi dans la complicité du soir ?

Va savoir, va savoir. »

 

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CLAUDE CAILLEAU

 

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cail

 

 

 

L'ETE SUR LES TERRASSES

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Parler depuis la mort, sans porte-voix
suppose un entraînement de tous les instants
inauguré dès le premier regard.
C’est de sa propre destruction que l’être s’édifie
tenu en respect par les appariteurs musclés de la durée
et la férocité pompeuse des mythes.
La vie est salissante en dépit des enzymes
gloutons qui seuls connaissent
la vérité sur Dieu : hypothèse d’insecte
projetant sur une feuille de menthe assoiffée
sa souffrance à facettes.
Quant à l’humanité, espèce sonnante et trébuchante
         au cours surévalué,
Métisse d’ici-bas et d’au-delà, sang mêlé,
qu’elle fasse l’amour à midi, l’été sur les terrasses
avec le risque contagieux d’engendrer une fois de plus
          le néant
sans feu ni dieu, dans l’immuable et le fuyant
puisque sous chaque peau limitrophe du temps
circule, sève aride, âme prédatrice des corps,
l’insoutenable fécondité de la mort.

 

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MARC ALYN

 

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david ho

Oeuvre David Ho

http://davidho.com/

 

CREPUSCULE D'AUTOMNE

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Sa salopette bleue lui serre la ceinture,
lui morcèle le corps en fesses et en seins,
la mue en petit homme et lui donne les pleins
pouvoirs d’une délicate architecture.

Parmi la brise va la chevelure obscure,
tout entière elle est fruit, tout entière venin ;
de ses cuisses ramant – de genre mal certain –,
elle invente une éphémère pisciculture.

Amazone à la salopette bleutée, l’art
la fige dans ce parallèle rituel,
mouvant sillage à l’abri des migrations ;

vieux poète, vois-la te jeter ses regards
de ses yeux piquetant d’astres un autre ciel
où il n’est pas de port pour tes ambitions.

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JULIO CORTAZAR

Traduction Lionel- Edouard Martin

http://lionel-edouard-martin.net/tag/julio-cortazar-traduction-en-francais/

 

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Su mono azulle ciñe la cintura,
le amanzana las nalgas y los senos,
la vuelve un muchachito y le da plenos
poderes de liviana arquitectura.

Al viento va la cabellera oscura,
es toda fruta y es toda venenos;
el remar de sus muslos epicenos
inventa una fugaz piscicultura.

Amazona de mono azul, el arte
la fija en este rito paralelo,
cambiante estela a salvo de mudanza;

viejo poeta, mírala mirarte
con ojos que constelan otro cielo
donde no tiene puerto tu esperanza.

 

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JULIO CORTAZAR

MON CORPS ET MOI...Extrait

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«N’est vraisemblablement juste ni définitif aucun amour, aucune haine. Mais l’estime où, bien malgré moi et en dépit d’une despotique éducation morale et religieuse, je suis forcé de tenir quiconque n’a pas eu peur et n’a point borné son élan, L’ELAN MORTEL, chaque jour m’amène à envier davantage ceux dont l’angoisse fut si forte qu’ils ne purent continuer d’accepter les divertissements épisodiques»

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RENE CREVEL

 

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GRITO HACIA ROMA

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Manzanas levemente heridas
por finos espadines de plata,
nubes rasgadas por una mano de coral
que lleva en el dorso una almendra de fuego,
Peces de arsénico como tiburones,
tiburones como gotas de llanto para cegar una multitud,
rosas que hieren
Y agujas instaladas en los caños de la sangre,
mundos enemigos y amores cubiertos de gusanos
caerán sobre ti. Caerán sobre la gran cúpula
que untan de aceite las lenguas militares
donde un hombre se orina en una deslumbrante paloma
y escupe carbón machacado
rodeado de miles de campanillas.


Porque ya no hay quien reparte el pan ni el vino,
ni quien cultive hierbas en la boca del muerto,
ni quien abra los linos del reposo,
ni quien llore por las heridas de los elegantes.
No hay más que un millón de herreros
forjando cadenas para los niños que han de venir.
No hay más que un millón de carpinteros
que hacen ataúdes sin cruz.
No hay más que un gentío de lamentos
que se abren las ropas en espera de la bala.
El hombre que desprecia la paloma debía hablar,
debía gritar desnudo entre las columnas,
y ponerse una inyección para adquirir la lepra
y llorar un llanto tan terrible
que disolviera sus anillos y sus teléfonos de diamante.
Pero el hombre vestido de blanco
ignora el misterio de la espiga,
ignora el gemido de la parturienta,
ignora que Cristo puede dar agua todavía,
ignora que la moneda quema el beso de prodigio
y da la sangre del cordero al pico idiota del faisán.


