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LOU ANDREAS-SALOME, LETTRE OUVERTEA FREUD...Extrait

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Nous sommes lancés, inéluctablement, dans le tourbillon de toute réalité, avec pour seul choix d’y consentir. Si sans aucun doute, cela veut dire : traverser un océan sur un frêle esquif, telle est bien notre condition humaine – et il ne serait d’aucun secours de s’imaginer qu’on navigue à la remorque du plus puissant des bateaux à vapeur, vers des destinations inexistantes : notre attention au vent et au temps ne pourraient que s’en trouver diminuée. Plus nous nous plongeons, sans en rien retrancher, dans l’ « exigence du moment », dans l’instant tel qu’il se présente, dans des conditions variables d’un cas à l’autre, au lieu de suivre le fil conducteur de prescriptions, de directives (écrites par l’homme ! ), plus nous sommes, dans nos actes, justement en relation avec le tout, poussés par la force vivante qui relie tout avec tout, et nous aussi. Qu’importe alors si les tâtonnements de notre conscience sont entachés de toutes les erreurs possibles. Si quelqu’un taxe ce comportement d’immoralité, d’arbitraire et de présomption, nous serions à plus forte raison autorisés à taxer de confortable incurie morale l’esclavage infantile de celui qui s’en tient au respect des prescriptions ! »

 

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LOU ANDREAS-SALOME

 

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lou

Lou Andeas Salomé

STÈLE D’UN MARCHEUR INCONNU

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Pensif, sans rien révéler de ses origines,

de quel lieu ses parents, de quelle province son autel,

malade et pareil à un dieu dans l’incertain,

dans l’achèvement muet, cet homme est parvenu ici

et ici il se repose, en un point ignoré

situé entre l’adieu aux siens et la nuit.

Ici il se couche, silencieux et ultime,

dans le temps épuisé de son voyage.

 

 

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ESPERANZA LÓPEZ PARADA

traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

Extrait de Los tres dias in Poésie espagnole -1945-1990,

Actes-Sud/Editions UNESCO, 1995

 

 

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STELE2

 

 

PASSENT LES NUAGES

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Entends-tu, entends-tu dans les taillis le chant des enfants,
ces voix qui s’élèvent au-dessus des arbres d’argent
se perdent dans la nuit prochaine, se taisent lentement
et se confondent avec le ciel qu’efface la nuit.
Les fils brillants de la pluie s’entrelacent aux arbres
et bruissent en silence dans l’herbe blanche,
entends-tu leurs voix, as-tu vu leurs cheveux aux peignes rouges,
et leurs paumes ouvertes, tendues vers le feuillage humide ?
« Passent les nuages, les nuages passent et meurent. »
Ainsi chantent les enfants et les branches noires murmurent,
les voix volent effarouchées, entre les futs
obscurs vers la nuit prochaine, sans retour.
Les feuilles humides volent vers le vent, jaillissent
des buissons, s’enfuient, comme un appel venu de l’automne lointain.
« Passent les nuages… » chantent la nuit les enfants de la nuit.
De l’herbe aux sommets, le monde n’est plus que battement, tremblement de la voix.
Quand passent les nuages, passe et s’envole la vie.
Nous portons en nous notre mort, nuages
gonflés de voix et d’amour entre les branches noires.
« Passent les nuages… » les enfants chantent le monde.
Entends-tu, entends-tu  dans les taillis les chants des enfants ?
Les fils brillants de la pluie s’entrelacent, voix sonores,
voix éphémères près des monts étroits où les ténèbres
nouvelles envahissent les cieux moribonds.
Passent les nuages, passent les nuages au dessus des taillis.
Quelque part l’eau fuit, il suffit de chanter et de pleurer le long des clôtures de l’automne,
de regarder toujours plus haut, de sangloter sans fin, d’être un enfant de la nuit,
de regarder toujours plus haut, de chanter et de pleurer, d’ignorer les larmes.

Quelque part l’eau fuit le long des clôtures de l’automne et des arbres obscurs,
cri dans les ténèbres nouvelles, il suffit de chanter et de pleurer de replier son feuillage.
Au-dessus de nous, une ombre passe et meurt,
il suffit de chanter et de pleurer, il suffit de vivre.

 

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JOSEPH BRODSKY

 

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les-amateurs-de-photo-savent-que-le-matin-et-le-soir-sont-des-moments-benis-pour-la-lumiere-et-les-couleurs-ici-un-moment-de-grace-de-mere-nature-a-lhopital-saint-blaise

DANS LE JARDIN

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J'enfouis mes mains

dans le jardin pour y grandir...

 

Je suis sûre, sûre que je grandirai

et qu'entre mes doigts tachés d'encre

les hirondelles feront leur nid...

 

Je prends comme boucles d'oreilles

des cerises rouges assorties.

 

Je colle aux ongles de mes doigts

des pétales de dahlias

...

