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Channel: EMMILA GITANA
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ATTEINT

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Inquiétant. Ça devient inquiétant.

Comment, pourquoi inquiétant ?

De n’avoir jusqu’à présent pas été atteint.

Atteint. Atteint de quoi ?

D’une balle.

De quoi ?

D’une balle.

Tu sais, un projectile qui court...

il court, il court et il rentre ;

il court, il court, il court, il ravage ; il court, il court tout ravager ;

il ravage tes muscles, tes os ; il court, il rentre et tout ravage en toi ;

tu ne le sens pas qui court ;

c’est le feu en toi ; cette chose brûle tout en toi, et toute cette chaleur qui monte subitement, tout ça, tout ça te bouleverse, tout ça, tu ne comprends pas ;

tu ne penses même pas à comprendre, tu n’es pas habitué, tu parles, personne n’est habituéà cette chose-là, mais elle est là, là, rigide, tenace, téméraire ;

elle arrête même de courir pour bien se loger dans un de tes muscles ;

elle est même faite pour être logée en toi, dedans toi, oui, pense ; pense àça, pense que c’est normal qu’elle se fiche dedans, dedans l’un de tes organes, pense, pense, vas-y, mais tu ne peux ;

bien qu’elle soit là dans toi, tu ne peux pas, même ça, tu ne le peux pas, penser, la chose, la vérité de cette chose, elle est là, plantée dans ton corps même, elle l’est, oui, oui, oui, dedans même, elle s’installe, elle s’incruste, elle se plante, mais vas-y, défends-toi, défie-la, ose la défier, cette chose-là ;

cette chose, à la vérité, elle finira en arrêtant de courir par t’arrêter toi-même ;

toi, oui, toi-même ;

les gens courent vite te transporter, tu saignes, tu perds ton liquide ; ça dégouline, ta sueur, ta morve, tout ton sang tu le vois se verser ;

ça te bouleverse, et toi, pour l’instant, ce n’est pas ce qui compte, ce n’est pas ce qui compte pour toi, d’être bouleversé ;

tu ne penses pas ;

tu ne peux pas, tant que ça coule, tant que ça dégouline ; les gens sont bouleversés ;

les gens, ceux qui te transportent, ils ne peuvent pas, ils n’osent pas te regarder ;

mais pour l’instant, une fois de plus, ce n’est pas ce qui compte ; pour toi, ce n’est pas ce qui compte vraiment ;

les gens et toi vous ne pouvez même vous regarder, même pas ; vos yeux expriment déjà une trop grande désolation ;

une grande désolation s’abat sur vous, sur eux, sur les gens ;

s’abat sur eux, sur tout le pays ;

une grande désolation s’abat sur tout pour tous nous ravager ;

pense, vas-y, pense ;

je te défie de penser ;

impossible pour l’instant ;

ça, ça ne compte pas ;

même les gens ne comptent pas pour toi ;

même les gens, même le quartier, même la ville, même le pays tout entier ne compte pas ;

pour l’instant ce qui compte vraiment pour toi c’est d’être sauvé ;

tu les effaces les gens, malgré leurs yeux éteints par la désolation, tu les effaces, tu les éteins ;

toi, tu voudrais être sauvé, tu voudrais garder ton souffle, respirer, respirer, respirer, encore, encore, respirer, vivre, voir, encore, encore, respirer, entendre, vivre, pouvoir encore bouger, respirer, respirer, vivre, exister, exister encore, être encore, être en vie ;

malgré eux, les gens, malgré tout, malgré nous tous, être encore capable de bouger ;

pense, vas-y, pense, pense à pourquoi tu tiens tant à respirer encore ;

pense, pense, pense ;

non, tu ne sais même pas trop pourquoi tu voudrais continuer à respirer, à durer, à continuer à faire bouger ce corps qui finalement sera toujours cible dans cette ville, dans ce pays, où tout est déjà cible ;

les murs, les fils électriques, les pylônes électriques, les gens, les femmes, les enfants, les militaires, les lâches, les braves, les défenseurs, les défendus, les policiers, les protecteurs, les protégés, les assaillants eux-mêmes, les murs, les fils électriques, les pylônes électriques, les gens encore, les femmes encore, les gosses encore, les assaillants encore eux-mêmes, les policiers encore, leurs bras encore, leurs mains encore, leurs ventres encore, leurs têtes encore ;