Los maestros enseñan a los niños
una luz maravillosa que viene del monte;
pero lo que llega es una reunión de cloacas
donde gritan las oscuras ninfas del cólera.
Los maestros señalan con devoción las enormes cúpulas sahumadas;
pero debajo de las estatuas no hay amor,
no hay amor bajo los ojos de cristal definitivo.
El amor está en las carnes desgarradas por la sed,
en la choza diminuta que lucha con la inundación;
el amor está en los fosos donde luchan las sierpes del hambre,
en el triste mar que mece los cadáveres de las gaviotas
y en el oscurísimo beso punzante debajo de las almohadas.


Pero el viejo de las manos traslucidas
dirá: amor, amor, amor,
aclamado por millones de moribundos;
dirá: amor, amor, amor,
entre el tisú estremecido de ternura;
dirá: paz, paz, paz,
entre el tirite de cuchillos y melones de dinamita;
dirá: amor, amor, amor,
hasta que se le pongan de plata los labios.


Mientras tanto, mientras tanto, ¡ay!, mientras tanto,
los negros que sacan las escupideras,
los muchachos que tiemblan bajo el terror pálido de los
directores,
las mujeres ahogadas en aceites minerales,
la muchedumbre de martillo, de violín o de nube,
ha de gritar aunque le estrellen los sesos en el muro,
ha de gritar frente a las cúpulas,
ha de gritar loca de fuego,
ha de gritar loca de nieve,
ha de gritar con la cabeza llena de excremento,
ha de gritar como todas las noches juntas,
ha de gritar con voz tan desgarrada
hasta que las ciudades tiemblen como niñas
y rompan las prisiones del aceite y la música,
porque queremos el pan nuestro de cada día,
flor de aliso y perenne ternura desgranada,
porque queremos que se cumpla la voluntad de la Tierra
que da sus frutos para todos.


FEDERICO GARCIA LORCA

 

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Cité du Vatican

 

MON "JE " ETEINT L'AUTRE...

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Mon "je"éteint l'autre.

 

Je le vois à sa mire,

quand il me regarde

le louche quand il cerne

et

je suis sa voix,

ne la hait pas ;

je dis son cours à ma valeur,

le paie de mon timbre

tout au son de mon interne action,

quand

les mots sont ceux qu'il veut d'autre

quand

il est près de céder à leur procession

vers l'inavouable,

l'horrible blancheur des plages de l'enfer

 

Je suis sa vocation

n'ai d'intelligence que de lui, 

le juge à ses blessures

et ne l'aime qu'à sa place

 

même avisé 

j'ai l'oeil à la lunette

quand je le vois se regarder "montré"

et

sans me démettre je l'élève

je l'épaule, je m'en joue

et

je le tire du côté d'ombre de la cible.

 

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PHILIPPE LEOTARD

 

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 Philippe Léotard

 

 

LEURRE ET ILLUSION

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Allo ?

(Une voix de femme dit :)

Jupe, robe, pantalon ?

(Je réponds rapidement sans sourciller)

Jupe ou robe

Jambes nues ? Collant ? Bas Dim up ? Jarretelle ?

Comme tu veux, mais habillées, oui habillées tes jambes

Chaussures ?

Escarpins, mais pas trop hauts ou ce que tu veux…

Le haut ?

Corsage, pull léger, tee-shirt… comme tu veux…

Maquillage ?

Pas trop. Juste esquissé, à peine visible…

Rouge à lèvres ?

Oui de la couleur naturelle de tes lèvres…

Cheveux, coiffure ?

Naturelle, floue

Parfum ?

Oui, mais discret.

Bijoux ?

Juste ce qu’il faut, pas de bracelets.

Où ?

A ce restaurant chic, rue Mignet, où je t’avais croisé pour la première fois.

Quand ?

Ce soir, à 20 heures.

Tu me diras un poème, à nouveau ?

J’essaierai

Tu seras plus gai que l’autre fois ?