Ces jours-là s’en sont allés

Ces beaux jours

Les jours purs et majestueux

Les cieux pleins de paillettes

Les branches chargées de cerises

Les maisons appuyées les unes contre les autres

A l’abri vert des liserons

Les toits survolés d’espiègles cerfs-volants

Les ruelles en vertige du parfum d’acacias

 

 

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FOROUGH FARROKHZAD

 

 

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Fatat Bahmad10

Oeuvre Fatat Bahmad

UNE AUTRE NAISSANCE

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Toute mon existence est un verset obscur
Qui se répète et te ramène
À l'aube des éclosions et des croissances perpétuelles.
Dans ce verset
Je t'ai soupiré, j'ai soupiré
Dans ce verset
Je t'ai grefféà l'arbre, à l'eau, au feu.

La vie, c'est peut-être,
Une longue rue où une femme passe chaque jour avec un panier
La vie, c'est peut-être,
Une corde avec laquelle un homme se pend à une branche
La vie, c'est peut-être, un enfant qui revient de l'école
La vie, c'est peut-être, allumer une cigarette
Dans la langueur qui s'étire entre deux étreintes
Ou c'est le regard distrait d'un passant
Qui dit bonjour à un autre en levant son chapeau avec un sourire automatique..

La vie c'est peut-être,
Le moment sans issue où mon regard se dissout dans tes pupilles.
Et à cette sensation, je mêle la perception de la lune et des ténèbres.

Dans une chambre à la mesure d'une solitude
Mon cœur, à la mesure d'un amour
Se tourne vers les raisons naïves de son bonheur
Vers le jeune arbre que tu as planté dans notre jardin
Vers les canaris qui chantent à la mesure d'une fenêtre.

Ah…
C'est mon sort
C'est mon sort
Mon destin, c'est un ciel qu'un rideau m'empêche de voir
Mon destin, c'est de descendre un escalier désert
Et de rejoindre quelque chose dans le pourrissement et l'abandon.
Mon destin, c'est de marcher nostalgique sur les terres du souvenir
Et de défaillir dans la tristesse d'une voix me disant :
J'aime tes mains.

Je plante mes mains dans le jardin
Et je sais, je sais, je sais, je vais verdir.
Et dans mes paumes violacées d'encre,
Les hirondelles vont venir pondre.

J'accroche deux boucles de cerises rouges à mes oreilles
Je colle des pétales de dahlia sur mes ongles.

Il existe une rue,
Où des garçons les cheveux en bataille,
Le cou mince et les jambes maigres,
Étaient amoureux de moi
Et pensent encore aux sourires innocents d'une feuille,
Qu'une nuit le vent a emportée.

Il existe une rue que mon cœur a volé,
Aux quartiers de mon enfance.

...

Et c'est comme ça
Que quelqu'un meurt
Et que quelqu'un reste.
Aucun pêcheur ne trouvera de perle dans un pauvre ruisseau
Coulant au creux d'un fossé.

Moi,
Je connais une petite fée triste
Qui habite un océan
Et qui souffle son cœur dans une flûte en roseau
Si doucement, doucement,
Une petite fée triste
qui la nuit meurt d'un baiser
Et d'un baiser au matin renaîtra.

 

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 FOROUGH FARROKHZAD

" Seule la voix demeure "

© Coédition L'Oreille du loup

Traduction Stéphane Chaumet avec la collaboration de Jaleh Chegeni.

 

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Fatat Bahmad11

Oeuvre Fatat Bahmad

 

EDMOND JABES

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" Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, et accompagne les mots qui l’accompagnent.
Le chemin qui reste est donc celui des mots, le sable de tous les livres.

Le livre n’est pas. La lecture le crée, à travers des mots créés, comme le monde est lecture recommencée du monde par l’homme."

 

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EDMOND JABES

 

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François Knopf, falaise de livre, 61x50c, _1992

Oeuvre François Knopf

ET TOUT DISPARAÎTRA

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Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

L’étang aux farfadets

La palombière grise

Le grand ciel héliotrope

Revenu d’Erythrée

L’arabesque des voix

Carrossant la vallée

Le casaquin de soie

Glissant sur la glycine

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Les fièvres alumines

La mâture du soir

La capitainerie

Le col du Saint-Gothard

Et l’encens des collines

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Les caravelles d’or

Les secrets de Solyme

L’essence purpurine

Des quarante aurores

La mort aux lèvres fines

Et le muselet saur

Des crêtes abyssines

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Et tout disparaîtra

La mort aux lèvres fines

Et le casaquin d’or

Des fièvres abyssines

 

 

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SYLVIE MEHEUT

 

 

 

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fruit-de-merisier

HACIA UN SABER SOBRE EL ALMA...Extrait

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 Ecrire, c’est défendre la solitude dans laquelle on se trouve ; c’est une action qui ne surgit que d’un isolement effectif, mais d’un isolement communicable, dans la mesure où, précisément, à cause de l’éloignement de toutes les choses concrètes le dévoilement de leurs relations est rendu possible.