pense, vas-y ;

non, ce n’est pas bien d’être une cible, quoi que l’on fasse, qui que l’on soit, de quelque nature que l’on soit ;

non, pas tentant du tout ; mais, pour l’instant, toujours et toujours, ce n’est pas ce qui compte pour toi ;

pour toi, non, toujours pas ;

toi, tu voudrais vivre ;

tu voudrais respirer, respirer, encore, encore, encore, garder ton souffle, entendre, voir, toucher, respirer, encore, encore, voir, entendre, respirer, respirer, respirer encore, encore ;

que la ville meure, que le pays se carbonise, s’enterre, s’incinère ; que le pays se carbonise, s’enterre, s’incinère ;

que le pays se carbonise, s’enterre, s’incinère ;

toi, tu veux planter ton mât, ton digne étendard d’homme ;

toi, tu veux vivre ;

pourquoi, mais pourquoi tu voudrais vivre, planter ton mât, ton digne étendard d’homme, ce pays encore se carbonise, s’enterre, s’incinère ;

se carbonise, s’enterre, s’incinère ; se carbonise, s’enterre, s’incinère ;

mais pourquoi, mais pourquoi, mais pourquoi pendant que toi tu voudrais vivre, respirer, ce pays se carbonise, s’enterre, s’incinère ; pourquoi mais pourquoi, mais pourquoi ce pays, mais pourquoi ce pays, mais pourquoi, mais pourquoi, mais pourquoi... ce pays...

Arrête.

Arrête de penser.

Oublie. Dors.

Il est minuit dehors.

Oublie. Dors.

Referme à nouveau les yeux. Referme-les.

Dors. Dors.

Tranquillement.

 

 

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GUY REGIS

 

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Pierre Mary Joseph2

Oeuvre Pierre Mary Joseph

 

 

MAHMOUD DARWICH...Extrait

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Comme pousse l’herbe entre les fentes des rochers
Nous avons rencontré deux étrangers un jour
Le ciel du printemps inventait les étoiles…
Et j’inventais un épisode d’amour Pour tes yeux…je les ai chantés
Tes yeux savent-ils combien j’ai longtemps
Comme l’ oiseau attend l’été
Et me suis endormi
Tel le sommeil d’un exilé
Un œil s’endort pour que l’autre veille…longtemps
Et pleure son frère
Nous sommes des amoureux jusqu’à ce que la lune s’endorme
Et nous savons que l’étreinte et les baisers
Sont la nourriture des soirées de charme
Et le matin appelle mes pas afin qu’ils prolongent
le chemin un nouveau jour
Nous sommes deux amis, marche à mes cotés, main dans la main,
Ensemble nous fabriquons le pain et les chansons
Pourquoi interrogeons nous ce chemin…vers quelle destinée
Nous dirige t’il ?
Et d’où a-t’il recueilli nos pas ?
Ce que je cherche ce que tu cherches c’est de cheminer
Ensemble, jusqu’à l’éternité
Pourquoi cherchons nous les chansons des pleurs
Dans un recueil de vieux poèmes
Et nous demandons, O notre amour, resteras-tu ?
Je t’aime d’un amour de caravanes d’herbe et d’eau
Et l’amour du pauvre pour le pain
Nous avons trouvé deux étrangers un jour
Et nous restons deux amis pour toujours.

 

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MAHMOUD DARWICH

 

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picasso

Oeuvre Pablo Picasso

STROMAE - ALORS ON DANSE -

CARNETS - CAHIER I

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Ne pas se séparer du monde. On ne rate pas sa vie lorsqu'on la met dans la lumière. Tout mon effort, dans toutes les positions, les malheurs, les désillusions, c'est de retrouver les contacts. Et même dans cette tristesse en moi quel désir d'aimer et quelle ivresse à la seule vue d'une colline dans l'air du soir.

Contacts avec le vrai, la nature d'abord, et puis l'art de ceux qui ont compris, et mon art si j'en suis capable. Sinon, la lumière et l'eau et l'ivresse sont encore devant moi, et les lèvres humides du désir.