J’essaierai

Et moi, comment ?

Féminine et joyeuse, insouciante, décontractée, naturelle…

../..

Amoureuse ? dis-je

../..

C’est con la Saint Valentin, je dis.

Tu trouves ?

Oui, c’est con ; cette histoire de cadeau ; cette histoire d’amour censée renaître de ses cendres ? Phoenix suprême ?

La vie peut être simple, tu sais, sans cadeau, sans amour vain ; juste toi et moi, pour une soirée. Je mettrai ma petite robe noire, des Dim up noirs opaques, mes créoles en or, et puis c’est tout… OK ? Et puis –puisque tu le veux – je me ferai « féminine », je minauderai, c’est bien ça ?

../.. (sourire)

Tu dis rien ?

Ça me va, dis-je.

Bon, je raccroche ?

Et moi ? Je dois être comment ?

Jeune, beau, riche, fringuant, volontaire, astucieux, bien habillé, décontracté mais bien habillé, plein d’humour : bref comme d’habitude… Non je plaisante. Attentif, voilà ! Toi, tu dois être attentif ! Il y a tant d’hommes qui ne le sont plus ! Bref, tu fais « attention », tu me regardes ! Tu m’admires ! N’est-ce pas ? Tu me parles en étant a-t-t-e-n-t-i-f …

Je t’ai toujours aimée, tu le sais !

L’amour c’est un flux et un reflux, tu le sais, n’est-ce pas ? Profites-en quand c’est le ressac qui vient  vers toi.

 

…/…

 

Le sans-domicile-fixe se relève avec difficulté, ses yeux peinent maintenant à voir la gracile silhouette d’une jeune femme habillée d’une robe noire et qui s’éloigne vivement. Il ne distingue bientôt plus qu’un halo d’une noire luminosité. Depuis tout à l’heure Jean la regardait. Elle lui rappelait sa femme, décédée il y a cinq ou six ans. C’était la mort de sa femme, si brutale, si soudaine qui avait tout précipité : l’alcoolisme, le licenciement, le chômage puis la rue. L’abandon de sa famille et tout le reste. Il cherchait à mourir, lui aussi, maintenant, mais seul et ignoré de tous ; c’est ainsi qu’il le voulait. Il venait à la vue de cette jeune femme tout juste de se remémorer les conversations téléphoniques qu’ils avaient jadis lors de moments difficiles ; ils se réinventaient alors une jeunesse dans des rituels de complicité amoureuse.

Jean ne distinguait plus maintenant la silhouette frêle, il avait perdu ses lunettes, ou volé peu importe. Malheureusement. Il prit son sac-à-dos élimé, et divers plastiques remplis à craquer et se dirigea vers les chambres d’accueil pour la nuit. Le froid venait de tomber vite et son ventre avait faim.

 

Il eut envie de pleurer. Mais eut un sourire aussi, le visage charmeur de sa femme en tête.

 

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FRENCH PETER PAN

Sur son site

http://www.frenchpeterpan.com/

 

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SDF

 

NATHAN KATZ

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  On pourrait comprendre l’éternité.
     Nous jetons la graine dans les champs ;
     Mais qu’elle pousse,
     Cela dépasse nos forces.

     C’est cela qui pour nous est si incompréhensible :
     La puissante vie,
     Dans laquelle tout pénètre,
     Tout meurt,
     Dans laquelle un jour pour de bon nous retournons,
     Quand l’air passe sur nos tombes
     À travers les vertes haies vives. –

     Et pourtant : c’est comme si parfois on pouvait comprendre l’éternité,
     La saisir avec son cœur :                             
     Quand dehors dans les jardins on entend le bruissement secret.


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NATHAN KATZ

Traduction Eugène Guillevic

 

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ETERNITE

 

 

 

 

 

DANS LES SOULEVEMENTS...Extrait

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La fugacité disparaît
Toujours la même déflagration je t’aime
La hâte obstinément éclaire
Ton souffle où je tombe encore une fois

Quel dénuement n’ai-je pas dit
Un souvenir sans souvenir aucun ciel
N’a l’étendue de l’abandon
Un cri l’impudeur pensive

Le sens et l’effacement bougent
Le désir avec les oiseaux qui respirent
Tellement le jour était vaste
Comme quand l’aveu n’a plus d’ombre et roule

Quand la ressemblance sans cesse
Si ensevelie se sépare de moi
L’enfance changée en pitié
Dans les rochers que l’apaisement forme

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BERNARD VARGAFTIG

 

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Photographie Pierre Mestre

Sur

http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=234&PHPSESSID=13c85b460be0d4a218e4cea2b7288b79

 

 

 

SE SOUVENIR

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La lampe à huile
Faisait danser sur le repas du soir
Les nuages chassés par le vent chaud
Et l'odeur des tubéreuses se mêlait
À celle des pommes alignées sur la fenêtre...
 