            Mais c’est une solitude qui nécessite d’être défendue, ce qui veut dire qu’elle nécessite une justification. L’écrivain défend sa solitude en montrant ce qu’il trouve en elle et uniquement en elle.

            Mais pourquoi écrire si la parole existe ? C’est que l’immédiat, ce qui jaillit de notre spontanéité, fait partie de ces choses dont nous n’assumons pas intégralement la responsabilité parce que cela ne jaillit pas de la totalité de nous-même ; c’est une réaction toujours urgente, pressante. Nous parlons parce que quelque chose nous presse et que la pression vient du dehors, d’un piège où les circonstances prétendent nous pousser ; et la parole nous en libère. Par la parole nous nous rendons libres, libres à l’égard du moment, de la circonstance assiégeante et immédiate. Mais la parole ne nous recueille pas, pas plus qu’elle ne nous crée ; au contraire, un usage excessif de la parole produit toujours une désagrégation ; grâce à la parole nous remportons une victoire sur le moment mais bientôt nous sommes à notre tour vaincus par lui, par la succession de ceux qui vont soutenir notre attaque sans nous laisser la possibilité de répondre. C’est une victoire continuelle qui, à la fin, se transforme pour nous en déroute.

            Et c’est de cette déroute, déroute intime, humaine - non pas d’un homme en particulier mais de l’être humain, que naît l’exigence d’écrire. On écrit pour regagner du terrain sur la déroute continuelle d’avoir longuement parlé.

            La victoire ne peut se  remporter que sur le lieu de la déroute, dans les mots eux-mêmes. Ces mêmes mots auront, dans l’écriture, une fonction différente; ils ne seront pas au service du moment oppresseur ; ils ne serviront pas à nous justifier devant l’attaque du momentané, mais, partant du centre de notre être, en reconnaissance, ils iront nous défendre devant la totalité des instants, devant la totalité des circonstances, devant la vie entière.

            Il y a dans l’écriture le fait de retenir les mots, comme dans la parole il y a celui de les lâcher, de se détacher d’eux, qui peut être le fait de les laisser se détacher de nous. Au moment de l’écriture, les mots sont retenus, appropriés, assujettis au rythme, marqués au sceau de la domination humaine de celui qui ainsi les manie. Et cela, indépendamment du fait que celui qui écrit se préoccupe des mots, qu’il les choisit et les place consciemment dans un ordre rationnel connu. En dehors de ces préoccupations, il suffit d’être celui qui écrit, d’écrire  à cause de cette intime nécessité de se délivrer des mots, de l’emporter totalement sur la déroute subie, pour que cette rétention des mots ait lieu. Cette volonté de rétention se rencontre dès le début, à la racine même de l’acte d’écrire et constamment elle l’accompagne. Les mots alors entrent, précis, dans le processus d’une réconciliation de l’homme qui les lâche en les retenant, de celui qui les prononce avec une générosité pleine de mesure.

            Toute victoire humaine doit être une réconciliation, les retrouvailles d’une amitié perdue, une réaffirmation après un désastre où l’homme a été la victime ; victoire dans laquelle il ne pourrait y avoir humiliation de l’adversaire, parce qu’elle ne serait alors pas une victoire ; c’est-à-dire une manifestation de la gloire pour l’homme.

            Et c’est ainsi que l’écrivain cherche la gloire, la gloire d’une réconciliation avec les mots, anciens tyrans de sa faculté de communiquer.  C’est la victoire d’un pouvoir de communiquer. Parce que l’écrivain exerce non seulement un droit requis par une tenaillante nécessité, mais également un pouvoir, une puissance de communication qui accroît son humanité, qui porte l’humanité de l’homme jusqu’aux frontières récemment découvertes, aux frontières de l’humain, de l’être de l’homme et de l’inhumain - celles où l’écrivain arrive lorsqu’il est victorieux dans sa glorieuse entreprise de réconciliation avec les mots si souvent trompeurs. Sauver les mots de leur vanité, de leur vacuité, en les durcissant, en les forgeant durablement, c’est ce but que poursuit, même sans le savoir, celui qui véritablement écrit.

            Parce qu’il y a une manière d’écrire en parlant - lorsqu’on écrit “ comme si on parlait ” ; on doit se défier de ce “ comme si ” puisque la raison d’être de quelque chose doit être la raison d’être de cette chose et seulement de celle-là. Et faire une chose “ comme si ” elle était une autre lui enlève et lui sape tout son sens, et jette alors l’interdit sur sa nécessité.

Ecrire ce n’est ni plus ni moins que le contraire de parler ; on parle dans l’urgence d’une nécessité momentanée, et en parlant nous nous constituons prisonniers de ce que nous avons énoncé tandis que dans l’acte d’écrire résident libération et permanence - la libération ne se trouve que lorsque nous arrivons à quelque chose de permanent.

            Sauver les mots de leur instantanéité, de leur être transitoire et les conduire par notre réconciliation vers le perdurable, c’est la tâche de celui qui écrit.