Désespoir souriant. Sans issue, mais exerçant sans cesse une domination qu'on sait vaine. L'essentiel : ne pas se perdre, et ne pas perdre ce qui, de soi, dort dans le monde.

 

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ALBERT CAMUS

 

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camus2

Albert Camus

 

 

 

 

 

 

CARNETS - CAHIER I...Extrait

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« On mène une vie difficile à vivre. On n'arrive pas toujours à ajuster ses actes à la vision qu'on a des choses. (Et la couleur de mon destin, alors que je crois l'entrevoir, la voici qui fuit devant mon regard.) On peine et lutte pour reconquérir sa solitude. Mais un jour la terre a son sourire primitif et naïf. Alors c'est comme si luttes et vie en nous sont d'un seul coup gommées. Des millions d'yeux ont contemplé ce paysage, et pour moi il est comme le premier sourire du monde . Il me met hors de moi au sens profond du mot. Il m'assure que hors de mon amour tout est inutile et que mon amour même, s'il n'est pas innocent est sans objet, n'a pas de valeur pour moi. Il me refuse une personnalité et rend mes souffrances sans écho. Le monde est beau et tout est là. Sa grande vérité que patiemment il enseigne, c'est que l'esprit n'est rien ni le cœur même. Et que la pierre que le soleil chauffe, ou le cyprès que le ciel découvert agrandit, limitent le seul monde où« avoir raison » prend un sens : la nature sans hommes. Ce monde m'annihile. Il me porte jusqu'au bout. Il me nie sans colère. Et moi, consentant et vaincu, je m'achemine vers une sagesse où tout est déjà conquis - si des larmes ne me montaient aux yeux et si ce gros sanglot de poésie qui me gonfle le cœur ne me faisait oublier la vérité du monde. »

 

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ALBERT CAMUS

 

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albert-camus

Albert Camus

 

 

ENTRELACS

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La grâce d’une chute de moineau dans le monde
Je te la donne, femme des paysages,
Plus grande avec passion dans le bruit des montagnes
Toute brûlure sur tes seins toute froidure sur tes dents
Tant de désir au fagot de tes jambes
Le nuage a trouvé ton nom de compassion
Dans des débris de blé et des actes de sable
Fastueuse est ta vie immensément servante
La nuit de ta fougère jusqu’au ciel
Les prairies perdues de ta vie s’évaporent
Autour de toi, femme des paysages,
Amoureuse et féconde,
Enfermée dans des entrelacs de lacs
Avec les pigeons, les enfants des vergers
Autour de toi, femme,

Aimée dans des halètements de chevaux

 

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SALAH STETIE

 

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salah

 

 

 