En ce temps l'histoire était faite
D'un bonheur indicible et sans fin.
Les jours tombaient comme des oiseaux blessés
Dans les clairières d'ancolies
Que discernent seuls les yeux des enfants...
 
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JEAN-GEORGES LOSSIER
 
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nature-vie-


 

LE CARRE DU RÊVE...

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Le carré du rêve
à chaque côté montre la même femme
c'est une petite place de marché
traversée par des courants mobiles,
diagonales de bon sens.
 
Il te reste Sénèque, le noir, la pyramide.
 
Chaque nombre divisé par lui-même
vomit son âme sur toi.

La table de Pythagore
dans son schéma austère
enferme rêves et larmes.
Héraclite, son fleuve : tout
dans la table, le carré
d'un destin déjà prévu, et Hypoténuse
n'est pas le nom d'une femme.
 
La somme des côtés et de tes jours
traversés par des oiseaux empaillés
le nombre indivisé, ce pain amer,
indique un temps d'ailleurs crucifié
aux abscisses d'une tendresse inattendue,
un temps astreint à l'espérance.
 
Voyons alors comment va finir
cette histoire qui est peut-être sans fin,
des nombres tendus vers l'infini
comprenant les étoiles
                                        le sable
                                                    les poissons.
 
Il te reste une issue, le négatif,
Sénèque et la morale de la mort.
 
Celui qui est cher au ciel meurt encore jeune :
la racine carrée
l'élu parmi les nombres premiers.
Et Hypoténuse n'est pas le nom d'une femme.
 
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CARMELO PIRRERA
(Caltanissetta 1932)
 
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Oeuvre Philippe Charpentier


 
 

LE PROFIL ET LES OMBRES...Extrait

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   Il faut t’asseoir au nord de toi-même
et puis au sud
établir ensuite un axe
pour tenir debout
le temps du désamour

La mer tiendra dans ton poing
si tu arrêtes tes larmes
et ta maison sera dans la clé
Empoigne le bois
le soleil se lèvera dans sa sciure

près du cirque vide
d’où auront fui les fauves
et ton cheval blond enchaîné
Elles auraient pu durer encore
les roses
mais tu ne l’as pas voulu vraiment…
Sens la fraîcheur de la nouvelle croix
La liberté s’inaugure
lourde mais si légère aussi
dans son humilité
Axe fumant à présent…
va vers le rien
quelqu’un t’y accueillera.
 
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JOSE ENSCH
 
 
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Oeuvre Alphonse Mucha


 
 
 
 

DANS LES CAGES DU VENT...Extrait

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Ne retourne pas la feuille du temps
ne ferme ce ciel
ni dans la cendre ce fruit
qui se fend
N’aborde la mer avant l’âge
le champ de sel
Ô amère joie et l’océan
la stridence des berceaux
Ne danse devant le feu
que dévêtu comme lui
et sans robe prétexte
car le temps n’est pas venu.
 
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JOSE ENSCH
 
 
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TEM2


 
 

JE DIS TON NOM

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O mon amour, tu existes en moi depuis toujours. Il y eut un temps où je t’aimais et où tu ne m’aimais pas encore, mais ce temps est mort depuis tant d’années que je ne m’en souviens plus. Il y eut un temps où je n’étais que moi-même, mais ce temps est oublié. Il y eut un temps où rien n’existait de ce que nous sommes. Et aujourd’hui, ce temps est effacé où je t’aimais et où tu ne m’aimais pas encore. Je dis ton nom et le monde connaît la beauté du matin. Et pâlissent les aurores qui baignent le front des statues de l’ennui. Je dis ton nom et le ciel vide se remplit des promesses d’une nouvelle vie. Tu m’as guéri de mes peurs, tu m’as consolé de mes défaites, tu m’as sauvé de la dérision. Chaque jour, je cherche le chemin qui me conduit vers toi, me rapproche de toi comme un arc-en-ciel d’allégresse. O mon amour, après tant d’autres, je redis ces vieux mots que me dicte ton seul amour.