            Mais les mots disent quelque chose. Qu’est ce que l’écrivain désire dire et pourquoi désire-t-il le dire ? Pourquoi et pour qui ?

            Il désire dire le secret ; ce qui ne peut se dire à haute voix à cause de la trop grande charge de vérité qu’il renferme ; les grandes vérités n’ont pas l’habitude de se dire  en parlant. La vérité de ce qui se passe dans le sein secret du temps, c’est le silence des vies, et il ne peut se dire. “ Il y a des choses qui ne peuvent se dire ”, cela est certain. Mais ce qui ne peut se dire, c’est ce  qu’il faut écrire.

            Découvrir le secret et le communiquer, ce sont les deux stimulants qui meuvent l’écrivain.

 

...

 

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MARIA ZAMBRANO

Traduction Jean-Marc Sourdillon

Suite sur http://www.maulpoix.net/Zambrano.html

 

 

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CHRISTIAN SCHLOE14,

Oeuvre Christian Schloe

 

 

PASION DE LA TIERRA / LA PASSION DE LA TERRE...Extrait

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Si me vuelvo loco, que no me encierren.

Que me permitan soñar con las nubes.

Con la firmeza de mi voluntad

yo levantaré vagos techos y luego los alzaré como tapas.

Mis ojos os traerán los columpios.

Os gobernaré con polvillo de santos.

Sabréis adorar otros paños,

y la elegancia de su caída hará que acerquéis vuestras bocas

Dejadme que nazca a la pura insumisa,

creación de mi nombre.

 

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Pasión de la tierra
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 Si je deviens fou, ne me faites pas enfermer.

Qu'ils me permettent de rêver aux nuages.

Avec la fermeté de ma volonté,

je lèverai les plafonds et les lèverai comme des tapas.

Mes yeux vous apporteront la balançoire.

Je vous gouvernerai avec de la poussière de fée.

Vous saurez adorer d'autres draps,

et l'élégance de votre chute vous fera approcher vos bouches,

laissez-moi naître à la pure insoumission,

création de mon nom.

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VICENTE ALEIXANRE
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SaroltaBan KeyForest

 Oeuvre Sarolta Ban

EDMOND JABES

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" Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, et accompagne les mots qui l’accompagnent.
Le chemin qui reste est donc celui des mots, le sable de tous les livres.

Le livre n’est pas. La lecture le crée, à travers des mots créés, comme le monde est lecture recommencée du monde par l’homme."

 

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EDMOND JABES

 

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François Knopf, falaise de livre, 61x50c, _1992

Oeuvre François Knopf

ET TOUT DISPARAÎTRA

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Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

L’étang aux farfadets

La palombière grise

Le grand ciel héliotrope

Revenu d’Erythrée

L’arabesque des voix

Carrossant la vallée

Le casaquin de soie

Glissant sur la glycine

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Les fièvres alumines

La mâture du soir

La capitainerie

Le col du Saint-Gothard

Et l’encens des collines

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Les caravelles d’or

Les secrets de Solyme

L’essence purpurine

Des quarante aurores

La mort aux lèvres fines

Et le muselet saur

Des crêtes abyssines

 

Et tout disparaîtra

Dans un vent de merise

 

Et tout disparaîtra

La mort aux lèvres fines

Et le casaquin d’or

Des fièvres abyssines

 

 

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SYLVIE MEHEUT

 

 

 

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fruit-de-merisier

HÔTEL DU GRAND RETOUR

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...

Tu vas revenir par les menthes
Par les luzernes les étés
Dans l'esprit les fusées errantes
Les cheveux d'astres les épées
Tu vas revenir par les ambres
Les bleus les saumons les chamois
Les chevreuils les dessins des chambres
Et les yeux de l'homme aux abois

Les trains fantômes de décembre
Dans les vallées du souvenir
Les rires d'eau des chutes tendres
Qui dévalent de l'avenir
Tu vas revenir redescendre
Par les berges du verbe aimer
Par le delta des regards tendres
Le grand escalier des années

...

 

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JACQUES BERTIN

 

 

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2 aste

L' ALCHIMISTE DE L'ATTENTE

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J'ai toujours rêvé d'une seule chose, avoir un oiseau sur mon épaule, je l'attends toujours, et toujours il n'est pas là, je ne désespère pas parce que je sais que mon rôle dans la vie est de l'attendre, je sais que mon bonheur est de l'attendre, je sais que l'attente est une joie, je sais que l'attente est une possession, l'oiseau que j'attends n'est toujours pas là, mais il me donne envie de vivre ; pour mon attente, je regarde le ciel, pour mon attente, j'observe le mouvement des branches, pour mon attente, je consulte l'horizon, pour mon attente, je joue à l'alchimiste de l'or et de l'ombre, l'oiseau qui ne vient pas me fait l'alchimiste de l'attente, peut-être il attend mon désespoir, peut-être il attend ma mort, peut-être il attend que ma joie d'alchimiste cesse de cultiver l'attente, peut-être il attend que je fasse de mon attente un oiseau, peut-être il attend que je fasse de mon cœur un nid, peut-être il n'attend rien et qu'il est déjà là sur mon épaule, et que je ne le sens pas, je ne le vois pas, tout affairéà jouer l'alchimiste de l'attente... Je suis sûr que l'oiseau ne me trompe pas. Je suis aussi sûr que mon attente ne me trompe pas, même cette trahison insensée qui fait que l'homme est le seul être qui trompe la vie par ce qui est de plus essentiel dans la vie, ne m'effraie pas, j'attends dans mon alchimie qui est un arbre, qui est un ciel, qui a des ailes, et j'en suis heureux.