ÉQUATEUR ABSOLU

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Brûlante ligne froide
Comment fait le soleil pour apaiser les îles ?
Je suis ici avec mes deux mains inutiles
Cherchant une évidence aveugle dans le blanc
La Terre est bleue comme une orange et point d’orange
L’espace autour de nous définit le marteau
CASSER Derrière il y a le temps des fluidités
Et sous l’arbre ainsi que fourche de la femme
Il y a la pulsation et le malheur du sang
Brûlante ligne froide
Dans le jardin de la concentration
L’homme et la femme et les étrangetés du monde
Elle est peut-être agenouillée à l’horizon
Lingot de terre et de soleil poids des semences
Et tout ce corps ici tombé tout ce désir
Comme un taureau lâché dans la couleur
Bœuf écorché de toute femme au bout du sang
Corps écorché de toute femme au pré d’amour
Brûlante ligne froide équateur absolu
Comme est la femme-épouse avec sa bissectrice
Le raisin de ses hanches délavées par la mer
Dans ce pays de nul pays le bleu de l’air
Allumé seul dans l’être et dans le rien de l’être
Où va halluciné le maître de ce bleu
Vers le néant qui est l’achèvement des lignes
La mort, dit-il, et la couleur – sont mes filles
La mort et la couleur sont des filles de nuit
Le temps les accompagne
Et nous voici sans bras pour embrasser l’espace
Où brille avec autorité un fragment d’île
La pierre est de désir, son chemin pur, son roc pulvérisé
Et nous n’avons pour nous aimer que la mémoire
Je rêve à toi fourche des femmes
À ta haute broussaille
Instable et dure et droite au sommet de la mer
Brûlante ligne froide
Brisant le nu de l’Un l’éclat du deuil
Et le visible et l’invisible ensemble
Au seuil de tout, guitare et cœur, cela vibre
Car ailleurs est le monde ailleurs est l’assemblée
Ici ici
Ce que nous entendons grincer
C’est la présence et c’est l’absence l’une dans l’autre
Saisies et saturées dans le même piège
L’amour pourtant est le chemin loin des images
L’amour comme une plante évaporée sa fleur
Et seulement de verticalité tendue
Alors que c’est là-bas l’espoir des hommes
Le sentier de leurs barques
Et qu’au-delà de l’horizon il y a un horizon encore
Un horizon un grand bouquet d’horizons
Et qu’au-delà de toute aimantation des lignes
Il n’est jardin ni porte
La pulsation et le malheur du sang :
Sous la tonnelle se sont glissés les hémisphères
Un ciel éparpillé de jasmin dans le ciel
À l’heure où tournent l’heure et le rêve et la nuit
Fiancés dans des halos
La ligne bleue va toujours son chemin d’astre
Vers le corps de la femme et de l’île et de l’heure
La lumière à la fin
La lumière est venue habiter la maison
Il semble enfin que cela soit, que la lumière
Est venue s’installer au cœur de la maison
Pour aider une rose inaltérée à naître
L’espace autour de nous définit le marteau
CASSER Derrière il y a le temps des fluidités
Brûlante ligne froide
Avec toi nous irons vers la fin du désir
Dans ce pays de nul pays bleu d’air
Cherchant une évidence aveugle dans le blanc
Brisant le nu de l’Un l’éclat du deuil
C’est la présence et c’est l’absence l’une dans l’autre
L’assemblée des insectes
Le soleil ! Le soleil !
Comment fait le soleil pour apaiser les îles ?
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SALAH STETIE
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anonyme

Oeuvre ?

POCHADE POUR ROBERT MARTEAU

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passent les nuages
dans un ciel de Poussin
puis ma fenêtre disparaît
dans un Magritte mal encadré
et bourdonne la vie
passent les ponts sur l’eau
l’eau sous les ponts
le vin coulant dans les goulots
les gorgotons
la vie va et nous allions
dans un sonnet disiez-vous
la prière est l’abeille de l’abîme
c’était enguirlander le vieux néant
comme Pollock ou Riopelle
et bourdonne la vie
Paris où est-ce si
je ne sais où nous sommes
étions
depuis la Butte-aux-Cailles
jusqu’en la galerie du Fleuve
pendant ce temps que dis-je
quel temps y a-t-il dans la mort
dans un temps fort du poème
un ange passe est-ce Chagall
et bourdonne la vie
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FRANCOIS  HEBERT

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ALKAPLAN2

Oeuvre Alkaplan

 

 

 

 

 

 

 

LA ROUTE QUE NOUS SUIVONS

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À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

au nord du monde nous pensions être à l'abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n'arrivent qu'aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l'air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l'écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à l'ancre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d'histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
« Good-bye farewell ! »
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir

 

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GASTON MIRON

 

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christian Arjonilla,,,


Oeuvre Christian Arjonilla

 

LETTRE OUVERTE DE GAËTAN LECOQ A FRANCOIS FILLON

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A M. Fillon, candidat à l'élection présidentielle.

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Monsieur le candidat,

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je suis médecin généraliste depuis 25 ans, j'ai fait dix ans d'études et obtenu un doctorat en médecine. Je travaille en libéral, je vois 30 personnes par jour en moyenne, ce qui est déjà beaucoup, mais m'oblige parfois à refuser des consultations pour mieux m'occuper des patients présents.

Ma rémunération brute est d'environ 120000 euros annuels, mes frais sont de 50% avant impôt (secrétariat, réseau, logiciel et matériel informatique, loyer, etc...), donc mon salaire net est d'environ 60000 euros soit 5000 euros par mois, ce qui tout à fait satisfaisant pour mes 42 heures par semaine après 25 ans d'exercice dans la même ville.