 

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ALBERT AYGUESPARSE

 

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PH PACHE


Photographie Philippe Pache

 

 

REAPPRENDRE A APPRENDRE ET REAPPRENDRE A VIVRE

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Le savoir n’est pas la connaissance. Il est même douteux que le savoir y conduise ; et s’il peut y mener, il n’est pas suffisant. Confondre le cumul des connaissances avec la connaissance est un péché contre l’esprit, une faute d’intelligence et une erreur de langage, presque une faute d’orthographe. Poussant sa recherche dans une discipline quelconque, la paléontologie, par exemple, le savant qui prétend enrichir la connaissance (comme je l’ai entendu dire hier) en augmentant le bagage scientifique de ses nouveaux apports, est tout simplement quelqu’un qui ne sait pas penser et qui, par conséquent, parle mal. Il enrichit un nombre : celui des connaissances humaines, dont précisément l’étendue et la masse sont peut-être l’obstacle le plus sérieux mis entre l’homme et la connaissance, l’opposition à leur hyménée. Il connaît trop ce qu’il sait pour savoir ce qu’il doit connaître ; et plus il a de science, moins il approche de la connaissance, dont le premier éveil se fait par un grand holocauste et repose sur lui : l’embrasement qui aboutit à la combustion totale des savoirs particuliers. Réduits en cendres, ils ont donné avant tout leur chaleur et aussi leur lumière ; et c’est cette chaleur, c’est cette lumière-esprit qui donnent vie et battement, mouvement et ardeur à la connaissance qui n’a, dès lors, que faire du savoir.
L’ennui, dans ce domaine, est que l’accumulation ou le perfectionnement des savoirs est à la portée de n’importe quel imbécile, diplômé ou non, ayant assez de pratique et de technicité dans l’étroitesse de sa spécialité. N’importe qui, s’il dispose de quelques habitudes, peut coopérer à une addition ou à une multiplication. L’ascèse de la connaissance, par contre, qui suit la voie de l’unité et qui est œuvre de singularité, est en quelque sorte réservée à certains élus. Par conséquent l’intérêt majeur, incontrôlable et inconscient de cette inépuisable majorité astreinte à un perpétuel recyclage pour ne pas avoir à quitter son nombre, est d’entretenir farouchement – en elle-même d’abord et autour d’elle superstitieusement – cette confusion déplorable. La science usurpe presque toujours ainsi sa supériorité trop aisément contrôlable. Douteusement. Parce que ce qui compte, finalement, ce qui est essentiel, ce qui importe véritablement se moque de nos idées et n’éprouve nul besoin de se montrer sous un jour vérifiable. Ce qui compte foncièrement ne se démontre pas et n’est jamais à la portée de n’importe qui. On peut en parler. On ne peut pas le dire. Fringale de l’esprit. Nourriture de l’âme. Il faut un grain de génie pour ne pas dévoyer sa vie, pour ne pas la gâcher : un petit rien d’humilité dont la racine fraîche et menue se plonge dans le mystérieux et béatifique esprit de pauvreté (la clef de l’Évangile), pour la vivre vivante et lui donner ses marges.
 
Apprendre l’apparence. – Se laisser pénétrer. – Percevoir l’apparence. – Affronter l’apparence. – Pénétrer l’apparence. – Enjamber l’apparence.
 