 

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© MONSIF OUADAI  SALEH

2017

 

 

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Tejo Verstappen2,

Oeuvre Tejo Verstappen

ANTHOLOGIE 3 ( 1977-2017 )

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Pour mon amie Evy Aegerter (1959-2005)

 

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Tu n’as plus à plonger dans le puits
Tu es le puits
Tu n’as plus à te défier
De la pluie
Tu es devenue la pluie

Ton corps fracassé peut se passer
De souffrir
Tu peux marcher sur le versant
De la montagne
Tu peux marcher

Je ne sais qui pourra nous dire
Pourquoi
Je ne sais pas qui pourra nous prévenir
Et si nous pourrons refaire le chemin
Différemment

La page se referme sur tes années d’enfance
Les hommes de ta vie s’éloignent
Le silence
La difficulté d’aimer
Tu pousses la porte infime de l’infini
Tu marches en paix où l’invisible te reprend

 

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© PATRICK CHEMIN
Texte de 2006 - Extrait du livre « Ruches »

 

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VALL2E DE LA GUISANE

 

LES ENFANTS QUI S'AIMENT

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Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour

 

 

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JACQUES PREVERT

 

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romeo et juliette

 

 

 

 

 

HOMME, MON FRERE

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Homme, mon frère.
Il n'y a pas d'autre lieu où ton silence s'étoffe. Pas d'autres rives, pas d'autres chemins ; nul endroit pour que le parfum de tes mots se répande librement. Il n'y a pas d'autre lieu où ton silence puisse crier ses larmes et ses joies. La grande paroi de la lumière refonde la tonalité du je-t-t'aime universel. Et, nous nous exclamons dans des partages épistolaires, dans les brouillons illégitimes de la beauté . Il n'y a pas d'autre lieu où ton silence s'offre à la cantonade des échos fuyants Narcisse. Chacun de nous retrousse le souffle de l'autre pour respirer dans la communauté rayonnante des ondes plurielles. Ensemble, nous côtoyons les rimes incomplètes du néant. Ensemble, nous continuons à abreuver nos rêves.

 

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BRUNO ODILE

 

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FAN HO2

Photographie Fan Ho

 

 

L’ESPOIR LUIT

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Je raccrocherais bien les gants
Les téléphones et surtout
Les wagons et le boucan ferraillé
De cet interminable train de marchandises
Où des enfants vieillis échangent des promesses de papier
Puis les oublient, enterrées sous les arbres,
Qu’une voix de synthèse réponde
A l’appel de mon nom il n’y a plus
Personne au numéro que vous demandez
Personne sur le ring pas d’adversaire,
Personne, regardez,
Et pas de titre à conquérir
Ou à donner au chapitre, à ses silences,
Aux blancheurs qui l’ont envahi peu à peu
Aux mots vidés de sens devenus des champignons creux
Bons àêtre écrasés du pied, inadvertance,
Je raccrocherais bien les gants pour
Avoir une fois encore les mains ouvertes
Quand vous passez, dans des fracas de guerre,
Mais nous ne voyons pas
La victoire au même endroit, aussi,
Je referme mes bras sur moi, me couche sur la voie,
Laisse passer les trains

 

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ALEXO XENIDIS

 

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train-illustration

MALADIE MENTALE, LE JOUR M

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" Nous avons moins besoin  d'adeptes  actifs  que d'adeptes bouleversés  " 

Antonin ARTHAUD

 

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On décrète à l'envie la journée de la santé mentale
de l'être encore viable     qui serait atteint de maladie et de déroute
mentales
à vrai dire   d'exclusion et de réclusion maquillées
et    fort heureusement     de nos jours    prises en charge
Un mal aux multiples facettes  aux versants de la douleur contenue 
un fléau con-génital et incurable
que l'on traite et place à l'écart de l'existence réelle des profits 
Aura-t-on humblement et sagement évoqué la possibilité
des dérives malignes que nos sociétés engendrent
enfantant à l'envi leurs lots de sujets torturés
meurtris et blessés au tréfonds de l'âme à jamais  inqualifiable
l'Âme   que l'on ne résout pas telle une équation
Oui      j'aurai connu ces tombants de vie où l'homme sombre
naufrage et déchoit des décennies durant       Je fus à ses côtés
J'aurai pleuré le frère    l'ainé et l'autre cadet     frappés de plein fouet
n'est-ce pas Schizo-Frère    puisque je t'ai accompagné
dans la maladie  le  rude tourment  et la solitude tonitruante d'une terrible geôle
depuis longtemps    avant que de chuter au paradis
car je mesure et connais maintenant        si près de toi  
les affres et les pics subreptices   invasifs qui te ceignaient
nuits et jours     désespérément entés aux pensées suicidaires
qui  persécutaient ton  quotidien    qui lancinaient sans répit 
hors du temps    penser perpétuel     comme l'étreinte de la mort latente