Croyez-vous que je puisse mériter un salaire à la même hauteur que votre assistante parlementaire, ou bien mon salaire serait exagéré voire usurpé ? Avez-vous une véritable notion de l'échelle des salaires en France pour offrir une telle somme mensuelle à votre assistante parlementaire ?

Je suis certes un grand chanceux avec mon niveau de rémunération, mais la majorité des gens au SMIC ou juste au-dessus du SMIC se sentent méprisés depuis qu'ils savent combien Madame Fillon est rémunérée pour son "travail". Je n'ose penser aux bénéficiaires du RSA...
Je crois qu'en effet, pour que certain.e.s de vos "ami.e.s" bénéficient d'un tel niveau de salaire, il va vous falloir couper sévèrement dans les comptes publiques, faire disparaitre 500000 emplois publics.

Notre peuple mérite-t-il un tel mépris ?
Et vous, connaissez-vous des remords ?
Que peut bien vous souffler Dieu à l'oreille ?

Si vous dormez du sommeil du juste, tant mieux pour vous.
Nous, le peuple de France, nous avons honte, très honte.

 

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NB : peut-être faut-il qu'un grand mouvement se fasse et que tous ceux qui sont choqués par les chiffres avancés envoient un tel message personnalisé au candidat ? voici les adresses mails : equipe@fillon2017.fr
ffillon@assemblee-nationale.fr

 

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GAËTAN LECOQ

 

 

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PENELOPE2

Ô TEMPS ETROIT… Ô VASTE TERRE...Extrait

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« Que font les morts
de dix lys flétris et cinq oiseaux muets ? »

 

Ruines et clôtures
mouchoirs et civières
tel est mon cœur
Mulets accablés, arbres dénudés
enfants usés, fleurs étiolés
amas de crânes, livres, plumes d’oiseaux :
tel est mon cœur
Bombe
mur sombre et voie barrée
noces comptées en mois et funérailles en jours
« Embrasse-moi, que je t’abatte »
« Je te donne mon cœur, tu m’offres le gibet »
sirènes d’alarmes et cercueils
vieux fers et tintements factices
épitaphes pâlies et carnages d’exportation :
tel est mon cœur
Amis et cannibales
rues et stèles du souvenir
heures infinies… de six à deux et demie
heures infinies… de neuf à demain ou après-demain
de demain aux années à venir
heures qui s’étirent, débordant les besoins du cœur
vastes étendues, débordant les besoins des pas
balles de fusil et poignards, débordant les besoins des morts
volatiles décrépits et cages d’excellente facture
modulation de fréquence
dix lys flétris et cinq oiseaux muets
chat noir bourré de poussière, paille et ressorts détraqués
coupe-ongle
avis postaux ignorés
voyageurs et assassins, compliments bons à tirer
avertissements en recommandé : « Veuillez excuser notre refus »
dernière heure du dernier jour du neuvième mois :
tel est mon cœur
Seigneurs de jadis et seigneurs de ce jour
montagnes pelées et cœurs rongés par l’acide :
tel est mon cœur

 

 

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NAZIH ABOU AFACH

 

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APARTIAN DIBASAR

Oeuvre Apartian Dibasar

Peintre Syrien

 

 

Ô TEMPS ETROIT… Ô VASTE TERRE...Extrait

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Et vous… que faites-vous de nous ?
Vous…
Tant de tristesses calculées, de mornes sourires !
Et nous… que faisons-nous ? possédons-nous ?
Nous regorgeons de temps pour tirer sur les papillons, les nuages et les idées neuves
regorgeons d’espace pour les bastilles, les cercueils et les cimetières d’enfants
détenons grands sanglots et très intimes secrets
titres de livres mauvais parlant d’amour, élevage de poulets et fleurs interdites
Mais vous… que faites-vous de nous ?
Et nous… que possédons-nous ?
A voir les belles mallettes pour contrats de vente, ordres de tuer
et permis d’inhumer
A nous les poches pour réchauffer nos doigts et sauver les poèmes de contrebande
A vous la terre
A nous les cartes et les mappemondes en relief
A nous les rêves inouïs et le petit lopin
suffisant pour rassurer nos enfants :
« Les morts prennent leur lait et s’en vont dormir »
Ce que nous faisons très exactement :
prenons notre lot de coups de fouet, épidémies, attaques aériennes
de visages moroses, cachots… et nous allons au cimetière
Nous, les humains,
nos temps sont noirs, nos cœurs très blancs
Nous, les humains,
nos horizons sont vastes, nos logis très étroits
Nous, les humains,
La mort est diligente, notre vie très coûteuse
Pour nous, rien de plus