Une réalité commence là, plus solide que l’autre qui a visiblement trop besoin de gendarmes pour qu’on se fie à sa réelle légitimité. Il n’y a rien à inventer : il suffit de s’y rendre. Elle est le domicile de la connaissance, le vestibule ou le parvis par où passer pour la rejoindre ; et de là, quand on se retourne, on reprend la vision de la réalité dans le bon sens de la lecture. Les choses sont des signes et tout commence là. Une musique, qui peut bien ne pas être toujours intelligible, mais qui appelle et qu’on entend ; un geste qui vous prend et qui vous mène quelque part ; un moment qui vous porte et qui vous repose non pas derrière, mais devant les choses. Comme du temps où les bêtes, les plantes et les pierres parlaient. Dans un même langage. Loin de toutes les choses qui ont fait leur temps ; plus près et de plus en plus près de celles qui nous font le nôtre. Car il n’y a que l’avenir qui alimente le présent ; le passé, lui, n’y peut rien faire : il n’est que l’excrément. La beauté accomplie. Le vestige de ce qui a vécu très au-dessus de nous. La beauté sans promesse. L’autre beauté est incertaine, le gibier de la chasse, mais sa promesse est le seul aliment, la seule nourriture. Car la vie commence devant. Celle dont on connaît les dates et les heures est arrivée, finie. Toute naissance est appelée (non pas poussée) appelée à naître indéfiniment jusqu’à l’heure de sa mort où elle est poussée, enfouie, recouverte de son premier mystère.
Le plus absurde est qu’il y ait des philosophes qui, étant eux-mêmes des êtres vivants, des souffles de vie, puissent s’autoriser de leur « pensée » pour décider que la vie est absurde. L’a priori est non, tant qu’ils ne sont pas morts, et leur recherche devrait commencer là. Simplement. Non. L’absurdité est en eux seuls, comme leur propre contradiction.
 
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ARMEL GUERNE
 
 
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MAX POL FOUCHET

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 Merci Francis....

 

Il passe toujours un nuage
Pour nous distraire à nous-même
Il vole toujours un oiseau
Pour nous enlever à la terre

Il passe toujours une étoile
Pour nous ôter au troupeau
Il naît toujours une fleur
Pour nous enlever aux oiseaux

Il vient toujours une insecte
Qui nous ravit à la fleur
Il accourt toujours une vague
Pour nous ôter à ce qui meurt

 

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MAX-POL FOUCHET

 

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OISE

CHEMINS DU DOUTE...Extrait

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Écrire ce n’est pas espérer
une quelconque réponse
mais une bouteille à la mer
sans le moindre message
Écrire pour se justifier
d’être au monde : cela suffit

*

Entre l’orgueil des métaphores
et l’eau vive de l’humilité
choisir où le poème ira boire
Cette soif d’infini
n’est jamais que prescience
intuition paradoxale

*

L’écriture n’est jamais
que timide questionnement
sur notre humaine destinée
L’on interroge les mots
et les mots vous interrogent
Ce dialogue sans issue
ni la plus petite chance
de jamais se conclure
porte sa raison d’être
en ce vain effort
pourtant recommencé

*

Maux pour mot
mot à maux
tenter de dire
la déchirure
dans le tissu
des jours vains
Il faut prendre
ses mots
en patience

 

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FRANCIS CHENOT

 

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ecrit

 

LE GANT DE CRIN...Extrait

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Quelle terrible épreuve constamment renouvelée. S’asseoir pour écrire le plus beau poème du monde, le sentir tel en soi, le vivre, en contenir difficilement la frémissante beauté qui déborde et transforme tout votre être et le soulève, puis … rester avec ce bout de glace entre les doigts ou cette cendre !
Tout le reste a été consuméà l’intérieur. Dehors, il n’y a plus que le reflet des flammes. Car le poète est un four à brûler le réel.
De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases.

 

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PIERRE REVERDY

 

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JULIETTE ARISTIDES

Oeuvre Juliette Aristides

 www.aristidesarts.com

JUARROZ

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Chacun s'en va comme il peut,
les uns la poitrine entrouverte,
les autres avec une seule main,
les uns la carte d'identité en poche,
les autres dans l'âme,
les uns la lune vissée au sang,
et les autres n'ayant ni sang, ni lune, ni souvenirs.

Chacun s'en va même s'il ne peut,
les uns l'amour entre les dents,
les autres en se changeant la peau,
les uns avec la vie et la mort,
les autres avec la mort et la vie,
les uns la main sur l'épaule
et les autres sur l'épaule d'un autre.

Chacun s'en va parce qu'il s'en va,
les uns avec quelqu'un qui les hante,
les autres s'en s'être croisés avec personne,
les uns par la porte qui donne ou semble donner sur le chemin,
les autres par une porte dessinée sur le mur ou peut-être dans
l'air,
les uns sans avoir commencéà vivre
et les autres sans avoir commencéà vivre.

Mais tous s'en vont les pieds attachés,
les uns par le chemin qu'ils ont fait,
les autres par celui qu'ils n'ont pas fait
et tous par celui qu'ils ne feront jamais.

 

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ROBERTO JUARROZ

 

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dholaprogressionej1

Oeuvre David Ho