Mais je sais aussi et comment j'ai pu te rejoindre     marcher
et courir sur tes brisées malgré moi      au cours d'une traversée
au bout du cloaque  asocial      hiérarchique    vilement travesti 
J'ai fini mon frère comme toi  par entendre des voix stridulantes 
celles de l'incessant monologue et de l'obstination à se justifier en errant 
face à l'intransigeance impitoyable du goulag du système
Tel un chasme béant devant soi  et pour ultime nuit
 uniques réveils    sans autre horizon ni autre repentance 
j'ai affronté la désespérance de l'immersion professionnelle souillée
au bord du suicide  de la révolte armée    à retourner la lame et  le canon  contre soi
J'ai su et vu combien l'homme conscient     sensible et de raison
ne mesurait jamais assez les profondeurs et les affects
du gouffre   du trouble mental    de la psychose permanente
immanente     irrévocable    ubique et j'en passe
que la méchanceté et les jalousies instillent  à doses homéo-pathologiques

 

C'est une large blessure qui ne se voit pas       un regard hagard
des mimiques irrépressibles aux tremblements affolants
dont seuls les barbituriques   les psychotropes    les neuroleptiques
puissants peinent à endiguer le mal    à dévier la persécution  récurrente
Exil au terme de la culpabilité   dans un monde de guerre
le fer sans le faire qui donnerait une chance à la résilience
et repousserait peut-être  le malin aux confins de la vérité thérapeutique
Il me rappelait A. Arthaud     non par son génie littéraire
mais au terme avoué de ses visions et de sa clairvoyance
qui m'auront sainement guidé    puis  accompagné
sur les rives de la bonté    de l'animal qu'il adorait
d'une sensibilité qui aurait apaisé tout  le mal de terre et aux mondes
qui me frappe et qui m'obsède entre les deux pôles connexes
du silence et de l'absence   en fait  de la grande déréliction

 

Maladie mentale    dites-vous ?  Mais non      Vous n'y êtes pas
disons plutôt    réactions    sédition consciente  et   bridée  
insurrection étouffée     mal être aux univers artificiels
brisant le lien    et les sains ferments de l'âme qui eussent pansé le vice
exalté le droit à la différence et au juste discernement
sans le jugement de valeur infamant et la rumeur odieuse
Alors     que l'autorité nombre son lot de forfaitures     où qu'elle soit
sous toutes ses formes     dès lors qu'elle nie  sans frein  le droit à l'unicité
à l'expression de la liberté fondamentale d'agir et de penser tout haut sans bavures

 

Il me parlait souvent de Dieu     de la mort et des Pensées
du " Roseau Pensant "     Deux ans avant sa mort  mentale
il rédigeait une composition française remarquable sur le sujet des infinis
Aujourd'hui    je suis fier      tellement atteint   de lui donner l'écho
de toiser l'étendue du silence et le tumulte de la nuit
J'invective     je con-chie les cons qui nous auront infectés   ou alors brisés
malgré la foi   la rage  de vivre et de vaincre le chancre sociétal
Entre lui et moi   une main reste tendue    qui couvre  qui apaise les maux
hélas et encore à demi mots susurrés   emprisonnés
dans un seul et unique regard     aux abois     même pas  peur de mourir 
Il est d'un monde dont on ne revient jamais         prétend-t-on encore
Je suis de celui qui fait toujours plus  mal à l'âme   je suis  des bouleversés 
cerné de discorde   de parjure et d'outrage à la fidélité et à l'essence
Mortellement touché       sans saigner autrement qu'avec les larmes
quand elles ne sont pas sèches    à l'instar du cri    du râle      du sanglot
étouffés     d'une guitare aux accords  grimés et  sauvagement assassinés

 

Lui  aussi écrivait   en s'égarant sitôt dans les arcanes du trouble mental
Je l'aurai suivi depuis les vires  du  vertige     le saut de  l'angoisse     la peur
non de trépasser        mais de durer    sans le rêve ni  la probabilité
d'une île où trouver le repos des lames      des brisants
des écueils létaux       La mer y pourvoit      à jamais miséricordieuse
et meurtrière à la fois      franche et loyale  mais respectueuse   sans détour
aux signes prémonitoires qui ne trompent pas
Et je dérive  et je vague à l'âme en délirant      en laissant
dans le sillage  de l'oiseau quelques fragments embarqués à bord de la folie
ces bribes intemporelles de démence non sénile qui m'aident à dessiner l'éternité
comme on le ferait de l'énigme   d'un conte     du jeu de piste
En cela     tu m'éclaires     Schizo-Frère     puisque tu me parles
et que par toi     je relate     librement     au gré des vents    des sternes 
un peu plus près du ciels à chaque fois