 

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NAZIH ABOU AFACH

 

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dibasar apartian3

 Oeuvre Apartian Dibasar

Peintre Syrien

 

 

À MARIA PETROV

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La terre meurt
des anges dans ton profil

tout te suis où tu vas

ta chair n’a pas de bas
mais tes yeux sont de dentelles

ils sont des fleurs qu’on rencontre parfois

 

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JEAN RAINE

 

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sergio-lopez

Oeuvre Sergio Lopez

L'OEIL DE L'EAU

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La beauté a ses forêts
son ciel opposéà la terre
un été pour t’aimer
un hiver pour te plaire
le vent pour te penser

Elle a le sang de tes dents blanches
elle a tes doigts baignés
l’ombre penchée des fleurs
dans l’eau de ton silence

dans l’eau qui te respire
elle a leur immobilité

elle est le fil de l’eau le rêve qu’elle étire
l’image penchée que tu admires
tout le ciel
la peur et les frissons
qui vont mourir dans les roseaux

 

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JEAN RAINE

 

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paysage

Artiste ?

PAUL AUSTER ...Extrait

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De la perte.

Et d’une perte telle
qu’elle pille l’esprit – jusqu’à la perte même

de l’esprit.

Commencer avec cette pensée : sans rime

ni raison.

Et puis simplement attendre. Comme si le premier mot
venait seulement après le dernier, après une vie
d’attente du mot qui était perdu.

Ne pas dire plus
que la stricte vérité : les hommes meurent, le monde déçoit,
les mots n’ont aucun sens.

Et par conséquent ne rien demander
que les mots.

Mur de pierre. Coeur de pierre. Chair et sang.

Autant que tout ceci.
Plus.

 

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PAUL AUSTER

Traduction Françoise de Laroque

 

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thami3

Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/

 

 

 

 

LA POETIQUE DE L'ESPACE...Extrait

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Et tous les espaces de nos solitudes passées, les espaces où nous avons souffert de la solitude, joui de la solitude, désiré la solitude, compromis la solitude sont en nous ineffaçables. Et très précisément, l'être ne veut pas les effacer. Il sait d'instinct que ces espaces de sa solitude sont constitutifs. Même lorsque ces espaces sont à jamais rayés du présent, étrangers désormais à toutes les promesses d'avenir, même lorsqu'on n'a plus de grenier, même lorsqu'on a perdu la mansarde, il restera toujours qu'on a aimé un grenier, qu'on a vécu dans une  mansarde.  On y retourne dans les songes de la nuit. Ces réduits ont valeur de coquille. Et quand on va au bout des labyrinthes du sommeil, quand on touche aux  régions du  sommeil profond, on  connaît  peut-être  des  repos  anté-humains. L'anté-humain touche  ici  à  l'immémorial. Mais, dans la rêverie du jour elle-même, le souvenir des solitudes  étroites, simples, resserrées nous sont des expériences de  l'espace réconfortant, d'un espace qui ne désire pas s'étendre, mais qui voudrait surtout être encore possédé. On pouvait bien jadis trouver la mansarde  trop  étroite, la trouver froide l'hiver,  chaude  l'été.  Mais  maintenant,  dans  le  souvenir retrouvé par la  rêverie, on ne sait par quel syncrétisme, la  mansarde est petite et grande,  chaude  et  fraiche,  toujours réconfortante.

 

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GASTON BACHELARD

 

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mansarde_5,

LE SEUIL, LE SABLE...Extrait

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Tu veilles dans tes yeux
aux bambous de ténèbres
Une lampe pour les autres
ceux qui t’observent
Le sang essuie les vitres
de nos maisons en ruines
Petites ombres tu suis les morts
à la trace de nos pas
Fraîcheur des lignes des barbelés
On se fait signe avec les lames de la rose
Les amants affrontent leur visage
Leur voix peuple les ondes de ce pays au tien
aux abîmes d’étoiles


Place

à l’eau qui dort dans l’eau au creux des mains
à l’air à ses chapeaux trop larges pour nos têtes
au sable à l’herbe jeune sœur de nos orteils


Place

aux brebis du vent halées dans les étables
aux vaches sourdes sur les paliers de grêle
au renard au chien bruyant des jours et des nuits


Place

au verbe ascendant vert des édifices
aux fenêtres à leurs rames épaisseur du temps
à la girouette montée sur roues de miaulements de chaton


Place

aux sirènes du souffle à leurs agrafes de lis
aux chevelures dans les sapins de l'orgue
au pain rose des museaux de poisson


Place

  àla tour penchée des passions de paille
à la rouille des attentes des grandes voiles
à la mer aux villes suspendues aux cloches de Noël


Place

à la solennelle enquête des marches au cours fleuri
La parole est au soleil levé sur la salive
La parole est aux trente-deux candélabres des baisers


Minuit aux semences de lune
Le jour est au fond de la terre
dans le brouillard des pierres
dans les rêves boueux des branches
Le jour est dans les narines du lièvre
Ses bonds sont des poupées qui se lèvent


Place

aux poils rasés patrie du cerf
ton sexe que les navires traversent par vagues crache le désir
L'aventure est une idole aux seins de sel
Les marins la confondent avec la soif
Folie idole le poème comme ton sein
n'a ni commencement ni fin
Baigneuses rieuses
Vos bras serpents oisifs
Vous sentez l'amour
Nous quêtons dans vos chants
une place de nerfs et de feuilles
un nom pour nos collines
Les aiguilles du cri acclament leur fil
Aveugles elles naissent enfin à l'ouvrage
Fière idole le poème est ta robe de chute de rosée
au corsage pâle de cigale
Baigneuses englouties
nous émergeons de votre ultime pacte avec le feu
Le ciel est couronné de chapelles d’iris
aux palpitants autels d'ibis


Place

aux corneilles du son dans le gosier du chêne
à la craie sur les toits légendes pour enfants
au sommeil des ancres noires dans les dortoirs d’océan
Place

aux cerceaux des haltes à leurs sceaux de cire

au vieux part plein de rires en fruits
aux souveraines grilles sentinelles des heures


Place

aux momies des arches dans le sillage gris des ponts
à la poussière des fleuves la nuit sur les barques borgnes
aux pêcheurs penchés sur les racines mouvantes des mondes


Place

aux courroies des îles mille boucles de naufrages
aux soucoupes de l’aube les rayons pour chalumeaux
aux bulles d’incendie le long des lèvres humides


Place

au carrefour des fronts la pensée belle passante
à la rue aux fontaines appuyées à leur langue
au duvet d'ambre sur le visage étonné du matin


Place

au calepin de mousse sur le rocher altier de nos servitudes
La parole est aux doigts d’écume dans les terriers bleus des récifs
La parole est à l’arc-en-ciel sur l'épaule nue de la montagne
Lac moulin couché
A la pointe de l'aile
le blébroie le blé
Nous bâtissons sur les rives une promesse de vivre
aux torches de chouette
La lumière crisse dans le cristal
palette aux pétales de précipice
Le buffle fend la colonne
Rouge idole nous choisissons pour unité de mesure de nos liens
les plis irritants de ton haleine
Au col amidonné du phare
tu noues le fer et le plomb cravate à pois d'hymnes
La douleur dénombre à chaque escale ses vautours