 

Je me souviens d'une nuit noire    d'un mois d'Août
au coeur des Écrins     enfant du Pont de l'Alp et de la Guisane
des lampes torches     des faisceaux       du bruit de la précipitation
Nous comprîmes et décelâmes le sens tragique des voix
des "  Grands "     appelés en urgence par le Guide   tout  là-haut
vers la face Nord de l'Aiguillette
Une cordée venait de dévisser     de chuter       Il y avait des blessés graves
l'hélicoptère scandait dans la nuit étoilée le  sourd tocsin du chagrin
Tu étais le premier devant     équipé      fin prêt à affronter l'adversitéà sauver  
Tu vais dix-huit ans et dévorais la vie avec amour et altérité
Le petit benjamin du centre de Montagne de l'Abbé  Pierre était si fier de toi
Qui eût dit ou envisagé le cruel décours de cet empoisonnement
le cheminement irréversible des molécules artificielles
de la bio-chimie altérant jusqu'au point de rupture le  comportement mental
erzatz qui frappent par dizaines de milliers nos frères et soeurs de fortune
celles et ceux que comptent les innombrables lits de la détresse    de la séquestration
inéluctable et à perpétuité

 

Tu auras exploré toutes les voix du silence
ton compagnon d'aventure      ne te laissant pour haltes
que des îlots de souvenirs lointains
des bribes de récits inachevés qui auraient bâti ta légende
comme nous bâtissons toutes et tous la nôtre
si tant est qu'elle cadre avec le moule uniforme des masses
concassées  hélas   envers et contre toute humanité 
D'aucuns résistent    d'autres trébuchent et  tombent  
ou ne se relèvent pas      du moins tout seuls     une chape sur le dos
courbés et tassés qu'ils sont    les épaules rentrées  l'échine voûtée  de l'affliction
qui nous disent la misère et le faix des aléas et de la voie mentale
socialement    civiquement      institutionnellement  infectés

 

Certains chantaient    " Je suis Malade "   " La Maladie d'Amour "
D'autres évoquaient    " Bicentenaire "        " Pauvre Martin pauvre misère  " 
Marin-Jacques vomissait  " Ces Gens-Là"  en   nous abandonnant trop tôt
Les poètes rêvaient  " un Jour un jour sur la plus haute branche "
Je chante avec Toi,  Georges,   " Les Copains d'Abord "
Mais " Madame promène toujours son cul sur les remparts de Varsovie "
renchérit le grand Brel à l'orée de la curée et de la Grand Messe
Rien n'aura vraiment changé qui maudit toujours le faible
le déshérité     le sans abri    le laisser pour compte du clan et du complot
Dieu aurait même échoué      laissant l'homme-Dieu faire tristement ses armes
citoyennes au non de la connaissance et de l'esprit dévoyés
chers au XXI siècle     Je pense à toi Schizo-Frère     regarde  Michel  
écoute encore avec moi ce qui fait le lisier gras      le terreau abjecte  
des viles épidémies humaines et par trop humaines
qui se répandent     voraces et insatiables     jusqu'aux frontières
de la torture animale    enfantine    in-humaine de l'injuste  maladie mentale
dont je suis et renais  tous les jours au nom du père de la guerre
de la supériorité infernale du groupe invalidé   festonnée de poudre d'or et d'argent

Dis-moi   sais - tu quand  je vais quitter ce putain de monde de merde ? Des fermes de sang  aux holocaustes aux abattages  et aux tueries organisées  il n'y  a qu'un pas que nous n'aurions jamais franchi. Ils nous auront ravi la foi la passion et nous savons tous les deux, mon frère, qui ils  sont

 

 

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CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

 

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ISABELLE MALZEMAT

Oeuvre Isabelle Malzemat

 

 

 

PERMIS DE SEJOUR...Extrait

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IL est devant la porte ou devant la fenêtre.
Mais l'a-t-on reconnu ? Il est venu peut-être
Pour entendre nos voix et regarder nos yeux.
Ces routes de la nuit mènent vers ses grands yeux.
Il voudrait nous parler aussi; mais nulle larme
Ne lui est de secours. La mer brûle ses armes
Et ses navires, ses aurores, ses couchants.

Nous sommes là plusieurs àécouter son chant
Et son souffle pareil aux orages de sable.

Et tout devient plus beau. Nul contour haïssable,
Nulle faim, nulle soif, pour tenir son amour.
D'où revient-il ? Du Nord ? De l'Ouest ? Tous les jours
Il rôdait là. Mais nul ne l'a su...