Leur livrée toute en perles
r silence
L'horreur est pour le clou
Les murs admirent
Les morts mentent
Nous avons vu l'orage daller nos dômes d’affres
Le Dimanche sur les falaises
et les sanglots sertir leurs vitraux dans le vide
Nous avons vu les heures fourrage apprécié
répandre leur gesse de cendres sur l'été
les tigres graver leurs pattes dans la chaleur
Nous avons vu le poing prendre son souffle
et atteindre les nues écureuil vengeur
Nous avons vu le bois attenter à son arc
Le poème est l'épave aux sources des assauts
que les chemins se livrent
La nature règne éternelle au cœur des citadelles
Le hibou porte en collier la clé lourde des mages
Le poème est la laisse aux abords de l'antre
del’idole aux lions


Place

au somnambule hardi les algèbres compromises
à la course des zèbres coupés de leur mémoire
à la flore affranchie des miroirs piétinés


Place

à l'incurable plaie du songe roux des forêts
Tu veilles dans tes yeux aux fusains de ton áge jeune fille inspirée
Le fort est ta fortune que les siècles assiègent
drapée dans nos drapeaux
Nous ciselons pour la faim un fermoir de flambeaux
aux fines franges de foudre
Le passé passe la main
Tu écartes en marchant tes cils frêles barreaux
idole à l'échode gestes manqués

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EDMOND JABES

 

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cesar santos,

Oeuvre César Santos

ESTAS TONNE & REKA FODOR

CENDRES...Extrait

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Aurai-je le temps d'écrire et de pleurer,
Aurai-je la vie de l'âme et le temps de créer,
Aurai-je encore la force d'agir et de donner ?

Ma jeunesse ivre de sang et d'eau,
Toute forte et trempée des larmes de mon corps
Saura-t-elle fendre le temps
Pour dormir dans l'éternité ?

O terre,
Voudrais-tu, avant la mort du corps,
Mon âme glorifiée dans l'Esprit,
Sceller ma joue en fleur à ta lèvre glacée ?
Tes bras se tendront-ils demain,
Tes bras d'amante délaissée,
Dans la nuit dense où la chair meurt dans la chair consolée ?

Non, Terre !
Je ne veux pas me couler dans ta couche.
Mon âme est la sœur des étoiles qui dansent sur la nuit.
Mon cœur est plein de sang qui brûle et roule une mer de désirs ;
Mon cœur est plein de larmes et de sel
Et toute l'eau du ciel
Ne tuera pas la soif qui me consume.

Viens, Nuit,
Ensevelisseuse aux doigts doux et frais comme une sœur
Nuit qui berces, et promènes des caresses d'amante
Sur mon front brûlé.

Dormir, noyé, sur un lit d'algues couleur de mer,
Fondre dans la nuit simple ma chair qui pleure
Et mon âme démente,
Comme un enfant blessé.

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JEAN AMROUCHE

Radés, 5 Novembre 1928

 

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Elfi Cella2,

 Oeuvre Elfi Cella

 

POEMES DE SAMUEL WOOD...Extrait

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Tout cela qui fut, qui est l’éclat d’un moment
 Étrange sans doute comme les métaphores des rêves
 Offre une vision meilleure du temps
 Malgré tant de figures réfractaires
Qu’en dépit de plus d’un détour
 La langue échoue à prendre dans ses pièges,
Mais bien loin de se tenir à distance
Elles rayonnent assez fort pour que s’exerce
Au-delà des mots leur hégémonie souveraine
 Sur l’esprit qui, grâce à elles, y voit plus clair
Quand il ne se laisse pas dévoyer par la phrase
 Avec ses trop beaux accords, son rituel trompeur
Auxquels s’oppose en tout la communion silencieuse,
 Ce feu profond sans méditation impure.
 Prendre forme est si contraire à leur nature
Qu’il ne sert à rien de leur faire violence,
Elles ne respirent librement qu’en nous-mêmes
Qui sommes là pour les protéger du dehors
 Bien qu’appelés avec elles à disparaître
Il en coûte aux vivants d’avoir à se taire
 Comme si, prisonniers d’une vieille méfiance,
Ils avaient perdu la mémoire du cœur,
 Oublié même ce que l’on nomme l’oubli
 Dont chacun a besoin pour survivre.
 Non, c’est quelque chose d’autrement obscur,
La tendresse qui fait s’étrangler la voix
Le devoir de l’amitié vigilante.



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LOUIS-RENE DES FORÊTS

 

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hokusai katsushika,

Oeuvre hokusai katsushika