Nulle part un regret, dont il n'eût pas souffert:
L'injustice, les lois méchantes, dans ses vers
Passèrent comme la chenille par la feuille.
Et tu y es aussi, lecteur, que tu le veuilles
Ou non. Le sauras-tu? il te faudrait encore
Te détacher de toi, tel un vaisseau des bords
De l'océan. Ouvre ce livre. Mais peut-être
Une ombre te fera deviner aux fenêtres
Ou dans la chambre ainsi qu'un souffle (auras-tu peur ?)
Ce voyant, ce proscrit, ce triste voyageur.

Il me faudra ici te quitter ombre, frère,
Je laisserai ces mots, ces chants inachevés.
Le souffle est là tout près qui mélange les terres
Et nos regards, nos mains et nos sommeils.
Je vais sans savoir où. Et toi, aussi, ombre, pareille
Au souvenir, oiseau qui dans l'air se dissout
Le soir est là tel un vaisseau qui appareille
Nous séparant de tout ce qu'une fois fut « nous ».

 

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ILARIE VORONCA

 

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magritte2

Oeuvre Magritte

 

POESIE COMMUNE...Extrait

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Regrettant toujours

 CE sera peut-être comme dans cette vie:

Je m'écrierai: c'est ici que je veux demeurer,

Comme je m'exclamais autrefois devant un beau domaine,

C'est ici que je veux vivre, je dirai: dressez une tombe ici.

 

Mais la mort ne me laissera pas plus de répit que la vie.

Elle m'éloignera de tout ce qui me sera cher,

Les forêts, les mers avec leurs chevelures,

Resteront en arrière sur un rivage immatériel.

 

Parfois je reconnaîtrai le jardin calme

Que j'ai vu de la fenêtre en cette après-midi de printemps.

C'était la première fois que je pénétrais dans cette chambre

Où la jeunesse était enfermée avec son parfum de pommes

et de coings.

 

J'étais làà la fenêtre mais quelqu'un

Qui me ressemblait et qui pouvait être mon esprit

Planait parmi les branches de la saison, se drapait

Dans les voiles que tissaient de leurs chants les oiseaux.

 

Et je compris que le bonheur est cet instant

Où l'on se voit soi-même heureux sur une allée

D'un jardin et votre semblable vous supplie:

« Restons ici, dans ce paisible crépuscule ».

 

Qu'importe alors, si l'on est vivant ou mort ?

C'est la mort ou la vie qui ouvre ces fenêtres,

Le printemps marche en robe de dentelles,

On veut le suivre, on est déjà trop loin.

 

Ainsi on traverse les contrées, les chambres.

Parfois l'on passe comme dans un moulin

Et la farine blanche d'une joie vous recouvre

Et on rit, on secoue ces neiges d'abondance.

 

Si l'on a tant de regrets, si l'on veut revenir,

C'est que celui qui vous ressemble et est vous-même

Vous suit d'un pas lent, le visage tourné

Vers le domaine où pousse une herbe inoubliable.

 

On les reverra certes, ce crépuscule

Et ce printemps, aux portes ouvertes d'un nuage,

Sans jamais s'arrêter et regrettant toujours

Ce bonheur qu'on a cru saisir, insaisissable.

 

 

J'ai été vivant comme vous, mes amis, et dans les jardins

Tristes, provinciaux, j'ai fait de longues confidences

Et j'ai été aussi l'errant qui désire un toit familier

Et qui n'a pour vêtements que la lumière et la pluie.

 

O ! Être votre compagnon, vous reconnaître

Une fois encore. Ma vue pleine de choses de ce monde

Comme une eau très poissonneuse. Et ce regard du mourant

Bu par le visage, comme une rivière qui sèche.

 

De ce promontoire on aperçoit la mer,

Comme une fenêtre éclairée doucement

Derrière laquelle, très tard, dans une nuit d'hiver

Le poète cherche une aurore nouvelle parmi ses manuscrits,

 

Mais cette transfusion lente vers l'immobilité, vers la mort

Ces vases communicants - la vie et la mort – dont je prends conscience,

Cette source qui est en nous dès notre naissance

Et qui ne jaillit qu'au moment même de notre mort,

 

Nous fera-t-elle enfin tout savoir ? Ces couleurs,

Et ce grand jour, sans aube, dont on s'approche.

Le visage est ici mais son contour est ailleurs

On peut s'en éloigner, on reste toujours proche.

 

Tout cela appartient à un autre temps, ô ! mes amis !

Et cette porte où l'on frappe. Et quand on l'ouvre

Il n'apparaît personne. O ! comme j'aurais voulu

Reconnaître celui qui était là sur le seuil,

Sans figure et sans voix.

Car j'étais vivant comme vous.

 

Mais aujourd'hui, je suis celui-là même

Que vos yeux cherchent en vain,

Dans les ténèbres, par les portes béantes.

Entouré de grandes eaux comme des chiens invisibles

Dont on entend tout près le souffle qui halète.

 

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ILARIE VORONCA

 

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